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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 06:15

Arrivée en Syrie des premiers observateurs de l'ONU, le bombardement de Homs se poursuit

 

Des militants syriens rapportaient lundi de nouveaux bombardements sur la ville de Homs, dans le centre de la Syrie, au lendemain de l'arrivée des premiers observateurs de l'ONU chargés de vérifier le fragile cessez-le-feu. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a prévenu lundi qu'il incombait au régime de Damas de garantir leur liberté de mouvement.

Si les violences en Syrie ont baissé de façon significative depuis l'entrée en vigueur de la trêve jeudi matin, les troupes syriennes bombardent depuis quatre jours Homs, épicentre de la contestation dans le centre du pays, laissant douter de la volonté du président Bachar el-Assad de tenir ses engagements.

Le régime alaouite est censé avoir accepté de mettre en oeuvre le plan de Kofi Annan, l'émissaire de la Ligue arabe et de l'ONU, pour mettre fin aux violences, après 13 mois de répression sanglante du mouvement de contestation dans le pays.

Après le vote samedi d'une résolution du Conseil de sécurité permettant le déploiement d'une première vague d'observateurs de l'ONU en Syrie, une avant-garde de six membres est arrivée dimanche soir à Damas. "Il relève de la responsabilité du gouvernement syrien de garantir la liberté d'accès, et de mouvement" des observateurs dans le pays, a déclaré lundi Ban Ki-moon depuis Bruxelles. Il a appelé Bachar el-Assad à s'assurer que les observateurs ne rencontrent pas d'entraves dans leur travail.

"Ils doivent être autorisés à se déplacer librement sur tous les lieux où ils pourront constater l'arrêt de la violence", a ajouté le secrétaire général de l'ONU, soulignant que le cessez-le-feu était "très fragile". Mais il est essentiel de le maintenir afin qu'un "dialogue politique large se poursuive", car les forces de l'opposition "doivent également coopérer".

L'équipe arrivée dimanche est dirigée par le colonel marocain Ahmed Himmiche, a précisé le porte-parole de Kofi Annan, Ahmad Fawzi. Les observateurs ont été reçus par des responsables du ministère syrien des Affaires étrangères. Vingt-cinq autres observateurs devraient arriver dans les prochains jours.

La mission "va commencer par l'installation de son quartier général, puis entrer en contact avec le gouvernement syrien et les forces de l'opposition pour que les deux camps comprennent pleinement le rôle des observateurs de l'ONU", a expliqué M. Fawzi dans un communiqué diffusé lundi matin, depuis Genève.

"Nous commencerons notre mission dès que possible, et nous espérons qu'elle sera un succès", a déclaré Ahmed Himmiche à l'Associated Press alors qu'il quittait un hôtel de Damas avec son équipe lundi matin.

Déjà, l'ambassadrice des Etats-Unis Susan Rice auprès du Conseil de sécurité s'est dite inquiète de la persistance des violences en Syrie. Cela contredit les engagements du gouvernement syrien, a-t-elle rappelé, et sa poursuite "remettrait en question la sagesse et la viabilité de l'envoi" de toute la mission d'observation.

Deux mouvements d'activistes syriens, les Comités locaux de coordination et l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, confirmaient lundi d'intenses bombardements sur Homs, faisant état de quatre morts dans la ville et celle voisine de Qusair. Ils ont également rapporté qu'au moins six personnes avaient été tuées dans des tirs à Hama dans le centre du pays et quatre à Idlib dans le nord.

Le bombardement de Homs a repris tôt lundi, pour la troisième journée consécutive. "Les forces gouvernementales, qui tentent de prendre le contrôle de quartiers de Homs, bombardent les quartiers de Khaldiyeh et Bayada avec des tirs de mortiers", a souligné l'observatoire. tempsreel.nouvelobs

 

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 En Syrie, la guerre civile a commencé il y a 42 ans avec la dynastie Assad

A la veille de la « Vague blanche », mardi à 19 heures, lancée par la FIDH pour dire « stop » aux massacres en Syrie, l’écrivain et ancien prisonnier politique syrien Mustapha Khalifé dresse un réquisitoire contre le régime de Damas, et ceux qui agitent le spectre de la guerre civile pour éviter d’agir.

