Samedi 14 janvier 6 14 /01 /Jan 18:27

Vous avez dit «Révolution de la dignité et des libertés» ? 

 

Montée du Salafisme et silence du gouvernement

Un citoyen dénonce Al Jazeera et Qatar

Les blessés de Kasserine, un an après

          Le point de vue des citoyens ... 


 


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    Un an après la révolution, nos libertés sont de plus en plus entravées

 

par Khedija Arfaoui 

 

LE PLUS. Les Tunisiens fêtent un anniversaire placé sous le signe du désarroi et de l'inquiétude. Un an après la révolution, Khedija Arfaoui, partisane d’un islam du for intérieur, exprime de sérieux doutes quant au nouveau pouvoir en place.

 

 

La révolution en Tunisie a eu lieu pour deux raisons essentielles : pour combattre la pauvreté et pour défendre nos libertés muselées sous la dictature.


Or, que sommes-nous en train de voir ? Tous les jours, nos libertés sont muselées davantage et d’une manière de plus en plus inquiétante. On en confond par exemple juifs et Israéliens sionistes, en permettant ce qui s’est passé à l’aéroport de Tunis-Carthage à l’arrivée du dirigeant du Hamas, sans le condamner.


 


Nos dirigeants sont en train de se comporter comme s'ils se vengeaient de leurs souffrances sous le régime Ben Ali, et même sous celui de Bourguiba. Ils nous traitent comme leurs ennemis. Ils ne réalisent pas qu'ils sont en train de se tromper de porte.

 

Leur haine de l'Ancien régime devrait davantage se focaliser sur un retour de Ben Ali, de sa femme et de ses gendres, afin qu'ils soient jugés. Et ils devraient mettre tous leurs efforts dans la relance économique du pays.

 

Ils n'ont pas le monopole de la souffrance

 

Or, que se passe-t-il ? Ils créent d'autres problèmes qui paralysent encore plus le pays. Je voudrais rappeler que nos nouveaux dirigeants ne sont pas les seuls à avoir souffert. Nous sommes nombreux à avoir souffert, à des degrés divers.

 

J'ai été moi-même victime de l’arbitraire (1), certains sont morts. Et je voudrais rappeler, par exemple, l’avocate féministe Radhia Nasraoui et son mari communiste Hamma Hammami qui ont souffert de coups et blessures et de prison, pour ne citer que ceux-là. Je crois tout à fait les déclarations de notre nouveau ministre de l'Enseignement supérieur quand il nous raconte ce qu'il a souffert sous la dictature.

 

Mais la Tunisie devrait-elle payer pour cela ?

 

Car au lieu de parer au plus pressé (l'emploi, la pauvreté, comme me disait une femme de ménage − "je suis pauvre, mais je ne savais pas qu'il existait tant de pauvreté chez nous"), nos dirigeants ont créé des drames qui nous enlisent davantage et qui font fuir les Tunisiens et les étrangers. Nous avons besoin de sécurité et pas de police des mœurs.


Le Nikab ? Mais c'est une histoire ridicule ! On arrête un couple et on veut les mettre en prison pour "nettoyer le pays des gens qui boivent de l'alcool", on laisse des gens agresser physiquement le doyen et les enseignants d'une université dont nous sommes fiers sans punir les agresseurs, et on en rend le doyen responsable... Où va-t-on ?


J’ai cru que l’on pouvait joindre "islam et démocratie", j’y ai cru.

 

Parce que je suis musulmane. Mon islam est en moi, j’ai grandi avec et je mourrai avec. Mais l’islam qu’ils nous imposent aujourd’hui est un islam qui n’apporte que la mort et le deuil.

 

 

Arrêtons de parler religion !

 

Je rejoins le savant Mohamed Talbi qui n’a cessé de dire que l’on ne pouvait faire confiance à Ennahdha parce que les Nahdhaoui, et, à leur tête, Rached Ghanouchi, ne sont pas démocrates. Je ne veux plus entendre parler de religion.

 

Je voudrais que nos gouvernants se concentrent sur les problèmes économiques et sociaux et qu’ils arrêtent de nous empoisonner l’existence avec leurs questions d’obligations religieuses. La religion étant une histoire personnelle et privée, ils n’ont pas à l’imposer au public.


