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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 07:57

Le "oui" l'emporte en Syrie sur fond de violences

 

par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - L'artillerie syrienne a de nouveau bombardé lundi plusieurs quartiers de Homs, alors que Damas annonçait la victoire écrasante du "oui" au référendum constitutionnel qualifié d'imposture par l'opposition et l'Occident.

Selon le ministère syrien de l'Intérieur, la nouvelle constitution a été approuvée à 89,4%. Damas fait état d'une participation de près de 60%, mais des diplomates qui se sont rendus dans plusieurs bureaux de vote de la capitale disent n'avoir vu qu'une poignée d'électeurs.

L'article faisant du parti Baas le pilier de l'Etat et de la société ne figure pas dans la nouvelle loi fondamentale, qui autorise le pluralisme politique et limite la présidence à deux mandats de sept ans.

Ce point ne s'applique toutefois pas aux deux premiers mandats de Bachar al Assad, ce qui lui permettrait de se maintenir au pouvoir jusqu'en 2028. Des élections législatives doivent avoir lieu dans les trois mois.

"Si une nouvelle Constitution et la fin de l'hégémonie du parti Baas peuvent entrer dans le cadre d'un règlement politique, un référendum doit se dérouler dans des conditions exemptes de violences et d'intimidation", a estimé lundi Eduardo del Buey, porte-parole de l'Onu.

"Il a peu de chances d'être crédible dans le contexte de violences omniprésentes et d'atteintes innombrables aux droits de l'homme. Le ministre russe des Affaires étrangères a en revanche qualifié le scrutin "d'étape importante sur la voie des réformes".

 

TROIS PERSONNES ÉVACUÉES DE BAB AMRO


L'Observatoire syrien des droits de l'homme, dont le siège est à Londres, fait état de neuf morts à Bab Amro, un quartier de Homs, troisième ville du pays pilonné depuis plus de trois semaines.

"Des bombardements intenses visant les quartiers de Khalidiya, Ashira, Bayada, Bab Amro et la vieille ville ont commencé à l'aube", a déclaré à Reuters un opposant nommé Mohammed al Homsi.

Deux journalistes occidentaux blessés sont toujours retenus à Bab Amro, où deux autres -un Français et une Américaine- ont été tués la semaine dernière.

Des membres du Croissant-Rouge arabe syrien ont pu y pénétrer dans la soirée pour évacuer trois personnes, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Il s'agit d'une femme âgée, d'une femme enceinte et de son mari, a précisé un porte-parole à Genève. "Ni les journalistes étrangers, ni les corps des (autres) journalistes n'ont été évacués pour des raisons que nous ignorons du fait de l'insécurité et des communications difficiles", a-t-il ajouté.

Dans la matinée, le président français Nicolas Sarkozy avait parlé d'une "amorce de solution" pour l'évacuation de la Française Edith Bouvier et du photographe britannique Paul Conroy, blessés la semaine dernière.

"Ce week-end, on n'avait aucune solution, la situation à Homs est extrêmement complexe, cette nuit nous avons l'amorce d'une solution. Je ne peux pas en dire beaucoup plus", a-t-il poursuivi.

Edith Bouvier, qui travaillait pour le Figaro, a demandé à être rapatriée au plus vite pour pouvoir être opérée, dans une vidéo mise en ligne jeudi sur YouTube. La journaliste américaine Marie Colvin et le photographe français Rémi Ochlik ont trouvé la mort mercredi dans des bombardements de l'armée syrienne à Homs.

Des opposants ont en outre fait état lundi de la découverte d'au moins 62 corps près de Homs.

"Des familles quittant Bab Amro ont été bloquées à un poste de contrôle hier soir et 62 personnes ont été enlevées. Ce matin, leurs corps ont été retrouvés dans un secteur sous le contrôle du président (Bachar al) Assad", a déclaré un opposant de Bab Amro.

