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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 05:32

 

Le rédacteur en chef d’Attounissia raconte son arrestation

 

M. Nasreddine Ben Saïda, directeur du journal Attounissia, actuellement en grève de la faim, est maintenu sous contrôle judiciaire à partir du lundi 20 février, en attendant son procès. Habib Guizani, Rédacteur en chef du quotidien revient sur son arrestation, et affirme que l'affaire Attounissia est une «affaire politique». Interview.


Tekiano : Comment s'est passé votre arrestation?


attounissia-210212Habib Guizani : Le scénario de notre arrestation a été bien orchestré. Quand je suis arrivé au siège du journal le matin du 15 février, on m'a informé qu'on avait de la visite. Deux personnes : Un homme et une femme, qui se sont avérés être agent et officier de police judiciaire, attendaient le directeur du journal M. Nassreddine Ben Saida. A son arrivée, il les a reçus dans son bureau, et est venu m'informer qu'ils voulaient se réunir avec nous au sujet de la photo de la Une du journal. On nous a ensuite amenés au siège de la police judiciaire à la Kasbah, où on nous a signalés que nous devions répondre, chacun à part, à un interrogatoire enregistré. A ce stade-là, nous avons commencé à sentir qu'il ya quelque chose qui se tramait. Il commençait à se faire tard et il fallait qu'on rejoigne le siège du journal. L'officier de police judiciaire, nous a informés qu'elle devait s'en remettre au procureur de la République à qui d'ailleurs, elle a téléphoné à maintes reprises. Elle nous a signifié ensuite, qu'il est très important de saisir le numéro dans les kiosques et qu'il fallait retirer le maximum d'exemplaires distribués. Nous avons alors téléphoné à l'un des responsables du journal pour l'inciter à bouger rapidement et en saisir le maximum. Et alors que nous attendions la décision du procureur de la République, on nous informe que nos portables sont confisqués jusqu'à nouvel ordre et que nous étions en état d'arrestation ! On nous a dépouillés de nos affaires : montres, briquets et argent, et on a insisté à ce que le journaliste ayant traité l'article et la photo soit présent avec nous. Après avoir rédigé un procès d'arrestation, on nous a conduits, tous les trois, au centre de détention de Bouchoucha, escortés par des agents de la police, les mains menottées, comme des criminels.

Le lendemain, vers 8h15, on nous a remis nos affaires avant de nous conduire au Palais de Justice, tout en nous signifiant que nous allons passer devant le juge d'instruction pour être jugés selon l'article 121 du code pénal (NDLR : atteinte aux bonnes mœurs et trouble à l'ordre public).Une fois arrivés, on nous a enfermés dans une geôle. On y est resté 9 heures avant qu'on appelle mon confrère, vers 19h, pour rencontrer le juge d'instruction.

 

Que vous a dit le procureur durant votre détention, et que pensez-vous du fait que le directeur du journal Attounissia, Nassreddine Ben Saïda, soit encore détenu en prison?


J'ai fait remarquer au juge que le fait d'arrêter un journaliste pour une photo est une première en Tunisie depuis l'indépendance, que les avocats qui sont là allaient démontrer que l'affaire de la photo n'est qu'un prétexte, et que l'affaire est une affaire de liberté d'expression et de liberté de la presse. L'un des avocats a fait remarquer que le procureur de la publique tenait à donner une leçon au reste des journalistes, ce qui explique l'acharnement sur le directeur du journal en le détenant en prison.

 

Pourquoi avez-vous refusé de parler à la presse au moment de votre arrestation?


Nous n'avons pas refusé de parler à la presse parce que notre arrestation a été faite sous silence. Au moment où nous avons étéa arrêtés, personne n'était au courant.

 

Quel est votre regard sur la polémique autour de l'affaire?


