Vendredi 9 mars 5 09 /03 /Mars 03:05

Des milliers de femmes manifestent pour défendre leurs acquis

 

A l'appel de nombre d'associations de la société civile, plusieurs milliers de femmes se sont rassemblées jeudi devant l'assemblée constituante, près de Tunis, pour défendre leurs droits et leurs acquis, à l'occasion de la Journée internationale de la femme, a constaté un journaliste de l'Associated Press.

"Touche pas à mon code", "la Tunisienne, phare de la révolution, refuse la soumission", pouvait-on lire sur certaines pancartes brandies par les manifestantes qu'un grand nombre d'hommes étaient venus soutenir.

Grâce au Code du statut personnel (CSP) promulgué au lendemain de l'indépendance de la Tunisie en 1956 par l'ancien président Habib Bourguiba, la femme tunisienne jouit d'une position privilégiée dans le monde arabo-musulman.

Considéré comme un "acte révolutionnaire", ce document a aboli la polygamie et accorde l'égalité entre l'homme et la femme dans divers domaines, notamment dans l'enseignement, le travail et le vote.

Les forces de l'ordre ont empêché des groupes d'islamistes radicaux de se diriger vers les lieux du rassemblement pour une contre-manifestation, selon une participante.

"De quel islam ils parlent, afghan, wahabite ou quoi ?", s'est insurgée Badra Gaâloul, une sociologue âgée de 35 ans.

Tout en affichant sa fierté d'être arabe et musulmane, elle se dit attachée à "nos spécificités et notre culture tunisiennes faites d'ouverture et de modération".

Pour sa soeur Afef, professeur d'arabe, 33 ans, "il n'est pas question qu'on fasse marche arrière. Nous sommes déterminées à défendre nos acquis que nous jalousent beaucoup de pays même en Europe".

A l'instar d'autres manifestantes, elle s'est déclarée "choquée" par les salafistes qui avaient décroché mercredi le drapeau tunisien devant le bâtiment de la faculté des lettres et des sciences humaines de la Manouba, dans les environs de Tunis, pour le remplacer par leur emblème noir sur lequel figure la profession de foi musulmane.

"Ce drapeau nous unit, c'est le symbole de l'identité tunisienne et nous est cher parce que beaucoup de Tunisiens sont morts pour lui", a-t-elle martelé.

Venu soutenir les femmes dans leur lutte, Dakhli Slaheddine, un médecin, la cinquantaine, n'a pas caché son "inquiétude" face aux "courants rétrogrades" qui se manifestent avant la rédaction de la nouvelle Constitution tunisienne.

Il s'en est pris aux prédicateurs arabes qui se succèdent en Tunisie, dont l'Egyptien Wajdi Ghoneim qui se dit favorable à l'excision, et a accusé le mouvement islamiste "Ennahdha", vainqueur des élections d'octobre, de tenir "un double langage".

Les dirigeants d'Ennahdha s'en défendent cependant. Figure de proue du parti islamiste, Souad Abderrahim, une pharmacienne non voilée, a même annoncé sur radio Mosaïque FM qu'elle allait créer un groupe parlementaire pour défendre les droits de la femme s'ils venaient à être menacés.

"Il faut rester vigilant, car il y a des lignes rouges à ne pas dépasser, dont les droits de la femme", a renchéri Samir Bettaïeb du mouvement "Ettajdid", un parti d'opposition moderniste présent à la manifestation aux côtés de représentants du Parti démocratique progressiste (PDP).

source tempsreel.nouvelobs

 

___________________________________________________________

 

________________________________

 

Les femmes seront-elles victimes du printemps arabe ?

Le statut des femmes oppose partisans de la modernité et conservateurs qui souhaitent que la Constitution tunisienne s’inspire de la charia.

Selon Sihem Badi, ministre tunisienne de la femme et de la famille et membre du Congrès pour la République (parti du président Moncef Marzouki), les tenants de l’extrémisme sont condamnés à la marginalité et le gouvernement prépare des lois pour améliorer l’égalité hommes-femmes.

 

« Il y a un prix à payer pour la nouvelle liberté d’expression, le droit d’association et de partis politiques dont nous jouissons dorénavant en Tunisie : tous peuvent s’exprimer y compris les plus extrémistes qui veulent un retour en arrière. Mais le discours salafiste n’a aucune portée. L’ensemble du gouvernement le rejette et veille à ce que les mouvances extrémistes restent des phénomènes isolés.

Il y a une raison politique à cela. Les électeurs ont choisi le parti Ennahda, parce qu’il est un parti islamique modéré et ouvert. Jamais celui-ci ne s’associera avec une telle minorité car ce serait un suicide politique. Depuis 1956, la femme tunisienne est protégée par le code du statut personnel (CSP). La société civile veille au maintien des acquis. Si l’État, la société civile et les femmes sont d’accord, la minorité agissante ne peut pas aller très loin. Il n’est pas question d’instaurer la charia en Tunisie.

