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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 08:27

De Tunis à Rabat, la crainte d'un retour en arrière

Des militantes du Parti de la justice et du développement (PJD) célèbrent la victoire dans une rue de Rabat, le 27 novembre.

L'arrivée au pouvoir de partis islamistes pour la première fois dans l'histoire de la Tunisie et du Maroc, où ils dominent les gouvernements, nourrit les craintes des femmes. Pas toutes, certes. Car les victoires électorales du parti tunisien Ennahda en octobre 2011 et un mois plus tard, le 25 novembre, du Parti de la justice et du développement (PJD) marocain se sont aussi appuyées sur un vote féminin. Mais le "printemps arabe", qui a porté les aspirations de millions personnes dans la rue, a son revers.

Au Maroc, c'est d'abord une image. Celle d'une femme, une seule, un foulard sur les cheveux, au milieu de trente hommes en costume sombre : Bassima Hakkaoui, 51 ans, députée du PJD depuis 2002, a été nommée en janvier ministre de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social. Par comparaison, le précédent gouvernement comptait cinq ministres femmes et deux secrétaires d'Etat. Première déconvenue.

AU MAROC, DES "SIGNAUX INQUIÉTANTS"

Aussitôt, l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) a écrit une lettre ouverte au chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, pour lui transmettreses "principales attentes""Comme vous le savez, durant la dernière décennie, le Maroc a fait des progrès significatifs en matière de promotion et de protection des droits humains des femmes", rappelle l'association, avant d'interpeller le secrétaire général du PJD sur le respect des principes d'"égalité" des sexes et de "parité"contenus, article 19, dans la nouvelle Constitution, adoptée par référendum le 1erjuillet 2011. L'ADFM n'a, à ce jour, reçu aucune réponse. Deuxième déconvenue.

"Il est encore trop tôt pour évaluer l'impact de l'arrivée au pouvoir du PJD", déclareAmina Lotfi, présidente de l'ADFM. "Mais les premiers signaux sont inquiétants,relève-t-elle en pointant la "totale insensibilité à l'égalité du genre" du gouvernement. Le mouvement féministe au Maroc, soutenu par des femmes qui ne trouvaient pas toujours leur place dans les partis politiques, "avait eu tendance à un peu baisserles bras et, là, il a reçu une belle claque", assure une militante pourtant aguerrie."Les partis islamistes sont arrivés au pouvoir parce qu'ils étaient les mieux organisés et parce que les gens avaient un sentiment de reconnaissance, car ils les ont aidés dans leur vie quotidienne. Désormais, il y a des craintes sur les libertés, une récession culturelle, et l'élite, malheureusement, ne réagit pas,s'alarme Nabila MounibLa question de la femme redevient centrale."

Cette endocrinologue âgée de 52 ans, chercheuse à l'université Hassan-II à Casablanca, vient d'être nommée chef d'un parti d'opposition de gauche, le Parti socialiste unifié (PSU), – ce qui fait d'elle une pionnière. Elle se souvient du 12 mars 2000 où elle défilait dans la rue pour réclamer la réforme du code de la famille, la Moudawana, face aux militants du PJD qui s'y opposaient de toutes leurs forces. "La priorité du gouvernement, dans sa déclaration de politique générale,poursuit Nabila Mounib, repose sur l'identité, l'identité exclusive qui consiste à dire'nous sommes musulmans', or le référentiel religieux est toujours mis en avant par des hommes, pour des hommes." Pour Amina Lotfi, "le programme gouvernemental prône un discours idéologique et moralisateur (…) qui cantonne les femmes dans l'espace privé-famille et dissout leurs droits et libertés dans des considérations de cohésion dont la femme-épouse-mère endosserait la totale responsabilité".

Aucune loi, aucun signe tangible n'est jusqu'ici venu remettre en cause les avancées acquises par les femmes marocaines. Mais la vigilance est de mise dans un pays où la polygamie n'est pas formellement interdite et où, malgré la loi, le mariage des jeunes filles de 12 ou 13 ans persiste. "On a laissé une marge de manœuvre aux juges, il était question de les former mais cela n'a pas été fait", dénonce Nabila Mounib qui cite une discussion qu'elle a eue à ce sujet avec Bassima Hakkaoui, juste avant qu'elle ne soit désignée ministre de la famille : "Je lui ai demandé ce qu'elle pensait du mariage des petites filles, elle m'a répondu : 'Si elles sont suffisamment développées, pourquoi pas ?'" "C'est un rude combat, ajoute-t-elle, qu'il faudra mener dans les lycées, les universités, car en face des mosquées se démultiplient pour lancer le message que l'islam est la solution. Et ce qui se passe chez nos voisins, comme en Tunisie, n'est pas fait pour nousrassurer."

