Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 03:07

Alaya Allani : «Le wahhabisme n’a d’avenir ni dans la nouvelle Tunisie ni dans le Maghreb»

 

 

Des oeuvres détruites, des artistes malmenés, des festivals attaqués….Ni le parti d’Ennahda, ni le gouvernement de Merzouki n’ont condamné la montée de violence des  salafistes tunisiens. Extrémisme religieux et démocratie font-ils bon ménage ? Alaya Allani, Historien et chercheur en islamisme au Maghreb à l'université Manouba de Tunis, décrypte, pour El Watan Week-end, l’équation islamiste de Tunisie.

 

Les heurts des islamistes, en Tunisie, semblaient anecdotiques. Cependant, dernièrement nous avons relevé une recrudescence des actes de violence envers la société civile. Pourraient-ils aller plus loin ?

Dès les premiers jours de la révolution tunisienne du 14 janvier 2011, les islamistes d’Ennahda ne cessaient d’affirmer la compatibilité entre l’islam et la démocratie. Au cours de la campagne électorale, ils avaient présenté un programme qui ne diffère en rien ou presque de ceux des partis laïques (aucune mention de la charia, un soutien total au Code de statut personnel, etc.). Mais juste après les élections du 23 octobre 2011 qui donnaient au Nahdhaouis 41,90% des voix, les islamistes ont commencé à défendre un discours autre que ce qu’ils ont présenté avant les élections, lequel se caractérise par une volonté d’islamiser les textes de loi, en cherchant à mentionner la charia comme source de législation dans la future Constitution. Devant la résistance de la société civile, ils ont renoncé à ce projet. Une criminalisation de toute menace au sacré. Un rapprochement inattendu avec les salafistes sous prétexte de la nécessité d’impliquer cette tendance dans le paysage politique afin de la rationaliser. Le pouvoir islamiste a déjà légalisé trois partis salafistes (Hizb Al Islah, Hizb El Aman, Hizb Arrahma) et un parti de la mouvance de l’islam radical, Hizb Attahrir, qui ne cesse de déclarer qu’il est contre la démocratie et le régime républicain. La stratégie de neutralisation des salafistes, adoptée par Ennahda, n’arrive pas à arrêter leurs actes de violence contre les bars, les restaurants et les locaux publics.

 

 

Ils s’en sont pris aux artistes et aux manifestations culturelles, mais l'Etat n'a pas l'air de s'en inquiéter. Les déclarations officielles n’ont pas modéré les actes de violence…

L’attaque salafiste contre les artistes et les festivals culturels a suscité une réaction d’indignation chez l’élite et même chez une partie de l’opinion publique. Le gouvernement, qui se sent gêné par ces attaques, réagit timidement, soit par des communiqués dénonçant ces actes, soit par des arrestations de salafistes qui se terminent dans la plupart du temps par leur libération après quelques jours. La classe politique non islamiste voit d’un mauvais œil les dernières déclarations de Ghannouchi et de Jebali, très indulgentes envers les salafistes, et leur appel à maintenir le dialogue avec cette mouvance pour l’intégrer dans le paysage politique, afin d’éviter toute activité clandestine. Personne ne refuse le dialogue avec les salafistes, mais ce qui est inacceptable, c’est leur recours à la violence qui perturbe la paix sociale. Le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires pour éviter le pire. Un communiqué du ministère de l’Intérieur a révélé qu’il n’avait pas prévu les conséquences de l’incident du Festival de Bizerte. Après que les islamistes aient perturbé un spectacle, le public a violemment protesté contre les violences salafistes. Le parti Ennahda préfère parfois maintenir l’ambiguïté dans ses relations avec ses alliés, qu’ils soient des salafistes ou des partis de la troïka, parce qu’il est en train de reconstruire la carte des alliances, en prévision de l’élection présidentielle de 2013. Ennahda se prépare pour un difficile face-à-face électoral avec le parti Appel de Tunis de l’ancien Premier ministre, Béji Caïd Essebsi. Il y aura certainement d’autres opposants mais ils sont de moindre envergure. C’est pour cela que les islamistes essayent de regrouper autour d’eux le maximum de courants politiques. D’ailleurs, la direction d’Ennahda s’est sentie dans l’embarras lorsque le président Marzouki a comparé la politique d’Ennahda à celle du RCD (ancien parti de Ben Ali, ndlr), lors de son discours d’ouverture au deuxième congrès (du CPR ndlr), le 25 août dernier. Marzouki avait aussi dénoncé la stratégie hégémonique du parti islamiste majoritaire concernant les nominations aux postes-clés de l’administration. Cette stratégie ambiguë sert, à mon avis, Ennahda. C’est déjà une stratégie adoptée par la majorité écrasante des partis islamistes dans le Monde arabe.

