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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 03:43

 

Présidentielles en Egypte : « Aujourd’hui, ma voix compte »

C’est une actualité dont on parle peu et qui pourtant, sera décisive pour le Moyen-Orient. Comme en France, l’Egypte est entrée dans la dernière ligne droite de sa présidentielle. Prévue pour juin, l’élection du futur Président égyptien est supervisée par l’armée qui assure l’intérim depuis la chute d’Hosni Moubarak. Mais entre les bavures et les manipulations, le peuple égyptien est de plus en plus sceptique quant à la transition démocratique.

Prévu pour les 23 et 24 mai, le premier tour se disputera entre cinq candidats. Hamdine Sabahi, héritier du Nassérisme, Hicham El-Bastawissi qui est le vice-président de la Cour de cassation, le penseur islamiste Mohamed Selim Al-Aoua, et les deux favoris : Abdel Fotouh ancien membre des Frères Musulmans et Amr Moussa qui fut ministre des Affaires Étrangères, secrétaire général de la Ligue Arabe et ambassadeur de l’Egypte aux Nations Unies.

Une situation sociale critique

Les lendemains de révolution sont difficiles et au Caire comme dans le reste du pays, le chômage a beaucoup augmenté tandis que la vie est devenue plus chère. Une économie au ralenti dans un climat d’insécurité constante malgré l’omniprésence de l’armée.

C’est ce que m’a confié Hassin, un Egyptien qui vit à Marseille depuis 25 ans et qui tient un snack sur la place Jean Jaurès : « C’est un peu le chaos, la situation est difficile et il n’y a pas de travail. Alors j’aide ma famille qui est au Caire, je lui envoie un peu d’argent quand je le peux. » Aujourd’hui, il considère la situation sociale pire qu’avant la chute d’Hosni Moubarak.

Une situation qui n’était pourtant déjà pas très bonne. Cherine, une Egypto-Syrienne de 30 ans mariée à un Français, m’explique qu’au début des années 2000, Hosni Moubarak a discrètement laissé son fils Gamal prendre les décisions pour préparer sa succession à la tête de l’Etat. A eux deux, ils ont mis de côté la politique sociale de l’Etat. « A ce moment-là, le peuple a commencé à bouillir. Dix ans après, la cocotte a explosé ».

Le jeu trouble de l’armée

Si l’armée égyptienne a fait le choix de ne pas écraser la révolte comme en Syrie et a précipité le renversement du régime, le peuple égyptien qui était enthousiaste est devenu méfiant. Les dirigeants, avec à leur tête le Général Tantawi, ont acquis une grande puissance sous l’ère Moubarak.

Khaled Shokair, ancien animateur radio et président de l’association France Egypte 2000, pense que l’armée veut profiter des élections pour conserver ses acquis et son pouvoir. A-t-elle la volonté de récupérer la révolution ? Il a un petit doute mais n’est pas inquiet car quoi qu’il arrive, dit-il, « le peuple ne se laissera pas faire. »

Cherine est plus inquiète. « Le Général Tantawi était un ami de Moubarak » rappelle-t-elle. « Car si l’armée a dit qu’elle laisserait le pouvoir après les élections, c’est pour ne plus être en première ligne face au peuple. Elle veut garder le pouvoir, mais dans l’ombre du prochain Président. »

Et pour illustrer sa pensée, Cherine me donne un exemple. « Lorsqu’il y a eu les manifestations des coptes suite à l’incendie d’une église, c’est l’armée qui est venue réprimer la foule. Un char a même foncé dedans et écrasé plusieurs personnes. Lorsque l’on a demandé des explications, on nous a dit qu’un fou avait volé le char et roulé sur les manifestants. Personne n’est dupe, cela a été filmé. » Des violences qui ont été mises sur le dos des conflits inter-religieux pour légitimer l’armée.

Les Frères Musulmans et les islamistes en embuscade

Autre composante importante de cette présidentielle : les islamistes et les Frères Musulmans. C’est pour eux l’occasion de prendre un pouvoir convoité depuis longtemps et une revanche sur la répression qu’ils ont subie depuis de nombreuses années.

