Algérie

Mardi 20 mars 2 20 /03 /Mars 08:12

SOUVENIR DU 1ER NOVEMBRE 1954     Mémoires d'Algérie

 

« J’allais avoir 7 ans. J'habitais Biskra au 15, boulevard Mac-Mahon. Le 31 octobre 1954 vers minuit, je fus tiré de mon sommeil d'enfant par un énorme bruit. J'ai cru que c'était la cuve à eau de 1000 litres, posée dans la cour, qui s'était renversée ! Il y avait eu une fusillade.

 Ma mère et mes soeurs sont venues me dégager car j'étais couvert de gravats : une bombe avait explosé dans la rue, contre le mur de ma chambre ! On a entendu une grosse voix avec un fort accent africain : «Vous êtes vivants ?» Ma mère a répondu : «Je vais vous ouvrir.» «Pas la peine, il n'y a plus de porte !» C'étaient des soldats du 15e régiment de Tirailleurs sénégalais. La guerre d'Algérie venait de commencer ...»


Par thala solidaire.over-blog.com - Publié dans : Algérie
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Samedi 17 mars 6 17 /03 /Mars 02:11

La guerre d’Algérie, de Yaha Abdelhafidh

 

L’homme qui a connu deux maquis signe un livre magistral. Les acteurs politiques et militaires de l’époque doivent eux aussi accoucher leurs vérités, leurs témoignages. Suivre l’exemple, ne pas laisser l’histoire aux seuls historiens.

«Notre combat a été beau à certains égards, mais incomplet à d’autres. Beau, car les grands espoirs de lendemains qui chantent l’ont nourri. Il a même été un parangon pour plusieurs révolutions tiers-mondistes. (…) Cette liesse qui a célébré la renaissance de notre pays a été hélas ! de courte de durée. (…) En quelques jours, l’élan révolutionnaire de toute une génération d’Algériens s’est brisé contre le mur des ambitions d’un clan qui a pris en otages la révolution et son devenir.» Yaha Abdelhafidh donne le ton très vite. L’ancien officier de la Wilaya III veut témoigner, dire ses vérités, les trahisons dont il a été victime. Dans Ma guerre d’Algérie, Riveneuve éditions, il raconte les événements de l’intérieur, sur le terrain, dans les montagnes escarpées.

Il n’a toujours pas digéré la trahison des idéaux de la Soumman par les nouveaux maîtres d’Alger. Il voue un mépris cinglant pour le «clan d’Oujda», coupable, selon lui, de la situation actuelle de l’Algérie. «A l’aube de l’indépendance, des hommes, qui ont passé toute la période de la guerre tapis derrière les frontières, au Maroc et en Tunisie, en Libye et en Tunisie, ont commis un coup d’Etat contre la Révolution. (…) Ces militaires ambitieux et suffisants, qui n’ont, pour la plupart d’entre eux, jamais tenu une arme face à l’ennemi, n’ont malheureusement pas hésité après l’indépendance à dresser leurs canons tout neufs contre nous, leurs frères. Nous (…) avons été sommés donc de céder devant la force brutale de cette armée stationnée à l’extérieur, dirigée par le colonel Houari Boumediène.» Pour Yaha Abdelhafidh, la seule élection véritablement démocratique que l’Algérie aura connue est le référendum de 1962 approuvant les Accords d’Evian et la fin de la guerre avec la France. Depuis, rien ou presque, entre dictature et autoritarisme.

A 79 ans, il est sans haine, désabusé sûrement, blessé de voir l’Algérie, incarnation de ses rêves, dans l’impasse. Sa lecture est simple : la victoire de «l’extérieur» sur «l’intérieur» après la guerre d’Algérie est la cause de tous les maux. Dans ce premier tome, le fondateur du FFS en 1963, avec Aït Ahmed, ne cache pas les paradoxes et les crispations durant le conflit. Comme un amghar azemni, un sage, il se confie sans haine, il offre généreusement ses souvenirs aux nouvelles générations. «En dépit des risques et de la dureté de ma traversée, j’avoue que j’ai vécu. Deux maquis successifs et près de vingt-quatre ans d’exil. Un exil d’activités politiques, de lutte et non de luxe, comme beaucoup l’ont mené sans vergogne.» Yaha Abdelhafidh nous livre un document exceptionnel, le témoignage d’un faiseur d’histoire, d’un responsable politique et militaire. «Cette première salve mémorielle finie, l’hiver peut maintenant cingler à sa guise», dit-il. La nature l’a entendu, jamais il n’a autant neigé. Et les hommes ? Ils feraient bien d’imiter la nature, comme toujours.

source elwatan

 

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 Désobéir en République. Un éditeur dans la guerre d’Algérie

 

Les Éditions de Minuit ont mené pendant la guerre d’Algérie un combat à la fois moral et politique. Il s’agissait, souligne Anne Simonin, à la fois de dénoncer la torture en faisant valoir les droits de la conscience et de réaffirmer les valeurs universelles de la République française, renouant ainsi avec l’engagement dreyfusard et résistant.

La Vie des Idées  : Pourquoi les Éditions de Minuit ont-elles souhaité rééditer, à l’occasion du cinquantième anniversaire des accords d’Évian, sept ouvrages du catalogue algérien ?

Anne Simonin  : Peut-être parce que l’engagement dans la dénonciation de la guerre d’Algérie est une prise de position encore aujourd’hui souvent mal comprise, et facile à délégitimer. Lus ensemble, les sept livres (dont celui qui est devenu un classique, La Question d’Henri Alleg) disent que la dénonciation de la torture, axe fondamental de la production éditoriale des Éditions de Minuit, n’est pas une position « morale » mais bel et bien une position « politique » qui conduit, à partir de 1960, à valider un comportement extrême : la désertion. Les livres qui ont été réimprimés ont pour fonction d’expliquer comment des hommes marqués par la Résistance, et son héritage patriotique, ont été conduits à opérer une véritable révolution, et à devenir traîtres pour rester fidèles à cet héritage, et préserver l’identité de la France patrie des droits de l’Homme. Dans Le Désert à l’aube, Favrelière raconte comment il devînt déserteur : pour sauver un jeune combattant algérien d’une exécution sauvage.

 Dans Itinéraire, Robert Bonnaud, lui aussi témoigne que ce qu’il a vu d’horreurs ordinaires en Algérie en tant que rappelé. Et comment, de retour en France, cette expérience oblige, et pousse au militantisme, et à la critique des positions adoptées par les partis de gauche, le parti communiste en particulier. Dans Les Belles Lettres, Charlotte Delbo, auteur à venir d’une trilogie majeure sur Auschwitz, laisse exploser son « indignation », – la chose était alors moins à la mode qu’aujourd’hui –, en produisant un livre d’une forme très neuve : une parodie de roman épistolaire, coupé-collé commenté des attaques et des réponses qu’échangent dans la presse les intellectuels des différents bords. Avec Provocation à la désobéissance, publication des actes du procès intenté en décembre 1961 à Jérôme Lindon pour la publication d’un roman, Le Déserteur de Jean-Louis Hurst (sous le pseudonyme de Maurienne), les motivations de l’engagement dans la dénonciation de la guerre d’Algérie sont précisément explicitées devant les juges. La Ve République n’a jamais été menacée de devenir totalitaire sous les différents régimes d’exception imposés par « les événements », elle n’a, en revanche, pas échappé à l’absurde ou à l’ubuesque, en poursuivant un éditeur pour des opinions émises par un personnage de roman dans un livre saisi que, pour condamner, les juges ont dû résumer de façon détaillée à l’audience...

La Vie des Idées  : Dans le commentaire qui accompagne cette réédition, vous évoquez, pour qualifier le combat mené par ces intellectuels et porté par les Éditions de Minuit, la « tradition dreyfusarde ». Pour quelles raisons ?

Anne Simonin : C’est Pierre Vidal-Naquet qui, dans un article devenu classique, a inventé une typologie pour penser les divers engagements dans la dénonciation de la guerre d’Algérie, et identifié les « dreyfusards », les « bolcheviques » et les « tiers-mondistes ». Les Éditions de Minuit exemplifiant la première catégorie, celle des « dreyfusards ». Pierre Vidal-Naquet était un ami personnel de Jérôme Lindon, mais il fut aussi l’historien maison pendant la guerre d’Algérie, celui qui écrivait des textes (L’Affaire Audin), celui qui expertisait certains textes, celui qui apportait des textes, celui qui, grâce au Comité Audin, dont il était l’un des membres fondateurs, aidait à leur diffusion... Qualifier de « dreyfusard » le combat mené par les Éditions de Minuit insiste sur la dimension morale de leur engagement, et son inscription dans une sphère franco-française. Ce que Jérôme Lindon résumera en une phrase, citée par Pierre Vidal-Naquet : « Ce que j’ai fait, je l’ai fait pour la France, non pour l’Algérie ». Si cette typologie a une portée heuristique évidente, il me semble toutefois nécessaire de lui apporter un correctif : le « dreyfusisme » des Éditions de Minuit traduit, entre 1957 et 1962, la permanence d’un gaullisme de gauche, peu ou pas institutionnalisé, qui permet de comprendre qu’en 1965, après avoir été dans une opposition apparemment radicale à la politique menée par le général de Gaulle, Jérôme Lindon puisse rédiger une tribune dans Le Monde... et annoncer qu’il votera de Gaulle.

 

La Vie des Idées  : C’est aussi de la Résistance que ces intellectuels engagés se réclament. Est-ce là une manière de légitimer la désobéissance, en montrant que, en faisant la guerre en Algérie, la République française a cessé d’être pleinement républicaine ?

Anne Simonin : La référence à la Résistance est effectivement essentielle, moins pour délégitimer la République, que pour légitimer le combat des insoumis. Les Éditions de Minuit sont la seule maison d’édition à avoir été fondées dans la clandestinité, sous l’Occupation allemande en 1942, et à avoir toujours pignon sur rue en 1957.

