Contribution des lecteurs_Débats

Samedi 14 mai 6 14 /05 /Mai 06:32

De jeudi à dimanche, des manifestants s’étaient rassemblés dans la capitale tunisienne, Tunis, pour protester contre le gouvernement transitoire qui dirige ce pays d’Afrique du Nord depuis la chute en janvier du dictateur Zine el Abidine Ben Ali, soutenu par l’Occident.

Les manifestants ont défié un couvre-feu décrété par le gouvernement samedi pour réprimer une opposition croissante contre le régime intérimaire. Le couvre-feu s’applique de 21 heures à 5 heures du matin.

A Tunis, des manifestants antigouvernementaux ont appelé à la démission du gouvernement et exprimé leur mépris à l’égard du premier ministre Beji Caid Sebsi et du ministre de l’Intérieur, Habib Sid. Les manifestants ont également scandé des slogans tels, « Le peuple veut une nouvelle révolution » et « Ni peur ou terreur – le pouvoir appartient au peuple. »

Les protestations se sont propagées à d’autres villes, dont Sfax, Kairouan et Sousse. Le couvre-feu a été imposé après les protestations survenues dans des villes comme Sfax, Kairouan et Métlaoui, ainsi que trois villes de la province du centre-ouest de Gafsa

Le régime tunisien a réagi par une répression violente à ces protestations. A Tunis, la police a tiré des gaz lacrymogènes dans la foule rassemblée dans l’avenue Bourguiba, l’artère principale de la ville. Les manifestants ont riposté par des volées de pierres.

La police aurait chargé les manifestants avec des matraques, isolant de petits groupes puis les frappant à coups de pieds et les battant. « La réaction de la police est trop extrême contre les gens, » a dit l’un des manifestants à l’agence d’information Reuters. « C’est le retour à l’époque de Ben Ali, » a-t-il ajouté.

Le réseau CNN a rapporté que des véhicules blindés de l’armée avaient aussi été déployés dimanche près du principal bâtiment du ministère de l’Intérieur.

Les protestations avaient débuté après que l’ancien ministre de l’Intérieur tunisien du gouvernement transitoire, Farhat Rajhi, ait averti mercredi sur Facebook de la préparation d’un « coup d’Etat militaire » si le groupe islamiste Ennahda gagnait les élections du 24 juillet. Ce jour-là, le régime projette de tenir des élections pour une assemblée constituante afin de préparer les futures formes du gouvernement tunisien. Ennahda qui avait été interdit sous Ben Ali, pourrait, dit-on, gagner du soutien dans le Sud où le mécontentement suscité par la pauvreté et le chômage est grand.

Dans un enregistrement vidéo sur Facebook, Rajhi a dit: « Si Ennahda prend le pouvoir, il y aura un coup d’Etat ». Il a ajouté, « Les gens de la côte [c’est-à-dire l’anciens partisans de Ben Ali dans les régions plus riches du pays] ne sont pas disposés à céder le pouvoir et si les élections ne vont pas dans leur sens, il y aura un coup d’Etat. »

Rajhi a aussi affirmé que la promotion du général Rachid Ammar au rang de chef d’Etat-major faisait partie du projet de s’emparer du pouvoir « en cas de victoire des islamistes aux prochaines élections. »

Le régime tunisien a rapidement rejeté la déclaration de Rajhi qui avait été ministre de l’Intérieur de janvier à fin mars lorsqu’il a été obligé de quitter ses fonctions pour des motifs non déclarés. Il semblerait que Rajhi soit en mauvais termes avec l’appareil de sécurité en raison de ses efforts limités de conférer un nouveau visage à cet Etat répressif.

Rajhi, un ancien magistrat, avait bénéficié d’un certain soutien populaire en Tunisie pour avoir limogé 45 responsables de haut rang du ministère de l’Intérieur accusés de corruption, pour avoir écarté du pouvoir l’ancien parti dirigeant de Ben Ali et pour avoir réorganisé la police secrète.

Une autre expression de la répression contre la contestation est le retour de l’agence tunisienne de l’Internet chargée de la censure et qui avait été suspendue après la chute de Ben Ali. L’agence a été autorisée par une nouvelle loi sur la censure et qui, selon le site d’information Internet tunisien Webdo, a été adoptée secrètement. La première mesure des censeurs a été de fermer la page de Facebook qui avait publié la déclaration de Rajhi.

Le régime tente aussi de faire taire tout reportage sur la répression dans les rues de Tunis. Quelque 15 journalistes des médias régionaux et internationaux ont été interpellés et battus par la police tunisienne durant les protestations de jeudi et de vendredi.

Marwa Rekik, une journaliste de la radio locale Kalima a dit à Al Jazeera qu’elle avait été agressée par une dizaine d’agents de police alors qu’elle réalisait un reportage en direct du centre de Tunis. « Ils m’ont frappé sur toutes les parties de mon corps avec des matraques et leurs casques et les blessures à la tête ont exigé cinq points de sutures, » a-t-elle rapporté samedi.

La réaction du régime transitoire aux protestations est une mise en garde nette qu’il utilisera les méthodes les plus violentes pour réprimer les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière.

Depuis la chute du régime de Ben Ali, aucun des problèmes sociaux sous-jacents auxquels sont confrontées les masses n’a été résolu et le pays a connu une explosion de mouvements de grève et de protestations de la part des travailleurs. Faisant état des craintes de la bourgeoisie, le ministre des Affaires sociales, Mohamed Ennaceur, a expliqué : « Avec la montée en flèche des revendications sociales de la période de l’après révolution, la situation sociale n’a fait qu’empirer. »

Il a dit à La presse: « Plusieurs investisseurs étrangers et tunisiens ont affiché une certaine réticence depuis la révolution, le calme n’étant pas revenu. 281 institutions ont arrêté leurs activités dans la période postrévolutionnaire. Le nombre des grèves a augmenté de plus de 155 % par rapport à l’année 2010 et le nombre des participants a été de 85 pour cent alors que ce chiffre était de 53 pour cent l’année dernière. On relève également une augmentation des grèves sauvages de 85 pour cent alors qu’elles n’étaient que de seulement 19 pour cent l’an dernier. Sans oublier les sit-in et les dépassements commis dans des lieux de travail. Des milliers de personnes sont venues réclamer leurs droits au siège du ministère depuis la révolution. »

Bien que Rajhi se soit rétracté plus tard en attribuant, de manière peu plausible, ses commentaires sur la menace d’un coup d’Etat à « l’immaturité politique » et exprimant son entière confiance à l’armée, ceux-ci ont révélé au grand jour la méfiance des masses à l’égard du régime transitoire. Un étudiant a dit, « Il y a déjà tellement de problèmes en Tunisie. La vidéo que Rajhi a faite aujourd’hui, c’est l’étincelle. La révolution n’est pas finie ! »

Sonia Briki, une manifestante a dit à Reuters : « Nous sommes ici pour réclamer le départ de ce gouvernement qui est malhonnête. Tout est clair maintenant. Nous voulons qu’ils démissionnent afin que nous ayons un gouvernement dont les membres sont uniquement au service du peuple. »

Ces événements soulignent avant tout l’absence d’un parti pour mener les luttes de la classe ouvrière en Tunisie. Les partis existants sont en faillite et hostiles aux travailleurs.

L’indignation populaire soulevée par les commentaires de Rajhi expose le caractère frauduleux de la commission de réforme mise en place par le régime transitoire afin de superviser l’assemblée constituante. Elle comprend l’organisation patronale UTICA, divers groupes de droits de l’Homme, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) et les partis d’« opposition » officiels tels le Part démocrate progressiste (PDP) ainsi que l’ex mouvement stalinien Ettajdid.

Ces forces ne fournissent qu’un mince vernis pseudo-démocratique à un régime qui cherche désespérément à se maintenir au pouvoir en réprimant les luttes de la classe ouvrière. Il avait été conçu dès le début comme un moyen d’empêcher la classe ouvrière de former des organes de pouvoir pour défier la vieille machine d’Etat de Ben Ali.

La commission est dirigée par un professeur de droit public, Yadh Ben Achour, qui a été interviewé par le quotidien français Le Monde. Interrogé sur sa commission, il a expliqué : « Cette Haute Instance était une simple commission de réforme politique, dont le rôle était de réviser l’ensemble des textes liberticides qu’utilisait l’ancien régime pour opprimer le pays… Puis un conseil de protection de la révolution, avec des partis et des organisations de la société civile, a été créé et conçu comme une sorte de tuteur du gouvernement. »

Ce conseil, qui était opérationnel à la mi-mars, comprend entres autres, des représentants de l’UGTT, du PDP et d’Ettajdid. Son nom a toutefois aussi été une duperie. Loin d’avoir l’intention de mener les masses dans une révolution contre l’Etat, ses membres voulaient trouver des postes dans la machine d’Etat, ce qu’ils firent rapidement en rejoignant la commission de Ben Achour.

En remarquant que la commission était la « synthèse » de ces deux commissions, Achour a dit que si elles étaient séparées, ceci « aurait pu conduire à une crise et à un parallélisme de deux pouvoirs, l’un institutionnel, l’autre révolutionnaire. »

La dernière chose que les partis d’« opposition » officiels souhaitaient faire, c’était mettre en place des institutions qui pourraient contester le pouvoir du régime Ben Ali, Au lieu de cela, ils rejoignirent la commission officielle de « réforme » pour procurer une couverture politique à la machine droitière de l’Etat et à ses chantiers contre les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière.

 

Article original, WSWS, paru le 9 mai 2011

 

lien : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=24733

Par thala solidaire.over-blog.com - Publié dans : Contribution des lecteurs_Débats
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Jeudi 12 mai 4 12 /05 /Mai 06:12

 

par Thierry Meyssan

Un clan saoudien, les Sudairi, est au cœur de la vague contre-révolutionnaire lancée au Proche-Orient par les États-Unis et Israël. Dans une vaste synthèse, parue en épisodes dans le plus important quotidien de langue russe, Thierry Meyssan dresse depuis Damas le tableau général des contradictions qui agitent cette région.

 

 

 

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L’image a fait scandale aux Etats-Unis : lors du G20, le président Obama s’incline devant le souverain saoudien et lui baise la main.

En quelques mois, trois gouvernements pro-occidentaux ont chuté dans le monde arabe : le parlement a renversé le gouvernement de Saad Hariri au Liban, tandis que des mouvements populaires ont chassé Zine el-Abbidine Ben Ali de Tunisie, puis arrêté Hosni Moubarak en Égypte.

Ces changements de régime s’accompagnent de manifestations contre la domination états-unienne et le sionisme. Ils profitent politiquement à l’Axe de la Résistance, incarné au plan étatique par l’Iran et la Syrie, et au plan infra-étatique par le Hezbollah et le Hamas.

Pour mener la contre-révolution dans cette région, Washington et Tel-Aviv ont fait appel à leur meilleur soutien : le clan des Sudairi, qui incarne plus que nul autre le despotisme au service de l’impérialisme.

Les Sudairi

Vous n’en avez peut-être jamais entendu parler, pourtant les Sudairi constituent l’organisation politique la plus riche du monde depuis plusieurs décennies.

Les Sudairi, ce sont parmi les cinquante-trois fils du roi Ibn Séoud fondateur de l’Arabie saoudite, les sept qui ont été enfantés par la princesse Sudairi. Leur chef de file était le roi Fahd, qui régna de 1982 à 2005. Ils ne sont plus que six depuis sa mort. L’ainé, c’est le prince Sultan, ministre de la Défense depuis 1962, 85 ans. Le plus jeune, c’est le prince Ahmed, ministre adjoint de l’Intérieur depuis 1975, 71 ans. Depuis les années 60, c’est leur clan qui a organisé, structuré, financé, les régimes fantoches pro-occidentaux du « Moyen-Orient élargi ».

Ici, un retour en arrière est indispensable.