 

LE QATAR PRÔNE LA FERMETÉ


"Le jour viendra où les autorités civiles et militaires syriennes, en premier lieu le président Assad lui-même, devront répondre de leurs actes devant la justice", a assuré Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, devant le Conseil des droits de l'homme de l'Onu réuni à Genève, où l'Iran s'est opposé à l'organisation d'un débat d'urgence sur la répression.

L'ancien secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, nommé récemment émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, a rencontré Alain Juppé et son homologue iranien Ali Akbar Salehi en marge de la réunion de Genève, a-t-on appris de sources diplomatiques.

Après l'Arabie saoudite vendredi, Le Qatar a invité la communauté internationale à armer les insurgés syriens. "Puisque nous n'avons pas réussi à faire bouger le Conseil de sécurité de l'Onu, je crois que nous devrions faire quelque chose pour envoyer assez d'aide militaire pour arrêter les violences", a déclaré le cheikh Hamad ben Khalifa al Thani, chef du gouvernement qatari.

Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe se réuniront le 10 mars pour deux jours afin de faire le point sur la situation, a-t-on appris de source proche de l'organisation.

Côté occidental, ou l'approche militaire semble toujours exclue, les Etats membres de l'Union européenne se sont entendus pour infliger de nouvelles sanctions à la Syrie en ciblant particulièrement la Banque centrale et plusieurs membres du gouvernement.

Dominic Evans, Erika Solomon, Alexei Anishchuk et Stephanie Nebehay; Hélène Duvigneau et Jean-Philippe Lefief pour le service français

source tempsreel.nouvelobs


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Homs, toujours assiégée par l'armée, compte ses morts

 

Immeuble endommagé à Idlib, au nord de la Syrie/

Immeuble endommagé à Idlib, au nord de la Syrie/AP/Rodrigo Abd

Après un weekend sanglant, l'armée a poursuivi lundi 27 février le bombardement de Homs, où les rebelles continuent de résister malgré trois semaines de pilonnage intensif.

Soixante-huit civils ont été tués par des hommes armés dans la région, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, qui dénonce un "massacre" commis par les milices civiles du régime de Bachar Al-Assad. Les corps, qui n'ont pas été identifiés, "portent des traces de balles et de coups portés à l'arme blanche."

  • A Homs, l'évacuation des journalistes blessés échoue de nouveau

Les négociations et les préparatifs pour évacuer les journalistes étrangers bloqués dans le quartier rebelle de Baba Amro, à Homs, ont de nouveau échoué lundi. Le président français, Nicolas Sarkozy, avait pourtant affirmé plus tôt sur RTL que"l'amorce d'une solution" s'esquissait pour évacuer les journalistes blessés mercredi.

Selon le président du Croissant-Rouge arabe syrien (CRAS), Abdel Rahmane Attar, l'équipe d'humanitaires est entrée dans le quartier de Baba Amro, mais "un intermédiaire de Baba Amro est venu nous dire que la journaliste du Figaro Edith Bouvier refusait de sortir si les conditions qu'elle posait n'étaient pas satisfaites", a-t-il poursuivi. "Nous ne connaissons pas ses conditions et nous ne savons pas si elle a vraiment refusé car nous n'avons pas pu avoir de contacts directs avec elle", a-t-il ajouté.

Edith Bouvier, à Homs, le 23 février 2012.

Edith Bouvier, à Homs, le 23 février 2012.REUTERS/HANDOUT


  • Le CICR entre dans Hama, manifestations dans le reste du pays

Le Comité international de la Croix-Rouge est entré lundi dans la ville de Hama et a pu distribuer de l'aide à douze mille personnes. En plus de l'aide alimentaire, qui doit couvrir les besoins de la population pendant un mois, l'ONG a fourni du matériel médical et du matériel d'assistance.

Des manifestations ont également été organisées lundi notamment dans la ville d'Al-Qusayr, située à quelques kilomètres de la ville martyre de Homs.

Manifestation à Al Qusayr, en Syrie, lundi 27 février.

Manifestation à Al Qusayr, en Syrie, lundi 27 février. REUTERS/GORAN TOMASEVIC


  • Résultats du référendum sur la Constitution

Plus de 14 millions de Syriens étaient appelés à se prononcer sur une réforme de la Constitution syrienne, dimanche 26 février. C'est le oui qui l'a largement emporté, avec 89,4 % des suffrages. Le texte instaure le "pluralisme politique", en supprimant l'article sur la prééminence du parti Baas, mais maintient de larges prérogatives pour le président.

Ce référendum a été dénoncé, à la fois par l'opposition et par la communauté internationale, qui l'ont qualifié de mascarade. Sans attendre les résultats du référendum, l'Union européenne a d'ailleurs décidé de renforcer ses sanctions. Elles comprennent un gel des biens de la Banque centrale syrienne en Europe et une interdiction du commerce de métaux précieux, comme l'or, réalisé par le pays.

  • Discussions diplomatiques autour d'un armement des rebelles

La question d'armer les insurgés divise de plus en plus la communauté internationale. Lundi, c'est le Qatar qui a relancé la polémique en appelant à un soutien international de la révolte populaire, y compris en fournissant des armes à l'Armée syrienne libre. Mais les pays occidentaux excluent toujours une quelconque intervention militaire. Les Etats-unis craignent surtout que le fait de livrer des armes à l'opposition syrienne pourrait aider Al-Qaida et le Hamas.

La voie diplomatique semble donc toujours l'unique solution pour résoudre le conflit en Syrie. Mais le blocage de la Russie et la Chine continuent de bloquer toute résolution des Nations unies. Lundi, la Chine a de nouveau affirmé "ne pas pouvoiraccepter" les propos de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, qui a appelé la communauté internationale à pousser les deux alliés du régime à "changer de position", où ces deux pays "se mettent en travers des aspirations du peuple".

Des membres de l'Armée syrienne libre, le 27 février à Al Qusayr.

Des membres de l'Armée syrienne libre, le 27 février à Al Qusayr.AFP/GIANLUIGI GUERCIA

source lemonde.

_____________________________________________________________L'autre point de vue

Siège de Homs : à qui la faute ?

 

Nul ne peut rester indifférent devant les images effroyables qui nous viennent de Homs. Nul ne peut rester de marbre devant la souffrance de ces familles terrées dans leurs caves, sans pain, sans eau et sans espoir. Les obus pleuvent et s'écrasent dans un bruit assourdissant, fauchant des vies sans demander l'âge ni l'adresse de leurs victimes. A Homs, c'est la guerre. A Homs, c'est l'enfer.

 

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L'horreur qui se déroule sous nos yeux donne de quoi en vouloir au président syrien, à son parti et à son armée jusqu'à la fin des temps. Mais ce camp aujourd'hui en pleine offensive après avoir été totalement débordé par la violence terroriste (1), est-il le seul à blâmer ? L'Armée syrienne libre (ASL) qui, depuis des mois, tient des quartiers entiers en otage, entraînant une partie de la population dans une aventure militaire incertaine n'est-elle pas autant responsable de cette tragédie ? Début novembre, le régime de Damas avait promis une amnistie à tous les insurgés qui rendraient leurs armes pour autant qu'ils n’aient pas de sang sur les mains.

Si l'on peut légitimement douter de la bonne foi du régime, rappelons-nous tout de même que ce type d'engagement gouvernemental a été respecté et même validé par les observateurs de la Ligue arabe (2). Au lendemain de cette promesse d'amnistie, la porte-parole du Département d’Etat américain Victoria Nuland avait appelé les insurgés à ne pas rendre les armes. Par leur soutien affirmé au terrorisme et au chaos, les États-Unis n’ont-ils pas mis de l’huile sur le feu ? Quant à la stratégie de ces rebelles fanatiques qui espéraient, comme en Libye, un appui aérien de l'OTAN pour poursuivre leur avancée vers la capitale et entraîner la chute du régime à tout prix n'est-elle pas insensée sinon criminelle vis-à-vis des millions de victimes potentielles ? Que dire aussi des actes terroristes commis par ces mêmes rebelles ? A Homs, ils ont procédé à une véritable épuration ethnique, chassant et liquidant chrétiens, alaouites ou sunnites pro-régime des quartiers qu'ils contrôlent. N’allez pas croire que notre grande presse va émettre un soupçon de reproches aux terroristes sectaires qui se servent de boucliers humains. Que nenni, quand il s'agit de défendre Israël et d'affaiblir l'Iran, l’ASL et ses bataillons salafistes parrainés par l’Arabie saoudite, le Qatar, le Courant du futur des Hariri et Al Qaida, sont les meilleurs alliés donc forcément de gentils militants pro-démocratie.

Le 28 janvier, nous avons tous été bouleversés par les images du massacre d'une famille sunnite à Nasihine, femme, enfants et bébés inclus. Dans ce quartier de Homs, ce jour-là, douze innocents, douze membres de la famille Bahader, ont été froidement assassinés. Sans la moindre preuve, le reporter photo du journal Le Monde répondant du pseudonyme de Mani avait mis ce crime horrible sur le compte des milices loyalistes recrutées, dit-on, parmi les alaouites. Le lendemain, on apprit que cette famille sunnite était en fait devenue la cible des rebelles parce qu'elle « collaborait avec le régime ». En fait, Abdel Ghani, le père de famille était un fonctionnaire du gouvernorat de Homs. Un homme sans histoires. Lui et son frère Ghazouan qui est un chauffeur attaché au même gouvernorat, avaient reçu de nombreuses menaces de mort de la part des rebelles. Abdel Ghani souhaitait déménager pour éviter toutes représailles de la part de l'ASL qui voulait l'enrôler de force. Mais la barbarie terroriste l'attendit au tournant, lui et sa famille.


Le 23 février, un groupe armé commit un nouveau massacre d'innocents. Quartier visé : al-Arman al-Janoubi à Homs. Les victimes : un couple et leurs quatre enfants. Les terroristes ont d'abord ligoté Mohamed Ryad Darwich, sa femme et ses enfants avant de les torturer à coups de poignards. Les victimes ont été mutilées méthodiquement par des tortionnaires qui ont poussé le vice jusqu'à écrire des mots sur leurs corps à l'aide de leurs poignards. Ils ont ensuite mis le feu à la maison de cette famille. Entre le massacre des familles Bahader et Darwich, on ne compte plus les exécutions sommaires perpétrées par les terroristes. Des centaines de civils et de militaires pro-régime ont subi le même sort. Ces événements et bien d'autres encore témoignent de ce que l'horreur ne se trouve pas dans un seul et même camp.

 

 Tout ça pour ça ?

 

Peu d'analystes s'interrogent sur les réelles motivations des rebelles. Se rebeller, c'est bien. Encore faut-il avoir une raison valable, une réelle alternative démocratique et utiliser les moyens adéquats pour y parvenir. Nous savons toutes et tous que les rebelles veulent renverser le régime. Ce programme aurait été légitime s'il eut obtenu la confiance de la majorité des Syriens. Or, des millions de citoyens aspirent à une démocratisation dans le cadre du régime actuel. Ils l'ont maintes fois exprimé lors de manifestations monstre. Malgré cette réalité, l’intransigeance des insurgés est totale. Ils excluent ainsi tout compromis, toute négociation, toute réforme et tout règlement politique. Seule une élimination radicale de la dictature baassiste qui revendique pourtant près de deux millions de membres pourra les satisfaire. Aux insurgés djihadistes, il faut tout, tout de suite. Qu’importe pour eux que la majorité des Chrétiens, des Druzes, des Alaouites, des Arméniens, des Sunnites kurdes ou arabes ne les suivent pas. Devant leur empressement, je ne peux m'empêcher de penser aux rebelles colombiens qui résistent depuis près de 50 ans envers et contre tout. Ces insurgés là n'ont droit à aucune compassion de la part de « nos » armées philanthropiques. Le sol de leurs jungles et de leurs montagnes regorgent pourtant de cadavres, celui de dizaines de milliers de syndicalistes, de paysans, de femmes et d'enfants assassinés par les escadrons de la mort agissant pour le compte de « nos » gouvernements.

D'autres mouvements de libération résistent à la tyrannie, seuls dans leur maquis. Depuis des lunes. Comme les Tigres de l'Eelam Tamoul. Leur encerclement et leur anéantissement par l’armée sri-lankaise en 2009 n’a pas suscité l’indignation internationale que nous connaissons depuis des mois en faveur de l'ASL. Nos rebelles syriens, eux, veulent la victoire illico. Servie sur un plateau d'argent. De préférence avec show laser dans le ciel nocturne de Damas et d'Alep. « Déroulez-nous le tapis de bombes » martèlent-ils à leurs amis atlantistes et wahhabites.

Et pour faire quoi messieurs ? Une fois installés au pouvoir, le Conseil national syrien (CNS) alias « Conseil d'Istanbul » et l'Armée syrienne libre (ASL) prendront la courageuse décision de rompre le lien Damas-Téhéran. Ils souhaiteraient également couper les ponts avec les patriotes libanais rassemblés autour du Hezbollah. Dans une interview accordée au Wall Street Journal, le président du CNS Burhan Ghalioun, a affirmé vouloir négocier avec Israël, notamment au sujet de la restitution du Golan « en misant sur nos relations spéciales avec les puissances européennes et occidentales (sic) ». (3) 

En d'autres termes, Ghalioun rêve d'une Syrie apprivoisée et docile. Une Syrie asservie aux puissances coloniales. Une Syrie dénaturée, défigurée, dépersonnalisée. Le triste jeu des insurgés de Homs en vaut-il vraiment la chandelle ?

 

 Comment aurait réagi un Etat occidental dans pareille situation ?

 

On l'a vu à l'œuvre maintes fois : lorsqu'il se sent ou se trouve réellement attaqué, le régime syrien peut s'avérer être excessivement brutal et sanguinaire. Ce mécanisme d'autodéfense est toutefois loin d’être exceptionnel. En effet, dictature ou pas, tout système politique qui se veut responsable à l’égard de ses citoyens ou qui désire juste sauver sa peau, aurait tendance à montrer ses dents dans une situation de violence extrême.

C’est d’autant plus vrai pour une nation dont les ennemis extérieurs n’ont ni le profil, ni l’armement ni l’appétit expansionniste des îles Kiribati, d’Andorre ou du Liechtenstein. C’est une nation qui, de surcroît, s'est aliénée une partie de sa population pour de multiples raisons parmi lesquels le massacre de Hama commis en 1982. L’impunité que s’offre le régime syrien depuis la boucherie de Hama couplée à l’esprit revanchard des djihadistes et à l’incompatibilité existentielle entre les principes laïcs du pouvoir et la charia entretiennent un climat de guerre larvée qui peut à tout moment dégénérer en conflit ouvert.

En Europe de l’ouest, depuis la seconde guerre mondiale, nous n’avons certes pas de situation équivalente à celle de Homs. Non pas que nos élites et leurs armées sont plus pacifistes mais parce que l’exploitation des pays du Sud notamment par le mécanisme de l’endettement, ont permis aux bourgeoisies atlantistes de s’offrir une relative paix sociale, de nous concéder quelques droits moyennant notre démobilisation, ce que l'on appelle en turc « la part du silence ». Nos élites ont donc construit et renforcé leur stabilité sur le malheur des plus faibles. Cela n’a pas empêché les pays occidentaux d’être régulièrement confrontés à des troubles sociaux et des crimes relevant davantage du droit commun. Par exemple, les Fort Chabrol ou les prises d’otages. Dans bien des cas, les forces d’intervention policières d’Europe ou des USA ne font pas dans la dentelle. S'ils n'obtempèrent pas, les forcenés sont froidement abattus. Et cela, au nom de la sécurité des citoyens.

Or, à Homs, certains Fort Chabrol durent depuis des mois et s’étendent sur des quartiers entiers. De plus, leurs auteurs tirent sur tout ce qui bouge, plongeant des populations entières dans un climat de terreur permanent qui fait bien souvent regretter l’environnement sécuritaire imposé par le régime syrien.

En tant que garante de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale de la Syrie, l'armée gouvernementale était tenue d'intervenir dans les quartiers de Homs tombés en dissidence. Cette même armée avait d'ailleurs été vivement critiquée pour son laxisme par les habitants des quartiers soumis aux tirs provenant des quartiers insurgés.

A ceux qui l'ignorent, il convient de rappeler que depuis l’après-guerre, les pompiers pyromanes de l'OTAN ont maintes fois tiré « sur leurs propres citoyens » pour bien moins que ça. Le 13 mai 1985, une paisible communauté africaine baba cool de Philadelphie appelée Move fut arrosée de napalm pour avoir voulu vivre en autarcie. Onze personnes dont dix enfants périrent dans les flammes occasionnées par la bombe larguée depuis un hélicoptère de la police. Les habitants de l'immeuble ne menaçaient pourtant personne. Il y eut par ailleurs l'écrasement de la mutinerie de la prison d'Attica dans l’Etat de New York en 1971, le siège de Waco au Texas en 1993 contre la communauté des Davidiens (86 morts), le Bloody Sunday en Irlande, le massacre de Polytechnique en Grèce, les opérations militaires dans les prisons turques de Diyarbakir, Ümraniye, Ulucanlar, Bayrampasa ou dans les villes kurdes de Lice et de Cukurca en Turquie... Sans parler des guerres secrètes de l'OTAN : tueries du Brabant, attentats de la gare de Bologne, de la Piazza Fontana à Milan, de la place Taksim, de la place Beyazit et du quartier de Gazi à Istanbul, ou encore des pogromes de Maras, Corum et de Sivas... Personne n'a évoqué pour autant l'option d'une intervention humanitaire armée à Washington, Londres, Rome ou Ankara. Je vous passe des assassinats de masse et des génocides commis par les forces atlantistes dans les pays du Sud. Et puis, attendez voir ce que nous réserve l’Europe « démocratique » le jour où les mouvements d'indignés constitueront une véritable menace pour les élites politiques et financières... Les Murs des fédérés ressurgiront hélas à chaque coin de rue.

Bien entendu, comparaison n’est pas raison. Autrement dit, les crimes commis par les troupes atlantistes ne justifient nullement ceux commis par l’armée syrienne. Et la vie d'un enfant syrien qu'il soit du côté rebelle ou du côté loyaliste, n'est pas moins précieuse que celle d'un enfant français, américain ou scandinave.

Finalement, les mots sont si vains devant la tragédie de Homs. Seule compte la vie des innocents de cette ville pris entre deux feux. Si on veut les sauver, il faudrait peut-être commencer par abandonner la logique de confrontation et dialoguer avec le gouvernement syrien. Au lieu de gesticuler, d’insulter ou de tenter de convaincre la Russie et la Chine, il serait peut-être plus sage de descendre de ses grands chevaux et de rejoindre le bloc sino-russe dans son appui à une solution de transition démocratique syrienne sans paternalisme et sans interférence. Nous serions ainsi bien plus en phase avec la Charte des Nations Unies. Et si, pour les enfants de Homs et pour la survie de la Syrie, on osait la paix ?

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Notes

(1) Durant les semaines qui ont précédé l’assaut sur Homs, il mourait en moyenne une vingtaine de soldats gouvernementaux par jour. Sans compter les innombrables victimes civiles tombées sous les balles des groupes insurgés

(2) Le rapport de la mission des observateurs arabes en Syrie :http://tunisitri.wordpress.com/2012...

(3) The Wall Street Journal, 2 décembre 2011

source michelcollon

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Syrie : les oppositions _ Ligue Arabe
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