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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 04:10

Le directeur du quotidien «Ettounsia», maintenu en détention, entame une grève de la faim

Nasreddine Ben Saïda a débuté ce 18 février 2012 une grève de la faim illimitée pour protester contre sa détention. Le directeur du journal tunisien arabophoneEttounsia, est en prison depuis trois jours. Lui et deux de ses journalistes [libérés après leurs interrogatoires, NDLR] sont poursuivis pour atteinte aux bonnes moeurs. Les autorités judiciaires leur reprochent la publication d'une photo où le footballeur allemand d'origine tunisienne Sami Khedira enlace sa compagne nue, la top model allemande, Lena Gercke. Nasreddine Ben Saïda encourt une peine de 6 mois à 5 ans de prison et une amende de 60 à 600 euros. L'organisation Reporters sans frontières demande la libération immédiate du directeur du journal et l'arrêt des poursuites contre les trois journalistes.

Soazig Dollet, chargé du Maghreb et du Moyen-Orient à Reporters sans frontières

Nasreddine Ben Saïda est le premier journaliste de l'ère post-Ben Ali à être incarcéré. Nous trouvons cela très inquiétant à RSF, d'autant plus que les autorités tunisiennes, le ministère public s'est basé sur un fondement du code pénal et non pas sur le code de la presse qui a été publié et adopté à la fin de l'année dernière

Soazig Dollet, chargé du Maghreb et du Moyen-Orient à Reporters sans frontières

(01:01)
 
 

source rfi.fr/afrique

 

 

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Le journal « Al Massa » se défend et contre-attaque

Une conférence de presse a été organisée, samedi 18 février 2012, par la l’équipe de rédaction d’Al Massa avec la participation, notamment, de Nadhir Azouz son directeur et Chokri Ben Hassine, son rédacteur en Chef.

L’objectif de cette conférence était d’éclaircir certains points, notamment relevés par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) qui, dans un communiqué, avait dénoncé les «écarts de l’hebdomadaire Al Massa touchant à la réputation de plusieurs personnalités» (lire notre article à ce sujet). M. Ben Hassine a revendiqué la liberté de la presse sans tutelle. Il s’est dit surtout étonné par le communiqué du SNJT qui n’a jamais, selon lui, contacté le journal. Il l’appelé, à cette occasion, à s’occuper d’autres sujets plus délicats concernant notamment la situation des journalistes dans le pays.
Concernant l’affaire Abderrazak Kilani, le rédacteur en chef a expliqué que l’article voulait juste présenter le ministre aux lecteurs du journal et qu’il n’a fait que s’interroger sur certains points sans formuler aucune affirmation. 

Lors de cette conférence, plusieurs accusations de corruption ont été proférées à l’encontre, de PDG et de cadres de banque, d’organisations financières, de commissaires aux comptes ainsi que d’hommes d’affaires de la place. Certains cadres de la Banque centrale dont Moncef Slimi, qui est également journaliste à El Fejr, sont venus témoigner sur la corruption du secteur financier en Tunisie.
Interrogé par Business News sur les documents attestant de la véracité des accusations qu’a proférées le journal dans ses colonnes, Chokri Ben Hassine a indiqué qu’Al Massa a les preuves de ce qu’il avance et que la rédaction est à la disposition de la justice et qu’elle est prête à coopérer avec le ministère public.

source businessnews.

 

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Conférence de presse ...

 

 

 

 

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Le corps féminin, nouveau champ de bataille

 


La une du quotidien Ettounsiya du 15 février

Incarcéré depuis mercredi, Nassreddine Ben Saïda, directeur de la rédaction du quotidien Ettounsiya, a entamé samedi une grève de la faim.

Il est inculpé pour avoir publié une image [voir ci-contre] du footballeur d'origine tunisienne Sami Khedira (Real de Madrid) et de sa femme mannequin, Lena Gercke.

Les photographes auront d'abord repéré la violation flagrante du copyright, péché véniel mais coutumier de la presse tunisienne. Mais bien entendu le scandale n'est pas là. Le plus préoccupant est la transgression des limites censées garantir la liberté de la presse dans la Tunisie post-dictature.

Un scandale juridique

Le motif d'inculpation retenu est l'atteinte aux bonnes mœurs et le trouble à l'ordre public en vertu de l'article 121 ter du code pénal.