Sinon, que se passe-t-il et que se passera-t-il ? Le nombre d’ennemis de ce gouvernement ne va cesser de croître, et la déstabilisation va mettre le pays à genoux, plus encore qu’il ne l’est déjà aujourd’hui.


L’histoire est un éternel recommencement. Il faut relire l’histoire des religions, toutes les religions, l’histoire de l’humanité. Personne n’est spécial. Nous sommes tous humains. Pour sauver le pays, il faut arrêter ce manège, ne pas toucher aux libertés et se concentrer sur les problèmes essentiels : chômage, pauvreté, misère, maladies…

 

Je suis malheureuse, et je ne suis pas la seule. La révolution a-t-elle été faite pour rendre le peuple tunisien malheureux ? Ou bien a-t-elle été réalisée pour le libérer ?

 

 


(1) Khedija Arfaoui avait été condamnée en 2009 pour diffusion de fausses nouvelles sur Facebook à huit mois de prison ferme, 
http://nawaat.org/portail/2009/07/20/communique-soutien-madame-khedija-arfaoui-2/

 

source http://leplus.nouvelobs

 

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  Les ambivalences du 14 janvier, de Bouazizi au Qatar (1/2)


 


Place du 14 janvier. Ex-place du 7 novembre 1987. (Thierry Brésillon)

Commencée par l'immolation du jeune Bouazizi, à Sidi Bouzid, le 17 décembre, la révolution tunisienne est célébrée ce 14 janvier, jour du départ de Ben Ali, institutionnalisée comme « le jour de la jeunesse et de la révolution ».

La journée a inauguré une ère nouvelle. Mais pas forcément celle à laquelle aspiraient les Tunisiens descendus dans la rue, entre le 17 décembre et les folles journées de janvier.

1. Le 14 janvier, une journée des dupes

Le départ de Ben Ali au soir du 14 janvier a été indiscutablement la transgression politique qui a signifié aux yeux de tous les pays et de tous les dirigeants du monde arabe et au-delà, qu'aussi verrouillé soit-il, aucun régime ne pouvait s'appuyer indéfiniment sur le mensonge et la répression.

Mais au-delà de cette valeur symbolique, que s'est-il joué réellement le 14 janvier ? Une foule s'est rassemblée devant le Ministère de l'Intérieur pour crier « Dégage ! ». La famille Trabelsi a essayé de quitter le pays avant d'être arrêtée. Ben Ali qui accompagnait sa famille à l'aéroport est finalement monté dans l'avion qui les conduisait en Arabie saoudite, mais avec la ferme intention de revenir. Le soir, le Premier ministre annonçait qu'il assurait l'intérim durant l'absence du Chef de l'Etat. Dans la nuit, la situation a basculé et le lendemain la possibilité de son retour s'éloignait.

Le travail d'investigation n'a pas fini de révéler le jeu occulte qui s'est déroulé dans ce laps de temps. Et dans les jours qui ont suivi tout aussi déterminants.

Mais les événements du 14 janvier relèvent probablement plus d'une lutte pour le pouvoir entre différents secteurs de l'Etat à la faveur d'un soulèvement populaire, que d'une révolution démocratique. Alors que l'avant-scène était occupée par les manifestations dans la rue, l'intrigue se nouait entre les différents services de police, la Garde présidentielle, l'armée, le parti au pouvoir, les autorités politiques, mis sous pression par des deux semaines d'agitation sociale, sans parler de possibles influences extérieures.

Son dénouement a scellé le sort de Ben Ali et de la famille de Leïla Trabelsi. La vacance de pouvoir a laissé, par défaut, la place à une transition démocratique.

Mais le départ de Ben Ali et du clan qui s'était greffé sur l'Etat pour parasiter l'économie, laissait tout le système intact.

2. Ni la fin, ni le début


Le jour se lève sur l'avenue Habib Bourguiba. (Thierry Brésillon)

En ce sens, le 14 janvier n'est ni la fin de la révolution, si l'on entend par là une transformation des cadres politiques, économiques, sociaux, culturels… C'est plutôt le début de la possibilité d'un processus transformation.

