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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 06:04

 

 

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Nouvelles échauffourées à Athènes lors des manifestations

A la veille de la réunion de l'Eurogroupe pour éviter la faillite, les Grecs défilent dans la rue contre la rigueur.

"Nous avons honte de nos politiciens, et vous?" dit un panneau orange, "laissez-nous recréer la Grèce" ajoute un autre. (Kostas Tsironis - Sipa)

"Nous avons honte de nos politiciens, et vous?" dit un panneau orange, "laissez-nous recréer la Grèce" ajoute un autre. (Kostas Tsironis - Sipa)

La majorité des Grecs sont toujours attachés à "la perspective européenne" de leur pays, malgré les mesures d'austérité imposées par l'UE et le FMI, qui ont suscité de nouvelles manifestations dimanche 19 février à Athènes à la veille d'une réunion cruciale de la zone euro. 

Le Premier ministre Lucas Papademos s'est rendu dimanche soir à Bruxelles pour participer lundi à la réunion des ministres des Finances de la zone euro, qui devrait en principe avaliser le deuxième plan de sauvetage de la Grèce, vital pour le pays qui risque une faillite le mois prochain, a-t-on appris de sources européennes. Alors que les partenaires de la Grèce évoquent ouvertement une sortie du pays de l'euro, seuls 19,6% des Grecs interrogés dans un sondage publié dimanche par le journal Ethnos se sont prononcés pour le retour à la drachme, monnaie nationale du pays avant son adhésion à la zone euro en 2002.

Les trois-quarts (75,9%) s'affichent au contraire en faveur "de la perspective européenne" de leur pays et les deux-tiers (66,5%) souhaitent que le programme d'assainissement dicté par l'UE et le FMI réussisse. La publication de ce sondage intervient après une semaine de course contre la montre pour le gouvernement grec, qui, sous intense pression européenne, a finalisé de nouvelles mesures de rigueur dans le budget 2012, une des conditions préalables pour obtenir le déclenchement du deuxième plan de sauvetage.

Mesures drastiques

Ce plan comprend un prêt international de 130 milliards d'euros et un plan de restructuration et d'effacement de dette. Il est vital pour la Grèce, menacée de défaut de paiement le 20 mars, à l'échéance d'une obligation de 14,5 milliards d'euros. Mais les mesures drastiques de rigueur qui l'accompagnent ont suscité de nouvelles manifestations dimanche à Athènes devant le Parlement où environ 3.000 personnes ont participé à deux rassemblements différents, l'un en fin de matinée à l'appel des syndicats et le second dans l'après-midi organisé par la gauche radicale.

Un groupe de jeunes a jeté des pierres et des bouteilles en direction de policiers qui ont riposté en lançant des grenades lacrymogènes. De précédentes manifestations il y a une semaine avaient été marquées par des violences. Les banderoles critiquaient les coupes salariales, surtout la baisse de 22% du salaire minimum (740 euros actuellement), adoptées par le gouvernement de coalition réunissant la droite (Nouvelle-Démocratie) et les socialistes (Pasok). "Le consensus national est une combine, la pauvreté et la faim n'ont pas de nationalité" indiquait une banderole sous-titrée en anglais: "All of us we are Greeks, Merkel and Sarkozy are freaks" (nous sommes tous des Grecs, Sarkozy et Merkel sont des monstres).

"Boucs émissaires"

Mais alors que selon le sondage d'Ethnos huit personnes sur dix attribuent la responsabilité de la situation du pays "aux gouvernements grecs" et seulement 6,1% "aux Européens et au FMI", certains certains manifestants traduisaient une prise de conscience des changements jugés nécessaires pour le pays.

Ainsi Phevos Iliopoulos, consultant, dit que les mesures "ont un impact profond sur la façon dont fonctionne la société". Mais selon lui, "si les Grecs trouvent les moyens d'améliorer leur manière de travailler, alors il n'y a aucun doute qu'ils seront capables d'avancer et qu'ils tourneront cette page sombre de leur histoire."