Rien de décisif ne pointe à l’horizon treize mois après l’embrasement en Syrie. On est encore dans le brouillard d’un équilibre qu’aucune force ne semble pouvoir éclaircir.

Le régime de Bachar El-Assad a montré un appétit inhumain pour la tuerie tandis qu’en face, la détermination et le courage restent extraordinaires. Une vidéo nous a montré comment les révolutionnaires préparent les cercueils de ceux qui vont tomber le lendemain ! Les images faisaient penser à un magasin où l’on prépare les paquets cadeaux pour la Saint-Valentin ou la Fête des mères.

La vue de ces manifestants qui continuent de descendre dans la rue tous les jours en sachant que plusieurs d’entre eux seront des martyrs et ces forces d’Assad qui ne les déçoivent jamais relève du théâtre de l’absurde.

Dans le même temps, on dirait que chaque partie trompe le temps en faisant ses comptes. Certains insurgés passent leur journée à compter les bombes qui tombent sur tel ou tel quartier ou le nombre de morts, mais pas les blessés – ils n’ont pas autant de temps à perdre. Quelle importance en effet qu’un enfant ou un jeune homme perde une main ou un pied quand la mort est quotidienne et ordinaire ?

Quant au premier responsable de l’Etat syrien, son Président Bachar El-Assad, pour tromper l’ennui, il compte les jolies jeunes femmes qu’il va appeler à rejoindre son harem de consultantes. Pendant que son épouse britannique énumère les magasins européens de luxe où elle pourra acheter ses chaussures et ses habits…

Et tandis que l’opposition syrienne traditionnelle affiche ses désaccords sur le nombre d’interventions extérieures qu’elle peut assurer pour la protection des civils syriens, les membres permanents du Conseil de sécurité capables de protéger le peuple syrien, rivalisent pour rassurer le régime syrien en déclarant qu’une intervention étrangère en Syrie est hors de question, sachant que c’est le seul moyen de faire peur et d’influer sur le comportement d’Assad.

Complicité avec les massacreurs

Ces assurances sont-elles innocentes ? Beaucoup de Syriens les prennent pour signes de complicité et d’acceptation des massacres commis contre le peuple syrien.

Madame Clinton avait fixé dès le départ le nombre de Syriens que Bachar est autorisé à tuer par jour sans gêner ou courroucer Washington. C’est pourquoi elle compte elle aussi le nombre de morts et on peut voir son sourire radieux quand le chiffre fixé n’est pas dépassé mais quand il l’est, elle bloque les fonds que le régime ne détient pas aux Etats-Unis.

Quant au Tsar Poutine, il se réunit avec les piliers de son régime formé des anciens du KGB et des chefs de la mafia russe qui considèrent le régime de Bachar El-Assad comme une ligne rouge ! Car les trafics de drogue, d’armes et de prostituées ainsi que le blanchiment d’argent sale sont bien plus importants que les échanges commerciaux officiels entre la Russie et la Syrie.

Il a ainsi donné des instructions à Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, d’estimer le nombre de vetos russes possibles pour la contribution au massacre du peuple syrien. Lavrov s’est alors rendu à Damas avec son chef des renseignements pour dépasser les chiffres autorisés par madame Clinton en disant à Assad de multiplier par deux ou trois le nombre de morts par jour sans risque.

Les Chinois comme d’habitude font de la politique avec une mentalité d’épicier ou d’usurier. Ils se contentent actuellement de compter leurs bénéfices en dollars pour chaque mort syrien et comptent les initiatives qu’ils peuvent présenter et que personne ne lira.