L’Arabie saoudite est une entité juridique créée par les Britanniques durant la Première Guerre mondiale pour affaiblir l’Empire Ottoman. Bien que Lawrence d’Arabie ait inventé le concept de « nation arabe », il n’est jamais parvenu à faire de ce nouveau pays une nation, et encore moins un État. C’était et c’est toujours, la propriété privée de Séoud. Ainsi que l’a montré l’enquête judiciaire britannique lors du scandale Al-Yamamah, au XXIe siècle, il n’existe pas encore de comptes bancaires ni de budget du royaume ; ce sont les comptes de la famille royale qui servent à administrer ce qui reste leur domaine privé.

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni n’ayant plus les moyens de son impérialisme, ce territoire passa sous suzeraineté états-unienne. Le président Franklin D. Roosevelt conclut un accord avec le roi Ibn Seoud : la famille des Séoud garantissait l’approvisionnement en pétrole des États-Unis qui, en échange, garantissaient l’aide militaire nécessaire au maintient des Séoud au pouvoir. Cette alliance est connue sous le nom d’Accord du Quincy, car négociée à bord du navire du même nom. C’est un accord, pas un traité, car il ne lie pas deux États entre eux, mais un État et une famille.

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L’Accord du Quncy lie les Etats-Unis à la famille des Séoud.

Le roi fondateur, Ibn Séoud, ayant eu 32 épouses et 53 fils, de graves rivalités entre successeurs potentiels ne tardèrent pas à se faire jour. Aussi fut-il tardivement décidé que la couronne ne se transmettrait pas de père en fils, mais de demi-frère en demi-frère.

Cinq fils d’Ibn Seoud sont déjà montés sur le trône. Le roi actuel, Abdallah Ier, 87 ans, est un homme plutôt ouvert d’esprit, bien que totalement déconnecté des réalités contemporaines. Conscient que le système dynastique actuel va à sa perte, il souhaite réformer les règles de succession. Le souverain serait alors désigné par le Conseil du royaume —c’est-dire par des représentants des diverses branches de la famille royale— et pourrait être d’une plus jeune génération.

Cette sage idée ne fait pas l’affaire des Sudairi. En effet, compte tenu des diverses renonciations au trône pour raison de santé ou par sybaritisme, les trois prochains postulants appartiennent au clan : le prince Sultan —déjà nommé— ministre de l’Intérieur, 85 ans ; le prince Nayef, ministre de l’Intérieur, 78 ans, et le prince Salman, gouverneur de Riyadh, 75 ans. Si elle devait être appliquée, la nouvelle règle dynastique le serait à leur détriment.

On comprend donc que les Sudairi, qui n’ont jamais porté dans leur cœur leur demi-frère, le roi Abdallah, le haïssent désormais. On comprend aussi qu’ils ont décidé de jeter toutes leurs forces dans la bataille actuelle.

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Le prince Bandar et son « frère » George W. Bush.

Le retour de Bandar Bush

À la fin des années 70, le clan des Sudairi était dirigé par le prince Fadh. Il remarqua les rares qualités d’un des enfants de son frère Sultan : le prince Bandar. Il l’envoya négocier des contrats d’armement à Washington et apprécia la manière dont il acheta l’accord du président Carter.

Lorsque Fadh monta sur le trône, en 1982, il fit du prince Bandar son homme de confiance. Il le nomma attaché militaire, puis ambassadeur à Washington, poste qu’il occupa tout au long du règne, jusqu’à son renvoi brutal par le roi Abdallah, en 2005.

Fils du prince Sultan et d’une esclave libyenne, le prince Bandar est une personnalité brillante et sans scrupules qui a su s’imposer au sein de la famille royale malgré le déshonneur attaché à son origine maternelle. Il est aujourd’hui le bras agissant des gérontocrates du clan Sudairi.

Durant son long séjour à Washington, le prince Bandar s’est lié d’amitié à la famille Bush, particulièrement à George H. Bush avec qui il était inséparable. Ce dernier aime à le présenter comme le fils qu’il aurait aimé avoir, au point qu’on le surnomme dans la capitale, « Monsieur Bandar Bush ». Ce que George H. —ancien directeur de la CIA, puis président des États-Unis— apprécie le plus chez lui, c’est son goût pour l’action clandestine.

« Mr. Bandar Bush » s’est intégré dans la haute société états-unienne. Il est aussi bien administrateur à vie de l’Institut Aspen que membre du Bohemian Grove. Le public britanniques a découvert son existence lors du scandale Al-Yamamah : le plus grand contrat d’armement de l’Histoire et aussi la plus importante affaire de corruption. Durant une vingtaine d’années (1985-2006), British Aerospace, bientôt renommé BAE Systems, a vendu pour 80 milliards de dollars d’armement à l’Arabie saoudite tout en reversant discrètement une partie de cette manne sur les comptes bancaires d’hommes politiques saoudiens et probablement britanniques, dont 2 milliards de dollars pour le seul prince Bandar.

C’est que Son Altesse a beaucoup de frais. Le prince Bandar a repris à son compte nombre de combattants arabes levés par les services secrets saoudiens et pakistanais durant la Guerre froide pour combattre l’Armée rouge en Afghanistan à la demande de la CIA et du MI6. Bien sûr, la figure la plus connue de ce milieu n’était autre que milliardaire anti-communiste devenu guru jihadiste, Oussama Ben Laden.

Il est impossible de dire précisément de combien d’hommes dispose le prince Bandar. Au fil du temps, on voit sa main dans de nombreux conflits et actes de terrorisme dans tout le monde musulman, du Maroc au Xinkiang chinois. À titre d’exemple, on se souvient de la petite armée qu’il avait implanté dans un camp palestinien libanais, à Nahr el-Bared, sous le nom de Fatah al-Islam. La mission de ces combattants était de soulever les réfugiés palestiniens, majoritairement sunnites, de proclamer un émirat indépendant et de combattre le Hezbollah chiite. L’affaire tourna mal, les salaires des mercenaires n’ayant pas été payés à temps. En définitive, en 2007, les hommes du prince Bandar se retranchèrent dans le camp. 30 000 Palestiniens furent obligés de fuir, tandis que l’armée libanaise livra bataille durant deux mois pour reprendre le camp. Cette opération coûta la vie à 50 mercenaires, à 32 civils palestiniens et à 68 soldats libanais.

Début 2010, Bandar fomenta un coup d’État pour renverser le roi Abdallah et placer son père, Sultan, sur le trône. Le complot fut découvert et Bandar partit en disgrâce sans pour autant perdre ses titres officiels. Mais fin 2010, la santé du roi déclinant et ses opérations chirurgicales se multipliant, les Sudairi reprirent la main et imposèrent son retour avec l’appui de l’administration Obama.

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Binational saoudo-libanais, Saad Hariri, s’est rallié aux Sudairi. Premier ministre démissionnaire du Liban, il bloque la constitution d’un nouveau gouvernement depuis trois mois et, en attendant, expédie les affaires courantes.

C’est après avoir rendu visite au roi, hospitalisé à Washington, et avoir conclu un peu vite qu’il était agonisant que le Premier ministre libanais Saad Hariri se rallia aux Sudairi. Saad Hariri est un saoudien, né à Riyadh, mais disposant de la double nationalité. Il tient sa fortune de son père, lequel devait tout aux Séoud. Il est donc un obligé du roi et est devenu Premier ministre du Liban à sa demande pressante, alors que le département d’État US s’interrogeait sur sa capacité à occuper le poste.
Durant la période où il obéissait au roi Abdallah, Saad Hariri entreprit de se réconcilier avec le président Bachar el-Assad. Il retira les accusations qu’il avait formulé à son égard à propos de l’assassinat de son père, Rafik el-Hariri, et déplora avoir été manipulé pour créer artificiellement une tension entre le Liban et la Syrie. En se ralliant aux Sudairi, Saad fit une volte-face politique. Du jour au lendemain, il renia la politique d’apaisement du roi Abdallah vis-à-vis de la Syrie et du Hezbollah et se lança dans une offensive contre le régime de Bachar el-Assad, pour le désarmement du Hezbollah et un compromis avec Israël.
Cependant le roi Abdallah se réveilla de son état semi-comateux et ne tarda pas à demander des comptes. Privé de ce soutien indispensable, Saad Hariri et son gouvernement furent renversés par le Parlement libanais au profit d’un autre milliardaire bi-national Najib Mikati, moins aventuriste. A titre de punition, le roi Abdallah lança une enquête fiscale sur la principale société saoudienne des Hariri et fit arrêter plusieurs de ses collaborateurs pour fraude.

Les légions des Sudairi

Les Sudairi ont décidé de lancer la contre-révolution tous azimuts.

En Égypte où ils finançaient d’une main les Moubarak, de l’autre les Frères musulmans, ils ont désormais imposé une alliance entre la confrérie et les officiers pro-US.
Ensemble, cette nouvelle coalition s’est partagé le pouvoir en excluant les leaders de la révolution de la Place Tahrir. Elle a refusé de convoquer une Assemblée constituante et s’est contentée d’amender marginalement la constitution.
En premier lieu, elle a déclaré l’islam religion d’État, au détriment de la minorité chrétienne copte (environ 10 %) qui avait été opprimée par Hosni Moubarak et s’était mobilisée en masse contre lui. De plus, le docteur Mahmoud Izzat, numéro deux des Frères, a appelé à la rapide instauration de la Sharia et à la restauration des châtiments islamiques.

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Porte-parole des Frères musulmans en Egypte, Essam Elarian ne centre pas sa campagne électorale sur l’abrogation des Accords de Camp David, mais sur la criminalisation de l’homosexualité. Selon lui, même si la majorité de la population accepte ce « vice », un Etat musulman se doit de le réprimer selon la Sharia.

Le jeune Waël Ghoneim, qui avait joué un rôle de premier plan dans le renversement du tyran, a été interdit de podium dès la manifestation de la victoire, le 18 février, qui réunit près de 2 millions de personnes. À l’inverse, le prêcheur vedette des Frères, Youssef al-Qardawi, de retour après 30 ans d’exil à Qatar, a pu longuement s’exprimer. Lui, qui avait été déchu de sa nationalité par Gamal Abdel Nasser, s’est érigé en incarnation de la nouvelle ère : celle de la Sharia et de la coexistence pacifique avec le régime sioniste de Tel-Aviv.
Le Prix Nobel de la paix Mohammed el-Baradeï, —que les Frères musulmans avaient choisi comme porte-parole durant la révolution pour se donner une image ouverte— a été physiquement agressé par les mêmes Frères lors du référendum constitutionnel et a été écarté de la scène politique.
Les Frères musulmans ont annoncé leur entrée en bonne et due forme sur la scène politique avec la création d’un nouveau parti, Liberté et Justice, soutenu par la National Endowment for Democracy (NED) et imitant l’image de l’AKP turc (Ils ont choisi la même stratégie en Tunisie avec le Parti de la Renaissance).
Dans ce contexte, des violences ont été perpétrées contre les minorités religieuses. Ainsi deux églises coptes ont été brûlées. Loin de punir les agresseurs, le Premier ministre leur a donné un gage : il a démis de ses fonctions le gouverneur qu’il venait de nommer dans la province de Qenna, le respecté général Imad Mikhael… parce que celui-ci n’est pas musulman sunnite, mais chrétien copte.

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Le Conseil de coopération du Golfe (CGC) a appelé de ses voeux l’intervention de l’OTAN en Libye et a envoyé l’armée saoudienne et la police émiratie écraser la contestation à Bahreïn.