Un scandale juridique puisque, rappelle Reporter sans frontières :

« Privilégier l'utilisation du code pénal réduit à néant le [nouveau] code de la presse [promulgué en novembre dernier, ndlr] alors que celui-ci dispose dans son article 2 que sont abolis “tous les textes précédents en contradiction avec le présent code […]” et remet en cause la dépénalisation des délits de presse engagée par ce décret-loi. »

Par ailleurs, précise Mustafa Ben Letaief, professeur de droit et l'un des rédacteurs du nouveau code de la presse :

« En présence de deux textes prévoyant des sanctions différentes, c'est toujours la sanction la plus douce qui est appliquée, or le code de la presse exclut toute peine privative de liberté.  »

Le parquet a donc réactivé un instrument juridique de la censure hérité de l'ère Ben Ali, en contrevenant aux principes juridiques les plus élémentaires.

Il faut nuancer tout de même et préciser que, pour l'instant, les conditions de travail des journalistes tunisiens et étrangers en Tunisie sont plus proches de celles que connaît la France, que celles de l'ancien régime. Mais le signal est inquiétant et la censure morale semble en passe de succéder à la censure politique.

« Ayons les femmes et le reste suivra »

Mais l'affaire soulève un autre problème. Pourquoi publier la photo de cette femme presque nue à la une d'un quotidien  ? Et plus précisément, pourquoi voiler ou dévoiler le corps féminin semble devenu l'enjeu le plus crucial de la société tunisienne  ?

Pour mieux saisir l'origine de cette passion, il faut relire Frantz Fanonet le premier chapitre de « L'An V de la révolution algérienne » où il évoque l'ardeur des colons français à dévoiler les Algériennes. «  Ayons la femme et le reste suivra  !  », proclamait la doctrine coloniale ou, plus élaboré  :

«  Si nous voulons frapper la société algérienne dans sa contexture, dans ses facultés de résistance, nous devons d'abord conquérir les femmes. »


Affiche de propagande réalisée par le 5e bureau psychologique de l'armée française pendant la guerre d'Algérie

Les cérémonies de dévoilement étaient alors, comme en mai 1958, lors du soulèvement qui a permis le retour du général de Gaulle, le signe du terrain conquis par la France sur la société « arriérée » qu'il fallait « civiliser » et sur l'emprise du nationalisme algérien.

A cette «  bataille grandiose  », à cette «  offensive colonialiste autour du voile, le colonisé oppos[ait] le culte du voile  ».

Les crispations identitaires d'aujourd'hui (en Tunisie, comme en Europe) s'enracinent dans ce passé colonial qui, décidément, ne passe pas.

 Une bataille géopolitique et identitaire

L'argumentation religieuse pour justifier ce regain d'intérêt pour les tenues islamiques depuis une trentaine d'années n'est que le vocabulaire d'une tentative de reconquête symbolique contre l'influence occidentale (et de réaffirmation de l'orthodoxie sunnite face aux prétentions de la révolution islamique iranienne chiite à brandir plus haut l'étendard de l'islam). Une bataille identitaire et géopolitique dont le terrain d'affrontement est le corps féminin. 

Dans la Tunisie post-14 Janvier, le retour des tenues islamiques est une réponse à sa longue stigmatisation. Un signe de rupture avec la modernisation imposée par Bourguiba et Ben Ali, mais dans l'ensemble, plutôt bien vécu dans une société où l'enjeu colonial est dépassé et prête à laisser à chacune sa liberté.

Mais le terrain de la conquête s'est déplacé et à présent, des groupes salafistes sont partis à l'assaut de la doctrine sunnite locale (malékite) pour l'amener vers les références wahhabites (l'islam de la péninsule arabique) beaucoup plus rigoriste. Le niqab, qui ne laisse rien apparaître du corps, est le jalon de cette entreprise identitaire, religieuse et politique.

La tentative de faire admettre des étudiantes en niqab à l'université de la Manouba relève de cette volonté de marquer son territoire et elle a porté les tensions idéologiques à un point explosif.

La visibilité du corps des femmes dans l'espace public renvoie bien sûr à d'autres aspects, notamment au refoulement de la puissance déstabilisatrice du désir pour l'ordre social.

Plus profondément, selon Olfa Youssef (« Le Coran au risque de la psychanalyse », Albin Michel, 2007), linguiste et psychanalyste :

«  Le corps de la femme, dépourvu de pénis, représente une menace de castration pour l'homme. Masquer le corps féminin est une manière de faire disparaître cette angoisse. C'est pour cette raison que le voile est un problème masculin.  »

Climat anxiogène

Dans le climat anxiogène que traverse une société tunisienne sans repère, les peurs identitaires se projettent sur le corps féminin et les passions s'exacerbent au point d'occulter les défis sociaux et politiques.

