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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 06:58

Peter Mertens : en Grèce, deux mondes entrent en collision

 

Dans le livre « Comment osent-ils ? La crise, l'euro et le grand hold-up », Peter Mertens (en collaboration avec David Pestieau) aborde, entre autres, la face cachée de la crise grecque. Mertens et les éditions Aden nous offrent à lire le chapitre complet du livre consacré au drame grec. Le livre est sorti le 1er mars et est en vente dans les bonnes librairies à partir du 10 mars 2012.

 

 Lorsqu’apparut l’aurore aux doigts de rose, 

Thésée, fils d’Egée, arpenta le rivage.

Il y rencontra un groupe de gens

 Pleurant et se lamentant pitoyablement.

Il vit sept jeunes filles et sept jeunes hommes

 Emmenés à bord d’un navire aux voiles noires,

Les mains attachées par des liens épais.

Thésée demanda d’une voie claire :

« Qui sont ces jeunes gens ? »

« Un rapide vaisseau les emmène en Crète.

Nous avons pitié d’eux. »

« Pourquoi ? », demanda Thésée.

« Ne le sais-tu pas ?

Ils sont livrés en pâture au Minotaure,

La bête cruelle qui vit dans le labyrinthe du roi Minos,

 

La Grèce et la mer. Entourée par la mer Ionienne à l’ouest et la mer Egée à l’est, la péninsule est depuis toujours un pays de navigateurs. Lorsque le vaisseau de Thésée, vainqueur du Minotaure, retournait vers la Grèce et approchait du port d’Athènes, il arborait des voiles noires. Thésée avait oublié qu’il avait promis à son père, Egée, de faire hisser des voiles blanches si l’expédition avait réussi, et noires en cas d’échec. Apercevant la voilure noire, Égée crut que son fils avait péri et, de douleur, il se jeta dans la mer qui porte son nom depuis lors.

 

Le port du vieil Athènes, à l’époque juste quelques quais, est aujourd’hui le grand complexe du Pirée. La Grèce contemporaine compte quelque cent vingt-trois ports. Le Pirée est le plus grand, avec son grouillement de cargos, de ferries, de navires de croisière, de pétroliers, de catamarans et de bateaux de pêche. Vient ensuite Thessalonique, au nord-est, face à la mer Noire et à l’Asie.

 

Les armateurs grecs ont la main sur la plus grande flotte marchande au monde : au total quelque quatre mille cent navires, soit environ 16 % de la flotte marchande mondiale. C’est plus que les Japonais et les Chinois. Les compagnies maritimes grecques gagnent plus que l’ensemble du secteur touristique. En 2010, les grands armateurs ont vu leurs recettes augmenter jusqu’à 15,4 milliards d’euros, alors que le tourisme générait 9 milliards de rentrées. Cependant, presqu’aucun centime de leur pactole n’entre dans les caisses de l’État. Car les armateurs jouissent depuis des lustres d’une exemption d’impôt de fait, grâce à un arsenal de mesures fiscales qui leur sont très favorables. Le fisc ne met pas le nez dans leur comptabilité. Chaque famille de millionnaire grec ayant des participations dans un consortium maritime – en tout un millier de familles – est ainsi exemptée. Un excellent paradis fiscal, fiable et bien huilé. Les armateurs placent leur argent en Suisse ou à Chypre, au Liechtenstein ou à Londres.

 

Le plus riche d’entre eux est Spiros Latsis, le fils du magnat de la navigation John Latsis. La famille Latsis est aussi active dans les chantiers navals et le monde bancaire. Spiros-fils est en outre le plus grand actionnaire de Hellenic Petroleum. Il est n°68 sur la liste des multimilliardaires mondiaux. Il a étudié à la London School of Economics, en même temps que José Manuel Barroso. En juin 2004, Barroso accède au poste de président de la Commission européenne. Deux mois plus tard, il était invité pour une semaine de vacances sur un luxueux yacht de la famille Latsis. Latsis venait de créer PrivatSea, un yacht-club exclusif promettant à ses membres « une expérience hors du commun à bord d’un des yachts les plus spectaculaires au monde ». Notamment l’Alexandria qui, avec ses cent vingt-deux mètres de long, est le quatrième plus grand yacht du monde, et probablement le plus luxueux. Là où Egée s’est jeté dans la mer, Barroso et Spiros Latsis ont enfilé ensemble leur maillot de bain. Un mois plus tard, la Commission européenne approuvait 10,3 millions d’euros de subsides de l’État grec aux chantiers navals de la famille Latsis. Coïncidence ?

