A peine la trêve entrée en vigueur, des combats violents ont repris vendredi matin autour d'une base de l'armée syrienne, pendant qu'un quartier rebelle de Homs était la cible de bombardements. Des tirs d'obus ont également fait trois morts à Harasta, près de Damas.
Le calme, précaire, aura fort peu duré vendredi matin en Syrie, au tout
début de ce qui devait être une trêve de quatre jours difficilement négociée par le médiateur international Lakhdar Brahimi à l'occasion de la fête musulmane de l'Aïd al-Adha (lire nos articles
: "Syrie : la décision sur une trêve pendant la fête d'Al-Adha sera prise
jeudi", "Syrie : l'armée d'Assad pilonne les espoirs de trêve", "Syrie : la trêve rejetée par un groupe islamiste" et "Syrie : Assad annonce l'arrêt des opérations de vendredi à
lundi").
En ce jour symbolique, le premier de l'Aïd, la télévision d'Etat a montré le président Bachar
al-Assad, qui apparaît rarement en public, priant dans une mosquée de Damas. Assis en tailleur, il est apparu souriant et décontracté ; et après la prière, il a pris le temps de parler avec des
fidèles, triés sur le volet, embrassant certains et plaisantant avec d'autres.
Bombardements et combats
Mais ailleurs, des manifestations hostiles au régime de Bachar al-Assad éclataient déjà à la
sortie des mosquées. L'une d'elles, violemment dispersée dans la province de Deraa, devait être marquée par des tirs des forces gouvernementales, et par trois blessés, selon l'Observatoire
syrien des droits de l'homme. Un peu plus tard, de violents combats éclataient autour d'une base de l'armée syrienne, dans la périphérie est de Maaret al-Noomane, et l'armée ripostait en
bombardant le village limitrophe de Deir Charqui. A Homs, ce sont des bombardements sur un quartier rebelle qui ont été signalés : deux personnes ont été blessées par la chute de six roquettes.
Trois personnes ont également été tuées dans la ville rebelle de Harasta, près de Damas, par des tirs d'obus et de franc-tireurs, sans que des combats ne s'y déroulent, selon l'Observatoire
syrien des droits de l'homme.
Un scénario qui rappelle la précédente tentative du 12 avril : Kofi Annan, prédécesseur de Lakhdar Brahimi, était lui aussi parvenu à arracher une trêve aux belligérants en avril, mais elle n'avait pas tenu longtemps. Elle avait volé en éclats au bout de quelques heures, même si les combats avaient baissé en intensité. Un arrêt des combats et des bombardements aurait pourtant apporté un peu de répit à une population déjà durement éprouvée par les violences. Le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés s'était dit prêt à envoyer, en cas de trêve, des colis d'aide à des milliers de familles dans des endroits jusqu'à présent inaccessibles. tf1.fr/monde
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Le Liban dans la tourmente syrienne
L’assassinat le vendredi 19 octobre de Wissam Al-Hassan, le chef de la branche du renseignement des Forces de sécurité intérieures (FSI), représente le plus grave attentat commis au Liban depuis 2008. Et un acte d’autant plus inquiétant qu’il pourrait contribuer à entraîner ce pays dans la guerre qui se déroule en Syrie. Les affrontements à Tripoli, dans le nord du Liban, ont fait plusieurs morts, tandis que des heurts avaient lieu aussi à Beyrouth après les funérailles.
La radicalisation de certains groupes sunnites extrémistes, qui ne reconnaissent pas l’autorité du chef de l’opposition Saad Hariri, est incontestable, notamment dans le nord du pays, radicalisation encouragée par la terrible répression en Syrie et par les relations existant entre les deux pays. On a pu voir, notamment lors des heurts qui ont suivi l’enterrement d’Al-Hassan à Beyrouth, un drapeau d’Al-Qaida brandi par des manifestants (voir le reportage réalisé par la BBC, « Beirut funeral for Wissam al-Hassan followed by clashes », 21 octobre 2012).
