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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 07:09

Seif El islam Kadhafi 

 


 

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Violences et confusion à Bani Walid

 

Bani Walid

Photo: AFP/JOSEPH EID

Bani Walid

Le ministre libyen de l'Intérieur, Faouzi Abdelali, a démenti lundi que les violences à Bani Walid soient le fait de partisans de Mouammar Kadhafi. Il a attribué ces événements à des « problèmes internes » à cette ville située à 170 km de Tripoli.

M. Abdelali a expliqué que les violences étaient liées à la question des compensations destinées aux personnes touchées par la guerre et qu'« il y a un différend entre deux parties dans la ville sur cette question ».

Un correspondant de l'AFP qui a pu brièvement se rendre dans la ville a constaté qu'il y régnait la plus grande confusion et qu'il n'était pas possible de savoir qui était du côté des rebelles ou de l'ancien régime.

Auparavant, un responsable local avait affirmé à l'AFP que la ville de Bani Walid, dernier bastion de Kadhafi, est désormais contrôlée totalement par des partisans de l'ancien dirigeant libyen.

Au cours de l'attaque de la ville, cinq anciens rebelles ont été tués et une trentaine d'autres ont été blessés. Ce bilan a été confirmé par le ministre de l'Intérieur.

« La brigade du 28-Mai, la plus importante à Bani Walid et la seule qui dépende du ministère de la Défense, est encerclée par des fidèles de Kadhafi brandissant des drapeaux verts et est visée par toutes sortes de tirs », a indiqué Mahmoud El-Werfelli, porte-parole du conseil local de la ville.

« Ils sont environ 100 à 150 et ont des armes lourdes », a-t-il précisé.

« Nous avons demandé l'intervention de l'armée, mais le ministère de la Défense et le Conseil national de transition nous ont trahis, ils nous ont laissés entre le marteau et l'enclume », a-t-il déclaré.

En novembre, des combats meurtriers avaient opposé une milice d'un quartier de Tripoli, venue arrêter des habitants de Bani Walid, et des insurgés locaux.

 

Affrontements à Tripoli

 

La veille, des affrontements à Tripoli ont fait un mort et cinq blessés.

Excédés par les agissements d'un ex-détenu condamné dans une affaire de meurtre et libéré au début de l'insurrection libyenne par le régime de Mouammar Kadhafi, d'ex-rebelles ont tenté de l'arrêter, mais se sont heurtés à une résistance farouche, selon des témoins.

L'ex-prisonnier et son frère se sont réfugiés dans leur maison et ont tiré avec différents types d'armes, dont des roquettes RPG, des armes automatiques et des grenades, selon des habitants.

Des violences ont régulièrement lieu entre groupes armés depuis la fin du conflit qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi. En raison de la prolifération des armes, des incidents banals peuvent prendre de grandes proportions.

 

Le CNT contesté

 

La multiplication des incidents violents et la réapparition des partisans du défunt colonel Kadhafi surviennent au moment où le Conseil national de transition (CNT) est de plus en plus contesté. Une partie de la population exige l'exclusion des personnalités liées à l'ancien régime, qui occupent encore des postes de responsabilité.

À Benghazi, point de départ de l'insurrection contre Mouammar Kadhafi, des rassemblements ont lieu quotidiennement, où les manifestants exigent une transparence totale des dépenses publiques.

Dimanche, le vice-président du CNT, Abdel Hafiz Ghoga, a démissionné après avoir été chassé violemment jeudi d'une université de Benghazi, où il devait donner une conférence.

Samedi dans la soirée, le siège du CNT a été envahi par des manifestants.

Lorsque Moustapha Abdeljalil, le président du CNT, est sorti pour s'adresser à la foule, des manifestants lui ont lancé des bouteilles en plastique vides, obligeant les forces de l'ordre à tirer des grenades lacrymogènes.

« Dégage, dégage! », scandaient les protestataires lorsque le chef du CNT a pris la parole avant de se replier à l'intérieur du bâtiment.

S'adressant par la suite à des journalistes dans un hôtel, M. Abdeldjalil a estimé qu'il fallait donner du temps à ce gouvernement, installé depuis deux mois.

