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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 05:42

Israël confronté aux provocations des ultra-religieux juifs

Le port de l'étoile jaune par des ultra-orthodoxes lors d'une manifestation a choqué la société israélienne où la question de la religion cristallise les tensions.


Des juifs ultra-orthodoxes déguisés en prisonniers portant l'étoile jaune, le 31 décembre 2011 à Jérusalem (Baz Ratner/Reuters)

Un nouveau pas a été franchi samedi soir dans la confrontation entre la communauté juive ultra-orthodoxe et le reste de la société israélienne lorsque des manifestants sont descendus dans la rue à Jérusalem en arborant l'étoile jaune, le symbole des discriminations contre les juifs par les nazis.

Cette référence à l'holocauste des juifs pendant la seconde guerre mondiale pour signifier à l'Israël laïque la colère des ultra-orthodoxes a provoqué des réactions de choc et d'incrédulité de la part des leaders politiques de tous bords.

Tzipi Livni, la dirigeante du parti d'opposition Kadima a ainsi qualifié ces étoiles jaunes sur la poitrine d'enfants déguisés en prisonniers au costume rayé d'« affront grossier au souvenir de l'holocauste ». Pour Ehud Barak, le ministre de la défense, « c'est bouleversant et terrifiant ».


Enfants ultra-orthodoxes portant l'étoile jaune (Via Haaretz)

Ils n'étaient pourtant qu'un millier à s'être rassemblés samedi soir sur la « place du shabbat », dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim, à Jérusalem ouest, où vivent des dizaines de milliers de Haredim(littéralement, « ceux qui craignent Dieu »), la frange la plus religieuse de la population israélienne.

Mais cette manifestation et les outrances auxquelles elle a donné lieu n'est que le point culminant d'une confrontation croissante entre les Haredim et la société laïque, en particulier dans cette ville charnière qu'est Jérusalem, où la cohabitation entre deux visions du monde est la plus explosive. Les Haredim représentent quelque 20% de la population de la ville, deux fois plus qu'à l'échelle du pays.

Les Harédim et les femmes

Le conflit fait rage depuis plusieurs semaines, depuis que des Haredim ont commencé à s'en prendre aux femmes dans la rue, vêtues de manière trop « légère » de leur point de vue.

Une femme et une fillette sont devenues les symboles involontaires de cette crise ouverte qui place les Israéliens face à la question, jamais résolue, de l'identité de leur société.

Naama Mergolis a huit ans, et habite Beit Shemesh, une ville située entre Tel Aviv, la métropole de « perdition » au bord de la mer, et Jérusalem, la capitale trois fois sainte. A Beit Shemesh, les ultra-orthodoxes sont entrés en campagne contre l'école pour filles fréquentée par Naama, pourtant une école liée au courant sioniste religieux, mais trop « laxiste » à leurs yeux.

Des ultra-orthodoxes s'en sont pris de manière violente à des femmes aux abords de l'école, semant la terreur parmi les enfants. Lorsque Naama Mergolis a témoigné dans les médias israéliens sur « des gens méchants qui m'attendent dehors et veulent me faire du mal », les Israéliens ont été bouleversés, s'agissant d'hommes qui se réclament de la religion.

Tanya Rosenblit, 28 ans, est l'autre symbole de cette crise. A la mi-décembre, elle a pris place dans un bus entre Ashdod, dans le sud-ouest du pays, et Jérusalem, fréquenté par des ultra-orthodoxes. Ces derniers ont tenté d'imposer que les femmes montent à bord du bus par une entrée différente de celle des hommes, et s'assoient au fond du véhicule.

La jeune femme a refusé, et s'est installée derrière le chauffeur, provoquant des réactions de colère des ultra-orthodoxes et l'intervention de la police. Là encore, les Israéliens ont redécouvert le visage de l'intolérance sous des habits religieux.

Tanya Rosenblit a été comparée à Rosa Parks, la femme noire qui, en 1955, avait délibérément choisi de s'asseoir dans l'espace réservé aux Blancs dans un bus de Montgomery, dans le sud des Etats-Unis, à l'époque de la ségrégation raciale.

