Le président yéménite Ali Abdallah Saleh, contesté dans la rue depuis près de deux mois, a limogé dimanche le gouvernement qu'il a chargé d'expédier les affaires courantes, a annoncé l'agence de
presse officielle Saba.
«Le président de la République a limogé le gouvernement le chargeant d'expédier les affaires courantes jusqu'à la mise en place d'un nouveau gouvernement», a affirmé Saba.
IRIB – Dans le sillage de l’Intifada populaire des pays arabes, les Yéménites ont vécu, aujourd’hui, la plus sanglante journée de leur soulèvement contre la
dictature. Le régime despotique d’Ali Abdallah Saleh a donné, ce vendredi, l’ordre d’attaquer, par air et terre, les manifestants, sur la place al-Tagheer, qui a été le théâtre d’un véritable
carnage. Au moins, 50 civils sans défense, ont perdu la vie, selon un bilan provisoire, qui risque de s’alourdir, un grand nombre de blessés, qui dépasse les 200, se trouvant dans un état
très critique. Les dépêches, en provenance de Sanaa, parlent des tirs qui se font entendre et des chasseurs qui sillonnent le ciel de la capitale. Les médecins, dans les antennes médicales,
installées, près de la place al-Tagheer, ont confirmé la mort d’au moins, 50 personnes, et ils ont appelé la Communauté internationale à prendre une mesure d’urgence, pour empêcher le
massacre du peuple. Les sources hospitalières font, aussi, part de l’état grave, dans lequel se trouve une quarantaine des blessés. Le sang coule à flot sur la place al-Tagheer.
Alors que les troupes de Kadhafi ne sont qu'à 10 kilomètres de Benghazi, depuis plusieurs jours, c'est le black out total dans le reste du pays. Les nouvelles provenant des villes reprises par les
forces gouvernementales sont rares.
Les Libyens « se sentent abandonnés »
Nos contacts en Libye ne répondent plus depuis plusieurs jours. Un confrère a tout de même réussi à joindre l'un d'eux, à Zaouia. Il nous écrit :
« Les téléphones sont coupés et c'est dangereux de communiquer avec la presse. Notre contact m'explique qu'elle ne s'attarde pas sur Internet. Elle préfère attendre un peu. Il vaut mieux
ne pas essayer de la contacter pour le moment.
Il y a une vraie purge apparemment. Ils commencent à manquer de médicaments et surtout, à demi-mot notre contact demande si “on” (les Français/les Européens/les Occidentaux) va faire quelque
chose… Ils se sentent abandonnés. »
Zawara, Zaouia, Brega, Ajdabiya, bientôt Misrata et Benghazi, la capitale des opposants à Kadhafi. Depuis cinq jours, l'armée de Kadhafi reprend toutes les villes libérées par les insurgés. Les
combats, très rapides, ont déjà fait des dizaines de morts et des centaines de blessés à travers le pays.
Une reconquête éclair
A Ajdabiya, dernière ville avant Benghazi, une trentaine de personnes au moins ont été tuées. Des civils. (Voir la vidéo, tournée à l'hôpital d'Ajdabiya et mise en ligne par des opposants au
régime libyen)
Cette ville, dernier verrou avant Benghazi, est tombée extrêmement rapidement. Trois quarts d'heure de combat ont suffi à faire fuir les civils et les insurgés.
Ce jeudi, deux vastes offensives contre Misrata et Benghazi ont été annoncées par le gouvernement provoquant la fuite des civils de Benghazi vers l'Egypte. Humanitaires (y compris la Croix-Rouge)
et journalistes ont également plié bagages pour rejoindre Tobrouk, en Cyrénaïque, une province libyenne à la frontière égyptienne. Après avoir été contraintes de quitter Ras Lanouf, puis Brega,
les équipes
de MSF ont décidé de se retrancher en Egypte.
Des insurgés déterminés mais seuls
La vaste campagne de propagande du gouvernement rend la situation confuse. Mercredi, les kadhafistes ont annoncé avoir été rejoints par deux grandes tribus de Benghazi. Une information démentie
par les intéressés et par les insurgés. De la même façon, les rebelles revendiquent quelques poches de résistance dans les grandes villes du pays, notamment à Misrata.
Si le rapport de force joue désormais en faveur du régime, plusieurs vidéos montrant les insurgés déterminés à poursuivre le combat ont été mises en ligne sur les sites de l'opposition. (Voir la vidéo)
Très confiant, le fils de Kadhafi dans une interview à
Euronews n'a manifesté aucune inquiétude concernant une éventuelle intervention étrangère :
« Les opérations militaires sont terminées. Dans les 48 heures, tout sera fini. Nos forces sont presque à Benghazi. Quelle que soit la décision, il sera trop tard. »
A Bahrein, les civils pris pour cibles
A Bahrein, le coup d'arrêt au changement a été donné par le déploiement de soldats saoudiens et des Emirats arabes unis et par une reprise intensive de la répression.
Un rapport publié ce jeudi par Amnesty International fait état de tirs ciblés de la
police contre les manifestants :
« Hani Mowafi, un médecin américain qui faisait partie de l'équipe d'Amnesty International, a conclu, au vu des nombreuses lésions graves, voire mortelles qu'il a constatées en février,
que les forces de sécurité ont utilisé des munitions réelles à faible distance, en cherchant semble-t-il à atteindre les manifestants à la tête, à la poitrine et au ventre. […]
Parmi les blessés figuraient des personnes clairement identifiables comme étant des professionnels de la santé, pris pour cible par des policiers alors qu'ils essayaient d'aider des
manifestants blessés sur le rond-point ou à proximité. »
Des vidéos prouvent ces accusations. Sur celle-ci, on voit clairement des policiers tirer sur des manifestants. L'un d'entre eux, blessé, se traîne derrière une voiture avant de s'effondrer.
