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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 16:02

Taoufik Ben Brik (AFP)

 

Par Hatem Nafti.

J’ai lu, avec effarement et colère votre dernier pamphlet sur le Nouvel Obs. N’étant pas spécialement adepte de votre style, ou de son absence, je m’intéresse néanmoins aux personnes prétendant présider à nos destinées ce qui semble être votre intention. J’ai toujours eu du respect pour votre courage, assisté à des manifestations de soutien pour exiger votre libération, mais je dois avouer qu’en lisant le ramassis de termes orduriers et outrageants que vous nous avez servis hier, je me suis dit « quel gâchis, quel mépris !!! ».

Ainsi, autoproclamé « Prophète de la Révolution », vous vous livrez à une sévère critique du Premier Ministre et du Gouvernement. Que dénoncez-vous ? L’immobilisme sécuritaire, le chaos total dans lequel le pays est plongé, les promesses plus que douteuses faites aux manifestants ? Non. Rien de tout cela, vous préférez vous adonner à une pratique nauséabonde, lâche et d’un niveau extrêmement bas : attaquer la personne du Premier Ministre. Peut-être pensez vous qu’en décrivant ses rides, son pyjama, vous alliez résoudre la grave crise humanitaire que traverse le pays. Votre description de sa maison, basée sur des ouï-dire, cachait-elle subtilement une solution pour ces jeunes qui ont fait la révolution et qui se retrouvent encore une fois chômeurs, contraints d’attendre que l’on serve en priorité les pauvres cadres qui n’ont pas été augmentés depuis deux ans ? L’action de Ghannouchi est-elle tellement parfaite que pour le critiquer, vous n’avez trouvé d’autres moyens que de vous attaquer à sa personne et à sa famille ?

Vous me direz, une personne publique doit s’attendre à ce genre d’attaque. Vous portez peut-être la parole du peuple. Vous rappelez, avec fierté être originaire des régions de l’intérieur, cette origine vous donnant, de facto, le droit de parler au nom des révolutionnaires. Mais là où le bât blesse, c’est quand, non content d’avoir passé en revue les membres du gouvernement en leur servant des paroles d’une vulgarité dont vous seul avez le secret, vous vous permettez d’insulter ces personnes en les stigmatisant et en les affublant de clichés aussi minables qu’insultants : ainsi, la « bonne » de Ghannouchi serait de Kasserine et « l’odeur des aisselles des jeunes de Kasserine, de Tala ou de Sidi Bouzid » donneraient la nausée à Ghannouchi. Quel respect pour ces héros !!! Quelle considération pour les martyrs !!! Je pense que vos geôliers vous ont transmis le respect de la vie et de la dignité humaine et qu’ils vous manquent tellement que vous faites tout votre possible pour les retrouver, car rappelons-le, ces paroles sont passibles de prison, aussi bien chez Sarko que chez Chichi.

Monsieur, vous-vous réclamez de Montaigne et de la Boétie, les avez-vous seulement lus ? Et si oui, étiez-vous sobre ?

Le fait d’avoir combattu avec acharnement Ben Ali et d’avoir payé le prix fort pour ce militantisme sincère vous honore. Vous êtes un authentique opposant, votre courage et votre témérité ne sont plus à démontrer. Mais, force est de constater que ce genre d’écrits méprisants vous met au même niveau que ces opportunistes qui se sont fait opposants et chantres de la démocratie et des droits de l’Homme après la chute de ZABA.

La lecture de ce pamphlet m’a rappelé les sordides articles de presses de bas étage sous l’ancien régime où des pseudos-journalistes, n’ayant comme talent qu’une vulgarité à toute épreuve, portaient atteinte à l’honneur d’une des femmes les plus respectables de Tunisie, Mme Sihem Ben Sedrine. Elle, au moins, a su garder sa dignité avant et après la chute du dictateur. A méditer…

Hatem Nafti

PS: Ce droit de réponse m’a été refusé par le Nouvel Observateur et je suis toujours en attente d’une réponse d’un quotidien francophone tunisien.

 

Lien : http://nawaat.org/portail/2011/02/16/droit-de-reponse-a-attention-de-taoufik-ben-brik/

 

Le texte en question est ci-dessous.