Mais la différence est qu'en Israël, ceux qui veulent pratiquer cette discrimination vis-à-vis des femmes, ont eux-mêmes, par une vision déformée de la société, le sentiment d'être les victimes de discriminations. D'où l'étoile jaune de la manifestation de samedi soir, symbole de la manière dont étaient traités les juifs par les nazis.

Le compromis historique des débuts de l'Etat

Israël s'est créé en 1948 par un compromis historique entre des pères fondateurs issus du sionisme de gauche laïque, comme David Ben Gourion, travailliste et pas pratiquant, et le courant religieux du judaïsme. Il est en résulté un équilibre fragile, qui fait d'Israël une société sans séparation entre la synagogue et l'Etat, avec des lois dont certaines sont héritées de l'époque ottomane.

Dans un livre publié en 1992, « Religion et Etat en Israël » (L'Harmattan), Doris Bensimon décrivait ainsi parfaitement cette dualité :

« Les fondateurs de cet Etat l'ont créé selon une vision laïque, préconisant la renaissance économique, sociale et culturelle du peuple juif. A cette conception, s'oppose, dès la fin du XIXe siècle, celle des milieux religieux désireux de créer, en pays d'Israël, une société juive qui pratiquerait les commandements de la Torah - de la Bible.

Les conflits qui ponctuent ces conceptions contradictoires de l'Etat des juifs constituent l'une des tensions majeures de la société israélienne. »

Vingt ans plus tard, cette analyse reste parfaitement valable. Ce qui a changé c'est l'intensité de ces tensions, et le poids des religieux dans la société qui n'a cessé de croître, ne serait-ce qu'en raison d'une démographie bien plus élevée.

L'absence de consensus au sein de la société sur la manière de traiter ce dossier a fait que, pendant soixante ans, Israël a vécu sur cette ambiguité et cet équilibre des débuts. Cela semble de moins en moins aisé.

« Les murailles du ghetto »

Le problème est d'autant plus explosif que la minorité la plus extrémiste des ultra-orthodoxes, bardée de la certitude d'incarner la volonté divine, n'hésite pas à braver la loi des hommes, à l'image de l'assassin de Yitzhak Rabin en 1995, ou, plus modestement, de ceux qui ont voulu imposer leurs règles au sein d'un bus de la compagnie Egged.

Les manifestants de samedi soir voulaient ainsi exprimer leur soutien à Shmuel Weissfish, un jeune ultra-orthdoxe qui doit commencer à purger, ce dimanche, une peine de deux ans de prison pour avoir détruit un magasin d'ordinateurs et agressé son patron, au nom d'un groupe d'activistes religieux qui veut chasser des quartiers Haredim les magasins « inappropriés ».

Nahoum Barnéa, l'éditorialiste vedette du Yédiot Aharonot, principal quotidien du pays, a commenté dimanche, après la manifestation à l'étoile jaune :

« Nous devons réagir à cette grossière provocation en perçant les murailles du ghetto qui enferment les Haredim par l'éducation et la formation. »

C'est une ambition à long terme, sur laquelle les Israéliens auront du mal à se mettre d'accord. Ce qui signifie qu'ils vont devoir vivre encore longtemps avec ces tensions entre deux visions d'Israël, deux visions du monde

source rue89

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Les ultra-orthodoxes radicalisés peuvent-ils vaciller la société israélienne ?

La société israélienne a été choquée par l’agression d’une fillette de huit ans par des ultra- orthodoxes. Les violences seraient pourtant plus le fait d’une minorité radicalisée que d’une majorité ultra religieuse qui composerait de plus en plus avec la société sioniste.

 
On remarque malgré tout des attitudes rigoristes dans tout le pays comme des bus ou des trottoirs réservés aux hommes ou aux femmes. En Israël, il existe toujours des différences traditionnelles entre les hommes et les femmes, sans qu’il s’agisse d’une inégalité. Au sein des ultra-orthodoxes, la coutume veut que l’homme se consacre à plein temps à l’étude et la femme au foyer et à l’éducation. 

Malgré les bourses qui leurs sont attribuées, cette population est plutôt dans la frange pauvre de la société israélienne. Nécessité faisant force de loi, un certain nombre de rabbins orthodoxes acceptent le travail des femmes. Reste une frange d’irréductibles qui rejette toute forme d’évolution. 