LES DÉBATS D'HIER RESSURGISSENT EN TUNISIE

 En Tunisie, non plus, aucune loi n'est venue remettre en cause, jusqu'ici, les acquis des femmes – les plus avancés dans le monde arabe depuis l'adoption, en 1956, du code du statut personnel. Au contraire, lors des élections d'octobre 2011, le principe de listes paritaires, une première, avait été accepté par tous les partis. Mais, depuis, la situation s'est dégradée. Des enseignantes sont agressées, insultées par des salafistes et des prédicateurs venus de l'étranger arpentent le pays, sans que le gouvernement réagisse. "Les femmes subissent tous les jours des violences, certes, la plupart du temps verbales, mais quand même, déploreDalenda Larguech, historienne, directrice du Centre de recherches, d'études, de documentation et d'information sur la femme (Credif), à Tunis. Jamais, je n'aurais pensé que nous débattrions de sujets que l'on croyait dépassés !"

 

Sihem Badi prête serment, le 24 décembre 2011, lors de la cérémonie d'investiture du gouvernement tunisien.

Sihem Badi prête serment, le 24 décembre 2011, lors de la cérémonie d'investiture du gouvernement tunisien. AFP/FETHI BELAID

 

Pour preuve, l'orfi, le mariage coutumier, qui avait quasiment disparu en Tunisie, a fait un retour fracassant dans les débats après les propos maladroits de la ministre de la femme, Sihem Badi, membre du parti Congrès pour la République (CPR). Début février, la ministre (elles sont deux dans un gouvernement de vingt-six hommes) avait qualifié cette pratique, qui ne nécessite que deux témoins et n'accorde aucun droit à la femme, de "liberté individuelle" avant de faire machine arrière. Mais le mal était fait, et aux dires d'enseignants, des étudiantes auraient épousé des salafistes sous ce régime. "Cela n'a rien à voir avec le mariage coutumier tel qu'il était pratiqué dans le monde rural qui n'avait pas l'usage de l'écrit. Là, il s'agit ni plus ni moins que d'une libération sexuelle halal, c'est tout, et cela peut développer la polygamie !", s'indigne Dalenda Larguech.

Entre les fondamentalistes religieux et une partie de la société, la bataille s'est aussi cristallisée autour du port du niqab, le voile intégral, qui a fait son apparition après la révolution. Depuis le 6 décembre 2011, les cours de la faculté des lettres de la Manouba, à côté de Tunis, sont tous les jours perturbés, même si cela concerne une poignée d'étudiantes soutenues par des salafistes. "C'est toute une atmosphère, une guerre d'usure, rapporte la féministe du Credif. On parle maintenant d'interdire l'adoption alors que nous l'avions acceptée depuis 1956…"En Tunisie, les débats sont exacerbés par la rédaction, d'ici un an, de la future Constitution, pour laquelle ont été élu(e)s 217 député(e)s avec, au cœur du litige, la place de la charia, la loi islamique, comme source d'inspiration du droit, ou non. 

"L'idée de séparation du politique et du religieux est étrangère à l'Islam", a affirméSahbi Atig, un élu d'Ennahda au cours d'une séance. En réaction, vingt-huit associations féministes et organisations de droits de l'homme ont déposé à l'Assemblée un projet de Constitution : "Nous revendiquons l'inscription des droits des femmes dans la future Constitution pour que celle-ci marque un véritable tournant dans la promotion des droits des femmes et de leur protection (…). Nos propositions ont aussi pour but de mettre définitivement un terme à l'instrumentalisation politique et religieuse des droits humains des femmes", peut-on lire en préambule.

Les quatorze articles du texte tendent vers un seul but : obtenir l'égalité des sexes. Le 28 février, d'autres organisations, dont le Réseau euroméditerranéen des droits de l'homme, ont également lancé un appel à l'Assemblée constituante tunisienne :"Le référent arabo-musulman doit être considéré comme un élément central de la personnalité tunisienne, non comme une source de législation. Il ne doit y avoiraucune réforme des textes relatifs au statut personnel durant la période de transition." Le face-à-face continue. A l'initiative d'un collectif d'associations, les femmes devaient manifester jeudi 8 mars à Tunis et tenir un colloque le lendemain. Le groupe salafiste Hizb ut-Tahrir, lui, a prévu "un congrès mondial des femmes".

source lemonde.fr

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Sihem Badi prône la révision de certaines lois du CSP

Sihem Badi, lors d'un colloque à l'IMA, (mercredi, 07 mars)Des Tunisiennes, Libyennes, Saoudiennes, Yéménites…membres du gouvernement ou de la société civile ont animé ce mercredi 7 mars à l’IMA de Paris, un colloque intitulé "Printemps arabe, Printemps des femmes", organisé par le ministère des Affaires étrangères français, l'Institut du Monde Arabe avec la participation d'ONU femmes, à l’occasion du 8 mars, journée internationale de la Femme.

Toutes le disent quasiment en chœur : les femmes sont aujourd’hui au cœur du processus de transition dans les pays du printemps arabe, ou ceux qui sont encore en lutte contre les régimes en place. Leur perception est mitigée. Tout en étant confiantes dans leur capacité à pouvoir s’imposer en tant qu’actrices incontournables de la construction du présent et l’avenir, elles sont conscientes que le chemin sera semé d’embûches.