La Résistance dans l’histoire de la maison c’est, pour le dire dans les termes de Pierre Bourdieu, un « capital symbolique » prestigieux qui anoblit les causes défendues. Mais la résistance c’est aussi, et ça c’est lié au facteur homme, à la personnalité de leur directeur, Jérôme Lindon, une obligation. Résistant – il a rejoint le maquis du Tarn à l’âge de dix-huit ans –, Jérôme Lindon a toujours eu une claire conscience de l’importance de son engagement, mais en donnait aussi toujours une version minimaliste : dans la mesure où il était juif, il avait bien été obligé de... Quand il arrive aux Éditions de Minuit, après guerre, Jérôme Lindon appartient à la fois à la « génération de la Résistance », mais pas à la génération « fondatrice » de la maison (Pierre de Lescure, Jean Bruller-Vercors, Yvonne Paraf-Desvignes). Et s’il en devient le président-directeur général en 1948, il ne « reprend » véritablement les Éditions de Minuit qu’en 1958-1959, quand il publie La Question d’Henri Alleg – le livre emblématique de la lutte des intellectuels pendant la guerre d’Algérie –, et La Gangrène – le recueil des plaintes de cinq étudiants algériens pro-FLN torturés, à Paris, rue des Saussaies. Autrement dit, la Résistance survit aux Éditions de Minuit sous la forme non d’une dévotion au passé, mais d’une perplexité – « Serais-je jamais capable, ou en mesure de, faire aussi bien que mes prédécesseurs ? ». À cette question, les choix de l’éditeur pendant la guerre d’Algérie fournissent une réponse positive : La Question et La Gangrène étant, en quelque sorte, l’équivalent historique du Silence de la mer. En conservant toutefois toujours présent à l’esprit que cette équation est vouée à demeurer imparfaite, parce que, j’y insiste, la République en état d’exception reste un régime démocratique, ce que n’a jamais été le régime de Vichy. En publiant La Question et La Gangrène, les Éditions de Minuit risquaient la faillite ; en publiant Le Silence de la mer, la déportation et la mort.

La Vie des Idées  : La République en état d’exception reste démocratique, mais en pratiquant la torture, en appliquant la censure, elle se coupe des valeurs qui doivent l’inspirer : celles des Lumières, qui sont invoquées par ceux qui s’engagent contre la guerre en désobéissant. Leur combat n’est-il donc pas tout autant politique (pour le bien commun) que moral (le cas de conscience) ?

 

Anne Simonin : Oui, tout à fait. Mais l’enjeu est de « reprendre » plutôt que de « délégitimer » la République. Le combat des Éditions de Minuit est incontestablement un combat politique. Leur grande réussite, si je puis dire, est d’être parvenu à transformer une mobilisation « morale » (la dénonciation de la torture) en une position politique. Faire consensus autour de la dénonciation de la torture s’est révélé assez vite une bonne stratégie : quand Pour Djamila Bouhired de Georges Arnaud et de Jacques Vergès est publié, à l’automne 1957, c’est la presse de droite qui est le premier relais de la dénonciation. Ensuite, le scandale de La Question, l’écho et la saisie du livre après que 70 000 exemplaires aient été vendus, en juin 1958, la protestation au nom de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, signée par les prix Nobel (à l’exception de Camus, qui refusa, et en incluant Sartre qui accepta de signer) auraient pu faire penser que « c’était gagné », et qu’il y allait avoir un mouvement fort de l’opinion publique pour contraindre les pouvoirs publics à interrompre une guerre coloniale, donc par nature injuste.

La guerre d’Algérie ne devait s’interrompre que quatre ans plus tard. Le calendrier politique contraindra les intellectuels oppositionnels à une très nette radicalisation. La pratique de la torture, consubstantielle à la guerre coloniale, est une atteinte directe aux Droits de l’Homme et du Citoyen. Formulés en 1789, ces derniers ont été constitutionnalisés en 1946 : « Toute rigueur ou contrainte qui n’est pas nécessaire pour appréhender une personne ou la maintenir en détention ainsi que toute pression morale ou brutalité physique, notamment pendant l’interrogatoire, sont interdites » (art. 9). Le combat pour la dénonciation de la torture est un combat légal.

Que faire quand les pouvoirs publics d’un régime démocratique, connaissant de façon indiscutable l’existence généralisée de la torture, tolèrent cette pratique ? « Quand le gouvernement viole les libertés et les droits garantis par la Constitution, la résistance sous toutes ses formes est le plus sacré des droits et le plus impérieux des devoirs. » (art. 21). Ces principes ont été réaffirmés au sortir de la Seconde Guerre mondiale, après la terrible épreuve de l’Occupation. Dix ans après, ils sont impunément violés. Ce qui atteste, à tout le moins, que les gouvernants ont « la mémoire courte », – selon le titre du pamphlet publié par Jean Cassou aux Éditions de Minuit en 1953... La « résistance » à la guerre d’Algérie est un rappel des positions de principe au fondement de la République démocratique.

 

La Vie des Idées  : Comment expliquer que l’engagement contre la guerre coloniale et contre la soi-disant mission civilisatrice de la France, se fasse, paradoxalement, au nom des valeurs de la France universelle et dans une veine patriote ?

Anne Simonin  : La fin des années 1950, et le début des années 1960 est une période difficile à penser parce qu’elle se trouve « coincée » en quelque sorte entre deux événements majeurs : la fin de la Seconde Guerre mondiale suivie par la Guerre froide et Mai 68. Pour comprendre ces années 1955-1965, il convient de retirer ces deux focales : la Guerre froide et la banalisation de l’anticommunisme ; Mai 68 et la généralisation d’une idéologie libertaire, pour le dire vite. Quand, le 23 avril 1961, à minuit quarante-cinq, à la suite du putsch des généraux à Alger, Michel Debré lance à la télévision un appel à la population à se rendre sur les aéroports « à pied ou en voiture » pour barrer la route aux éventuels parachutistes, certains commentateurs sont goguenards.

Pierre Goldman, lui, y croit. Dans Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France (1975), il évoque « le frisson de plaisir » éprouvé au « signe d’un orage majeur et historique » : « J’ai informé mon père que j’allais répondre à l’appel du Parti et de la CGT, que la radio avait répercuté et diffusé. Il [...] me dit : « Ils vont se rendre, c’est du cinéma, [...] ». Et il s’endort. Mais je sens qu’il est heureux de ma décision. J’attendis les parachutistes toute la nuit, et des armes pour les combattre [...]. Ce fut une nuit d’attente impatiente et exaltée [...] ». Nulle honte à se revendiquer patriote, et à mobiliser ce patriotisme contre des généraux félons. Et si le patriotisme fait alors bon ménage avec tout ou presque, (la gauche, la famille, le tiers-monde, la désertion), c’est à une certaine idée de la Résistance qu’il le doit. La dénonciation de la guerre d’Algérie ne ferait ainsi que réactiver les valeurs (patriotisme, humanisme, lutte pour la dignité de l’homme) d’une Résistance idéelle. Si l’on fait intervenir la Résistance comme « répertoire » de valeurs et d’actions, plutôt que comme « mémoire », rien de surprenant à ce que le patriotisme soit l’une des clefs explicatives du refus de la guerre d’Algérie.

Florent Guénard

source laviedesidees

 

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Arthur Smet, photographe inconnu et œil de Bigeard

Doublure du photographe de Bigeard, il a tout fixé de la guerre d'Algérie : la propagande et les corps mutilés. Pour la première fois, Arthur Smet raconte en six diaporamas sonores comment les « évènements » ont fait de lui un photographe.


Arthur Smet chez lui à Dax en février 2012 (Audrey Cerdan/Rue89)

Comme il a vécu l'Algérie, il a fait ses photos. 14 700 clichés inédits. En soldat, sans point de vue autre que celui de ses « frères » de commando. Ils menaient une « guerre juste », pour « défendre la France » et leurs « frères » musulmans de la France d'Algérie :

« Ils avaient tout pour être bien. Ils ne cherchaient même pas plus de liberté. Les enfants allaient à l'école, il n'y avait pas de discrimination. »


Arthur Smet en Algérie en 1959 (Arthur Smet)

Arthur Smet, bientôt 80 ans, ne sait pas quels trésors il tient entre ses mains. Il vit près de Dax, avec des palombes et ses souvenirs, dans une maison qu'il a entièrement construite de ses mains.

Il est indifférent aux compliments sur la qualité de ses photos. Il connaît les noms de tous les hommes qu'il nous montre – surtout les Harkis – et pleure beaucoup quand il raconte.

Il faut entrer dans son histoire nu de tout ce que l'on pense de cette catastrophe coloniale. Homme simple, qui n'avait de sa vie ouvert un magazine lorsqu'il a commencé à mettre en images ses camarades, qui ne saurait citer un photographe célèbre, Arthur Smet n'a pas de sang sur les mains. Mais il a tout fixé. Les opérations, les corps mutilés des deux camps, les montagnes, les enfants, les enterrements, les bidasses, le général de Gaulle, le colonel, photos de propagande et photos de la guerre sale...

Il est devenu photographe parce qu'en 1959, un colonel – Bigeard – l'a remarqué avec son Typhon qui ne quittait pas sa poitrine. D'un clin d'œil, il lui a dit que désormais, il allait couvrir « le secteur » pour lui.

Smet est devenu la doublure du sergent-chef Marc Flament, « le » photographe du colonel Bigeard. Ancien de l'Indochine, Flament va diriger la propagande photographique des actions des paras du 3e RPC (régiment de parachutistes coloniaux). Ses clichés – ou crédités comme étant de lui – vont nourrir la légende d'une France qui officiellement n'est pas en guerre : la France défend la population autochtone contre des terroristes.

Dans ces années-là, on pouvait faire de la photo simplement parce qu'on avait un appareil et que les autres n'en avaient pas. Mais comment devenait-on photographe ? Par amour du colonel :

« Il nous aurait fait marcher sur l'eau. »


Arthur Smet chez lui à Dax en février 2012, devant des photographies du colonel Bigeard (Audrey Cerdan/Rue89)

1953, Donau Schingen (RFA) : un Voigländer de la gamme Vito

« J'étais l'aîné d'une famille de sept. Mon père était mineur, à Valenciennes, illettré comme ma mère. Chez mes parents, il y avait deux valeurs : le travail et le respect. D'abord pour ses outils de travail.

Quand j'ai annoncé que je restais dans l'armée, mon père à dit à ma mère : “Maria, fais sa valise, y a jamais eu de fainéants dans la famille.” Dans les corons, les voisins disaient : “Il va à l'armée, ils ont pas mérité ça.”