 

"Bon anniversaire Chichi", par Taoufik Ben Brik

 

Président le temps d’un embarquement et d’un débarquement d’un tyran, et Premier ministre entre deux mi-temps. La révolution fût pour qu’il soit balayé comme une ordure. Comme tous les excréments du Zabatisme. Mais, il s’agrippe comme un poux parmi les poux. Ganou-Chichi est la façade, la faccia de la garde blanche, cette vermine qui ne veut pas se saborder.

 

En  pourchassant Chichi jusqu’aux confins du désert, c’est le pouvoir qui se terre dans l’ombre qu’on cherche à dératiser. Qui tire les ficelles de ce Karakouz ? L’armée ? La police ?  Le RCD ? La classe affairiste ? Les boîtes de renseignements américaines et françaises ? L’argent libyen et algérien ? Tout ça et plus. Le plus, c’est la compromission de la classe politique (Opposition comprise), cette classe moyenne de l’humanité.

Hédi Baccouche, l’artisan du Zabatisme, Kamel Morjene, l’homme des Amériques, les Karoui, franc-maçons d’antan, tous ces sahéliens, ces orphelins du zabatisme et du bourguibisme, veulent que le pouvoir reste ancré à jamais dans leur région, entonnoir des commis serviles.

Mr.Chichi, le premier ministre, était quelqu’un dont la mine rébarbative ne s’éclairait jamais d’un sourire. Froid, rare et gêné dans la conversation, réservé dans le sentiment, maigre et petit, triste et terne, et pourtant antipathique, on ne sait trop pourquoi. Ceux qui l’ont côtoyé disent qu’ "il ne dit rien sur son existence. Pourquoi, il est là ? ".

La révolution n’a-t-elle pas été faite contre lui et ses comparses ? Khobz wa ma wa ghanouchi lé, pain et eau et non à Ganouchi. Hélène Flautre, cette égérie européenne, n’est pas allée de main morte, en le confondant : "De deux choses l’une : soit vous étiez aveugle et impuissant du temps de Ben Ali et vous n’êtes pas l’homme de la transition, soit vous n’étiez ni aveugle ni impuissant et vous n’êtes pas l’homme de la situation. Donc, pourquoi vous êtes ici ? Quelle est votre position ? ".

Chichi, livide, essuie le camouflet : "C’est plus compliqué que cela ! C’est pour empêcher que des choses encore pire se fassent". Ça crève les yeux : l’homme, n’est ni un politique, ni un expert. Il me rappelle l’imposteur du film Kagemucha d’Akira Kurosawa qui répond au pif : "La montagne ne bouge".

 

Une naissance non voulue

Je me penche sur mon maigre butin de la nuit. Ce n’était pas varié : des coupures de presse, une bio express, un encart à Wikipedia, des entrefilets qui décrivent sur 70 ans la carrière plate du Premier ministre Chichi, qui porte en son nom le mot gâchis. Sa naissance en 1941 à Sousse, naissance non voulue par une mère déjà accablée par d’autres choses de la vie. Ses états de service comme commis servile dans l’administration, puis la chance d’avoir été au bon moment du côté de ZABA qui le nomme ministre des flous. Homme sans visage, sans parole, petit, toujours anonyme, sans histoire, presque sans filiation. C’est juste le Pinocchio qu’il faut pour le Gepetto maghrébin. ZABA, le zèbre, le voulait à l’image de ses cents et un ministres, ces dalmatiens asexués (tarres), ni mâles, ni femelles, des créatures faibles et débiles. Des avortons d’une race de bestioles pitoyables. Des faces aveugles. Absents. Des gâteux qui font dans leurs pantalons. Que du vide. Pas de cœur pour pomper, pas de veine, pas de cervelle. Ils puent le cadavre.

Chichi a fait de même avec son gouvernement intérimaire : Chebbi, Jallali, Baccouche et autres Chaouch…tous des vizirs bien jolis-jolis, proprets et qui sentent le bonbon. A peine ont-ils un nom. Ils ne se fâchent pas. Ils le suivent comme des oies. Des Dracula qui viennent de ressusciter. La moyenne d’âge est de quatre-vingt ans. Tous ont une prothèse, au cœur, dans les hanches, sur la bouche. La morgue est juste à côté. Un gouvernement qui dit toujours : "présent". Personne ne boit, ni ne fume, ni ne chie. Qui rit, qui lit et qui écrit ? Qui fait le pitre ? On ne copule plus, on n’engendre plus. Viagra ou pas. Pleurer ? Se moucher ou Peter ? Se masturber ? Roter ? Que des moutons modèles et des temps modernes. Une Houkouma d’Ouled Ahmed, le poète du vin et de l’amour :

Heureux de notre sort

Heureux de nos gouvernants

Ils ravalent les paroles de la gorge

Pour qu’ils s’en étranglent…

Heureux d’un siècle qui luit

Et de l’autre qui s’éclipse

Me voilà avec mes deux cornes de cocu.

