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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 18:47

Nouvelle Constitution : Le calendrier du débat national

Après avoir dévoilé le projet de la nouvelle constitution, l'assemblée nationale constituante lance un débat national dans les régions pour recueillir l'opinion des Tunisiens. Un calendrier a été élaboré comme suit :


Le 23 /12/12 : Kairouan, Monastir, Sousse, Mahdia, Sfax, Gabes (Inscriptions au début de la semaine du 17 /12).


Le 30 /12/12 : Gafsa, Beja, Kef, Siliana, Zaghouan. (Inscriptions au début de la semaine du 24/12)


Le 6/1/13 : Ben Arous, Bizerte, Ariana, Manouba, Nabeul, Tunis. (Inscriptions au début de la semaine du 31/12)


Le 13/1/13 : Medenine, Kasserine, Kebili, Tataouine, Tozeur, Sidi Bouzid. (Inscriptions au début de la semaine du 7/1/13).


Pour y participer il faut s'inscrire sur le site de l'assemblée : www.anc.tn


Les inscriptions se font par mail le début de la semaine (les 3 premiers jours) correspondant à la région sélectionnée.

Les premières 300 inscriptions pour chaque région seront acceptées. tekiano

 

 

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Le franc-parler de Iyadh Ben Achour ! 

M.Iyadh Ben Achour a toujours brillé par son franc parler et ses analyses pertinentes.

Connu pour sa probité intellectuelle, il a su garder ses distances vis-à-vis des partis politiques pour avoir cette indépendance qui lui permet de formuler ses critiques. Il ne s’est jamais départi de cette ligne, lui qu’on peut classer comme un libéral mais comme un démocrate convaincu. Mercredi dernier il était l’invité d’une chaîne de télévision pour parler politique et notamment de la Constitution.

Sans fard ni fioriture il a donné son point de vue étayant le tout par des preuves matérielles incontestables.

Le président de la défunte Instance supérieure de la révolution, n’a pas caché son étonnement voire son indignation devant la lenteur qui caractérise les travaux de l’A.N.C dans la rédaction de la Constitution, sans omettre de rappeler que tous les partis sauf un se sont engagés à finir ce travail une année après les élections qui ont eu lieu le 23 octobre 2011. Il a son explication à cela et elle est celle-là même qu’on retrouve sur presque toutes les langues : les constituants «font tout pour demeurer le plus longtemps possible là où ils sont » !

Parlant de la Constitution dans sa première mouture et qui est encore sujette à des amendements, il n’a pas manqué de relever les contradictions entre les articles d’où il en déduit que nos constituants sont ignorants de la chose constitutionnelle. Son reproche devient pertinent quand il affirme que la Tunisie regorge de spécialistes en la matière et qu’on retrouve plusieurs d’entre-eux exerçant même à l’étranger. Pourquoi n’a-t-on pas fait appel à ces compétences ?

Cette question trouve sa réponse dans l’esprit partisan qui règne au sein de l’A.N.C dominée par trois partis qui, en dépit des protestations persévèrent sur la voie qu’ils se sont tracée partant de la majorité confortable dont ils disposent au sein de cette assemblé. Certes il y a le travail des commissions, mais celles-ci ne peuvent présenter que des projets d’articles qui demeurent sujets à des amendements en plénière et soumis au vote qui pourrait faire tomber tout le travail fait au sein de ces mêmes commissions.

Sur le fond, Iyadh Ben Achour ne mâche pas ses mots et ne cache pas son amertume voire sa colère, car il est sûr que la Tunisie aura à l’issue de tout ce temps une très mauvaise constitution qui fera la risée de tout le monde ! attendons pour voir !

Parlant de la situation dans le pays, Iyadh Ben Achour ne s’est pas fait prié pour crier toute sa colère affirmant que la Tunisie méritait mieux que cela. Par la faute de qui ?

De ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir et qui ont tourné le dos aux revendications de la population pour ne s’occuper que de leurs sièges et comment ne pas les quitter. Tant d’affirmations qui méritent réflexions, surtout quand elles émanent d’un personnage qu’on ne peut soupçonner de la moindre complaisance envers un quelconque parti politique et qui jouit d’un grand crédit pour le travail accompli par quelconque parti, politique et qui jouit d’un grand crédit pour le travail accompli par l’Instance qu’il a présidée où toute la Tunisie y était et où la démocratie réelle était exercée.