Le maître à penser dans les corons, c'était Maurice Thorez (leader communiste). On ne savait pas ce que c'était mais on était communiste, contre la guerre, c'était obligé. »


Arthur Smet à Donaueschingen en 1954 (A. Smet)

« Moi en Allemagne, j'étais plus heureux que mes frères et sœurs. J'avais à manger au matin, midi et soir, je faisais du sport, je chantais dans l'orchestre.

Un jour, le colonel m'a envoyé chanter pour une réception au château du prince de Furstenberg. Quinze jours après, le prince m'a fait porter deux cadeaux, au choix : des patins à glace ou un appareil photo. Un Voigtländer. Je n'avais même pas d'argent pour les films, j'envoyais toute ma solde à la maison. Le vaguemestre m'a acheté mon premier film. Du 120. Douze vues 6x6. J'ai commencé à faire les photos des copains. »

Septembre 1955, embarquement pour Oran : premières photos fauchées


Embarquement pour l'Algérie (A. Smet)

« J'avais mon certificat d'études, je connaissais “La Marseillaise” et le chant du départ. Là, sur ce gros bateau, chanter ça, ça faisait quelque chose dans le ventre que les jeunes d'aujourd'hui ne peuvent pas comprendre.

A Oran, on nous a mis dans un camion pour Alger. La grandeur de ce que je découvrais... Je dormais avec mon appareil. Je faisais développer mes films chez les photographes des villes où on nous envoyait. Je prenais les gens en turban [les Algériens, ndlr], tout le monde était très gentil.

Très vite on nous a envoyés en “opération”, le maintien de l'ordre. Là, mes photos étaient fauchées tout de suite par les gradés – enfin celles qui ne convenaient pas – quand elles rentraient de chez le photographe.

Et on me prévenait. Motus. Les hommes égorgés avec les testicules dans la bouche, les femmes pendues par les pieds. Nous, on ne pouvait pas comprendre pourquoi il y avait la guerre. »

Oued el-Hadjar/Sidi Bela Abbès, un Foca Sport : débuts dans la photo

« Là-bas, il y avait un labo photo. Mais moi, je ne savais pas faire. Un rappelé, chef de gare dans le civil, m'a dit : “Je rentre à Paris, je te rapporte du matériel.” Il m'a appris. Un châssis en bois, la lampe rouge avec le bouton sur la douille. Cet homme-là m'a montré comment développer un film, on avait du vinaigre à la place du bain d'arrêt.

Le capitaine m'a dit : “Maintenant, vous êtes le photographe de la compagnie.” A partir de là, j'ai eu mon appareil sur le ventre, sans le cacher. Vis-à-vis des officiers, des sous-officiers, je n'étais plus un pousse-cailloux, tout le monde voulait mes photos, les attendait. »


En opération en Algérie (A. Smet)

« Le capitaine, un jour, me dit : “Il faut vous acheter un agrandisseur, et passer au 24x36.” J'étais fiancé à la fille du boucher [pied-noir, ndlr] de Saïda, qui m'a envoyé chez son ami qui avait un magasin de photos. Il m'a donné unFoca Sport, 24 ou 36 poses, 35 mm.

Le capitaine m'avait acheté une boîte pour développer : “Là, c'est sous-ex[sous-exposé, ndlr], là c'est sur-ex [sur-exposé, ndlr]”. Ça a été mes débuts dans la photo.

A Bel Abbès, à la légion, on m'a installé mon labo dans les chiottes du théâtre, avec de l'eau courante, une pancarte “interdit de rentrer, ne pas déranger”. J'étais le roi du pétrole. »

Saïda, janvier 1959, 8e RIM (régiment d'infanterie de marine) : le hall d'information


Arthur Smet et un autre soldat à Saïda, devant un panneau d'information (A. Smet)

« Il y avait un nouveau colonel, Bigeard. Ce colonel-là, c'était un tel “déraisonnement”, un jeune homme au milieu des vieux gros en képi. Il me fait signe avec son doigt, comme ça, venez : “Si j'avais mon photographe avec moi, mes photos je les aurais ce soir.” J'ai fait l'aller-retour en moins d'une heure.

Il disait au gars pas bien rasé : “Faudra se raser pour faire un beau mort.” Aux gradés avec des gros ventres qui tombaient : “Il est temps de se mettre au sport.”

Là, ça a commencé à changer, on avait un soldat comme chef, pas un militaire.

Il avait son photographe, le sergent-chef, Marc Flament qui se baladait avec son Rolleiflex, flash éclaton 2 étoiles. Il se présente, me dit : “Je suis Marc.” Voilà, c'était l'ambiance. Plus de sergent-chef à vos ordres, rompez. Je l'ai suivi dans son labo, une grande villa où chaque pièce était un laboratoire. Des glaceuses, des rotatives, des G3. On se parlait en photographes, sans distinction de grades. Je découvrais un monde.

Lui, Marc Flament, un grand photographe, il m'explique : “Moi, je fais mes bouquins (‘Aucune bête au monde’, ‘Piste sans fin’), toi tu feras le hall d'information du chef [le colonel Bigeard, ndlr]. Tu glaneras tout ce que tu pourras, et on l'exposera dans le hall, pour la population de Saïda. Voila un Rolleiflex. Tu as ton permis moto ? Bon, on va te donner une moto pour tes reportages.”

Un appareil-photo avec un objectif qui fermait à f/16 et ouvrait à f/2,8, une moto, plus d'autorisation à demander, je pouvais aller partout sans rendre compte, c'était pas croyable.

Je suis rentré au 8e RIM [son régiment d'origine, ndlr] pour expliquer ma situation. Vous voyez, les beaux bureaux, le grand drapeau, le portrait du général de Gaulle, tout le cinéma. “Qu'est-ce que vous voulez ? ”, comme à un chiffonnier. Et moi : “Le colonel Bigeard veut savoir tout ce qui se passe dans le secteur et que tous les habitants puissent le voir”. »

Le commando Georges


Le colonel Bigeard présente une brochure (A. Smet)

« Je partais en moto, j'étais invité partout, les matches de foot, les communions, à la gendarmerie. “Bonjour mon ami.” Et tout le monde venait voir les photos au hall d'information.

L'autre travail, c'était d'aller photographier les gens que le colonel voulait voir de près. Et de lui montrer ce qui se passait sur le terrain. C'était des demandes “spéciales”. Ça pouvait être 200 km, l'aller-retour en moto dans la journée. Il regardait les clichés, un clin d'œil, ça voulait tout dire, ça vous transperçait. “C'est pas mauvais.”

Le commando Georges, et le commando Cobra, c'est Bigeard qui l'a inventé, qui lui a donné la fierté, l'esprit de famille et de soldats. J'ai appris qu'il était possible de s'aimer les uns les autres. Des appelés, des soldats, des Harkis, comme des frères. Le premier qui critiquait les musulmans, c'était huit jours d'arrêt, ou pire : “Tu fous le camp, tu n'as rien à foutre dans le commando.” »

Après Bigeard


Cadavres de fellaghas étendus (A. Smet) Lire la suite

 

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Les traumatismes sont toujours présents

 

 

 

Alors que l’on va célébrer le 50e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, certains anciens combattants souffrent toujours de traumatismes profonds. Cela n’est d’ailleurs pas le propre de ce conflit. Mais durant longtemps, ils ont été ignorés et l’on portait plus d’intérêt à la santé physique que mentale. Depuis, ces traumatismes portent un nom : le PTSD. C'est l'occasion de se pencher sur cesséquelles qui peuvent être graves. Nous reviendrons sur ce thème avec le témoignage de Jacques Inrep, ancien appelé devenu psychologue puis avec le psychiatre Boris Cyrulnik.

Un demi-siècle. Cela va faire un demi-siècle que l’Algérie a obtenu son indépendance à la force des armes. Et malgré les décennies écoulées, certaines plaies béantes n’ont jamais été pansées. Les traumatismes, vécus dans les deux camps, hantent encore les anciens soldats, qu’ils aient été combattants, bourreaux, ou même simples spectateurs de l’horreur et de la mort. Pourquoi, lors d'événements de ce genre, ces souvenirs violents sont-ils toujours là ? Il aura fallu des décennies, voire des siècles, de déni et d’ignorance avant que des observations scientifiques et des témoignages n’apportent enfin une réponse à cette question.

L’Homme s’est de tout temps engagé dans des guerres. Pourtant, le sort des survivants n’intéresse les psychiatres que depuis peu. Même durant la première guerre mondiale, les soldats pris de tremblements incontrôlés sont le plus souvent passés pour des simulateurs. Ces trembleurs de la guerre, comme on les appelle, ont parfois péri sous le feu des pelotons d’exécution. Délaissés par la psychiatrie, de la même façon, souvent, que les revenants de la Shoah à leur retour des camps de concentration. Personne (ou presque) pour écouter leur souffrance, pas même le milieu médical.

Bis repetita quinze ans plus tard. À leur retour, les soldats d’Algérie avaient besoin de s’exprimer. Raconter les événements les plus marquants. Mais la culture, et souvent la famille, leur ont ordonné de se taire. Alors ils ont obéi, rejetant dans un coin de leur tête ce qu’ils venaient de vivre. Le refoulement. Mais cela ne dure qu’un temps.

 

 

 

 

ATTENTION, CETTE VIDÉO CONTIENT DES SCÈNES SUSCEPTIBLES DE HEURTER LA SENSIBILITÉ DE CERTAINS INTERNAUTES. Elle montre ce qu'étaient les trembleurs de la guerre, ces soldats de la première guerre mondiale incapables de contrôler leurs mouvements. Traduction du texte : « Trembleurs de la guerre, Verdun, 1916. La guerre détruit les corps... mais aussi les esprits. Voilà les tremblements tels qu'ils ont été vécus. À la guerre, il n'y a pas de soldat qui rentre indemne. José Narosky ». © YouTube

 

 

 

L’Algérie : une guerre sans nom


Un beau jour, de préférence quand on s’y attend le moins, l’objet de l’angoisse resurgit telle une bombe. Peut-être même celle qui a tué son camarade de chambrée. À vouloir trop faire tomber la pression dans lecerveau, elle n’a cessé de croître et se manifeste par un violent retour du refoulé, comme le qualifient les psychologues. On s’y revoit. Ces cris de terreur, ces relents pestilentiels, cette vision fantomatique d’un être humain que l’on sait vivre ses dernières minutes… Le traumatisme, le vrai.