« Derrière ces manifestations, il y a quelque chose de néfaste pour le pays », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le président du CNT doit présenter dans la journée la loi électorale qui permettra de mettre en place d'ici six mois une assemblée nationale.

source radio-canada

 

 

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 Le gouvernement dément un assaut de pro-Kadhafi à Bani Walid

 

Un responsable local affirmait un peu plus tôt que des partisans de l'ancien dirigeant contrôlaient toute la ville.

 

Bani Walid le 17 octobre, lors de l'assaut final du CNT (MARCO LONGARI / AFP)

Bani Walid le 17 octobre, lors de l'assaut final du CNT (MARCO LONGARI / AFP)

 

Le ministre libyen de l'Intérieur Faouzi Abdelali a démenti que les violences à Bani Walid lundi 23 janvier soient le fait de partisans de l'ancien régime de feu Mouammar Kadhafi, affirmant qu'il s'agissait de "problèmes internes" à cette ville située à 170 km de Tripoli.

"Les informations dont nous disposons disent qu'il y a des problèmes internes entre les habitants de cette ville, et c'est la raison de ce qui s'est passé", a-t-il affirmé à la chaîne de télévision Libya, en confirmant un bilan de cinq morts.

"Les informations que nous avons en provenance de l'intérieur de la ville ne disent pas qu'il y a des drapeaux verts et il n'y a rien qui soit lié à l'ancien régime", a-t-il ajouté.

 

 

"Un différend entre deux parties dans la ville"

Le ministre a expliqué que les violences étaient liées à la question des compensations destinées aux personnes affectées par la guerre et qu'"il y a un différend entre deux parties dans la ville sur cette question".

"J'espère que les thowars (révolutionnaires) ne vont pas s'engouffrer derrière les informations diffusées par certaines stations" et attendront "la publication d'un communiqué officiel", a-t-il ajouté.

Un correspondant qui a pu brièvement se rendre dans la ville a constaté qu'il y régnait la plus grande confusion et qu'il n'était pas possible de savoir qui était du côté des rebelles ou de l'ancien régime.

 

"Ils contrôlent des quartiers importants dans le centre de la ville"

Bani Walid a été l'un des derniers bastions de Mouammar Kadhafi à tomber, quelques jours avant la mort de l'ancien dirigeant, et la fin du régime en octobre 2011 après huit mois d'un soulèvement sanglant.

 

D'après un responsable local un peu plus tôt dans la journée,des partisans du régime déchu de Kadhafi avaient pris le contrôle de "toute de la ville" à la suite d'affrontements sanglants avec des ex-rebelles.

"Ils contrôlent des quartiers importants dans le centre de la ville et y ont planté le drapeau vert (de Kadhafi)", avait affirmé Mahmoud el-Werfelli, porte-parole du conseil local de la ville, ancien bastion du défunt dirigeant libyen.

 source tempsreel.nouvelobs.


 

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L’après-El Gueddafi dans la douleur

La ville de Tripoli dégage une étrange impression pour le voyageur qui y débarque pour la première fois. Les scènes de vie quotidienne bien ordinaire contrastent fortement avec les rumeurs alarmistes sur les risques de guerre civile que font peser sur le pays les rapports de force au sein du CNT et les dissensions entre milices tribales et régionales.

 

Durant la journée, tout le monde vaque à ses affaires, mais au beau milieu de la nuit, on peut entendre les bruits sourds et lourds de menaces des armes de guerre.
Nos premiers contacts avec la capitale libyenne se font le vendredi 13 janvier, en provenance de la ville côtière de Zouara. Première surprise : il n’est pas aisé de conduire dans la joyeuse pagaille de la circulation tripolitaine où les bouchons n’ont rien à envier à ceux d’Alger. La vie quotidienne y a depuis longtemps repris ses droits. Aussitôt notre voiture garée, nous constatons que que Maydane Al Djazaïr a été effectivement rebaptisé Maydan Qatar. C’est la conséquence directe de la position franchement hostile à la révolution libyenne adoptée par le gouvernement algérien et ses relais médiatiques. Tous les Libyens que nous avons rencontrés tout au long de notre séjour de 10 jours dans ce pays nous diront leur déception de la position algérienne.

