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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 07:29
EMPRISONNES EN LIBYE ET VICTIMES DE TRAITEMENTS INHUMAINS : Deux jeunes aventuriers sénégalais retracent l’enfer qu’ils ont vécu dans ce pays

Ils sont deux rescapés de l’enfer libyen. Faisant partie du groupe des 15 Sénégalais rapatriés de la Libye, le mercredi 4 juillet dernier, Moustapha Diaby
et Mohamed Diaby retracent ici avec force détails, le voyage périlleux, les formes de tortures dont ils ont été victimes et surtout l’exécution à laquelle ils
ont échappé à Mizra et Abou Salim, deux prisons libyennes.

 

 

 

Si l’histoire de «Barça ou Barzakh» a fait un tollé dans le monde, il semble que d’autres candidats au voyage continuent encore de nourrir l’espoir de réaliser un jour leur rêve: migrer pour faire fortune. C'est le cas de Moustapha Diaby, un plombier âgé de 26 ans et de Mohamed Diaby, menuisier coffreur. Originaires tous les deux de Tambacounda, ces deux jeunes aux destins croisés, ont vécu le calvaire en Libye et ont échappé à la mort, à plusieurs reprises. «L’enfer», ils disent l’avoir connu. Ce qui fait qu'ils avaient même perdu l’espoir de retourner vivants chez eux. Le récit de Mohamed Diaby en témoigne d'ailleurs, largement. Etant à la fleur de l’âge, les deux jeunes hommes avaient décidé de se rendre en Libye pour y chercher fortune. Pour cela, ils disent avoir emprunté le désert en passant par le Mali, le Burkina Faso, le Niger pour atterrir en Libye. «Il nous a fallu une semaine de route et une fois arrivés nous avons fourni des efforts inhumains, pour gagner, en un temps record, pas
moins d’un million de nos francs». Mais, poursuit Mohamed Diaby, leur calvaire a débuté le jour où ils ont été surpris sur le chantier où ils travaillaient. Appréhendés pour séjour clandestin, ils ont tout de suite été envoyés en prison. «Nous cherchions à régulariser notre situation lorsque nous avons été surpris par des libyens en tenue, qui nous ont confisqué l’ensemble des devises qui étaient en notre possession».

 

Et pourtant, racontent les deux aventuriers, «nous avions nos passeports et nos cartes nationales d’identité, en sus de l'argent que nous avions pu amasser auparavant». Et sur les 6 mois qu'ils ont passé en Libye, ils ont eu à passer 4 mois en prison. «Mon compagnon ici présent a été dépouillé de 1,250 million de francs, alors que moi j’y ai perdu 1,200 million francs, qu’ils avaient promis de nous restituer à notre libération, mais en vain». Et Mohamed Diaby de dire: «Ils nous ont tout volé». Poursuivant, il dit avoir été dans un premier temps, enfermé avec 5 autres Sénégalais, à «Mizra», une autre prison libyenne. «Nous avions pu nous évader, mais nous avons par la suite été traqués comme du gibier dans les montagnes du Sahara. Nous étions 8 fugitifs dont un Malien, 6 Sénégalais et un Gambien, mais ce dernier est mort» a raconté l'un des
aventuriers.

 

Le Gambien en question a reçu une balle au dos, au moment où le groupe a tenté de fuir. Et s'ils sont toujours vivants, racontent t-ils, c'est juste parce qu'ils ont sauté dans le vide.