Les séquelles ne s’effacent pas d’un coup de baguette magique.Cauchemars, mutisme, comportements violents, alcoolisme, suicides, crimes, accidents étranges… La liste est encore longue. L’État français n’a jamais fourni de chiffres officiels. Il n’en dispose pas, tout simplement. Il faudra attendre les calculs, approximatifs, de spécialistes, dont ceux des deux psychanalystes, tous deux acteurs malgré eux du conflit, Jacques Inrep et Bernard Sigg, pour avoir les premières estimations : entre 250.000 et 300.000 traumatisés, parmi les quelques millions de militaires engagés. Fin 2000, un article de Florence Beaugé, journaliste au Monde évoque même le chiffre de 350.000. Combien de combattants et de civils algériens ont pâti psychologiquement de cette guerre ? Difficile d’avoir des données précises…

Il n’est probablement pas inutile de rappeler que ce conflit a, pendant près de quarante ans, été qualifié « d’événement » et « d’opération » plutôt que de « guerre ». Il faudra attendre le 18 octobre 1999 pour qu’une loi soit adoptée par le Parlement français et substitue ce dernier terme aux deux premiers.

Mais il y a peut-être encore plus grave. Dans un documentaire appelé, et pour cause, La guerre sans nom, sorti en 1992 et signé Patrick Rotman, on apprend même que certains de ces vétérans n’ont toujours pas quitté l’hôpital psychiatrique trente ans après que les explosions n’ont plus retenti.

 

 

Traumatisme, effroi : le PTSD les guette


Il faudra finalement attendre la guerre du Viet Nam avant que l’on s’intéresse au sort des soldats perturbés. C’est précisément cet affrontement qui marquera un tournant dans la prise en charge des traumatismes de guerre. Alors que l’Amérique en avait retiré ses soldats, ils mouraient encore :suicides, consommation de drogues et overdoses, accidents inexpliqués, etc. Les chiffres officiels dénombrent davantage de victimes après l’arrêt des combats que durant les échanges de feu. Rien de plus anormal. Cela alertera les thérapeutes américains qui définiront alors le PTSD : Post Traumatic Stress Disorder, que l’on peut traduire par « syndrome de stress post-traumatique ».

 

 

 

La fameuse « gégène », comme les militaires l'appelaient, était un instrument de torture utilisé par l'armée française. Il s'agit d'une dynamo manuelle qui générait un courant électrique qui circulait dans le corps de la victime. Pourtant, à l'origine, elle devait fournir de l'énergie aux téléphones.

 

La fameuse « gégène », comme les militaires l'appelaient, était un instrument de torture utilisé par l'armée française. Il s'agit d'une dynamo manuelle qui générait un courant électrique qui circulait dans le corps de la victime. Pourtant, à l'origine, elle devait fournir de l'énergie aux téléphones. © PRA, Wikipédia, cc by sa 30

 

 

 

Il s’agit d’un trouble de l’anxiété, consécutif à une expérience traumatisante. Il faut cependant s’accorder sur la définition du traumatisme psychique. Nous retiendrons l’acception qu’en a le psychiatre militaire François Lebigot dansTraiter les traumatismes psychiques, qui évoque la rencontre avec le réel de la mort, du néant. Lorsque l’impression d’immortalité s’échappe. Sigmund Freud remarquait dans ses Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort (1915) que bien qu’aucun de nous n’ignore sa propre mortalité, nous refusons d’y croire vraiment et nous la nions. Jusqu’à ce que la mort nous effleure et qu’on la croise du regard à son passage…

Cet événement s’accompagne toujours d’un moment d’effroi. La pensée vide, le cerveau en pause : ni affect, ni représentation, même la peur ne se fait pas ressentir. Il faut le vivre soi-même pour le comprendre. Aucun récit, aucun documentaire, aussi horribles soient-ils, ne pourront le déclencher. Et le traumatisme qui s’ensuit est d’autant plus pernicieux que ce rendez-vous avec la mort était inattendu.

 

 

La fin n’a pas justifié les moyens

La guerre d’Algérie, comme tout conflit, a confronté ses acteurs (mais aussi certains de ses spectateurs malheureux) à ces situations effroyables. La surprise d’un attentat, la perte d’un ami, la vue de cadavres mutilés, la participation à la torture… Et puis, la fin. Lorsque les mitraillettes se sont tues, que les bombes n’explosaient plus, chacun est rentré paisiblement chez soi. Et d’un coup de stylo, celui qui ratifie les accords d’Évian, on pensait pouvoir faire table-rase du passé. Comme s’il n’en avait jamais rien été.

Ce stylo, il aurait également fallu en léguer un exemplaire à bon nombre de ces soldats qui, grâce à lui, auraient pu y déverser les pires souvenirs de leur récit. Mais les langues commencent petit à petit à se délier. Chez certains, pas chez tous. La parole est souvent libératrice, même si elle n’efface pas tout ce qui est passé. Elle permet d’exorciser ses peurs pour mieux les affronter. C’est ce que nous expliqueront Jacques Inrep et Boris Cyrulnik dans les articles à venir.

source futura-sciences

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Vendredi 17 février 5 17 /02 /Fév 07:15

Quand la «charité» devient vulgaire …

kabylie 


 

 

 

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Dans les villages haut perchés de Chellata (Béjaïa)

Blanche neige, noire misère

 

 

Le mur de neige qui borde la route dépasse les deux mètres de hauteur. Le danger est encore là. A tout moment, une avalanche peut se déclencher et enterrer véhicule et occupants.

 

La route ressemble à un lugubre et froid corridor bordé par des remparts de neige de deux mètres de hauteur. Le col de Chellata, sis à plus de 1500 m d’altitude, est encore très loin, perdu dans les cimes laiteuses et brumeuses du Djurdjura. Pourtant, les engins de déneigement ont toutes les peines du monde à avancer. Les quantités de neige dégagées sont tellement importantes qu’on ne sait plus où les mettre. Il faut dégager la route vers les bas côtés déjà surchargés. Le froid est mordant malgré le soleil radieux, et l’immensité blanche scintille à tel point qu’il est difficile d’ouvrir les yeux.


«Nous avons livré un combat quotidien contre la neige pendant quinze jours. Chaque jour, du matin jusqu’à 20h ou 22h h», dit Mahmoud Mimoun, l’un des employés de la mairie de Chellata, sur les hauteurs d’Akbou, qui nous a accompagnés dans cette sortie sur le terrain, vers des villages difficilement accessibles. Ath Hyani, Alma, Ath Mqeddem et Ath Anane.

 
Sisyphe au déneigement

 
Ce mercredi 15 février, dans la matinée, il neigeait encore. Tel Sisyphe et son rocher, les équipes de la mairie, chaque jour, recommençaient à zéro le pénible travail de déneigement de la veille. De mémoire d’homme, on ne se rappelle pas un pareil épisode neigeux depuis 1945.

Le premier village visité est celui d’Alma situé à de 1200 m d’altitude. La route est bien dégagée, mais pour un seul véhicule seulement et les croisements se font de façon difficile et aléatoire.
Ce village composé de jolies maisons noyées sous les frênes disparaît à moitié sous la neige. Un jeune habitant traîne un bidon d’eau puisé à la source. La corvée d’eau est de mise malgré les quantités de neige accumulées. Une association religieuse vient juste de quitter les lieux. Sur le devant du fourgon chargé de vivres, le nom de l’association, écrit sur une banderole sale, s’étale en lettres grasses, bien en évidence.


Depuis quelques jours, des associations d’ordre politique ou religieux sillonnent les routes des villages isolés pour livrer des dons. Pourtant, les villageois que nous avons rencontrés nous ont tous parlé des dons fait par des industriels philanthropes qui ont aidé généreusement, mais sans publicité tapageuse. Discrètement. Comme le veut la tradition séculaire de ces régions. Quand on donne, on ne le crie pas sur tous les toits.


La situation difficile vécue par les villages pris sous une neige tenace et persistante a suscité un immense élan de solidarité. Ceux qui possèdent des véhicules 4x4 ou des engins de travaux publics les ont mis à la disposition des populations pour évacuer les malades ou ouvrir des routes. Chacun, selon ses moyens et ses possibilités, a donné la main à son voisin.  Pour la commune de Chellata, le plus dur a été vécu par les villages de Ath Hyani, Ath Mqeddem et Ath Anane. Outre l’épaisseur très importante de la neige, les routes, qui mènent vers ces villages, sont des descentes vertigineuses où les engins glissent ou ont de la peine à remonter. Au-delà de la première semaine d’isolement, les équipes de l’APC ont mis un point d’honneur à joindre chaque jour les habitants isolés pour leur apporter des vivres et des provisions. «Parties le matin, nos équipes arrivaient vers 21h et ne rentraient qu’à minuit passé», raconte M. Maïbeche,  maire de la commune, que nous avons joint au téléphone.


Des  villages à moitié ensevelis


Pour accéder au village d’Ath Anane, il faut emprunter une route défoncée par les bulldozers qui ont procédé au déneigement. Le mur de neige qui borde la route dépasse les deux mètres de hauteur. Le danger est encore là. A tout moment, une avalanche peut se déclencher et enterrer véhicule et occupants. Le cimetière des chouhada, à l’entrée du village, a disparu complètement sous le manteau blanc. Seul l’emblème national et la tête d’une statue de moudjahid émergent des amas blancs. Yata Cherif, «né à peu près en 1953», manie la pelle pour dégager la route avec son ami Maâfa Karim, 35 ans, originaire des Ath Mqddem. Ils témoignent de ce que les villageois ont vécu. «Une vraie misère noire», dit Cherif. «Nous aurions pu ne pas survivre, car notre commune est pauvre et manque cruellement de moyens», ajoute son ami. Trois tractopelles de marque Case ont renoncé devant l’impossibilité d’ouvrir les routes. Il a fallu envoyer des bulldozers dans la région.