Tous Les décrets préparés et proposés par cette instance l’étaient après des débats francs et parfois houleux mais où personne ne s’était senti exclu, et étaient le fruit souvent d’un consensus entre les différents courants politiques et idéologiques. Jamais l’homme ne s’était rangé en faveur d’une partie au détriment d’une autre, ce qui donne au constat fait toute sa crédibilité et le bien fondé qu’il mérite, d’autant qu’il n’hésite à pas à voir dans tout des prémices annonciatrices d’une nouvelle dictature !

L’alerte est sonnée, aux Tunisiens d’en saisir la portée ! letemps

 

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Entretien avec : Pr Mohamed Haddad, président de l’Observatoire arabe des religions et des libertés


« L’esprit de la constitution et de la compétition politique ne doit pas être l’esprit des croisades... »

 Au-delà des doutes sur l’efficacité réelle du dialogue national sur la Constitution dans les régions, le texte est vivement critiqué par les constitutionnalistes qui y voient «une régression». Quelle vision de la Tunisie future véhicule-t-il ? Reflète-t-il l’esprit revendicatif du 14 janvier ou l’idéologie conservatrice de la classe politique au pouvoir après le 23 octobre ? Protège-t-il suffisamment les droits et les libertés fondamentales ou prépare-t-il à l’institution progressive de l’Etat théocratique ?

 Pr Mohamed Haddad, président de l’Observatoire arabe des religions et des Libertés, répond aux questions de La Presse. Il est enseignant chercheur, spécialiste en civilisation arabe et histoire des religions. A son actif, trente ans de travail sur le discours religieux... 


L’Observatoire arabe des religions et des libertés que vous dirigez participe à l’élaboration de la constitution avec des propositions qui se veulent conciliantes entre la vision islamiste et celle des droits et des libertés. Vos propositions sont-elles prises en compte ? 
 

Nous avons travaillé sur un rapport qui compte dix zones d’ombre avec des propositions concrètes qui essaient de prendre en considération les exigences de la future constitution et les équilibres politiques actuels. Mais, c’est seulement dans le deuxième projet de préambule que l’ANC a pris en compte une de nos propositions; celle qui concerne l’article 10. L’ancienne version liait à tort les droits de la femme aux droits de la famille. Dans notre proposition, nous avons demandé à scinder l’article en deux, à dégager nettement les droits de la femme  et à éliminer la notion  «droits de la famille» parce que ces «droits» n’existent pas juridiquement. 
Pour le reste, je pense que la société civile et plusieurs députés sont conscients que le texte actuel doit être amélioré. Il reste très vague et ce n’est dans l’intérêt de personne. Avec toutes les ambiguïtés qu’il y a, on aura besoin de faire des interprétations très divergentes exactement comme si on n’avait pas de constitution... 

Nos constitutionnalistes pensent que les zones d’ombre de ce projet viennent justement de la recherche d’un compromis entre deux visions profondément divergentes. Pensez-vous que ce compromis soit possible, notamment sur les dissensions autour de la relation Etat/religion ? 
 

Il existe deux types de compromis : le compromis positif et le compromis négatif. Le compromis positif est atteint lorsqu’on discute du fond d’un problème pour aboutir à une formulation adéquate. A l’opposé, le compromis négatif est bricolé pour masquer et éluder les divergences qui persistent. On s’aligne sur des expressions bateau où chacun peut trouver une interprétation à son goût. Sur plusieurs sujets, l’ANC a choisi le compromis négatif. Or, ce n’est pas ce qu’attend le peuple d’une constituante qui lui coûte cher. On attendait un travail beaucoup plus rigoureux. Ce manque de rigueur a une autre raison qui est l’absence des spécialistes en droit constitutionnel; il n’y en a qu’un seul dans la Constituante. On aurait pu trouver d’autres solutions comme d’avoir un comité d’experts. On aurait pu en constituer un avec des personnalités comme le Pr Kaïs Saïed et bien d’autres constitutionnalistes prêts à travailler bénévolement.
 

 

L’article 1er ne fait pas de référence à la charia, mais pensez-vous qu’il soit suffisamment explicite sur le caractère civil de l’Etat ?
 