Ni le début de la révolution, si le terme désigne le soulèvement qui conduit à la chute du régime. Le premier acte de la subversion est le soulèvement du bassin minier en janvier 2008, encadré par les syndicalistes de base d'opposition. Le second, est l'insurrection à partir du 17 décembre et l'immolation de Bouazizi, de jeunes sans perspective, encadrés par des syndicalistes et des avocats qui, instruits par l'échec du mouvement de 2008, se sont tenus cette fois en retrait.

C'est le basculement de l'UGTT à partir du 12 janvier, à Sfax, qui va sceller la jonction entre une protestation principalement économique et sociale, et l'opposition politique de la classe moyenne de la capitale.

Le 14 janvier constitue donc un symbole ambigu. La récupération du soulèvement par le dernier acteur entré en scène et un mythe commode pour occulter tout ce qui s'est noué derrière l'apparence d'une rupture.

La force du mythe a toutefois créé la possibilité de cette rupture. Mais seules l'ampleur du travail des différents acteurs sociaux et l'évolution des rapports de force détermineront la profondeur et l'orientation de cette « révolution ».

3. La révolution économique n'a pas eu lieu

La dimension économique et sociale de l'échec du système Ben Ali et du soulèvement n'a échappé à personne : le chômage massif des jeunes, l'inégalité du développement régional, le poids d'une bureaucratie centralisée sur une économie sur-administrée, la dépendance à l'égard d'une intégration industrielle en bas de l'échelle de spécialisation, la précarisation du travail salarié pour garantir la compétitivité de la Tunisie moyennant des salaires de misère (parfois 40 euros par mois dans les cas les plus extrêmes), la prééminence d'une activité touristique structurellement déficitaire dont dépend plus ou moins directement 30 % de la population, le dumping écologique qui conduit à des catastrophes environnementales ou sanitaires comme dans le golfe de Gabès, dévasté par l'industrie chimique, ou le bassin minier d'où extrait le phosphate…

Or, aucune transformation structurelle de cette donne économique n'a été sérieusement élaborée. Le système dit de la « mounawala » (l'externalisation d'activités de service telles que l'entretien, la sécurité… ), a été supprimé dans le secteur public. Les salaires ont été globalement augmentés en moyenne de 15 %. Le rééquilibrage du développement en faveur des régions de l'intérieur est un passage obligé de tout discours économique, mais rien n'a encore été véritablement lancé.

Pour le reste, toute l'attention est focalisée sur la nécessité d'attirer, sinon de retenir, les investisseurs, sans les dissuader en leur imposant des conditions sociales ou des contraintes fiscales ou écologiques nouvelles. La campagne électorale n'a donné lieu à aucun débat économique sérieux.

La fin de la prédation du clan Trabelsi, la moralisation, le recours aux produits de la finance islamique ou la création d'un fonds social financé la zaakat (l'aumône), paraissent très en deçà de la profondeur de la réflexion à mener, tant à l'échelle nationale, qu'à l'échelle locale, pour sortir de la grande pauvreté les 25 % de Tunisiens qui en souffrent et offrir une perspective aux 800 000 chômeurs déclarés.

4. Une révolution conservatrice

Les icônes libertaires et mondialisées de la révolution tunisienne ont rapidement cédé le rôle principal à une société conservatrice. Dans le contexte tunisien, des décennies de dictature ont associé la modernité à l'oppression, les classes les plus intégrées dans cette modernité aux couleurs occidentales, à l'élite privilégiée du régime.

La libération a ouvert les vannes au retour d'un traditionalisme refoulé. D'autant plus fort, que l'identité arabo-musulmane, victimisée par la guerre en Irak, le conflit israélo-palestinien, devenue le paria de l'ordre international depuis le 11 septembre, est surchargée d'affect.

Pour aller plus loin dans la profondeur historique, on peut voir dans les énergies libérées par la levée du carcan autoritaire, la revanche des perdants de 1956, face à la conception moderniste de Bourguiba : les théologiens de l'Université de la Zitouna, les nationalistes arabes, les tribus, les régions de l'intérieur…

Mais cette revanche, ce repli identitaire, sont reformulés par l'islamisme politique.

5. L'orientalisation de l'identité tunisienne

Le retour à l'identité, que Moncef Marzouki a voulu symboliser par le port d'un burnous (une cape en laine) sur son costume, par l'allusion au fait que les vœux de la nouvelle année n'appartiennent pas aux traditions arabo-islamiques (alors qu'il s'agit pourtant d'une habitude sociale répandue en Tunisie), et un discours de rupture à l'égard de la francophonie, fait curieusement l'impasse sur les sources tunisienne de l'identité nationale.