William Hague a annoncé une aide au peuple syrien qui sied à la grandeur britannique : 1,5 million de dollars ! ! ! Il s’est retrouvé très fatigué après la journée qu’il a passé à compter cette somme.

Mais le plus étonnant parmi les positions des grandes puissances, c’est la découverte par Monsieur Alain Juppé que les minorités en Syrie étaient en grand danger, rejoignant ainsi l’argument que le régime syrien ne cesse de répéter !

Après quatorze siècles de vie commune entre les différentes composantes du peuple syrien, M. Juppé cherche le moyen de protéger les minorités ! On peut craindre qu’il n’adhère à l’idée d’Assad que le meilleur moyen de le faire est d’exterminer la majorité !

Les choses étant ainsi, où va la Syrie ? Et quelle pourrait être l’issue de la confrontation entre le régime et ses opposants ?

Il faut souligner tout d’abord que toute solution politique impliquant le régime est devenue impossible pour deux raisons.

  • D’abord parce que le régime lui-même la rejette en proclamant : moi ou le chaos.
  • La deuxième raison c’est que l’opposition sur le terrain ou politique rejette totalement une solution politique avec le régime après les massacres et la destruction commis.

Hors d’une solution politique, une issue décisive devant intervenir dans la confrontation plus ou moins longue entre les deux parties, plusieurs possibilités peuvent être envisagées mais peuvent se résumer à deux principales :

  • La première serait la réussite de la solution militaire avec la victoire des Assad qui soumettrait les opposants par le fer et le feu. Cette issue est majoritairement perçue comme la plus catastrophique pour la Syrie et son peuple.
  • Deuxième possibilité : que l’opposition réussisse à réaliser son objectif de faire tomber le régime avec tous ses symboles, ses forces et ses institutions. Mais nul n’a encore su présenter une alternative. Alors que les mouvements d’opposition, dont la principale composante islamique, proposent un Etat civil et démocratique, certains analystes et politiques, étrangers notamment, mettent en garde contre le chaos, la division du pays ou la guerre civile. Cette dernière possibilité mérite d’être discutée pour la dramatisation dont elle fait l’objet et ses ambiguïtés qui sont loin d’être innocentes.

Vers la guerre civile ?

Les craintes de certains pays de voir la Syrie glisser vers la guerre civile sont-elles sérieuses ou, comme le considèrent beaucoup de Syriens, ne sont-elles pas prétexte à complicité avec Assad ? Au mieux, elles serviraient à couvrir l’impuissance à apporter l’aide au peuple syrien qui subit un quasi génocide.

Pour examiner les détails de la situation syrienne, il faut d’abord revenir sur le concept de guerre civile en général puis tenter de voir comment il s’applique à la réalité de la Syrie sous le régime des Assad.

Une guerre civile est une confrontation armée entre deux composantes ou plus d’une société. Elle résulte d’un conflit d’intérêt entre ces parties pour des raisons tribales, communautaires, ethniques ou sociales. Chaque partie tente de s’imposer soit pour se séparer de l’autre si son objectif est de se libérer de l’injustice et d’obtenir l’égalité des droits entre tous, soit de vaincre en parvenant à dominer l’autre partie et monopoliser le pouvoir ainsi que toute la richesse de la société.

Revenons en arrière pour approfondir la réalité syrienne. En fait, la guerre civile a commencé depuis le jour où Hafez El-Assad s’est emparé du pouvoir dans le pays (en 1970).

Le coup d’Etat militaire qu’il a fait contre ses partenaires sans livrer de bataille ou de conflit armé contre une partie de la société, lui a permis en un instant de mettre la main sur toutes les forces notamment militaires du pays. Tout en cherchant à assoir sa dictature autocratique, il a mené le combat au nom de sa communauté et grâce à l’élite politique et militaire de celle-ci.