Nous proposons justement d’introduire le terme «Etat civil» qui manque dans l’article 1er. Cette mention est indispensable et centrale à l’article 1er. C’est vrai que dans un raisonnement juridique, la mention n’a pas de sens ; l’Etat est par définition une institution civile, non religieuse. Mais on est dans un contexte spécial qui nous impose d’être explicite. La formule «Etat civil» a d’ailleurs été inventée par le réformiste musulman Mohamed Abdou, mais les frères musulmans continuent de la refuser; «civil» signifie «laïc» pour eux. 
 

Nous précisons donc : «La Tunisie est un Etat civil, libre, indépendant, souverain, sa religion est l’Islam, sa langue est l’arabe». La raison de cette précision est qu’en 59, elle n’était pas nécessaire; la menace était dirigée contre l’indépendance du pays, alors que ce qui est menacé, aujourd’hui, c’est le caractère civil de l’Etat, même s’il y a visiblement consensus sur cela et pas du tout sur la charia. Il y a consensus sur le caractère civil de l’Etat, sur la liberté et l’indépendance de la Tunisie, sur la souveraineté, sur l’islam et sur l’arabité... Nous proposons qu’on mette tout cela à l’article 1er et qu’on mentionne que cet article n’est pas amendable, plutôt que de mentionner cinq éléments disparates. Dans l’avant-projet, il y a un article qui énumère cinq éléments non amendables, parmi lesquels «l’Islam comme religion de l’Etat». En réalité, c’est une tricherie avec laquelle on casse le consensus de l’article premier de la constitution de 59 sur lequel a été construit l’Etat civil. 
 

 

Il est notamment reproché à ce texte de ne pas faire référence aux droits de l’Homme alors qu’il les mentionne plus d’une fois. Pourquoi? 
 

Parler des droits de l’Homme dans l’absolu ne signifie rien. Aucun régime de la planète aussi dictatorial soit-il ne dit qu’il est contre. Donc le fait de les mentionner sans référentiel ne signifie rien. Sur ce plan, nous avons proposé une disposition claire qui précise : «Les droits de l’Homme dans leur acception universelle et tels que définis par les conventions et les traités internationaux ratifiés». Après, les gouvernements auront toujours la latitude de ne pas ratifier un texte s’ils considèrent qu’il est inacceptable, ou de faire des réserves sur des articles. Mais normalement dans une constitution, la règle générale c’est de s’inscrire dans l’universel. L’exception c’est de refuser certaines dispositions si elles se révèlent contraires à la culture du pays et cela relève du particulier. Donc, la règle c’est d’être dans l’universel et l’exception est d’être dans le particulier et non pas le contraire. Il n’y a aucune raison pour que le citoyen tunisien ait des droits moindres que ceux d’un Français ou d’un Anglais... Nous remarquons que lorsqu’il y a eu des persécutions, les islamistes n’ont pas choisi de se réfugier au Soudan ou en Afghanistan mais ils se sont réfugiés à Paris et à Londres; dans les pays où les droits de l’Homme sont appliqués dans leur acception universelle... 

 Mais, les députés islamistes refusent cette référence, invoquant l’absence de référence à la charia... 

C’est un faux argument parce qu’il n’y a pas de relation entre les deux. Les deux références sont incomparables. Les droits de l’Homme ne sont pas une législation, ce sont des principes d’ordre universel qui sont censés être donnés à la personne humaine en tant que personne humaine. Nous n’avons pas demandé de s’appuyer sur le code français ou le code suisse. Il ne s’agit pas de se référer à une législation mais à des principes de base. Lorsqu’on dit que la personne humaine ne doit pas être torturée, elle ne doit pas l’être quelles que soient sa nationalité, sa religion et sa culture. On ne peut pas comparer un ensemble législatif comme la charia avec un ensemble de principes généraux comme la Charte universelle des droits de l’Homme.

Une autre référence est éludée dans le projet de Constitution : le Code du statut personnel. Pourquoi cette omission et comment y parer ?
 

 Là aussi, on parle des droits de la femme dans l’absolu, ce qui n’est pas suffisant car même les groupes les plus obscurantistes en parlent. D’un autre côté, il y en a qui demandent à constitutionnaliser le Code du statut personnel comme référence à ces droits. Si on passe au vote, les équilibres politiques étant ce qu’ils sont, il y aura une majorité nette qui va refuser cette constitutionnalisation et mener à un blocage. Nous avons proposé une solution médiane qui consiste dans la formule suivante : «Il incombe à l’Etat de protéger les droits de la femme, notamment ceux acquis après l’indépendance». Je travaille depuis trente ans sur les discours islamistes et je les comprends de l’intérieur. La revendication du parti islamiste est de dire qu’il y a des droits antérieurs à l’indépendance. Dans notre formulation, nous reconnaissons implicitement ces droits, mais nous précisons que l’enjeu se rapporte surtout aux droits instaurés après l’indépendance. Le parti Ennahdha ne prend pas position contre le CSP en général mais contre la question de l’adoption. 


