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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 10:38

Des milliers de femmes s'élèvent pour dire non aux tentatives moyenâgeuses  des islamistes


 

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La femme tunisienne entame son combat pour ses droits

 

Plus de 10 000 Tunisiennes et Tunisiens se sont réunis hier à l’occasion de la fête nationale de la femme sur une des grandes artères de la capitale et dans plusieurs villes du pays, notamment à Sousse, Sfax, Monastir, Jendouba et Béjà. Cette fête qui commémore chaque année la promulgation, le 13 août 1956, du code du statut personnel (CSP) par l’ancien président Habib Bourguiba, a été surtout l’occasion pour des milliers de tunisiens de protester contre l’article 28 de la future constitution, actuellement en cours de rédaction par les élus de l’assemblée constituante.

 

La formulation équivoque de l’article 28


Ce texte, voté il y a une semaine dans la commission chargée de rédiger les articles relatifs aux droits et libertés de la Constitution, stipule notamment que «l’État garantit la protection des droits de la femme, consolide ses acquis, en la considérant comme le véritable partenaire de l’homme dans la construction de la patrie avec qui il y a complémentarité des rôles au sein de la famille ». Une traduction biaisée de cet article, rapportée par la députée Selma Mabrouk, membre de la commission suscitée, faisait état d’une notion de complémentarité entre l’homme et la femme, ce qui a profondément ébranlé une partie de l’opinion publique qui y a vu une intention claire du parti Ennahdha (dont les membres ont voté en majorité pour cet article) de mettre en péril les acquis de la femme tunisienne. Néanmoins, en définissant la femme par rapport à l’homme et au sein d’une famille, cet article ouvre la voie à plusieurs interprétations, qui laissent craindre des dérives sur les textes de lois qui peuvent en découler, notamment la non garantie par l’Etat des droits de la femme en dehors d’une structure familiale. Si l’on ajoute à cela les déclarations de l’élue d’Ennahdha Souad Abderrahim il y a plusieurs mois, concernant le statut des mères célibataires, qu’elle avait alors traitées d’ « infamie pour la société tunisienne », et la position plus qu’ambiguë de Rached Ghannouchi au sujet de la polygamie, on peut aisément comprendre la peur d’une partie des femmes tunisiennes sur le projet sociétal rétrograde visé par les islamistes au pouvoir.


Modernité contre conservatisme, l’éternel clivage


Les manifestants réunis ce 13 août ont scandé plusieurs slogans très critiques à l’encontre du parti Ennahdha mais également de ses alliés membres de la Troïka, le CPR et Ettakatol, symbolisés respectivement par Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar : « la femme Tunisienne ne peut être trahie », « la femme tunisienne est plus forte que toi(NDLR : adressé à Jebali, chef du gouvernement) », « On ne se taira plus ». Des slogans qui ont également visé de manière violente Meherzia Laabidi, vice présidente de l’assemblée constituante et membre d’Ennahdha, et dont le salaire avoisinant les 10 000 euro est actuellement l’objet de vives critiques. A coup de « la femme tunisienne n’est pas Meherzia » et « Meherzia rend ton salaire », cette femme semble avoir cristallisé la colère des manifestantes qui voient en elle le symbole de ces sympathisantes d’Ennahdha, des femmes soumises à un modèle social patriarcal qui n’hésitent pas à cautionner les positions rétrogrades de leur parti, allant même jusqu’à justifier l’inégalité entre hommes et femmes en droits et en devoirs.

Ce rassemblement du 13 août a ainsi constitué une énième manifestation du clivage social de la société tunisienne entre modernistes, désireux de préserver les acquis du bourguibisme, et ultraconservateurs voulant rompre avec cette figure qui a modernisé à contre-courant la société tunisienne.


Le Code du Statut Personnel, fuite en avant ?


On ne peut nier que le CSP est arrivé comme un bloc de lois préétablies, pensées comme un idéal social. Le CSP a indubitablement contribué à l’émancipation de la femme tunisienne mais, depuis sa promulgation, n’a eu de cesse d’être confronté au conservatisme de la société. Même si le leader d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, s’est toujours prononcé pour sa conservation, les tentations de le réviser se font sentir, notamment concernant l’adoption et la polygamie. Les débats qui ont refait surface en 1987 à l’entrée au pouvoir de Ben Ali, puis aujourd’hui, plus de 50 ans après sa promulgation, laissent penser que cette modernité amenée par Bourguiba n’est qu’une fuite en avant et que le CSP n’a jamais été complètement accepté par la société tunisienne, dont les mentalités ont du mal à évoluer. Car même si Bourguiba s’est appuyé sur les textes religieux pour faire accepter le CSP, ce dernier s’est imposé sans discussion, sans que les femmes aient eu à le réclamer, sans l’initiative d’un mouvement de revendications féministes. Bourguiba n’avait d’ailleurs pas hésité à arrêter ou destituer tous ceux qui avaient osé s’opposer à cette réforme radicale. Bourguiba a donc bousculé la vie des tunisiennes mais a certainement beaucoup contribué à créer une société à deux vitesses et à creuser un clivage entre la femme émancipée d’aujourd’hui, qui a totalement adopté le CSP, et la femme évoluant dans un milieu ultraconservateur qui, de ce fait, stigmatise cette autre femme tunisienne en laquelle elle ne se reconnaît pas et qui est néanmoins présentée, dans le monde, comme la figure de proue d’un modèle de politique moderniste réussie.

L’arrivée d’Ennahdha au pouvoir renverse la donne et l’on se retrouve aujourd’hui dans la situation où la femme « émancipée » ne subit plus ses droits, mais doit sortir dans la rue pour les réclamer. Doit-on revenir sur les acquis du bourguibisme en matière de droits de la femme ? Certainement que non, mais l’on réalise, plus de 50 ans après sa promulgation, que le CSP est peut-être « allé plus vite que la musique », qu’il fallait peut-être éduquer avant d’imposer par la loi, et non le contraire.

Il faudra certainement beaucoup de temps, de débats, de manifestations, pour que le statut de la femme tunisienne acquière une homogénéité, qui conforte sa position privilégiée dans le monde arabe sans que l’image de la femme tunisienne émancipée ne soit fantasmée par un idéal de société.

Photo Reuters    blogs.liberation

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Femmes et révolution
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