«On nous obligeait à manger les restes d’aliments piétinés par ceux qui venaient des toilettes»
Arrêtés puis transférés à Abou Salim, une autre prison libyenne, ils ont là aussi eu de la chance. «Le repas qu’on nous servait n’était pas mangeable. Même des chiens refuseraient de le consommer. Il suffisait de l’avaler pour le vomir. Idem pour l’eau infecte qui nous était servie pour calmer notre soif» ont raconté Mohamed et Moustapha Diaby qui ont par ailleurs signalé que, pas moins de 5 détenus de nationalité nigérienne et béninoise sont morts sous leurs yeux. Selon eux, «Il suffisait que l’un des gardes pénitentiaires soit ivre pour venir nous
faire vivre l’enfer. Et même un simple regard leur suffisait pour venir nous violenter». Et ceux qui par malheur faisaient tomber les restes
d'aliments par terre étaient la cible des gardes qui attendaient le retour de ceux qui revenaient des latrines pour leur demander de piétiner les aliments qu'on devait manger. Soumis à toutes sortes de violences, les deux jeunes hommes racontent qu'ils étaient souvent sévèrement battus par les gardes. D'ailleurs, disent-ils, à plusieurs reprises, ils ont vu des gens mourir à la suite de tortures, ainsi que des cadavres qu’on transportait vers des destinations inconnues.«Tous sont morts à cause de traitements inhumains qu’ils nous infligeaient. Si tu tombes malade, là-bas, on ne t'amène même pas à l’hôpital et ils nous disaient ouvertement qu’ils n’avaient rien à cirer de nous voir mourir ou souffrir». Estimant qu'ils étaient 16 Sénégalais, mais qu'ils n'ont pas revu un des leurs, en l'occurrence Malang Dianfa, un habitant de Tambacounda âgé de 26 ans, Mohamed et Moustapha craignent même que ce dernier ne soit exécuté. «Il était dans cette même prison et il a été violemment tabassé puis jeté dans de l’eau. Nous croyions même qu’il allait en mourir et nous ignorons vraiment s’il est encore en vie ou non» regrettent les deux jeunes hommes.

«Nous avons failli être exécutés»
Traumatisés par ce qu'ils ont vécu, Mohamed et Moustapha Diaby ont raconté que «les libyens qui assuraient notre garde, dans cette prison, ont abattu plusieurs Noirs devant nous». Mais précisent-ils, il y a eu, par contre, des Tchadiens, des Burkinabés, des Nigériens, des Béninois, des Togolais, des Ivoiriens, des Maliens et aussi des Gambiens qui ont pu être extraits de ce trou, par leurs ambassadeurs qui sont venus à leur secours. «Tel ne fut pas le cas, pour nous, qui avions été snobés par l’ambassadeur du Sénégal. C’est au cours de notre premier mois de détention qu’on a appelé son excellence Moustapha Dieng, qui est l’ambassadeur du Sénégal en Libye, mais il nous a dit qu’il n’a pas de temps et qu’il travaillait» regrettent les deux aventuriers . Estimant avoir perdu, en un moment, «tout espoir de retourner en vie au bercail», les sieurs Diaby, disent avoir échappé de peu à une exécution. Et selon eux, un des pénitenciers du nom d’Al Hassan nous avait fait aligner, un jour, c’est alors qu’un de ses collègues a intervenu. «N’eût été l’intervention de cet homme âgé, il allait tous nous massacrer, parce que celui-ci avait dévié le coup qui est parti en l’air, à la seconde où Al Hassan appuyait sur la gâchette de son arme braquée contre nous» raconte Mohamed. Dans
la prison où ils étaient incarcérés, il n’y avait que l’ambassadeur qui pouvait venir en aide à ses concitoyens, souligne t-il. Et disent-ils, ceux qui nous gardaient, nous demandaient même ce qui empêchait notre ambassadeur à venir nous voir. Ce sont des agents municipaux (Am) qui nous ont procuré nos laissez-passer. Mais lui, il a attendu le jour où on devait rentrer, pour nous envoyer le consul sénégalais établi en Libye. C’est ce dernier qui nous a accompagnés à l’aéroport.

«M. Dianfa, un Sénégalais de 26 ans violemment torturé est toujours retenu par ses geôliers»
Et pour conclure, les deux aventuriers de dire qu'ils se devaient de raconter cette histoire pour dénoncer l’inertie dont ont fait preuve des autorités consulaires et diplomatiques sénégalaises, face aux calvaires de leurs compatriotes en Libye. Et surtout sensibiliser nos gouvernants pour que d’autres compatriotes ne vivent pas ce qu’on a vécu. «On est aujourd’hui revenu au bercail, les poches vides et plus misérables qu’auparavant. Il a fallu qu’on arrive à l’aéroport de Dakar Yoff, pour qu’on remette à chacun d’entre nous 10 000 francs pour le ticket du retour» disent-ils. Une somme qui leur a été distribuée dans un des bureaux, sis à l'aéroport et qui leur aurait été offerte par le gouvernement. Seulement, se désole t-il, ils n'ont pas pris en compte les destinations des uns et des autres. Mohamed et Moustapha Diaby et 13 autres Sénégalais ont foulé le tarmac de l’aéroport de Dakar, le mercredi 4 juillet dernier, vers 00 heure après une escale au Maroc.

Youssoupha MINE

 

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