L'affaire est politique. On veut mettre la main sur la presse et lui confisquer sa liberté, surtout que notre journal est réputé pour son intégrité, sa crédibilité et sa neutralité. L'affaire de "Attounissia" a dévoilé le vrai visage du gouvernement actuel qui veut imposer un diktat multidimensionnel sur le peuple tunisien.

 

Cela remet-il en cause selon vous l'indépendance de la justice?


Bien sûr. L'affaire remet en cause l'indépendance de la justice dans la mesure où il s'est avéré que le procureur de la république ne faisait qu'exécuter les ordres, ce qui le met en confrontation avec les avocats. Seulement, ceux qui ont dicté les ordres ne s'attendaient pas à voir pas moins de 70 avocats se mobiliser, gratuitement, pour défendre une cause très chère à tous: la liberté d'expression !

Propos recueillis par Lilia Blaise

source tekiano


 

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Le directeur du journal Ettounsia comparaîtra jeudi

 

Le directeur du journal tunisien Ettounsia, détenu depuis le 15 février pour avoir publié en Une la photo d'une femme nue, comparaîtra jeudi devant le tribunal de première instance de Tunis pour atteinte aux bonnes mœurs portant des risques de troubles à l'ordre public.

M. Nasreddine Ben Saïda va comparaître jeudi (...). C'est un grave incident et un vrai scandale pour la justice tunisienne!, a déclaré mardi son avocat Khaled Krichi.

Nous ne nous attendions pas à un tel traitement réservé aux journalistes, qui nous rappelle les mêmes pratiques de l'ancien régime de Zine El Abidine Ben Ali. Nous sommes contre la publication de cette photo qui est contre nos principes arabo-musulmans mais il ne faut pas criminaliser un tel acte, a-t-il ajouté.

Nous sommes étonnés de l'introduction de la justice et de la sécurité dans cette affaire, a souligné Me Krichi.

M. Ben Saïda a été arrêté sur la base d'un article du code pénal, et non du code de la presse.

Le quotidien arabophone Ettounsia a reproduit mercredi dernier en Une une photo montrant le footballeur du Real Madrid, Sami Khedira (d'origine tunisienne) posant avec sa compagne, nue dans ses bras.

Arrêtés le jour même pour atteinte aux bonnes mœurs, le directeur de ce journal, le rédacteur en chef et un journaliste avaient été interrogés le lendemain par un juge d'instruction au tribunal de première instance de Tunis qui avait décidé de maintenir le directeur en détention et de libérer les deux autres journalistes.

Le scenario de notre arrestation a été bien orchestré, a déclaré mercredi au site Tekiano le rédacteur en chef d'Ettounsia, Habib Guizani, qui a raconté que les trois journalistes avaient été menottés comme des criminels. L'affaire est politique, et dévoile le vrai visage du gouvernement actuel, selon lui.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ), qui représente 600.000 journalistes, a exprimé mardi sa profonde inquiétude et exigé la libération immédiate de M. Ben Saïda.

L'emprisonnement d'un journaliste pour la publication d'une photo est une sanction disproportionnée et inadmissible (..) il est plus que jamais temps que le gouvernement tunisien assume ses responsabilités et commence à activer les lois relatives à la liberté de la presse, selon la FIJ.

L'organisation Reporters sans frontières (RSF) avait demandé samedi la libération immédiate de M. Ben Saïda, et appelé l’ensemble de la classe politique à exiger l’application du code de la presse et à se mobiliser pour protéger les médias, garants de la démocratie et du pluralisme.

Selon RSF, M. Ben Saïda, qui a entamé samedi une grève de la faim, encourt de six mois à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 120 à 1.200 dinars (environ 60 à 600 euros).

source maghrebemergent

 

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 L'homosexualité tunisienne fait sa révolution

De nouveaux médias consacrés à la communauté gay de Tunisie font leur apparition sur internet. Les réactions se multiplient.