Par souci de vérité historique, il faut souligner, que la majorité de la communauté alaouite n’a pas approuvé Hafez El-Assad et a même manifesté contre son coup d’Etat, contrairement aux sunnites qui l’ont bien accueilli. Les commerçants de Damas avaient même écrit sur une grande banderole :

« Nous avons demandé l’aide de Dieu et il nous a envoyé Hafez El-Assad. »

L’opposition des Alaouites et le soutien des sunnites à Assad père sont très significatifs de la maturité de la société syrienne au moment où Hafez a pris le pouvoir puisque la question communautaire ne se posait pas.

Assad père a réussi à absorber toute la contestation, tantôt par la force, tantôt par la corruption. Il s’est mis à cultiver le réflexe communautaire parmi les Alaouites qui se sont très vite ralliés à son pouvoir compte tenu des bénéfices qu’ils allaient en tirer pour leurs enfants et sous l’influence de ses élites politiques et militaires transformées en bande de corrompus.

On peut dire en somme que la guerre civile qui a commencé en Syrie quand Assad a concentré tous les pouvoirs entre ses mains et rallié la communauté alaouite qui s’est en réalité mise au service de son régime et non l’inverse, s’est traduite sur le terrain par une monopolisation du pouvoir, unique au monde. Toutes les autres composantes de la société ont été réduites en esclavage après cette victoire et la richesse a progressivement changé de main en Syrie.

Entre 100 et 150 000 victimes sous la dynastie Assad

Comme toute guerre civile, celle-ci a fait des victimes : entre 100 et 150 000 selon les rapports des organisations des droits de l’Homme. La ville de Hama a été détruite (en 1982), des dizaines de massacres communautaires se sont produits, des milliers de sunnites ont été exécutés et des centaines de milliers de Syriens ont quitté le pays, de gré ou de force.

La guerre civile n’est donc pas une éventualité probable en Syrie comme le prétendent certains aujourd’hui. Elle se poursuit en fait depuis 42 ans.

Ceux qui craignent son déclenchement en cas de chute du régime Assad se font des illusions ou cherchent des prétextes.

Au contraire, quand on perçoit le degré de conscience nationale chez les révolutionnaires syriens sur le terrain, le seul espoir de mettre fin à la guerre civile en Syrie réside dans la victoire de la révolution et la chute du régime.

Il en coûtera peut-être quelques incidents et confrontations à caractère communautaire, mais la fin de ce régime est la clé pour entamer un processus de construction d’un Etat de tous les citoyens, un Etat de droit où tous les Syriens sont égaux en droits et en devoirs.

Traduit de l'Arabe par Hala Kodmani; rue89

 

______________________________________________________L'autre point de vue

« Si l’armée quitte notre village, nous risquons d’être égorgés »

 

Témoignage

par Silvia Cattori

Nous avons demandé à un Syrien originaire de Homs (*) qui réside aujourd’hui dans un village de la province de Homs, de nous expliquer pourquoi l’armée de Bachar el-Assad bombarderait et réprimerait violemment son propre peuple, comme le répètent sans cesse les médias internationaux.

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Silvia Cattori : Les images diffusées par les chaînes télévisées et les commentaires des journalistes sont, comme vous devez le savoir, immanquablement en faveur des rebelles. Des images très impressionnantes d’immeubles en feu, des panaches de fumée noire, des maisons qui s’écroulent nous sont montrées. Homs est présentée comme « ville martyr et symbole de la révolution syrienne » [1]. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’armée syrienne bombarde – si l’on en croit nos médias - aveuglément des lieux habités ?

Réponse : Madame, pardonnez-moi ; l’armée syrienne ne bombarde pas à l’aveugle ; elle ne bombarde pas des maisons qui sont habitées. On ne sait jamais si les images diffusées par al-Jaziira, al-Arabya ou vos chaînes télévisées, sont véridiques ou sont des images montées. Si elles correspondent vraiment avec ce qui s’est passé tel jour à tel endroit. Sachez que, quand on voit des panaches de fumée noire, ce sont des pneus de voitures que font brûler les mercenaires.