Outre la polémique sur la complémentarité, pensez-vous que le texte actuel soit explicite sur l’égalité entre les hommes et les femmes ?
 

L’emploi de la formule «égalité hommes-femmes» a été évité. On explique ce refus par le fait qu’il n’y a pas d’égalité absolue et que les inégalités sont naturelles. Mais, dans une Constitution, nous ne parlons pas d’égalité naturelle. Nous parlons précisément d’égalité juridique. Dans le texte, il y a cette formule vague qui dit : «Tous les citoyens sont égaux en droits et devoirs»... Oui, mais encore faut-il que les droits et les devoirs soient instaurés selon le principe de l’égalité. On peut être égaux devant une loi qui n’est pas égalitaire. Si la loi permet d’avoir un recrutement selon le sexe et les pourcentages, nous serons égaux devant la loi, mais c’est la loi qui ne sera pas égalitaire...
 

Il faut que la formule «égalité hommes-femmes» soit mentionnée. Nous insistons sur l’égalité hommes-femmes en termes d’éducation, de travail... pour qu’on ne vienne pas un jour empêcher les femmes de travailler en raison du chômage, ou bâtir les politiques de recrutement sur la base du sexe et des pourcentages comme cela se fait dans certains pays du Golfe. 
 

Au fond, en évitant de parler d’égalité, ils pensent à la question de l’héritage qui est une exception  et veulent mettre les exceptions au niveau de la constitution. C’est grave que la constitution soit construite sur les exceptions et non sur les principes généraux. 
 

 

L’article 4 continue à faire polémique. Quelles sont ses principales zones d’ombre et comment les dépasser ?
 

Dans le projet on lit : «L’Etat est le protecteur de la religion, le garant de la liberté de croyance et de la pratique des rites religieux, le protecteur de ce qui relève du sacré, le garant de la neutralité des mosquées quant à la propagande partisane». Nous proposons une formule qui pourrait faire l’objet d’un consensus positif. Elle précise d’abord ceci : «L’Etat veille sur les cultes », parce que la religion c’est quelque chose de très vaste avec une grande part d’intime où l’Etat ne doit pas s’ingérer. L’Etat ne doit s’occuper que de l’expression collective de la religion, d’ailleurs aussi bien pour la religion musulmane que pour les religions des minorités. «Protecteur», c’est un mot très fort, comme s’il y avait des croisades, comme si la religion était en état de se défendre. Or, on n’est pas dans une guerre religieuse. Il suffit que l’Etat veille sur le culte. 
 

«L’Etat garantit la liberté de croyance» vient en effet de la constitution de 59. Nous l’avons étudié et en revenant aux débats de la Constituante de l’époque, nous avons trouvé qu’il y avait une divergence entre ceux qui proposaient liberté des religions et ceux qui préféraient l’expression liberté de croyance. Ceux qui proposaient liberté de religions voulaient qu’elle soit définie dans le cadre du monothéisme. Les autres préféraient liberté de conscience pour englober ceux qui n’ont pas de religion. La présence des communistes. Finalement, la constituante de 59 a retenu la formule liberté de croyance qui signifie ce qu’on appelle aujourd’hui liberté de conscience. C’est pour cela que nous proposons d’ajouter «liberté de croyance et de conscience». En fait on ajoute rien mais c’est l’état d’esprit qui a changé. A l’époque, lorsqu’on parlait de liberté de croyance, on comprenait liberté de conscience, ce qui n’est plus évident aujourd’hui. Maintenant, croyance  signifie religion.

Après les nombreux débats qui l’ont entourée, la notion de sacré est quand même retenue avec toutes les possibilités d’interprétation qu’elle implique...
 