A commencer par Kheireddine Pacha, porteur d'un projet national et ouvert (il a créé par exemple les premiers établissements scolaires où l'on apprenait les langues étrangères).

Ou encore le théologien Tahar Haddad, qui a théorisé la possibilité d'une réinterprétation des normes islamiques dans le contexte des sociétés modernes, exclu par l'université de la Zitouna, et violemment rejeté aujourd'hui par la nouvelle génération qui lui préfère des thèses importées des pays du Golfe. Entre autres pour les plus médiatiques d'entre elles, le prédicateur Youssef el-Qaradhawi, dont la pensée est largement diffusée par la chaine qatarie Al Jazeera.

Le parcours saoudien du nouveau ministre des Affaires religieuses est un des signes de l'orientalisation de l'islam tunisien.

Et s'il faut parler de détournement de la révolution, c'est sans doute davantage de cette récupération d'un repli identitaire au profit d'une entreprise de domination de l'islam sunnite par des sources extérieures, que de l'islamisme politique qu'il faudrait parler.

6. La qatarisation du monde arabe

Au chapitre des influences extérieures, celle du Qatar semble écrasante. Considéré (sans élément comptable probant) comme l'un des principaux financiers de la campagne du parti Ennahdha, le Qatar est en train de développer un rayonnement diplomatique stupéfiant.

C'est le premier pays dans lequel s'est rendu le leader du parti islamiste, Rached Ghannouchi, au lendemain des élections. Invité aux festivités du 14 janvier, l'émir du Qatar est arrivé la hôte remplie de promesses d'investissement.

A quoi correspond cet activisme international d'un pays dont la superficie (11 000 km²) n'égale pas l'Ile-de-France ?

A fournir aux jeunes générations des pays arabes, un horizon qui leur permette d'échapper à l'alternative Occident/jihadisme, à diluer leur frustration et leur rébellion dans une modernité consumériste et arabe, à contenir l'influence de l'islam salafiste et anti-occidental.

S'il fallait un seul indice pour étayer cette idée, c'est le choix du Qatar pour organiser la Coupe du monde football en 2022. Qu'est-ce qui peut, mieux que le foot, catalyser la passion des jeunes ?


Manifestation, le 13 janvier 2012, contre la présence du Qatar aux festivités du 14 janvier (Thierry Brésillon)

La révolution tunisienne a ouvert la possibilité à cette influence de s'exercer par le biais du parti le plus présent dans la société et bientôt dans les rouages du pouvoir. De là à dire qu'elle s'inscrit dans un vaste dessein de domestication du monde arabe, il y a un pas que beaucoup franchissent sans hésiter.

 

 

 

 

 

source rue89

 

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Des milliers de personnes sont rassemblées le 14 janvier 2012, avenue Bourguiba à Tunis. Des milliers de personnes sont rassemblées le 14 janvier 2012, avenue Bourguiba à Tunis. © AFP

Le premier anniversaire de la révolution tunisienne se déroule sous haute tension. Malgré les avancées démocratiques, le ras le bol général se fait sentir en Tunisie, sur fond de divisions politiques et politiciennes.

Acquis indéniable de la révolution, la Tunisie a été le premier pays arabe a entrer en démocratie. Mais un an après la chute de la dictature de Ben Ali, la plupart des Tunisiens n'ont pas vraiment le cœur à la fête. Avec une situation économique critique, le nouveau gouvernement, issu des urnes est confronté aux revendications des régions intérieures du pays en matière de réduction de la fracture sociale et de plein emploi. Kasserine, Thala, Sidi Bouzid, ou Gafsa ne veulent plus de promesses et somment l’exécutif de leur répondre par des actions à effets immédiats.


Le Premier ministre Hamadi Jebali, lors de son discours d’investiture avait annoncé 600 000 emplois d’ici à 2015, mais la relance de la machine économique reste tributaire du retour au calme dans les régions. « Annoncer une croissance de 4,5 % alors que les indicateurs économiques sont en chute libre et que les effets de la crise mondiale se font sentir est imprudent », souligne Olfa Arem, vice présidente de l’association « Engagement citoyen » qui travaille sur le développement durable des régions tunisiennes.