 

De maydane El Djazaïr à maydane Qatar


Dans tous les quartiers de Tripoli, la vie a repris ses droits depuis quelques temps déjà. Les écoles et les commerces ont rouvert leurs portes et il y a bien longtemps que les Tripolitains ont demandé aux Thouar de vider les lieux. En l’absence d’une autorité digne de ce nom, quelques souks de fruits et légumes anarchiques ont déjà fait leur apparition au bord de certaines routes. La ville est aussi sale qu’Alger mais partout, sur tous les murs, explosion de couleurs et floraison de slogans, de tags et de caricatures. C’est le premier journal libre du pays.

Les Libyens s’en donnent à cœur joie, même si El Gueddafi et sa famille restent encore la principale cible des nouveaux francs-tireurs de la liberté d’expression. Un slogan revient assez souvent pour attirer notre attention : «Arfaâ rassek, anta Libi horr !» (Relève la tête Libyen, tu es un homme libre). Nous avons cherché à comprendre le pourquoi de ce cri du cœur. Et voici l’explication que nous donnent nos accompagnateurs ; c’est une réponse à cet autre slogan : «Habat rassek ya Libi bach n’choufou wach rahoum idirou redjala» (Libyens baissez la tête qu’on puisse voir ce que font les hommes).

Ce sarcasme cruel, lancé par les Tunisiens au lendemain de l’éclatement de la révolution égyptienne, résonne encore dans les oreilles de beaucoup de Libyens. Il résonne encore dans les oreilles de Youcef, 47 ans, militant de la cause amazighe, qui nous le rapporte : «Cela nous faisait très mal de l’entendre.» Alors que les Egyptiens venaient de hisser le drapeau de révolte et que les Tunisiens s’étaient libérés du joug de leur despote, les Libyens donnaient encore l’image d’un peuple castré et résigné à son sort.

 

Peuple blessé


Ces railleries d’un peuple frère et les insultes du lunatique Gueddafi, traitant les Libyens de «rats» lorsque les premiers troubles ont éclaté à Benghazi, ont fini par réveiller l’orgueil d’un peuple blessé qui ne tardera pas à verser son sang à gros bouillons pour libérer son pays.
Jeudi 19 janvier, dans un grand hôtel au cœur de Tripoli. Mohamed Youcef El Megrief, opposant historique, donne sa première conférence de presse depuis sa rentrée au pays après un exil de plus de trente années. Ancien ministre et ambassadeur, il rejoint l’opposition en 1980 avant de s’installer à l’étranger où il fera l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat de la part des barbouzes de l’ex-«guide». Aujourd’hui, il lance un nouveau mouvement du nom de Conférence nationale de Tripoli.

 

La grande salle de réception de l’hôtel Al Wuddan est pleine à craquer. Il y a là un aréopage de personnalités et de ministres du gouvernement provisoire venus souhaiter la bienvenue à El Megrief. Il y a également des représentants de tribus et de régions qui défilent devant le micro pour se prêter à ce qui s’apparente à un véritable jeu d’allégeance. C’est une image vivante de la recomposition du paysage politique libyen, fait d’alliances tribales et politiques, qui se déroule sous nos yeux.
C’est le libéral Mahmoud Djibril que notre voisin de table, Izem El Ghawi, journaliste de profession, voit en véritable outsider pour les prochaines élections : «C’est le seul qui possède aussi bien les compétences que le charisme indispensables pour fédérer les forces libyennes.»

 

Pour cet observateur averti de la scène politique locale, les Frères musulmans ne peuvent, pour le moment, constituer une force politique étant donné que le peuple libyen est très conservateur. Ils ne peuvent donc jouer la carte de la dissolution des mœurs. Quant aux salafistes, ils se sont discrédités en ratant le tournant de la révolution. Lorsque les Libyens ont commencé à prendre les armes, ces intégristes fidèles à leurs principes prônaient l’obéissance au gouvernant (taât wali el amr) pour éviter la «fitna» préjudiciable à la «oumma». Reste à trouver un équilibre des forces entre les anciennes provinces libyennes (la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan), intégrer les nouvelles donnes constituées par l’émergence du fait amazigh et des islamistes avec leurs différentes tendances.  

 

Tout le monde est armé !