 

 

Les médias parlent de trois groupes distincts : les ultraconservateurs, les conservateurs et les progressistes. Pouvez-vous les définir et nous dire ce qui les rapproche et les différencie ?

Il n’existe pas de progressistes parmi les agresseurs. Il y a des conservateurs qui appartiennent soit à la tendance salafiste réformiste (Salafyya Ilmyya) dirigée par Béchir Belhassan, soit à la tendance salafiste jihadiste dirigée par Seifallah Ben Hassine connu sous le nom de Abou Iyadh. On trouve aussi parmi les agresseurs de faux salafistes alliés avec d’anciens responsables RCDistes de l’ex-parti de Ben Ali.

 

 

Le mouvement Ennahda tangue entre deux positions. Pourquoi cultive-t-il cette ambiguïté et n'ose pas trancher ouvertement sa profonde conviction ?

Ennahda n’arrive pas à trancher concernant la question salafiste et préfère tenir un discours ambigu qui oscille entre un libéralisme politique et un conservatisme religieux. Ennahda n’ose pas exprimer ouvertement sa propre conviction, parce que ses fondements théoriques s’inspirent largement de la pensée salafiste. Ses relations avec quelques pays du Golfe nécessitent un rapprochement avec une version conservatrice de l’islam. Les salafistes constituent pour Ennahda un allié malgré certaines hostilités.

 

 

La société tunisienne a longtemps bataillé pour ses droits, comment va-t-elle répliquer face à cette montée islamiste ?

Depuis longtemps, les Tunisiens s’attachent beaucoup à leurs acquis sociaux (droits de la femme, modernité, enseignement mixte, etc.), c’est-à-dire à un modèle de société libérale, ouverte et tolérante. Je ne pense pas qu’ils vont renoncer facilement à tous ces acquis. La société civile tunisienne est vigilante et capable de défendre les acquis de la modernité.

 

 

Pensez-vous qu’à long terme, le wahhabisme, qui empêche tout effort intellectuel, gagnera du terrain dans les pays du Maghreb?

Le wahhabisme n’aura pas d’avenir dans la nouvelle Tunisie et même dans les pays du Maghreb malgré les dernières tentatives de quelques prédicateurs saoudiens de diffuser la doctrine wahhabite en Tunisie. Cela se fait par le biais de cycles de formation, lancés récemment à l’adresse de jeunes ayant un niveau d’instruction très limité. Abdelfattah Mourou, un des fondateurs d’Ennahda, a déclaré que ces derniers reçoivent, pendant la période de formation, une prime de la part des organisateurs. Les analystes dénoncent la passivité du mouvement Ennahda et du gouvernement envers de telles initiatives.

L’Algérie a aussi beaucoup souffert des répercussions de la pensée wahhabite au début des années 1990. La Libye est encore sous le choc de la démolition par des salafistes du mausolée du saint Abdessalem Al Asmar de Tripoli, construit au XVIe siècle, le 25 août dernier.

 

Peut-on dire que, finalement, la démocratie dans nos pays est incompatible avec les dogmes des islamistes ?

Il est un peu tôt pour dire que l’islamisme est incompatible avec la démocratie. Le premier bilan des islamistes au pouvoir, malgré la courte durée, n’est pas du tout positif : le double discours persiste, l’hostilité envers les artistes et l’élite intellectuelle continue. Je pense que l’aile libérale du mouvement Ennahda qui représente 40% de sa base, selon les dernières statistiques du 9e congrès du mouvement, n’arrive pas à contrôler les rouages du parti. Surtout que Rached Ghannouchi continue à bénéficier des pleins pouvoirs, en vertu du règlement intérieur. D’ailleurs pendant le 9e congrès du parti, les motions de l’aile libérale ont été rejetées, par exemple l’élection du chef du parti par le majliss choura (conseil national) et non par les congressistes, l’élection du bureau exécutif au lieu de sa nomination par le chef du mouvement, la séparation entre la vocation politique et la vocation religieuse du parti…

 

 

Pour certains, les islamistes ne sont qu’une invention pour détourner les regards des  vraies questions d'ordre démocratique comme en témoigne l’expérience de l'Algérie…

C’est une thèse partagée par quelques analystes qui croient que le mouvement Ennahda vise par cette stratégie à détourner les regards des vrais problèmes socioéconomiques. Mais il y en a d’autres qui croient que les islamistes donnent beaucoup d’importance à la continuité de leur alliance avec des partis laïques.

