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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 04:55

Les intellectuels tunisiens crient leur désarroi à travers un manifeste

 

Des intellectuels tunisiens ont affirmé leur inquiétude face au climat régnant actuellement en Tunisie, à travers la signature d’une pétition qui indique : «L’esprit de liberté qui a animé la révolution tunisienne subit chaque jour de graves atteintes qui instaurent un climat d’intimidation et de violence. Six mois après l’élection de l’Assemblée constituante, la Tunisie connaît une situation qui inspire de grandes inquiétudes».

Ainsi, 75 personnes ont paraphé ce manifeste daté du 1er juin 2012 et intitulé L’avenir de la démocratie en Tunisie", parmi lesquelles on peut citer l’écrivain Fethi Belhaj Yahia, l’artiste Meriem Bouderbala, les universitaires Emna Ben Miled, Hamadi Redissi et Abdelwahab Meddeb, l’historienne Sophie Bessis, le cinéaste Fadhel Jaziri ou encore le poète Mohamed Sghaïr Oueld Ahmed.
Dans ce manifeste, ils «estiment de leur devoir d’alerter leurs concitoyens sur le danger qui guette le pays». «Nous ne pensons pas que les menaces actuelles soient dues aux difficultés propres à toute transition démocratique. Nous les attribuons aux violations délibérées des principes mêmes de la démocratie naissante», précisent-t-ils.
Le document pointe du doigt les agissements d’Ennahdha et du gouvernement. Pour eux, le parti d’Ennahdha, suite à sa mainmise sur les ministères de souveraineté, use de stratégies afin d’enraciner «l’idéologie islamiste pour imposer à la société tunisienne son ordre dogmatique» et «organise la défaillance de l’autorité de l’Etat dans le but de créer un climat d’insécurité pour intimider ceux qui s’opposent à ses visées hégémoniques».
Ainsi, «les agissements d’Ennahdha portent les traits d’une contre-réforme qui veut nous dépouiller des acquis en mettant fin à l’exception tunisienne dans le monde arabe», explique le manifeste, tout en révélant l’existence d’«un plan d’offensive généralisée contre les lieux et les figures de la modernité».
La pétition met, également, en relief «le discours de l’identité ethnique et confessionnelle qui envahit le pays».

Enfin, le manifeste souligne «l’émiettement des partis républicains et leur incapacité à incarner l’alternance attendue, ce qui facilite la stratégie hégémonique d’Ennahdha et dilapide les espérances de la révolution». businessnews

 

 

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« Le peuple peut se lever et sauver la démocratie »

 

Les Tunisiens sont confrontés aux violences des islamistes radicaux pour imposer leur propre loi. Le parti islamiste « modéré » au pouvoir laisse faire. Les libertés publiques et la démocratie chèrement acquises par la révolution sont en péril. Entretien avec deux militants de l'opposition de gauche tunisienne.


Le 26 mai dernier, après avoir attaqué des bars et des commissariats, quatre cents salafistes (ICI) ont dévasté et incendié un hôtel, à Jendouba. Dans la même province, quelques jours avant, ils ont appliqué la charia en amputant la main d'un jeune homme, accusé de vol.

 

Au nom de la barbe et du niqab, des étudiants et des professeurs sont agressés dans les universités. Dans la province de Nabeul, à Kelibia, c'est une conférence sur l'extrémisme religieux qui est interdite par la force... Chaque jour apporte sont lot de violations et d'atteintes répétées aux libertés fondamentales.

 

Emblématique de cette contre-révolution rampante, la condamnation du patron de Nessma TV au tribunal de première instance de Tunis, le 3 mai, « pour la diffusion au public d'un film troublant l'ordre public et portant atteinte aux bonnes mœurs », après que sa chaîne de télévision eut diffusée le film Persépolis, en 2011. L'oeuvre de la Franco-Iranienne Marjane Satrapi représente dieu sous forme humaine, alors que l'islam l'interdit...


Manifestation salafiste à Tunis.

Manifestation salafiste à Tunis.

 

Depuis l'élection de la Constituante le 23 octobre 2011(ICI), le parti islamiste « modéré », Ennahdha (ICI), qui dirige le gouvernement de coalition, pèse de tout son poids sur la préparation de la nouvelle constitution tunisienne.

