Il y a ces avions de chasse libyens, ces « Sukhoï » [1] que Bernard-Henri Lévy (BHL) prétend avoir vus à la télévision le 23 février 2011, « descendant en piqué sur la foule des manifestants désarmés et qu’ils mitraillent » [2]. Il y a aussi le nombre de victimes avancé par la Ligue libyenne des droits de l’homme, le 2 mars dernier, lors d’une conférence de presse à Paris : six mille morts, dont trois mille à Tripoli et deux mille à Benghazi. Et puis, on se souvient de ces fameuses colonnes de chars kadhafistes en route pour mater Benghazi la rebelle. Tout cela promettait de bien beaux massacres…
Mais le 17 mars 2011, le Conseil de sécurité de
l’Organisation des Nations unies a mis le holà. Dans sa résolution 1973, il a autorisé la création d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye et la mise en œuvre de toutes les
mesures nécessaires, sauf le déploiement d’une force d’occupation étrangère – juré, pfft ! –, en vue de protéger les populations civiles. Il fallait éviter un bain de sang. Et qu’a-t-on
obtenu ? N’est-il pas l’heure, après le décès peu ragoûtant de Mouammar Kadhafi le 20 octobre dernier et la libération de la Libye décrétée par le Conseil national de transition (CNT)
trois jours plus tard, d’établir un premier bilan humain ? Combien cela coûte de vies, la noble mission de « protéger des civils » ? Les chiffres avancés
avant l’intervention militaire de la « communauté internationale » ont déjà été commentés et critiqués. En juin dernier, après trois mois passé en Libye, Donatella Rovera, membre
d’Amnesty International, assurait que « le nombre de morts a été grandement exagéré. […] On parlait de deux mille morts à Benghazi. Or la répression a fait dans cette ville de
cent à cent dix morts. » Ce qui était déjà énorme, mais peut-être point suffisamment émouvant…
Quant au bilan global, après huit mois de guerre, le CNT estimerait à plus de trente mille le nombre de victimes. Un beau massacre, pour éviter une boucherie… Mais l’information est à prendre avec prudence, étant donné la situation chaotique du pays. Car il faut bien admettre qu’il n’est guère aisé de dégoter des données fiables. Contacté par CQFD fin novembre, le responsable de la commission Libye d’Amnesty International France, Alain Mot, concède : « Nous sommes assez embarrassés pour vous répondre, nous n’avons rien de tangible. »
Peut-être que, en s’intéressant à une ville en particulier, on obtiendrait plus de résultats ? Syrte, la ville natale de Mouammar Kadhafi, a été le lieu de très violents affrontements en septembre et octobre derniers entre rebelles, aviation de l’Otan et forces pro-Kadhafi. Sur cent mille habitants, 90 % auraient pu fuir avant les combats. Mais qu’en est-il des dix mille restants ? « Nous savons par ouï-dire certaines choses, notamment que les civils de Syrte auraient eu à subir des exactions de la part des forces du CNT, poursuit le responsable d’Amnesty. Mais nous ne pouvons pas vous répondre de façon sûre. Je pense que nous en saurons peut-être un peu plus long un jour. »
Par ouï-dire ? Il y a effectivement cette dépêche de l’AFP, datée du 30 octobre, et titrée « Libye : chaque jour, Mohammed ramasse les cadavres dans les ruines de Syrte ». On peut y lire que « le parfum lourd et douceâtre de la putréfaction plane avec insistance sur la cité totalement dévastée par des semaines de bombardements et de combats de rue. Pas un jour sans la découverte de dizaines de morts enterrés à la hâte dans un jardin, pris dans les décombres de bâtiments effondrés ou pourrissant en plein air. Des civils et des combattants, tués lors d’affrontements ou de bombardements ou encore exécutés par l’un ou l’autre camp. » Fichtre ! Si BHL avait su, il serait intervenu prestement à la tête de nouvelles brigades internationales.