Hassin, le gérant du snack de la place Jean Jaurès, ne craint pas pour l’unité nationale. Pour lui les extrémistes sont minoritaires et n’arriveront pas à imposer leurs idées. Khaled et Cherine partagent eux un avis différent. Les islamistes veulent s’accaparer la révolution alors qu’ils n’étaient pas à Tahrir le 25 et le 28 janvier (Grandes manifestations de la révolution).

« Lors des élections législatives, les plus pauvres se sont faits manipulés par les Frères Musulmans. En échange de riz et de lait, on leur disait qui voter », m’explique Cherine. Une situation que me confirme Hassin : « En Egypte, il y a 22 millions d’analphabètes, ils votent n’importe quoi et se font utiliser par les islamistes. »

Aujourd’hui, les candidats préférés des islamistes et des Frères Musulmans ont été retoqués par la commission électorale. Des candidats comme Khairat Al-Chater ou Hazem Saleh AbouI-smaïl dont les campagnes auraient été financées par l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Et l’annulation de ces candidats fait grincer des dents certains de leurs partisans. On accuse l’armée d’avoir poussé Omar Souleiman, ancien chef des services secret et vice-président de Moubarak, à se présenter pour ensuite, lui refuser sa candidature en même temps que celle des islamistes. Un subterfuge pour ne pas être accusée d’écarter uniquement les candidats des islamistes.

Une manœuvre que Cherine estime tout à fait probable. L’armée ne veut pas s’encombrer d’un président islamiste. Car, en plus d’avoir annoncé sa candidature tardivement, Omar Souleimane possède un passif qui ne le rendait pas vraiment populaire. « Tout le monde a été très surpris de le voir se présenter. Personne n’allait voter pour lui, c’est évident », analyse-t-elle.

Voter, une drôle de sensation

Que ce soit Hassin, Cherine ou Khaled, je leur ai demandé ce que cela leur faisait de pouvoir voter. « C’est une sensation étrange », m’a confié Khaled, « c’est la première fois de ma vie, cela fait plaisir. » Un plaisir que ne cache pas non plus Cherine car « aujourd’hui, ma voix compte », dit-elle avec les yeux qui brillent.

A Marseille, le consul est très actif pour mobiliser sa communauté. Et avec 3 000 familles égyptiennes qui habitent la cité phocéenne, il y a du travail. Pour y arriver, le consulat s’appuie sur le tissu associatif et distribue également des affiches dans les commerces tenus par les Egyptiens de Marseille.

J’ai demandé à Khaled s’il y avait à Marseille un favori parmi les cinq candidats. « Il y a débat, j’ai rencontré un jeune qui était pour Hazem Ismaïl (salafiste retoqué par la commission électorale), moi je suis pour Amr Moussa. Chacun a son avis ». Selon lui, il n’y a pas de consensus.

Et les avis divergent aussi en Egypte. Comme il me l’explique, « Le problème, c’est que le pays n’a pas encore la culture de la démocratie. Les Egyptiens ont du mal à discuter, à comprendre les désaccords et accepter des avis différents. » Cherine déplore qu’il n’y ait aucun débat de fond.

Hassin pense qu’aucun candidat ne sera à la hauteur. Pour lui, c’est au peuple de relever la tête. « Il faut arrêter d’aller à Tahrir, arrêter de manifester et travailler, travailler toujours plus. » Car, dit-il : « Il faudra encore 3 ou 4 ans pour retrouver la stabilité. »

Deux favoris et deux styles pour construire l’Egypte du futur

Ce qui ressort des discussions et ce que l’on peut lire dans la presse laisse à penser que le prochain Président sera soit Amr Moussa, soit Abdel Fotouh.

Khaled Shokair, l’ancien animateur radio, voit en Amr Moussa un homme reconnu sur la scène internationale et consensuel. Cherine, qui regrette l’abandon de Mohammed El Baradei (Prix Nobel de la Paix) estime qu’Amr Moussa serait le « moins pire » car il est intelligent et n’a pas des positions trop marquées.