 

Chichi et ses chaouchs

Chichi est un majordome très british qui se préoccupe comme il se doit de la bonne marche du chalet. Sous ses ordres, une cohorte de valets. Des domestiques dans leur esprit, dans leur comportement, dans leur réputation.

Lorsque Ounaies, ministre des Affaires Etrangères fait des courbettes à son vis-à-vis français, on se demande où est-ce que Chichi nous a dégoté ce repris de la mort et de la honte. Au fait, la démission de ce ministre anachronique, qui ne peut en aucun cas être l’ambassadeur d’une jeune révolution fière et orgueilleuse, est le seul acte valable de ce gouvernement qui ne gouvernera guère. Ounaies a été à l’écoute de la rue qui demande sans cesse à ce gouvernement : D E G A G E.

Néjib Chebbi, ministre du Développement et des Régions avoue avoir la trouille d’aller à la rencontre des gens de l’intérieur. "Je ne me sens pas en sécurité", pleurniche t-il.

Rajhi, le tout nouveau régent de la Dakhilia( ministère de l’intérieur), se la joue jovial et décontracté et lance une campagne de popularité sur Facebook pour nous faire oublier son faux premier pas de gorille à la Kasbah. Canarder, matraquer et gazer les manifestants est un détail peu important à ses beaux yeux.

Taieb Jallali, le ministre des fellahs, se plaint du manque de tact et de civilité des petites gens qui ne comprennent pas son désarroi face à la gabegie. Il veut travailler dans l’ordre, la volupté et le calme. Il oublie qu’on est au temps de la Révolution. Je crois qu’il doit regretter le temps de ZABA où il était député et où il ne foutait rien.

Que dire des trois barbiers de Chichille !

Taoufik Bouderbala, président du comité presque des martyrs, est cette manche de balai qui n’a jamais servi à rien depuis qu’il était président de la Ligue des Droits de l’Homme. Il reste célèbre pour sa boutade : "Si vous êtes démocrate, taisez-vous".

Abdelfattah Amor, ce faux monnayeur que j’aime, ce partisan du RCD, cet universitaire quelconque, ce membre du conseil constitutionnel et autres blablabla dit comprendre "ceux qui ne veulent pas collaborer avec lui". Paroles de collabo.

Reste messires Iyadh Ben Achour, le très honorable fils du cheikh Tahar Ben Achour et le frère ainée de Sana Ben Achour. Lui, il me fait marrer, lorsqu’il dit qu’il est respectable. Hum…Qu’est-ce qu’on a à foutre de son intégrité. La rue ne veut pas de lui. Un bourge ne peut en aucun cas parler au nom de la révolution des enfants de la balle.

