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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 19:03

La menace, au-delà des camps d’entraînements


salafistes-violencesLe ministère de l’Intérieur a démenti l’existence de camps d’entraînements djihadistes en Tunisie, dans un communiqué publié le mardi 30 octobre sur les réseaux sociaux. Le ministère nie ainsi explicitement les allégations d’un documentaire français diffusé par la chaîne Canal+ dans la soirée du lundi, et dont certains propos ont été repris par certains journaux tunisiens.

Le problème, c’est que d’une part, une page Facebook, en l’occurrence celle de notre ministère de l’Intérieur ne peut rivaliser avec la force de frappe informationnelle d’une télévision française. Le mal est donc fait, et on n'a pas fini de payer le prix des dégâts en termes d'image de marque. D’autre part, ces éléments interviennent dans un contexte où les plaintes des policiers eux-mêmes se multiplient face à ce qu’ils considèrent comme le laxisme des autorités vis-à-vis des groupes salafistes. Les forces de sécurité elles-mêmes en arrivent à se plaindre de l’insécurité, puisqu’elles sont désormais la cible d’agressions répétées. Or les syndicats policiers regrettent de ne pas avoir reçu d’instructions les autorisant à sévir contre les groupes extrémistes.

Dernier cas en date, le cas du chef de la brigade de sécurité publique à La Manouba, le commandant Wissem Ben Slimane, victime d’une dans la nuit du samedi à dimanche, d'une agression à l'arme blanche, au niveau de la tête, alors qu'il intervenait pour mette fin à une altercation entre des trafiquants de boissons alcoolisées et un groupe de salafistes à Douar Hicher.

Poussé dans ses retranchements, le ministère de l'Intérieur s’est fendu d’un énième communiqué lundi, et s’est dit «prêt à engager des poursuites contre les groupes qui veulent se substituer à l'Etat et imposer leur propre loi». En d’autres termes, si les autorités nient l’existence des camps d’entraînements sur le sol tunisien, elles ne nient pas l’existence de «ces groupes qui veulent se substituer à l'Etat et imposer leur propre loi». Pis : les salafistes djihadistes contrôlent plus de 400 mosquées de l’avis même du ministère des Affaires Religieuses, et imposent de force leurs imams dans ces lieux de prières, transformés en centres de propagande diffusant une idéologie importée.

Pour la prière de l’Aïd, l’imam d’une mosquée située dans le gouvernorat de l’Ariana, a cru bon, dans son sermon, d’appeler au meurtre des infidèles, sans épargner femmes et enfants, invoquant pour l’occasion des événements historiques inventés de toutes pièces pour les besoins de la (mauvaise) cause.

Ceux qui persistent à se rendre dans ces bastions du djihadisme que sont devenues certaines mosquées, auront relevé la distribution de brochures sur papier glacé, de revues luxueuses dont l’impression aura coûté des dizaines de milliers de dinars. Des associations poussent comme des champignons, louent des locaux dans des quartiers huppés, et font étalage de moyens financiers sans commune mesure avec ceux que pourraient mobiliser de simples citoyens tunisiens.

En définitive, si, à en croire ce communiqué du ministère de l’Intérieur, il n’y a pas de camps d’entraînement en Tunisie, il n’en reste pas moins que cette idéologie foncièrement violente trouvent des relais de plus en plus nombreux dans notre pays. Et c’est ainsi qu’à Douar Hicher, ces groupes ont pu passer de la parole aux actes. Moez El Kahalaoui mag14

 

 

 

 

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Un blogueur condamné à une amende pour atteinte à la pudeur

Le blogueur et opposant tunisien, Sofiène Chourabi, a été condamné mardi à une amende de 104 dinars (52 euros environ) pour ivresse publique et atteinte à la pudeur, a annoncé à l'AFP l'intéressé, qui accuse les islamistes au pouvoir d'avoir orchestré cette affaire.

M. Chourabi et son ami le journaliste Mehdi Jelassi devront s'acquitter chacun de 100 dinars (50 euros) d'amende pour atteinte à la pudeur et quatre dinars (deux euros) pour ivresse publique.

Les deux hommes avaient été arrêtés début août pour avoir consommé de l'alcool dans un lieu public, une plage près de Menzel Temime (Cap Bon, à 100 km de Tunis), durant le ramadan, le mois de jeûne des musulmans. Ils risquaient six mois de prison.

"Je vais faire appel de cette décision du tribunal de Menzel Temime car elle confirme des accusations que je rejette et nie totalement", a déclaré le blogueur.

