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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 17:10

La révolution !

Le jogging de Mohamed Abbou

http://www.businessnews.com.tn/images/album/BN8910abbou-150112.jpg

Un coureur, en la personne de Mohamed Abbou, secrétaire général du CPR, deux vélomoteurs avec à bord deux militants sans casque, une voiture de police pour escorter le trio et une circulation bloquée par l'ensemble. 

C'est là l'image que dégage le parti présidentiel et la nouvelle élite politique tunisienne ... "révolutionnaire". source

 

 

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Mohamed Abbou, SG et désormais porte-parole officiel du CPR 

 

Mohamed Abbou, ci-devant secrétaire général du CPR, est désormais aussi porte-parole officiel de ce parti, conformément au règlement intérieur adopté par le dernier congrès du CPR, selon le bureau de presse du parti, cité par l’agence Bina News.

Il succède à ce poste à Hédi Ben Abbès qui s’est retiré de cette fonction pour être nommé membre du bureau politique chargé de l’information et de la communication. source

 

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Deux ans après, que reste-t-il de la révolution ?

Deux ans après le départ miraculeux de Ben Ali, la déception est devenue le lieu commun de la célébration de cet anniversaire. Economie en berne, tension politique, persistance des pratiques anciennes, crainte d’une lente dérive vers une nouvelle forme de dictature... Que reste-t-il de la « révolution  » tunisienne  ?

Partis à l’assaut du ciel, les Tunisiens se sentent embourbés dans un marécage. Sans doute d’avoir trop idéalisé, avec le renfort d’un enthousiasme international, le sens du bouleversement politique qu’était la chute du régime de Ben Ali.

Le terme de révolution est investi de trop d’espoir de changement radical et de rédemption soudaine d’une société corrompue et délitée par les pratiques mafieuses et la surveillance mutuelle. La métaphore du printemps évoque trop les odeurs fleuries et les couleurs chatoyantes. Le printemps c’est d’abord le dégel, la réémergence de tous les refoulés accumulés pendant des décennies d’unanimisme et d’optimisme obligatoires.

Le départ de Ben Ali, c’est la fin d’un blocage politique et social qui permet de rouvrir tous les dossiers. C’était beaucoup et peu à la fois. Les structures, les personnes, les pratiques et les mentalités sont toujours en place. C’est décevant, mais faut-il vraiment s’en étonner  ?

Une économie toujours en berne

Le refrain répété ad nauseam, c’est « rien n’a changé ». La ritualisation de la célébration du deuxième anniversaire de la révolution sur la fameuse avenue Habib Bourguiba lui donne déjà des allures de 7 novembre (la célébration de la prise de pouvoir par Ben Ali en 1987). Mais faut-il pour autant faire chœur avec le pessimisme ambiant  ?

Le bilan certes n’est pas convaincant... Les carences sociales et les déséquilibres économiques étaient aux racines de la colère. Or, à ce jour, les signes de changement et les perspectives d’amélioration ne sont pas au rendez-vous. En 2012, seuls la moitié des budgets d’investissements publics ont été exécutés.

La faute entre autres à une administration déstabilisée et hyper centralisée où les décisions doivent être approuvées à Tunis. Dans les régions intérieures, tout est faire  : identifier, réaffecter et viabiliser les zones industrielles. Les investisseurs privés sont rebutés par le manque de route, les conflits sociaux, l’austérité d’un environnement peu attractif pour des cadres.

Les chantiers de route se multiplient, le gouvernement annonce des plans de lutte contre le chômage... Mais le chômage enregistré, après un pic à 800 000 personnes fin 2011, touche encore 700 000 Tunisiens – soit près de 17% de la population active –, mais avec des taux qui culminent parfois à 50% dans certaines régions intérieures, où les créations d’emploi ont même ralenti par rapport à 2011.

Les ambivalences de la Constitution

Les piliers de la dictature qu’étaient l’appareil sécuritaire, la dépendance de la justice et des médias serviles se transforment péniblement, autant par frilosité corporatiste que par résistance aux tentatives plus ou moins adroites de domestication par le nouveau pouvoir.

Pour l’instant, le bilan du gouvernement, qui a multiplié les maladresses et peine à se gagner le soutien de l’administration, déçoit. La recherche d’un nouveau souffle grâce à un élargissement de la majorité butte toujours sur la volonté d’Ennahdha, le parti islamiste majoritaire, de conserver le contrôle des ministères essentiels de l’Etat.

La défiance à l’égard du monde politique est d’autant plus profonde que la transition démocratique s’enlise dans la rédaction interminable de la constitution, qui n’abordera l’étape du débat article par article en séance plénière que dans les prochains jours. Sans oublier le risque de voir les équilibres, péniblement négociés en commission, rediscutés sur des points de fracture comme l’encadrement des libertés, le rôle d’un conseil islamique, etc.