Le CNT et son aile exécutive restent aussi fragiles que minés par des dissensions internes. Personne ne peut se prévaloir de la force des armes car tout le monde est armé en Libye. Petit exemple du degré d’armement libyen : Samir, la trentaine, a fait la révolution. C’est un Amazigh de Djebel Nefoussa, chargé de nous mener d’un point A à un point B. Il possède à lui seul 2 PA, 8 kalachnikovs et une mitrailleuse 14,5 mm appelée couramment «larabaâtache ounoss». Il nous raconte la présente anecdote qui illustre on ne peut mieux les dissensions qui minent le fragile équilibre des pouvoirs au niveau des nouvelles autorités libyennes. Après avoir appris que le ministre des Blessés a octroyé deux avions aux gens de Misrata pour aller se faire soigner à l’étranger, les révolutionnaires de Djado sont descendus en force au siège du CNT. Ils ont sorti le ministre de la réunion à laquelle il assistait et l’ont mené littéralement en le tirant par l’oreille jusqu’à son bureau où il a signé pour Djado des dérogations qui autorisent les mêmes privilèges que ceux octroyés à Misrata.

 

Depuis la fin de la révolution, des charters de blessés sont envoyés en Turquie ou dans les pays du Golfe où ils sont soignés tous frais payés. Ce repos du guerrier s’accompagne d’un solide pécule pour permettre à ceux qui ont pris les armes de panser les plaies de la guerre et les bleus de leur âme. Aussi insignifiant soit-il, il donne lieu à des jalousies entre régions, tribus et groupes armés ainsi qu’à des dissensions internes au sein du CNT. 

 

Un CNT sous influence


Discussion à bâtons rompus avec un ex-membre du CNT, dans un appartement d’une cité tripolitaine. Le CNT a toujours souffert d’un déficit de crédibilité et de représentativité. Du temps de la révolution, certaines régions présentes au CNT ou à son bureau exécutif restaient loyales à El Gueddafi alors que d’autres étaient représentées par des Frères musulmans. Aux premiers mois de la révolution, les premiers différends entre l’est et l’ouest du pays apparaissaient au grand jour, tandis que des puissances étrangères traitaient directement avec des responsables de certaines régions sans en référer au CNT. Des cargaisons d’armes atterrissaient à Benghazi puis prenaient le chemin de fermes privées avant d’être distribuées à certains groupes de façon occulte. «Quand on demandait des armes au premier responsable du CNT, il nous renvoyait vers X ou Y pour traiter la question», se rappelle cet ancien membre du CNT. «Certaines de ces personnes nous disaient ‘si tu te ranges sous ma bannière, je te donne toutes les armes que tu désires’», ajoute-t-il. Certaines régions comme Misrata ou Djebel El Gharbi, qui avaient un urgent besoin en armes, étaient contraintes de les acheter sur fonds privés.

 

En fournissant l’argent, les armes, les munitions tout en disposant d’un outil de guerre surpuissant appelé Al Jazeera, les Qataris tiraient toutes les ficelles en coulisses. «Les scènes filmées où le drapeau amazigh apparaissait de façon trop voyante étaient expurgées des programmes d’Al Jazeera», dit encore l’ex-membre du CNT.
 

Alors que nous étions dans cet appartement, une information tombe au téléphone : des membres actifs du Congrès amazigh libyen sont conviés à une prise de contact et à une discussion informelle, à Alger, par l’intermédiaire d’un diplomate algérien. Alger chercherait-elle à connaître jusqu’où sont prêts à aller les Amazighs libyens dans leur revendication de la question amazighe ? Il est vrai que leur entêtement à revendiquer un statut de langue officielle pour tamazight va considérablement gêner Alger aux entournures.

 

Cela risque de pousser les Kabyles, endormis par de faux acquis, à élever désormais le niveau de leur revendication.
Une autre information se confirme : l’islamiste Belhadj recrute pour le front syrien. Il a sollicité des combattants des régions berbères. Réponse des intéressés : pas question d’envoyer nos enfants se faire tuer en Syrie.
Il y a quelques jours, les nouvelles autorités libyennes ont annoncé le retrait des billets de 50 dinars. Des indiscrétions recueillies auprès de nos hôtes nous ont appris que de très grosses fuites de capitaux se font tous les jours que Dieu fait.

