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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 07:42

La liberté des médias enjeu capital pour la nouvelle Tunisie

 

La Tunisie, berceau du printemps arabe, accueille les célébrations de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Cet après-midi, le prix Guillermo-Cano sera remis, au palais présidentiel de Carthage, au journaliste azerbaïdjanais Eynulla Fatullayev. Suivra une conférence de deux jours, dans la banlieue de Tunis.

Dans une Tunisie en pleine transition démocratique, « la liberté de la presse est toujours menacée », estime Sana Farhat. La journaliste du quotidienLe Temps souffre d’une entorse cervicale, depuis qu’elle a été rouée de coups en couvrant une manifestation, le 4 janvier dernier.

Comme elle, au moins 25 professionnels de l’information ont été agressés par les forces de l’ordre depuis le début de l’année. « Les journalistes sont ciblés de façon quasi systématique par la police », déplore Nejiba Hamrouni, la présidente du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

INTIMIDATION


Les défenseurs de la liberté de la presse soulignent que les enquêtes promises par les autorités n’ont pour l’heure pas abouti et dénoncent une« absence de détermination » à mettre un terme à la violence policière, une pratique systématique sous le régime de Ben Ali. Pour Nejiba Hamrouni, cela procède d’une volonté du nouveau gouvernement, dominé par le parti islamiste Ennahda, « d’intimider les journalistes pour confisquer la liberté de ton acquise depuis la révolution » de janvier 2011.

Les procès intentés contre des directeurs de médias pour « atteintes aux bonnes mœurs » et « troubles à l’ordre public » relèvent, selon elle, de cette même logique.

Le 8 mars, le directeur d’un quotidien a été condamné à 1 000 dinars (500 €) d’amende pour avoir publié la photo d’une femme dénudée. Le patron de la chaîne de télévision privée Nessma, Nabil Karoui, pourrait connaître un sort comparable aujourd’hui. Les juges diront s’il est coupable d’avoir diffusé, le 7 octobre dernier, le film d’animation Persepolis, où Dieu est représenté, ce que l’islam interdit.

ATTENTE D’UNE HAUTE AUTORITÉ INDÉPENDANTE


La défiance s’était installée quelques jours seulement après la prise de fonction du nouveau gouvernement, quand le premier ministre, Hamadi Jebali, avait nommé, le 7 janvier, plusieurs hommes à lui à la tête des médias publics. Sous la pression, il avait finalement annulé les nominations de rédacteurs en chef et de directeurs de l’information.

Une victoire en demi-teinte pour le SNJT, qui souligne que la menace subsiste tant que ne sont pas activés les décrets-lois promulgués l’an dernier, qui créent une Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) et dotent le pays d’un nouveau code de la presse. Le gouvernement se refuse pour l’instant à adopter les décrets d’application nécessaires.

MANIFESTATIONS


Le 25 avril, le monde des médias était à nouveau mobilisé, au lendemain de heurts qui avaient fait plusieurs blessés devant la télévision nationale. Des protestataires y campaient depuis le 2 mars pour exiger l’épuration de la rédaction, accusée d’avoir servi le régime de Ben Ali et de saboter l’action du gouvernement actuel.

« Des suppôts de l’ancien régime sont toujours en place dans les médias publics », reconnaît Kamel Labidi, le président de l’Instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication (Inric), créée au lendemain de la révolution pour esquisser des pistes de réforme.

Le SNJT a établi une « liste noire » des journalistes qui ont servi le régime de Ben Ali contre rémunération. Mais il ne peut la publier, faute d’obtenir des autorités les documents prouvant leur corruption. « La mauvaise volonté est manifeste, bien qu’incompréhensible », dénonce Nejiba Hamrouni.   Camille Le TALLEC à Tunis;  la-croix.

 

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Des doutes sur la volonté du gouvernement à réformer l’information

La mise en œuvre des recommandations du rapport de l’Instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication (Inric) nécessite une réelle volonté politique.

 C’est ce qu’ont souligné des experts, interrogés par l’agence Tap, à la suite de la présentation de ce rapport, lundi, lors d’une conférence de presse à Tunis.