En Libye, les Sudairi ont transféré des combattants armés en Cyrénaïque avant que les franco-britanniques ne donnent le signal de l’insurrection contre le pouvoir de la Tripolitaine. Ce sont eux qui ont distribué des armes et des drapeaux rouge-noir-vert à l’étoile et au croissant, symboles de la monarchie senoussi, protectrice historique des Frères musulmans.
Leur objectif est d’en finir avec le trublion Kadhafi et de restaurer le prince Mohammed sur le trône de ce qui était jadis le Royaume-Uni de Libye.
C’est le Conseil de coopération du Golfe qui, le premier, a demandé une intervention armée contre le gouvernement de Tripoli. Et c’est, au sein du Conseil, la délégation saoudienne qui a conduit les manœuvres diplomatiques pour que la Ligue arabe cautionne l’attaque par les armées occidentales.
De son côté le colonel Kadhafi avait assuré dans plusieurs discours qu’il n’y avait pas de révolution en Cyrénaïque, mais que son pays devait faire face à une opération de déstabilisation d’Al Qaïda ; des propos qui ont fait sourire, à tort, et qui furent confirmés par le commandeur de l’US Africom en personne : on se souvient du malaise du général Carter F. Ham, commandant des premières opérations militaires états-uniennes avant qu’il ne soit relevé par l’OTAN. Il s’était étonné de devoir choisir ses cibles en s’appuyant sur des espions au sol connus pour avoir combattu les forces alliées en Afghanistan : en clair, les hommes de Ben Laden.

Le Bahreïn, quant à lui, se présente comme un royaume indépendant depuis 1971. En réalité, il est toujours un territoire gouverné par les Britanniques. Ceux-ci avaient choisi en leur temps comme Premier ministre le prince Khalifa et l’ont maintenu à ce poste depuis 40 ans sans discontinuer, après la fiction d’indépendance et encore aujourd’hui. Une continuité qui n’est pas pour déplaire aux Sudairi.
Le roi Hamad a accordé une concession aux États-Unis qui ont installé au port de Juffair le quartier général naval du Central Command et la Ve flotte. Dans ces conditions, la demande populaire de monarchie constitutionnelle signifie l’accès à une véritable indépendance, la fin de la tutelle britannique, et le départ des troupes US. Une telle évolution ne manquerait pas de faire tâche d’huile en Arabie saoudite et de menacer les bases du système.
Les Sudairi ont convaincu le roi du Bahreïn d’écraser tout espoir populaire dans le sang.

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Garant de l’ordre établi, le prince Nayef est l’inflexible ministre saoudien de l’Intérieur et de l’Information depuis 41 ans.

Le 13 mars, le secrétaire US à la Défense Robert Gates est venu installer la coordination des opérations à Manama, lesquelles ont débuté le lendemain avec l’entrée de troupes spéciales saoudiennes, placées sous le commandement du prince Nayef et connues comme « les Aigles de Nayef ».
En quelques jours, tous les symboles de la contestation ont été détruits, y compris le monument public érigé jadis sur la place de la Perle. Des centaines de personnes sont mortes ou portées disparues. La torture —qui avait été presque abandonnée depuis une dizaine d’années— a été à nouveau généralisée. Les médecins et infirmiers qui ont soigné des manifestants blessés ont été arrêtés dans leurs hôpitaux, incarcérés au secret, puis traduits devant des tribunaux militaires.

Cependant, le plus important dans cette terrible répression est la volonté de transformer un classique combat de classe opposant une population entière à une classe de privilégiés vendus à un impérialisme étranger, en un conflit sectaire. La majorité des Bahreinis étant chiites alors que la famille régnante est sunnite, c’est le chiisme —véhicule de l’idéal révolutionnaire de Rouhollah Khomeiny— qui a été désigné comme cible. En un mois, les « Aigles de Nayef » ont rasé 25 mosquées chiites et endommagé 253 autres.
21 des principaux leaders de la contestation politique seront prochainement jugés par un tribunal d’exception. Ils encourent la peine de mort. Plus encore que sur les chiites, la monarchie s’acharne sur Ibrahim Chérif, le président du parti Waed (gauche laïque), auquel elle reproche de ne pas jouer le jeu confessionnel alors qu’il est sunnite.

À défaut de pouvoir déstabiliser l’Iran, les Sudairi ont concentré leurs attaques contre la Syrie.

La déstabilisation de la Syrie

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Les révolutions mises en scène pour les médias ont leur logo. Ici, celui de « The Syrian Revolution 2011 » sur Facebook. .

Début février, alors que le pays ne connaissait aucune manifestations, une page intitulée The Syrian Revolution 2011 était créée sur Facebook. Elle appelait à une « Journée de la colère », le vendredi 4 ; appel relayé par Al-Jazeera, mais qui ne rencontra aucun écho, nulle part. La chaîne qatarie déplora cette absence de réaction et stigmatisa la Syrie, ce « royaume du silence » (sic).
La dénomination The Syrian Revolution 2011 laisse songeur : formulée en anglais, elle est caractéristique des slogans publicitaires. Mais quel révolutionnaire authentique penserait que s’il ne parvient pas à réaliser son idéal en 2011, il rentrera se coucher à la maison ?
Plus étrange, le jour de sa création, cette page Facebook a enregistré plus de 80 000 amis. Un tel engouement en quelques heures, suivi de rien du tout, évoque une manipulation réalisée avec des logiciels de création de comptes. D’autant que les Syriens ont un usage modéré d’Internet et n’ont accès à l’ADSL que depuis le 1er janvier.

Les troubles ont débuté un mois plus tard à Deraa, un bourg rural situé à la frontière jordanienne et à quelques kilomètres d’Israël. Des inconnus ont payé des adolescents pour qu’ils taguent des graffitis antigouvernementaux sur les murs de la ville. La police locale a arrêtés les lycéens et les a traités comme des criminels au grand dam de leurs familles. Les notables locaux qui se proposaient de régler le contentieux ont été éconduits par le gouverneur comme des mal-propres. Les jeunes gens ont été passés à tabac. Les familles furieuses ont attaqué le commissariat pour les libérer. La police a répondu avec plus de brutalité encore, tuant des protestataires.

Le président Bachar el-Assad est alors intervenu pour sanctionner les policiers et le gouverneur —lequel n’est autre qu’un de ses cousins qu’il avait nommé à Deraa, loin de la capitale, pour qu’il se fasse oublier—. Une enquête a été ouverte pour faire toute la lumière sur cette bavure policière, les fonctionnaires responsables des violences ont été mis en examen et placés sous écrou. Des ministres se sont déplacés pour présenter les excuses et les condoléances du gouvernement aux familles de victimes ; excuses et condoléances qui ont été publiquement acceptées.
Tout aurait du rentrer dans l’ordre. Soudain des snipers cagoulés, postés sur des toits, ont tiré à la fois sur la foule et sur les policiers, plongeant la ville dans le chaos.

Profitant de la confusion, des individus armés se sont rendus à l’extérieur de la ville pour attaquer un bâtiment public qui abrite les services de renseignement chargés de l’observation du territoire syrien du Golan occupé par Israël. Les services de sécurité ont ouvert le feu pour défendre le bâtiment et ses archives. Il y a eu des morts de part et d’autre.

Ce type d’affrontement s’est reproduit. Les notables ont demandé la protection de l’armée face aux assaillants qui ont investi la ville. Trois mille hommes et des blindés ont été déployés pour protéger les habitants. En définitive, une bataille a opposé les combattants infiltrés à l’armée syrienne dans une sorte de remake du siège de Nahr el-Bared par l’armée libanaise. Sauf que cette fois, la presse internationale déforme les faits et accuse l’armée syrienne d’attaquer la population de Deraa.

Pendant ce temps, des heurts ont éclaté à Lattaquié. Ce port abrite de longue date des mafias qui se sont spécialisées dans la contrebande maritime. Ces individus ont reçu des armes et de l’argent en provenance du Liban. Ils ont vandalisé le centre ville. La police est intervenue. Sur ordre présidentiel, les forces de l’ordre n’étaient armées que de matraques. Les gangsters ont alors sortis des armes de guerre et ont tués des dizaines de policiers désarmés.

Le même scénario s’est reproduit dans la localité voisine de Banias, une ville de moindre importance, mais bien plus stratégique en ce qu’elle abrite la principale raffinerie pétrolière du pays. Cette fois, les forces de l’ordre ont fait usage de leurs armes et l’affrontement a tourné en bataille rangée.

Enfin, à Homs, une ville importante du Centre, des individus sont venus participer à une prière dans une mosquée intégriste et ont appelé les fidèles à manifester contre « le régime qui tue nos frères de Lattaquié ».

Réagissant aux troubles, la population syrienne est descendue en passe pour affirmer son soutien à la République. Des manifestations monstres, comme le pays n’en avait jamais connues de son histoire, ont réuni chaque fois des centaines de milliers de personnes à Damas, à Alep et même à Lattaquié, au cri de « Dieu, la Syrie, Bachar ! ».

Tandis que les affrontements se durcissaient dans les localités concernées, les forces de l’ordre sont parvenues à arrêter des combattants. Selon leurs aveux télévisés, ils ont été recrutés, armés et payés, par un député haririste libanais, Jamal Jarrah, ce que ce dernier dément.

Jamal Jarrah est un ami du prince Bandar. Son nom avait été cité dans l’affaire du Fatah al-Islam à Nahr el-Bared. Il est le cousin de Ziad Jarrah, un jihadiste accusé par le FBI d’être responsable du détournement du vol UA93 qui s’est écrasé en Pennsylvanie le 11 septembre 2001. Il est également cousin des frères Ali et Youssouf Jarrah, arrêtés par l’armée libanaise, en novembre 2008, pour espionnage au profit d’Israël.

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Depuis Londres et Paris, Ali Saad-al-din Bayanouni (secrétaire général de la section syrienne des Frères musulmans) et Abdel-Halim Khaddam (ancien vice-président de Syrie) appellent au renversement de Bachar el-Assad.

Jamal Jarrah serait un membre secret des Frères musulmans, ce qu’il dément également. En 1982, les Frères tentèrent de prendre le pouvoir en Syrie. Ils échouèrent et furent alors victimes d’une effroyable répression de masse. On croyait ce douloureux souvenir oublié depuis l’amnistie proclamée par Bachar el-Assad. Il n’en est rien, cette branche des Frères étant désormais financée par les Sudairi, qui jadis les excommuniaient. Le rôle de la confrérie dans les affrontements de Banias est maintenant reconnu par tous.

Jamal Jarrah aurait également utilisé des militants libanais du Hizb ut-Tahrir, une organisation islamiste basée à Londres et surtout active en Asie centrale. Le Hizb ut-Tahrir, qui se déclare non-violent, est accusé d’avoir organisé de nombreux attentats dans la vallée de la Ferghana. C’est notamment pour le combattre que la Chine a initié son rapprochement avec la Russie au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai. Malgré plusieurs débats à la Chambre des Communes, les responsables londoniens du groupe n’ont jamais été inquiétés et occupent tous des postes de cadres de haut niveau dans des multinationales anglo-américaines.

Le Hizb ut-Tahrir a ouvert une section au Liban l’an dernier. À cette occasion, il a organisé un congrès où il a invité des personnalités étrangères, dont un intellectuel russe de renom international. Au cours des débats, les organisateurs ont appelé à l’instauration d’un État islamique en précisant que pour eux, les chiites et les druzes libanais, —et même certains sunnites— ne sont pas de vrais musulmans et devraient être expulsés comme les chrétiens. Stupéfait par ces outrances, l’invité russe s’est empressé de donner des interviews télévisés pour se démarquer de ces fanatiques.

Les forces de sécurité syriennes sont d’abord apparues débordées par les évènements. Formés en URSS, les officiers supérieurs ont fait usage de la force sans trop se soucier des conséquences sur la population. Cependant, la situation s’est progressivement renversée. Le président Bachar el-Assad a repris la main. Il a changé de gouvernement. Il a abrogé l’état d’urgence et a dissous la Cour de sûreté de l’État. Il a octroyé la nationalité syrienne aux milliers de Kurdes qui en étaient historiquement privés depuis un recensement contesté. En outre, il a pris diverses mesures catégorielles, comme l’abrogation des amendes pour retard de paiement des entreprises publiques (électricité etc.). Ce faisant, il a donné satisfaction aux principales demandes populaires et a tari l’opposition. Lors du « Jour de défi », le vendredi 6 mai, la totalité des manifestants dans le pays n’a pas atteint les 50 000 personnes, pour une population de 22 millions d’habitants.