L’armée bombarde les lieux où elle a localisé des mercenaires. Il est difficile pour l’armée de les approcher et de les arrêter autrement. Les mercenaires utilisent des armes très sophistiquées, munies de viseurs, qui touchent le cœur de la cible. A Zabadani, les mercenaires ont tué plus de 150 soldats avec ces armes-là.

L’armée bombarde actuellement un endroit précis du quartier el-Hamidiyyé, [cet entretien a été réalisé le 11 avril, à la veille du cessez-le -feu] à majorité chrétienne, qui est pratiquement vide de ses habitants. Vous savez qu’il n’y a pas à Homs de quartier à 100 % chrétien, alaouite, ou sunnite.Tout le quartier el-Hamidiyyé est entre les mains des mercenaires. Les maisons ont été détruites à 80 % par les mercenaires. Ils ont détruit, dans ce même quartier, la maison d’une de mes nièces qui avait fui et tout ce qu’elle possédait. Ils ont mis le feu à tout l’immeuble. Voilà dans quelles circonstances l’armée bombarde en Syrie.

Depuis décembre les mercenaires ont peu à peu pris le contrôle de toute la zone d’el-Hamidiyyé, Bustan el-Diwan et d’el-Arzoun. L’armée n’a pas pu entrer dans cette zone jusqu’à présent. Les mercenaires circulent à l’intérieur des maisons vides et presque toutes détruites. Ils campent en ce moment dans le soubassement de deux églises. Dans l’église grecque catholique, déjà en partie brûlée par les mercenaires ; et dans l’église syriaque. L’une est fameuse pour sa très ancienne peinture de la Sainte vierge. Ce n’est pas la seule église qu’ils ont ruinée. Ils ont également détruit une église très ancienne à l’est de Homs, Mar Elias [saint Elias, un martyr de Homs]. C’est une situation très pénible pour les habitants.

Silvia Cattori : L’armée ne peut-elle pas les déloger ?

Réponse : L’armée a fait savoir aux patriarches syriaque et grec catholique que, pour déloger les mercenaires, elle est obligée de mener des opérations à cet endroit. Elle est en train de les déloger aussi du quartier de Bab Sebaa. Il n’y aurait là que quelques dizaines de mercenaires, au plus une centaine. Ils détruisent les maisons. Ils font des trous dans les murs pour passer de maison en maison sans être repérés par l’armée. La population a peur, veut qu’on en finisse avec ces gangs. Mais cela prend beaucoup de temps car l’armée doit éviter de détruire et de faire des victimes. Si l’armée veut entrer dans un quartier où elle a localisé des mercenaires pour libérer les gens qu’ils tiennent en otages, elle commence par leur faire savoir qu’elle veut rendre ce quartier à la population, et que les mercenaires qui veulent sortir auront la vie sauve. Les soldats attendent un jour, trois jours. Voilà pourquoi et comment l’armée finit par bombarder. Elle n’agit pas contre les gens qui vivent paisiblement. Avant chaque opération militaire les soldats avertissent les mercenaires. Ils ne sont pas tués s’ils sortent. Dans notre précédent entretien [2] je vous avais dit comment cela s’était passé avec ce jeune homme dont le père et deux frères ont été égorgés par les mercenaires. Il s’est livré à l’armée ; deux jours après il a été libéré. Il avait porté les armes mais n’avait pas tué. 327 hommes qui ont rendu les armes ont été libérés récemment.