Au final, l’abnégation des responsables de la commune ainsi que le réveil de la solidarité ancestrale ont évité le pire. La succession des hivers doux a fait baisser la garde à beaucoup de montagnards qui ne prévoient plus autant de bois de chauffage et de provisions.

 
Dans tous les villages que nous avons visités, les routes ont été ouvertes mais demeurent difficilement praticables. Cependant, le gaz butane n’arrive toujours pas. Il faut dépêcher des camions qui doivent passer la nuit au dépôt d’Akbou pour ramener quelques bouteilles qui seront de toute façon insuffisantes. Les écoles sont fermées pour encore longtemps.


Elles sont encore ensevelies sous la neige. Les infiltrations d’eau, les glissements de terrain, les canalisations éclatées, les toits écroulés, c’est pour demain. Toutes ces régions isolées, durement touchées par une neige de 15 jours et plus, auront besoin d’un véritable plan Marshall pour soigner les plaies du dénuement et les cicatrices d’une nature aussi capricieuse qu’implacable.

 
Demain, lorsque toute cette neige aura fondu, il faudra remettre en l’état les maisons, les granges, les étables, les routes, les maisons et les écoles. C’est bien connu des montagnards : c’est lorsque la neige fond que toute la laideur qu’elle a cachée réapparaît. C’est maintenant que les villageois demandent à ne pas être oubliés. Quand la neige blanche aura fondu, ils retrouveront leur misère un peu plus noire.           

source elwatan

 

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Samedi 11 février 6 11 /02 /Fév 03:31

 

En Kabily 

 

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Algérie/Bulletin spécial : De la neige jusqu’à 200 m d’altitude dans 18 wilayas

46 victimes et de nouvelles neiges attendues de vendredi à dimanche 12 février. La vague de froid qui touche l'Algérie depuis une semaine a fait deux nouveaux morts, a indiqué vendredi la protection civile à l'AFP. Le nombre de victimes, directement ou non liées au froid, est de 46 personnes. Au moins. Les nouvelles chutes de neige toucheront 18 wilayas.


 

Une femme âgée de 60 ans résidant à Berrahal dans la wilaya (Préfecture) d'Annaba (600 km à l'est d'Alger) est morte chez elle d'hypothermie jeudi après-midi. Un homme âgé d'une quarantaine d'années est mort le même jour intoxiqué par du monoxyde de carbone, a précisé la même source.


Le bilan donné jeudi par la radio nationale Chaîne 3, citant la Protection civile faisait état d'au moins 30 personnes qui ont péri dans des accidents de la route et 14 autres par asphyxie due à des émanations de gaz, depuis le début des intempéries. Le dernier bilan officiel s'établissait mercredi à 29 morts.

De nombreuses routes nationales et chemins de wilaya sont toujours coupés à la circulation routière dans 12 wilayas en raison d'importantes chutes de neige, selon un point de situation publié vendredi par le Commandement de la Gendarmerie nationale.

 

 

De la neige à 200m d'altitude


Des chutes de neige continueront d’affecter les reliefs du centre et de l’est du pays à partir de 600 m d’altitude, puis gagnant progressivement des altitudes plus basses (200 m), a annoncé vendredi 10 février l’office national de la météorologie (ONM) dans un bulletin spécial.

Les wilayas concernées par ces chutes de neige sont Ain Defla, Médéa, Boumerdes, Bouira, Tizi Ouzou, Bordj Bou Arreridj, Sétif, Bejaia, Jijel, Skikda, Constantine, Mila, Guelma, Batna, Souk Ahras, El Tarf, Oum El Bouaghi et Khenchela.

L’épaisseur des neiges prévue atteindra ou dépassera localement 40 cm durant la validité du bulletin en cours jusqu’au dimanche 12 février à 21 heures au moins, selon l’ONM.

Les chutes de neige affecteront également les wilayas de Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Naâma, El Bayadh, Tiaret, Laghouat et Djelfa.

L’épaisseur des neiges prévue dans ces wilayas atteindra ou dépassera localement 20 cm durant la validité du bulletin qui court du samedi, 11 février, à 18 heures au dimanche, 12 février, à 21 heures au moins, a précisé encore l’ONM.


 

Etat des route coupées vendredi 10 février


Tizi Ouzou - les importantes chutes de neige ont bloqué la route nationale (RN) 15, reliant Tizi Ouzou à Bouira au col de Tirourda, commune d’Iferhounène, et dans la circonscription communale de Larbaa-Nath-Iraten.

La RN 30, reliant la RN 30 A à Bouira, au lieu dit Tizi Noukalal, commune d’Iboudrarène, a été également bloqué par la neige, selon la même source. Le chemin de wilaya (CW) 09 reliant Tizi Ouzou à Béjaia au col de Chellata, commune d’Illoula Oumalou, a été aussi coupé à la circulation.

L’amoncellement de neige a causé, dans la même wilaya, la fermeture du CW 253, reliant Ain El-Hammam à Béjaia au col de Chellata, commune d’Illoula-Oumalou, le CW 11, reliant les communes de Ouacif à Ouadhia, la RN 15, reliant Bouira à Tizi Ouzou, au col de Tirourda, commune d’Aghbalou, et la RN 33, reliant Bouira à Tizi Ouzou à hauteur de Tikedjda, commune d’El Asnam.

La RN 33 bis, reliant Haizer à Tikedjda, au village Ain Alouane, commune de Haizer, a été également bloquée par la neige.

Bouira - la RN 30, reliant Bouira à Tizi Ouzou, au lieu dit Tizi-Noukoulal, commune de Saharidj, ainsi que le CW 93, reliant les villes de Guerrouma à Lakhdaria, le CW 15, reliant Souk el Khemis à El Mokrani, entre les deux localités, le CW 23, reliant El-Mokrani à Médéa, au village Ouled el Arbi, ainsi que le CW 09, reliant Saharidj à Aghbalou, entre les deux communes, sont bloqués par la neige.

Blida- la RN 37, reliant Blida à Chréa, au point kilométrique (PK) 17, commune de Chréa, est coupée à la circulation en raison de l’amoncellement de neige.

Médéa -
 la RN 08, reliant la ville de Tablat à Blida, la RN 64, reliant la ville d’El-Omaria à Bougara (Blida) et les CW 64 08, reliant respectivement El-Omaria et Bougara (Blida) ET Tamesguida à Médéa.


Boumerdes - le CW 152, reliant Timezrit à Tizi Ouzou, dans la circonscription communale de Timezrit, et le CW 27, reliant Larbatache à Bouderbala (Bouira), ont été coupés à la circulation.

Tipaza - le CW 54, reliant le douar Tazerourt à Béni Meleuk est également bloqué.

Tiaret - la RN 23, reliant Tiaret à Relizane, dans la circonscription communale de Guertoufa, la RN 77, reliant Jijel à Sétif, dans la commune de Jimla, et la RN 77 A, reliant Sétif à Jijel, à hauteur de la commune de Minar Zarza, sont coupées à la circulation à cause d’inondation de la chaussée.

La RN 105, reliant Jimla à El Milia, sur une distance de 20 km, le CW 01, reliant la RN 77 à Minar-Zarza, à hauteur de la mechta Fedoul, commune de Minar-Zarza, sur une distance de 15 km, sont bloqués par la neige.

Mila - le CW 134, reliant Oued Othmania à Constantine, sur une distance de 12 km, le CW 06, reliant la RN 79 à la RN 77 A sur une distance de 25 km, sont coupés à la circulation en raison d’amoncellement de neige. Dans la même wilaya, les chutes de neige ont également bloqué le CW 135 A, reliant Terra-Bainem à Boucif-Ouled-Askeur (Jjiel), et le CW 03 reliant Teleghma à Chelghoum Laid, au lieu dit Djebel Ali sur une distance de 18 km.

Jijel - la RN 105, reliant la ville de Jimla à El-Milia sur une distance de 20 km est également coupée à la circulation.

C’est aussi le cas pour le CW 137 A, reliant Selma Ben Ziada à Texena sur une distance de 05 km, le CW 137 B, reliant la ville Ziama Mansouriah à Iraguen Souissi, sur une distance de 10 km, le CW 135 A, reliant la ville Bordj T’har, et 41, reliant Sidi Marouf à Ouled Rabah, sur une distance de 07 km.

Béjaia - la RN 75, reliant Sétif à Béjaia, entre les communes de Barbacha et Kendira, sur une distance de 18 km, la RN 12 reliant Béjaia à Tizi Ouzou, sur une distance de 33 km, et la RN 26 A reliant Akbou à Tizi Ouzou, sur une distance de 08 km, le CW 01, reliant Tibane à Akfadou, sur une distance de 08 km, ainsi que le CW 159, reliant les villages Alma et Ighil Oumssid, commune de Chellata, le CW 158, reliant Barbacha à Amizour sur une distance de 06 km, sont coupés au trafic routier par la neige.

Le CW 06, reliant Ait Smail à Ait-Tizi (Sétif), sur une distance de 09 km, le CW 23, reliant Akbou à Elmayen ( Bordj Bou Arréridj) sur 20 km, le CW 35, reliant Amalou à Béni Mouhil (Sétif), sur une distance de 30 km, le CW 137, reliant Sidi Aich à Chemini, sur une distance de 10 km, le CW 23 A, reliant Tichy à Boukhelifa, sur une distance de 06 Km, sont coupés à la circulation.

La même situation est constatée au niveau du CW 15 A, reliant Tizi Nberber à Bouandas (Sétif), sur une distance de 20 km, et le CW 07, reliant Béni Mlikeche à Tazmalt, sur une distance de 13 km.

Bordj Bou Arréridj-
 les RN 76, reliant Bordj Zemmoura à Guenzet (Sétif), au lieu dit El Madafaa, la RN 75, reliant Béjaia à hauteur de la commune Ait Naoual-Mzada, sur une distance de 04 km, ainsi que la RN 75, reliant Béjaia et Sétif, à hauteur de la commune de Tala Ifacène, sur une distance de 07 km.

Sétif - les RN 76, reliant Sétif et Bordj Bou ArRéridj, à hauteur du douar de Dar El Hadj, commune de Harbi, sur 05 Km, 76, reliant Sétif et Bordj Bou Arréridj, au lieu dit Djebel Tansaout, commune de Guenzet, sur une distance de 05 km sont coupées à la circulation.

