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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 05:34

Un an après la chute de Moubarak, la révolution impossible

Dispersion de manifestants, le 16 décembre dernier, au Caire.Dispersion de manifestants, le 16 décembre dernier, au Caire. © Amr Dalsh/Reuters

 

Hégémonie persistante des militaires, raz-de-marée islamo-salafiste aux législatives, calendrier politique incertain... Pour les jeunes manifestants Égyptiens de la place Al-Tahrir, le premier anniversaire de la chute de Hosni Moubarak, le 11 février 2011, a un goût d'inachevé.


Il y a un an, les Égyptiens de la place Al-Tahrir réclamaient - et obtenaient au bout de dix-huit jours - le départ de Hosni Moubarak. Aujourd'hui, la place est toujours l'épicentre d'une contestation qui ne faiblit pas. La liesse du 11 février 2011, date de la démission du dictateur, a cédé la place à la colère et à la frustration, mais aussi à la lassitude et à la résignation. Car, de toutes les révolutions arabes, la révolution égyptienne est sans aucun doute la moins achevée.


En quelques mois, la Tunisie a réussi à se doter d'une Assemblée constituante, d'une majorité et d'une opposition parlementaires, et d'un président issu de l'ex-opposition. En Libye, malgré la violence et la confusion, le pouvoir a bel et bien changé de mains.

 

Mais en Égypte, la situation est au point mort. Les militaires, considérés à la chute de Moubarak comme les protecteurs du peuple, sont aujourd'hui les ennemis jurés des jeunes révolutionnaires.

 

Ces derniers mois, les affrontements entre les deux camps se sont intensifiés. Avec à chaque fois le même scénario : les forces de sécurité interviennent pour disperser un sit-in, avant que la situation ne dégénère rapidement en affrontements sanglants, avec son lot de morts et de blessés. Ce fut le cas le 9 octobre lors de la grande manifestation des Coptes, le 18 novembre place Al-Tahrir, mais aussi le 16 décembre devant les bureaux du Conseil des ministres.

 

Personne ne sait en revanche de quel côté se range la majorité silencieuse, celle qui suit les développements de la situation politique sur le petit écran. Si la plupart des Égyptiens, préoccupés par l'insécurité et le ralentissement de l'activité économique, appellent à un retour à la normale, ils sont nombreux à avoir été exaspérés par la pénurie d'essence et de gaz qui sévit dans le pays depuis plusieurs semaines, mais aussi et surtout par la réaction des autorités, qui, comme au temps de Moubarak, ont préféré nier l'existence de la crise plutôt que de l'affronter.

 

Chaos et victoire des islamistes


C'est dans ce contexte chaotique que le pays a vécu ses premières élections législatives libres, considérées comme historiques. Le processus électoral complexe, divisé en trois phases et organisé sur un mode de scrutin mixte, à la fois proportionnel et individuel à deux tours, aura été marqué par la victoire, écrasante, des islamistes. Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), organe politique de la confrérie des Frères musulmans, a ainsi raflé pas moins de 45 % des suffrages. Les salafistes du parti Al-Nour se sont assurés quant à eux près de 25 % des voix.

 

De leur côté, les libéraux, qui totalisent 18 % des suffrages, ont brillé par leurs divisions. « Nous avions plusieurs partis, des idéologies et des programmes économiques différents », explique le secrétaire général du Parti des Égyptiens libres, Rawi Camel Toueg. Sa formation, financée par le pharaon des télécoms, le milliardaire copte Naguib Sawiris, fait partie d'une coalition libérale qui a rassemblé près de 7 % des voix à elle seule. « Les forces libérales sont d'accord sur les libertés fondamentales et les principes directeurs qui doivent être inscrits dans la Constitution. Nous présenterons un front uni lorsqu'il s'agira de la rédiger », déclare sur un ton rassurant Rawi Camel Toueg.

 

Une économie dans le rouge

 

Interrogés en août 2011 par le centre d'analyse sociale et économique Gallup, 40 % des Égyptiens estimaient qu'il leur était « très difficile » de vivre avec leur revenu actuel, contre 22 % en octobre 2010. Une évolution qui s'explique par une inflation galopante (les prix des biens alimentaires ont augmenté de 13 % entre décembre 2010 et décembre 2011) et une progression du chômage, à 12 % durant le dernier trimestre de 2011 (contre 9 % à la même période en 2010).

 

Si les revenus du canal de Suez ont crû de 345 millions d'euros par rapport à 2010, le tourisme, lui, a vu ses recettes chuter d'un tiers : 6,6 milliards d'euros en 2011, contre 9,4 milliards en 2010. Pour donner un peu d'air à l'État, confronté à un déficit budgétaire de 18 milliards d'euros, le Fonds monétaire international (FMI) s'est dit favorable à un prêt de 2,4 milliards d'euros.


Mais la nouvelle Constitution se fait attendre. Car, aux termes de l'article 60 de la déclaration constitutionnelle adoptée unilatéralement le 31 mars 2011 par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), l'Assemblée du peuple et le Sénat - dont l'élection est en cours - devront élire ensemble une Constituante composée de cent membres chargés de rédiger la nouvelle Constitution du pays, qui sera ensuite soumise à référendum. Les négociations ne commenceront donc pas avant le 28 février, date de la session inaugurale du nouveau Sénat.