Si l’armée tuait, simplement pour tuer ou réprimer, pourquoi les soldats seraient-ils les bienvenus dans les villages ? Les soldats sont entrés dans un village à majorité sunnite qui se trouve à quelques kilomètres du nôtre ; des gens que nous connaissons nous ont dit que tout le monde entretient de très bonnes relations avec les soldats ; et que, dès leur arrivée au village, les hommes, les femmes, les vieux, beaucoup de jeunes gens leur ont ouvert leur porte. L’armée vient dans nos villages, elle les entoure pour nous sauvegarder ; aucun soldat n’est jamais venu dans notre village tuer les habitants. Tout le monde a de très bonnes relations avec les soldats. Ils viennent chez nous pour nous protéger de ces gangs qui viennent la nuit pour tuer. Nous n’avons pas d’armes. Quand les mercenaires viennent dans nos villages taper aux portes la nuit pour demander aux gens la clé de leurs voitures, ceux-ci sont obligés de la donner. Des gens que nous connaissons dans un village à majorité musulman, à 12 kilomètres de chez nous, nous ont raconté qu’une cinquantaine de mercenaires armés ont pu faire taire et tenir sous leur contrôle ses 5’000 habitants.

Silvia Cattori : Néanmoins, les ONG, l’ONU, les médias traditionnels continuent à présenter votre armée, le gouvernement el-Assad, comme des assassins ; et les « opposants » que vous qualifiez de gangs ou de mercenaires, comme les victimes d’une intense répression. Alors que selon vous ce sont…

Réponse : Pourquoi madame l’armée du gouvernement n’a-t-elle jamais attaqué notre village ? Pourquoi l’armée ne bombarde-t-elle pas notre village ? Pourquoi n’a-t-elle jamais bombardé non plus le village en majorité musulman, situé à l’est, à deux kilomètres du nôtre [3] ? Parce que l’armée est là pour entourer ce village et protéger ses habitants de la même manière qu’elle le fait avec notre village à majorité chrétienne. Quand leur four à pain a eu une panne ils sont venus dans notre village. Il y a deux semaines nous avons eu une panne d’eau. Ils nous ont apporté leur eau. L’armée est là dans nos villes et nos villages pour nous sauver la vie, pour déloger ces mercenaires, pas pour nous tuer. Voilà la vérité. Grâce à Dieu nous pouvons maintenant aller depuis notre village à Damas sans plus nous sentir en danger ; c’est redevenu, depuis quelque temps, sûr comme par le passé. À Alep, à Deraa, ce n’est pas encore calme. Nous espérons que dans deux ou trois mois toute la Syrie sera pacifiée.

Silvia Cattori : Ces gens que vous qualifiez de « mercenaires » les journalistes entrés clandestinement en Syrie n’en continuent pas moins de les présenter comme les combattants légitimes d’une idyllique « armée syrienne libre » (ASL). Qui sont-ils vraiment ?

Réponse : Ce sont des mercenaires qui tuent, terrorisent la population. L’armée doit trouver le moyen de les chasser. Ce sont des Syriens qui ont pour la plupart entre 16 et 28 ans et qui reçoivent un salaire [Les hommes reçoivent 600 livres par jour, soit 10 dollars US et les femmes 400]. L’argent est offert par le Qatar et l’Arabie Saoudite avant tout. Parmi eux il y a des non Syriens ; des Libanais fanatiques, des Turcs fanatiques, des Afghans fanatiques, des Libyens fanatiques, des Jordaniens fanatiques…

Silvia Cattori : Mais alors le plan de l’ONU exigeant de Damas le retrait des forces régulières qui assurent votre défense est aberrant ?

Réponse : Oui, c’est cela. Figurez-vous que, si l’armée quitte notre village, nous risquons d’être égorgés. Nous ne pouvons pas aller à Homs parce que certains quartiers sont entre les mains des mercenaires. Auparavant, même l’armée avait peur d’approcher ces mercenaires postés sur les toits qui leur tiraient dessus avec des canons, des missiles antichars. Les mercenaires ne sont jamais partis de Homs. Ils ont quitté Baba Amro mais ils sont encore dans une partie de Homs. L’armée a entouré cette région de la Syrie depuis à peu près 5 à 6 mois. Homs est une ville très ancienne ; il y a des tunnels depuis l’époque romaine. C’est comme cela que les mercenaires ont contourné l’armée et fait entrer les armes.