Dans la même wilaya, la RN 103, reliant Sétif et Bordj Bou Arréridj, à hauteur du village d’El Hamamcha, commune de Bougaâ, sur une distance de 07 km, le CW 32 A, reliant Tala Ifacène (Sétif ) à Kherrata ( Béjaia), sur une distance de 07 km, le CW 117, reliant la RN 77 à la RN 77 A, par la commune de Djemila, le CW 117, reliant Sétif à Béni Fouda, sur une distance de 06 km, le CW 45 reliant Bouandas à Bousselel, sur une distance de 21 km, ainsi que le CW 06, reliant Bouandas à Ait Tizi sur, une distance de 02 km sont coupés à la circulation en raison de l’amoncellement de la neige.

 source  Bulletin spécia

 

 

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 Neige : Les questions que l’on se pose toujours une semaine après

 Il a fallu attendre 48 heures pour que le plan Orsec soit lancé.

 

 

Il a fallu attendre 48 heures pour que le plan Orsec soit lancé.

 

Toute la semaine, la colère est montée du fond des wilayas. Les habitants des communes isolées cherchent du butane pour se chauffer, de quoi manger et même de quoi boire. Ils redoutent les nouvelles intempéries annoncées et les mêmes questions reviennent…


-Pourquoi Sonelgaz est-elle prise au dépourvu été comme hiver ?

«Le délestage est une opération volontaire qu’effectue l’entreprise pour maintenir un équilibre entre l’offre et la demande en période de très forte consommation électrique, explique Manel Aït Mekidèche, directrice des relations avec les médias. Alors que la situation actuelle échappe totalement au contrôle de l’entreprise. Sonelgaz (qui a annoncé hier un pic historique de consommation, ndlr), doit faire face à une situation exceptionnelle à laquelle elle n’est pas préparée (plus de 900 000 foyers sans électricité). Ajoutez à cela l’absence de moyens spécifiques pour les zones aux reliefs inaccessibles – quand les accès aux hameaux enclavés sont bloqués par la neige.» Sonelgaz assure faire tout ce qui est en son pouvoir pour rétablir le courant aux 13 000 foyers qui en sont encore privés. «Nous avons mobilisé toutes les équipes du groupe, même celles des sociétés sous-traitantes, déclare-t-elle. Mais les techniciens de l’entreprise doivent faire face au relief et à l’épaisseur de la neige, qui empêchent les véhicules d’accéder aux hameaux éloignés et obligent nos agents à avancer à pied.» Ce n’est pas tout : Sonelgaz attend d’autres records de consommation pour les jours à venir.

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-Pourquoi personne n’est d’accord sur le nombre de morts ?

C’est un mystère car même si le recensement des victimes diffère, le nombre de morts dépasse largement l’«étrange» bilan officiel. Hier à 17h11, le ministère de l’Intérieur insistait : «Le nombre de personnes décédées, deux, demeure inchangé.» L’AFP avance le chiffre de 44 personnes décédées en une semaine. La Chaîne III, quant à elle, comptabilise au moins 30 personnes décédées dans des accidents de la route et 14 par asphyxie due à des émanations de gaz, depuis le début des intempéries. A Aït Tizi (Sétif), un adolescent de 14 ans est mort d’hypothermie. «Son village n’était plus alimenté en butane. Il est tombé dans le coma, relève Kamel Beniaiche, notre correspondant à Sétif. Il a été transporté à pied jusqu’au service des urgences d’Aokas où il est décédé.» Les services de la Protection civile de la wilaya de Annaba sont intervenus, avant-hier vers 19h, pour constater le décès de deux personnes. Habitant seule à la cité Guirèche dans la commune de Berrahal, la première victime est une femme de 60 ans ; elle est décédée, selon le médecin de l’hôpital de Berrahal, d’hypothermie. A défaut de moyen de chauffage, la seconde victime, un homme de 40 ans, a trouvé la mort, quelques heures après, dans un dépôt de transformation de bois à la zone industrielle Pont Bouchet (Annaba). Originaire de la cité déshéritée de Sidi Salem, le défunt a été intoxiqué par le monoxyde de carbone d’un poêlon de charbon. A Hammadi Krouma (10 km au sud de Skikda), un jeune de 20 ans a été emporté par les eaux alors qu’il tentait de traverser un chaâba (torrent). Son corps n’a toujours pas été retrouvé.

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-A quoi sert un bulletin météo spécial (BMS) ?

Le BMS, seul, ne sert à rien. Il doit être suivi d’une organisation spécifique. Le service des prévisions météorologiques publie un bulletin météo spécial destiné aux pouvoirs publics (ministère de l’Intérieur, Gendarmerie nationale, Protection civile) pour signaler que d’importantes perturbations climatiques, sur les plans pluviométrique, des températures, du vent et de la neige dans une région donnée, sont attendues. Après la catastrophe de Bab El Oued, il était prévu que des études de terrain et des travaux de coordination avec les destinataires de ces bulletins soient menées pour permettre une meilleure connaissance, entre autres, des seuils de pluie à partir desquels les terres risquent d’être inondables. Ce travail n’a toujours pas été effectué.

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-Pourquoi tout le monde cherche du gaz butane ?

Essentiellement parce que les camions de Naftal ne peuvent plus approvisionner les stations-service à cause des routes enneigées. L’entreprise doit aussi faire face à une très forte demande qu’elle n’a pas su anticipée. Au marché noir, la bouteille de gaz butane est cédée à 1500 DA, alors qu’elle ne coûte que 250 DA. A Boumerdès, la bonbonne a même flambé jusqu’à 2000 DA.  Devant l’ampleur de la catastrophe, certaines APC, comme celle de Larbaâ Nath Irathen, propose aux citoyens de s’organiser et d’aller eux-mêmes chercher leur gaz, en mettant à leur disposition un camion de la commune. Les gendarmes sont obligés d’escorter les camions pour sécuriser la distribution. A Sétif, plus de 2000 bouteilles ont pu ainsi être distribuées dans les zones enclavées.

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-Pourquoi le plan Orsec n’a-t-il pas été déclenché ?

La diffusion d’un BMS génère automatiquement une cellule de crise. En fonction de la gravité des perturbations, un plan Orsec (Organisation de la réponse de sécurité civile) est lancé. Ce qui a été le cas dans les 15 wilayas touchées : il a été mis en place dès samedi dans la majorité des wilayas, à l’exception de celle de Tizi Ouzou, qui a attendu 48 heures avant de juger utile de déclencher l’alerte. «Les autorités n’ont pas pris au sérieux les BMS et ont été surprises par l’ampleur du phénomène», relèvent nos correspondants à Sétif, Chlef, Skikda… Le problème, c’est que le plan Orsec ne bénéficie pas de moyens supplémentaires, comme cela devrait être le cas. «Il n’y a eu aucune stratégie de gestion surtout pour les zones montagneuses et les douars, les zones les plus touchées», précise-t-on aussi à Chlef.
A Skikda, même la mort d’une personne (suite à une chute dans un oued) n’y a rien fait. Hsen, habitant la localité de Aïn Makhlouf, à 45 km de Souk Ahras, affirme que «les autorités n’ont rien fait pour remédier à cette situation. Sous d’autres cieux, il aurait été largement possible de saler les routes. Comment expliquer que, pendant 4 jours, il nous était impossible de nous rendre ni à Constantine ni à Guelma ?»

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-Comment fonctionne la cellule de crise d’une wilaya ?

Une cellule de crise est toujours composée des mêmes acteurs : des représentants de la wilaya, de la Protection civile, de la police, de la gendarmerie, de l’hydraulique, des travaux publics, de l’énergie et des mines, de la santé et parfois du commerce. Si elle a, dans la plupart des wilayas, été mise en place dès samedi 4 février, elle ne répond pas toujours. Exemple à Boumerdès où sa ligne téléphonique est la plupart du temps saturée. Ou à Tizi Ouzou. «Depuis le début de cette tempête de neige exceptionnelle qui a isolé de nombreuses communes, nous avons beau essayer de joindre cette cellule de crise, en vain, rapporte notre bureau sur place. Au moment où des étudiants étaient rassemblés devant la wilaya pour demander des aides pour leurs familles bloquées dans la montagne, nous avons reçu, à 10h, un appel de la cellule de communication nous invitant à un point de presse avec le chef de cabinet du wali, à 11h. Mais, finalement, cette rencontre avec les journalistes a été annulée…»   

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-Pourquoi les prix flambent ?

C’est le résultat de l’absence de régulation des prix. Azzedine Chenafa, président de l’Association des consommateurs de Sétif, explique : «Cette flambée des prix est récurrente, à chaque perturbation de conditions climatiques ou à l’occasion des fêtes religieuses. Elle est la conséquence de l’absence de contrôle du marché, dépourvu d’un réseau de distribution développé. L’absence de culture de la consommation chez nos concitoyens est l’autre cause de l’envolée qui n’a pas épargné les produits subventionnés. Devant jouer le rôle de régulateur, l’Etat a laissé le champ libre au privé, qui impose sa loi. L’absence de certains opérateurs publics qui ont constitué des stocks de pomme de terre et de viande blanche intrigue. Pour mettre un terme à cette frénésie des prix et au dérèglement du marché, il faudrait institutionnaliser un secrétariat d’Etat du consommateur, un intermédiaire entre le consommateur, éternel dindon de la farce, et les différents intervenants.»
En attendant, nos correspondants s’accordent à dire que les prix ont été multipliés par deux. Le kilo de pomme de terre dépasse souvent les 90 DA. A Aïn Defla, le kilo de petits pois est passé de 70 à 140 DA. «Il faut désormais dépenser trois fois plus pour acheter des chaussures de neige !», assure Mohammed Benzergua à Blida.