 

« Savez-vous planquer vos sous, à la mode de chez nous ? »

 

Alors qu’au début de l’automne 2011, de nombreux Grecs fouillent dans les poubelles à la recherche de nourriture – « Ce sont des gens corrects, mais ils sont bien obligés de chercher à manger dans les déchets », confie un éboueur –, certains Grecs, eux, ne manquent pas d’argent. Ils en ont même beaucoup, voire énormément. Au plus fort de la crise, la Grèce reste un paradis fiscal pour les armateurs, pour six mille grandes entreprises et pour l’Église orthodoxe grecque.

 

La religion était encore mentionnée sur les passeports grecs jusqu’en 2001, quand une plainte auprès de la Cour de justice européenne pour les Droits de l’Homme à Strasbourg a fait abolir cette pratique. L’Église orthodoxe grecque est puissante, c’est sûr. Avec le clergé, elle domine encore une bonne partie de la vie morale, politique mais aussi économique du pays. Après l’État, c’est l’Église orthodoxe qui détient les plus grands moyens financiers. Elle possède plus de neuf millions d’actions dans la banque nationale grecque, des hôtels, parkings, entrepôts, entreprises, et quelque trois cent cinquante centres touristiques. L’institution est aussi, avec ses cent trente mille hectares de bois, champs, montagnes et plages, le plus gros propriétaire terrien du pays. Cela rapporte chaque année à l’Église des millions d’euros, et cet argent était jusqu’il y a peu non taxé. En 2010, quand une taxe a quand même été imposée, certains monastères ont refusé de la payer. Choqués, des fidèles sont alors allés manifester devant la plus grande église d’Athènes, avec des calicots affichant : « Jésus a dit qu’il faut partager. »

 

Partager ? Voilà qui n’est certes pas dans la mentalité des millionnaires grecs. L’argent gagné en Grèce disparaît de plus en plus vite à l’étranger. Surtout vers les coffres-forts sécurisés des banques suisses, où l’on ne pose pas de questions. Les millionnaires grecs mettent leur fortune en sécurité à Zürich et dans d’autres places étrangères. Ce sont 280 milliards qui sont ainsi mis à l’abri uniquement dans la muette Confédération helvétique. Un exode fiscal total évalué à quelque 560 milliards d’euros : soit le double du produit national brut (PNB) de la Grèce, la richesse produite annuellement par le pays[1]. Que beaucoup de compatriotes ne puissent plus payer leurs soins médicaux ou leur l’électricité, que de plus en plus de gens aient faim n’empêchent pas ces Crésus de dormir. On assiste donc à une situation surréaliste : à la porte d’entrée, le gouvernement grec implore l’Europe de lui octroyer de nouveaux prêts et garantit qu’elle pressera le monde du travail comme des citrons pour la rembourser jusqu’au dernier centime. Et, dans le même temps, les millionnaires évacuent par la porte de derrière la richesse du pays.

 

Car la Grèce est en principe un pays riche. En 2007, cinq fois plus de richesses ont été produites qu’en 1990. Mais, pendant que le PIB était multiplié par 5, les profits se multipliaient par 28 ! Les réformes néolibérales des impôts ont fait en sorte que ces profits échappent en grande partie au fisc. Un tiers à peine de la richesse grecque atterrit chez les salariés : seulement 36,3 % du PIB est consacré à leurs paies. C’est de loin le pourcentage le plus bas de l’Union européenne. Le niveau des salaires se situe aussi à un maigre 60 % de la moyenne européenne. La richesse créée par la société grecque ne revient pas à la population, elle est captée par ses couches les plus riches. Dire que « les » Grecs auraient pendant des années vécu au-dessus de leurs moyens est donc un concentré d’ineptie.

 

Au plus fort de la crise, 7,9 milliards d’euros pour l’armement

 

L’été 2009 est le théâtre d’un événement inouï : la Grèce débourse 2,5 milliards d’euros pour six frégates françaises, 400 millions pour quinze hélicoptères de combat Puma du géant de l’armement EADS, et 5 milliards d’euros pour six sous-marins de l’allemand ThyssenKrupp. Roulement de tambour : 7,9 milliards d’euros pour l’armement français et allemand en pleine crise…

 

Merkel et Sarkozy débordent d’inventivité dans l’élaboration de plans pour que la Grèce soit en mesure de rembourser ses emprunts aux banques allemandes et françaises. Le duo produit recommandation sur recommandation sur ce que le peuple grec doit faire mais, en ce qui concerne le petit commerce de l’armement, motus et bouche cousue. Le magazine allemandDer Spiegel dresse l’inventaire du shopping grec en Allemagne, et c’est sacrément impressionnant. Sous-marins, chasseurs bombardiers, tanks... La petite Grèce, avec ses onze millions d’habitants, occupe la cinquième place au palmarès mondial des plus grands acheteurs d’armes conventionnelles. Elle octroie à sa défense des moyens exorbitants : 3,1 % de la richesse nationale. Des grands pays européens comme la France et le Royaume-Uni consacrent respectivement 2,3 et 2,4 % à la défense. Dans le monde occidental, seuls les États-Unis font mieux avec 4 %.