 

Confusion


Autre motif d'inquiétude pour les Tunisiens : la confusion semée dans les esprits par une nouveauté démocratique, le pluralisme politique. Le lent démarrage des travaux de l’Assemblée Constituante, élue depuis le 23 octobre, inquiète la société civile qui tient à ce que la rédaction de la Constitution n’excède pas une année comme prévu, tandis qu’une partie de l’opinion publique est critique à l’encontre du gouvernement, composé principalement par des membres du parti islamiste Ennahdha, majoritaire aux élections, mais aussi du Congrès pour la république (du président tunisien Moncef Marzouki) et d'Ettakatol (du président de l'Assemblée nationale Mustapha ben Jaafar).


Nombreux sont ceux qui accusent l'exécutif d’être partisan et de confondre activisme et action gouvernementale. L’apprentissage de la gouvernance ne se fait pas sans mal et les maladresses sont légions. On reproche notamment au gouvernement de ne pas prendre de décisions fermes face à l’émergence de groupuscules islamistes dans l’espace public ; de n’avoir pas statué sur le blocage, depuis six semaines, de la faculté de la Manouba par des salafistes exigeant l’autorisation du port du niqab ; et de n’avoir reconnu l’existence d’un fief salafiste, à Sejnane, au nord du pays, seulement après que la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et la presse aient dénoncé les agressions de dizaines de citoyens.


 

Indépendance des médias


Outre la question salafiste, on suspecte le gouvernement de tenter de dépasser ses prérogatives et de réduire l'indépendance des médias publics en nommant non seulement de nouveaux directeurs mais aussi des rédacteurs en chef. La police et les magistrats sont également mécontents. Au moment où ils amorcent la mise en œuvre de leurs réformes, les autorités font planer le doute quant à leur probité. Les forces de l'ordre n'acceptent pas par exemple le limogeage du colonel Moncef Lajimi, en charge des brigades d'intervention spéciales, et les magistrats refusent d'être taxés de laxisme après avoir relâché, faute de preuves, les auteurs supposés du saccage du siège du Gouvernorat de Jendouba, le 3 janvier.


Chacun manifeste sa colère dans la rue, mais les tensions sont fortement exacerbées par la présence du service d’ordre d’Ennahdha lors des manifestations. « Où sont les forces de l’ordre républicaines ? Cette milice n’a pas à intervenir contre les manifestants », fustigent régulièrement les membres de la société civile. Mais l'opinion publique s'inquiète surtout d'un exécutif censé accompagner les travaux de la Constituante et qui se revendique de la légitimité des urnes pour entamer des programmes qui ressemblent plus à des plans quinquennaux qu'à une politique d'urgence à durée limitée.


En coulisses, les opposants estiment cependant que le Gouvernement montre des signes de faiblesses en ne prenant pas position sur la question salafiste, ou en multipliant les ballons d'essai et en se rétractant sur de nombreux sujets. La bonne entente entre les trois partis alliés à la tête de l'État semble en outre n'être qu'apparente. « Pour être crédible, une certaine cohérence est nécessaire ainsi que de la fermeté », fustige par exemple un membre du Congrès pour la république (CPR).
 

 

par Frida Dahmani, à Tunis

 

source jeuneafrique


 

 

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Parole aux partis ..

 

 

Partis et société civile

 

 

 


 

 

Néziha Rejiba, alias Om Zied (journaliste opposante à Ben Ali et membre du CPR) : «Des avancées remarquables, mais tout n’est pas rose»



Le plus grand acquis de la révolution est incontestablement le départ de Ben Ali et de la mafia qui l’entourait. L’autre motif de satisfaction concerne la fin de la peur légendaire qui caractérisait naguère le Tunisien. Des avancées remarquables ont été aussi enregistrées dans le domaine des libertés publiques. Le gouvernement ne réprime plus les journalistes et la Tunisie est devenue championne mondiale en termes de nombre de partis politiques et d’associations. Le pays a, par ailleurs, connu des élections plus ou moins correctes, ce qui constitue une première dans le monde arabe.

 

Toutefois, tout n’est pas rose. Sur le plan économique, rien n’a pratiquement changé. Et c’est là que le bât blesse. L’histoire montre que plusieurs révolutions ont été avortées en raison de la détérioration de la situation économique.