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-L’œuf et le poulet plus chers

Les gestionnaires des ressources hydriques des hautes plaines sétifiennes se frottent les mains. Tout comme certains agriculteurs. Alors que les aviculteurs craignent le pire pour leur cheptel et leur trésorerie. D’autant plus que les intempéries, qui bloquent une bonne partie du réseau routier de la wilaya de Sétif, privent un important contingent des 400 aviculteurs de la première wilaya du pays productrice de poulet de chair et deuxième en matière de poules pondeuses, d’aliments et de gaz butane nécessaires aux éleveurs. «La filière avicole subira de plein fouet les effets de ces exécrables conditions climatiques. Nous éprouvons les pires difficultés pour écouler les poussins de chair dont la durée de vie n’excède pas les 24 heures. D’importantes quantités de poussins seront décimées. Les pertes se chiffrent par centaines de millions de dinars. De nombreux éleveurs auront du mal à se relever. Le manque d’aliment est à l’origine de la chute de production des poules pondeuses, d’où la tension sur les œufs, cédés au pris de gros à 320 DA le plateau de 30.  La pénurie de gaz butane pénalise les éleveurs du poulet de chair, sujets à de grandes pertes. Cette situation se répercute déjà sur le prix du poulet, vendu entre 350 et 400 DA le kilo. La filière est sinistrée, l’Etat doit venir à son secours», souligne un aviculteur, qui ajoute que la wilaya de Sétif produit annuellement plus de 20 millions d’œufs et 16 millions de poussins de chair…                             

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-Les jeunes se mobilisent pour les SDF

Des jeunes étudiants lancent une opération de collecte de vêtements, de couvertures et de nourriture au profit des nécessiteux, particulièrement les SDF d’Alger. Les dons collectés seront distribués jeudi 16 février. Vous avez à votre disposition des numéros de téléphone de bénévoles à contacter selon votre proximité géographique.
Pour tout renseignement contactez :
Idriss : 0550 30 80 49       
Larbi : 0551 03 14 71     
Et pour vos dons :   
Alger-Centre et ses environs : 0550 30 80 49      
El Biar et ses environs : 0550 58 61 18       
Hydra, le Golf, Poirson : 0663 50 98 47      
Ben Aknoun, Dely Ibrrahim : 0551 03 14 71       
Chéraga et ses environs : 0550 58 61 18 /
 0557 95 67 33       
Draria et ses environs : 0797 54 36 31      
Bab Ezzouar et ses environs : 0550 66 97 53/ 0557 31 08 51      
Kouba et ses environs : 0552 00 33 91/0557 33 24 55
Ouled Fayet et ses environs : 0550 93 47 18       
Aïn Taya et ses environs : 0560 25 62 81      
Bab El Oued, Staouéli, Aïn Benian : 0550 30 80 49      
Reghaïa et ses environs : 0554 59 40 61      
Dar El Beïda et ses environs : 0771 78 48 77      

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-Et des repas chauds au Croissant-Rouge algérien

Le Croissant-Rouge algérien maintient son opération au profit des SDF organisée chaque hiver à l’échelle nationale, selon Lahcen Bouchekroun, secrétaire général du CRA. Les portes des différents centres sont ouvertes pour offrir des repas chauds. Le même responsable appelle les commerçants à faire preuve de solidarité en faisant des dons alimentaires.

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-Mourir de froid, est-ce que ça peut arriver à n’importe qui ?

Oui. «Notre organisme se protège du froid grâce à des centres régulateurs de la température, explique Sara Deghima, médecin résidente en endocrino-diabétologie au CHU Mustapha Pacha d’Alger. Par exemple, les frissons permettent de produire de la chaleur. Car le corps doit maintenir sa température à 37°.» Mais si l’organisme est trop longtemps exposé au froid, on peut tomber en hypothermie (en dessous de 35°). «A partir de 32°, on parle d’hypothermie grave. A 30°, elle devient sévère et risque de mener à la mort. Surtout si le patient n’est pas pris en charge à temps. Après des troubles de la conscience, on tombe dans un coma profond, le rythme cardiaque ralentit et s’ensuit un arrêt respiratoire.» Voir les conseils pour se protéger de l’hypothermie dans l’encadré ci-contre.

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-5 conseils contre l’hypothermie

*Portez des vêtements isolants, en laine, ou des coupe-vent, des imperméables.
wMangez souvent, de préférence des aliments à haute teneur énergétique (dattes, pruneaux, lentilles, raisins secs…), ils vous procurent de la chaleur qui remplace l’énergie que vous perdez lorsque vous êtes en mouvement.
*Privilégiez les boissons chaudes et les soupes.
*Isolez-vous de la neige : ne vous asseyez jamais dans la neige.
*Si vous vous trouvez face à quelqu’un souffrant d’hypothermie, isolez-le du froid en le plaçant doucement dans une couverture, mais n’appliquez surtout pas de source de chaleur directe comme de l’eau chaude. Evitez de masser ou de frotter la personne car elle risque un arrêt cardiaque.

source elwatan

 

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Jeudi 9 février 4 09 /02 /Fév 06:41

Pénurie de pain, de légumes, de semoule, de gaz… Les populations excédées



«La situation n’a pas évolué, au contraire, elle empire de plus en plus au point de susciter la colère des citoyens qui ne voient rien venir des pouvoirs publics. Les moyens de l’APC ne peuvent rien faire devant l’ampleur de cette tempête de neige», nous a expliqué, hier, le président de l’APC d’Aït Zikki, une commune perchée à plus 1400 mètres d’altitude, à environ 70 kilomètres au sud-est de Tizi Ouzou, où les habitants ont procédé hier à la fermeture du siège de l’APC.
Après six jours d’isolement et sans aucune aide des pouvoirs publics, les villageois ont décidé d’entreprendre des actions de protestation pour manifester leur désarroi dans la wilaya de Tizi Ouzou.

Ils réclament des moyens de déneigement pour l’ouverture des accès à leurs villages. Ils n’ont reçu jusqu’à présent ni renfort matériel ni moyens promis par l’administration. «La direction des travaux publics nous a envoyé deux chargeurs et une niveleuse, mais ils ne sont pas efficaces. Les secours n’arrivent pas et la population reste toujours pénalisée, sans moyens de déneigement, sans denrées alimentaires ni gaz butane», a ajouté M. Amara, qui réitère son appel aux pouvoirs publics à intervenir pour venir en aide aux citoyens de sa commune qui lancent, chaque jour, des cris de détresse mais sans aucune suite. Les responsables de l’administration se contentent, s’insurge-t-on, de «de voiler la réalité du terrain à travers leurs interventions dans les medias». Les villageois d’Aït Zikki n’ont pas encore reçu l’aide promise par les pouvoirs publics.


Désarroi


Ils ont rencontré, hier après-midi, après avoir marché à pied sur dix kilomètres, le chef de daïra de Bouzguène et le président de l’APC. Des citoyens d’autres localités de la wilaya de Tizi Ouzou sont toujours dans le désarroi au point de sortir dans la rue pour se faire entendre. C’est le cas des habitants des villages de Aït Khercha et Ihidoussene, dans la commune de Tadmait (20 km à l’est de Tizi Ouzou), qui ont fermé, hier, la RN12 reliant Tizi Ouzou à Alger. Dans d’autres communes, notamment en Haute-Kabylie, les citoyens sont toujours abandonnés à leur sort et ne savent plus à quel saint se vouer. Leurs cris d’alarme sont restés vains. «On est dans l’isolement et personne n’a pensé à nous, à l’exception de notre président d’APC qui est avec les citoyens en ces moments difficiles.

Il a mis les moyens de l’APC qui sont malheureusement insuffisants pour faire face à cette exceptionnelle tempête de neige qui a enclavé la région. Au lieu de déclencher un plan d’urgence national pour désenclaver les localités sinistrées par ces fortes intempéries, le Conseil des ministres a décidé de l’augmentation du nombre de sièges à l’APN alors que dans ces circonstances difficiles, les députés sont absents sur le terrain», clame avec beaucoup de colère un citoyen d’Iferhounène, qui nous a affirmé aussi que la vie est dure dans cette commune située à 60 km au sud-est de Tizi Ouzou. «Ici, il n’y a ni ravitaillement, ni gaz butane, ni pain.

D’ailleurs, un épicier de notre village a dû rationner la semoule à dix kilos par foyer, afin de permettre à toutes les familles de s’approvisionner. L’eau du robinet est gelée. C’est une situation apocalyptique», nous a-t-il ajouté.  A Illiltene, toujours au pied du Djurdjura, les villageois sont dans la détresse. Ils sont livrés à eux-mêmes en l’absence d’équipements de déneigement, ceux de l’APC  n’arrivant plus à déblayer les routes où la neige a atteint plus de 2 mètres d’épaisseur. «L’alerte est au rouge. L’évacuation des malades, même avec des véhicules tout-terrain, est presque impossible.

On a dû transférer vers l’hôpital une femme qui devait accoucher à l’aide d’un engin de déneigement. C’est intenable», fulmine Rachid, un jeune d’Illiltene. Dans la commune voisine d’Imsouhal, les citoyens vivent le calvaire. Ils ont d’ailleurs observé, hier, un sit-in devant la mairie pour dénoncer l’indifférence des pouvoir publics.

source elwatan

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Hypothermie, asphyxie, accidents de la circulation et avalanches

Intempéries : déjà 80 morts !

 

 

Le bulletin météo spécial, dont l’expiration était prévue pour aujourd’hui à 12h, est finalement prolongé jusqu’à vendredi. Et pour cause, la vague de froid persiste pour toucher toutes les villes et villages, y compris les bourgades situées dans les zones frontalières dont les populations nomades ont dû fuir leur campement pour se rapprocher des agglomérations, à la recherche de la nourriture.

 
Quatre-vingts morts, c’est le bilan d’une semaine d’intempéries qui ont touché de plein fouet l’Algérie et du froid polaire qui sévit, y compris dans le Grand-Sud. Avec une moyenne quotidienne de 45 accidents de la circulation, 5 morts et 30 blessés, les services de sécurité ont enregistré, ces trois derniers jours, 17 morts et plus de 80 blessés.

 
Ce sinistre bilan s’ajoute aux 23 décès des suites d’inhalation du monoxyde de carbone. Ce qui porte le nombre à 40 personnes décédées en 72 heures.