En Tunisie, les limites des libertés individuelles viennent d'apparaître plus distinctement. L'actuel gouvernement à majorité conservatrice craint de voir se démocratiser les sites internet consacrés aux gays malgré la loi toujours en vigueur qui condamne l'homosexualité. Mis en service en mars 2011, le e-magazine interactif GayDay a publiquement été menacé d'interdiction par l'actuel ministre des Droits de l'Homme, Samir Dilou, qui s'exprimait sur une chaîne de la télévision tunisienne. Ce dernier s'est fermement opposé à l'idée de voir s'installer ce type de presse en Tunisie:

«Il n'est pas question que la perversion sexuelle soit un droit humain. Ces personnes devraient plutôt se faire soigner», déclarait le ministre sur Hannibal TV.

Une forme d'«homophobie» affichée et qui se trouve être partagée par la majorité des Tunisiens. «Faites ça chez vous et bouclez-la!», conseillait un internaute au nouveau magazine. Depuis la chute de l'ex-président tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali et de son régime de censure, devant l'émergence de médias spécialisés, la Tunisie fait face à une nouvelle polémique autour d'un sujet de société pour le moins explosif: la représentation de la «communauté homosexuelle» tunisienne.

Un militantisme discret

Les publications de GayDay magazine, la mise en service d'une web radio, Tunisia Gay's, et l'évolution générale du militantisme LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) en Tunisie, accréditent une réalité concomitante à la révolution: ces nouveaux supports d'informations ciblent un lectorat bien réel et revendiquent le droit à la liberté d'expression.

Pour Fadi, rédacteur en chef et fondateur du magazine, il s'agit ni plus ni moins pour la Tunisie d'un «challenge temporaire» devant lequel il se montre «prudemment optimiste»:

«On espère parvenir à un Etat démocratique basé sur la transparence et le respect absolu des droits de l'homme», confiait le militant à Slate Afrique.

Concernant la légalité et les autorisations, remises en cause par le ministre des Droits de l'Homme, les responsables et activistes précisent en réponse qu'ils «n'ont pas demandé d'autorisation»considérant que «c'est notre droit de s'exprimer sur le net»«en utilisant des ressources gratuites du web». Du point de vue de l'audience, la radio Tunisia Gay's compte environ 40 à 60 auditeurs les soirs d'émission, tandis que le site du magazine GayDay oscille entre 1000 et 6000 visites en fonction des mises à jour.

En guise d'exemple de parution, le magazine GayDay a révélé au mois de décembre 2011 sasélection des dix plus beaux hommes tunisiens avec photos. Particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, les militants ont également demandé à leur membres sur Facebook d'afficher un message sur leur profil en réponse au ministre en charge des droits humains:

«Je suis un homme, monsieur le ministre des Droits de l'Homme.»

Les pages web de ces nouveaux médias appellent entre autres à la «dépénalisation de l'homosexualité», à la promotion de la culture gay ou encore, à la sensibilisation aux problèmes de santé. Des nouveaux points de ralliements pour une minorité restée isolée et condamnée à la marginalité. Mais sur leurs pages Facebook qui comptent en moyenne un millier de membres et«dont la mission est de parler des individus LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres)»,les administrateurs modèrent nombre de provocations et menaces de mort.

«Il y a plein de messages homophobes hostiles et menaçants sur la page de Gayday magazine et les autres pages gays et lesbiennes», témoignait l'un des administrateurs interrogé par Tekiano.

«Les lignes rouges» de la liberté d'expression

Car dire que le sujet est tabou en Tunisie est un euphémisme. En dehors des insultes, peu de Tunisiens désignent ouvertement al-liwatt (l'homosexualité en français). La plupart ont conscience de cette «vieille réalité», savent qu'il y en a «beaucoup en Tunisie», issus de toutes les couches sociales, parfois «mariés depuis plus de 20 ans» ou se rendant «régulièrement à la mosquée», mais rares sont ceux qui osent vraiment en parler.