 

 L’Etat de droit et des institutions tarde aussi à se mettre en place. Sans verser dans le pessimisme, je constate qu’un autre parti est en train de quadriller le pays et de noyauter l’administration, les corps sécuritaires et les médias.

 

Les récentes nominations à la tête des médias publics montrent, d’autre part, que le gouvernement cherche à museler les médias qui commencent à peine à découvrir la liberté d’expression.

La Tunisie ne semble pas, par ailleurs, maîtresse de son destin. D’autant plus que le gouvernement a tendance à se plier aux diktats de certains pays du Golfe ou des Etats-Unis.


Malgré tous ces indices qui n’augurent rien de bon, je reste optimiste. Cette révolution ne peut pas être récupérée par un seul parti d’autant qu’elle appartient à l’ensemble du peuple tunisien. Et ce peuple qui a brisé le mur de la peur saura protéger sa révolution.

W.K

        

 

 

Hamma Hammami (secrétaire général du Parti Communiste ouvrier de Tunisie) : «La révolution est encore à mi-parcours»


Le peuple tunisien a réussi à faire plier un régime policier, à reprendre sa liberté et à imposer le principe de l’élection d’une Assemblée constituante chargée de jeter les fondements de la deuxième République. C’est là un grand pas. Mais la révolution est encore à mi-parcours. Les libertés arrachées au prix fort ne sont pas encore institutionnalisées et la démocratie reste à construire.


Sur le plan économique et social, le peuple ressent une grande frustration. Ses aspirations tardent à se concrétiser. La troïka n’a pas encore donné des signes rassurants. Bien au contraire, beaucoup d’indices poussent au pessimisme et laissent croire que la confiscation de la révolution est très probable. Les propos rassurants ont été jusqu’ici adressés aux détenteurs des capitaux locaux et étrangers. Le peuple a été, quant à lui, appelé à serrer la ceinture et à faire davantage de sacrifices malgré la détérioration de son pouvoir d’achat et l’explosion du chômage.


Sur le plan politique, la loi portant organisation des pouvoirs publics qu’on appelle également « petite Constitution» laisse croire que la « grande Constitution » ne sera pas démocratique.

Le parti islamiste Ennahdha a aussi commencé son travail de sape à harceler les médias, ce qui constitue une grande menace pour la liberté d’expression.

L’apparition de milices proches d’Ennahdha s’employant à faire taire les voix discordantes et terrifier les adversaires politique du parti représente, quant à elle, une menace pour l’ensemble du processus de transition démocratique.


Au niveau de la politique étrangère tunisienne, on remarque l’attachement d’Ennahdha à porter l’émir du Qatar au pinacle. C’est pourquoi, nous appelons le peuple à être plus vigilant, et à défendre sa révolution.

Contrairement à ce que vient d’annoncer Rached Ghannouchi, cette révolution est l’œuvre du peuple tunisien et non pas celle des islamistes. Tout au long des protestations qui ont conduit à la fuite de Ben Ali, nous n’avons entendu aucun slogan islamiste. Les membres d’Ennahdha n’ont pas été également visibles dans les rangs des manifestants qui ont bravé courageusement la terrifiante machine de répression de l’ancien régime.

W.K

       

 

 

Abdessattar Ben Moussa, président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme : «Si l’Etat n’assume pas ses responsabilités, la situation actuelle va empirer»


 «L’Etat doit assumer ses responsabilités autrement la situation dans laquelle nous sommes va empirer. J’ai été dernièrement à Sejnane et ce n’est qu’un exemple qui montre que la question sécuritaire n’est pas encore au beau fixe. Il faut dire qu’il n’est pas question de l’instauration d’un califat mais il est une minorité qui veut faire la loi. Les groupes qu’on appelle “Amr bil maarouf Nahy ala monkar’’ veulent faire la loi alors que l’Etat en est le garant. Ces gens partent en patrouilles tous les soirs pour traquer ceux qui n’observent pas un comportement décent. Ils utilisent un ancien siège de la CNSS délaissé et délabré comme un lieu où ils prononcent leur verdict. Mais c’est complètement aberrant. Le problème est celui de la sécurité qui est quasiment absente. Ce phénomène dérange énormément car il y va des libertés individuelles des uns et des autres.