Surtout, le nouveau ministre de l’Intérieur Mohammad al-Sha’ar, a appelé toute personne qui se serait laissée entraîner dans les émeutes de se rendre spontanément à la police et de bénéficier d’une amnistie complète en échange d’informations. Plus de 1 100 personnes ont répondu. En quelques jours, les principales filières ont été démantelées et de nombreuses caches d’armes saisies. Après cinq semaines de violences, le calme revient lentement dans presque toutes les villes troublées.

Parmi les meneurs identifiés et arrêtés, plusieurs seraient des officiers israéliens ou libanais, et un serait un politicien libanais proche de Saad Hariri. Cette tentative de déstabilisation aura donc une suite.

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Au sein du gouvernement saoudien, les Sudairi ont profité de la maladie du roi Abdallah pour le marginaliser. Avec l’aide des Etats-Unis et d’Israël, ils ont mit fin au rapprochement Abdallah-el-Assad et supervisent la contre-révolution arabe.

Un complot à découvert

Ce qui était originellement un complot pour renverser les autorités syriennes s’est transformé en un chantage public à la déstabilisation. Constatant que la révolte ne prend pas, les quotidiens arabes anti-syriens ont évoqué sans pudeur les marchandages en cours.

Ils ont relaté les voyages de négociateurs venus à Damas présenter les exigences des Sudairi. Si l’on en croit ces journaux, les violences ne s’arrêteront que lorsque Bachar el-Assad se sera plié à deux ordres :
- rompre avec l’Iran ;
- et cesser de soutenir la Résistance en Palestine, au Liban et en Irak.

La propagande internationale

Les Sudairi souhaitent une intervention militaire occidentale pour en finir avec la résistance syrienne, à la manière dont se déroule l’agression contre la Libye. Pour ce faire, ils ont mobilisé des spécialistes de la propagande.

À la surprise générale, la chaîne de télévision satellitaire Al-Jazeera a brutalement changé de ligne éditoriale. C’est un secret de polichinelle que cette station a été créée par la volonté des frères David et Jean Frydman, des milliardaires français qui furent conseillers d’Ytzakh Rabin et d’Ehud Barak. Ils souhaitaient créer un média qui permette un débat entre Israéliens et Arabes, alors que ce débat était interdit par la loi dans chacun des pays concernés.
Pour constituer la chaîne, ils ont sollicité l’émir de Qatar qui a, au départ, joué le rôle de couverture. L’équipe de rédaction a été recrutée au sein du service arabe de la BBC, de sorte que la majorité des journalistes de départ sont des agents du MI6 britannique.
Cependant, l’émir a pris le contrôle politique de la chaîne qui est devenue le bras agissant de sa principauté. Durant des années, Al-Jazeera a effectivement joué un rôle d’apaisement en favorisant le dialogue et la compréhension dans la région. Mais la chaîne a aussi contribué à banaliser le système d’apartheid israélien, comme si les violences de Tsahal n’étaient que des bavures regrettables d’un régime acceptable, alors qu’elles sont l’essence même du système.

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En fuite, l’ex-président Ben Ali a trouvé refuge en Arabie saoudite auprès du prince Nayef.

Al-Jazeera, qui a couvert de manière exceptionnelle les révolutions en Tunisie et en Égypte, a brusquement changé de ligne éditoriale avec l’affaire libyenne pour devenir le porte-parole des Saidari.

Cette volte-face mérite une explication. L’attaque de la Libye est originellement un plan franco-britannique conçu en novembre 2010, c’est-à-dire bien avant le « printemps arabe », auquel les États-Unis ont été associés. Paris et Londres entendaient régler des comptes avec Tripoli et défendre leurs intérêts coloniaux. En effet, en 2005-06, la NOC, compagnie nationale des pétroles libyenne, avait lancé trois appels d’offres internationaux pour l’exploration et l’exploitation de ses réserves, les plus importantes d’Afrique. Le colonel Kadhafi avait imposé sa règle du jeu. Les compagnies occidentales avaient conclu divers accords, certes avantageux, mais bien peu à leurs yeux. Il s’agissait même des contrats les moins favorables à des multinationales dans le monde. À cela s’ajoutaient divers contentieux liés à l’annulation de juteux contrats d’équipement et d’armement.
Dès les premiers jours du prétendu soulèvement de Benghazi, Paris et Londres ont mit en place un Conseil national de transition que la France a officiellement reconnu comme représentant légitime du peuple libyen. Ce Conseil a créé une nouvelle compagnie pétrolière, la LOC, qui a été reconnue par la communauté internationale au sommet de Londres comme exploitant de plein droit les hydrocarbures du pays. Lors de ce hold-up, il a été décidé que la commercialisation du pétrole volé par la LOC serait effectuée par… le Qatar, et que le groupe de contact des États alliés se réunirait désormais à Doha.

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Youssef al-Qardawi considère que la libération de la Palestine est importante, mais moins que l’instauration de la Sharia.

Immédiatement, le consultant religieux de la chaîne, Youssef al-Qardawi, se déchaîna chaque jour pour appeler au renversement de Bachar el-Assad. Cheikh al-Qardawi est le président de l’Union internationale des Oulémas et également du Conseil européen pour la recherche et la fatwa. Il est l’égérie des Frères musulmans et prône un islam original, mélange de « démocratie de marché » à l’américaine et d’obscurantisme à la saoudienne : il admet le principe de dirigeants élus pourvu que ceux-ci s’engagent à faire appliquer la Charia dans son interprétation la plus bornée.

Youssef al-Qardawi a été rejoint par l’ouléma soudien Saleh El-Haidane qui a appelé à « tuer un tiers des Syriens pour que les deux autres tiers vivent » (sic). Tuer un tiers des Syriens ? Cela signifie occire les chrétiens, les juifs, les chiites, les alaouites et les druzes. Pour que vivent les deux tiers ? C’est-à-dire pour instaurer un État sunnite avant que celui-ci n’épure sa propre communauté.

À ce jour, seule la branche palestinienne des Frères musulmans, le Hamas, semble réfractaire au pouvoir de séduction des pétro-dollars des Sudairi. Son chef, Khaled Mechaal, non sans un moment d’hésitation, a confirmé qu’il resterait en exil à Damas et qu’il soutenait le président el-Assad. Avec l’aide de ce dernier, il a cherché à prendre de court les plans impérialistes et sionistes en négociant un accord avec le Fatah de Mahmoud Abbas.

Depuis mars, Al-Jazeera, la BBC en arabe et France24 en arabe se sont mués en organe de propagande massive. À coup de faux témoignages et d’images manipulées, ils relatent des événements fabriqués pour plaquer sur la République syrienne les stéréotypes du régime tunisien de Ben Ali.
Ils cherchent à faire croire que l’armée syrienne est une force de répression comparable à la police tunisienne, et qu’elle n’hésite pas à tirer sur de paisibles citoyens luttant pour leur liberté. Ces médias ont même annoncé le décès d’un jeune soldat qui aurait refusé de tirer sur ses concitoyens et aurait été torturé à mort par ses supérieurs. En réalité, l’armée syrienne est une armée de conscrits, et le jeune soldat dont l’état-civil avait été publié était en permission. Il s’en est expliqué à la télévision syrienne où il a affirmé sa volonté de défendre son pays face aux mercenaires étrangers.
Ou encore, ces chaînes satellitaires ont essayé de présenter plusieurs personnalités syriennes comme des profiteurs, à l’instar de la belle-famille de Ben Ali. Elles ont concentré leurs critiques sur Rami Makhlouf, l’homme le plus riche du pays, qui est un cousin du président el-Assad. Elles ont prétendu que, sur le modèle tunisien, il exigeait des parts dans toutes les sociétés étrangères désirant s’implanter au pays. C’est absolument infondé et inimaginable dans le contexte syrien. En réalité, Rami Makhlouf a bénéficié de la confiance du président el-Assad pour obtenir la concession du téléphone mobile. Et, comme tous ceux qui ont obtenus de telles concessions dans le monde, il est devenu milliardaire. La vraie question est de savoir s’il a ou non profité de sa situation pour s’enrichir au détriment des consommateurs. La réponse est non : Syriatel propose les tarifs de téléphone mobile les moins chers au monde !
Quoi qu’il en soit, la palme du mensonge revient à Al-Jazeera. La chaîne qatarie est allée jusqu’à présenter des images d’une manifestation de 40 000 moscovites réclamant l’arrêt du soutien russe à la Syrie. Il s’agissait en fait d’images tournées lors de la manifestation annuelle du 1er mai, dans laquelle la chaîne avait implanté des acteurs pour réaliser de faux micro-trottoirs.

La réorganisation des réseaux du prince Bandar et de l’administration Obama

Le dispositif contre-révolutionnaire des Sudairi se heurte à une difficulté : jusqu’à présent les mercenaires du prince Bandar se battaient sous la bannière d’Oussama Ben Laden, que ce soit en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchénie ou ailleurs. Initialement considéré comme un anticommuniste, Ben Laden était progressivement devenu un anti-occidental. Sa mouvance était marquée par l’idéologie du clash des civilisations, énoncée par Bernard Lewis et popularisée par son élève Samuel Huntington. Elle a connu son ère de gloire avec les attentats du 11-Septembre et la guerre au terrorisme : les hommes de Bandar perpétraient les troubles partout où les Etats-Unis souhaitaient intervenir.

Dans la période actuelle, il est nécessaire de changer l’image des jihadistes. Désormais, ils sont invités à se battre aux côtés de l’OTAN, comme jadis ils se battaient aux côtés de la CIA en Afghanistan contre l’Armée rouge. Il convient donc de revenir au discours pro-occidental d’antan et de lui trouver une autre substance que l’anti-communisme. Ce sera le travail idéologique du cheik Youssef al-Qardawi.

Pour faciliter ce relookage, Washington a annoncé la mort officielle d’Oussama Ben Laden. Cette figure tutélaire disparue, les mercenaires du prince Bandar peuvent être mobilisés sous une nouvelle bannière.

Cette redistribution des rôles s’accompagne d’un jeu de chaises musicales à Washington.
Le général David Petraeus qui, en qualité de commandant du CentCom, devait traiter avec les hommes de Bandar au Proche-Orient, devient directeur de la CIA. Il faut donc s’attendre à un retrait accéléré des troupes de l’OTAN hors d’Afghanistan et à un engagement accru des hommes de Bandar dans les opérations secrètes de l’Agence.
Léon Panetta, le directeur sortant de la CIA, devient secrétaire à la Défense. Selon l’accord interne de la classe dirigeante états-unienne, ce poste devait être réservé à un membre de la Commission Baker-Hamilton. Or le démocrate Panetta —comme le républicain Gates— en faisait partie. Dans le cas de nouvelles guerres, il devrait limiter les déploiements au sol, hormis pour les Forces spéciales.

À Riyadh et à Washington, on dresse déjà l’acte de décès du « printemps arabe ». Les Sudairi peuvent dire du Proche-Orient ce que le Guépard disait de l’Italie : « Il faut que tout change pour que rien ne change et que nous restions les maîtres ».

Lien : http://www.voltairenet.org/article169815.html

 

Par thala solidaire.over-blog.com - Publié dans : Contribution des lecteurs_Débats
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Mercredi 11 mai 3 11 /05 /Mai 04:51

Premier satellite Africain RASCOM 1

C’est la Libye de Kadhafi qui offre à toute l’Afrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et l’enseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio WMAX.

L’histoire démarre en 1992 lorsque 45 pays africains créent la société RASCOM pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l’Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu’il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait par an sur les conversations téléphoniques même à l’intérieur du même pays africain, pour le transit des voix sur les satellites européens comme Intelsat. Un satellite africain coûtait juste 400 millions de dollars payable une seule fois et ne plus payer les 500 millions de location par an.

Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais l’équation la plus difficile à résoudre était : comment l’esclave peut-il s’affranchir de l’exploitation servile de son maître en sollicitant l’aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale, le FMI, les USA, l’Union Européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant 14 ans.

C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à un taux usuraire; le guide Libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque Africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque Ouest Africaine de Développement, 27 millions et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire.

