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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 03:43

La Guerre d'Algérie, images et représentations au Forum des images à Paris, du 24 janvier au 12 février 2012.

 

 

En septembre 2003, pour son "Étrange Festival", le Forum des Images avait déjà proposé, quelques mois avant sa sortie en France et  trente-sept ans après avoir reçu un Lion d'Or à Venise, le film de Gillo Pontecorvo sur La Bataille d'Alger. Deux semaines après une projection remarquée au cinéma la Clef, c'est toujours au Forum des images qu'il sera rediffusé le 25 janvier à 14h30, dans le cadre d'une rétrospectiveassociant fictions, documentaires, rencontres et conférences. En cette année de cinquantenaire des Accords d'Évian, la France autorise donc enfin que soit porté un regard rétrospectif sur une période les plus tragiques de son histoire coloniale. N'oublions pas, nous rappelle la présentation, qu'il a fallu attendre la loi du 18 octobre 1999 pour que soient officialisés les termes "guerre d’Algérie" et "combats en Tunisie et au Maroc".


N'oublions pas davantage que d'autres guerres extrêmement meurtrières ont été menées par la France en 1947 contrel'Insurrection malgache et de 1955 à 1962 au Cameroun, que l'une et l'autre sont aujourd'hui encore ignorées d'un large public. Pour les années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, on trouvera une liste détaillée de ces conflits dans le livre d'Yves Bénot, Massacres coloniaux 1944-1950(Paris, La Découverte, 2001). Il n'en est pas moins à craindre que l'étude de la décolonisation ne dispense bon nombre d'historiens de s'arrêter sur le siècle qui les a précédées, quand la guerre totale portait le nom de "pacification". Derrière Pierre Messmer et Marcel Bigeard, se cachent les références de Joseph Gallieni ou de Thomas-Robert Bugeaud, du maréchal de Saint-Arnaud ou du maréchal Liautey. Le retard de la recherche est tel, et les sources à ce point lacunaires, qu'il faudra sans doute plusieurs décennies pour redonner à l'un des plus puissants bouleversements de l'histoire mondiale des perspectives acceptables.


Que cela n'en soit pas moins l'occasion d'entendre, pour ceux qui habitent Paris, Bernard Tavernier et Patrick Rotman, Benjamin Stora et Sylvie Thénault, ou encore l'immense René Vautier, parmi les temps forts d'une programmation vigoureuse et salutaire.


BATAILLEDALGER3_w_450.jpg

La bataille d'Alger (Italie-Algérie,1966), de Gillo Pontecorvo

source mediapart

 

 

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Utopie

 

 

Le 5 juillet 1962, dans toutes les rues de l’Algérie, d’Oran à Annaba, de Tizi Ouzou à Tlemcen, une foule en délire déferlait dans les rues pour célébrer la fin de cent trente années de colonialisme et d’une guerre d’indépendance de sept ans particulièrement traumatisante. Le peuple ne célébrait pas seulement la souveraineté retrouvée, mais exprimait aussi ses rêves : l’aspiration à une société différente, plus juste et plus égalitaire, à un développement impétueux s’appuyant sur les formidables ressources de la nation, enfin récupérées.

 

Pour une grande partie de ce que l’on appelait déjà le tiers-monde, notamment pour les pays encore sous le joug colonial, l’Algérie ouvrait la voie, représentait un modèle et une espérance. Dans sa capitale se rassemblaient tous les révolutionnaires qui, du Vietnam à l’Afrique australe, voulaient mettre à bas l’ordre impérial et colonial, lequel niait jusqu’à l’humanité des populations « de couleur », enfermées dans des stéréotypes qui allaient du « bon nègre » au « musulman perfide ». 

 

Dans le monde arabe, le nouveau régime tissait des liens avec le président égyptien Gamal Abdel Nasser et chevauchait une vague qui avait chassé les Français et les Britanniques après leur piteuse aventure de Suez en 1956, qui avait imposé l’indépendance de la Tunisie et du Maroc, qui avait renversé la monarchie en Irak en 1958 et au Yémen du Nord en 1962. La lutte armée contre les Britanniques s’intensifiait au Yémen du Sud, et les Palestiniens lançaient leurs premières actions pour inscrire leur pays sur la carte politique dont il avait été rayé. Les peuples aspiraient à un ordre mondial plus juste, à récupérer leurs richesses naturelles, et en premier lieu le pétrole. 