 

Fuite de capitaux


Le pays est encore aux mains des régions et des groupes armés. Zenten contrôle l’aéroport de Tripoli et la frontière au dessous de Ghadamès  Misrata contrôle le port ; Djado garde la main sur la cité touristique de Regatta que le gouvernement provisoire voudrait bien récupérer pour y loger ses ministres. Les postes frontaliers, à l’ouest, sont contrôlés par les factions amazighes. Dans les milieux avertis, il se murmure que Zenten vend la mitrailleuse de type «larbaâtache ounoss» à un prix oscillant entre 40 et 45 000 dinars libyens. Entre la rébellion touareg et les chefs d’AQMI, les clients ne manquent pas.   

 

Au sortir de Tripoli où les stigmates de la guerre ne sont pas vraiment légion si l’on excepte Bab El Azizia et quelques bastions gueddafistes, c’est un autre monde qui s’offre au visiteur. A l’évidence, en dehors des grands centres urbains, la Libye est un pays en jachère. Son immense richesse n’a servi qu’à la famille Gueddafi et à sa cour. Il n’y a pas de bus, pas de train et même si tout le monde possède une voiture, les routes ne sont pas toujours bonnes. La Libye est un pays vierge, où tout doit être construit ou reconstruit, à commencer par les institutions du futur Etat.  

 
S’il est évident que les Libyens ont relevé la tête depuis que celle d’El Gueddafi est tombée, il leur reste à relever de grands défis : construire un Etat et apprendre à vivre ensemble.  

source elwatan

 

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La Libye au bord du chaos


Les manifestations se multiplient dans le pays comme ici à Benghazi, à l'est de la Libye

Les manifestations se multiplient dans le pays comme ici à Benghazi, à l'est de la Libye © Reuters

  

Accusé de "clientélisme et de manque de transparence, le CNT est de plus en plus contesté.

 

Le spectre de la guerre civile plane toujours en Libye. Trois mois après la mort de Mouammar Kadhafi et la proclamation de la libération du pays par le Conseil National de Transition (CNT), la Libye semble plus que jamais au bord du chaos. Europe1.fr fait le point avec Patrick Haimzadeh, ancien diplomate français à Tripoli de 2001 à 2004 et auteur de l’ouvrage Au cœur de la Libye de Kadhafi*.


Si les incidents se multiplient depuis quelques jours dans tout le pays, la contestation du pouvoir en place est particulièrement vive à Benghazi, berceau de la révolution libyenne. Le siège du CNT de cette ville de l’est a été attaqué, samedi, par des manifestants réclamant plus de transparence mais aussi l’exclusion des personnalités liées à l’ancien régime. Sous la pression de la rue, l'adoption de la loi électorale qui régira l'élection d'une assemblée constituante en juin a également été reportée.

Un CNT "délégitimé"

 

Presqu’un an après leur désignation, les membres du CNT restent mal connus. "Dans les régions libérées comme le Cyrénaïque, leur identité est connue, dans d’autres, on a refusé des les communiquer pour des raisons de sécurité parce qu’ils étaient toujours sous la coupe de Kadhafi. Les gens estiment qu’ils ne les représentent pas parce qu’ils ne les ont pas nommés", explique Patrick Haimzadeh.

 

Autre sujet de grogne, l’argent. Les manifestants de Benghazi exigent également une totale transparence sur les dépenses publiques, notamment sur la destination des fonds libyens gelés à l'étranger pendant la guerre civile et dont une partie a été débloquée après la chute de Mouammar Kadhafi. "Les jeunes veulent de l’emploi et ne voient rien arriver. Ils se demandent où va l’argent, ils pensent que c’est le même système qu’avant, le même clientélisme où ils ne servent que leurs propres intérêts, pas celui du peuple libyen. Ils n’ont pas fait la révolution pour ça. C’est une logique de contestation quasi générale", détaille l’ancien diplomate.

Les membres de l'ancien régime conspués

 

"L’absence d’Etat" pourrait également précipiter le pays dans un cycle de violences. Le CNT est totalement "délégitimé" précise le spécialiste de la Libye. "Il a une légitimité que l’étranger lui a conférée très vite.Nicolas Sarkozy, la France a été la première à l’avoir reconnu comme la seule autorité légitime du peuple libyen. Ce n’est pas le cas aujourd’hui en Libye. Un par un, les membres du CNT et du gouvernement sont de plus contestés par un certain nombre de groupes armés et par les jeunes de Benghazi", précise l’ancien diplomate.