Les autorités nous ont parlé d’un sit-in au siège de la délégation. On y était. Avez-vous jamais vu un sit-in de salafistes au siège de la délégation ? On passe. On a voulu faire comprendre à l’opinion publique que le problème est uniquement un problème de chômage. Par ailleurs il en est un. Car dans cette région riche en ressources naturelles, on enregistre 54% de taux de chômage et 80% de la population est pauvre.

Nos problèmes actuels reviennent au développement régional que l’Etat doit traiter sérieusement car les régions longtemps mises entre parenthèses réclament aujourd’hui leur droit à une vie digne et libre également. »

M.B.G.

       

 

 

 

Ajmi Lourimi, membre du bureau politique d’Ennahdha : «Consensus établi, mais pas encore suffisant»


 «Nous vivons une période transitoire pour mettre les bases d’une expérience démocratique qui est loin d’être une sinécure. Nous avons commencé par l’organisation d’élections transparentes, libres et démocratiques. Il faut continuer sur cette même lancée car on est encore au début. Je crois que le consensus est déjà établi entre les différents acteurs politiques. Mais ce n’est pas suffisant. Le but étant de fonder un échiquier politique avec de grands partis politiques. La grandeur se mesure par la grandeur des idées et des projets et non pas au niveau de l’effectif ou des moyens dont on dispose. Nous avons besoin d’une véritable pluralité politique et d’instaurer le principe de la succession pacifique au pouvoir. Cela dit nous avons besoin d’une opposition responsable qui suit et contrôle la vie politique tout en présentant des projets alternatifs. On doit comprendre que l’opposition n’est pas un crime. Le citoyen doit être rassuré par ailleurs en montrant que l’Etat est responsable et qu’il veille à sa sécurité et à ce que nos principes nationaux soient respectés. Quant à ce que vous appelez la tournure que prennent certaines manifestations je peux vous dire que le Cheikh Rached lui-même n’a pas apprécié de voir se produire des contre-manifs. Selon lui les citoyens ont le droit de manifester leur mécontentement vis-à-vis du gouvernement et de le critiquer comme bon leur semble sans qu’ils soient intimidés.


Pour ce qui est de l’instauration du Califat à Sejnane, il n’en est aucunement le cas. Ce n’est pas un problème de salafistes encore moins de wahabistes. C’est un groupe de jeunes en chômage qui observent un sit-in au bureau même du délégué. Il y eut peut être un accrochage entre un vendeur de produits alcoolisés et des jeunes conservateurs. Nous refusons l’instauration d’un Etat dans l’Etat. Personne n’est au-dessus de la loi et personne n’est sous la tutelle d’un autre. Pour le Niqab je peux vous dire que la question a revêtu une grande ampleur alors qu’il s’agissait d’une question qui opposait l’administration à deux étudiantes mounaqabett sur les 5000 étudiants inscrits à la faculté. Les deux étudiantes ont été soutenues par des jeunes salafistes et se sont livrées à un bras de fer avec le doyen qui est du pôle. Le problème est devenu politique. Nous ne défendons pas un modèle social qui encourage au port du Niqab car ce dernier n’est pas une prescription islamique mais il fait partie des libertés individuelles des uns et des autres qui peuvent s’habiller comme bon leur semble. Ces jeunes dames ont le droit d’étudier mais elles doivent révéler leur identité quand on la leur demande. Il s’agit de règlement administratif à respecter.»

M.B.G.

    

 

 

Mondher Cherni, secrétaire général de l’Organisation de Lutte contre la Torture : «La torture existe toujours; même après la Révolution»


La Révolution tunisienne a été basée sur deux principes : la liberté et la dignité. Elle a en fait, permis de réaliser des élections qui ont donné lieu au Conseil National de la Constituante et au gouvernement. Mais, il faut dire qu’un an après, le peuple n’arrive pas à décrypter et à comprendre convenablement le paysage politique.

