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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 01:38

« Nous avons fait la révolution, mais le mode d'emploi n'est pas fourni. » Rencontré près de Sidi Bouzid, « la ville où tout a commencé », le jeune journaliste d'une des deux chaînes de télévision privées de Tunisie éclate d'un rire sonore en se rendant compte combien sa boutade est juste.  


 
Depuis des semaines, les événements se bousculent ici, personne ne sait de quoi le lendemain sera fait et où tout cela va s'arrêter. D'un bout à l'autre du pays, les Tunisiens de toute condition et de tous les âges répètent à qui veut bien l'entendre : « Nous n'en revenons toujours pas, nous vivons comme dans un rêve, un rêve éveillé. » Et ils ajoutent tous : « Ben Ali a fini par nous convaincre que nous étions un peuple de lâches et d'incapables ». Et l'histoire a prouvé que c'était tout le contraire. 


 
Le fruit de la répression 


 
Depuis plus d'un mois, les yeux du monde entier sont tournés vers ce petit pays de 10 millions d'habitants où a eu lieu la première révolution du 21e siècle. Moins d'un mois après que Mohamed Bouazizi, le jeune vendeur de fruits et de légumes de Sidi Bouzid, chef-lieu d'une des régions les plus pauvres du pays, s'est immolé devant l'édifice de l'autorité locale, le dictateur Zine el-Abidine Ben Ali quittait le pays, chassé par une révolution populaire, au bout de 23 ans de règne sans partage.  


 
Le suicide du jeune homme de 26 ans, harcelé et humilié par une policière qui lui a confisqué sa charrette sous prétexte qu'il n'avait pas de permis en bonne et due forme, a été l'étincelle qui a déclenché un véritable feu de brousse. La jeunesse de tout le pays s'est embrasée.  

 
« Nous n'avions aucune soupape de sécurité, nous étions le dos au mur, tout était interdit, nous étions humiliés quotidiennement, tous autant que nous sommes », explique Haythem, un jeune blogueur de Tunis qui a joué un grand rôle, en tant qu'activiste des réseaux sociaux, dans la diffusion d'informations qui ont permis que la révolte prenne forme. Après des années de répression et de surveillance policière, le pays a sauté comme un autocuiseur.  

 
Dans ses dernières convulsions, le régime Ben Ali a eu recours à une répression sanglante. Plus de 100 personnes, surtout des jeunes, ont payé de leur vie, tombées sous les balles des policiers. « Mon frère était quelqu'un de très fier », nous explique Leïla, la soeur cadette de Mohamed Bouazizi, devenu un héros pour toute une génération. « Se faire gifler par une policière était pour lui insupportable, la mort était préférable. » 


 
Nous entendons un son de cloche semblable à l'hôpital régional de Kasserine, la ville où on a compté le plus grand nombre de morts : 37, selon les statistiques officielles, 84, selon le chef de la réanimation de l'hôpital, qui a vu beaucoup de familles repartir avec leurs morts sans les enregistrer, de peur de représailles. 


 
Le jeune Kaïs, un étudiant de 20 ans, blessé par balle aux deux jambes, le 9 janvier dernier, est catégorique : « Je n'ai plus d'argent pour payer mes études et je n'ai aucune perspective de travail... Tant qu'à vivre comme ça, mieux vaut mourir sous les balles. » 
 


Sortir de la solitude 


 
Cette révolution a été un mouvement spontané que personne n'a dirigé et que personne n'avait prévu. La combinaison gagnante est née de deux éléments clés : une jeunesse, souvent éduquée, mais surtout désespérée, humiliée et sans perspectives d'avenir, et un espace de liberté appelé Internet et, plus précisément, Facebook, qui a permis aux régions de communiquer entre elles.  


 
« Vous n'êtes pas seuls » : voilà le message qui, relayé par des milliers de voix, via Internet, d'un bout à l'autre du pays, a donné du courage aux jeunes des régions pour affronter les balles. Dorénavant, ils savaient que le mouvement n'était pas concentré uniquement à Sidi Bouzid ou à Kasserine ou encore à Monastir. Ils savaient qu'il était global. 


 
Mais il n'y a pas eu qu'Internet. Une institution a joué un rôle fondamental pour donner à cette révolution spontanée un souffle qui a fini par chasser le dictateur et sa famille : c'est l'Union générale des travailleurs tunisiens.  
 


L'UGTT est le syndicat unique en Tunisie. Pendant des années, il a été le seul contre-pouvoir à la dictature. Toléré, bien que noyauté par les gens fidèles au régime, il s'est néanmoins développé pour devenir une organisation tentaculaire, qui compte aujourd'hui près de 250 000 membres. 
 


Ce sont les bureaux locaux de l'UGTT, partout dans le pays, qui ont repris le flambeau, qui ont encouragé le mouvement et qui ont fait grossir les rangs de cette jeunesse désespérée, prête à tout. Ce sont principalement les membres de l'UGTT qui sont descendus dans les rues de Tunis, en rangs serrés, pour donner ces masses qu'on a vu, jour après jour, dans l'avenue Habib-Bourgiba et qui ont finalement eu raison de la dictature. 
 


L'avenir de la révolution 
 

 


Aujourd'hui, la Tunisie est à la croisée des chemins. Jusqu'où doit aller cette révolution? Va-t-elle s'arrêter pour laisser les institutions travailler et pour préparer les premières élections libres? Le gouvernement de coalition, dont plusieurs membres sont liés de près à l'ancien régime et que les trois ministres issus de l'UGTT ont quitté, va-t-il survivre à la contestation qui ne désarme pas?  
 

 


Cette contestation, toute concentrée aujourd'hui à Tunis, est à nouveau composée de jeunes des régions pauvres, qui ont investi la capitale, prêts à tout pour faire tomber le gouvernement, et de l'UGTT qui appelle ses membres à faire la grève. Les enseignants du primaire ont largement suivi l'appel. Les écoles ne fonctionnent pas. Le gouvernement de transition va-t-il céder comme le dictateur, aujourd'hui en fuite? Le mouvement va-t-il s'essouffler? L'armée va-t-elle s'en mêler? Réponse, dans quelques heures, quelques jours ou... quelques semaines. 

 

lien : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets/2011/01/25/132134.shtml?auteur=2276

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Contribution des lecteurs_Débats
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