Marc Bastian, le journaliste de l’AFP auteur de cet article, revient pour CQFD sur son séjour à Syrte : « Quand j’y étais, c’était une ville ravagée, détruite, dans un état hallucinant, il n’y avait plus un bâtiment intact. Avec l’association Human rights watch, pendant plusieurs jours, nous avons compté les cadavres. Ceux que l’on trouvait facilement, car il existe sûrement des fosses communes cachées qui apparaîtront plus tard. Tous les jours, on en trouvait des tas. Dans les deux sens du terme : beaucoup, et empilés… »
Il se souvient de ces cinquante-trois corps – apparemment des partisans de Kadhafi – retrouvés dans un hôtel abandonné de la ville. « Certaines victimes avaient les mains ligotées derrière le dos quand elles ont été abattues », a précisé par ailleurs le directeur de la division Urgences à Human rights watch. « Les cadavres que j’ai vus étaient souvent tués par balles, précise Marc Bastian. Cependant, un jour, près d’un immeuble effondré, une ONG libyenne m’a affirmé que c’était le résultat d’un bombardement de l’Otan, et qu’il y avait une cinquantaine de cadavres en-dessous. À l’odeur, il est sûr qu’il y avait bien plus d’un ou deux morts. Et autour, il y avait trois ou quatre impacts de bombes de l’Otan, des cratères de dix mètres de diamètre. Mais est-ce que l’immeuble lui-même a été frappé par l’Otan, je ne peux le garantir, je n’ai pu enquêter davantage. Ce qui est sûr, c’est que la ville a été sévèrement bombardée, et les rebelles y ont volé, pillé, exécuté. »
Après nous avoir enfumé avec des chiffres bidons pour justifier leur intervention, les libérateurs de la Libye sont maintenant avares de détails sur les dommages collatéraux de la guerre « juste » et les méthodes expéditives de leurs alliés libyens. Comme dit le gars d’Amnesty : « Nous en saurons peut-être un peu plus long un jour. »
Notes
[1] Le Bernard-Henri a une vue de lynx pour reconnaître un Sukhoï, avion de chasse de fabrication russe, d’un Mirage construit dans les usines françaises. L’armée de Mouammar Kadhafi possédait les deux types de zincs.
[2] Bernard-Henri Lévy, La Guerre sans l’aimer, Grasset, 2011.
paru dans CQFD N°95, PAR FRANÇOIS MALIET, ILLUSTRÉ PAR NARDO. source cqfd
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Saadi Kadhafi promet de retourner en Libye
Saadi Kadhafi, l'un des fils de l'ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, a promis de retourner en Libye où, selon lui, une grande majorité de la population n'est pas satisfaite de la situation actuelle, dans une interview diffusée vendredi par la chaîne Al-Arabya.
«Je retournerai en Libye à n'importe quel moment», a déclaré Saadi Kadhafi interrogé par téléphone depuis le Niger où il s'est réfugié après la chute de Tripoli qui a mis fin aux 42 ans de dictature de son père.
«70% des Libyens ne sont pas satisfaits de la situation actuelle», a-t-il affirmé, ajoutant que «le peuple libyen est gouverné pas de gangs».
Selon lui, «il y a une rébellion qui s'étend jour après jour, et il y aura une rébellion dans tout le pays».
Interrogé sur le Conseil National de Transition (CNT), qui a pris les rênes du pays après la chute du régime, Saadi Kadhafi a estimé qu'«il arrivera un jour où le peuple Libyen sera capable d'exterminer ces gangs».
A mon retour en Libye, «je m'efforcerai à assurer qu'il n'y ait pas d'opérations de représailles ou de vengeance», a-t-il promis.
Saadi Kadhafi, 38 ans, s'est réfugié au Niger en août dernier. Ce pays, qui lui a accordé l'asile, refuse de l'extrader malgré les demandes répétées des nouvelles autorités libyennes. Celles-ci l'accusent de «s'être emparé de biens par la force et l'intimidation quand il dirigeait la Fédération libyenne de football», selon Interpol qui avait émis une «notice rouge» pour demander à ses 188 pays membres son arrestation.
Le président nigérien Mahamadou Issoufou avait annoncé le 11 novembre que son pays avait accordé l'asile pour des «raisons humanitaires» à Saadi Kadhafi
source cyberpresse
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سعدي القذافي يهدد "بإشعال انتفاضة"
وقال في مقابلة تلفزيونية إن لديه أنصارا في ليبيا في داخل المجلس الوطني الانتقالي.
وقال مراسل بي بي سي في طرابلس إن السلطات الليبية قلقة من قيام أنصار القذافي بأعمال مضادة للنظام الجديد، إلا أن احتمال اندلاع انتفاضة كبيرة بقيادة سعدي القذافي بعيد.
وقال القذافي في مكالمة تلفونية مع محطة "العربية" التلفزيونية إنه قد يعود إلى ليبيا في أي لحظة.
وأوضح أن الانتفاضة التي خطط لإشعالها لن تقتصر على مكان واحد بل "ستغطي جميع أنحاء الجماهيرية"، وقال ان الانتفاضة بدأت فعلا وأنها تكبر كل يوم وهو يتابع أخبارها.
وقال انه على اتصال منتظم مع الميليشيات ومسؤولين في المجلس الوطني والجيش وأعضاء عائلة القذافي.
وكان سعدي القذافي قد فر الى النيجر بعد أن استولت قوات المجلس الوطني الانتقالي على العاصمة طرابلس.
وكانت السلطات المكسيكية قد قالت انها أحبطت محاولة لمنظمة إجرامية لمحاولة تهريب سعدي القذافي إلى ليبيا.
source bbc
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