Des propos qui font écho à ceux de la Commissaire européenne à la Justice Viviane Reding selon laquelle la Grèce devrait arrêter de chercher des "boucs émissaires" à l'étranger pour expliquer ses propres problèmes et travailler davantage pour reconstruire son Etat et se sortir de sa situation économique désastreuse. "J'ai bon espoir que (les ministres des Finances) parviennent à un accord sur le plan (de sauvetage). Mais assorti de certaines conditions. L'argent ne doit pas être déversé dans un puits sans fond," a dit la responsable européenne au journal autrichien Kurier.

«Dernier round pour l’accord»


Samedi, le conseil des ministres grec a approuvé des coupes supplémentaires dans les retraites principales et complémentaires pour combler un trou de 325 millions d'euros dans le budget de 2012, comme l'exigeait UE et FMI. Un projet de loi sur le sujet doit être débattu au parlement la semaine prochaine, les retraites principales supérieures à 1.300 euros par mois seront réduites de 12%.

"Il y a un optimisme dans la mesure où tout ce qu'on nous a réclamé a été fait et la troïka (UE-BCE-FMI) l'a approuvé", avait jugé samedi le porte-parole du gouvernement Pantélis Kapsis. Il a toutefois reconnu que "la discussion serait très difficile car il y a plusieurs avis". "Dernier round pour l'accord", avertissait de son côté dimanche le journal libéral Kathimérini.

 source nouvelobs
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 La crise, entre implosion et explosion

 

L’explication courante de la crise en zone euro ? La faute aux "mauvais élèves" méridionaux ! La faute à l’endettement public ! Cela ne tient pas route. Pire, ce type d’analyse, de signature européenne, conduit droit au mur. Il faut aller aux faits. Décodage.

C’est aussi la conséquence de l’analyse de la crise économique établie par les instances européennes. Pour elles, en poursuivant ses objectifs stratégiques de compétitivité, l’économie de l’Union est parfaitement saine. Seuls quelques points noirs récurrents sont à relever, comme l’endettement excessif de quelques États. La récession a mis en lumière leurs effets négatifs et donc la nécessité absolue de les régler au plus vite.

 

Ennemi public n°1 : la dette publique

Telle est donc l’analyse de la Commission européenne, début 2011 : "l’Union européenne reste une zone en bonne santé [même si], sa croissance économique a été faible lors de la dernière décennie". Las ! Il y a eu de mauvaises élèves : "Plusieurs États membres ont dévié des principes fondamentaux dans la bonne gestion d’une politique fiscale prudente et les déséquilibres macroéconomiques ont continué à s’approfondir." [1]

Il en a résulté tout au long de 2011 des procédures de plus en plus strictes et sévères imposées par l’Union, en particulier aux pays de la zone euro.

La Commission s’en explique : "La crise économique et financière a exacerbé la pression sur les finances publiques des États de l’Union européenne. Aujourd’hui, 23 des 27 pays [2] se retrouvent dans ce qui est appelé « la procédure de déficit excessif », un mécanisme établi dans les traités obligeant les pays à garder leur déficit budgétaire sous les 3% du PIB [3] et leur dette publique sous les 60% du PIB (ou, tout au moins, avoir une trajectoire suffisamment déclinante pour les atteindre). Les États membres [concernés] doivent impérativement suivre les recommandations et les échéances du Conseil européen pour corriger leur déficit excessif." [4]

Les dispositions prises dans ce cadre de correction budgétaire consistent actuellement en :

- une surveillance préalable sur les budgets nationaux par la Commission qui les approuve avant adoption par les pays membres ;

- une procédure de déficit excessif lancée automatiquement par la Commission dès que le déficit budgétaire dépasse les 3% du PIB autorisés, sauf s’il y a un vote à la majorité qualifiée pour annuler la décision [5] ;

- l’obligation pour le gouvernement "fautif" de prendre des mesures pour éponger le déficit, sous contrôle étroit de la Commission ;

- des sanctions financières en cas de refus ou de non-application des dispositions correctives par le dépôt d’un montant fixé à 0,2% du PIB, portant intérêt ; en cas de non-respect ultérieur, ces intérêts sont confisqués par l’Union ;

- la mise en place d’un système d’alerte en cas de déséquilibres macroéconomiques, fondé sur dix indicateurs (pouvant varier dans le temps).