L’ancien ministre de l’Education Taieb Baccouche a estimé que «le gouvernement aurait dû  attendre la présentation du rapport de l’Inric et s’informer de son contenu avant de s’engager dans une consultation nationale sur le secteur de l’information». Celle-ci s’est réunie vendredi et samedi, mais boycottée par la plupart des institutions représentatives des médias. M. Baccouche s’est d’ailleurs interrogé sur les raisons de l’organisation de la consultation en ce moment précis «en l’absence des principaux représentants du secteur».

Les membres de l'INRIC au palais avec le président Marzouki

Une gestion similaire à celle de l’ancien régime

Pour Bochra Belhadj H’mida, avocate et militante des droits humains, le rapport de l’Inric comporte plusieurs points positifs qui visent à promouvoir le paysage médiatique et à rompre avec l’ancien système. «L’actuel gouvernement, a-t-elle dit, poursuit une gestion du secteur de l’information similaire à celle de l’ancien régime. En témoigne l’organisation d’une consultation dont il a fixé préalablement l’ordre du jour», a-t-elle soutenu.

«La ‘‘troïka’’ au pouvoir doit être consciente qu’il ne peut y avoir de transition vers une démocratie stable sans le respect de la liberté de presse et en veillant à ne pas intervenir dans le travail des journalistes».

De son côté, Nouri Lajmi, enseignant à l’Ipsi, a déclaré que le rapport propose un recensement scientifique et professionnel des points faibles du secteur de l’information. Il a appelé l’ensemble des structures actives dans le champ médiatique à resserrer les rangs pour promouvoir le secteur», a-t-il dit.

Pour le journaliste Khemaies Khayati, le rapport de l’Inric dénote une grande rigueur et professionnalisme. «La réforme doit venir de l’intérieur du secteur et ne peut être dictée par le gouvernement».

la présentation du rapport lors d’une conférence de presse à Tunis.

Absence d’une volonté politique de changement

«Les recommandations du rapport ne peuvent être mis en œuvre en l’absence d’une volonté politique» (de la part du gouvernement, Ndlr), a estimé, de son côté, Aymen Rezgui, membre du bureau du Snjt.

Recevant, lundi matin, à la Kasbah, le président de l’Inric, Kamel Labidi, qui lui a remis le rapport final de l’instance, le chef du gouvernement provisoire Hamadi Jebali a affirmé que «l’ère de la mainmise (du gouvernement, Ndlr) sur la presse est définitivement révolue», a indiqué M. Labidi.

«Hamadi Jebali a souligné la volonté des dirigeants politiques de voir la Tunisie dotée, à l’instar de tous les pays démocratiques, d’une presse libre, indépendante et pluraliste», a-t-il ajouté.

Le président de l’Inric a par ailleurs souligné que les décideurs, les pouvoirs exécutif et législatif et la société civile doivent prendre connaissance du rapport, expliquant que «la réforme de l’information exige de connaître tous les dépassements commis à l’encontre de la presse au cours des deux dernières décennies, entre destruction des institutions médiatiques et musellement de la presse».

Il s’est, en outre, félicité de «la volonté politique annoncée d’adopter ce rapport comme base d’un dialogue sérieux et constructif sur la réforme de l’information en Tunisie».

Lors de la conférence de presse de lundi, les membres de l’Inric ont déploré le manque de coopération du gouvernement, ses décisions unilatérales et sans concertation avec les instances concernées (nominations à la tête des médias publics, organisation d’une consultation nationale, etc.) et son peu d’empressement à donner suite aux propositions et recommandations de l’Inric concernant la réforme de l’information. kapitalis

 

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Nessma TV: jugement attendu jeudi, test pour la liberté d'expression

 

La justice tunisienne doit rendre jeudi son jugement dans le procès du patron de la chaîne Nessma, jugé pour "atteinte au sacré" après la diffusion l'an dernier du film franco-iranien Persepolis, une décision qui fait figure de test pour la liberté d'expression dans la nouvelle Tunisie.