L’armée est actuellement près de notre village et ses environs. Elle est là pour ne laisser aucune voiture passer et entrer dans les villages avant de vérifier s’il y a des armes. Chaque nuit les mercenaires viennent tirer sur notre armée. Si moi et ma femme allons faire une visite au village nous devons nous dépêcher ; nous devons rentrer avant la tombée de la nuit. Dès 18 heures plus personne ne bouge dans notre village.

Madame, pourquoi les mercenaires viennent-ils tirer sur cette armée qui est venue chez nous pour nous défendre ? C’est pour cette raison que notre gouvernement demande : comment pouvons-nous retirer l’armée des quartiers et des villages si les gangs armés sont toujours en position de tuer et si l’on continue de leur fournir des armes ? Nous avons appris hier que l’armée jordanienne a arrêté des gens qui étaient en train de faire entrer des armes en Syrie et 20 millions de rials. C’est cela la situation que nous vivons !

La France, la Grande Bretagne, les USA sont associés avec les pays du Golfe, ils sont contre nous. Derrière tout cela il y a Israël. Ils s’attaquent à la Syrie parce que c’est un des derniers pays qui s’oppose à l’emprise d’Israël, qui résiste à ces colonisateurs qui sont venus de toutes les parties du monde pour accaparer nos terres.

Silvia Cattori : Avez-vous le sentiment que les puissances qui soutiennent la rébellion armée ont définitivement échoué ? Le peuple syrien, uni derrière son gouvernement, n’a-t-il pas pratiquement réussi à mettre leurs plans peu démocratiques en échec ?

Réponse : Oui, comme je vous l’ai dit nous sommes un peuple uni. Ces mercenaires ne sont pas des gens qui défendent la démocratie. Ce sont des gangs qui se sont infiltrés dans nos villes et villages et qui n’ont aucun soutien populaire. L’armée pourrait les liquider en deux jours. Elle ne le fait pas car cela n’irait pas sans grandes pertes humaines, ces bandes étant installées au milieu de la population, dont elles se servent comme bouclier.

Silvia Cattori : Maintenant que l’armée est sommée de se retirer, la peur grandit ?

Réponse : Bien sûr que nous avons très peur. Dans notre village, tout comme dans les villages voisins à majorité sunnite, tout le monde vit dans la peur de ces mercenaires.

Silvia Cattori : Ce que vous racontez peut difficilement être mis en doute. Toutefois, peu de gens chez nous peuvent savoir que ce ne sont pas vos soldats qui vous terrorisent et vous égorgent, mais les bandes de l’ASL. Les médias dans leur ensemble se fient à ce que rapporte quotidiennement l’OSDH [un organe de propagande en faveur des rebelles, basé à Londres]. Par conséquent le mal est fait si l’opinion publique a été totalement trompée ?

Réponse : Madame, moi je vous parle de ce que je vis. De ce que je vois. Tout le monde ici - chrétiens ou musulmans - vous dirait la même chose. Quand, en mars 2011, notre peuple a demandé pacifiquement des réformes, le gouvernement a dit oui ; il a répondu positivement. Mais ces bandes violentes sont arrivées ; elles ne sont pas intéressées par les réformes. Nous voudrions retrouver la paix que nous avions avant. La paix est plus précieuse que le pain que nous mangions.

Témoignage recueilli le 11 avril 2012.

Silvia Cattori

(*) Le Syrien cultivé et posé qui s’exprime ici est âgé de 75 ans. Il vit maintenant dans la province de Homs. Voir un précédent entretien : 
silviacattori; mondialisation

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Syrie : les oppositions _ Ligue Arabe
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