M. Chourabi a par le passé accusé les islamistes d'Ennahda, qui dirigent le gouvernement tunisien, d'avoir fabriqué ces accusations. Il a aussi affirmé que ses aveux en août lui avaient été extorqués par les policiers.

Cette affaire intervient dans un contexte de tensions en Tunisie au sujet de la liberté d'expression. Plusieurs médias publics sont notamment en conflit ouvert avec le gouvernement qui est soupçonné de chercher à contrôler leur ligne éditoriale.

Par ailleurs, l'opposition tunisienne et une partie de la société civile accusent Ennahda d'organiser une islamisation rampante de la société.

M. Chourabi avait été rendu célèbre par ses écrits contre le régime déchu du président Zine El Abidine Ben Ali. Il travaille désormais pour le site d'informations Institute for War and Peace Reporting (IWPR). france24

 

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 Le ministère de l’Intérieur répond à Néjib Chebbi


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Suite aux déclarations d’Ahmed Néjib Chebbi, selon lesquelles «le ministère de l’Intérieur est sous les commandes de membres d’Ennahdha», le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué dans lequel il dément catégoriquement ces informations. 

Il souligne que les structures du ministère opèrent en indépendance totale de toute influence émanant de parties agissant dans la sphère politique et insiste sur le fait que les décisions de sécurité sont prises exclusivement dans le cadre des structures en conformité avec les procédures légales en vigueur.
Le ministère de l’Intérieur a souligné l'importance de la crédibilité et la nécessité d'éloigner l'institution de sécurité de toute utilisation à des fins politiques afin qu’elle puisse accomplir au mieux son devoir. businessnews


 

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Information judiciaire sur un complot impliquant une partie de l'opposition et des hommes d'affaires. Les intéressés réagissent.


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Le juge d’instruction du 5ème bureau vient d’ouvrir une enquête judiciaire autour d’un hypothétique complot contre l’Etat auquel prendraient part un certain nombre de personnalités politiques et anciens hauts cadres de l’Etat.

 

Seraient concernés par cette enquête l’ancien Premier ministre Béji Caïd Essebsi, l’ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères Kamel Morjane et les anciens ministres de l’Intérieur Ahmed Friâa et Mohamed Jegham, ainsi que deux hommes d’affaires, Kamel Letaïef et Néji Mhiri.

 

Ils sont tous suspectés d’avoir comploté et s’être mis d’accord pour renverser le régime. On leur reprocherait, entre autres, de mettre en doute la légitimité du pouvoir actuel.  A titre préventif, certaines de ces personnes ont d’ores et déjà été frappées d’interdiction de voyage dont Kamel Letaïef.

 

L’enquête aurait été ouverte sur la base d’une requête déposée il y a plusieurs mois par l’avocat Cherif Jebali, un ancien cadre au ministère de l’Intérieur, réputé proche du pouvoir et ce sur la base de l'article 31 du code des procédures pénales. La requête est restée longtemps chez le ministère public qui ne l’a transmise que la semaine dernière au juge d’instruction.

 

Plusieurs avocats ont déjà pris ou s’apprêtent à prendre l’affaire en main pour défendre un ou plusieurs de ces personnalités, dont Ahmed Néjib Chebbi, Bochra Bel Hadj Hmida, Mokhtar Trifi et Abdessattar Ben Moussa. L’enquête en est encore au stade de l’instruction, et en l’absence d’accusés pour le moment, pourrait être classée par le juge d’instruction.

 

On n’écarte pas la possibilité qu’il s’agisse d’une simple manœuvre de diversion puisque les suspicions ne se baseraient sur aucun élément tangible. Force est de constater aussi, que les personnes accusées, forment la partie de l'opposition qui fait l'objet, soit d'un déni pur et simple de la part du parti au pouvoir Ennahdha et sa troïka, soit de personnalités politiques que la troïka cherche à exclure de la vie politique et plus précisément des prochaines élections. Les deux hommes d'affaires, impliqués dans cette accusation de complot, ont de leur côté, longtemps fait l'objet de campagnes médias. De là à accuser ce procès d'être une tentative de règlement de comptes politiques, il n' y a qu'un pas que beaucoup d'observateurs de la place politique tunisienne de la Révolution, ont vit fait de franchir.

 

Kamel Ltaïef dément et s’étonne, Caïed Essebssi et Morjene ne sont pas au courant !