 

Crise ou pas, les grands frères européens mettent la pression sur les Grecs pour qu’ils poursuivent leurs achats d’armement, sous peine de resserrer les cordons de la bourse quand Athènes sollicite un prêt. L’agence de presse AP cite un conseiller de l’ancien Premier ministre Papandréou : « Personne ne dit ouvertement : "Achetez nos navires de guerre ou nous ne vous aiderons pas pour votre dette." Mais le message sous-entendu est que nous recevrons davantage d’aide si nous répondons à leurs desiderata en matière d’armement. » Et un magazine pacifiste précise : « Le président Sarkozy aurait, en février 2010, exercé des pressions sur Papandréou lorsqu’il était en visite en France pour obtenir du soutien face aux périls financiers de son pays. Le jour où Papandréou se rendait à Paris, les Grecs annonçaient qu’ils ne renonceraient pas à l’achat planifié de six frégates françaises Fremm d’une valeur de 2,5 milliards d’euros, malgré le précipice financier face auquel ils se trouvaient. »[2]

 

La Grèce est un allié de l’Otan tiré à quatre épingles. Située au carrefour de trois continents, elle occupe une place stratégique. Surtout maintenant, alors que l’Otan et les stratèges américains portent toute leur attention sur l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l’Iran, les Balkans, les pays d’Europe de l’Est et la Russie.

 

Les États-Unis, l’Allemagne et la France jouent habilement de la rivalité entre la Grèce et la Turquie. Les fabricants d’armes mangent à deux râteliers en tant que fournisseurs des rivaux historiques. La Grèce commande de nouvelles armes ? Les fabricants attendent un peu, puis les Turcs se présentent pour le même business. Cela ressemble à la Guerre froide en miniature. Si ce matériel de guerre n’est pas adéquat pour une confrontation entre Grecs et Turcs, c’est autant de gagné pour la stratégie de l’Otan et pour aider à créer de nouveaux rapports de force au Proche et au Moyen-Orient favorables à Washington. Pourquoi, autrement, se tairait-on dans toutes les langues à Washington, Bruxelles ou Francfort, sur le fait que le gouvernement grec économise sur tout, sauf sur le matériel de guerre ?

 

Quand les faits n’ont plus d’importance ou comment bétonner un cliché

 

Sur l’île grecque d’Hydra, aux maisons d’un blanc éclatant face à une mer turquoise, vit la journaliste néerlandaise Ingeborg Beugel. Elle couvre comme journaliste l’actualité grecque depuis des années. Elle décrit de manière passionnante les dessous de la politique grecque et de l’élite économique. « Je trouve intéressant, raconte-t-elle, que l’Union européenne pose à la Grèce des tas d’exigences en tout sens, arrogantes et impitoyables, alors que Bruxelles ne met pas la pression sur le gouvernement grec pour s’attaquer aux politiciens corrompus. La Commission ne s’en soucie pas du tout. Plus fort encore, elle reste muette comme une carpe parce que, autrement, elle se verrait obligée de dénoncer pas mal de pratiques louches en rapport avec l’Europe. Siemens, par exemple, a distribué des pots-de-vin à tour de bras en échanges d’une position de monopole lors des Jeux olympiques d’Athènes, en 2004. Des milliards d’euros y sont passés. Mais, si l’on levait le voile, on s’en prendrait à une entreprise allemande. Et ça Berlin préfère l’éviter. Il existe aussi beaucoup de bakchichs pour les coûteux sous-marins allemands. Or la Grèce les a achetés pour deux fois le prix facturé à la Turquie. De son côté, la France a obligé la Grèce, en échange d’une "aide", à acquérir des avions de combat d’un prix exorbitant. Les politiciens de droite mentent à tire-larigot : rien n’est donné à la Grèce et, en revanche, eux ont gagné beaucoup d’argent avec ce prétendu soutien. »[3]

 