On aurait préféré qu’il n’y ait pas du tout d’allusion au sacré dans la constitution. Mais,  pour arriver à un compromis, nous demandons d’ajouter après la disposition «l’Etat protecteur de ce qui relève du sacré» la précision suivante : «Tel que défini par la loi». On ne peut pas laisser aux groupes la définition du sacré. Et puis, contrairement à ce qu’on dit, les lois tunisiennes protégeaient déjà suffisamment le sacré. Dans les lois en vigueur depuis l’indépendance, on considère que l’atteinte au sacré est une atteinte à l’ordre public où l’Etat peut intervenir. Nous avons aussi les lois sur les bonnes mœurs... Malheureusement on veut tromper l’opinion publique et on veut installer un climat de peur pour dire que notre religion et nos valeurs sont menacées. En réalité, il n’y a pas de croisades... Par ailleurs, si l’Etat se charge de protéger le sacré, il doit aussi protéger la personne. Il doit interdire l’atteinte à la personne, au nom de la protection du sacré. Nous proposons alors d’ajouter «L’Etat interdit d’agresser autrui en l’accusant de mécréance».
Au sujet de la neutralité des mosquées, nous demandons de mentionner la propagande politique en général et non seulement la propagande partisane.

 

Dans le projet, on a parlé de neutralité dans l’absolu pour l’administration, pour l’armée... Pourquoi, à propos des mosquées, on change le terme de propagande politique par celui de propagande partisane ? Les mosquées doivent être exemptes de toute propagande !
 

Outre les ambiguïtés et les zones d’ombre, vous critiquez l’usage des termes inappropriés. Quels sont ces termes ?
 

Nous avons une objection particulière sur le terme «Tadafoô». D’abord ce n’est pas un terme juridique, ensuite c’est un terme connoté de violence. En consultant les références absolues en matière de lexicologie arabe, on le définit avec une connotation de violence. Ceux qui l’ont utilisé disent que c’est un terme inspiré du Coran. En vérité, le verset 51 de la sourate «El Baqara» et le verset 40 de la sourate «El Haj» n’évoquent pas une compétition politique mais ils évoquent un combat entre la foi et la mécréance. Projeter une expression utilisée dans le cadre du combat pour la foi sur la constitution et sur la compétition politique qui n’est pas une compétition entre croyants et mécréants, ni entre un parti qui tient seul la vérité et d’autres partis qui sont dans l’erreur, est très grave. Nous avons montré que les grands exégètes depuis Ettabari jusqu’à Fadhel Ben Achour, ont tous été d’accord pour dire que ce terme est lié à un combat pour la foi et pas du tout à une compétition politique. L’esprit de la Constitution et de l’organisation de la compétition politique n’est pas du tout l’esprit des croisades ou du prosélytisme, sinon on ne s’en sortira plus. 
 

Vous relevez aussi l’usage inapproprié de la notion de droit. Quels risques y a-t-il ? 

Dans une constitution, il faut que le terme droit soit employé précisément et exclusivement comme terme juridique. Sinon on risque la banalisation et le nivellement par le bas des droits. Si on met sur un même niveau les droits de l’Homme et le «droit au mariage», comme on peut le lire dans le texte, on fait une grave erreur. S’il y a atteinte aux droits de l’Homme, on va devant les tribunaux, si on n’arrive pas à trouver partenaire, on ne peut pas aller devant le tribunal administratif et astreindre l’Etat à nous marier... Ce serait une aberration juridique... lapresse.tn

 


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Des leçons tunisiennes

Le leader du mouvement islamique Ennahda en Tunisie semblait être très sûr de lui-même en affirmant que le différend constitutionnel égyptien actuel ne se répétera pas en Tunisie.

Rached Ghannouchi ne craint donc pas un conflit autour de la Constitution, alors que l’assemblée nationale constituante travaille sur son projet depuis plus d’un an. Selon Ghannouchi, les différends autour du projet seront réglés de manière consensuelle.


Cependant, certains de ces différends suscitent des polémiques bruyantes.

Ghannouchi n’aurait pas pu être certain de l’avenir de la voie constitutionnelle de son pays si ses collègues qui dirigent Ennahda n’avaient pas adopté depuis le début une méthode consensuelle malgré les pressions exercées par certains secteurs dans le mouvement pour s’accaparer de la situation.


C’est pourquoi l’expérience tunisienne dans la rédaction de la Constitution mérite d’être observée surtout que c’est en Tunisie que l’étincelle du Printemps arabe a eu lieu pour atteindre ensuite l’Egypte. 3 leçons importantes concernant l’entente nationale, le dialogue social et la charia peuvent être observées sur la scène tunisienne.


