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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 06:21

Privatisation : Peur bleue des journalistes mauves

 

alwatanya TunisieLes médias tunisiens sont de nouveau sur la sellette. Amer Laârayedh, député d’Ennahdha, a ainsi lancé, au cours d’un débat diffusé le 16 avril sur la chaîne nationale, que la privatisation d’Al Watanya était possible. Une idée qui a visiblement fait son chemin du côté du principal parti gouvernemental, puisque Rached Ghannouchi l’a également évoquée.

C’est du sérieux, donc. Et les Tunisiens risquent de ce fait d’être privés de ce service public médiatique. Une nouvelle d’autant plus frustrante, que la chaîne nationale grappille tous les jours plus de points d’audience, et son journal télévisé est désormais considéré comme incontournable par la majorité de nos concitoyens.

 

Qui a peur d’Al Watanya ?


Selon les chiffres du mois de février 2012 prodigués par l’agence Sigma Conseil, Al Watanya caracole en tête avec un taux de pénétration de 37,9%, contre 15,5% pour Hannibal TV et 7,1% pour Ettounsia. Al Jazeera, qui cartonnait avant la Révolution, doit désormais se contenter d’un tout petit 6,6%. Une hiérarchie qui n’a certainement pas l’heur de plaire aux dirigeants d’Ennahdha.

D’autant plus que le boycott des journalistes des activités du ministre de l’Intérieur, Ali Laâridh, a été ressenti comme une provocation. Or en l’occurrence, la décision de ne pas couvrir les activités ministérielles font suite à l’agression de 16 journalistes, dont 14 tunisiens, par les forces de police, lors de la manifestation du 9 avril.

Mais les Nahdhaouis n’en démordent pas : de nombreux professionnels des médias sont toujours pourris. Ce en quoi ils n’ont pas tout à fait tort. Pis : des ripoux continuent encore de faire la pluie et le beau temps. Or le problème, c’est que le parti de Rached Ghannouchi a même propulsé à la tête d’institutions nationales de l’information des «mauves» patentés. Une erreur de casting ? Peut-être.

 

Les petits secrets du ministère de l’Intérieur

 
Ce qui est pour le moins surprenant, c’est que le ministère de l’Intérieur dispose dans ses archives de tous les éléments permettant d’incriminer les brebis galeuses de la profession, celles qui ont mangé dans les râteliers du benalisme, et qui ont tondu la laine sur le dos de leurs collègues. Les flics déguisés en reporters, les faux journaleux mais vrais rapporteurs, les délateurs de bas étages, les espions des salles de rédaction, émargeaient en effet souvent des services de la police politique. Or rien ne filtre aujourd’hui des services du ministère de l’Intérieur. Rien. Pas même un nom à mettre sous la dent des sit-inneurs qui campent devant le siège de la télévision nationale. Pour le moins paradoxal, quand on appelle à cors et à cris à l’assainissement du secteur.

Alors que sur d’autres domaines, les réseaux sociaux bruissent de rumeurs, et de diffusions d’enregistrements de toute sorte, visant explicitement des personnalités de l’ancien régime, et même des opposants. A ce petit jeu, Ali Laâridh lui-même n’a pas été épargné, sans même parler de personnalités comme Kamel Letaief, qui ont carrément eu droit à un feuilleton. Sans parler des «informations chaudes» plus ou moins documentées, et dont l’origine est parfois cousue de fil blanc.

Du côté des journalistes, des directeurs de journaux, de radios, rien de bien sérieux, n’a vraiment mis en cause les corrompus, et autres ripoux benalistes. Si on excepte bien sûr les quelques habituelles accusations fantaisistes de facebookeurs en mal de statut. Les archives de la police politique, elles, restent hermétiquement closes.

Du mauve au bleu

 
«Entretemps, après les résultats du 23 octobre, des vestes se sont retournées, passant allégrement du mauve au bleu, de la défense de Ben Ali, au lustrage de l’image d’Ennahdha» regrettera Nourredine Khadhraoui, membre du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT). Il martèlera ainsi sur Ettounsia, dans une émission diffusée le jeudi 19 avril, que «certains qui ont soutenu ouvertement la répression de Ben Ali durant la Révolution, sont aujourd’hui les plus acharnés dans la défense du nouveau régime. Ceux-là mêmes qui nous accusaient de trahison quand on critiquait la dictature, nous lancent la même accusation aujourd’hui».