"En tant que femme saoudienne, je reste fondamentalement optimiste sur la place et le rôle de la femme arabe dans les années à venir", dit Mona Khazindar, directrice générale de l'IMA. "Un an après ces printemps, chaque processus a abouti à des déterminants nationaux, chaque situation est particulière et il est présomptueux de prévoir les évolutions, mais les femmes sont de fait des actrices dans la construction de nos sociétés", indique-t-elle. 

Roselyne Bachelot souligne le rôle majeur joué par les femmes dans les pays arabes. "Elles ont descendu dans la rue pour dénoncer l'autoritarisme et exprimé leurs aspirations pour les libertés. Mais, rien n'est acquis pour elles". La ministre française des solidarités et de la cohésion sociale dit vouloir voir dans ce printemps arabe "une opportunité pour les femme", appelant "à combattre les violences faites aux femmes sous toutes ses formes : excision, viol, etc". "Sans égalité, il ne peut y avoir de construction démocratique véritablement pérenne", assure-t-elle, saluant l’engagement féministe dans la région arabe. "Dans les pays arabes, il y a des figures fortes, des femmes arabes qui ont joué un rôle important". 

"Il faut avoir une pensée pour les femmes qui n'ont pas bénéficié de ces printemps, Syrie, Iran, les femmes victimes de l'arbitraire des régimes en place", renchérit Jean-Baptiste Mattei, directeur général de la mondialisation, du développement et des partenariats au MAE français. Pour lui, "sans une meilleure reconnaissance des droits des femmes et de leur place dans la société, le printemps arabe reste inachevé". "Il faut faire en sorte que la transition renforce les droits et le statut des femmes", exhorte-il. 

"La Tunisie veut surprendre le monde"

Sihem Badi, ministre tunisienne de la femme et de la famille, a elle usé de métaphores pour exprimer le changement survenu en Tunisie, et le rôle de la gent féminine dans son aboutissement. "Il y a eu un printemps arabe, mais ô combien l'hiver était long", souligne la ministre, s’attardant sur le long combat mené par les femmes tunisiennes contre la dictature et les régimes totalitaires. "Les femmes, toutes idéologies et appartenances politiques confondues, ont participé à la révolution. Elles étaient au premier rang main dans la main avec les hommes, pour faire disparaître à jamais la dictature et le despotisme. Les Tunisiennes ont irrigué de leur sang la terre tunisienne pour voir fleurir ce printemps arabe", relève-t-elle, lyrique.

"La femme tunisienne est en train de participer à donner une autre ère à la Tunisie, et à réaliser un processus démocratique qui reste difficile", note Sihem Badi. Et d’ajouter : "On récupère un pays pillé et démuni. Mais, malgré les difficultés, on essaie de construire une Tunisie capable de résister à tous les efforts pour que le printemps ne dure pas longtemps". Sihem Badi évoque le statut du code personnel (CSP) qui "est unique dans le monde arabe", mais qui reste à consolider. "Des lois doivent être revisitées car elles ne sont pas suffisantes au 21ème siècle et à la femme tunisienne cultivée, éveillée, émancipée, qui a su penser et faire la révolution", assène-t-elle.

"La femme tunisienne donne l'exemple au monde entier, la Tunisie veut surprendre le monde avec un modèle politique et social, fondé sur plus de justice pour la femme, chose qui n'est pas facile tout de suite". "Quelque soit sa condition, la femme n'est pas encore l'égale de l'homme, un long combat reste à mener", conclut-elle. 

Souhayr Belhassen, (mercredi, 07 mars)Souhayr Belhassen, présidente de la fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH), est loin de partager l’enthousiasme de la ministre. Tout en reconnaissant les acquis des femmes qui font de la Tunisie "une exception", elle exprime certaines appréhensions. "Avant l’accession d’Ennahdha au pouvoir, son président est revenu sur l'adoption en la remplaçant par la tutelle". La présidente de la FIDH revient sur les déclarations sur les femmes célibataires que la députée d’Ennahdha, souad Abderrahim, a qualifiées "d’infamie",  sur le mariage orfi (mariage coutumier) et la polémique que cela a suscité suite à des déclarations imputées à Sihem Badi  (cette dernière s’explique sur ce sujet dans un bref entretien à Gnet qui sera publié dans nos prochaines éditions), ainsi que les agissements des salafistes et la réaction tardive des autorités ; elle se réjouit de la réactivité de la société civile.

"La Tunisie est musulmane à 99,99 %; ce n'est pas allé à contre-courant que d'être de sa culture et de sa religion, ce qui est à contre-courant c'est d'aller contre ses acquis", souligne-t-elle.  Souhayr Belhassen pointe "l’ambiguïté" des nahdhaouis ; "ils disent qu'ils n'appliquent pas la charia, mais les faits sont là". "Parler de laïcité est un problème en Tunisie, car ceux qui la revendiquent appellent à la séparation entre la religion et la politique", estime-t-elle, prônant une universalité des droits.

source gnet.tn

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