Par ailleurs, aucune évolution n’a été enregistrée dans le domaine de l’économie ou celui social. Au contraire, les chiffres et les statistiques restent inquiétants à ce sujet : hausse des prix, augmentation du taux de chômage et de la pauvreté. Ces problèmes sont plus palpables dans les régions où, l’on enregistre une régression au niveau des services socio-économiques ainsi qu’une évolution de la pauvreté et du chômage. Nous n’avons d’ailleurs, remarqué aucun changement en termes de travail dans les chantiers. C’est une atteinte à la dignité alors que le droit au travail était parmi les principales demandes exprimées lors de la Révolution.

Autre volet où nous n’avons enregistré aucun progrès, la situation de la femme dans les régions. Les veuves et les divorcées vivent dans des conditions sociales précaires. Mais elles restent tout de même dignes et font face aux dépassements enregistrés par l’armée à Thala lors de l’arrestation de leur progéniture suite aux événements survenus le 23 novembre.


Quant aux réformes tant attendues par les citoyens et qui doivent être introduites dans l’administration, la police, les médias… elles tardent à venir. Les dernières nominations et les déclarations ne vont pas avec l’esprit de la Révolution. Ce n’est pas tout, nous avons enregistré la poursuite des agressions, des violations et de la torture. Le rapport publié par l’Organisation de Lutte contre la Torture intitulé « La torture s’est poursuivie après la Révolution » donne une idée sur ces pratiques jusqu’au mois de septembre 2011. Autre constat soulevé, est qu’aucune réforme n’a été introduite au niveau du système de la police et des lois qui protègent les citoyens. Tous les gouvernements ont adopté les mêmes pratiques que celles exercées par l’ancien régime. Ils ont d’ailleurs, refusé d’examiner les dossiers relatifs à la violation des droits de l’Homme.

Par ailleurs, le gouvernement doit être conscient que les orientations économiques et sociales seront les grands défis à relever. Il est impossible d’instaurer la démocratie sans une répartition équitable des richesses et sans équité sociale et que toutes les réformes échoueront avec la régression des services sociaux et l’augmentation du taux de chômage et de la pauvreté. Le président de la République a demandé au peuple un armistice. Le peuple le demande également. Il faut arrêter la hausse des prix tout en introduisant des réformes sur les impôts. Les riches doivent assumer leur rôle pour instaurer ainsi l’équité sociale.


Toujours dans le même cadre, l’Etat ne doit pas se désengager totalement des investissements. Au contraire il doit investir davantage tout en consolidant les secteurs stratégiques sur lesquels se base l’économie nationale. Une politique économique qui se base sur la privatisation ou les investissements étrangers ne peut pas résoudre les problèmes qui se posent dans le pays. Au contraire, elle est fragile car elle dépend de l’étranger. Je lance ainsi un appel pour préserver les secteurs stratégiques de notre économie tout en limitant la privatisation des secteurs vitaux : l’éducation, la santé, l’électricité…

M.M

   

 

 

Abderrahmane Hédhili, président du Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux :  «Au niveau socio-économiques les grands dossiers n’ont pas été traités sérieusement»


Un an après la Révolution, aucun progrès n’a été réalisé au niveau socio-économique qui était d’ailleurs, la dynamo de cette Révolution. Les grands dossiers n’ont pas été examinés sérieusement par les gouvernements qui se sont succédé. Ils ne lancent pas toujours un vrai débat à propos des grandes questions ayant trait aux jeunes émigrés en Italie, aux disparus et ceux qui sont arrêtés dans les centres de détention à Lampedusa. Idem pour les conditions du travail des jeunes dans les chantiers. Aucun débat n’a été entamé sur le mécanisme 16 et les problèmes qui se posent dans le bassin minier. Nous n’avons enregistré aucune négociation de qualité à propos de ces problèmes. Nous sommes conscients qu’il n’existe pas de solutions immédiates pour ces dossiers épineux. Toutefois, il est primordial d’engager un vrai débat avec les concernés (familles des disparus, les chômeurs…). Cette attitude ne fait que prolonger la crise et laisse la porte ouverte aux protestations et aux sit-in. Il ne faut pas dès lors, reprocher aux gens ces attitudes, car ils ont en assez des promesses données dans l’absolu. C’est le moment pour négocier sérieusement avec les divers concernés.

M.M

 

 

source letemps

 

 

 

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Ce fut le 14 janvier 2011...

 

Ghannouchi l'ex PM de Ben Ali raconte... 

 

Par thala solidaire.over-blog.com - Publié dans : Journée historique du 14 janvier 2011
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