La Tunisie a entamé la rédaction de sa nouvelle Constitution dans un climat d’entente entre les forces islamiste, libérale et gauchiste. Cette entente a donc permis au conseil élu en 2011 d’élaborer le projet de Constitution et d’assumer en même temps le rôle du Parlement pendant un an, avant d’organiser des élections parlementaires. C’est pourquoi il n’était pas inquiétant qu’Ennahda obtienne la majorité des sièges de l’assemblée nationale constituante, bien que le mouvement ait pu s’allier avec un petit parti ou quelques indépendants afin de s’accaparer de l’Etat et du processus de rédaction de la Constitution. Or, le mouvement a tenu à instaure une entente nationale tripartite, se contentant de présider le gouvernement alors que la présidence de la République et celle de l’assemblée ont été du ressort de 2 autres partis, l’un libéral et l’autre gauchiste.


Cette entente a réalisé un climat favorable au processus de rédaction du projet de Constitution malgré la tension politique et sociale qui n’a pas atteint le niveau égyptien. Cette entente a protégé l’assemblée contre l’attaque et les pressions exercées par d’autres partis salafistes et libéraux. C’est une leçon importante qui assure l’importance de l’entente nationale pour toute démocratie naissante surtout en ce qui concerne sa structure constitutionnelle.


C’est grâce à cette entente que l’assemblée constituante en Tunisie a élaboré un agenda permettant non seulement de discuter de chaque article, mais aussi d’entamer un dialogue social sous le nom de « campagne nationale pour la connaissance de la Constitution ». L’assemblée tient à prolonger son travail pour garantir le maximum de dialogue social et a pris au sérieux ses possibles conséquences.


C’est ainsi que l’assemblée ne semble pas s’engager dans une course contre la montre pour assumer cette grande mission nationale. C’est pour cela que quand le délai a été atteint en octobre dernier, l’assemblée a demandé au président de la République de le prolonger de 6 mois. Et cela, sans craindre d’être attaquée puisque l’entente lui a procuré un soutien populaire. C’est là que réside la valeur réelle de l’entente qui garantit les facteurs nécessaires à l’action nationale dans les conditions difficiles qui accompagnent les étapes transitoires de l’histoire des peuples.


Dans ce climat d’entente, il était alors facile d’aller au-delà des grands différends idéologiques ou de les régler dans la tolérance. Ainsi, la question de la relation entre l’Etat et la religion n’a pas été sujette à différends dans l’assemblée constituante et la direction d’Ennahda a traité cette question dans l’esprit réel de l’islam, sans faire de la charia un sujet de propagande électorale ou politique. Et ce bien que des forces salafistes et des groupes extrémistes tentent d’impliquer le parti dans cette question.


C’est ainsi que le projet de Constitution tunisienne s’est limité à la détermination de l’identité de l’Etat dans le premier chapitre portant sur les principes généraux, stipulant que la Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, dont l’islam est la religion et l’arabe la langue. Et l’article 4 stipule que l’Etat protège la religion, garantit la liberté de croyance et de pratiques religieuses ainsi que l’intégralité des lieux de culte.

 

Comme il est noble cet Etat qui croit en l’islam et protège les autres religions et croyances en garantissant à leurs adeptes les pratiques religieuses sans aucune discrimination ! Et ce, tout en étant parfaitement conscient du caractère sacré des lieux de prière, en les éloignant de tout ce qui peut leur nuire, en particulier la propagande politique. Et encore une fois dans le chapitre des droits et libertés, le projet de Constitution assure la liberté de croyance et de pratiques religieuses.


A la lumière de cette compréhension noble de la charia, le projet de Constitution comprend de grands textes concernant les droits et libertés comme la protection des droits de la femme considérée comme un partenaire réel de l’homme dans la construction de la patrie. De plus, le projet stipule l’égalité des chances entre l’homme et la femme quant à toutes les responsabilités, tout en éliminant les formes de discrimination contre la femme. Ceux qui ont rédigé la Constitution et qui sont dans leur majorité des islamistes n’ont pas oublié de garantir le droit des citoyens à la diversité culturelle. Alors que nous vivons une crise réelle, il est important d’observer ces leçons constitutionnelles qui pourront nous servir demain si nous ne pouvons pas en profiter aujourd’hui. hebdo.ahram

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