Au demeurant, le CSP s’inspire des valeurs de la religion musulmane qui sont des valeurs universelles. Il est normal que la charia soit non pas la source mais une des sources de la législation. S’il est unique dans le monde arabe, ce CSP ne règle cependant pas tout. Le champ des conquêtes à venir est immense. Par exemple, une femme tunisienne ne peut se rendre à l’étranger avec ses enfants sans avoir l’autorisation de son mari ou de son père. À chaque fois, je vis cela comme une injustice et une humiliation.

Nous préparons un projet de loi pour y remédier et ferons des propositions à l’Assemblée constituante en matière d’égalité salariale, d’égalité des chances pour l’accès à des postes de responsabilité et plus largement pour l’accès à l’emploi – 60 % des chômeurs diplômés sont des femmes – ou encore pour élaborer un statut de la femme rurale.

Le droit des femmes passe par la lutte contre la pauvreté. Car toutes ces femmes qui occupent des emplois agricoles ou saisonniers n’ont pas droit à la santé ou à la retraite. Et en raison de l’augmentation de la pauvreté en milieu rural, la déscolarisation des filles progresse, des mineures sont employées illégalement comme domestiques et des enfants sont abandonnés ou confiés à des institutions. » la-croix

_______________________________________________________________________L'affaire du niqab à l'Université de la Manouba dans l'impasse

 

L'entrée de l'université de La Manouba (Thierry Brésillon)

La tension s'est brusquement accrue, mercredi, à l'université de lettres et de sciences humaines de La Manouba, à proximité de Tunis, aprèsune journée de confrontation et de violence entre partisans et adversaires de l'autorisation du port du niqab.

Cette question entrave le fonctionnement normal de l'Université depuis le début d'un sit-in, fin novembre, organisé par des militants salafistes, dont certains ne sont pas étudiants, pour exiger de la direction qu'elle lève son interdiction du voile intégral durant les cours et les examens.

L'Uget (l'Union générale des étudiants tunisiens) avait prévu d'organiser ce mercredi une mobilisation pour exiger du ministère de l'Enseignement supérieur qu'il mettre fin au conflit qui empoisonne l'atmosphère politique depuis plus de trois mois.

De leur côté, les militants salafistes voulaient protester contre les sanctions prises lundi par le conseil de discipline contre les étudiants impliqués dans les troubles et deux étudiantes refusant d'ôter leur niqab en cours.


Les membres de l'Uget harranguent les étudiants (Thierry Brésillon)

Après plusieurs heures de joutes verbales où les tribuns rivalisent de talent oratoire et de puissance vocale, pour se défier à coup de slogans révolutionnaires et de versets du Coran, et plusieurs échauffourées, vite calmées par les cadres des deux côtés, la tentative de marche du l'Uget vers le ministère de l'Enseignement supérieur a avorté avant même d'avoir franchi le seuil du campus.

Un niveau de violence jamais atteint


Des manifestants (Thierry Brésillon)

Des salafistes, arrivés en renfort suite à un appel lancé sur Facebook dans la matinée, se sont mêlés aux militants du campus pour se livrer à une véritable chasse à l'homme contre des étudiants syndicalistes à travers la circulation du boulevard qui passe devant l'université.

Les attaques ont été d'une violence jamais atteinte dans ce conflit. Des groupes s'acharnaient sur des personnes à terre. On dénombre cinq blessés.

Il était particulièrement difficile de savoir qui était précisément les auteurs des agressions, d'autant que des salafistes empêchaient les journalistes de photographier et de filmer. Plusieurs équipes ont été violemment prises à partie et du matériel a été détruit. Si leur intention était de démontrer que les accusations de violence proférées à leur encontre sont mensongères, la méthode n'était probablement pas la plus indiquée.

De son côté, la police, autrefois si active et même présente sur le campus, se contente de dépêcher quelques agents en civil à proximité. Ils assistent aux agressions sur la voie publique sans intervenir. L'un d'eux explique avec franchise :

« C'est ça la révolution ! Nous, nous sommes neutres ! »

Abcès de fixation


Etudiantes voilées devant l'université (Thierry Brésillon)

Cette escalade est évidemment le résultat du pourrissement de la situation qu'aucune décision administrative n'est parvenue à régler depuis le mois de novembre.

Une décision du tribunal administratif de Sousse, le 2 février, a débouté une étudiante dans un cas similaire, en raison de « la nécessité de dévoiler le visage pour des soucis pédagogiques et le devoir de respecter les règlements au sein de tout établissement universitaire ».

Mais le ministère n'en a pas tiré les conséquences dans le cas de La Manouba.