« Les tricheurs de Grecs mettent à mal notre euro », titre crânement à la Une le quotidien allemand Bild Zeitung. Et le très libéral ex-commissaire européen Frits Bolkestein n’a pas peur d’affirmer : « Une grande partie de la population grecque est paresseuse. »[4] Angela Merkel n’est pas en reste. Selon elle, les Grecs prendraient trop de vacances et partiraient trop tôt à la pension. « Nous ne pouvons pas partager une monnaie alors que l’un a beaucoup de vacances et l’autre très peu. À la longue, ce n’est pas compatible », avertit la chancelière allemande, citée par l’agence de presse DPA[5]. Ces Européens du Sud, quand même ! Partir sans cesse en vacances, toucher des pensions de luxe, et puis venir frapper à la porte pour un soutien financier depuis leur terrasse ensoleillée où ils ne fichent rien de toute la sainte journée ! Et peu importe que tous ces préjugés soient pure fiction. Cela s’appelle de la politique fact-free. Traduction : qui ne se base pas sur les faits.

 

Les Européens du Sud raccrochent-ils leur tablier plus tôt que les autres citoyens européens, pour jouir des douceurs de la Méditerranée ? Pas du tout. Les chiffres de l’OCDE pour 2011 indiquent qu’en Grèce, les hommes arrêtent de travailler en moyenne à l’âge de 61,9 ans, soit un mois plus tard qu’en Allemagne. Les femmes, elles, arrêtent certes plus tôt : 59,6 ans, pour 60,5 dans l’« exemplaire » État allemand.

 

En 2007, également d’après l’OCDE, la pension moyenne des Grecs était de 617 euros. Ingeborg Beugel évoque les habitants d’Hydra qui, à leur pension, doivent immédiatement chercher du travail pour joindre les deux bouts. « Ma voisine du dessous a 94 ans ; elle est veuve et touche une pension de 400 euros par mois. Ce n’est pas assez pour ses médicaments et ses couches d’incontinence. Dans des circonstances extrêmement pénibles, elle y arrive tout juste grâce à sa famille et à ses voisins. Je ne connais pas un seul Néerlandais qui arriverait à combiner trois jobs, mais bien des dizaines de Grecs qui le font pour survivre. Oui, il existe des Grecs avec une pension précoce et élevée. Mais c’est une exception, en aucun cas la règle. D’ailleurs, à Hydra, habite une ex-enseignante néerlandaise qui a pris sa pension à 50 ans, ne doit plus jamais travailler et qui, sans aucune gêne financière, peut profiter de la Grèce le restant de ses jours. Aucune collègue grecque ne peut en faire autant. »[6]

 

Quand elle évoque « des Grecs toujours en vacances », Angela Merkel est complètement à côté de la plaque. Selon l’agence officielle européenne Eurofound, les Grecs ont en moyenne vingt-trois jours de vacances par an. Les Allemands en bénéficient de trente. Nous ne nous prononcerons pas sur le nombre de jours de loisirs d’Angela Merkel. Mais son pécule de vacances est certainement un peu plus élevé que la moyenne...

 

Peut-être les Grecs travaillent-ils tout simplement moins ? Non plus. D’après les chiffres de l’OCDE, les Grecs ont, en 2008, travaillé en moyenne 2 120 heures, soit 740 de moins qu’aux Pays-Bas, mais 470 de plus que les Britanniques.

 

De toutes ces allégations sur les Grecs paresseux et éternels vacanciers – et, par extension, les Portugais, les Espagnols et autres habitants des « pays de l’ail », comme les qualifie le toujours délicat Geert Wilders, politicien néerlandais en vue, islamophobe et d’une droite garantie sans additifs –, rien n’est exact. Mais le mal est fait. Les déclarations de Merkel ont fait la Une. Et le cliché est bien ancré : les profiteurs méditerranéens gaspillent notre bel argent aux dépens des irréprochables contribuables du Nord de l’Europe. Comme le disait Einstein : la fission d’un préjugé est plus difficile que celle de l’atome.

 

Ouzo, mezze, Rousfeti et Fakelakia

 

Au xxe siècle, la Grèce a connu deux dictatures, une occupation étrangère et une guerre civile. Après la dictature de droite des colonels en 1975 est enfin née une république parlementaire. Le pays n’avait, jusqu’alors, jamais connu de sécurité sociale. L’aide sociale pour les malades, les pensionnés, les invalides et les chômeurs n’existait quasiment pas. Il y avait le soutien de la famille et des amis ou – pour qui pouvait se le permettre – un petit bas de laine, un point c’est tout. Donc, tout ce qui concernait les questions sociales restait à élaborer.

