Vendredi 2 mars 5 02 /03 /Mars 04:26


Violentes attaques de journalistes par les forces de police : nécessité d'un apaisement des relations

VIOLENTES ATTAQUES DE JOURNALISTES PAR LES FORCES DE POLICE : NÉCESSITÉ D’UN APAISEMENT DES RELATIONS


 

Vers 15 heures, à l’issue de la manifestation organisée à Tunis par l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), le 25 février 2012, les forces de l’ordre ont tiré des grenades lacrymogènes et violemment dispersé les manifestants. Un véritable déchaînement de violences physiques et verbales. De nombreux journalistes filmant l’assaut ont été directement pris à partie.

“Les insultes qui ont été proférées à l’encontre des journalistes et la brutalité avec laquelle certains d’entre eux ont été traités par les forces de police sont sans équivoque et marque le retour des violences policières. Rien n’explique un tel comportement sinon la peur de retrouver, dans les médias, les images d’actes totalement illégitimes. Un tel regain de tension entre les représentants de l’ordre et les professionnels des médias est particulièrement inquiétant. Une pacification des relations est indispensable, sans quoi, de telles scènes seront nécessairement amenées à se reproduire”, a déclaré Reporters sans frontières.

Dans son précédent communiqué, l’organisation avait exprimé ses inquiétudes suite aux déclarations de certains membres du gouvernement vis-à-vis des médias, qui pouvaient être considérées comme justifiant, aux yeux d’une partie de l’opinion, les agressions verbales et physiques dont sont régulièrement victimes les journalistes. De telles déclarations pourraient même constituer un encouragement à faire des journalistes des boucs-émissaires.

Reporters sans frontières a recensé sept cas d’agressions de journalistes, le 25 février dernier :

  • Alors qu’il était devant le ministère de l’Intérieur et montrait sa carte de presse, Aymen Rezgui, rédacteur en chef de la chaîne Al-Hiwar Ettounsi et membre de comité exécutif du Syndicat national des journalistes tunisiens, a été insulté par des policiers en uniforme et en civil lorsqu’ils ont appris son appartenance au SNJT avant d’être passé à tabac. Il présente de nombreuses traces sur le corps, résultat des coups de matraque qu’il a reçus.
  • Zouhair Zouidi, d’Attariq Al-Jedid, a été frappé au dos et au visage par des policiers en uniforme et en civil devant le ministère de l’Intérieur, alors qu’il avait mis sa carte de presse en évidence.
  • Mouna Bouazizi, journaliste pour le quotidien Ech Chourouq, a été insultée et violemment bousculée par un policier alors qu’elle s’apprêtait à photographier les violences devant l’immeuble du groupe de presse Dar Al-Anwar. Mouna Bouaziz était en compagnie d’Ahlem Abdelli, journaliste de la radio Shems FM, qui a également été insultée par le policier.
  • Le reporter de Radio KalimaAli Jallali, filmait les violences policières quand il a été brutalement mis à terre par un policier qui l’a frappé à deux reprises avec une matraque, alors même qu’il portait un brassard "presse". Le policier lui a dit qu’il ferait mieux de filmer les manifestants qui s’en prenaient aux forces de l’ordre et non l’inverse.
  • Arwa Baraket, activiste sur Internet, était en train de filmer la manifestation de l’UGTT quand la police a commencé à charger la foule. Elle a été violemment prise à partie par la police, insultée et rouée de coups. Elle a eu le bras cassé.
  • Amin Ayachi, cadreur de la chaîne Nessma TV, s’est fait encercler et frapper par des policiers devant le centre Claridge sur l’avenue Bourguiba. Les forces de l’ordre ont endommagé l’objectif de sa caméra et exigé qu’il efface toutes les séquences qu’il venait de filmer, allant même jusqu’à convoquer un policier du service informatique.

La réaction du Syndicat des journalistes tunisiens a été immédiate et un rassemblement a été organisé le 27 février dernier, appelant les journalistes à s’unir pour protester contre ce retour en arrière. De son coté, le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué d’excuses. Joint par Reporters sans frontières, son porte-parole a assuré qu’une enquête interne “sérieuse” et “dont les résultats seront rendus publics dès que possible” avait été ouverte. “Si le ministère ne souhaite pas que l’ensemble du système sécuritaire soit décrédibilisé, une attitude exemplaire devra être adoptée à l’encontre des policiers impliqués dans ces violences”, a déclaré l’organisation.