 

Interrogé, mardi 30 octobre 2012, par nos soins au téléphone, Kamel Ltaïef a confirmé l’existence d’une telle affaire portée contre lui et les personnes citées dans notre article, affaire qui a été derrière l’interdiction de voyage décidée à son encontre. L’homme d’affaires qui affirme que la décision d’interdiction de voyage lui aurait été annoncée alors que le dossier d’accusation n’était pas encore instruit, s’étonne aussi que le parquet prenne au sérieux de telles accusations et ne l’entende pas en personne avant de décider de l’interdiction de voyage à son encontre, affirmant qu’il n’a aucune raison de comploter ou de fuir la Tunisie, pays de sa naissance et de ses affaires.

 

Kamel Ltaïef dément, par ailleurs l’accusation de complot portée contre lui et les autres personnes citées dans l’affaire par l’avocat, dont il rappelle qu’il a déjà perdu deux autres plaintes similaires portées contre lui, des affaires dont il aurait par ailleurs parlé, depuis avril dernier, dans le journal d’un autre homme d’affaires qui n’arrête pas de le diffamer.

 

Kamel Ltaïef s’étonne aussi que l’on porte de telles accusations contre des hommes politiques intègres et irréprochables, au moment où la Tunisie vit une période de transition démocratique. L’homme d’affaires rappelle, à ce propos, qu’il ne possède qu’une seule et unique entreprise dont les comptes sont du reste transparents et font plus est, l’objet de contrôles du Fisc et de la CNSS. Il précise aussi qu’il reste, depuis sa dispute avec l’ancien président tunisien Ben Ali en 1992, un homme politique indépendant qui a des relations très variées et qui agit pour le seul intérêt de son pays, sans nulle intention de comploter contre la sécurité ou la stabilité de l’Etat.

 

Interrogé, de son côté par nos soins aussi, le leader de Nida Tounes Béji Caïed Essebssi déclare n'avoir rien reçcu d'officiel à propos de cette plainte et de ces accusations. "Je suis incapable de renverser une assiette, que dire d'un régime", commentet-il avec son humour habituel. Quand à Kamel Mojene, il assure, lui aussi, ne pas être encore au courant de la plainte dont il ferait l'objet.Pour sa part, Mohamed Jgham d'El Watan, indique aussi qu'aucune accusation ne lui a été formellement notifiée et  considère ces accusation comme étant destinées à jetter une ombre sur les prochaines échéances électorales.

 

Réagissant aux informations relatives au complot, l’homme d’affaires, Néji Mhiri, a affirmé à Assabah News, qu’il n’est mêlé à aucune affaire politique, ajoutant qu’il n’est nullement au courant des accusations de complot portées contre lui ainsi que des personnalités politiques.

 

Concernant l’interdiction de voyage, il a indiqué que l’information le concernant n’a aucun fondement, affirmant enfin qu’il œuvre dans l’intérêt de la nation et que son seul et unique objectif est de créer des emplois dont il revendique 48 000.

 

De son côté, Ahmed Friaa, ex-ministre de l’Intérieur, s’est déclaré, dans une déclaration à Assabah News, étonné par l’information l’accusant de complot contre l’Etat, ajoutant qu’il s’est replié, depuis longtemps, chez lui dans sa maison, pour travailler sur la mise au point d’une formule mathématique, se demandant si ce travail de recherche est une conspiration contre la sûreté de l’Etat.

 

S’agissant de Kamel Ltaief, il a indiqué qu’il le connaît effectivement et qu’ils se téléphonent de temps à autre. africanmanager

 

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Réactions 


 

 

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Révolution tunisienne : du rêve à la réalité


Pour la jeunesse, la révolution a apporté la liberté mais n'a pas réglé le chômage. 
Pour la jeunesse, la révolution a apporté la liberté mais n'a pas réglé le chômage. © Ons Abid

 

Au terme d'une année d'exercice parlementaire, les Tunisiens font un premier bilan. Un regard mitigé au moment où les difficultés s'accentuent. Voyage aux quatre coins du pays.

 

« Compatriotes, n'oubliez pas la farine, le sucre... Faites vos courses ; le 23 octobre sera chaud », pouvait-on lire sur Facebook. Le réseau social, qui a été un vecteur essentiel de la révolution tunisienne, s'est transformé en un outil de prosélytisme islamiste, une poche de résistance pour les modernistes, mais le plus souvent un « mur » des lamentations. Oubliées l'euphorie et l'émotion qui avaient mené la Tunisie vers son premier scrutin libre, il y a tout juste un an. Pourtant, dans les villes de l'intérieur, comme Sidi Bouzid, certains édifices portent encore des traces noires délimitant l'emplacement de l'affichage des partis pour les élections de la Constituante du 23 octobre 2011.