Ce procès ouvert le 16 novembre 2011 et reporté deux fois a provoqué un tollé parmi les défenseurs des libertés et agité les milieux islamistes extrémistes responsables de violences en octobre. Le PDG de la chaîne Nabil Karoui est poursuivi pour "atteinte aux valeurs du sacré et aux bonnes mœurs et trouble à l'ordre public" après la diffusion de Persepolis qui raconte les dérives du régime iranien à travers les yeux d'une petite fille. En cause: une scène où Allah est incarné, un blasphème proscrit dans l'islam sunnite. Le film avait été diffusé le 7 octobre peu avant le premier scrutin organisé depuis la révolution ayant provoqué la chute du président Ben Ali en janvier 2011. Il avait aussi choqué une partie des Tunisiens dans un contexte de religiosité exacerbé par la montée en puissance du parti islamiste Ennahda, vainqueur des élections. Le PDG de la chaîne a publiquement présenté ses excuses au peuple tunisien pour la diffusion de la séquence controversée sans réussir à faire cesser les attaques et les poursuites engagées par des avocats de la partie civile.

L'affaire a profondément divisé les Tunisiens. Des extrémistes avaient tenté d'attaquer le siège de la chaîne et ses partisans ont mis en place un comité de défense des libertés. Après des débuts chaotiques ponctués d'incidents entre défenseurs des libertés nouvellement acquises et extrémistes prônant un islam rigoureux, le tribunal de première instance a mis l'affaire en délibéré à l'issue d'une audience de plaidoiries jeudi. "C'est un jour décisif pour la liberté d'expression et de la presse", avait déclaré M. Karoui jeudi à l'AFP. "Le jugement sera historique et aura un effet sur la région", avait prédit l'accusé dont la chaîne cible également les téléspectateurs en Algérie et au Maroc. Amnesty International (AI) a dénoncé une affaire qui "met en lumière les attaques contre la liberté d'expression" et demandé l'arrêt des poursuites tout comme l'organisation française Reporters sans frontière (RSF). "Poursuivre en justice et condamner des personnes parce qu'elles ont exprimé pacifiquement leurs opinions, même si celles-ci peuvent être considérées comme totalement choquantes par certains est inacceptable", selon Hassiba Hadj Sahraoui, responsable d'AI.

La Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) a suivi le procès pour "vérifier et constater que les instruments internationaux sont bien respectés" dans une affaire qui engage "un principe fondamental, celui de la liberté d'expression et la liberté de création". Les avocats de la partie civile ont plaidé le besoin de poser des limites à la liberté d'expression dès lors qu'il s'agit d'affronts aux sentiments religieux et d'atteintes au sacré. La plainte contre Nessma avait été déposée quelques jours après la diffusion du film par un collectif d'une centaine d'avocats, auquel se sont joints des associations ou des individus.

Hasard du calendrier ou coup médiatique? Le jugement coïncidera jeudi avec la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, une occasion de faire la lumière sur les tensions entre médias et pouvoirs et d'évaluer l'état des libertés en Tunisie, premier pays du "Printemps arabe". letempsdz


 

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 La bataille entre pouvoir et contre-pouvoir continue…

 

Le nouveau pouvoir de la troïka n’a pas encore digéré la liberté de ton usée, depuis la révolution, par les médias tunisiens, publics et privés. 
Le cauchemar vécu par les journalistes, 23 ans durant, est encore dans les mémoires et tiennent à résister pour préserver leur indépendance et répondre aux attentes de leurs lecteurs. 
 

Le pouvoir en place a, comme tout pouvoir, besoin de ces médias pour redorer son blason et augmenter ses chances de réussir les prochaines élections. 
On n’en est pas encore aux menaces et aux sanctions, mais les intimidations de tous genres sont permanentes. 
Le bras-de-fer continue… 

Le hasard a voulu que le verdict du procès de la chaîne Nessma pour la diffusion du film Persépolis coïncide avec la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Ce procès traduit, en effet, le flou dans lequel se trouve la liberté d’expression en Tunisie. Comment le parquet a-t-il accepté une telle plainte contre la diffusion d’un film qui n’est finalement qu’une œuvre artistique ? 

Le procès de Nabil Karoui traduit donc l’absence de repères clairs pour la liberté d’expression dans cette Tunisie postrévolutionnaire.

Le procès de Nessma n’est d’ailleurs pas le seul hic. Nasreddine Ben Saïda, le directeur du journal Ettounissia, n’a-t-il pas été arrêté illico presto pour la publication d’une photo jugée licencieuse ?
Ben Saïda a écopé d’une amende pour ce délit, alors que l’agresseur de notre collègue Zied Krichen, court toujours. Cet agresseur a été pourtant reconnu et sa photo continue à faire le tour du Net.
Le tort de Zyed Krichen se limite à avoir exprimé son soutien à la chaîne Nessma dans le cadre de son soutien à la liberté d’expression. 