 

 

Sur les questions régionales, ce qui se passe au nord du Mali n'a pas été condamné fermement par les instances religieuses concernées. La région du Sahel est idéale pour Al Qaîda, Ançar Eddine et le Mujao. Que cherchent-ils et surtout à quoi se préparent-ils ?

Les islamistes maliens appartiennent, dans leur majorité, à la mouvance salafiste jihadiste pro-wahhabite. Leur influence sur le nord du pays s’explique par l’absence du pouvoir central. La démolition des mausolées des saints à Tombouctou et l’interdiction de la diffusion des chansons occidentales à la radio locale ne peuvent qu’alimenter la colère d’une bonne partie du peuple malien. Mais je ne pense pas qu’une intervention militaire de la part de l’OTAN ou d’autres pays voisins puisse mettre un terme à ce courant djihadiste. Seuls le peuple malien et les élites de ce pays peuvent réduire l’influence d’un tel courant.

 

Al Qaîda, Ançar Eddine, Mujao, Boko Haram… Le continent va-t-il vers la «démocratisation» des groupuscules islamistes et au final la justification des interventions étrangères ?

C’est une règle générale,  la démocratisation des groupuscules islamistes passe évidemment par l’intervention étrangère. Cela est peut-être vrai dans certains pays du Printemps arabe.

Pour la Tunisie, je pense que la rationalisation du phénomène islamiste aura plus de chance de se concrétiser si les Nahdhaouis renoncent à leur alliance avec les salafistes et s’ils acceptent de ne pas instrumentaliser la religion à des fins politiques. C’est un pari difficile mais possible. Le modèle turc rejeté par les Frères musulmans du Monde arabe séduit encore l’aile libérale du parti Ennahda.  elwatan

 

Bio express :

 

Alaya Allani est professeur d’histoire contemporaine à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba et spécialiste des mouvements islamiste dans les pays du Maghreb. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et études sur le thème des phénomènes politico-religieux dans le monde arabe comme Les Mouvements islamistes dans le monde arabe : les cas de la Tunisie, Les mouvements salafistes au Maghreb, et Le courant religieux en Tunisie entre confrontation et participation.

 

 

_________________________________________________________________________________________________

Lotfi Zitoun fait son show à la Kasbah

 

Lotfi Zitoun et quelques élu (e)s d’Ennahdha se sont joints vendredi aux manifestants rassemblés à la Place du gouvernement pour soutenir le gouvernement.

 

Invité il y a quelques jours par une radio privée pour répondre aux critiques des médias concernant les nouvelles nominations à la tête de Dar Assabah et de la Télévision nationale (deux personnes connues pour leur appartenance à l’ancien régime avant de devenir des thuriféraires d’Ennahdha au lendemain du 14 janvier 2011), Lotfi Zitoun, conseiller politique auprès du chef du gouvernement, a profité de l’occasion pour lancer aux partisans d’Ennahdha et au peuple tunisien un appel à une «milliounia» (une manifestation rassemblant un million de personnes) à la Place du gouvernement à la Kasbah pour soutenir le gouvernement islamiste conduit par Hamadi Jebali et l’encourager à poursuivre sa politique d’assainissement et sa lutte contre la corruption.

 

La «milliounia» n’a assemblé finalement que quelque centaines de personnes. Aux premiers rangs de ce rassemblement non autorisé par le ministère de l’Intérieur, Lotfi Zitoun, représentant du gouvernement, en manque de soutien. Muni d’un haut parleur, le conseiller politique du gouvernement a appelé les manifestants à soutenir son gouvernement «contre le retour des Rcdistes». Autour de lui, quelques personnes, munis de «bendirs» (cela ne s’invente pas !), répétaient ses propos comme des sourates de Coran.


alt

 

Un peu plus loin, quelques personnes qui se réclament du «mouvement de la Kasbah» – qui a chassé l’ex-Premier ministre Mohamed Ghannouchi –, ont, au contraire, demandé des comptes au gouvernement qui n’a pas tenu ses promesses et qui a tourné le dos aux demandes du peuple pour s’accaparer du pouvoir et mettre ses pions dans les institutions publiques.

 

La performance de M. Zitoun a été diffusée en direct par la chaîne qatarie Al-Jazira (et cela aussi ne s’invente pas !).

Al-Jazira est, on le sait, la télévision préférée des dirigeants d’Ennahdha : celle qui les a beaucoup aidés à prendre le pouvoir en Tunisie. kapitalis

 

____________________________________________________

Les islamistes interdisent aux journalistes de Watania 1 de filmer l'accusant d'être contre le gouvernement Nahdhaoui

 

 

_________________________________________________________________________

En Tunisie, des citoyens veulent envoyer l'Assemblée constituante au tribunal

 


L'Assemblée constituante tunisienne lors de sa première séance, le 22 novembre 2011 à Tunis.