Sur le fond, le projet de constitution semble offrir les garanties fondamentales de libertés publiques et de redevabilité de l’Etat, mais de nombreux députés et constitutionnalistes craignent que les ambivalences du texte ne permettent un encadrement strict des libertés par les normes islamiques.

Vers un Etat-Ennahdha ?

La question centrale est de savoir si à l’Etat-parti Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) risque de succéder une mainmise sur l’Etat par Ennahdha. De savoir si un parti islamiste peut devenir un parti politique comme un autre dans une société pluraliste, s’il peut être le vecteur de l’intégration d’une partie de la population délaissée par l’entreprise de modernisation, dans le système démocratique, par la biais d’un référentiel islamique relu à la lumière de la démocratie.

Ou si, au contraire, fort de sa capacité d’encadrement territorial, de son monopole sur le capital symbolique de la religion, de son contrôle sur l’administration, de l’indifférence à la politique d’une grande partie de la population, Ennahdha pourrait asseoir son emprise de l’Etat.

De cette façon, le parti pourrait mener à bien progressivement le projet d’imposer l’hégémonie des normes islamiques dans l’espace public, dans la vie culturelle, dans le droit et la vie politique. En un mot : mettre en place, dans un système d’apparence démocratique, un équivalent islamisé du système du RCD, réduisant ses adversaires au silence en utilisant des bandes comme celles qu’utilisaient jadis Bourguiba pour évincer ses rivaux.


Meeting du Hizb Tahrir devant la Constituante, vendredi 11 janvier (Thierry Brésillon)

La crainte est évidemment renforcée par l’importance que prend la mouvance islamique révolutionnaire (au sens où elle prône une rupture radicale avec l’ancien régime) et jihadiste, qui utilise pour l’instant la Tunisie comme une terre d’intendance, une base arrière pour des opérations à l’étranger.

Les militants de Hizb ut-Tahrir, mouvement internationaliste islamique, qui a réuni vendredi 2 500 personnes devant la Constituante pour réclamer le retour du califat et l’adoption de la charia, sont les seuls à se sentir le vent en poupe. D’autant que le parti recueille une partie des déçus par le pragmatisme d’Ennahdha.

Une société divisée

Au milieu d’un gué d’une transition démocratique politisée à outrance, polluée par des rumeurs relayées sans scrupules par de nombreux médias (comme dernièrement l’affaire de deux jeunes condamnés à deux mois de prison pour un baiser) et minée par l’affaiblissement de l’Etat, le malaise des Tunisiens est lourd.

A part «  rien n’a changé  », l’autre refrain est : « nous étions unis, maintenant nous sommes divisés  ». La société est traversée de peurs antagonistes. Peur pour les uns de perdre leur mode de vie, de voir s’instaurer une dictature religieuse.

Peur pour les autres de voir la religion encore bafouée et de vivre à nouveau l’expérience de la répression en cas de victoire d’une opposition, à laquelle se mêlent les cadres de l’ancien RCD. La peur nourrissant la haine, et la haine la violence, comme elle a explosé par exemple le 4 décembre devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), beaucoup voient l’avenir de la Tunisie en noir.

Les braises de la révolution


Un jeune de Siliana interpelle un élu d’Ennahdha, 12 janvier 2012 (Thierry Brésillon)

Les raisons de ne pas désespérer, pourtant, sont tout aussi fortes. D’abord, la liberté de parole, la capacité des gens les plus simples à demander des comptes à leurs élus sans crainte, la capacité d’organisation, l’existence d’une société civile (même si elle reste encore en aprtie concentrée dans la capitale), constituent autant de garde-fous.

Ensuite, Ennahdha est un parti complexe, déterminé par deux orientations  : appliquer un projet d’islamisation et devenir une force de gouvernement durable. Or, cette seconde option exige une conversion au pragmatisme, des concessions et une technicité qui donnent plus de poids aux politiques qu’aux religieux dans le parti.

L’exercice du pouvoir est une école et tend à normaliser un parti soumis à une critique, qui l’obligera tôt ou tard à tirer les leçons de ses erreurs. L’avenir est encore riche de potentialités et les braises de l’exigence de justice et de dignité sont toujours aussi ardentes. Même si elles peinent à trouver une expression politique, elles ne sont pas prêtes de s’éteindre. 

Rêver d’une Tunisie couverte de fleurs, avec des artistes à tous les coins de rue, était un rêve puéril. Le vrai sens du 14 janvier, c’était la possibilité de prendre en charge la Tunisie réelle, avec ses pesanteurs et ses contradictions. L’avenir appartient à ceux qui sauront la guider vers la dignité. source

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Tunisie : Partis politiques_ Programmes
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