 
En ce sens, la protection civile a recensé, en 7 jours, 10 décès par asphyxie et 31 cas de personnes incommodées, sauvées in extremis. Cela va sans dire que plus de 300 personnes, dont 271 SDF (sans domicile fixe), ont également été sauvées par les unités d’intervention et les sapeurs-pompiers qui accomplissent un travail d’Hercule et dans des conditions catastrophiques. Un chiffre qui donne froid dans le dos quand on sait les conditions dans lesquelles ces rescapés, dont des enfants et des femmes, ont été délivrés.
Tous les centres du Croissant-rouge algérien ont été ainsi mobilisés pour accueillir ces familles touchées par l’hypothermie. En Kabylie, ce sont trois autres personnes qui ont été ensevelies sous les amoncellements de neige alors qu’un jeune a fait une chute mortelle dans la région d’Aïn Defla.

 
Ce drame a poussé des milliers de famille à abandonner leur région pour fuir le froid glacial et l’isolement qui persiste, avec en toile de fond le manque de nourriture, de carburant, de gaz et les coupures d’électricité qui perdurent. Selon notre source, plus de 30 000 interventions ont été enregistrées ces trois derniers jours, notamment en Kabylie où 1 500 villages sont toujours isolés par la neige et le verglas.
L’intervention des troupes de l’Armée nationale populaire (ANP) a été salutaire à bien des égards, ajoutée aux URS (unités républicaines de sécurité) déployées par la DGSN (plus de 60 000 hommes) et aux groupements d’intervention et de réserve (GIR) de la Gendarmerie nationale (plus de 80 000 hommes) et de la Protection civile (plus de 40 000 hommes). 

 

15 000 nomades désertent leur campement 

 
Dans les wilayas d’El-Bayadh, Naâma, notamment la localité enclavée d’El-Aâricha (une zone frontalière au Maroc), Djelfa et Laghouat, environ 5 000 familles de nomades (soit 15 000 personnes, dont des femmes et des enfants) ont fui le froid glacial.

 
Dans ces régions arides de l’Algérie profonde, les températures ont sensiblement chuté pour atteindre les -10 et -12 C° ! Certains éleveurs nomades ont carrément abandonné leurs cheptels, leurs uniques ressources de vie, avant de les récupérer avec l’aide des services de sécurité.

 
L’instinct de vie oblige, ces populations ont déserté leurs tentes. Et si certaines familles ont pu sauver ce qui restait de leur bétail, d’autres, en revanche, ont préféré s’amasser auprès des villes. Selon notre source, les groupements des gardes-frontières (GGF) ont également contribué pour sécuriser ces populations et leur apporter aide et assistance. Cette situation n’est pas propre au sud-ouest du pays.

 
Notre source révèle que le froid qui frappe la zone frontalière algéro-tunisienne a également contraint certaines populations habitant dans les petites bourgades à se rabattre sur les villes, notamment à Guelma, Tébessa, Souk-Ahras et el-Tarf. Le drame du froid polaire touche aussi les zones arides de Béchar, de Tamanrasset, d’Illizi, d’Adrar et de Tindouf où le mercure a vertigineusement chuté ces trois derniers jours. À El-Oued, la neige a fait son apparition, à la surprise de ces populations, autrefois habituées au froid hivernal et aux averses orageuses. L’exode a également touché certaines régions du centre avec l’effondrement de maisons, notamment à Alger, avec l’effondrement partiel des murs d’une habitation précaire et l’effondrement partiel du faux plafond d’une classe, au lycée Mohamed-Anaoui. Hier, au moins 300 têtes de cheptel ont succombé au froid et à la faim dans la région de Médéa où un éleveur était contraint de fermer son étable, alors qu’un autre citoyen est décédé dans la wilaya de Khenchela des suites de l’hypothermie et de l’isolement. 

 

L’armée face aux 273 routes coupées à la circulation

 
L’état des routes est catastrophique, selon un bilan exhaustif rendu public hier par les services de sécurité et la protection civile. Déployées dans plusieurs régions du pays, les troupes de l’Armée nationale populaire (ANP) sont mises à contribution pour atteindre les zones jusque-là inaccessibles.
Avec 273 routes coupées, 800 communes coupées du monde, dont 60 en Kabylie, et 30 wilayas sinistrées (Tizi Ouzou, Béjaïa, Constantine, Khenchela, Batna, Boumerdès, Bouira, Tiaret, El-Bayadh, Laghouat, Blida, Tipasa, Bordj Bou-Arréridj, Tiaret, Chlef, Aïn Defla…), l’armée a déployé de gros engins pour venir en aide aux populations en souffrance depuis déjà une semaine.

 
Selon un communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN), les troupes de la Ire Région militaire sont déjà en œuvre dans les wilayas de Blida, Tizi Ouzou, Boumerdès, Médéa et Aïn Defla. Dans ces régions, pas moins de 11 routes principales ont été rouvertes à la circulation.

 
Mais pas seulement, puisque les militaires ont réussi à désenclaver 80 familles entre Larbaâ et les Deux Bassins (Blida) et sauvé une famille entière à Amalou (Tizi Ouzou). À Aïn Defla, les unités de l’ANP sont venues au secours d’un centre de prise en charge des enfants alors que des dizaines de citoyens, menacés par l’isolement, ont été pris en charge dans les casernes.


Aussi, des familles sinistrées dans la wilaya de Boumerdès ont été sauvées par les militaires qui sont intervenus d’urgence à Timezrit. “Les unités de l’ANP resteront mobilisées jusqu’à la fin de leur mission et qui consiste à désenclaver les populations en détresse”, indique-t-on. Du côté du ministère de la Solidarité, on indique que des caravanes sont déjà à pied d’œuvre pour venir en aide aux SDF, notamment en couvertures et en nourriture alors que toutes les unités du Samu ont été mobilisées pour sillonner les wilayas sinistrées afin d’apporter l’aide sanitaire et psychologique aux sinistrés. Cette action sociale est orientée vers les régions enclavées où les cellules de crise sont installées pour coordonner les interventions rapides, avec la mise à contribution du mouvement associatif. 



Appels à la vigilance


Le bulletin météo spécial (BMS), dont l’expiration était prévue pour aujourd’hui à 12h, est finalement prolongé jusqu’à la journée de vendredi. Raison pour laquelle les appels ont été lancés, hier, aux populations en souffrance afin de faire preuve de vigilance. Et pour cause, la vague de froid persiste pour toucher toutes les villes et villages, y compris les bourgades situées sur les zones frontalières. En plus des cellules de crise installées au niveau des wilayas et des daïras, les citoyens sont appelés également à éviter les déplacements inutiles dans les régions dangereuses et sur les axes routiers à risque.

par Farid Belgacem

source liberte-algerie

 

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Le climat ne s’améliore pas, les chutes de neige continuent

 


Selon l’Office national de la météorologie, des chutes de neige et des pluies importantes persisteront jusqu’à demain dans la plupart des régions du Nord.

Le froid et la neige bloqueront encore plusieurs villes, villages et routes nationales ou régionales aujourd’hui et demain. Le bulletin de l’Office national de la météorologie ne prévoit pas d’amélioration et annonce la reprise de la perturbation qui touchera de nouveau la majorité des régions du nord avec des pluies importantes, de la grêle ainsi que des chutes de neige. Cette dernière concernera une nouvelle fois la plupart des régions du nord du pays avec des pluies importantes, de la grêle et des chutes de neige, notamment dans les régions du Centre et de l’Est.

Les chutes de neige reprendront à partir de 300 mètres au Centre et à l’Est notamment en début de matinée, et à partir de 600 mètres à l’ouest du pays. Des chutes qui feront naturellement installer le froid dans la durée. Sale temps pour plusieurs régions qui sont toujours isolées et coupées du monde depuis des jours déjà. Alors que la situation s’est normalisée à travers plusieurs wilayas, d’autres régions continuent de subir le diktat de la nature ainsi que la négligence et l’inefficacité des autorités locales. Le mauvais temps a donné lieu hier à plusieurs mouvements de protestation. Menés par le froid et le blocage ainsi que les mauvaises conditions de vie, les habitants ont crié leur ras-le-bol dans plusieurs localités. Les citoyens d’Ait Ziki, à Tizi Ouzou, ont fermé hier le siège de l’APC.

A travers leur action, les protestataires qui n’ont reçu aucun renfort matériel, réclament «des moyens de déneigement pour l’ouverture des routes de leurs villages». Sans électricité ni gaz, des centaines d’habitants de plusieurs villages de la wilaya de Tizi Ouzou, Ihidoussen, Aït Sâada, Aït Kharcha, ont procédé hier à la fermeture de la RN 12 reliant Tizi Ouzou à Alger au niveau de Tadmaït, en signe de contestation contre la situation difficile qu’ils subissent depuis le début de la tempête de neige. À Boumerdès, la chute de plusieurs arbres d’eucalyptus a causé l’effondrement d’une trentaine d’habitations précaires, sises à Isser-ville. Idem pour la wilaya de Béjaïa où plusieurs villages attendent toujours les bonbonnes de gaz et le rétablissement de l’électricité, comme c’est le cas des villages de la commune de Toudja, d’Aokas, de Barbacha…

Le bilan noir des intempéries comporte également les accidents de la route ainsi que plusieurs décès. Hier, une femme a été tuée et trois autres personnes blessées à la suite du dérapage de leur voiture sur la RN 46 entre M’sila et Djelfa en raison du verglas. La circulation particulièrement difficile et dangereuse a occasionné un lourd bilan depuis le début des chutes de neige. Une semaine durant, les intempéries ont causé la mort de plus de quatre-vingts personnes.

En moyenne, 45 accidents routiers sont enregistrés chaque jour. Les habitats précaires sont aussi mis à rude épreuve face à la neige. Les habitants des bidonvilles d’Alger comme ceux d’autres wilayas, continuent de chercher aide et assistance auprès des pouvoirs publics, en raison de l’aggravation de leurs conditions de vie suite à ces intempéries. Les services de l’APC de Bouzaréah ont trouvé des difficultés à gérer la situation dans les différents habitats précaires implantés sur son territoire. Le mauvais temps a mis à nu la fragilité et le manque de moyens à faire face à cette vague de froid, chutes de neige et de pluies qui ne sont à l’origine que des perturbations naturelles.

http://www.donnetonavis.fr/algerie-meteo-le-climat-ne-sameliore-pas.html

 

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Par thala solidaire.over-blog.com - Publié dans : Algérie
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