En définitive, Ennahdha voudrait-elle vraiment nettoyer le secteur, quitte à perdre ses nouveaux alliés-caméléons ? Ou s’agit-il plutôt de tenter de contrôler un secteur stratégique qui échappe encore à sa tutelle ? Mais… Le SNJT n’a-t-il pas promis, le 17 septembre 2011, la diffusion prochaine de la liste noire des ripoux toujours pas déplumés ? Sept mois plus tard, toujours rien à l’horizon. Alors que cette initiative aurait pu réellement permettre de séparer le bon grain de l’ivraie, sans que personne n’y trouve à redire. Pas même les Nahdhaouis. C’est à croire que les Tunisiens sont vraiment condamnés à passer des médias mauves aux bleus. Lotfi Ben Cheik; mag14

 

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L’INRIC met en garde les dirigeants d’Ennahdha contre la privatisation des médias publics


inric4

L’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information et de la Communication (INRIC) a publié, samedi 21 avril 2012, un communiqué dans lequel elle « met en garde contre les graves déclarations de presse, de plus en plus insistantes, de certains dirigeants du parti Ennahdha au sujet de la privatisation des médias publics ».

Cette réaction intervient en réponse aux propos tenus par le président d’Ennahdha Rached Ghannouchi et l’élu du mouvement à la Constituante Ameur Larayedh au sujet de la « privatisation des médias publics ».

« Le président de ce parti, Rached Ghannouchi, a déclaré, dans une interview accordée aux quotidiens qatari « Al-sharq » et omanais « Oman », publiée le 18 avril, que la direction de son parti, qui dirige la Troïka gouvernementale, envisage de prendre des mesures radicales dans le domaine de l’information dont éventuellement, la privatisation des médias publics, se demandant « pourquoi les régimes démocratiques maintiendraient-ils des médias officiels ? » accusant certains médias publics tunisiens de « comploter contre la volonté du peuple », lit-on dans le communiqué.

L’INRIC rappelle dans ce communiqué que « Deux jours avant, le 16 avril, un élu du mouvement Ennahdha, Ameur Larayedh, a menacé, lui aussi, sur le plateau de la première chaîne de télévision nationale de céder les médias publics au capital privé ».

L’INRIC estime que face à ces déclarations qu’elle qualifie de « graves et inquiétantes », et « menacent l’un des principaux acquis de la révolution », il est de son devoir d’apporter les précisions suivantes :

- « Toutes les expériences auxquelles l’INRIC a eu accès en matière de réforme de l’information attestent que les pays démocratiques préservent et renforcent leurs médias publics et surtout leurs médias audiovisuels. C’est le cas, notamment de l’Afrique du Sud, des Etats-Unis d’Amérique, des pays de l’Union Européenne et de l’Australie.

- Aucun de ces pays ne dispose de « médias officiels ». Bien au contraire, ils sont tous passés de l’information gouvernementale vers des médias de service public qui contribuent, grâce à leur indépendance et leur neutralité à l’égard de tous les centres de pouvoir, à développer la conscience du citoyen quant à l’importance de la démocratie et du pluralisme dans la garantie d’un avenir meilleur pour leurs peuples.

- Les pays qui ont vécu la même expérience de transition démocratique que la Tunisie, à l’instar du Portugal, de l’Espagne, de la Pologne, de la Tchéquie et de l’Indonésie, n’ont pas cédé leurs médias audiovisuels publics au capital privé, malgré leurs rendements discutables, le manque de compétence de leurs professionnels, et les critiques virulentes qu’ils adressaient à leurs gouvernants pendant les premières années de la transition.

Les dirigeants de ces pays n’avaient pas hésité, comme c’est malheureusement le cas actuellement en Tunisie, à promulguer les législations nécessaires à l’organisation du secteur de la communication audiovisuelle, conformément aux critères et aux standards internationaux en matière de liberté d’expression.

- Le processus de réforme du secteur de l’information, qui a subi durant les deux dernières décennies une opération de destruction et de corruption sans précédent dans l’histoire de la presse tunisienne, ne peut réussir sans une volonté politique sincère.

Il ne peut pas réussir non plus tant que des accusations injustes continuent d’être portées contre les journalistes et tant que perdurent les mêmes pratiques utilisées par les conseillers de Ben Ali pour la désignation des responsables des médias publics et la constitution de leurs conseils d’administration.

Il serait plus judicieux de permettre à des structures indépendantes de procéder à un diagnostic et à un audit pour évaluer la mauvaise gestion et la corruption

qui ont frappé le secteur de l’information, et d’ouvrir un dialogue sérieux avec les professionnels du secteur et les experts en vue pluraliste conforme aux règles déontologiques de la profession journalistique.

- L’INRIC affirme son refus catégorique de ces déclarations, qu’elles soient délibérées ou qu’elles interviennent dans le cadre d’un surcroît de pression sur les journalistes.

Elle estime qu’il serait plus judicieux de libérer les deux décrets-lois n°115 et 116 relatifs à la réforme du secteur de l’information et de mettre en place les instances indépendantes chargées de l’organisation du secteur et de la réflexion sur les meilleurs moyens de promouvoir l’information publique qui est la locomotive sans laquelle il serait inutile de réfléchir à une quelconque réforme ».

L’INRIC soumettra à la fin de ce mois son rapport général aux représentants des pouvoirs législatif et exécutif et à l’opinion publique, indique-t-on de même source. tunisienumerique

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