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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 16:57

 

Bizerte (Tunisie), envoyée spéciale - Pas un hôtel ouvert, pas même un restaurant. Bizerte est en état de siège. A la terrasse du Café mixte, à clientèle 100% masculine, des jeunes prennent le soleil pour se reposer de la longue nuit passée aux "barrages", avec d'autres gars du quartier, afin de contrôler les véhicules suspects. "On a donné le premier coup de balai en chassant Ben Ali. Il faut maintenant donner le deuxième", sourit l'un d'eux, allusion aux milices de l'ancien régime embusquées dans la ville portuaire, célèbre pour ses casernes, ses prisons et ses énormes paquebots.

L'avenue du 7-Novembre (date de l'arrivée au pouvoir de l'ex-président Zine El-Abidine Ben Ali, le 7 novembre 1987) pourrait être prochainement rebaptisée "avenue de la Liberté", assurent les jeunes gens, qui n'ont, répètent-ils, "peur de rien". Lundi 17 janvier, des tirs nourris sont échangés, en centre-ville, dont un quartier entier a été bouclé par l'armée, impuissante à déloger les six ou sept snipers qui campent sur les toits.

Le western dure depuis samedi. "Ces tireurs d'élite sont des mabouls totaux. Ils n'ont pas faim ? Pas soif ? Ils ne dorment jamais ?", s'énerve Fatma Benmosbah, journaliste, contrainte de rester enfermée chez elle en attendant que les tirs cessent. A vrai dire, personne ne sait très bien qui sont ces snipers. Ni combien ils sont. Les rumeurs courent, jamais démenties, jamais confirmées.  

"On dit qu'ils manquent de munitions", avance la recluse, jointe par téléphone lundi soir. "Depuis la fin de l'après-midi, ça tire moins", ajoute-t-elle. Elle espère pouvoir mettre le nez dehors mardi.

"On va y arriver, mais ils sont coriaces : ça prendra du temps", lance le membre d'un comité de vigilance, dont le "barrage" est dressé sur la route qui serpente à travers la forêt de pins de Nadhor, au-dessus de Bizerte. Lui aussi guette les miliciens. On les soupçonne de vouloir prêter main-forte aux mutins de la prison de Borj Erroumi, située au sommet des monts.

Par un curieux miracle, dès la chute et le départ du président Ben Ali, les prisons de Monastir et de Mahdia ont été ouvertes et les détenus de droit commun libérés. A la prison de Mornag, la tentative a échoué. Ici aussi. Mais une mutinerie empoisonne l'atmosphère. Les détenus, racontent les membres du comité de vigilance, sont sortis de leurs cellules et se sont regroupés dans la cour de la prison. "Les militaires ont l'ordre de tirer sur tous ceux qui tenteraient de s'enfuir", assurent-ils.

POLITIQUE DE LA TERRE BRÛLÉE

Avec sa nonchalance apparente, Bizerte, 150 000 habitants, a connu, comme la plupart des villes tunisiennes, ses journées de pillages bien ciblés (Monoprix, Lee Cooper – enseignes qui appartiennent à la famille Ben Ali –, le bureau de l'emploi). Aucune grande manifestation, en revanche, n'a fait trembler ses rues. "La police a quitté la ville, la laissant livrée à elle-même, un jour ou deux avant la chute de Ben Ali", explique le docteur Saïda Aoun. Les pilleurs en ont profité. Mais sagement : sans dérive ni dérapage.

La politique de la terre brûlée, que le régime bénaliste est soupçonné par certains Bizertins d'avoir tenté de mettre en œuvre, n'a pas marché. S'il y a violence, c'est entre snipers et militaires. Les civils en restent éloignés. Personne ne sait dire, avec certitude, s'il y a eu des morts. On parle de quatre militaires et deux snipers tués.

L'ennemi reste largement invisible. Ceux qui tirent, ce sont les policiers, les fidèles de l'ancien régime, dont certains se sont installés dans les locaux de la direction de la police de Bizerte et Béja. Ils seraient, au total, plusieurs dizaines ; des cadres, pour l'essentiel. Quelques-uns préfèrent ne pas quitter leur domicile et se barricadent chez eux. A l'instar des responsables du Rassemblement constitutionnel et démocratique (RCD, ancien parti dominant), terrés chez eux et évitant de sortir "de peur d'être reconnus et lynchés", affirme Mohammed Salah Fliss, vieux Bizertin et ex-prisonnier politique sous la présidence d'Habib Bourguiba.

Ce serait le cas, par exemple, du secrétaire général du comité de coordination – la structure régionale du RCD –, un poste auquel l'ancien chef de l'Etat l'avait personnellement nommé. Ce serait également le cas du gouverneur, qui servait, sous M. Ben Ali, de courroie de transmission entre l'administration centrale et Bizerte. Depuis le 14 janvier, le gouverneur ne se montre plus. "Il n'a plus rien à faire", explique Mohammed Salah Fliss. Ses bureaux, désertés, sont désormais sous la garde de l'armée.

 

Lien : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/01/18/a-bizerte-la-population-se-mefie-d-un-ennemi-invisible_1467048_3212.html

Un supermarché de Bizerte en feu après sa mise à sac, le 15 janvier.

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