«En Tunisie, le vrai interdit c'est de se dire homo, pas d'avoir des pratiques homos», confiait le réalisateur tunisien Mehdi Ben Attia.

Avec son film Le fil, sorti en France en avril 2011, le réalisateur expose en dehors de la Tunisie, l'une des réalités silencieuses de son pays natal:

«Il y a une forte demande de liberté, de respirer, contre la censure. Un climat favorable. Pour exemple, mon film a été interdit en Tunisie. Mais j'ai bon espoir qu'il soit bientôt diffusé. Ce serait peut-être un bon indice du changement», estime le réalisateur.

L'homosexualité tunisienne est un secret de Polichinelle. Dans l'illégalité -le Code pénal tunisien prévoit de trois mois à six années d'emprisonnement- cette minorité invisible a perduré sous la dictature, les répressions policières et la pression sociale, en partie grâce à internet. Un an après la fuite du dictateur Ben Ali, elle revendique un espace d'expression et de liberté. Seulement «la liberté d'expression a des limites» en Tunisie, soulignait le ministre des Droits de l'Homme.

Effectivement, la religion, la culture, les codes sociaux et familiaux, tout interdit et décourage pareilles revendications sur la scène publique. «Ce sont des citoyens, mais ils doivent respecter les lignes rouges fixées par notre religion, notre héritage et notre civilisation», insistait Samir Dilou.

Une arme politique

En politique, la question épineuse de l'homosexualité tunisienne -jugée déplacée par les plus modernistes compte tenu de la situation économique critique du pays- a pourtant été relancée durant les campagnes et la période post-électorale. Pour rassurer les électeurs, des membres de partis conservateurs tels que Ennahdha n'hésitaient pas à déclarer qu'ils respecteraient les droits des homosexuels, allant parfois jusqu'à proposer comme Riad Chaibi à ces personnes«dévalorisées» de réexaminer le problème de leur «dignité» en société.

Mais cet élan de générosité s'est progressivement érodé. A la fin du mois de janvier 2012, une vidéo explicite que certains disaient truquée mettait en cause l'honneur de l'actuel ministre de l'Intérieur, Ali Larayedh, membre du parti Ennahdha. Le déferlement des propos violents qui suivirent sur les réseaux sociaux traduisait tout le malaise du sujet pour la population. Un nouveau scandale qui venait s'ajouter à la libération de Naji Behiri, le fils du ministre de la Justice, Noureddine Bhiri, accusé de viol sur un jeune homme et profitant au mois de janvier d'une amnistie présidentielle.

«Une révolution à deux vitesses»?

Le thème est alors redevenu un moyen de pression politique, le même dont usait l'ancien régime pour dégrader l'image de ses opposants. Récemment, la pression internationale s'est intensifiée sur le sujet. Tandis qu'en France la question du mariage gay est devenue l'un des thèmes de la campagne présidentielle, au début du mois de février, Ban Ki Moon, le Secrétaire général des Nations unies, invitait les chefs d'Etats africains lors du 18e sommet de l'Union africaine à Addis Abeba en Ethiopie à réexaminer la question des droits de la population homosexuelle.

«Il fallait s'y attendre, confie un partisan d'Ennahdha à La Marsa une banlieue de Tunis. Ces gens-là pensent qu'ils ont droit à la liberté d'expression. Mais il faut qu'ils comprennent que la révolution n'est pas la même pour tous. Aucun Tunisiens ne souhaitent les voir s'afficher librement. Même sur internet, ça reste choquant pour beaucoup d'entre nous.»

En matière de liberté d'expression, le chemin à parcourir pour cette minorité risque d'être beaucoup plus long que pour d'autres. «Une révolution à deux vitesses et une dignité bien délimitée», résumait un internaute. Car même s'ils ont conscience que la démocratie implique ce type de revendications, les Tunisiens ne sont définitivement pas prêts à tout voir et à tout entendre.

par Mehdi Farhat

source slateafrique

 

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