Le pouvoir semble avoir des difficultés à contrôler les éléments les plus radicaux de la population orthodoxe. Comment réagit le reste des Israéliens ? 

Les ultra-orthodoxes manifestent régulièrement pour des raisons récurrentes. Lors de projets de constructions sur d’anciens cimetières par exemple. Ils s’opposent ainsi régulièrement aux sites archéologiques. Mais malgré ces mouvements, nous n’avons encore jamais vu d’intifada des ultra-orthodoxes malgré un fantasme régulièrement évoqué dans les médias. C’est un souci qui découle directement de cette fraction radicalisée qui échappe effectivement à toute forme de contrôle. Ils rejettent d’ailleurs toute forme d’Etat : ils n’acceptent pas les allocations, les logements sociaux ou même les cartes téléphoniques de la compagnie nationale. 

La majorité du monde ultra-orthodoxe, même si elle est opposée à l’idéologie sioniste, a appris à composer avec l’Etat et ses institutions. Les laïcs estiment d’ailleurs qu’elle l’a trop bien fait : grâce à un système de représentation à la proportionnelle quasi intégrale, les partis ultra religieux détiennent à la Knesset [NDLR : le Parlement israélien] le nombre de sièges nécessaire pour être l’appoint indispensable à toute coalition gouvernementale. C’est le cas aussi bien à droite qu’à gauche qui doivent composer avec les pressions exercées sur certains sujets par les ultra orthodoxes. 

Propos recueillis par Romain Mielca

source harissa.

 

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Israël La révolte contre les hommes en noir


Face aux pressions croissantes exercées par les juifs ultraorthodoxes sur les femmes dans l’espace public, la société civile se mobilise.

Certains l’appellent déjà la «Rosa Parks» israélienne, du nom de cette femme noire qui avait lancé le mouvement des droits civiques dans le Sud raciste des Etats-Unis. En 1955, elle s’était assise dignement au premier rang d’un bus, alors que les Noirs n’avaient droit qu’aux sièges du fond.

Dans son petit appartement sans chauffage d’un immeuble triste de la banlieue de Jérusalem, Yocheved Horowitz, une ultraorthodoxe de 51 ans,reçoit en gardant son anorak. Très religieuse, fille et petite-fille de rabbins (dont les portraits ornent le mur), les cheveux cachés sous une perruque, elle n’a que des livres d’études juives sur les étagères d’une pièce vide. Ni journal ni télé. Dans son milieu, cette mère de six enfants à l’allure paisible est une vraie révolutionnaire. Il y a quelques semaines, elle a osé prendre place à l’avant du bus municipal où les Haredim («Ceux qui craignent Dieu», ultraorthodoxes) ont imposé une ségrégation sexuelle sur certaines lignes qui traversent leurs quartiers : les hommes à l’avant, les femmes à l’arrière. Une ségrégation jugée illégale par la Cour suprême, laquelle est toutefois restée ambiguë sur le sujet : la séparation reste tolérée si tout le monde est d’accord…

 

Insultes et crachats

Yocheved Horowitz, mariée par ses parents à 17 ans, séparée d’un premier mari violent - «c’était très difficile de divorcer, je faisais honte à ma famille», dit-elle - puis remariée à un homme également très orthodoxe, défend le judaïsme : «La place de la femme dans la religion est magnifique, dit-elle. Mais ces groupes hassidiques, ces sectes, interprètent des commentaires du Talmud pour utiliser de façon manipulatrice ce qu’ont dit la Torah et les Sages. Ces gens expliquent que le sexe féminin n’a pas de valeur, qu’il doit être mis à l’écart, que la femme bonne, celle qui craint Dieu, fait tout ce que veut le mari. Il a tout le pouvoir. Et les femmes religieuses, qui ne sont pas éduquées, le croient et l’acceptent.»

Yocheved Horowitz raconte sa première expérience à bord du bus numéro 3 : «Je suis montée, je ne savais pas que c’était un bus "casher". J’aime les sièges isolés. Je me suis assise derrière le conducteur. Deux hommes ont commencé à m’insulter, des femmes sont venues me dire de me mettre à l’arrière. Je n’ai pas bougé, mais je tremblais. C’est normal, pour nous, que les hommes et les femmes ne soient pas assis à côté. Mais pourquoi les hommes ont-ils décidé que l’avant leur était réservé et que les femmes devaient être à l’arrière?»