 

« Incompétent » et «inefficace » pour résoudre les problèmes sociaux et économiques qui minent la société tunisienne, selon ses détracteurs, Ennahdha s'attaque à « l'état civil », (le nom donné à la laïcité par les démocrates tunisiens) à travers son projet de constitution soumis à la charia et en conditionnant les libertés au respect de toutes les formes du sacré.

 

Rebondissement tactique face aux nombreuses protestations, Hamadi Jebali (ICI), leader d'Ennahdha et chef du gouvernement, a finalement du renoncer à la charia comme première source législative, tout en affirmant que « l'islam est la religion de l'État, avec tout ce que cela implique »...

Signe de l'atmosphère inquiétante qui règne actuellement en Tunisie, ils préfèrent s'exprimer avec des pseudonymes et en dire le moins possible sur eux-mêmes. De passage à Paris,Bechir, 46 ans, proche de la gauche radicale tunisienne (Watad, Mouvement des Patriotes Démocrates regroupant plusieurs partis d'extrême gauche) et Adel, 58 ans, proche du Parti Démocratique Progressiste (PDP, social-démocrate, seize sièges à la constituante) (ICI), analysent la situation chaotique de la Tunisie.


Hamadi Jebali, leader d' Ennahdha et chef du gouvernement, caricaturé en «6e Calife des musulmans» (A.Hanafi).Hamadi Jebali, leader d' Ennahdha et chef du gouvernement, caricaturé en «6e Calife des musulmans» (A.Hanafi).

 

Ennahdah affiche un programme islamiste modéré s'inspirant de la Turquie et, en même temps, il semble incapable de réprimer les manifestations de violence des islamistes radicaux, les salafistes, qui se multiplient dans le pays.

 

ADEL. Ennahdah est devant un dilemme. D'un côté, il ne veut pas attaquer de front les salafistes parce qu'il a besoin d'eux comme électeurs, d'un autre côté il veut les instrumentaliser pour faire taire ses opposants. Avec ce message adressé aux Tunisiens : «Vous voyez qui sont les extrémistes, nous nous sommes les modérés ! »

En réalité, Ennahdah, tente de conjurer les risques de son implosion ; il va tenir son congrès en juillet et on peut s'attendre à un débat interne musclé entre les islamiste « durs», partisans des salafistes, et les islamistes « modérés ».

 

Pour mieux me faire comprendre, je voudrais citer Oum Zied(ICI), journaliste et défenseuse des droits de l'homme :

« Pourquoi le gouvernement Ennahdah se tait sur les violences salafistes en Tunisie ? Quatre hypothèses possibles :

1/ L'aile non officielle d'Ennahdah veut terroriser le peuple pour faire taire les voix dissidentes.

2/ Les salafistes sont des voix électorales et Ennahdah ne veut pas les perdre.

3/ Ennahdah laisse faire les salafistes pour que les gens disent : “Ennahdah c'est mieux !”

4/ Les trois premières réunies ! »

Manifestation à Tunis, en mars, pour la défense des libertés (Fethi Belaïd/AFP).

Manifestation à Tunis, en mars, pour la défense des libertés (Fethi Belaïd/AFP).

 

Comment réagit la population à ce double jeu d'Ennahdah ?

 

ADEL. C'est une arme à double tranchant : les salafistes font beaucoup de tort à Ennadha, les gens ne sont pas idiots et ils veulent que le parti au pouvoir clarifie sa position en sortant de son flou artistique.

 

Cette duplicité d'Ennahdah est-elle seulement tactique où est-ce qu'elle n'exprime pas aussi ses ambiguités profondes par rapport aux acquis démocratiques de la révolution ?

 

ADEL. Il y a une crainte réelle, exprimée en particulier par les intellectuels tunisiens, que Ennahdah tourne progressivement casaque et remette en cause les libertés et la démocratie. Ces partisans n'ont pas montré jusqu'ici qu'ils étaient des vrais démocrates : Ils ont été capables d'agir afin que la loi électorale pour l'élection de l'assemblée constituante leur soit favorable, et il y a un vrai risque pour qu'ils traficotent encore les élections, qu'ils achètent des voix.