Reporters sans frontières rappelle que les 5 et 7 mai 2011, suite aux déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur, Farhat Rajhi, des manifestations avaient éclaté et donné lieu à une vague de violences policières, faisant une quinzaine de blessés parmi les journalistes. Le ministère avait aussitôt réagi en rappelant que les médias devaient d’être identifiables par les forces de l’ordre. Le port de dossards ou brassards estampillés “Presse” et la mise en évidence des cartes professionnelles n’ont pas suffi à empêcher les violences policières contre les professionnels de l’information, le 25 février dernier.

Reporters sans frontières souhaite que cette enquête interne ne soit pas un effet d’annonce supplémentaire destiné à satisfaire l’opinion publique. Le 4 janvier 2012, à la suite de l’agression de Sana Farat (journal Le Temps) et Maha Ouelhezi (journal en ligne Web Manager Center) par des forces de police devant le ministère de l’Enseignement supérieur, les autorités s’étaient engagées à effectuer une enquête interne dont les conclusions n’ont, jusqu’à aujourd’hui, pas été rendues publiques.

Reporters sans frontières appelle les autorités à mettre en place au plus vite des modules de formation destinés à sensibiliser les forces de l’ordre au respect des citoyens et des journalistes dans l’exercice de leur fonction. L’organisation encourage la mise en place de tables rondes et de rencontres mutuelles entre responsables de forces de sécurité et représentants des journalistes.

source rsf.org

 

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 Le règne sans partage d'Al Jazeera

Les Tunisiens ont déjà délaissé Internet et ses réseaux sociaux. La chaîne de télévision Al Jazeera, qui promeut ouvertement l'islamisme, domine l'information.

Un producteur derrière la console, au siège d'Al Jazeera à Doha, Qatar, le 30 novembre 2005. REUTERS/Caren Firouz

Mise à jour du 2 mars. L'opérateur satellitaire européen Eutelsat a annoncé le 1er mars un contrat de location de capacités satellitaires avec la chaîne qatarie Al-Jazeera, qui pourra ainsi étendre son audience en Afrique du Nord avec un bouquet de dix chaînes.


«Quand ce président autoproclamé d’un demi-jour [Mohamed Ghannouchi] s’est mis à implorer Al Jazeera pour qu’elle intervienne auprès du peuple tunisien et qu’elle rétablisse le calme, j’ai compris qu’il n’y avait plus de place pour les clowns de mon acabit...», déplore Slim Boukhdhir, un plumitif opposant historique des Trabelsi, la famille de la femme de l’ex-président Ben Ali.

S'informer, oui mais où?

Depuis la chute de Ben Ali, les téléspectateurs n’ont d’yeux que pour Al Jazeera. Tunis 7, Tunis 21, Hannibal, Nessma TV; les télévisons locales sont zappées. L’audience des autres chaînes étrangères, arabes et occidentales, touche… le zéro et quelques poussières. Mais, ce sont surtout les relais traditionnels de la rue survoltée —Internet, Facebook, Twitter, YouTube— qui ont sombré dans l’oubli.

«Depuis la fuite de Ben Ali, l’activité des Facebookiens a chuté dangereusement. Les blogueurs ont déserté le Net.» commente Ammar Tanazefti, un internaute. Nos Julian Assange locaux —Slim Bagga, Mohieddine Cherbib, Zouheir Makhlouf, Oum Zied— chôment… Takriz Tunisnews,NawaatKalima… désespèrent. Répudiés, les WikiLeaks nationaux. La presse française considérée auparavant comme le bouclier médiatique traditionnel des Tunisiens a été littéralement évincée. Kaput«Sauvez-nous du tank Al Jazeera… Revenez en force pour rétablir l’équilibre…», s’indigne une ancienne gloire boudée par la chaîne qatarie.