Il est intéressant de noter que tous les sommets européens traitent depuis deux ans essentiellement de deux sujets : création d’outils permettant le financement ou le renouvellement des dettes pour les États en difficulté financière et renforcement des mesures du pacte de stabilité et de croissance, qui, comme son nom ne l’indique pas vraiment, n’a de yeux que pour la dette publique et le déficit budgétaire.

Pour la relance de l’emploi et le redémarrage économique - qui devrait être essentiel lors d’une crise -, les autorités européennes font une confiance aveugle à leur projet d’Europe 2020, qui ne fait que prolonger la stratégie de Lisbonne, dont l’échec est patent [6]. En outre, c’est une orientation axée uniquement sur la compétitivité. Il faudrait expliquer comment on peut sortir d’une crise en prenant des parts de marché (qui, par définition, ne peuvent jamais dépasser les 100%) sur les autres (qui sont aussi en crise).

Le problème majeur aux yeux des responsables européens est la dette publique, ou plutôt la dette devenue subitement "souveraine", comme pour dire qu’elle engage tous les citoyens du pays et qu’ils doivent tous y pallier. Mais en est-il bien ainsi ?

 

La valse des modèles européens

Une petite analyse rétrospective s’impose. Quelles sont la situation et l’évolution de ces deux paramètres que sont la dette publique et le déficit budgétaire pour les pays européens ? Et concentrons-nous sur les États qui connaissent le plus de difficultés actuellement, les PIIGS ou GIPSI, de la première lettre du nom (en anglais) des cinq nations visées : Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne.

Le graphique 1 porte sur le rapport entre la dette publique et le PIB. Selon les règles du pacte de stabilité et de croissance, déterminés à Maastricht en décembre 1991, ce ratio ne devrait pas être situé au-dessus des 60% du PIB (c’est-à-dire au-dessus de la ligne jaune).

Graphique 1. Evolution de la dette publique comparée au PIB des PIIGS et de la zone euro (12 pays) 1991-2013 (en %)

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Source : Calculs sur base d’AMECO, Dettes publiques brutes et PIB à prix courants : http://ec.europa.eu/economy_finance....

 

Note : Les chiffres de 2011 à 2013 sont des prévisions.

En réalité, pour trois pays de la zone euro, ce critère n’a jamais été respecté : la Grèce, l’Italie et la Belgique. Au moment d’entrer dans la monnaie unique (1999-2001), les autorités européennes ont admis le trio à condition qu’il dégage de façon régulière des excédents budgétaires pour réduire progressivement leur endettement. Le gouvernement belge a obtempéré et a diminué son ratio de 135 à 84% entre 1993 et 2007. Mais, comme le montre le graphique, les dirigeants italiens et grecs n’ont pas été aussi assidus. Athènes a même engagé la banque d’affaires américaine Goldman Sachs pour présenter des comptes conformes aux dispositions formelles des traités européens, mais truqués.

Néanmoins, les trois autres États dans la tourmente sont restés globalement dans les normes. Le Portugal n’excède qu’à partir de 2005. Quant à Madrid et Dublin, ce sont des modèles de vertu : 25% pour l’Irlande et 36% pour l’Espagne en 2007. Franchement, rien à voir avec des gouvernements déviants ayant des problèmes structurels d’endettement public avant la crise et que la récession aurait aggravé.