 

Le danger est que, progressivement, Ennahdah parvienne à tout contrôler. Par exemple, aujourd'hui il écarte les cadres des ministères et des administrations pour placer ses hommes. Il remet aussi en cause la séparation entre le législatif et l'exécutif, comme lorsque, récemment, le ministre de la justice décide unilatéralement d'écarter 81 magistrats, au prétexte qu'ils sont corrompus... Mais il n'a pas à faire justice lui-même !

 

BECHIR. Franchement, à bien connaître les islamistes, y compris les plus « modérés », je pense que leur « inconscient politique » les pousse à aller vers une sorte de totalitarisme. C'est que l'idée de la diversité est incompatible avec une vision du monde selon laquelle une seule idée s'imposera tôt ou tard.

Ils sont très incohérents quand ils parlent de démocratie. Par exemple, quand le président d'Ennahdah, Rached Ghannouchi(ICI), dit qu'il ne veut pas interdire le vin afin de respecter la diversité, mais qu'il va pratiquer des prix prohibitifs pour dissuader les gens d'en boire ! Ou encore quand il justifie la polygamie par le fait que beaucoup de femmes tunisiennes sont célibataires !...

En janvier à Tunis, manifestation des journalistes tunisiens contre les nominations à la tête des medias gouvernementaux..

En janvier à Tunis, manifestation des journalistes tunisiens contre les nominations à la tête des medias gouvernementaux..

 

Face à ce « totalitarisme rampant » que vous dénoncez, on a l'impression que les forces démocratiques tunisiennes sont impuissantes...

 

ADEL. Le problème est effectivement que l'opposition est très divisée. Pas parce que ses composantes ont des visions économique et politiques très différentes, mais essentiellement pour des questions de leadership.

Les leaders des partis d'opposition sont tous conscients de la nécessité de préparer une alternance, de la nécessité d'un gouvernement démocratique et de sauvegarder les libertés acquises par la révolution, mais chacun dit : « Moi je suis prêt à m'unir avec d'autres forces, mais seulement si je suis le chef ! » Et l'opposition n'a pas non plus de chef charismatique. Au final, il n'y a pas de front commun des partisans sincères de la démocratie pour les prochaines échéances électorales.

 

Comment expliquez-vous cette suprématie des islamistes dans un pays comme la Tunisie qui s'était jusqu'ici démarqué du reste du Maghreb sur la place de la religion dans la société ?

 

BECHIR. Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à la genèse de la révolution. De Bourguiba à Ben Ali, la Tunisie n'a jamais été un havre de paix, bien au contraire. Au cours de toute ces années, il y a toujours eu des tensions, des révoltes, des foyers de contestation incarnés principalement par la confédération syndicale tunisienne, l'UGTT (ICI), l'université, un bastion de la gauche radicale, et aussi des corps sociaux, comme les avocats, les enseignants... Malgré une répression féroce, ils ont toujours résistés.

Quand Ben Ali est tombé, ces militants de la gauche résistante n'étaient pas prêts pour s'adresser au peuple. Ils ont cru que leur légitimité historique allait leur permettre de récolter naturellement les fruits de leur action passée, et en plus ils se tiraient dans les pattes !

 

Les islamistes de leur côté, malgré la répression, étaient bien organisés dans les mosquées. Ils ont su tirer les marrons du feu quand les partis de gauche ont réclamé, par honnêteté mais aussi avec une certaine naïveté politique, l'élection d'une constituante, centrant ainsi le débat sur le terrain institutionnel.

Les islamistes, eux, ont réussi à focaliser le débat autour de leurs promesses démagogiques sur le travail, le chômage... n'hésitant pas aussi à acheter des voix. Enfin, ils ont su jouer sur la « fibre nationale-religieuse » en se présentant comme des « arabo-musulmans » pour mieux stigmatiser leurs adversaires, décrits comme le « parti de la France », celui des « mécréants sans foi ni loi ».

Interpellation d'un manifestant contre le chômage, à Tunis, le 7 avril (Fethi Belaid/AFP).

Interpellation d'un manifestant contre le chômage, à Tunis, le 7 avril (Fethi Belaid/AFP).

 

Comment faire pour que cette contre-révolution menée par les islamistes ne finisse pas par l'emporter ?