 

En 1981, le parti social-démocrate Pasok est arrivé au pouvoir et a créé l’amorce de tout un système de clientélisme politique, principalement dans le secteur public. Sans carte de parti, pas de job, pas de protection sociale, pas d’allocations. Cette politique de clientélisme porte un nom : Rousfeti. Le Pasok et le parti de droite Nouvelle Démocratie sont des maîtres en la matière. On connaît bien sûr le phénomène, qui n’est d’ailleurs pas vraiment inconnu dans notre pays.

 

Une politique de copinage pour chacun, mais surtout pour les grandes entreprises. Le système de pots-de vin porte, lui, le nom de Fakelakia. Avec, probablement comme sommet, les contrats pour les Jeux olympiques, où l’État grec a, in fine, perdu quelque huit milliards d’euros. Pour obtenir les contrats du système de sécurité ultrasophistiqué des Jeux olympiques, par exemple, Siemens a acheté divers politiciens, des hauts fonctionnaires et des hauts gradés de l’armée. Tant la Nouvelle Démocratie que le Pasok sont passés à la caisse. Un ancien cadre du Pasok a avoué qu’il avait touché quatre cent vingt mille euros d’un dirigeant de Siemens, peu avant les élections de 2000. Un geste de bonne volonté, disons, même si le geste en question a coûté près d’un demi-million d’euros. « Mais, s’est justifié le monsieur en question, j’ai reversé cet argent au parti sans informer la direction de sa provenance. » Quoi qu’il en soit, Siemens a obtenu le contrat. Une histoire qui fleure bon l’affaire Agusta-Dassault. La corruption existe donc bel et bien en Grèce.

 

La fraude fiscale de six mille des plus grandes entreprises est estimée à quinze milliards d’euros par an. En comparaison, la fraude fiscale en Belgique est évaluée à vingt milliards d’euros. Et chacun se souvient de l’argent noir luxembourgeois de la KBC, resté intouché à cause d’erreurs de procédure. Ou que l’État belge a même dû dédommager le baron du textile Roger De Clerck, accusé de fraude avérée, parce que son procès avait duré... trop longtemps. Le clientélisme politique et la corruption ne sont donc pas des spécialités typiquement grecques, ni belges d’ailleurs. Elles sont propres au capitalisme, au jeu de coudes pour s’emparer de la plus grosse part du marché et réaliser des rendements à plusieurs chiffres.

 

« C’est une épine dans le pied des Grecs que le Premier ministre Papandréou n’ait toujours pas dénoncé de politicien corrompu, ni sanctionné d’entrepreneur ou d’armateur, et qu’aucun centime ne soit récupéré des milliards d’euros disparus dans ces poches », insiste Ingeborg Beugel. Avant sa démission en novembre 2011, le gouvernement socialiste de Papandréou est conspué. Là où se rend le Premier ministre, on hisse les drapeaux noirs. Quand son ministre de l’Intérieur se rend au cinéma et que les étudiants le reconnaissent dans la salle, il est arrosé de yaourt et d’eau. Puis expulsé sous les quolibets.

 

« Un gouvernement de voleurs. » C’est ainsi que, dans son analyse, le professeur de sociologie James Petras qualifie le gouvernement Pasok : « Le Pasok s’est construit autour d’une élite et d’une base qui ne payaient jamais d’impôts mais profitaient des caisses de l’État et de cadeaux des pouvoirs publics. De richissimes armateurs ont éludé l’impôt en navigant sous pavillon étranger (Panama). Mais ils acceptaient d’engager des capitaines grecs et alimentaient volontiers les caisses du parti. Des juristes, médecins et architectes déclaraient à peine des revenus, mais recevaient sous la table des sommes d’argent noir dépassant de loin n’importe quel salaire. Des chefs d’entreprises, spéculateurs immobiliers, banquiers et importateurs graissaient la patte des dirigeants du parti pour s’assurer des abattements fiscaux et sécuriser leurs prêts de l’Union européenne, qu’ils recyclaient en propriétés touristiques et en comptes en banque à l’étranger. Ainsi le parti et le gratin des affaires ont formé un réseau organisé de kleptocrates : ils pillaient le Trésor public et envoyaient la facture aux travailleurs salariés, les impôts de ceux-ci étant prélevés à la source. Pour un salarié, la Grèce est le pire pays au monde, puisque le salariat est bien le seul segment de la société à être, tout à la fois, exploité et imposé. »[7]

 Partie II

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Crise économique
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commentaires

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 27/04/2012 13:07

Blog(fermaton.over-blog.com),N0-16. -THÉORÈME DE KONDRATIEFF -LA CRISE FINIE ?

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