Considéré comme un symbole de l’ancienne dictature kadhafiste, Abdelhafidh Ghoga, le numéro deux du pouvoir en place, a ainsi été agressé jeudi à l’université de Ghar Younès, à Benghazi où il devait assister à une cérémonie en l'honneur des martyrs de la révolution. Abdelhafidh Ghoga a finalement jeté l’éponge dimanche.

La menace de la guerre civile

 

Pris sous le feu des critiques, le chef du CNT, Moustapha Abdeljalil a haussé le ton dimanche, brandissant la menace d’une "guerre civile". "Nous ne démissionnerons pas car elle (la démission) mènerait à une guerre civile", a affirmé Moustapha Abdeljalil dans une interview à la télévision libyenne Libya Al-Hurra, Libye libre. Il a dénoncé des "des mains cachées qui poussent les manifestants (...)", tout en rappelant que le Conseil ne se mêlait pas des affaires de l'exécutif. "C’est la vieille rhétorique habituelle d’un Etat autoritaire qui existait déjà sous Kadhafi. C’est mauvais signe, c’est un constat d’échec. Cela veut dire qu’on cherche une unité nationale par le biais d’une menace étrangère hypothétique, brandie mais jamais vraiment nommée. La main cachée, c’est la situation en Libye, c’est tout", insiste Patrick Haimzadeh.

 

La menace d'embrasement interne est plus que réelle. "Le risque de guerre civile avait déjà été évoqué par Moustapha Abdeljalil il y a trois semaines. Aujourd’hui, on n’est plus dans le clivage manichéen qu’on nous a servi pendant 6 mois, c'est-à-dire les gentils contre Kadhafi. Il s’agit de Libyens qui se battent entre eux selon des lignes de facture complexes : locales, tribales, idéologiques dans certains cas voire des conflits d’intérêts. Et tout le monde a des armes", analyse Patrick Haimzadeh.

La déstabilisation par les armes

 

Plusieurs centaines de milliers d’armes, entre 150.000 et 200.0000 seraient en effet toujours entre les mains de la population, selon les estimations du CNT. "Il y a au moins une ou deux voire trois ou quatre kalachnikovs par famille. Il y a plusieurs millions d’armes légères en circulation. Une arme, ça incite à s’en servir. C’est plus facile de faire régner l’ordre ou la terreur quand on a une kalachnikov. C’est un facteur de déstabilisation", ajoute Patrick Haimzadeh.

 

La situation serait telle que le CNT aurait appelé le Pentagone à l’aide. Selon une rumeur, 12.000 soldats américains seraient ainsi sur le point d’être déployés en Libye notamment pour protéger les champs pétrolifères. "Irréaliste", estime le spécialiste de la Libye. "Les Américains ne sont pas les principaux bénéficiaires du pétrole libyen. Si vous prenez les quotas d’exportation, ce sont plutôt les Européens qui sont concernés".

 

La paix va-t-elle revenir ? "Je ne pense pas que ça va s’arranger dans l’année à venir", regrette Patrick Haimzadeh. "La situation va même se dégrader. Si vous regardez la courbe des affrontements et des morts depuis la chute de Tripoli et la mort de Kadhafi, ça n’est pas en diminution. La violence n’est pas résiduelle. A partir du moment où vous avez une multiplication des affrontements et des faits de violence, le cycle des violences à tendance à s’autoalimenter".

 

Faut-il pour autant craindre le retour des Pro-kadhafi ? Bani Walid, ancien bastion de Mouammar Kadhafi serait tombée lundi dans les mains des partisans de l’ancien dictateur, selon les responsables locaux. Pour Patrick Haimzadeh, la guerre "a réveillé des clivages plus profonds. Des régions entières sont affectées par l’arrivée de ce nouveau régime. Elles se sentent marginalisées et se réfugient dans la nostalgie de Khadafi, un homme d’honneur, contrairement aux traîtres".

* Jean-Claude Lattès   source europe1 

 

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Libye : l'après Kadhafi
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