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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 03:06

Un discours rassurant… Un discours sans concession aux idéologies salafistes… Un discours que les tunisiennes et les tunisiens attendent depuis des mois… Merci monsieur le Président !

Espérant que ce discours soit suivi de gestes concrets de la part du gouvernement…

 

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Mise en garde de Marzouki après des troubles salafistes

 

Le président tunisien Moncef Marzouki a mis en garde lundi contre toute tentative de déstabilisation du pays et de recours à la violence pour des raisons idéologiques, une allusion claire aux salafistes de plus en plus actifs ces derniers temps.

"Il ne sera toléré à quiconque d'imposer ses opinions par la violence, de traiter autrui de mécréant et de porter atteinte à tout citoyen tunisien pour ses choix idéologiques ou politiques quels qu'ils soient", a-t-il averti.

Cette prise de position survient après "l'outrage" fait au drapeau national à la Faculté des lettres et des sciences humaines de la Manouba, près de Tunis, provoquant de vives réprobations dans toute la classe politique et la société civile.

Le 9 mars dernier, un salafiste était monté sur le toit du bâtiment, avant de décrocher le drapeau tunisien pour le remplacer par une bannière noire, emblème des islamistes radicaux, sur laquelle était inscrite par la profession de foi musulmane. Une étudiante, Khaoula Rachidi, a alors escaladé l'édifice pour remettre le drapeau, devenant "une héroïne nationale".

"Faire outrage au drapeau, symbole de la patrie et de ses martyrs, c'est atteindre à la cohésion nationale", a stigmatisé lundi M. Marzouki lors d'une cérémonie du salut du drapeau organisée au palais présidentiel de Carthage, dans la banlieue nord de Tunis, qualifiant l'acte de "grave qui ne peut avoir aucune justification".

Partisan fervent de la défense des droits de l'Homme, le chef de l'Etat a décoré l'étudiante, qui prépare un master en français, des insignes de l'Ordre de la République, saluant "son geste symbolique" et "sa force morale".

"J'ai réagi spontanément, sans réfléchir. J'ai fait cela par patriotisme parce que le drapeau est pour moi, comme pour tout Tunisien, une source d'honneur et de fierté", a confié la jeune femme à l'Associated Press devant le regard attendri de ses parents. Originaire de Gafsa (centre-ouest), elle a remercié Dieu de s'en être sortie sans dégâts "parce que le salafiste qui m'a brusqué était assez costaud pour moi".

Cet établissement universitaire est le théâtre d'affrontements réguliers depuis des mois opposant les salafistes à des groupes syndicaux et indépendants sur fond de port du niqab. La faculté est fréquentée par quelque 8.000 étudiants des deux sexes. Les islamistes radicaux revendiquent "le droit" des étudiantes de suivre les cours et de passer les examens le visage couvert par le voile islamique intégral, ce qu'interdit le conseil scientifique de la faculté.

Alors que des voix n'ont cessé de s'interroger sur l'absence de réaction du gouvernement face à la multiplication des manifestations salafistes jugées "pacifiques", le chef de l'Etat a assuré que, "désormais, nous ne tolérerons plus toute tentative d'entraver le fonctionnement de l'université tunisienne, de terroriser ses professeurs et de ses étudiants ou de n'importe quelle institution".

"De telles actions seront réprimées à l'avenir dans le cadre de la loi, mais en toute intransigeance", a lancé M. Marzouki sur un ton ferme.

Le président, qui a exhorté la jeunesse à "éviter les tentatives de provocation qui menacent la stabilité du pays et compromettre son avenir", a appelé "les Tunisiens à bannir la violence physique et morale d'où qu'elle vienne et à rejeter la polarisation idéologique porteuse de dissension et d'animosité, en faisant prévaloir le dialogue".

source challenges

 

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Merci chère Khaoula Rachidi !
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Quand on voit comment l’Affaire du Drapeau Profané a agi sur l’Opinion Publique tunisienne, je ne peux m’empêcher d’en tirer quelques conclusions sommaires.

Je vais exprimer un constat d’emblée : cette Opinion Publique qui s’est élevée contre un drapeau tunisien remplacé par un drapeau salafiste, sur le toit de la Faculté de la Manouba, s’est manifestée, à l’occasion, dans tout ce qu’elle a de plus bourgeois. Et quand je dis « bourgeois », je déleste ce terme de toute connotation marxiste ou communiste. Je ne parle pas non plus d’une classe sociale ayant une situation économique aisée. Je réfère plutôt à un point de vue sur la vie qui est assez limité par des clichés censés être des repères, préférant se contenter de quelques conventions sociales bien définies à l’activité qui produit de vraies réflexions personnelles sur la portée de certains actes et discours.

La situation actuelle à la Manouba s’est déclenchée, en fait, il y a 3 mois et demi. En trois mois et demi, accentués par des appels de détresse alarmants de la part des étudiants, des professeurs et du doyen, il n’y a eu aucune réaction de la part des tunisiens. En une journée marquée par l’incident du drapeau, toute la Tunisie est émue. Le gouvernement, louche et démagogique à souhait, intervient alors.

La question qui se pose alors est celle-ci : pourquoi ces intrusions assez musclées, pendant trois mois et demi, n’ont pas choqué autant l’Opinion Publique, malgré le fait qu’elles ont été plutôt médiatisées ? En sachant que la Manouba n’a pas été la seule dans cette situation, que l’université de Sousse et de Kairouan, avant elle, ont également été visées, pourquoi cette Opinion Publique n’a pas réagi aussi violemment à une telle dégradation intellectuelle de nos institutions universitaires publiques ?