L’empire Al Jazeera

C’est le temps d’Al Jazeera. Sur l’empire d’Al Jazeera, le soleil ne se couche jamais. Rien n’échappe à l’œil du Big Brother qatari. Sauf peut-être, derrière un tout petit pli, ceci: ce que nous voyons, ce que n’importe qui voit à Tunis est loin, très loin, de ce qu’Al Jazeera montre. Le journalisme instantané d’Al Jazeera fera son instant à Tunis… Et trépassera. Notre journalisme qui a tenu tête à Ben Ali un quart de siècle est gorgé de sang, de larmes, de fièvre. Des textes incisifs, rigoureux qui tissent une chronique passionnante, et parfois douloureuse. A petites touches, ils restituent la vie dans une dictature féroce, prête à tous les travestissements. On y décrit les frasques de la famiglia, les élections truquées, le quadrillage de la population par des dizaines de milliers de policiers; ou encore les pièges de la vie à crédit, les émeutes contre la hausse du prix du pain, l’imaginaire des «brûleurs», ces jeunes prêts à tout pour fuir le paradis de Ben Ali dans des embarcations précaires.

De tout cela, du bruit et de la fureur, Al Jazeera fait table rase. A quoi pouvait bien ressembler la Tunisie avant Al Jazeera? A du néant. Du rien. L’histoire a commencé lorsqu'Al Jazeera t’a regardée, Tunisie, mon amour. Alors seulement, l’histoire surgît. The story is. Al Jazeera fait l’évènement. Au prétexte du mythe de la vitesse et du raccourci, Al Jazeera bouche le paysage. Silence, on désinforme...

Un porte-drapeau de l'islamisme

Certains lui reprochent son discours religieux et un parti pris islamiste. Lors des derniers évènements, la chaîne a organisé une véritable manœuvre de parachutage, qui a laissé plus d’un téléspectateur pantois. On y voyait passer tout au long des émissions et des journaux télévisés des militants islamistes ou d’obédience islamiste. Dans l’émission Sans frontières, la part du lion a été réservée à Rached Ghannouchi, le leader islamiste du mouvement Ennahda. «Cette émission a été spécialement confectionnée pour habiller le retour tant attendu du Cheikh sur le devant de la scène. Les autres intervenants, Sihem Ben Sedrine (journaliste et militante des droits de l’homme) ou Abdelbari Atwan, font figure de garniture. Une mise en valeur de la pièce maîtresse», dit Jalel Zoghlami, l’unique avocat du barreau, interdit d’exercer par Ben Ali.

En prime, des intervenants islamistes au téléphone. «Les démocrates sont carrément rejetés, surtout les laïcs. Pourtant, depuis le démantèlement du mouvement intégriste en 1991-1992, ils tiennent la dragée haute au système. Inviter surtout la sensibilité islamiste ou des personnalités inconnues au bataillon mais fervents défenseurs du consensu, dénote d’une manipulation de mauvais goût», commente Slah Hnid, un téléspectateur qui accuse Al Jazeera de nier les courants d’opposition non-islamistes. «Al Jazeera est une chaîne islamiste. Pourquoi s’en offusquer? Elle ne l’a jamais caché», rectifie Mokhtar Yahyaoui, le célèbre juge rebelle.

On reproche à la chaîne de ne pas traiter certains sujets comme la polygamie, l’adoption ou l’héritage. On l’accuse aussi de ne pas parler de certains pays, dits «intouchables», comme le Qatar où est née la chaîne et qui a acquis grâce à elle un grand poids politique. «C’est une démocratie de droite, une sorte de démocratie musulmane, sur le modèle de la démocratie “chrétienne” qu’Al Jazeera prône», dit Am Ali Ben Salem, l’aîné de tous les résistants, et l’oublié d’Al Jazeera.

En direct d’Al Jazeera: la révolution du jasmin. Juste à temps. Il me faut du temps pour écrire Il était une fois la révolution. Hors du temps qu’il faut à un homme pour tout simplement s’informer, comprendre, sentir, méditer, débattre. Transporter hors de notre présent. Hors-sol. Hors Al Jazeera.