 

Que de déceptions ont suivi ! A tel point qu’ont redressé la tête en Occident ces apologistes du « bilan positif » de la colonisation. Qu’ont repris vigueur tous les stéréotypes sur les Arabes et les musulmans, inaptes à la démocratie, incapables de se bien gouverner, enfermés dans un univers médiéval, n’aspirant qu’au retour à un viie siècle mythique. Piètres justifications du soutien aux pires dictatures qui avaient ce formidable avantage de permettre aux compagnies transnationales et aux bourgeoisies locales de continuer à piller et à s’enrichir, tout en prétendant que ces pays avançaient sur la voie interminable du développement et de l’élargissement des libertés. Combien de rapports de l’Union européenne et du Fonds monétaire international ont-ils encensé l’Egypte et la Tunisie pour leurs réformes économiques, c’est-à-dire une privatisation des richesses du pays au profit d’une infime minorité liée au pouvoir politique ? Combien de chefs d’Etat européens ont-ils vanté la « sagesse » du président Hosni Moubarak ou la « laïcité » du régime de M.Zine El-Abidine Ben Ali, soi-disant défenseur des femmes ? Combien de partis politiques européens ont-ils adoubé les partis-Etats égyptien et tunisien, membres de l’Internationale socialiste ? Tout paraissait immobile et éternel dans cet Orient dont la population ne pouvait comprendre que la force. 

 

Cinquante ans après l’indépendance algérienne, la bourrasque de la révolution balaie à nouveau tous les clichés. La révolte, née en Tunisie, a emporté les dictatures égyptienne et libyenne, s’est étendue, sous des formes multiples, du Yémen à la Syrie, du Bahreïn à la Jordanie, du Maroc à Oman. Aucun régime n’est plus à l’abri de cette aspiration à la fin des pouvoirs autoritaires, à un Etat civil, à la dignité, à une démocratie représentative, à la justice sociale, à la fin de la corruption. A nouveau, les peuples font leur propre histoire pour porter plus loin les rêves et les espoirs nés avec les indépendances. 

 

Paradoxalement, l’Algérie, à l’avant-garde dans les années 1960, semble préservée de ces espérances. Illusion d’optique ! Loin des feux médiatiques, le pays a connu en 2010 et en 2011 un nombre sans précédent de manifestations, de grèves, d’occupations, d’affrontements avec les forces de l’ordre. S’y expriment les mêmes aspirations que dans le reste du monde arabe, même si pèse sur ces mobilisations le spectre de la « décennie noire » des années 1990, cette guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts et laissé un pays meurtri et tétanisé, voulant à tout prix éviter de sombrer à nouveau dans les folies meurtrières. Les luttes intertribales en Libye, la militarisation partielle des affrontements au Yémen ou en Syrie ont accru ces craintes. 

 

Pourtant, l’Algérie pourrait, une nouvelle fois, surprendre et renouer avec cet élan qui, il y a cinquante ans, faisait l’admiration du monde, insuffler un espoir nouveau non seulement dans tout le Maghreb, mais aussi sur l’autre rive de la Méditerranée, victime d’une crise économique et sociale sans précédent. 

 

Car, malgré une histoire commune tourmentée, marquée par la colonisation, la guerre, la torture, les relations avec la France restent denses, multiples, riches. Des centaines de milliers de Français sont originaires de cette terre algérienne, des centaines de milliers d’Algériens vivent dans l’Hexagone. Et l’on se plaît à rêver d’une lutte commune des deux peuples pour bâtir un ensemble méditerranéen pacifié, cette utopie qui animait les Français « porteurs de valises » du Front de libération nationale (FLN) ayant parié sur l’indépendance algérienne et sur l’avenir fraternel des deux pays.

 

pâr Alain Gresch

 

source monde-diplomatique

 

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