Si la question des tenues islamiques n'avait pas pris un tour aussi passionnel, Ettounsiya n'aurait probablement pas éprouvé le besoin de publier cette image dont la valeur informative est plutôt faible. Et le gouvernement n'éprouverait pas le besoin d'envoyer un journaliste en prison pour une photo qui n'aura fait perdre la vue à personne.

Erotiser ou « désérotiser » l'espace social ne relève au fond que de la même obsession, et de la même propension à réduire les femmes à leur fonction sexuelle.

Maintenant si le corps féminin, érotisé ou occulté, devient l'arme du combat pour s'approprier le sens de la révolution, on se demande jusqu'où ira cette surenchère dans l'exhibition du corps et de la religiosité. rue89

 

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Le président tunisien Marzouki, l’alibi démocratique des islamistes

Mustapha Benjaafar, le président de l’Assemblée constituante, a ouvert jeudi les travaux de mise en place des commissions chargées de la rédaction de la nouvelle Constitution.

Ces commissions devraient être à pied d’œuvre dès lundi prochain mais dans un contexte où les islamistes, notamment les salafistes du Hizb Ettahrir, nouveaux acteurs de la scène politique, vont tout faire pour peser sur les travaux de l’Assemblée constituante afin de remettre en cause l’héritage bourguibiste, notamment le statut personnel et, partant, imposer leur choix de société. En tout cas, une chose est certaine, la situation en Tunisie n’évolue pas dans le sens souhaité par les acteurs de la révolution du 14 janvier 2012 ! Bien au contraire, ce sont ceux (les islamistes), restés en marge du mouvement populaire, qui sont en train de tirer les marrons du feu.

En effet, outre les multiples agressions et pressions contre les femmes, qui ne portent pas le voile islamique, les démocrates et les intellectuels, l’occupation des universités pour imposer le port du niqab, le boycott organisé des cours animés par des femmes non voilées, voilà que le gouvernement d’Ennahda ouvre les portes de la Tunisie aux pires penseurs de l’islam politique. L’Egyptien Wajdi Ghonim en est un. Dans une série de conférences, qu’il a animées dans plusieurs villes tunisiennes, le prédicateur égyptien a soutenu sans être remis à sa place que «la Tunisie est le premier pays qui a fait la révolution et il sera inch’Allah le premier pays qui appliquera la Charia islamique».

«Les gens en Égypte et en Tunisie ont voté pour la religion, ils veulent l’Islam, ils veulent la religion», a-t-il poursuivi avant de fustiger les femmes qui pratiquent le sport dans une tenue vestimentaire indécente, et de s’écrier : «Tunisie, Tunisie islamique ! Non, non à la laïcité !» Pire, alors que le gouvernement tunisien a naturellement observé un pieux silence, le chef de l’Etat, Moncef Marzouki, qui avait traité le prédicateur égyptien de «microbe», s’est rétracté : il lui a même présenté ses excuses à la grande satisfaction des barbus locaux ! La Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) s’est émue du silence du gouvernement. Un collectif d’avocats, de personnalités et l’association tunisienne des femmes démocrates ont déposé plainte contre le prédicateur, d’autres exigent du gouvernement l’interdiction des mosquées et lieux de prière à des fins politiques.

Une démarche bien tardive parce qu’ils auraient dû initier et imposer cette interdiction avant les élections. S’est greffée à ces inquiétudes l’arrestation de trois journalistes, dont le rédacteur en chef et le directeur général Nassreddine Ben Saida du quotidien arabophone Ettounissia, pour avoir publié à la Une du journal une photo d’un nu (une femme), jugée contraire à la morale et portant atteinte aux bonnes mœurs. Face à ce développement inquiétant de la situation, les partis démocrates et de gauche ont enfin réagi en formant une alliance pour barrer la route aux islamistes.

Des marches de protestation, rassemblant des milliers de personnes, ont eu lieu à Tunis. Mais il est à craindre, dans un contexte de fragilisation de l’économie tunisienne, d’un chômage touchant plus de 20% de la population, que ces réactions ne soient quelque peu tardives. Moncef Marzouki, homme intègre, sincère, dont l’engagement démocratique n’est pas à mettre en doute, ne pourra pas longtemps tenir le rôle d’un président servant d’alibi à une islamisation rampante de la société tunisienne. Les salafistes, qui agissent sous l’ombre bienveillante d’Ennahda, se font de plus en plus bruyants. De ce fait, viendra le temps où le chef de l’Etat tunisien devra trancher tant il est impossible de concilier les contraires.

source donnetonavi

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