Elle cite les textes du Talmud et de la Torah pour rappeler que la loi juive, la Halakha, interdit d’humilier les femmes. Depuis lors, elle continue son combat contre la ségrégation. «J’ai reçu de nombreux messages encourageants d’orthodoxes de ma communauté, et mon mari me soutient, grâce à Dieu !Nous ne pouvons pas utiliser la violence, c’est péché.»

Les menaces des «hommes en noir» - le surnom des ultraorthodoxes toujours habillés de redingotes et chapeaux sombres -, qui veulent exclure les femmes de l’espace public, sont devenues en une semaine un sujet d’inquiétude nationale en Israël. D’autant qu’il y a aussi le cas de Tanya Rosenblit, une étudiante moderne et non religieuse qui, par hasard, est montée dans un bus rempli d’ultraorthodoxes entre Ashdod et Jérusalem. Quand ils lui ont demandé d’aller s’asseoir avec les femmes à l’arrière, elle a refusé, et s’est fait alors traiter de «pute non juive». Le chauffeur a dû s’arrêter et appeler la police. Enfin, les larmes, le 23 décembre à la télévision, de la petite Na’ama Margolese, une blondinette frêle de 8 ans, ont secoué le pays. Na’ama, sur le chemin de son école religieuse de Beit Shemesh, s’est fait cracher dessus par des extrémistes pour cause de «tenue immodeste» : sa jupe ne serait pas assez longue, ses manches trop courtes…

Les malheurs de cette fille d’Américains installés en Israël par conviction religieuse dans une ville de 80 000 habitants près de Jérusalem, où vivent de nombreux Haredim, ont été la goutte d’eau en trop. Cette fois, la classe politique tout entière s’est dite choquée, et le Premier ministre, «Bibi» Nétanyahou, lui-même est monté au créneau contre les «groupes extrémistes».

 

«Israël ne sera pas l’Iran !»

Comme lors du printemps arabe ou du mouvement des indignés israéliens, l’été dernier, Facebook mobilise les consciences. L’acteur Tsviki Levin a ouvert la page «1000 Israéliens pour aller protéger la petite Na’ama à Beit Shemesh» parce que, dit-il, «elle est le symbole d’un danger qui menace toute la société». Son appel a été entendu au-delà de ses espérances. Le 27 décembre, ils n’étaient pas 1 000 mais 10 000 dans les rues de Beit Shemesh. Tzipi Livni, leader de l’opposition, et Limor Livnat, ministre de la Culture du gouvernement Nétanyahou, étaient présentes, ensemble, pour dénoncer l’exclusion. Avec un mot d’ordre dans la foule : «Israël ne sera pas l’Iran !»

La semaine dernière, le gouvernement a ordonné au maire de Beit Shemesh d’enlever une pancarte qui signale le trottoir où doivent marcher les femmes et qui leur interdit de passer devant la synagogue. Quand les policiers l’ont décrochée, les hommes en noir les ont attaqués en les traitant de «nazis », blessant au passage un cameraman de télévision.

Quel est le problème ? Cachez ces femmes, disent en substance ces extrémistes au nom de leur interprétation sexiste des textes de la religion juive - et de leur peur de la tentation sexuelle… Retirez les femmes des affiches dans la rue (ce qui a été fait à Jérusalem). Interdisez-leur de passer devant les synagogues (c’est le cas de Beit Shemesh). Faites-les asseoir au fond des bus. Interdisez-leur d’assister aux funérailles en présence d’hommes : une plainte a d’ailleurs été déposée par une femme refoulée loin du cercueil. Proposez-leur des trottoirs et des files séparées aux caisses des supermarchés. Sans parler de piscines ou de plages réservées selon les jours et selon les sexes.