Le niqab et La Manouba sont les abcès de fixation d'autres tensions. Notamment celles qui opposent les islamistes et un corps enseignant, plutôt laïque et progressiste, à l'image du conflit qui oppose les milieux intellectuels et culturels à la nouvelle majorité islamiste. A cet égard, le fait qu'il s'agisse d'une faculté de lettres et de science humaines n'est évidemment pas anodin.

Il est également difficile pour le mouvement Ennahdha d'aller à l'encontre des militants salafistes et de leur revendication concernant le port du niqab, sans paraître faire une concession majeure à la gauche et aux partisans de la laïcité.

Escalade


Un étudiant brandit un Coran à l'université de La Manouba (Thierry Brésillon)

Les étudiantes portant le niqab justifient leur choix par les mêmes versets coraniques que ceux utilisés habituellement pour justifier le hijab (qui découvre le visage) et revendiquent la liberté de choix vestimentaire.

Dhamir Ben Alaya, l'un des militants de l'Uget, et ancien prisonnier politique sous Ben Ali (2009-2011), estime :

« Cette revendication religieuse est un prélude à l'islamisation de la société à partir de l'université. Ce n'est pas cela la vraie revendication du peuple tunisien. Il s'agit d'un projet anti-démocratique et anti-populaire. »

Si le conflit est microscopique à l'échelle du pays, il met donc en présence deux projets de société, ce qui rend évidemment difficile une solution de compromis.

En attendant, la majorité des étudiants ne souhaite pas prendre partie, se dit disposée à admettre le niqab dans les salles de cours, mais craint l'activisme et la violence des salafistes. Mais elle souffre surtout de la perturbation des cours.

« Il n'y pas de solution, c'est une impasse », se désolent la plupart des étudiants, totalement désemparés.

Depuis plus de trois mois, les incidents se multiplient, l'escalade de la violence ne cesse de monter. Chaque camp exhibe ses vidéos des bâtons et des barres de fer que les autres utilisent.

Le drapeau tunisien arraché


Un militant islamiste a remplacé le drapeau tunisien par celui d'Al Qaeda (Thierry Brésillon)

Mercredi matin, c'est une violence plus symbolique qui a fait franchir au psychodrame une dimension supplémentaire.

L'un des salafistes présents devant le campus a cru utile d'aller retirer le drapeau tunisien pour le représenter par le drapeau d'Al Qaeda, avant de l'arracher carrément du mât.

L'affaire a d'autant plus exacerbé les passions que le drapeau est à peu près le seul totem qui unisse encore les Tunisiens en dépit de leurs divergences.

Les étudiants salafistes ont rapidement compris l'ampleur de la bourde et ont remplacé le drapeau tunisien. Mais le mal était fait et la Tunisie, déjà enlisée dans ses difficultés, s'est accablée d'un nouvelle polémique. Au moins l'affaire aura-t-elle suscité des réactions officielles, de la présidence de la République et du porte-parole du gouvernement.

Reste à savoir combien de temps le ministre de l'Enseignement supérieur pourra temporiser avant de trancher dans ce conflit qui contribue à la polarisation de la société tunisienne.


Les étudiants entre salafistes et Uget (Thierry Brésillon)

source rue89

_________________________________________________________________________

La jeune femme qui deviendra symbole du combat de la lumière contre l'obscurité... Amel a défié le salafiste et a défendu le drapeau national .... Merci encore Amel !

Ci-dessous une vidéo d'Amel lors d'un sit in contre le gouvernement Essebssi, juillet 2011

À une minute et 14secondes [ 1`14``], la jeune Amel décide d'intervenir pour empêcher le salafiste d'arracher le drapeau national et mettre à la place leur sombre drapeau…  

 

Une jeune étudiante agressée par les salafistes... (Faculté de la Manouba, 07-03-12)

I) L’Assemblée Constituante essaie de prendre une position à propos du fameux drapeau

II) Enfin de compte la période des débats se termine sans décision...

 
 
Par thala solidaire.over-blog.com - Publié dans : Femmes et révolution
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Liste d'articles

Voir tous les articles de la catégorie "Femmes et révolution"

Présentation

  • : thala solidaire.over-blog.com
  • thala solidaire.over-blog.com
  • : Culture Musique Littérature Politique Économie Actualité
  • : ThalaSolidaire est dédié à la ville de Thala, ville phare de la Révolution tunisienne. Thala est une petite agglomération du centre-ouest de la Tunisie. Elle est connue pour son histoire antique, ses sources, ses carrières de marbre, devenues une sorte de tragédie écologique et économique, sa résistance et sa misère. Thala solidaire a pour objectif de rassembler toutes les voix INDIGNÉES pour donner à cette terre ainsi qu'à toutes autres terres un droit à la vie et à la dignité…
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Recherche

Catégories

Calendrier

Août 2014
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Liens intéressants

Partager

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés