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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 03:45

L’opposition syrienne tend la main à l’armée

Cette photo de Youssef el-Azmeh apparaît sur la page Facebook Syrian Revolution 2011 de l’opposition.
Cette photo de Youssef el-Azmeh apparaît sur la page Facebook Syrian Revolution 2011 de l’opposition.
Un projet de résolution de l'ONU évoque des « crimes contre l'humanité ».

 

Les militants prodémocratie en Syrie ont tendu la main à l'armée avant une nouvelle journée de protestations aujourd'hui, appelant les soldats à rallier leur mouvement de contestation du régime, selon un communiqué publié sur la page Facebook de Syrian Revolution 2011, moteur de la contestation. Les manifestations auxquelles a appelé l'opposition se tiendront sous le slogan du « Vendredi des défenseurs de la patrie », en référence à l'armée. « L'armée, le peuple, une seule main », proclament les militants sur leur page avec une photo de Youssef el-Azmeh, un héros national syrien qui avait lutté par les armes contre l'armée française à l'époque du mandat français. Dès hier d'ailleurs, des milliers de protestataires auraient commencé à se rassembler dans le village el-Maliha el-Gharbiya en scandant des slogans de soutien aux résidents de Homs, Banias et Tall Kalakh, selon la page Facebook FNN (Flash News Network). À Douma également, des femmes auraient commencé à se réunir. À Deraa, les forces de sécurité syriennes ont tiré à balles réelles hier soir sur des centaines de manifestants rassemblés, selon deux témoins cités par Reuters.
Depuis le début de la contestation, les protestataires antirégime ont appelé à des manifestations tous les vendredis, après la prière hebdomadaire, utilisant différents slogans à chaque fois.


Selon des groupes des droits de l'homme, plus de 1 000 personnes ont été tuées et quelque 10 000 arrêtées dans la répression des manifestations. Un responsable de l'armée a indiqué hier que 112 soldats et membres des forces de sécurité avaient été tués et 1 238 blessés dans les violences. Par ailleurs, selon un responsable du ministère de l'Intérieur, 31 officiers de police ont été tués et 619 autres blessés. Le gouvernement impute les violences à des « bandes terroristes armées » soutenues par des islamistes et des agitateurs étrangers. Les journalistes étrangers sont également interdits de se déplacer dans le pays pour couvrir les troubles et le régime y impose un black-out total.
Le régime a fait quelques concessions, dont la levée de l'état d'urgence en place depuis près de cinq décennies. En début de semaine, il a également décidé d'une baisse du prix du gasoil de 25 %. Mais ces mesures ont été accompagnées d'une répression brutale des manifestations avec l'arrestation de plus de 10 000 personnes depuis le début de la révolte. Des militants ont affirmé hier que les forces de sécurité syriennes ont arrêté l'ancien ministre des Finances, Mohammad el-Hussein, à l'aéroport international de Damas, alors qu'il essayait de fuir le pays.


Cette répression a provoqué condamnations et sanctions de la part de l'Union européenne et des États-Unis visant directement le président et ses plus proches collaborateurs. Plus de 220 associations de 18 pays arabes ont écrit hier aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies de l'ONU, leur demandant de « condamner le recours excessif à la force » contre les manifestants en Syrie et un « accès immédiat pour l'assistance humanitaire ». L'Organisation nationale des droits de l'homme en Syrie, basée au Caire, a affirmé hier que « plusieurs patients ont été (...) enlevés dans des hôpitaux et emmenés dans des prisons militaires, se retrouvant privés de soins et traitements de base (...) ». Amnesty International a, quant à elle, obtenu une vidéo qui semble indiquer que les forces de sécurité syriennes « tirent pour tuer afin d'étouffer les protestations » appelant à des réformes.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a commencé à étudier hier un projet de résolution qui met en garde la Syrie contre de possibles « crimes contre l'humanité ». Le projet de résolution, rédigé par la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et le Portugal, distribué mercredi, condamne la violence du régime du président Assad et lui demande d'ouvrir les villes syriennes à des équipes humanitaires. Le document souligne « le besoin de respecter la liberté de rassemblement pacifique et d'expression, y compris la liberté de la presse ».


Parallèlement, Ammar Qourabi, président de l'Organisation nationale des droits de l'homme, a précisé que l'opposition syrienne allait « tenir du 31 mai au 2 juin un congrès à Antalya, en Turquie, pour soutenir la révolte en Syrie ». Ce congrès sera ouvert à tous les courants de l'opposition, aux personnalités indépendantes et aux représentants de toutes les confessions, a-t-il ajouté.
(Source : agences)

 


Lien : http://www.lorientlejour.com/category/Moyen+Orient+et+Monde/article/705676/L'opposition

 

 

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La machine à tuer de Bachar El-Assad

 

 

Depuis des décennies, la famille Assad dispose de services de sécurité redoutables, un système prêt à broyer toute contestation.

 

Bachar El-Assad devant le portrait de son père : “P’pa, t’as eu la belle vie.” Sur la banderole : Liberté.

Bachar El-Assad devant le portrait de son père : “P’pa, t’as eu la belle vie.” Sur la banderole : Liberté.

 

Voilà des années que le régime de Bachar El-Assad jouait aux Syriens le numéro du bon flic et du méchant flic. Son frère, Maher El-Assad, à la tête de la garde républicaine, tenait le rôle du méchant flic. Même si on ne le voyait pas beaucoup en public, il s’était forgé la réputation de donner dans la répression brutale. Le bon flic, c’était paradoxalement Bachar El-Assad lui-même. Formé en Occident, ophtalmologiste de métier, il donnait une image de bienveil­lance, portait des jeans en public et se vantait de parcourir Damas en voiture sans le moindre garde du corps. Maintenant que le régime a tué des centaines de contestataires, les Syriens n’ont plus vraiment d’illusions sur la réelle personnalité de leur président. Toutefois, les manifestants qui se dressent contre les forces de sécurité sont confrontés à un appareil secret, complexe et impitoyable.

La Syrie possède quatre services de sécurité : les renseignements militaires, les renseignements de l’armée de l’air, la sécurité d’Etat et la sécurité politique. Abdulfatah Qudsiah et Jamil Hasan, qui dirigent respectivement les renseignements militaires et ceux de l’armée de l’air, sont tous deux alaouites. En revanche, Ali Mamlouk, le patron de la sécurité d’Etat, et Deeb Zaitoun, celui de la sécurité politique, sont sunnites. Ils ont probablement été préférés à des alaouites pour permettre au gouvernement de désamorcer les tensions avec la population [à majorité sunnite] qui a le plus souvent affaire à eux. Ces quatre services sont placés sous la tutelle du Conseil national de sécurité, qui est dirigé par Hisham Ikhtiyar, lequel est sous les ordres directs de Bachar El-Assad.

Quelle que soit leur structure en théorie, les services de sécurité sont, dans la pratique, dominés par la famille Assad. Ainsi, un agent subalterne qui a des liens avec cette dernière peut jouir d’une autorité et de privilèges plus importants que ses supérieurs. Selon un ancien assistant de Bachar El-Assad qui vit désormais à l’étranger et préfère conserver l’anonymat, la famille Assad ignore les structures officielles de l’Etat et contrôle le pays. Exemple de ce système clanique, Hafez Makhlouf, un cousin du président, est sous les ordres de Mamlouk, le patron de la sécurité d’Etat, mais jouit d’une plus grande influence que lui. Avec Maher El-Assad, Assef Chawkat, beau-frère du président et chef d’état-major adjoint des armées, et Zu Al-Hima Chalich, un autre cousin, qui dirige la sécurité de la présidence, se forme le premier cercle. Ce sont ces gens qui sont responsables de la tourmente politique que connaît la Syrie.

Des agents en civil m’ont arrêté

Nombre de Syriens ont malheureusement connu de première main le népotisme, la corruption et la brutalité des usines de la peur que dirige ce premier cercle. Il n’y a aucune coordination ni communication entre les services de sécurité : nombre de militants sont relâchés par l’un pour être aussitôt arrêtés par l’autre pour le même motif. Les renseignements de l’armée de l’air sont connus pour être l’un des services de sécurité parmi les plus violents. En 2006, huit de mes amis ont été arrêtés et torturés par ses membres pour avoir constitué une organisation démocratique laïque à l’université de Damas. Ils ont par la suite été condamnés à plusieurs années de prison, cinq pour certains, sept pour les autres, qu’ils ont passées dans la tristement célèbre prison militaire de Saydnaya.

J’ai moi-même passé quarante jours épouvantables dans une prison syrienne, où j’ai subi mauvais traitements et tortures, simplement pour avoir fait part de mon soutien à mes amis et critiqué le régime d’Assad sur Internet. Des agents en civil m’ont arrêté en compagnie d’un ami dans un cybercafé de Damas. Ils nous ont forcés à monter dans le coffre d’une voiture sous la menace de leurs armes. J’ai demandé à quel service ils appartenaient et ils m’ont frappé au visage en m’accusant d’espionnage. Une fois en prison, nous n’avons pas pu téléphoner à nos familles respectives. Nous avons appris par la suite qu’elles nous cherchaient dans les morgues de la ville. Après dix jours passés à l’isolement dans une pièce sans fenêtre, on m’a bandé les yeux, menotté et emmené pour un interrogatoire. J’ai refusé de parler et exigé de savoir qui étaient mes geôliers. Ils ont enlevé le bandeau qui me couvrait les yeux et j’ai vu une grande affiche de Bachar El-Assad. “Maintenant, je sais où je suis”, ai-je dit. L’interrogateur a réagi en me battant sauvagement et en me disant : “Tu es chrétien. Pourquoi tu t’opposes à nous ? Va au Vatican et fais-y ce que tu veux !” J’ai été libéré après avoir signé un document par lequel je promettais de ne pas m’impliquer dans des activités contre le régime. Les renseignements de l’armée de l’air ne sont pas les seuls à être terribles. La branche Palestine, une division des renseignements militaires, est connue pour réprimer durement les dissidents en justifiant ses actions par le conflit israélo-arabe.

Trafic d’armes et de drogue

Lors des manifestations actuelles, c’est cependant la sécurité militaire qui joue le rôle le plus important. C’est elle qui tire sur les manifestants, tuant le plus grand nombre de civils. La garde républicaine et la 4e division, qui sont toutes deux dirigées par Maher El-Assad, se sont elles aussi illustrées dans la répression. La milice Shabiha, qui est dirigée par Fawaz El-Assad et Mounzer El-Assad, des cousins de Bachar El-Assad, et dotée d’armes lourdes, prend part aux violences dans les villes côtières. Shabiha, qui donne dans le trafic d’armes et de drogue, le vol à main armée et la prostitution, s’est jointe à la 4e division pour s’attaquer aux civils dans les villes de Baniyas, Jableh et Lattaquié. Selon Razan Zaitouneh, un avocat et militant des droits de l’homme qui réside en Syrie, on compte actuellement plus de 850 morts parmi les civils. On peut voir sur YouTube des vidéos de soldats déclarant qu’ils refusent de tirer sur les manifestants pacifiques et que certains de leurs camarades dissidents ont été abattus. Des milliers de personnes ont été blessées et arrêtées.

Malgré la violence perpétrée par le régime, le nombre de manifestants augmente de jour en jour en Syrie. Ce soulèvement de masse représente un défi sans précédent pour l’appareil de la sécurité. Au cours des trente dernières années, il avait eu affaire à diverses minorités dissidentes qui représentaient un défi bien plus léger et bien plus localisé que les manifestations actuelles. Il y a quelques mois encore, les gens avaient peur de faire la moindre plaisanterie sur le président. Aujourd’hui, les manifestants dénoncent publiquement la ressemblance entre la politique de Bachar et celle de son père, Hafez. Ils scandent des slogans contre la famille Assad.

 

 

Lien : http://www.courrierinternational.com/article/2011/05/26/la-machine-a-tuer-de-bachar-el-assad

 

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