Dans la foulée, la Chine et la Russie s’y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites, Sud-Africain, Nigérian, Angolais, Algérien et même un deuxième satellite africain est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020, le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût 10 fois inférieur, un vrai défi.

Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions peut changer la vie de tout un continent. La Libye de Kadhafi a fait perdre à l’Occident, pas seulement 500 millions de dollars par an mais les milliards de dollars de dettes et d’intérêts que cette même dette permettait de générer à l’infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l’Afrique.

2. Fond Monétaire Africain, Banque Centrale Africaine, Banque Africaine des Investissements

Les 30 milliards de dollars saisis par M. Obama appartiennent à la Banque Centrale Libyenne et prévu pour la contribution libyenne à la finalisation de la fédération africaine à travers 3 projets phare :

- la Banque Africaine d’Investissement à Syrte en Libye,
- la création dès ce 2011 du Fond Monétaire Africain avec un capital de 42 milliards de dollars avec Yaoundé pour siège,
- la Banque Centrale Africaine avec le siège à Abuja au Nigeria dont la première émission de la monnaie africaine signera la fin du Franc CFA grâce auquel Paris a la main mise sur certains pays africains depuis 50 ans.

On comprend dès lors et encore une fois la rage de Paris contre Kadhafi.

Le Fond Monétaire Africain doit remplacer en tout et pour tout les activités sur le sol africain du Fond Monétaire International qui avec seulement 25 milliards de dollars de capital a pu mettre à genoux tout un continent avec des privatisations discutables, comme le fait d’obliger les pays africains à passer d’un monopole publique vers un monopole privé. Ce sont les mêmes pays occidentaux qui ont frappés à la porte pour être eux aussi membres du Fond Monétaire africain et c’est à l’unanimité que le 16-17 décembre 2010 à Yaoundé les Africains ont repoussé cette convoitise, instituant que seuls les pays africains seront membres de ce FMA.

Il est donc évident qu’après la Libye la coalition occidentale déclarera sa prochaine guerre à l’Algérie, parce qu’en plus des ses ressources énergétiques énormes, ce pays a une réserve monétaire de 150 milliards d’Euros.

Ce qui devient la convoitise de tous les pays qui bombardent la Libye et qui ont tous quelque chose en commun, ils sont tous financièrement en quasi faillite, les USA à eux seuls ont 14.000 Milliards de dollars de dettes, La France, la Grande Bretagne et l’Italie ont chacun environ 2.000 milliards de dettes publiques alors que les 46 pays d’Afrique Noire ont au total moins de 400 milliards de dollars de dettes publiques.

Créer des fausses guerres en Afrique dans l’espoir de trouver de l’oxygène pour continuer leur apnée économique qui ne fait que s’empirer ne fera qu’enfoncer les Occidentaux dans leur déclin qui a pris son envol en 1884, lors de la fameuse Conférence de Berlin.

Car comme l’avait prédit l’économiste Américain Adams Smith en 1865, dans son soutient à Abraham Lincoln pour l’abolition de l’esclavage, «l’économie de tout pays qui pratique l’esclavage des noirs est en train d’amorcer une descente vers l’enfer qui sera rude le jour où les autres nations vont se réveiller »


 

3- Unions régionales comme frein à la création des Etats Unis d'Afrique

Pour déstabiliser et détruire l’union Africaine qui va dangereusement (pour l’Occident) vers les Etats-Unis d’Afrique avec la main de maître de Kadhafi, l’Union Européenne a d’abord tenté sans y parvenir la carte de la création de l’UPM (Union Pour la Méditerranée) Il fallait à tout prix couper l’Afrique du Nord du reste de l’Afrique en mettant en avant les mêmes thèses racistes du 18-19ème siècle selon lesquelles les populations africaines d’origine Arabes seraient plus évoluées, plus civilisées que le reste du continent.

Cela a échoué parce que Kadhafi a refusé d’y aller. Il a compris très vite le jeu à partir du moment où on parlait de la Méditerranée en associant quelques pays africains sans en informer l’Union Africaine, mais en y invitant tous les 27 pays de l’Union Européenne.



L’UPM sans le principal moteur de la fédération africaine était foirée avant même de commencer, un mort-né avec Sarkozy comme Président et Mubarack, le vice-président. Ce que Alain Juppé tente de relancer, tout en misant sur la chute de Kadhafi, bien sur. Ce que les dirigeants Africains ne comprennent pas est que tant que ce sera l’Union Européennes à financer l’Union Africaine, on sera toujours au point de départ, car dans ces conditions, il n’y aura pas d’effective indépendance.

C’est dans le même sens que l’Union Européenne a encouragé et financé les regroupements régionaux en Afrique. Il était évident que la CEDEAO qui a une Ambassade à Bruxelles et qui tire l’essentiel de son financement de l’UE, est un obstacle majeur contre la fédération africaine. C’est ce que Lincoln avait combattu dans la guerre de sécession aux Etats-Unis, parce qu’à partir du moment où un groupe de pays se retrouvent autour d’une organisation politique régionale, cela ne peut que fragiliser l’organe central. C’est ce que l’Europe voulait et c’est ce que les Africains n’ont pas compris en créant coup sur coup, la COMESA, l’UDEAC, la SADC et le Grand Maghreb qui n’a jamais fonctionné encore une fois grâce à Kadhafi qui lui l’avait très bien compris.


4-Kadhafi, l'Africain qui a permis de laver l'humiliation de l'Apartheid

Kadhafi est dans le coeur de presque tous les Africains comme un homme très généreux et humaniste pour son soutien désintéressé a la bataille contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Si Kadhafi avait été un homme égoïste, rien ne l’obligeait à attirer sur lui les foudres des occidentaux pour soutenir financièrement et militairement l’ANC dans sa bataille contre l’apartheid.

C’est pour cela que à peine libéré de ses 27 ans de prisons, Mandela décide d’aller rompre l’embargo des Nations Unis contre la Libye le 23 Octobre 1997. A cause de cet embargo même aérien, depuis 5 longues années aucun avion ne pouvait atterrir en Libye. Pour y arriver, Il fallait prendre un avion pour la Tunisie ; arriver à Djerba et continuer en voiture pendant 5 heures pour Ben Gardane, passer la frontière et remonter en 3 heures de route par le désert jusqu’à Tripoli. Ou alors, passer par Malte et faire la traversée de nuit, sur des bateaux mal entretenus jusqu’à la côte libyenne.

Un calvaire pour tout un peuple, juste pour punir un seul homme. Mandela décida de rompre cette injustice et répondant a l’ex Président Américain Bill Clinton, qui avait jugé cette visite «malvenue», il s’insurgea : «Aucun Etat ne peut s'arroger le rôle de gendarme du monde, et aucun Etat ne peut dicter aux autres ce qu'ils doivent faire ».

il ajouta : « ceux-là qui hier étaient les amis de nos ennemis, ont aujourd’hui le toupet de me proposer de ne pas visiter mon frère Kadhafi, ils nous conseillent d’être ingrats et d’oublier nos amis d’hier ».

En effet, pour l’Occident, les racistes d’Afrique du Sud étaient leurs frères qu’il fallait protéger. C’est pour cela que tous les membres de l’Anc étaient considérés des dangereux terroristes, y compris Nelson Mandela. Il faudra attendre le 2 Juillet 2008, pour que le Congrès Américain vote une loi pour rayer le nom de Nelson Mandela et de ses camarades de l’ANC de cette liste noire, pas parce qu’ils ont compris la bêtise d’une telle liste, mais parce qu’on voulait faire un geste pour les 90 ans de Nelson Mandela.

Si les Occidentaux sont aujourd’hui repentis de leur soutient d’hier aux ennemis de Mandela et sont vraiment sincères lorsqu’on lui donnent des noms de rue et de places, comment continuer à faire la guerre à celui qui a permis la victoire de Mandela et son peuple, Kadhafi ?

B- Ceux qui veulent exporter la démocratie sont ils des démocrates?

Et si la Libye de Kadhafi était plus démocratique que les USA, la France, la Grande Bretagne et tous ceux qui font la guerre pour exporter la démocratie en Libye ? Le 19 Mars 2003, le Président Georges Bush lance les bombes sur la tête des Iraquiens avec le prétexte d’y exporter la démocratie. Le 19 Mars 2011, c’est-à-dire 8 ans plus tard et jour pour jour, c’est le Président Français qui lance ses bombes sur la tête des Libyens avec le même prétexte de leur offrir la démocratie. Monsieur Obama, Prix Nobel de la Paix 2009 et président des Etat Unis d’Amérique, pour justifier qu’il procède à un déferlement de missiles Cruise de ses sous-marins sur la tête des Libyens a dit que c’était pour chasser le dictateur Kadhafi du pouvoir et y instaurer la démocratie.

La question que tout être humain doté de la moindre capacité intellectuel de jugement et d’appréciation ne peut s’empêcher de se poser est : ces pays comme la France, l’Angleterre, les USA, l’Italie, la Norvège, le Danemark, la Pologne dont la légitimité pour aller bombarder les Libyens se base sur le seul fait de s’être autoproclamés « pays démocratiques » sont-ils réellement démocratiques ? Si oui, sont-ils plus démocratiques que la Libye de Kadhafi ?

La réponse, sans équivoque est NON, pour la simple et bonne raison que la démocratie n’existe pas. Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais celui-là même dont la ville natale, Genève abrite l’essentiel du commandement des Nations Unies. Il s’agit bien entendu de Jean-Jacques Rousseau né à Genève en 1712 qui affirme dans le chapitre IV du Livre III de son très célèbre « Contrat Social » que : « il n'a jamais existé de véritable démocratie, et il n'en existera jamais».

Pour qu’un état soit véritablement démocratique Rousseau pose 4 conditions selon lesquelles la Libye de Kadhafi est même de loin plus démocratique que les Etats-Unis d’Amérique, la France et tous les autres qui prétendent lui exporter la démocratie à savoir :

1- Dimension de l’Etat : plus un état est grand, moins il peut être démocratique, pour Rousseau l’Etat doit être très petit pour que le peuple soit facile à rassembler et que chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres. Avant donc de faire voter les gens, il faut s’assurer que chacun connaisse tous les autres sans quoi voter pour voter est un acte dénué de tout fondement démocratique, c’est un simulacre de démocratie pour élire un dictateur. La structure de l’organisation de l’Etat Libyen se fonde sur une base tribale qui regroupe par définition le peuple en de petites entités. Le sentiment démocratique est plus présent dans une tribu, dans un village que dans une grande Nation, parce que le fait que tout le monde se connaisse et que la vie tourne autour des mêmes points communs apporte une sorte d’autorégulation, d’autocensure même pour peser à chaque instant, la réaction ou la contre-réaction des autres membres pour ou contre les opinions qu’on peut avoir.

Sous cet angle, c’est la Lybie qui répond le mieux aux exigences de Rousseau, ce qu’on ne peut pas dire de même pour les Etats-Unis d’Amérique, la France ou la Grande Bretagne, des sociétés fortement urbanisées où la majorité des voisins ne se disent même pas bonjour et donc ne se connaissent pas, même vivant cote-à-cote pendant 20 ans.

Dans ces pays, on est passé directement à l’étape suivante : « le vote » qu’on a malignement sanctifié afin de faire oublier que ce vote est inutile à partir du moment où je m’exprime sur l’avenir d’une nation sans en connaitre ses membres. On est ainsi arrivé jusqu’à la bêtise du vote des citoyens vivant à l’étranger. Se connaitre et se parler est la condition essentielle de la communication pour le débat démocratique qui précède toute élection.

2- Il faut la simplicité des mœurs et des comportements pour éviter que l’on passe l’essentiel du temps à parler de justice, de tribunal pour trouver des solutions aux multitudes querelles d’intérêts divers qu’une société trop complexe fait naitre naturellement. Les Occidentaux se dé finissement comme des pays civilisés, donc aux mœurs complexes et la Libye comme pays dit primitif, c’est-à-dire aux meurs simples. Sous cet angle, encore une fois, c’est la Libye qui répondrait mieux aux critères démocratiques de Rousseau que tous ceux qui prétendent lui donner des leçons de démocratie.