ADEL. À mon avis, quatre acteurs majeurs peuvent se conjuguer pour retourner la situation :

1/ l'UGTT qui est capable de jouer à la fois son rôle syndical et politique.

2/ La société civile qui reste très dynamique, à travers ses associations notamment..

3/ Les femmes, qui sont 50% de la population, et qui sont les plus menacées par une remise en cause de leurs droits.

4/ Les partis politiques qui doivent s'organiser face au péril, il y a des tentatives pour qu'ils s'unissent en disons deux ou trois blocs et pas une vingtaine comme aujourd'hui.

Enfin, il y a un cinquième éléments de poids : l'attitude de l'Europe et de la France. Il faut savoir qu'Ennahdah bénéficie du soutien des pays du Golfe et des États-Unis. Ces derniers veulent donner sa chance à une démocratie islamique modérée comme en Turquie et font le pari de contenir ainsi le terrorisme. Enfin, ils apportent leur soutien à un parti acquis à l'ultralibéralisme...

 

L'Europe et la France devraient comprendre qu'une implantation durable des États-unis au Maghreb ne peut se faire qu'à leur détriment. Elles ont donc tout intérêt à aider le peuple tunisien à contrer l'islamisme en conditionnant leur aide à la consolidation des libertés et de la démocratie.


 Rassemblement des enseignants en grève, le 30 mai, à Tunis (Photo UGTT).

Rassemblement des enseignants en grève, le 30 mai, à Tunis (Photo UGTT).

 

La Tunisiecompte 800 000 chômeurs (pour une population de 10,6 millions d'habitants, il y a 300 000 chômeurs de plus depuis la chute de Ben Ali,) et les inégalités régionales et sociales sont toujours là. La question sociale est brûlante et les grèves sont toujours aussi nombreuses (500 grèves depuis la chute de Ben Ali)...


ADEL. Aujourd'hui, le gouvernement Ennahdah ne fait rien de concret pour améliorer la situation sociale et réduire le chômage. Même sur une question aussi simple et peu coûteuse à régler comme celle des martyrs de la révolution, les promesses d'indemnisation ne sont pas tenues, la seule réponse c'est la matraque lorsqu'ils manifestent.


BECHIR. Le problème est que le discours d'Ennahdah qui veut faire passer les démocrates pour des « mécréants » passe auprès du « petit peuple ». D'un autre côté, le mécontentement social est tel que le peuple peut se lever à nouveau contre Ennahdah et sauver la démocratie. mediapart

 

 

 

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«La révolution tunisienne doit beaucoup au Qatar et à son émir», affirme Ghannouchi

 

«L’Etat du Qatar est un partenaire de la révolution tunisienne», a déclaré Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, parti islamiste au pouvoir en Tunisie, dans une interview au journal ‘‘Al-Arab’’.

 Le Qatar a contribué à la révolution tunisienne  à travers l’apport médiatique de la chaîne Al-Jazira et son soutien à la révolution même avant son succès», a dit M. Ghannouchi. Et d’ajouter, sans préciser s’il parlait en son nom propre, au nom de son parti ou au nom de tous les Tunisiens: «Nous sommes reconnaissants au Qatar et à son émir et leur encouragement à l’investissement en Tunisie».

Au moment où des voix s’élèvent pour dénoncer l’allégeance, insupportable car touchant à la souveraineté nationale, d’Ennahdha et du gouvernement qu’il dirige à la monarchie moyenâgeuse en place au Qatar, ces déclarations de M. Ghannouchi ne vont pas arranger les choses. Pire : elles confirment ce que beaucoup de Tunisiens savent, à savoir que le Qatar joue un rôle de premier plan en Tunisie, à travers ses alliés du parti islamiste tunisien.Son objectif: faire capoter la révolution de la liberté et de la dignité, empêcher qu’elle débouche sur une véritable démocratie moderne au sud de la Méditerranée (le contre-exemple absolue qui fait peur aux Qataris et aux Saoudiens) et livrer le pays, si possible, aux salafistes wahhabites, afin qu’ils le fassent revenir un siècle en arrière.  kapitalis

 

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Tunisie : Gouvernement Hamadi Jebali
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