Le constat est identique pour le rapport entre déficit budgétaire et PIB, présenté par le graphique 2. Nous avons placé une ligne grise en pointillé pour indiquer le seuil des 3% de déficit à ne pas dépasser normalement.

Graphique 2. Evolution du déficit budgétaire par rapport au PIB pour les PIIGS et la zone euro (12 pays) 1995-2013 (en %)

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Source : Calculs sur base d’AMECO, Recettes et dépenses publiques et PIB à prix courants : http://ec.europa.eu/economy_finance....

 

Note : Les chiffres de 2011 à 2013 sont des prévisions.

Ici, il n’y a qu’un gouvernement de façon permanente en "faute" : celui d’Athènes. Certes, Rome devait engendrer des excédents ; il flirte généralement avec le seuil des 3% de déficit budgétaire. Lisbonne est aussi un adepte de la position de l’équilibriste, étant généralement un peu au-dessus de la norme. C’est très limite, mais pas fautif.

En revanche, les deux autres États méritent à nouveau d’être cités en exemple. L’Irlande est quasiment excédentaire depuis 1996, avec une pointe en 2000 et un solde positif équivalent à 4,75%. C’est presque aussi bon pour l’Espagne qui, depuis 2000, est proche de l’équilibre et même excédentaire en 2006 avec 2,4% du PIB.

En conclusion, sur les cinq pays concernés, seule la Grèce est véritablement critiquable sur la base des critères eux-mêmes contestables de Maastricht. L’Italie et le Portugal sont au niveau de la moyenne des autres États membres de la zone euro. Madrid et Dublin constituent même des modèles. Ce sont eux d’ailleurs qui créent le plus d’emploi, ont la croissance économique la plus élevée et la plus dynamique de l’Union. Quand on demandait aux responsables européens ce que devait constituer l’avenir de l’Europe, ils pouvaient répondre avec fierté : "Allez voir le tigre celtique ou le lion ibérique". L’affirmation comme quoi la crise a révélé les problèmes structurels d’endettement public de certains États membres n’a de fondement que dans le cas de la Grèce. Mais, d’un seul pays, peut-on tirer un bilan d’ensemble ?

Les graphiques soulignent un autre phénomène, que les responsables européens négligent systématiquement : la rapidité de la dégradation née de la crise. A partir de 2008, les situations de l’Irlande et de l’Espagne deviennent rapidement catastrophiques. Leur dette publique grimpe de façon vertigineuse, dépassant rapidement les normes européennes. Leur déficit budgétaire s’approfondit à un niveau exceptionnel. La question devrait être dès lors : comment des pays qui respectaient le mieux les critères ont pu se transformer en ceux qui, pratiquement, s’en écartent le plus, dès que la crise arrive ?

 

La dette, bien public ou privé ?

Les autorités européennes stigmatisent les gouvernements grecs et italiens, car ils représentent les cas les plus proches de ce qu’ils veulent faire passer : une stratégie saine et bénéfique, celle de la compétitivité, et des pays "gredins" qui n’ont jamais respecté ces critères et qui sont donc punis par les marchés financiers. Mais intéressons-nous aux autres cas, qui en sont la réplique directement inverse : des États qui correspondaient le mieux à cette politique, qui engrangeaient les succès et, puis, qui sont précipités à une allure vertigineuse dans le précipice.

Dans un premier temps, nous avons repris l’évolution de la dette privée des ménages des principaux pays européens. Cela nous donne le graphique 3, en rapportant le crédit obtenu au PIB pour permettre d’en discerner la hausse ou la baisse relative.

Graphique 3. Evolution de la dette des ménages par rapport au PIB des pays européens 1995-2010 (en %)

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Source : Calculs sur base d’Eurostat, Compte des secteurs, Ménages, Crédit financiers engagés : http://appsso.eurostat.ec.europa.eu....

