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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 13:23

DUBAI, Emirats arabes unis (AP) — En Iran, à Bahreïn, au Yémen, dans tout le monde arabo-musulman retentissent désormais les échos du soulèvement égyptien qui a poussé Hosni Moubarak à la démission. Mais si le ras-le-bol et l'envie de démocratie sont les mêmes, les situations, objectifs et aspirations dans ces trois pays sont différents. En attentant le tour de l'Algérie...

Lundi, sous prétexte de fêter la chute du "raïs" égyptien, l'opposition écrasée et réprimée d'Iran est redescendue dans les rues pour des affrontements avec les forces de sécurité du régime des mollahs. Dans la relative richesse du royaume de Bahreïn, les manifestants ont réclamé plus de liberté et des réformes. Au Yémen, plus pauvre des pays du monde arabe, les protestataires appelaient au départ de leur président, aux commandes depuis plus de 30 ans.

"Chaque endroit interprétera les conséquences de l'Egypte à sa manière et dans son propre contexte", souligne Mustafa Alani, analyste au Centre de recherches du Golfe à Dubaï.

Pour l'opposition iranienne, qui n'avait pas manifesté depuis plus d'un an, il s'agit de réaffirmer sa présence. Les affrontements entre dizaines de milliers de manifestants et forces de l'ordre, les nuages des gaz lacrymogènes et le chaos dans les rues de Téhéran étaient comme des réminiscences de la vague "verte" qui avait contesté pendant des mois la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009 avant d'être réprimée dans le sang.

"Mort au dictateur", pouvait-on entendre crier dans les rues de Téhéran lundi, à l'encontre d'Ahmadinejad. D'autres s'en sont pris au tout-puissant Guide suprême et véritable pierre angulaire du régime des mollahs, l'Ayatollah Ali Khamenei, associé dans les slogans aux autocrates récemment chassés du pouvoir en Tunisie et Egypte: "Ben Ali, Moubarak, c'est le tour de Sayyed Ali", scandaient les manifestants, en référence au titre religieux de Khamenei.

Pour les chefs de l'opposition iranienne, Mir Hossein Mousavi et Mahdi Karroubi, assignés à résidence pour les empêcher de participer à la manifestation, toutes les révoltes en cours dans la région ont le même objectif, "mettre fin à l'oppression des dirigeants".

Au Yémen, il s'agit d'accélérer le départ d'Ali Abdallah Saleh, président du pays réunifié depuis 1990, mais qui était déjà à la tête du Yémen du Nord depuis 1978. Acculé, Saleh a déjà fait d'importantes concessions: il a promis qu'il ne se représenterait pas en 2013 et a renoncé à imposer son fils comme successeur.

Les appels des manifestants y reflètent donc ceux de leurs prédécesseurs tunisiens et égyptiens contre des autocrates s'éternisant au pouvoir: "Le peuple veut la fin du régime".

Et comme en Egypte pendant 18 jours, les Yéménites manifestent depuis cinq jours non-stop, cherchant à prendre le contrôle d'une autre place Tahrir ('Libération'), au centre de la capitale Sanaa, et se disant prêts à continuer jusqu'à la chute de Saleh. Au risque de voir leur révolte réprimée dans le sang, sur fond de rivalités tribales dans un pays devenu en outre bastion d'Al-Qaïda, et où la présence militaire américaine se fait de plus en plus sentir.

Plus au nord, sur les rives du Golfe, la petite nation insulaire de Bahreïn ne réclame pas le renversement de la monarchie. Mais l'opposition réclame plus de libertés politiques et des réformes, aspirant à ce que le pouvoir décisionnaire passe au Parlement et que la famille royale cesse d'avoir la haute main sur les portefeuilles ministériels de premier plan. Y existe également un facteur religieux, facteur de division: la dynastie régnante est en effet sunnite, tandis que la majorité (70de la population est chiite et se plaint de discrimination.

D'autres manifestations s'annoncent pour les prochains jours, principalement en Algérie où la Coordination nationale pour le changement démocratique (CNCD), née après les émeutes de début janvier, organise une nouvelle "marche pacifique" le samedi 19 février à Alger, prolongation de celle du 12 bloquée par les forces de sécurité. Elle réclame, au-delà de la personne d'Abdelaziz Bouteflika, président depuis 12 ans, la fin du "système", le régime politique algérien.

"Nous vivons une sorte de moment démocratique panarabe", estime Shadi Hamid, directeur de recherche du Centre Brookings de Doha, au Qatar. "Pour les mouvements d'opposition, la question du jour est un peu: 'si pas maintenant, quand?'". "Les oppositions arabes utilisent le modèle égyptien comme message disant que tout est possible. Puis ils l'interprètent dans leur contexte local".

Alors que le vent de révolte touche pour la première fois le Golfe, la répression des manifestations a été violente à Bahreïn, où au moins un manifestant, blessé à la tête, est mort, et 25 autres ont été blessés.

Le minuscule Bahreïn est le plus volatile des pays du Golfe, déjà en proie l'année dernière à des émeutes et batailles de rue dans les secteurs chiites, déclenchées par la répression contre des dissidents et blogueurs.

"Les Arabes, inspirés par l'Egypte, ont pris confiance et ont la certitude maintenant que leur voix doit être entendue et respectée", estime James Zogby, président de l'Arab American Institute, dans les colonnes d'un journal d'Abou Dhabi. "Cela va compliquer la vie des responsables politiques, occidentaux et arabes".

Et notamment de Washington: Bahreïn héberge la Vème Flotte de la marine américaine, l'un des principaux contrepoids du Pentagone aux efforts de Téhéran pour étendre son influence dans le Golfe. Quant au Yémen, les Etats-Unis y assurent depuis ces dernières années la formation des unités antiterroristes locales pour contrer Al-Qaïda dans la péninsule arabique, et renforce actuellement considérablement son assistance.

"Ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte a terrifié les dirigeants arabes pro-occidentaux", estime Fawaz Gerges, professeur spécialiste du Proche-Orient à la London School of Economics.

"L'une des leçons des troubles actuels que les Etats-Unis vont tirer est que le statu quo n'est plus tenable. Il y a des failles énormes dans le mur autoritaire arabe. C'est la fin d'une ère, et les Etats-Unis doivent faire des choix très difficiles", juge-t-il. AP

 

Lien : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110215.FAP5074/iran-bahrein-yemen-les-echos-de-la-revolution-egyptienne-dans-la-region.html

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Yémen
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