Dans une société complexe, les trop nombreux conflits sont résolus par la loi du plus fort, puisque celui qui est riche évite la prison parce qu’il peut se permettre un meilleur avocat et surtout, orienter l’appareil répressif de l’état contre celui qui vole une banane dans un supermarché, plutôt que le délinquant financier qui fait crouler une banque.

Dans une ville comme New York où 75% de la population est blanche, 80% des postes de cadres sont occupés par des Blancs et ils ne sont que 20% des personnes en prison.

3- L’égalité dans les rangs et dans les fortunes. Il suffit de voir le classement FORBES 2010 pour voir quels sont les noms des personnes les plus riches de chacun des pays qui jette la bombe sur la tête des Libyens et voir la différence avec le salaire le plus bas dans chacun des pays et faire de même pour la Libye pour comprendre qu’en matière de redistribution de la richesse du pays, c’est à la Libye d’exporter son savoir faire à ceux qui la combattent et non le contraire.

Même sous cet angle, selon Rousseau, la Libye serait plus démocratique que ceux qui veulent pompeusement lui exporter la prétendue démocratie. Aux Etats-Unis 5% de la population possèdent 60% de la richesse nationale. C’est le pays le plus déséquilibré, le plus inégal du monde.

4- PAS DE LUXE. Pour Rousseau pour qu’il y ait la démocratie dans un pays, il ne faut pas qu’il y ait de luxe parce que selon lui, le luxe rend nécessaire la richesse et cette dernière devient la vertu, l’objectif à atteindre à tout prix et non le bonheur du peuple, « le luxe corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession, l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'Etat tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion ».

Ya-t-il plus de luxe en France ou en Libye ? Ce rapport d’asservissement des employés qui sont poussés jusqu’au suicide les employés mêmes des entreprises publiques ou semi-publique, pour des raisons de rentabilité et donc de possession de luxe d’une des parties est-il plus criant en Libye ou en Occident ?

Le sociologue Américain C. Wright Mills a décrit en 1956 la démocratie américaine comme « la dictature des élites ». Selon Mills, les Etats-Unis d’Amérique ne sont pas une démocratie parce qu’en définitive, c’est l’argent qui y parle dans les élections et non le peuple. Le résultat de chaque élection y est l’expression de la voix de l’argent et non la voix du peuple.

Après Bush-père et Bush-fils, pour les primaires républicaines de 2012, on parle déjà de Bush-benjamin. En plus, si le pouvoir politique se base sur la bureaucratie, Max Weber fait remarquer qu’il y a 43 millions de fonctionnaires et militaires aux Etats-Unis qui commandent effectivement le pays, mais qui n’ont été votés par personne et qui ne répondent pas directement au peuple de leurs activités. Une seule personne (un riche) est donc votée mais le vrai pouvoir sur le terrain est tenue par une seule caste de riches qui ne résulte purement et simplement que de nominations comme les ambassadeurs, les généraux de l’armée etc...

Combien de personnes dans les pays autoproclamés « démocratiques » savent qu’au Pérou la constitution interdit un deuxième mandat consécutif au président de la république sortant ? Combien de personnes savent qu’au Guatemala, non seulement le président sortant ne doit plus jamais se présenter comme candidat à cette fonction, mais qu’en plus à aucun degré de parenté, aucun membre de sa famille ne pourra plus prétendre à cette fonction ? Combien savent que le Rwanda est le pays qui intègre politiquement le mieux les femmes au monde avec 49% de parlementaires femmes ?

Combien savent que dans le classement de la CIA 2007, sur 10 pays les mieux gérés au monde, 4 sont Africains ? Avec la palme d’or à la Guinée équatoriale dont la dette publique ne représente que 1,14% de son PIB.

La guerre civile, les révoltes, les rebellions sont les ingrédients d’un début de démocratie soutient Rousseau. Parce que la démocratie n’est pas une fin, mais un processus permanent pour réaffirmer les droits naturels des humains que dans tous les pays du monde (sans exception) une poignée d’hommes et de femmes, confisquant le pouvoir du peuple, l’oriente pour se maintenir aux affaires.

On trouve ici et là des formes de castes qui usurpent le mot « démocratie » qui doit être cet idéal vers lequel tendre et non un label à s’approprier ou un refrain à vanter parce qu’on est juste capable de crier plus fort que les autres. Si un pays est calme comme la France ou les Etats-Unis, c’est-à-dire sans aucune révolte, pour Rousseau cela veut tout simplement dire que le système dictatorial est suffisamment répressif pour empêcher toute tentative de rébellion.

Si les Libyens se révoltent, ce n’est pas une mauvaise chose. C’est prétendre que les peuples acceptent stoïquement le système qui les opprime partout dans le monde sans réagir qui est très mauvais.

Et Rousseau de conclure : « Malo periculosam libertatem quam quietum servitium -traduction : S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ». Dire qu’on tue les Libyens pour leur bien est un leurre.

C- Quelles leçons pour l'Afrique?

Après 500 ans de relations de dominateur et de dominé avec l’Occident, il est dès lors prouvé que nous n’avons pas les mêmes critères pour définir le bon et le méchant. Nous avons des intérêts profondément divergents. Comment ne pas déplorer le Oui de 3 pays africains au sud du Sahara, Nigeria, Afrique du Sud et Gabon pour la résolution 1973 inaugurant la nouvelle forme de colonisation baptisée « protection des peuples », validant la théorie raciste que les Européens véhiculent depuis le 18ème siècle selon laquelle l’Afrique du Nord n’a rien à partager avec l’Afrique Subsaharienne, l’Afrique du nord serait ainsi plus évoluée, plus cultivée et plus civilisée que le reste de l’Afrique.

Tout se passe comme si la Tunisie, l’Egypte, la Libye, l’Algérie ne faisaient pas partie de l’Afrique. Même les Nations Unies semblent ignorer la légitimité de l’Union Africaine sur ses états membres.

L’objectif est d’isoler les pays d’Afrique subsaharienne afin de mieux les fragiliser et les tenir sous contrôle. En effet, dans le capital du nouveau Fond Monétaire Africain (FMA), l’Algérie avec 16 milliards de dollars et la Libye avec 10 milliards de dollars contribuent à eux tous seuls pour près de 62% du capital qui est de 42 milliards de Dollars.

Le premier pays d’Afrique subsaharienne et les plus peuplés, le Nigeria suivi de l’Afrique du Sud arrivent très loin derrière avec 3 milliards de dollars chacun.

C’est très inquiétant de constater que pour la première fois de l’histoire des Nations Unies, on a déclaré la guerre à un peuple sans avoir exploré au préalable la moindre piste pacifique pour solutionner le problème.

L’Afrique a-t-elle encore sa place dans une telle organisation ? Le Nigeria et l’Afrique du Sud sont disposés à voter OUI à tout ce que l’Occident demande, parce qu’ils croient naïvement aux promesses des uns et des autres de leur donner une place de membre permanent au Conseil de Sécurité avec le même droit de veto. Ils oublient tous les deux que la France n’a aucun pouvoir de leur attribuer le moindre poste. Si elle l’avait, il y a belle lurette que Mitterrand l’aurait faite pour l’Allemagne de Helmut Kohl. La reforme des Nations Unies n’est pas à l’ordre du jour.

La seule manière de compter, est la méthode chinoise : tous les 50 pays africains doivent quitter les Nations Unies. Et s’ils doivent y retourner un jour, ne le faire que s’ils ont obtenu ce qu’ils demandent depuis longtemps, un poste pour toute la fédération africaine, sinon rien.

Cette méthode de la non-violence est la seule arme de justice dont disposent les pauvres et les faibles que nous sommes. Nous devons tout simplement quitter les Nations Unies, car cette organisation de par sa configuration, de par sa hiérarchie est aux services des plus forts.

Nous devons quitter les Nations Unies afin de marquer notre réprobation de cette conception du monde basée uniquement sur l’écrasement du plus faible. Tout au moins ils seront libres de continuer de le faire, mais pas avec notre signature, pas en rappelant que nous sommes d’accord alors qu’ils savent très bien qu’ils ne nous ont jamais interrogés. Et même quand nous avons donné notre propre point de vue, comme la rencontre de samedi 19/3 à Nouakchott avec la déclaration sur la contrariété à l’action militaire, ceci a été passé tout simplement sous silence pour aller accomplir le forfait de bombarder le peuple africain.

Ce qui arrive aujourd’hui est le scénario déjà vu auparavant avec la Chine. Aujourd’hui, on reconnaît le gouvernement Ouattara, on reconnaît le gouvernement des insurgés en Libye. C’est ce qui s’est passé à la fin de la deuxième guerre mondiale avec la Chine. La soit disante communauté internationale avait choisi Taiwan comme unique représentant du peuple Chinois en lieu de place de la Chine de Mao.

Il faudra attendre 26 ans, c’est-à-dire le 25 octobre 1971 avec la résolution 2758 que tous les Africains devraient lire, pour mettre fin à la bêtise humaine.

La Chine est admise, sauf qu’elle a prétendu et obtenue d’être membre permanent avec doit de veto, si non elle n’entre pas. Cette exigence satisfaite et la résolution d’admission entrée en vigueur, il faudra attendre un an pour que le 29 septembre 1972, le Ministre Chinois des Affaires Etrangères donne sa réponse avec une lettre au Secrétaire Général des Nations Unies pas pour dire Oui ou Merci, mais pour faire des mises au point, en garantie de sa dignité et de sa respectabilité.

Qu’est-ce que l’Afrique espère obtenir des Nations Unies sans poser un acte fort pour se faire respecter ?

On a vu en Cote d’Ivoire un fonctionnaire des Nations Unies se considérer au dessus d’une institution constitutionnelle de ce pays. Nous sommes entrés dans cette organisation en acceptant d’être des serfs et croire que nous serons invités à table pour manger avec les autres dans les plats que nous avons lavés est tout simplement crédule, pire, stupide.

Quand l’UA reconnaît la victoire de Ouattara sans même tenir compte des conclusions contraires de ses propres observateurs envoyés sur le terrain, juste pour faire plaisir à nos anciens maîtres, comment peut-on nous respecter ?

Lorsque le président Sud-Africain Zuma déclare que Ouattara n’a pas gagné les élections et change à 180° après un tour à Paris, on peut se demander ce que valent ces dirigeants qui représentent et parlent au nom de 1 milliard d’Africains.

La force et la vraie liberté de l’Afrique viendront de sa capacité à poser des actes réfléchis et en assumer les conséquences. La dignité et la respectabilité ont un prix. Sommes-nous disposés à le payer ? Si non, notre place reste à la cuisine, aux toilettes pour garantir le confort des autres.

Genève le 28/03/2011

Jean-Paul Pougala 

(*) Jean-Paul Pougala est un écrivain d’origine camerounaise, directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégiques et professeur de sociologie à l’Université de la Diplomatie de Genève en Suisse.

Lien : http://www.lepost.fr/article/2011/05/08/2488370_les-mensonges-de-la-guerre-de-l-occident-contre-la-lybie.html

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Samedi 7 mai 6 07 /05 /Mai 09:40

par Alain Gresh

Le mercredi 4 mai, les représentants de treize factions palestiniennes devaient signer au Caire l’accord auquel elles sont parvenues. Cette cérémonie fait suite à l’entente entre le Hamas et le Fatah survenue quelques jours plus tôt, sous l’égide de l’Egypte.

Le texte prévoit la formation d’un gouvernement de technocrates ou d’indépendants ; la tenue d’élections présidentielle et législative d’ici un an ; la réforme de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et une solution à la division des organes de sécurité. Comme il est prévu par les accords d’Oslo, c’est l’OLP et elle seule qui est habilitée à négocier des solutions de paix avec le gouvernement israélien (lire « Palestinian factions sign reconciliation deal », Al-Jazeera English, 3 mai.)