 

« Les militaires et les Frères musulmans sont d'accord pour ne pas changer les quatre premiers titres de la Constitution, tout ce qui concerne la charia source principale du droit, l'islam religion d'État et l'identité nationale, explique Tewfiq Aclimandos, chercheur au Collège de France. En revanche, ce qui va changer, ce sont les prérogatives du président et la nature du régime. On ne sait pas encore s'il va s'agir d'un régime présidentiel, parlementaire ou mixte. » Par ailleurs, personne ne peut dire si les partis islamistes, majoritaires au Parlement, permettront au courant libéral de participer à la rédaction de la Constitution. À cet égard, la déclaration constitutionnelle ne fixe aucune contrainte. « Contrairement à ce qu'ils affirment, les Frères pourraient tout à fait choisir d'ignorer les libéraux. Penser que les islamistes vont donner au pays une Constitution qui n'est pas islamique, c'est de l'optimisme mal placé », prévient, un brin amer, Raafat Fouda, professeur de droit constitutionnel à l'université du Caire. (...) Lire la suite

 

 

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L'armée dit qu'elle ne cèdera pas aux "menaces", évoque un "complot"

 

Le Conseil suprême des forces armées, au pouvoir en Egypte depuis la démission d'Hosni Moubarak il y a un an et très critiqué pour sa gestion de la transition, a affirmé vendredi qu'il ne céderait pas aux "menaces", en évoquant des "complots" contre l'Etat. ( © AFP Marco Longari)

 

Le Conseil suprême des forces armées, au pouvoir en Egypte depuis la chute de Hosni Moubarak il y a un an et très critiqué pour sa gestion de la transition, a affirmé vendredi qu'il ne céderait pas aux "menaces", en évoquant des "complots" contre l'Etat.

Ces déclarations interviennent alors que des militants ont lancé un appel à la "désobéissance civile" et à des grèves samedi pour marquer le premier anniversaire de la chute de l'ancien président.

M. Moubarak avait démissionné sous la pression de la rue le 11 février 2011, en remettant le pouvoir à l'armée.

"Nous affrontons ces jours-ci une étape qui est la plus difficile (...) depuis notre glorieuse révolution, et nous sommes à un tournant qui est le plus dangereux sur notre chemin vers la liberté, la démocratie et la justice sociale", a affirmé le Conseil suprême des forces armées (CSFA) dans un communiqué lu à la télévision publique.

"Nous vous disons franchement que notre chère Egypte fait face à des plans visant à frapper notre révolution au coeur" en provoquant "la dissension entre les enfants du peuple (...) et leurs forces armées", a-t-il ajouté.

"Nous faisons face à des complots contre la nation dont le but est de saper les institutions de l'Etat égyptien et de faire tomber l'Etat lui-même pour que le chaos règne, que la destruction prévale et que les ennemis de la nation soient satisfaits", a-t-il poursuivi, sans préciser qui étaient ces ennemis.

Mais "cela ne se réalisera pas", a-t-il assuré. "Jamais nous ne céderons à des menaces, nous ne céderons pas aux pressions, et nous n'accepterons pas les diktats", a affirmé le CSFA.

La junte militaire a répété qu'elle était déterminée à "remettre le pouvoir à un pouvoir civil élu".

"Nous avons tenu la première promesse et nous avons remis le pouvoir législatif à l'Assemblée du peuple au cours de sa première séance, après des élections qui se sont déroulées dans la liberté et l'intégrité", a-t-elle souligné.

"Le pouvoir présidentiel sera remis au président de la République après l'élection pour que se termine la période de transition, et votre fidèle armée retournera à sa mission originelle", a promis le CSFA.

L'élection présidentielle doit se tenir avant la fin juin. Mais de nombreux militants veulent que l'armée remette immédiatement le pouvoir aux civils.

Acclamés il y a un an, les militaires sont très critiqués depuis plusieurs mois pour leur gestion de la transition. Ils sont accusés de perpétuer l'ancien régime et de réprimer le mouvement pro-démocratie, ainsi que de chercher à préserver leurs privilèges et continuer à influencer la vie politique.

Des milliers d'Egyptiens ont manifesté vendredi près du ministère de la Défense pour réclamer la fin du pouvoir de l'armée.

Les militants ont aussi appelé à une journée de "désobéissance civile" et de grèves samedi, jour anniversaire de la chute de M. Moubarak.

Après ces appels, auxquels les Frères musulmans, grands vainqueurs des récentes élections législatives, se sont opposés, l'armée a annoncé qu'elle se déploierait à travers le pays pour assurer la sécurité.

La colère contre l'armée est montée d'un cran après la mort de 74 personnes dans des violences après un match de football à Port-Saïd (nord). Le drame a provoqué des manifestations à travers le pays, qui ont rapidement dégénéré en affrontements violents avec la police. Quinze personnes sont mortes dans les heurts au Caire et à Suez (nord-est).

source liberation

 

 

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Égypte : Place TAHRIR jan25
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