 

Note : Les données de l’Irlande et du Royaume Uni sont non consolidées. Les autres le sont. Les données ne commencent qu’en 1995 et en 2001 pour l’Irlande.

On observe une progression quasi constante pour tous les pays, sauf pour l’Allemagne où l’endettement privé a tendance à diminuer à partir de 2000. En réalité, outre-Rhin, les emprunts engagés par les particuliers restent aux environs de 1.500 milliards d’euros à partir de cette date.

En revanche, la dette des Pays-Bas et de la Grande-Bretagne, qui se trouvent à hauteur de l’Allemagne en 1995, ne cesse de grimper depuis lors pour dépasser les 100% du PIB. Mais ce qui est symptomatique est la vitesse à laquelle les crédits aux familles (dans lesquels dominent généralement les prêts hypothécaires) augmentent au Portugal, en Espagne, en Grèce et en Irlande (même si nous ne pouvons pas remonter avant 2001).

Nous avons repris ces données à trois dates clés : 1995, 2001 et 2010 pour les principaux pays de la zone euro. Nous en avons tiré le tableau 1.

Tableau 1. Evolution de la dette des ménages par rapport au PIB des pays européens 1995, 2001 et 2010 (en %)

  1995 2001 2010 Hausse 2001-2010
Zone euro (17 pays) 41,7 49,0 63,3 14,3
Belgique 36,4 38,0 53,1 15,1
Allemagne 61,2 72,4 61,6 -10,8
France 35,2 36,0 55,1 19,2
Italie 18,6 24,8 45,0 20,2
Autriche 41,9 47,4 56,8 9,4
Pays-Bas 58,9 89,7 127,1 37,4
Royaume-Uni 64,3 74,9 99,2 24,3
Irlande   49,6 118,9 69,3
Grèce 5,7 17,0 60,7 43,7
Espagne 32,2 48,1 85,7 37,6
Portugal 26,1 63,1 95,4 32,3

Source : Voir graphique précédent.
Note : La hausse est la différence entre le pourcentage de 2010 et celui de 2001.

On voit que la hausse perceptible à la fin des années 90 s’accélère au siècle suivant. En ne reprenant que cette dernière décennie, on constate que la croissance est particulièrement forte pour l’Irlande, la Grèce, l’Espagne, les Pays-Bas et le Portugal. En quinze ans, la dette grecque est plus que décuplée par rapport au PIB. Les pays du sud qui avaient une dette faible se retrouvent avec une dette privée assez importante.

On peut remarquer un développement parallèle en ce qui concerne l’endettement des entreprises non financières [7]. Nous avons repris l’évolution de ces crédits rapportés au PIB pour les PIIGS ainsi que, pour permettre la comparaison, celle de l’Allemagne et de la zone euro (17 pays).

Graphique 4. Évolution de la dette des entreprises non financières par rapport au PIB des pays européens 1995-2010 (en %)

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Source : Calculs sur base d’Eurostat, Compte des secteurs, Sociétés non financières, Crédit financiers engagés :http://appsso.eurostat.ec.europa.eu....

 

Note : Les données de l’Irlande sont non consolidées. Les autres le sont. Les données ne commencent qu’en 2001 pour l’Irlande.

Notons une progression particulièrement importante de ces prêts aux entreprises pour tous les pays (et donc pour la zone euro), sauf pour l’Allemagne. De nouveau, depuis 2000, les emprunts des firmes outre-Rhin restent constants à près de 1.100 milliards d’euros.

Les mêmes données pour les PIIGS explosent. Il n’est pas inintéressant de voir que les crédits aux firmes sont, en fin de période, au-dessus de la moyenne de la zone euro pour l’Irlande, l’Espagne, le Portugal et l’Italie, alors qu’en général ils étaient en dessous en 1995. Même, pour la Grèce qui part d’un niveau relativement peu élevé, la progression est forte.