Ce texte facilitera sans aucun doute la campagne de l’Autorité en faveur de la reconnaissance par l’Assemblée générale des Nations unies d’un Etat palestinien indépendant dans les frontières de juin 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale. Il a donc suscité un rejet immédiat de la part des Israéliens — qui ont déjà commencé à prendre des mesures de rétorsion, notamment en arrêtant les paiements de taxes qu’ils collectent au nom de l’Autorité palestinienne — et a reçu un accueil très froid de l’administration américaine. Il est encore difficile de savoir comment il sera appliqué, mais le texte reflète les profonds changements qui affectent la région.

L’accord entre le Fatah et le Hamas a pris par surprise tous les observateurs qui regardaient les deux parties négocier depuis des années, sans jamais aboutir. Les raisons de cette entente sont nombreuses, certaines tenant à la situation palestinienne, d’autres à l’évolution régionale du fait, notamment, des changements en Egypte.

Les raisons du Fatah et du Hamas

Les deux partis ont été confrontés, depuis les révolutions dans le monde arabe, à la montée d’un mouvement de contestation, certes limité, maisréel. Ici, le but n’était pas « la chute du régime » mais « la chute (la fin) de la division ». Les deux y ont répondu par un mélange de pressions et de répression, mais aussi en reprenant à leur compte les demandes populaires.

Plus largement, les deux organisations sont dans une impasse stratégique. Le processus de paix est mort et toute la politique de négociations du Fatah et de l’Autorité palestinienne se heurte à un refus sans faille du gouvernement israélien. Celle du Hamas aussi, qui parle de résistance, mais cherche à maintenir un cessez-le-feu avec Israël et même à l’imposer aux autres forces palestiniennes.

La frustration de Mahmoud Abbas est bien illustrée par l’article deNewsweek (Dan Ephron, 24 avril) « The Wrath of Abbas ». Il y raconte notamment sa conversation avec Barack Obama, qui lui demandait de retirer de la discussion du Conseil de sécurité de l’ONU la résolution condamnant la colonisation israélienne. Il dénonce les pressions et même les menaces du président américain. Rappelons que cette résolution a été rejetée par une voix (prépondérante), celle des Etats-Unis, contre quatorze voix de tous les autres Etats. Il est aussi évident que le président palestinien a dû tenir compte des évolutions en Egypte — j’y reviens plus bas.

Le Hamas est aussi en difficulté sur le terrain. En plus de l’impasse stratégique, il doit faire face à des groupes salafistes, certains liés à Al-Qaida, qui lui reprochent à la fois de ne pas résister et de ne pas assez islamiser la société. D’autre part, la poursuite du blocus israélien et les difficultés quotidiennes de la population érodent en partie son influence à Gaza.

Mais d’autres raisons, liées aussi à la révolte arabe, le poussent au compromis. Les manifestations en Syrie et leur violente répression par le régime affaiblissent un de leurs alliés principaux, un allié qui abrite la direction extérieure du Hamas depuis son expulsion de Jordanie. Le fait que le cheikh Youssef Al-Qardhawi, un des prêcheurs les plus populaires de l’islam sunnite, considéré comme lié aux Frères musulmans (dont le Hamas est issu), ait fortement condamné Assad ne peut qu’amener l’organisation à prendre quelque distance, même si elle a démenti toute intention de s’installer ailleurs (sur la situation en Syrie, on lira dans Le Monde diplomatique de mai l’article de Patrick Seale, « Fatal aveuglement de la famille Al-Assad en Syrie »). D’autre part, les événements du Bahreïn, la violente propagande anti-chiite menée par les pays du Golfe, ont aggravé les tensions entre chiites et sunnites dans la région. Or le Hamas est non seulement partie prenante de la mouvance des Frères musulmans, mais une partie de ses fonds vient des riches hommes d’affaire du Golfe, qui ne voient pas d’un bon œil son alliance avec l’Iran. Dans ces conditions, un rapprochement avec le Fatah et surtout avec l’Egypte est une nécessité pour le Hamas.

Changements en Egypte

L’accord entre le Hamas et le Fatah reflète aussi et surtout la nouvelle politique extérieure égyptienne. Le Caire, sans rompre avec les Etats-Unis, sans remettre en cause le traité de paix avec Israël, se dégage de la politique de soumission aux intérêts israéliens et américains. Moubarak s’opposait à l’unité entre le Fatah et le Hamas, notamment parce qu’il craignait l’influence des Frères musulmans dans son pays ; il considérait Gaza comme un problème sécuritaire et participait à son blocus. Alors que les Frères musulmans s’apprêtent à participer aux élections de septembre en Egypte, et peut-être même au gouvernement, ces craintes ne sont plus de mise. D’autant que le climat démocratique en Egypte permet l’expression plus forte de la solidarité avec les Palestiniens et du refus massif du blocus, dont le gouvernement doit tenir compte.

Le ministre des affaires étrangères égyptien a affirmé avec force que le point de passage de Rafah serait ouvert, qualifiant de « honteux » le blocus israélien (lire « Egypt to throw open Rafah border crossing with Gaza », Ahram online, 29 avril). Presque plus importante est la déclaration du chef d’état-major égyptien Sami Anan : celui-ci a mis en garde Israël contre toute tentative d’interférer dans la décision prise par Le Caire (« Egypt warns Israel : Don’t interfere with opening of Gaza border crossing »,Haaretz, 30 avril). Une autre source israélienne lui fait dire : « Le gouvernement israélien doit faire preuve de retenue quand il discute des pourparlers de paix. Il doit s’abstenir de s’ingérer dans les affaires intérieures palestiniennes. » (« Egypt to open Rafah crossing », Y-net, 29 avril).

Cette inflexion se traduit dans les relations de l’Egypte avec l’Iran, puisque l’on parle de reprise des relations diplomatiques entre les deux pays. Téhéran, comme Damas, a d’ailleurs salué l’accord interpalestinien. « Il y a un nouveau sentiment en Egypte, que l’Egypte doit être respectée comme une puissance régionale », explique un spécialiste égyptien de relations internationales, cité par David Kirkpatrick, « In Shift, Egypt Warms to Iran and Hamas, Israel’s Foes », New York Times, 28 avril 2011.

Source : http://blog.mondediplo.net/2011-05-03-L-Egypte-derriere-l-accord-Hamas-Fatah

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Jeudi 5 mai 4 05 /05 /Mai 06:36

par Mahdi Darius Nazemroaya

 

XU JINGJING:

Il apparait que la coalition occidentale a relenti ses actions durant les trois dernières semaines. A votre avis, quelles sont les raisons de cette impasse ?

NAZEMROAYA:

L’impasse en Libye est calculée. Les Etats-Unis et l’OTAN veulent maintenir un statu quo stratégique entre le gouvernement libyen à Tripoli et le conseil de transition à Benghazi. Ils utilisent cette stratégie du point mort afin de manipuler à la fois Tripoli et Benghazi. Plus les parties sont fatiguées et affaiblies, et plus les chances qu’elles se tournent toutes deux vers les USA et ses partenaires de l’OTAN pour mettre fin au conflit, seront grandes. Le conseil transitoire fera également plus de deals avec les Etats-Unis et l’UE. Le régime libyen à Tripoli demandera aux USA et a l’UE de mettre fin au conflit et fera par là-même des concessions. Les Etats-Unis et l’UE désirent que les deux côtés soient plus dépendant de Washington et de Bruxelles comme arbitres de la situation en Libye. La finalité de tout cela sera que la Libye se transformera en ce que les USA et l’Europe de l’Ouest désirent depuis la fin de la seconde guerre mondiale en 1945.

Leur but est de faire de la Libye un pays divisé. Ils sont experts en cela. Ce sont des experts à retourner les gens les uns contre les autres et à détruire des nations. Ils ont divisé les Arabes qui devraient n’être qu’une seule nation ou au pire, cinq nations arabes. Ils ont aidé à la division du peuple de l’Inde. Ils ont divisé les slaves du sud dans les Balkans, ils ont divisé les gens d’Asie du Sud-Est. Ils ont travaillé d’arrache-pied à diviser l’île de Taiwan et la Chine continentale. Ils ont oeuvré pour que l’Ukraine se batte contre la Russie. Avec Israël et l’Arabie Saoudite, ils ont divisé politiquement les Palestiniens et le Liban. Maintenant les Etats-Unis et L’UE ont l’intention d’encore plus diviser les Arabes, mais aussi de créer des divisions sur le sol africain et les pays sud-américains. Ils continuent de surcroi à diviser le monde musulman en identifiant deux parties: les chi’ites et les sunnites. Ils continuent à travailler de concert pour diviser la Russie, l’Iran et la Chine.

Avant 1951, les Etats-Unis, la France, l’Italie et la Grande-Bretagne avaient un accord entr’elles afin de diviser la Libye en sphères d’influence et même de prévenir que la Libye ne devienne un pays libre, unifié et indépendant. Ces puissances impérialistes ont même voulu que la Libye soit divisée en trois parties, trois territoires différents. Les Libyens s’y sont opposés farouchement. Washington , Londres et Paris ont même tenu a l’époque une discussion avec l’URSS sur la question d’établir trois mandats des Nations Unies appelés la mise sous tutelle de la Libye. Un de ces mandats auraient été en Cyrénaïque sous contrôle britannique, un autre au Fazzan sous contrôle français et le dernier en tripolitaine sous contrôle italien. Les Etats-Unis surpervisant l’ensemble. Mais les soviétiques avaient des idées différentes sur la question et désiraient le mandat en tripolitaine ou le partager avec l’Italie. Finalement, aucun accord ne put être conclus et la Libye devint indépendante après un dèbat à l’ONU.

Quand les Etats-Unis, La Grande-Bretagne, la France et l’Italie tombèrent d’accord pour donner l’indépendance à la Libye, il fut décidé que cela se ferait comme un état fédéral sous la férule du roi Idris. Idris fut placé comme chef d’état libyen par les britanniques et les puissances coloniales et sous ce système fédéral les autres petits émirs s’occuperaient de la cyrénaïque et du Fazzan et seraient les représentants non-élus de ces deux territoires.

En Tripolitaine, où se concentrait la vaste majorité de la population libyenne, les représentants libyens seraient choisis par le peuple, mais sous un système fédéral qui donnerait une importance équivalente à la Tripolitaine, au Cyrénaïque et au Fazzan. Les représentants choisis par le peuple libyen serait placés en minorité face aux émirs et autres sheikhs. Dans le système fédéral souhaité par Washington, les émirs non élus représentant les populations plus petites du Cyrénaïque et du Fazzan seraient la majorité dans l’assemblée nationale libyenne. Ce que les Etats-Unis et leurs alliés essayaient de faire était d’éliminer toute forme d’auto-détermination de la part des Libyens. Les USA et leurs alliés tentaient de transformer la Libye en un émirat come le Bahraïn, le Qatar, le Koweit ou les Emirats Arabes Unis.

Aujourd’hui les Etats-Unis et l’UE sont en route pour forcer un nouveau système fédéral en Libye ou pour diviser le pays entre au moins deux administrations, celle de Tripoli et celle de Benghazi. Ces pays sont aussi la force qui poussent pour une guerre tribale en Libye, ce qui transformerait le pays en une seconde Yougoslavie. Les guerres tribales en Libye se répandraient au-delà des frontières de la Libye au reste de l’Afrique, de l’Afrique de l’Ouest, centrale et à l’Est.

XU JINGJING:

Les négociations politiques sont-elles dans une impasse ou au-delà ? Comment voyez-vous ces pays attribuer les obligations de la guerre et les intérêts de l’après-guerre ?

NAZEMROAYA:

Les britanniques ont élaboré un schéma qui veut que les membres arabes de la coalition contre la Libye enverront leurs troupes en Libye ou financeront une armée massive de mercenaires étrangers. Une invasion en partie privée de la Libye aura lieu. A cet égard, les britanniques veulent que les pays arabes comme le Qatar et les Emirats Arabes Unis financent des mercenaires britanniques et américains en Libye. Comme ils l’ont déjà fait à Oman il y a quelques années, Londres va même autoriser des membres de l’armée britannique à temporairement quitter l’armée et aller travailler ou combattre en Libye comme mercenaires. Voilà pourquoi les Etats-Unis étaient contre le fait d’inclure un article dans la résolution de l’ONU 1973, qui aurait permis de poursuivre en justice des mercenaires étrangers qui ne font pas partie de la cour internationale de justice.