Par ailleurs, on ne peut passer sous silence les tiraillements connus par l’établissement de la télévision tunisienne et, notamment, le personnel de son journal télévisé de 20 heures.
Le parti majoritaire Ennahdha ne cesse de multiplier les pressions afin d’amadouer l’équipe de ce journal télévisé, pour servir ses intérêts partisans. Les dirigeants de ce parti sont allés jusqu’à proposer la privatisation de ce service public parce que l’équipe de la rédaction a maintenu sa ligne professionnelle et indépendante.
Tout le monde se rappelle de ce sit-in de 50 jours de personnes qui scandaient sans cesse au micro des slogans portant atteinte aux journalistes de la télé et à leur honneur les traitant de tous les noms.

Le parti Ennahdha a clairement affiché son soutien à ce sit-in et le ministère public a fait preuve de souplesse en affirmant que ce rassemblement ne nuit pas à la liberté du travail.
Il a fallu que des affrontements éclatent entre les sit-inneurs et les employés de la télévision pour que le gouvernement fasse un appel à la fin de ce sit-in, tout en leur donnant raison quant à leur droit de demander à changer le contenu des programmes.

Ces différents incidents ont poussé toutes les instances de régulation de la presse à l’échelle arabe et internationale à crier à l’atteinte aux libertés d’expression en Tunisie. 
Des interrogations se sont également posées quant au retard dans l’installation d’un organe indépendant de régulation de la presse en Tunisie, tout comme celui de la justice.

Le gouvernement, se disant élu et légitime, ne s’est pas intéressé comme il se doit au dossier de la presse, préférant laisser des troupes de salafistes imposer la terreur dans la rue.
Et même le jour où il a décidé de tenir une rencontre pour débattre de la question, il n’est pas parvenu à rassembler tous les intervenants. Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) ainsi que l’Instance nationale de réforme de l’information et de la communication (INRIC) se sont retirées de la réunion, avec plusieurs autres personnalités indépendantes.

Il est donc clair que la visibilité n’est pas claire dans le secteur des médias avec un amalgame entre les médias publics et gouvernementaux. Les gouvernants croient que leur légitimité, ‘toute relative’ d’ailleurs, leur permet de domestiquer les médias. Ce qui est en contradiction avec toutes les normes de professionnalisme et d’objectivité, fondatrices de la profession médiatique.

Réformer le secteur des médias, c’est entre autres ouvrir les dossiers des journalistes corrompus par l’ancien régime. Or, le gouvernement persiste dans son refus de rendre publique cette liste sous prétexte de préserver la réputation et l’honneur des familles des concernées. 

En même temps, son ministre chargé du dossier politique se permet d’accuser, sans aucun fondement, le rédacteur en chef du journal ‘Le Maghreb’ de s’être corrompu avec la famille régnante du régime de Ben Ali et ce, sans le moindre égard pour sa famille et sa réputation.
Cela confirme de manière criarde la politique de ‘deux poids / deux mesures’ adoptée par le gouvernement qui veut garder sous sa coupe cette certains réseaux médiatiques, dont les services lui sont utiles, comme le prouve le retour en force de la presse de caniveaux.

N’a-t-on pas attaqué Emna Menif, Jawhar Ben Mbarek, Néjiba Hamrouni et bien d’autres, d’une manière grossière rappelant les méthodes de l’ancien régime contre ses opposants.
La Tunisie a certes besoin de mettre à niveau son secteur médiatique. Mais ceci devrait se passer d’une manière rationnelle, à base d’une évaluation objective de l’état des lieux, pour faire le diagnostic qu’il faut et déterminer les maux du secteur.
Tout plan de redressement doit partir de cette évaluation et tracer des objectifs clairs pour un monde médiatique professionnel et objectif.


Les médias tunisiens ont besoin, plus que jamais, de renforcer leurs ressources humaines et matérielles et de garantir leur indépendance du pouvoir exécutif.       
Mounir Ben Mahmoud; businessnews

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