Un autre scandale a récemment éclaté quand des soldats ont refusé d’assister à un récital de femmes et ont demandé qu’on interdise dorénavant à leurs camarades de sexe féminin de chanter en public… Même des responsables religieux ont tiqué. Tel le rabbin David Bigman, qui a pris sa plume dans la revue des féministes religieuses, Kolech, expliquant, à partir des textes talmudiques et rabbiniques, qu’«il n’y a aucune raison d’interdire aux hommes d’assister à un concert d’une cantatrice lorsqu’il ne s’agit pas d’une situation de nature érotique et séductrice».

Si les extrémistes sont une minorité au sein du monde religieux, celle-ci est bruyante et agressive. «Cela existe depuis longtemps, assure Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques à l’université (autrefois religieuse) de Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, et auteur d’un livre sur le sujet,Israël : Les hommes en noir (Presses de Sciences-Po). Mais ce qu’on découvre aujourd’hui, c’est que ce monde haredi est de plus en plus revendicatif. Les ultraorthodoxes gagnent du terrain.»

Leur croissance démographique commence à faire peur à la majorité laïque. Avec sept enfants, en moyenne, par famille, ils sont en expansion. En Israël, un enfant sur cinq va dans une école primaire religieuse. «Tous les religieux ne sont pas extrémistes, mais on voit une montée de l’intolérance, constate Tamar Rotem, journaliste au quotidien Haaretz, qui vient elle-même d’une famille orthodoxe. La panique actuelle naît d’une prise de conscience de l’opinion: la ségrégation des femmes n’est plus une affaire interne haredi, elle concerne maintenant la population en général.»

Une offensive de l’archaïsme est en cours au cœur d’une société fondée sur une idée sioniste laïque en rupture avec les juifs traditionnels des ghettos. Une société où les femmes effectuent leur service militaire et où - première historique - l’ancien Président, Moshe Katsav, a été condamné à sept ans de prison pour avoir harcelé et violé des collaboratrices. Il a été incarcéré tout récemment. Les Israéliens se réveillent avec des fanatiques qui crachent sur les femmes et les petites filles. Pourtant, l’extrémisme religieux s’était déjà manifesté avec l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, en 1995, et la violence des colons juifs dans les territoires palestiniens. Jusque-là, le gouvernement Nétanyahou, qui tient grâce à une coalition de partis religieux (Shas et Union de la Torah), s’était contenté de molles dénonciations. «C’est toute l’ambiguïté d’Israël, explique Marius Schattner, qui a retracé cette bataille politique dans l’Autre conflit : laïcs contre religieux (André Versaille éditeur). L’Etat veut renforcer le caractère juif du pays, mais la majorité laïque rejette ce monde ultraorthodoxe.»

 

Réveil gouvernemental

Les dernières provocations ont semble-t-il levé cette «ambiguïté». Laïcs et religieux sortent de leur silence et manifestent contre la violence. Un conseil interministériel sur la question des femmes a été mis en place sous la direction de Limor Livnat. Le gouvernement réaffirme que leur exclusion est inacceptable, le président Shimon Pérès envoie un message solennel : «Aucun homme n’a le droit de forcer une femme à s’asseoir où il veut. En tant que juif et en tant que président de l’Etat d’Israël, je ne peux accepter un tel phénomène.» Les religieux, eux aussi, prennent position contre cet apartheid antifemmes. Adina Bar Shalom, fille du célèbre rabbin Ovadia Yosef, le chef spirituel du Shas, déclare que «la Torah élève les femmes et ne dit pas par quelle porte de bus on doit entrer».

A Beit Shemesh, Myriam Shafer, une jeune mère de famille ultraorthodoxe de six enfants, confie qu’elle se sent mieux assise avec les femmes, tout en demandant qu’on arrête les groupes extrémistes : «Il faut mettre fin à la violence.» Les ministres des partis religieux vont consoler la famille de Na’ama. Un grand mouvement démocratique contre la violence et l’extrémisme émerge. Qui peut avoir des échos imprévisibles : ainsi, Benyamin Nétanyahou déclare désormais qu’«il n’y a pas de place pour l’exclusion d’aucune personne dans l’Etat d’Israël, et en particulier de la moitié de la population». Une déclaration certes apaisante, mais pour le politologue Ilan Greilsammer, «quand tout le monde se préoccupe de savoir où les femmes s’assoient dans les bus, cela évite de parler des négociations de paix qui sont au point mort».

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