 

Plusieurs associations et militants ont déposé plainte contre le palais du Bardo. Lassés par l’opacité qui règne à l’Assemblée, ils réclament l’application de la transparence et la publication des activités parlementaires.


 

C’est une grande première en Tunisie. Mercredi 29 août, un collectif de citoyens a déposé plainte contre l’Assemblée nationale constituante (ANC) au tribunal administratif de Tunis. Ils reprochent au palais du Bardo de ne pas respecter l’obligation de transparence à laquelle il est théoriquement soumis. Les plaignants – l’ONG Al Bawsala, l’association Nawaat, et plusieurs membres du collectif OpenGov TN – exigent « la publication des votes des élus, des registres de présence, ainsi que de tous les procès verbaux, rapports et travaux réalisés depuis le 23 Octobre 2011 ».


 

La loi et le règlement intérieur de l’Assemblée nationale constituante imposent la diffusion de ces informations. Pourtant, plus de dix mois après sa création, l’ANC refuse toujours de rendre ses activités publiques. Un groupe de parlementaires, acquis au principe d’ « open gouvernance », a bataillé pendant un temps pour obtenir la publication en ligne des débats. Ils ont fini par renoncer et se ranger derrière l’avis des dirigeants de la troïka, qui jugeaient la période trop sensible pour ce genre d’initiative. Lassés par cet échec et plusieurs actions vaines, les militants ont décidé de passer la vitesse supérieure en portant l’affaire devant les tribunaux.


 

« J’ai personnellement rencontré Mustapha Ben Jaafar (président de l’ANC, NDLR) à deux reprises, explique Amira Yahyaoui, présidente de l’ONG plaignante, Al Bawsala. Il s’était engagé deux fois à appliquer la transparence. Il ne l’a jamais fait ». Lors d’une conférence de presse organisée dans un hôtel de Tunis, le « collectif de la plainte contre l’ANC » a répété que la plainte ne visait pas les élus mais bien le bureau de l’Assemblée. D’après ses membres, cette procédure en justice était devenue inévitable face au mutisme des responsables parlementaires.


 

La transparence coûte que coûte


La plainte soumise au tribunal administratif de Tunis, une longue procédure judiciaire va désormais commencer. « Je pense qu’il n’y aura pas de procès avant un an et demi, deux ans, indique Kaïs Berjab, un des quatre avocats du collectif citoyen. Mais là n’est pas le sujet. Nous menons cette action pour le symbole et souhaitons créer une jurisprudence historique en la matière ». Avec la pression médiatique qui entoure le Bardo, une accélération de la procédure est toutefois envisageable. Reste aussi à savoir ce qu'il adviendrait en cas de dissolution de la Constituante, une situation inédite et sans précédent.

 

 

En s’attaquant à l’État tunisien, les plaignants savent que la tâche sera compliquée. « La justice n’est pas indépendante, c’est sûr, mais nous avons bon espoir, analyse Amira Yahyaoui. Ce procès va être très médiatique et nous avons un fort soutien populaire ».

 

 

Remontée comme une pendule, la présidente d’Al Bawsala est déterminée à faire appliquer les droits de ses compatriotes. Elle annonce d’ores et déjà qu’en cas de jugement défavorable, le collectif fera appel. Et ne ferme pas la porte à des actions plus radicales si leurs revendications ne sont pas entendues. « On ira jusqu’au bout et on obtiendra cette transparence coûte que coûte », prévient-elle. D'ici là, la plainte sera sûrement au centre des discussions lors de la rentrée parlementaire, prévue lundi 3 septembre. Jeuneafrique

.xcx,c,c

Partager cet article

Repost 0
Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Religion _ L'Islam politique _ Salafistes_ Chokri
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : thala solidaire.over-blog.com
  •  thala solidaire.over-blog.com
  • : ThalaSolidaire est dédié à la ville de Thala, ville phare de la Révolution tunisienne. Thala est une petite agglomération du centre-ouest de la Tunisie. Elle est connue pour son histoire antique, ses sources, ses carrières de marbre, devenues une sorte de tragédie écologique et économique, sa résistance et sa misère. Thala solidaire a pour objectif de rassembler toutes les voix INDIGNÉES pour donner à cette terre ainsi qu'à toutes autres terres un droit à la vie et à la dignité…
  • Contact

Recherche

Vidéos

Catégories