Pour résumer, nous avons établi les taux de croissance annuels moyens des différentes dettes (celles des ménages, des entreprises et des pouvoirs publics) dans la période précédant la crise, soit entre 2001 et 2008. On obtient ainsi le tableau 2.

Tableau 2. Comparaison de la hausse annuelle moyenne de la dette des ménages et de la dette publique dans les pays européens entre 2001 et 2008 (en %)

  Ménages Firmes Etat
Zone euro 17 6,9 6,9 4,3
Belgique 8,1 6,2 1,6
Allemagne 0,0 0,6 4,1
Irlande 19,4 14,8 9,8
Grèce 25,4 10,6 8,2
Espagne 15,8 17,0 2,1
France 8,8 6,5 6,4
Italie 10,8 7,6 3,0
Pays-Bas 8,4 3,5 6,3
Autriche 6,2 4,1 3,4
Portugal 9,4 4,8 8,7
Slovénie 15,5 17,7 4,4
Slovaquie 41,9 18,2 6,9
Finlande 12,0 9,3 0,9
Royaume-Uni 3,1 4,6 3,8
Zone euro sans Allemagne 10,9 8,9 4,4

Source : Voir graphique précédent.

Pour presque tous les pays européens, la progression de l’endettement privé, que ce soit celui des ménages ou des entreprises, est beaucoup plus rapide que celui de l’Etat. La seule exception notable est celle de l’Allemagne, où la dette privée ne croît quasiment pas en termes absolus, alors que les emprunts des pouvoirs publics augmentent de plus de 4% par an en moyenne. Notons aussi qu’aux Pays-Bas, la dette publique grimpe plus vite que celle des firmes et, pour la Grande-Bretagne, que celle des particuliers.

Mais, s’il fallait s’en prendre à des gouvernements qui ont laissé filer leurs finances publiques, on pourrait sans doute épingler l’Irlande, le Portugal et la Grèce, tout en rappelant que le crédit privé a crû encore plus rapidement. On pourrait sans doute joindre la Slovaquie, la France et les Pays-Bas, à qui on ne reproche encore rien aujourd’hui. Mais aussi l’Allemagne dont l’envolée des emprunts publics dépasse nettement celle de deux États mis au rancart par la crise, l’Espagne et l’Italie.

Nous avons ajouté une ligne sur les statistiques de la zone euro, en ôtant l’Allemagne. Les différences sont encore plus notoires. La dette publique croîtrait à peu près au même rythme que la zone à 17 pays. Par contre, les prêts aux entreprises augmenteraient de 8,9% par an, soit deux fois plus vite que ceux accordés aux pouvoirs publics. Et les crédits aux ménages grimperaient de 10,9% par an en moyenne.

Tout cela mène à plusieurs conclusions. D’abord, la dette privée a connu un essor infiniment plus intense que l’endettement public, sauf pour l’Allemagne. Alors, pourquoi mettre en exergue le dérapage public et pas celui du privé ? Seul Berlin présente des comptes inversés : arrêt des prêts au privé, mais croissance continue de ceux accordés aux pouvoirs publics. Comment peut-on raconter que le gouvernement allemand a été économe en matière de finances publiques ? Ce constat prouve d’ailleurs que le problème de la dégradation des comptes provient de l’emballement de la dette privée et non pas de celui de la dette publique.

De cette manière, les responsables européens se trompent complètement de cible, lorsqu’ils pointent l’endettement de l’Etat comme étant problématique. D’ailleurs, l’emprunt des autorités américaines et japonaises excède largement ceux des États européens : environ 100% du PIB pour les États-Unis et 210% pour l’archipel nippon. Cela ne les empêche pas de bénéficier de taux d’intérêt relativement faibles. Les critères du traité de Maastricht et du pacte de stabilité et de croissance ont et conservent un degré d’arbitraire et d’absurdité dont il serait bon de se dégager. Lire la suite (...)

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