Concernant le second favori, Abdel Fotouh, elle est en revanche plus circonspecte. « C’est le candidat officieux des Frères Musulmans » estime-t-elle. « Il a toujours été ambigu quant à ses relations avec le mouvement. » Un avis que ne partage pas du tout Khaled.

Celui que ses partisans surnomment « l’Erdogan égyptien » tirerait l’Egypte vers le modèle turc m’explique-t-il : « Il est large d’esprit et représente un islam modéré. » Mais quoiqu’il arrive, la route est longue selon lui. « Je ne m’attends pas à voir de grands changements avant deux mandats. Le premier, dit-il, servira à stabiliser politiquement l’Etat plus qu’à relancer la croissance de l’Egypte. »

Si l’optimisme est de rigueur à quelques semaines des élections, des inquiétudes demeurent. Cherine a peur de voir un islamiste au pouvoir. « Est-ce que l’on va devenir un deuxième Iran ? » demande-t-elle.

Khaled, lui, voit d’avantage une menace à l’extérieur du pays. « Les pressions exercées par les USA d’une part, et celles exercées par le Qatar et l’Arabie Saoudite d’autre part, vont compliquer ces élections. Chacun veut imposer un modèle qui lui convient mais il faut laisser le peuple égyptien faire son pays. »

Crédits photo : Wikimedia Commons – Guillaume Paumier / World Economic Forum

Damien Isoard; agoravox

 

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Les Egyptiens pourront-ils bientôt faire l'amour à leurs femmes mortes ?

 

L’agence de presse Al-Arabya rapporte que l’Association égyptienne du Conseil National pour les femmes (NCW) a demandé au Parlement à majorité islamiste (Frères musulmans) de ne pas faire passer deux lois controversées. La première vise à légaliser le mariage de jeunes filles à partir de l’âge de 14 ans, et la seconde permettrait à un mari d’avoir des rapports sexuels avec sa femme décédée dans les 6 heures qui suivent le décès.

Le Docteur Mervat Al-Talawi, qui dirige le NCW, a adressé une lettre dans laquelle elle exhorte le parlement à éviter les projets de lois de nature à remettre en cause les droits des femmes à l’éducation et au travail en raison d’interprétations religieuses.

La polémique liée aux relations sexuelles après le décès est apparue lorsqu’un religieux marocain, Zamzami Abdul Bari, a évoqué cette question en mai 2011, affirmant que le mariage restait valide après la mort de l’un des partenaires, et précisant que les femmes aussi pouvaient avoir des relations sexuelles avec leur mari après le décès de celui-ci. Cette idée a ensuite fait son chemin en Egypte. paris-normandie


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 La Haute commission pour l'élection présidentielle annonce la liste définitive des candidats

 

Ils seront treize, les candidats à la course présidentielle égyptienne qui démarre le 23 mai. Ainsi en a décidé la Haute commission pour les élections présidentielles qui a annoncé la « liste définitive » des candidats. Une commission composée des présidents des principales cours égyptiennes - constitutionnelle, administrative, appel - et dont les décisions sont « blindées » contre toute contestation auprès d’une quelconque juridiction selon l’article 28 de la Constitution intérimaire.

 

La liste n’a réservée aucune surprise si ce n’est qu’elle a confirmé le retour en grâce du général Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre de l’ex président Hosni Moubarak. Exclu mardi 24 avril dans la soirée, il a été réintégré mercredi soir. Entretemps il avait fait appel de la décision de la Commission électorale devant la même Commission électorale. Les avocats de Chafiq ont soutenu que la loi qui a permis l’exclusion du général était anticonstitutionnelle parce que « à effet rétroactif ».

Dix candidats exclus

Le Conseil suprême des forces armées avait approuvé lundi une loi votée par le Parlement et qui privait de leurs droits politiques les hauts responsables du régime Moubarak au cours des dix dernières années : président, vice-président, premiers ministres et cadres supérieurs du parti du raïs déchu sont concernés.