Taoufik Ben Brik

source slateafrique

 

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Ennahdha a pris le pouvoir dans les médias


Ennahdha a pris d’assaut les espaces médiatiques durant le mois de novembre. Lui, et ses alliés de la troïka, ont rapidement pris le pouvoir sur les journaux, les ondes radios et télés.

par Thameur Mekki


«Cette période est caractérisée par la croissance de l’espace dédiée à la troïka dans les médias», a déclaré Sana Ben Achour, coordinatrice générale de l’opération du monitoring média en phase de transition démocratique*.

Réalisé par un collectif d’associations, le rapport final de cette veille qui a duré du mois d’août jusqu’à novembre 2011 a été présenté lors d’une conférence de presse tenue, mercredi 29 février, à la Maison de Culture Ibn Rachiq. C’était également une occasion pour faire part du rapport de monitoring de la période du 1er au 25 novembre.

Contrairement à ce que prétendent les fervents défenseurs du Mouvement Ennahdha, leur parti est le plus représenté dans la presse imprimée tunisienne, toujours selon le même rapport. Du 1er au 25 novembre, 33,20% des pages des journaux tunisiens sont consacrés à cette formation politique. Suivie par son allié le Congrès pour la République (Cpr) occupant 11,59% d’espace, Ennahdha est la force politique la plus présente dans la presse écrite, plus même que le gouvernement se contentant de 11%. ‘‘Achourouq’’, ‘‘Assabah’’, ‘‘Assahafa’’, ‘‘Assarih’’ sont les quatre quotidiens arabophones ciblés par ce monitoring. Cette observation s’est également penchée sur trois quotidiens francophones, à savoir ‘‘La Presse’’, ‘‘Le Temps’’ et ‘‘Le Quotidien’’.

Idem pour les radios. Fort de ses 89 élus à l’Assemblée Constituante et de sa prédominance dans la formation gouvernementale, le Mouvement Ennahdha occupe 25% de l’espace radiophonique. «N’empêche, les radios sont plus équilibrées que les journaux», relève Sana Ben Achour. De son côté, le gouvernement est mieux servi par les radios que les journaux. Il y occupe 19% de temps d’antenne. Les deux autres partis de la troïka règnent sur la troisième et la quatrième position, respectivement prises, par le Cpr et Ettakatol (Fdtl) avec 16,92% et 12,19%. Les radios objets de la veille sont Radio Jeunes et la Radio Nationale (service public) ainsi que Mosaïque Fm et Shems Fm (privées).

Sur les petits écrans, le Mouvement Ennahdha est également en tête. 23,82% du temps du prime time lui sont consacrés. C’est ce que dévoilent les chiffres présentés par le même rapport observant les Wataniya 1 et 2, Hannibal Tv ainsi que Nessma TV.

Décidément, les partis de la troïka ont le pouvoir télévisuel puisqu’ils occupent presque 55% d’espace sur les chaînes tv. Le Cpr occupe 16,62%. Quant à Ettakatol, il est présent à hauteur de 14,76%.

«Nous avons remarqué une certaine partialité. Le manque de professionnalisme est également un handicap à surmonter. Côté déontologie, il y a encore beaucoup de travail à faire», constate Mme Ben Achour. Et elle ajoute : «Après plus de 20 ans d’emprisonnement de la pensée et de la parole libre, les journalistes professionnels ont été éjectés du secteur».

Dans la même rencontre avec la presse, elle a insisté sur la nécessité de se serrer les coudes entre journalistes et société civile afin de réformer le secteur en proie aux tiraillements entre forces politiques.

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* Présidé par l’Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd). Cette coalition est formée par l’Association des femmes tunisiennes pour la recherche et le développement (Afturd), la Ligue tunisienne des droits de l’homme (Ltdh) et le Conseil national des libertés en Tunisie (Cnlt). Deux structures directement concernées par les médias font également parti de ce tissu associatif à savoir le Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt) et l’Observatoire pour la liberté de la presse, de l’expression et de la création (Olpec). Il est soutenu par l’organisation danoise International Media Support (Ims), l’Observatoire de Pavia (Italie) et l’Arab Working Group for Media Monitoring (Awmm).

source kapitalis

 

Par thala solidaire.over-blog.com - Publié dans : Censure_Journalisme_Éditions_Libertés
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