Alors que les Etats-Unis ont été responsables de mener l’attaque sur la Libye, ce sera les européens de l’ouest qui se chargeront de l’occupation. L’UE veut maintenant occuper la Libye. Ils le feront sous la couverture d’un mandat d’une force de maintien de la paix. Ceci ne fera que diviser la Libye plus avant. Les deux gouvernements de Tripoli et de Benghazi s’éloigneront irrémédiablement l’un de l’autre sous les yeux des forces d’occupation. La Libye sera gouvernée de manière séparée ou sous un sytème fédéral.

Les Etats-Unis et l’UE ont aidé à créer une nouvelle banque centrale à Benghazi, ainsi qu’une nouvelle compagnie pétrolière. Les USA veulent sans doute se positionner militairement en Libye et peut-être même y amener plus tard le QG de son AFRICOM. Wall Street et les grosses banques européennes géreront également les finances de la Libye. Le secteur de l’énergie sera partagé entre les US et l’UE, avec l’inclusion du Qatar en récompense à son émir pour les services rendus. Celui-ci est déjà responsable de l’accord entre la nouvelle compagnie pétrolière nationale à Benghazi et Al Jazeera a également aidé à créer les stations médiatiques du conseil national de transition.

XU JINGJING:

Voyez-vous une dissidence possible au sein des pays de la coalition se battant contre Kadhafi ? Ont-ils un but différent et un intérêt national ?

NAZEMROAYA:

Je ne vois pas de différent majeur entre les Etats-Unis et leur alliés. S’il y en avait un ce serait entre les côtés anglo-américains d’un côté et franco-allemand de l’autre. Ceci constitue les deux piliers de support de l’OTAN. Tout le monde au sein de l’OTAN suit un de ces fronts. Il a été dit que l’Allemagne et la Turquie ont des vues différentes des Etats-Unis de la GB et de la France avec Rome quelque part entre les deux. Mais les actions de ces pays et de leurs officiels en disent plus long que leurs paroles. Le gouvernement allemand a supporté la guerre dès le départ. Parce que le peuple allemand n’aurait pas permis que l’Allemagne se joigne à l’attaque, Berlin n’a pas pu y prendre directement part. Ce que le gouvernement allemand a fait en revanche, est d’envoyer plus de ressources militaires en Afghanistan de façon à ce que plus de logistiques de l’OTAN puissent intervenir en Libye.

La Turquie et l’Allemagne auraient pu arrêter l’utilisation de l’OTAN s’ils avaient vraiment été contre cette guerre. Un des QG opérationnel est basé en Turquie. La Turquie est aussi l’autorité administrative de l’aéroport de Benghazi ainsi qu’elle aide dans les opérations navales contre la Libye.

Oui, il y a des intérêts divergents entre le bloc américano-britannique et le bloc franco-allemand, surtout en ce qui concerne le contrôle des réserves énergétiques du pays et de l’Afrique du Nord. A l’encontre des USA, l’UE est dépendante de l’énergie libyenne, spécifiquement l’Italie. C’est dans leur intérêt de contrôler les ressources pétrolières et gazières en Afrique du Nord. Si Washington et Londres gagnent le contrôle majeur de ces réserves, ils contrôleront la sécurité économique de l’UE. Mais je pense que les USA et l’UE travaillent en associés en Afrique du Nord et coordonnent en fait des opérations contre la Chine et ses alliés en Afrique.

XU JINGJING:

Les combats dans la ville de Misrata attirent toute l’attention maintenant, que pensez-vous de l’importance de cette ville ? Comment le résultat de cette bataille peut-il influer sur les mouvements de l’opposition libyenne ?

NAZEMROAYA:

La ville de Misrata est le Shangai de la Libye. Pour le conseil transitoire ce serait une victoire économique majeure. Elle est une base importante de commerce, d’industrie et d’échange pour la Libye et l’Afrique. Parmi les plus grosses compagnies africaines sont basées à Misrata, ceci incluant les grosses compagnies libyennes du fer et de l’acier. Misrata est aussi un port très important. Beaucoup d’entreprises libyennes et d’industries ont leur QG à Misrata et dans les districts avoisinants.

Voilà pourquoi l’Allemagne et l’UE veulent envoyer des troupes à Misrata sous couvert de forces humanitaires. L’UE veut envoyer des militaires là-bas pour des raisons purement stratégiques et économiques et pas du tout pur des causes humanitaires. Les forces de l’UE sont composées des mêmes forces qui composent les forces de l’OTAN. Ils utilisent simplement un autre nom. La différence entr’une force européenne et l’OTAN est une différence purement technique.

Ceci qui est d’autant plus ridicule est que les pays qui désirent envoyer des forces de maintien de la paix sur place, sont les mêmes que qui combattent en Libye actuellement. De fait, parce que l’OTAN est entrée en guerre de manière collective, toute nation faisant partie de l’OTAN est une nation combattante. Ceci inclut l’Allemagne. Ceci doit disqualifier l’ensemble des nations européennes comme force de paix en Libye. Seuls des parties neutres et non combattantes peuvent faire office de force d’interposition et de maintien de la paix. Des nations comme la Russie, la Chine, l’Algérie, le Kazakhstan, l’Ukraine, l’Iran, la Biélorussie, le Brésil, la Malaisie et le Vénézuela devraient envoyer des forces de maintien de la paix. Même l’Organisation de Coopération de Shangai devrait y jouer un rôle ainsi que les Russes et leurs anciens partenaires des forces de l’ancien bloc de l’Est. Il est d’un intérêt stratégique pour la Chine et ses alliés de faire en sorte de s’assurer que la Libye n’est pas colonisée ou victimisée comme l’est l’Afghanistan sous les forces d’occupation de l’OTAN. Les évènements de Libye sont en fait un pas en avant pour l’occident d’isoler plus l’Iran, la Russie et la Chine ainsi que l’Eurasie.

XU JINGJING:

Pensez-vous que les Etats-Unis sont toujours des acgteurs décisifs et pourquoi ?

NAZEMROAYA:

Oui, sans l’ombre d’un doute. Pour répondre à cette question, définissons en premier lieu la coalition qui est impliquée dans cette guerre d’agression contre la Libye. Le Pentagone a transféré les opérations militaires à l’OTAN après quelques jours. Ainsi la guerre est maintenant officiellement pilotée par l’OTAN. Quelques autres pays comme le Qatar, la Jordanie, les Emirats Arabes Unis, la Suède sont aussi partenaires sous commandement de l’OTAN. Dès lors et avant que je n’analyse l’OTAN, voyons de plus près une autre alliance militaire datant de la guerre froide appelée le pacte de Varsovie.

Washington et l’Europe occidentale ont eu l’habitude de critiquer l’ancienne union soviétique en disant que le pacte de Varsovie était en fait une organisation tronquée, qu’en fait cela n’était que l’Armée Rouge soviétique. En d’autres termes que la Bulgarie, la Roumanie, l’Allemagne de l’Est, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et l’Albanie n’etaient pas une force réelle du pacte et que le Pacte de Varsovie n’était que l’URSS qui agissait derrière un pseudo-bouclier de multilatéralisme en Europe de l’Est.

Je ne discuterai pas ce point.

L’OTAN est bien plus compliquée que la Pacte de Varsovie et n’est pas gérée par un seul pays. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne sont les piliers de cette force et ils sont le vrai pouvoir décisionnaire à Bruxelles. La Turquie, à cause de l’héritage de Kamal Ataturk a aussi une certaine indépendance au sein de l’OTAN. Toutes les autres nations ou bien suivent les anglo-américains ou bien suivent le bloc franco-allemand.

Mais au-delà de tout ceci, l’OTAN est juste un pacte de Varsovie plus sophistiqué Les Etats-Unis devraient regarder dans le miroir. L’argument critique de Washington envers la Pacte de Varsovie s’applique à eux-mêmes et à l’OTAN.

L’OTAN d’aujourd’hui n’est pas très différente de ce que les USA qualifiaient le Pacte de Varsovie d’être, à savoir l’URSS sous un drapeau multilatéral. L’OTAN elle-même et les commandants du pentagone disent que l’OTAN n’est presqu’exclusivement constituée que de l’armée américaine. En d’autres termes, l’OTAN est l’armée américaine, renforcée par la GB, la France, l’Allemagne, la Turquie, la Canada, l’Italie et quelques autres pays européens auxiliaires. Les Etats-Unis font la guerre, puis envoient ces pays pour occuper les pays défaits, pour privatiser leurs économies sous contrôle étranger. Au bout du compte, l’OTAN est en réalité l’armée américaine avec le support politique et financier de ces autres pays.

Le sénateur McCain et le sénat états-uniens ont demandé il y a quelques semaines que le reste de l’OTAN finance les Etats-Unis pour faire la guerre en Libye. La plupart des membres de l’OTAN sont en fait des pays satellites des Etats-Unis; l’OTAN sans les USA n’auraient jamais pu faire la guerre en Yougoslavie et en Afghanistan, sans même parler de déclancher une guerre contre la Libye. Regardez simplement le rôle que jouent les Etats-Unis dans les bombardements en Libye. Ils y ont fait le plus gros des bombardements et du gros travail de pilonage. En fait, réellement, les Etats-Unis se cachent derrière l’image de multilatéralisme offerte par l’OTAN. Ils ne veulent pas du tout apparaitre comme étant en charge de tout ce qui se passe. Washington a peur de l’opinion publique.

Voilà donc pourquoi Obama, Clinton et Gates ont prétendu publiquement que le gouvernement américain était contre la création d’une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye et ce jusqu’au tout dernier moment lorsque les véritables objectifs des Etats-Unis devinrent apparents. En même temps qu’Obama disait être contre la zone d’exclusion, les Etats-Unis se préparaient à intervenir et se mobilisaient pour attaquer la Libye. Paris et Londres ont juste joué les rôles de leaders sur la place publique à des fins déceptives.

Je désire ici faire une remarque finale et importante. Le président Obama, le premier ministre Cameron, le président Sarkozy se cachent tous derrière le paravent de l’OTAN, parce que l’OTAN est une organisation internationale qui échappe à toute forme de responsabilité politique. L’OTAN ne peut-être rendue responsable de ses actes devant aucune institution officielle ayant droit de vote. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne peuvent bombarder a Libye pendant des mois et clamer que tout cela est dans les mains de l’OTAN et donc de sa responsabilité et que l’OTAN est en charge de la guerre. De fait. Obama, Cameron et Sarkozy essaient tous d’échapper a toute responsabilté politique en tant qu’hommes politiques et devant le public simplement en laissant l’OTAN faire la guerre et en se cachant derrière elle pour se protéger.

 

 

 

 

Article original en anglais (traduit du chinois): http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=24527, le 28 avril 2011.

Traduit de l’anglais par Résistance 71, le 30 Avril 2011.

Note de l’éditeur



 

Mahdi Darius Nazemroaya a été interviewé par Xu Jingjing pour un article ayant pour sujet la guerre de Libye pour le magazine Life Week. Life Week est un des plus importants magazines établi à Pékin. Cet interview parle de l’impasse dans laqualle la guerre se trouve et comment cela fait partie de la stratégie du pentagone et de l’OTAN pour la division de la Libye. L’interview couvre également les rôles de la Turquie et de l’Allemagne ainsi que les plans de L’UE d’envoyer une force de maintien de la paix. L’importance économique de Misrata est aussi mise en exergue. Ce qui suit est la transcript (traduit de l’anglais) de l’interview ayant eu lieu le 26 Avril 2011.

 

Par thala solidaire.over-blog.com - Publié dans : Contribution des lecteurs_Débats
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