La commission a estimé, à la majorité, que le doute était permis et elle l’a interprété en faveur d’Ahmad Chafiq. La commission a aussi envoyé la loi devant la Haute cour constitutionnelle pour avis. Le président de la Commission électorale a précisé que la réintégration du général Chafiq permettait d’éviter l’effondrement de tout le processus des présidentielles si la loi était jugée anticonstitutionnelle. La loi anti ex-régime votée à la hâte par le Parlement pourrait aussi affecter des hauts responsables toujours en place comme le grand imam de la mosquée d’al-Azhar. Le cheikh Ahmad al-Tayeb, considéré comme modéré, avait brièvement intégré le bureau politique du parti de Moubarak.

Dans sa conférence de presse, la Commission électorale s’est longuement étendue sur les raisons qui l’ont poussée à définitivement exclure dix candidats. L’explication la plus longue a concerné le cheikh salafiste Hazem Abou Ismaïl. Il a été exclu du fait de l’obtention par sa mère de la nationalité américaine alors que la loi précise que les parents du candidat doivent être égyptiens et rien qu’égyptiens.

Des explications qui n’ont toujours pas convaincus les enfants d’Abou Ismaïl qui continuent de manifester place Tahrir. La commission a aussi expliqué que Khairat al-Chate, candidat de la confrérie des Frères musulmans a été exclu pour ne pas avoir récupéré ses droits politiques après sa condamnation pour blanchiment d’argent sous Moubarak. « Le fait qu’il ait été gracié par l’armée ne lui restitue pas ses droits politiques avant le délai légal de six ans », a estimé la commission. Quant au général Omar Soliman, vice président d'Hosni Moubarak, il a été exclu pour un détail technique : il n’a pas réuni au moins mille signatures dans au moins quinze des 27 provinces d’Egypte.

Aboul Foutouh en tête

La liste définitive des candidats comprend trois islamistes, trois divers gauche et deux hauts responsables sous Moubarak. Selon un sondage publié ce mardi par le quotidien Al Masry al Youm Abdel Moneim Aboul Foutouh, exclu il y a un an de la confrérie des Frères musulmans, arrive en tête. Même s’il était considéré comme le libéral de la confrérie, le docteur Aboul Foutouh (il est médecin) a réitéré a plusieurs reprises son attachement aux Frères musulmans et à la charia. Il est talonné de près par Amr Moussa, ex-secrétaire général de la Ligue arabe et ancien ministre des Affaires étrangères. Un centriste qui aurait nettement profité du report de voix en cas d’exclusion du général Chafiq qui arrivait en troisième position des intentions de vote. Les deux hommes sont considérés comme pouvant tenir tête à l’islamisme conquérant.

Vient ensuite Hamdin Sabbahi, un opposant nationaliste à Hosni Moubarak qui pourrait s’allier à deux autres candidats de gauche, Aboul Ezz al-Hariri et Khaled Ali. La gauche, malgré la révolution du 25 janvier reste assez faible du fait de la dispersion des révolutionnaires dans une myriade de mouvements. Mohamed Morsi, candidat du parti Liberté et justice des Frères musulmans n’arrivait qu’en cinquième position dans le sondage. Mais Morsi pourrait toutefois remonter en flèche dans les sondages si les salafistes, qui ne se sont pas encore prononcés, décidaient de le soutenir. Reste qu’il traine un boulet au pied : son absence de charisme. Les jeunes anti-Frères musulmans l’ont d’ailleurs surnommé « roue de secours » et ont manifesté contre lui en brandissant des pneus. rfi.fr

 

 

 

 

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Égypte : Élections _ Constitution
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Sofia 15/05/2012 12:46

Hey mais le premier article j'ai l'ai déjà lu, c'est un article de News of Marseille ! D'ailleurs la semaine dernière, ils en ont sorti un nouveau : un article sur les attentats à la voiture
piégées qu'il y a eu au Caire à l'approche des élections ! Voici le lien de l'article : http://www.newsofmarseille.com/decryptage-d%E2%80%99une-transition-en-egypte/

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