(Voir la vidéo - attention, images violentes)
Après les départs des dictateurs tunisien et égyptien, une victoire de Kadhafi risque d'affaiblir l'extraordinaire mouvement de libération des peuples dans le monde arabe. Terrorisés par la
répression sanglante menée conjointement par les pays du golfe à Bahrein et par la situation de guerre civile en Libye, les opposants aux régimes actuels pourraient, comme ce Libyen rencontré par
l'envoyé spécial du Monde en Libye, être tentés de croire que « cette révolution ne nous aura rien apporté de bon. »
L’entrée de troupes saoudiennes et émiraties au Bahreïn, sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe et à l’appel du roi, la proclamation de l’état d’urgence, l’arrestation de nombre
d’opposants, marquent une étape dans la crise qui secoue la petite île depuis plusieurs semaines. D’autre part, l’offensive des troupes fidèles au colonel Mouammar Kadhafi se poursuit. Même si la
propagande du régime ne peut être prise au pied de la lettre (plusieurs villes dont Kadhafi a annoncé la chute restent aux mains des rebelles), il est évident que le pouvoir a reconquis certaines
villes. Cette double offensive marque-t-elle un tournant dans les révoltes arabes nées depuis la chute de la dictature tunisienne ?
Il faut rappeler les ingrédients de cette révolte arabe, similaires dans chaque pays : des pouvoirs autoritaires pour lesquels les citoyens ne sont rien que des pions ; de
pseudo-réformes économiques libérales qui ont aggravé la pauvreté et les inégalités, permis la constitution d’immenses fortunes et le pillage du pays ; l’arrivée des classes d’âge les plus
nombreuses à l’âge adulte, ces jeunes étant souvent mieux formés que leurs aînés mais ne trouvant pas de travail à la hauteur de leurs espérances.
A partir du moment où le peuple tunisien a fait la démonstration que l’on pouvait renverser un dictateur, le mouvement s’est étendu et a touché tous les pays, sans exception. Les mesures
habituelles prises pour calmer la population (concessions économiques, promesses de réforme ou répression) n’en sont pas venues à bout – au contraire. D’autant que la chaîne de télévision
Al-Jazira a créé une scène médiatique arabe unifiée et qu’Internet a renforcé la solidarité entre les différents groupes, notamment ceux des jeunes, qui se
sont mobilisés.
Ce qui a disparu dans le monde arabe, c’est la peur. Et, quels que soient les aléas du mouvement – et il est évident qu’il y aura des avancées et des reculs –, ce qui s’est passé est
maintenant irréversible.
Néanmoins, la situation de chaque pays est différente, son histoire et son système politique aussi. Il existe parfois une dimension confessionnelle (et éventuellement nationale), avec les
divisions, plus ou moins instrumentalisées, entre chiites et sunnites, entre Arabes et Kurdes, etc., qui peuvent peser sur l’avenir.
C’est le cas notamment à Bahreïn, dont la majorité de la population est chiite, mais où la dynastie régnante sunnite s’appuie sur une fraction non négligeable de la population (30%). Le roi a
réussi à faire descendre dans la rue des dizaines de milliers de ses partisans, ce que n’ont pu faire les pouvoirs tunisien et égyptien.
Une autre dimension tient à la relation entre Bahreïn et l’Iran. A plusieurs reprises, Téhéran a pu revendiquer ce territoire et il existe la peur dans les monarchies arabes du Golfe qu’un
changement au Bahreïn se fasse au bénéfice de la République islamique. Cela explique la décision avant tout saoudienne d’envoyer des troupes dans l’émirat, ce qui n’est pas sans rappeler des
exemples historiques, comme le note Olivier Da Lage sur son blog le 14 mars, sous le titre « Sous les réformes annoncées, la
répression est à l’œuvre et c’est l’Arabie saoudite qui est à la manœuvre » : « Telles les armées du Pacte de Varsovie envahissant en août 1968 la
Tchécoslovaquie pour mettre fin au Printemps de Prague au nom de la fraternelle solidarité du camp socialiste face aux menées contre-révolutionnaires encouragées par les impérialistes, on voit
aujourd’hui les forces d’Arabie Saoudite, des Emirats arabes unis – à l’heure où j’écris ces lignes, il n’est pas question du Koweït ni du Qatar – traverser les 25 kilomètres de bras de mer
séparant Bahreïn de la terre ferme pour mettre en œuvre la “doctrine Abdallah de souveraineté limitée” au sein des monarchies du Golfe. »
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ThalaSolidaire est dédié à la ville de Thala, ville phare de la Révolution tunisienne. Thala est une petite agglomération du centre-ouest de la Tunisie. Elle est connue pour son histoire antique, ses sources, ses carrières de marbre, devenues une sorte de tragédie écologique et économique, sa résistance et sa misère. Thala solidaire a pour objectif de rassembler toutes les voix INDIGNÉES pour donner à cette terre ainsi qu'à toutes autres terres un droit à la vie et à la dignité…
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