Chez les Chichi       

Chichi est un trésor en or. Un premier ministre inégalé qui applaudit et dort. Une langue-de-chat trempée dans un bol de lait. Un premier ministre contre- façon qui nous aime à sa façon. Un premier ministre de oum Traki Nas mleh, bon enfant et con. Il est pareil à une vieille horloge qui n’indique plus l’heure, mais qui ne s’arrête pas non plus. Une horloge aux aiguilles faussées, aux cadrans aveugles, dont la sonnerie rouillée reste silencieuse, une vieille horloge continuant d’émettre son tic-tac et à coucouler sans que cela ne veuille rien dire. Il est de ceux qui s’abaissent toujours, flattent toujours, se trahissent toujours. Il est de ceux qui ne jalousent jamais un sort meilleur, pour se raccrocher au koursi, la chaise, le poste. Il a le look du métier : un moulage peint. Impassible, avec un sourire découpé dans de la cire rouge, un front lisse d’oisillon et des yeux de lapin qui s’auto-flagellent : "Cessez d’être indigne". Il est effacé. Il ne remplit pas sa place. Il nage dans le costume de premier vizir. Livide, servile, rien ne peut le toucher, il n’y a pas d’insulte qui peut le faire sortir de ses gants ou le mettre en rogne. Ses reculs ne le font pas perdre. Vos avancées ne l’inquiètent pas. A-t-il une vie privée ? Des enfants ? Une maison ? Se saoule t-il la gueule ? Bat-il sa femme ? Arnaque t-il l’épicier du coin ? Caresse t-il la petite bonne de Kasserine ? Ses petits enfants, le moquent-ils ? J’aimerais bien entrer chez lui, dans sa grande villa sis Menzah V, villa hétéroclite cachée derrière d’horribles murs de cimetière. Ceux qui ont fait la visite m’en parlent : on entre chez les Chichi, par un grand portail en bois vert, comme chez nous dans les douars qui donnent sur le garage. Une grosse Mercédès six portes, puis un espace vaste avec des rideaux multicolores de préfecture et une bibliothèque pleine de livres peu respectés. On monte vers les lieux familiers par un escalier étroit. Là, la porte s’ouvre sur la cuisine, la cuisine s’ouvre sur le salon, le salon sur la terrasse, la terrasse sur une chambre et la chambre sur le couloir et le couloir sur la cuisine. Des fauteuils de brocante qui, une heure après les avoir essayé, te donnent des gaz.

La famille est bizarre. L’homme porte un pantalon mauve et des chaussettes bon marché de tabal. Il est peu bavard. La femme est muette. Elle se cache de je ne sais quel regard. Serait-elle laide ? Lui, un mélange de Tijani Abid, ce secrétaire général félon  de la centrale syndicale du temps de l’embastillement de Habib Achour et d’un mouchard de mon quartier dont j’ai oublié le nom. Mais, il a aussi cet air d’un chinois qui roule les ’l’ au lieu des ‘r’.

Que dire de plus pour que la vie de ce mortel vaille la peine d’être vécue ? Il a subi un effaçage chirurgical des rides, un pansage de la peau, une injection d’extrait de fœtus humain. Mais, on ne peut rien contre le vieillissement des os, la désagrégation des cartilages, la transmutation du sang en eau et le squelette qui commence à se contracter sous son enveloppe de chair. Une peau ridée, un crâne chauve et recouvert de tâches brunes semblables à des tâches de nicotine. Le cou ridée, la peau squameuse, le dos large et courbée comme les parois d’un vase. La poitrine étroite.  Les jambes chétives. Ses deux genoux fléchissent. Il commence à souffler. Il reste au milieu du chemin. Il est tenu à la vie par le fil  de la convoitise. Il se nourrit  de sa propre nullité, médiocrité. Ni pain, ni vin. Au creux de sa main, sa main tremblotante, le pouvoir s’effrite et fuit. Il a pour seul horizon le zéro. Faut-il encore tenir courbée sur scène face au Rhinocéros ? Rien qu’à l’odeur des aisselles des jeunes de Kasserine, de Tala ou de Sidi Bouzid, il risque de tomber dans les pommes. Il sent le départ.  Mais, le bougre rechigne à s’éliminer.

Comment contenir cette rue qu’il ne peut gouverner ? Comment acheter la façon de vivre d’un homme libre ? Combien payer pour ce qu’est un homme ? Ça coûte combien de ne pas laisser un homme se balader à sa guise ? Pour Chichi : pas question d’avoir le droit d’être des hommes. Surtout  lorsque ces hommes le somment de dégager. Ne sait-il pas qu’il est bien tard et que dans sa nuit le soleil ne brille plus. Et dans cette Tunisie peuplée d’étoiles il n’y a plus de place pour lui. Pour un sixième doigt qui pousse comme une menace rachitique.

Mais, ce n’est pas terrible, cher Chichi. Tout passera. Les souffrances, les tourments, le sang, la faim et la peste. Le glaive disparaitra et seules les étoiles demeureront, quand il n’y aura plus de  trace sur la terre de nos corps et de nos efforts. Il n’est personne au monde qui ne sache cela.

C’est la leçon de Tunis, janvier 2011… Tunis le sait et se tait : c’est terrible.

 

Lien : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/opinion/20110214.OBS7985/tribune-bon-anniversaire-chichi-par-taoufik-ben-brik.html

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