Qui est Wissam Al-Hasan ? Le site en anglais du quotidien Al-Akhbar, dresse un portrait intrigant de cet homme de l’ombre, proche de la famille Hariri (« Who Was Wissam Al-Hassan ? »). Il fut notamment un garde du corps de l’ancien premier ministre Rafik Hariri assassiné en 2005. Il aurait dû se trouver dans le convoi de Hariri — il était alors le chef de sa sécurité —, mais miraculeusement, il n’y était pas. La commission d’enquête des Nations unies a affirmé que « son alibi était faible et qu’il pouvait être considéré comme un suspect » : il prétendait avoir passé des examens à l’université la matinée de l’assassinat, mais avait donné, durant ce temps, vingt-quatre coups de téléphone. Pourtant, il ne fut jamais inquiété, les Nations unies renonçant à approfondir l’enquête. Saad, le fils de Rafik, lui, a gardé sa confiance et il a même été promu à la tête de la branche du renseignement des FSI.
Paradoxalement, Al-Hassan avait d’excellentes relations avec les services de renseignement syriens, jusqu’au début de l’insurrection dans ce pays. Quand Saad Hariri s’était réconcilié avec Bachar Al-Assad, l’absolvant de toute responsabilité dans l’assassinat de son père (« Liban : Hariri revient sur ses accusations envers la Syrie », Lefigaro.fr, 9 septembre 2010), Al-Hassan avait accompagné Saad à Damas et avait rencontré Bachar (As’ad AbuKhalil , « Car Bomb in Beirut : Wissam Al-Hassan », Al-Akhbar, 21 octobre).
Les FSI sont proches de l’opposition dirigée par Saad Hariri et hostiles au gouvernement de coalition entre le Hezbollah et le parti de Michel Aoun, soutenu plus ou moins par Walid Joumblatt (lire « Jours intranquilles à Beyrouth »). Elles ont très tôt bénéficié de l’aide des services de renseignement saoudiens et occidentaux.
Depuis le début de la révolte en Syrie, les FSI étaient souvent accusées d’aider les rebelles et Al-Hassan jouait un rôle clef en ce domaine. Ce qui explique les accusations dirigées contre le régime syrien, même si, comme le remarque As’ad Abu Khalil sur son blog — the Angry Arab —, le 20 octobre : « Les médias occidentaux n’évoqueront PAS cet autre angle de l’affaire : que le service de renseignement de Hassan était responsable de l’arrestation de nombreux espions et terroristes au service d’Israël au Liban. »
Al-Hassan avait aussi joué un rôle essentiel dans l’arrestation en août 2012 de l’ancien ministre Michel Samaha, un homme qui n’avait jamais caché ses relations avec Bachar, et qui aurait essayé de commettre des attentats au Liban pour le compte de Damas. Lors de l’enterrement, le président libanais Sleiman a fait un rapport entre l’assassinat et l’arrestation de Samaha, appelant à accélérer l’enquête sur ce dernier (« Hasan funeral takes place as thousands gather in Beirut », The Daily Star, 21 octobre).
Quoiqu’il en soit, l’implication des forces de l’opposition dirigées par Saad Hariri dans le soutien aux insurgés syriens est avérée. Comme l’écrit As’ad Abu Khalil dans l’article du 21 octobre cité plus haut : « Ce qui n’est pas dit, c’est que Saad Hariri – aussi incompétent et stupide qu’il soit – a joué avec le feu. Il a bêtement décidé de jouer le jeu du « changement de régime » (regime change) qui a entraîné l’humiliation des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan. Assis sur son yacht en exil en Méditerranée, Hariri a peut-être été l’instigateur d’un jeu qui a finalement abouti à la mort d’un de ses principaux collaborateurs. »
Rappelons enfin que le Tribunal spécial pour le Liban a inculpé plusieurs personnes proches du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri (lire « Du Liban à l’Irak, juger les criminels ? » et « Le Hezbollah et l’assassinat de Rafic Hariri »). Alain Gresh mondediplo
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