Je pense justement que c’est parce l’affaire touche à l’Intellectuel, c’est-à-dire à quelque chose d’abstrait, dont la profanation n’est ni sensible ni visible sur le moment. Voilà l’enseignement des lettres et des sciences humaines menacé dans notre pays et ceci ne choque personne sauf les élites. Il était évident que ce n’était pas très important pour l’Opinion Publique qu’une université tunisienne spécialisée dans les lettres et les sciences humaines soit attaquée par des salafistes violents qui veulent y imposer le contraire absolu des enseignements des lettres et des sciences humaines : c’est-à-dire le remplacement d’un mode de fonctionnement ouvert et multidisciplinaire par un autre dogmatique, unique et restreint.

Devant des salafistes qui s’y attaquent radicalement en prenant comme prétexte le fait que les doyens ont interdit aux filles en Niqab d’y étudier (Mais, comme je l’ai démontré dans un article datant du 1 Décembre 2011, ce qui les intéresse, ce n’est pas tant l’interdiction du Niqab que le fait d’imposer leur propre lois à des universités qu’ils qualifient de « gauchistes » et d’« athées » afin de pouvoir façonner les cerveaux à leur manières, comme ils le font impunément dans les mosquées) l’Opinion Publique aura plusieurs genres de réactions : soit elle ne s’occupera absolument pas de cette affaires, soit elle pensera que c’est triste ce qui s’y passe avant de zapper vers une autre chaine ou une autre site, soit elle pensera que les salafistes ont quand même le droit de manifester. La culture et la liberté intellectuelle de jeunes étudiants venus des grandes villes et de la Tunisie profonde pour s’y former et qui se retrouvent devant des bandes qui inculquent avec brutalité des préceptes débilisateurs, n’intéressait pas l’Opinion Publique et n’était nullement susceptible de la remuer. Des professeurs d’histoire, de civilisation, de linguistique, de philosophie etc…, censés éduquer ces étudiants et qui se trouvent insultés, sabotés et traités de mécréants, ne provoquait aucune colère visible chez cette même Opinion Publique.

3 mois et demi plus tard, un salafiste en arrive à enlever le drapeau tunisien hissé sur le toit de la faculté. L’Opinion Publique est alors non seulement choquée mais bouleversée. « Eh oui, c’est le drapeau tunisien qu’on profane devant nos yeux. Ça ne se fait pas. C’est la patrie qui est visée. » Une séquence montrant le sacrilège est alors partagée d’une façon exponentielle sur internet, diffusée et rediffusée à la télé et des photos de l’incident de trouvent publiées dans les journaux. L’Opinion Publique n’est plus devant de l’Intellectuel éthéré. Elle voit clairement, devant ses yeux, quelque chose de concret, de palpable, un symbole en tissu représentant la Tunisie, qui se fait malmener par un méchant salafiste antipatriotique. Le bon vieux drapeau rouge qui se fait remplacer par un nouveau drapeau très laid et d’une couleur d’autant plus noire. Ce n’est pas acceptable. Elle est alors décidée à en découdre en sortant dans la rue, parce ça ne peut plus durer. Ici aussi, comme dans l’affaire Persepolis, on peut déduire certaines choses :

1.L’opinion publique reste à majorité conservatrice et réactionnaire.

Le drapeau qui n’est, à l’origine, qu’un signe visuel censé représenter tel ou tel pays, devient ici l’essentiel de l’affaire. Les gens ne veulent pas qu’on le remplace par un autre, même pendant quelques minutes, parce que ça ne se fait pas et puis c’est tout. Dieu aussi, on n’a pas le droit de le représenter visuellement. C’est pas bien. Mais si c’est des salafistes qui mettent à épreuve pendant des mois la liberté intellectuelle de générations et de générations futures de tunisiens, l’opinion publique reste dans l’immobilité. Et cette immobilité est dangereuse car elle est sous-tendue par un constat que personne n’avoue mais qui est bien ancré dans les mentalités: « après tout et malgré tout ce qu’on dit, eh bien ces gens là c’est quand même des musulmans qui défendent nos traditions arabo-musulmanes, alors il faut les laisser s’exprimer. »

2. C’est le spectacle surmédiatisé qui peut convaincre les gens de telle ou telle réaction.

Ce n’est pas des convictions profondes, des réflexion sur les tenants et aboutissants de tels agissements grâce à un esprit critique qui guide l’Opinion Publique, mais ce sont des symboles conventionnels et creux tels qu’un drapeau remplacé par un autre. Ces symboles se trouvent alors vite récupérés par les médias qui produisent d’une part des discours enflammés et vulgaires, condamnant bien entendu l’atteinte au drapeau et d’autre part une dramatisation à travers une mini-narration. Cette mini-narration met en scène un personnage courageux et patriotique (la fille qui a osé affronter le salafiste et pour laquelle j’ai le plus grand respect car son acte était spontané. Ce sont les médias qui ne sont pas respectables dans cette affaire.) Personnage qui affronte le gros méchant ennemi de l’état voulant détruire le drapeau national. Superbe occasion pour les gens de média de faire les malins en direct et beaucoup d’audimat.

Cette affaire pourrait donc être une étape pour les tunisiens dans l’apprentissage d’une certaine capacité à déceler et à prévoir les vrais dangers menaçant la Tunisie. Pour moi, c’est toute l’Opinion Publique qui a brûlé le drapeau tunisien car, pendant des mois, elle n’a pas compris ou a fait semblant de ne pas comprendre, les dangers des agissements renouvelés quotidiennement par ces salafistes.

Aymen Ghabi nawaat

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Tunisie : Gouvernement Hamadi Jebali
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