 « C'était mes premières élections de citoyenne. Ce jour-là, même le temps était magnifique, mais depuis j'ai déchanté », confie Narjess, cadre d'une banque originaire de la région. Elle avait tenu à voter sur son lieu de naissance. « En moins d'un an, Sidi Bouzid est retournée des siècles en arrière. Les barbus imposent leurs lois, et tout le monde, par crainte de représailles, obtempère. Je ne reconnais plus ceux qui ont tenu tête à Ben Ali », ajoute-t-elle. À Sidi Bouzid, si les stigmates de la révolution ont disparu, les soulèvements sont encore fréquents et donnent la mesure du mécontentement populaire qui fait tâche d'huile en Tunisie. « L'an dernier, nous avons pris notre mal en patience. On nous a fait croire qu'un gouvernement légitime aurait toute latitude pour relancer la région. Nous avons attendu, mais aucune promesse n'a été concrétisée », lance Seif, jeune chômeur et militant d'un parti d'extrême gauche. Son malaise n'est pas seulement celui d'une génération de désoeuvrés mais celui de toute une population qui croyait, avec une certaine naïveté, qu'il suffisait que Ben Ali parte pour que disparaissent ses problèmes.

 

Colère

 

Cette désillusion est aussi palpable dans la région de Gafsa, où les manifestations antigouvernementales s'enchaînent. « Gafsa, réveille-toi, le gouvernement te vole ! » scandent les habitants. Ils constatent que la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), mère nourricière de toute une région particulièrement déshéritée et incontournable employeur pour plus de cinq générations de familles entières, ne peut plus répondre à leurs demandes. Tout un modèle a volé en éclats sans que rien ne vienne le remplacer. « Nous sommes déçus par une Assemblée nationale constituante (ANC) qui, finalement, est bien peu représentative du pays et qui demeure loin de nos préoccupations. Tunis est toujours le pôle pensant où tout se décide sans que nous soyons consultés, alors que la capitale ignore bien souvent la teneur de nos problèmes. Nous sommes des délaissés de la révolution, alors que depuis 2008 nous avons ouvert le chemin à l'insurrection en nous soulevant contre un système odieux. Nous sommes toujours dans l'attente, le pouvoir nous promet depuis si longtemps des solutions et de l'emploi que notre colère est légitime. Il n'y a pas d'avenir pour nos enfants, ni ici ni ailleurs », s'insurge un instituteur de Redeyef. Il reconnaît que sans le soutien de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) la région aurait du mal à se faire entendre.

Le garant de cette transition reste l'Instance supérieure indépendante pour les élections. Elle devra être dotée des outils nécessaires pour accomplir sa mission dans des conditions optimales.

 

Yadh Ben Achour, Constitutionnaliste

 

La centrale syndicale a pris une réelle envergure en faisant peau neuve depuis les élections de son nouveau bureau, en décembre 2011. Elle a largement contribué à la levée des grèves et des sit-in qui bloquaient l'activité économique du pays. Mais c'est sa contribution et son intervention comme régulateur des tensions politiques qui soulignent sa montée en puissance. Même le patronat menace de faire grève et de suspendre ses activités s'il n'est pas entendu par un gouvernement incapable de prendre les mesures nécessaires pour relancer la machine économique. « On nous annonce de bons chiffres de croissance et des intentions d'investissements, mais dans les faits nous avons une inflation galopante et nous payons très cher le discrédit du pays », déplore un entrepreneur du textile.

 

Pour les Tunisiens, le coeur n'y est plus, la confiance non plus. « Depuis trois mois, nous n'avons pas de ministre des Finances. Qui prépare le budget 2013, dans quelles conditions?

 

Le gouvernement reconnaît ses faiblesses et un manque de compétences. Mais nous n'avons pas besoin d'apprentis. Il nous faut des personnes capables de ramer et de mener la barque à bon port », explique Abdelaziz, un retraité du ministère de l'Économie. « On se bat contre des moulins à vent ; nos dirigeants sont dans l'autisme, ils ne sont même pas sensibles au bon sens. Ils voudraient se saborder qu'ils ne feraient pas mieux », ajoute une militante du mouvement Kolna Tounes (« nous sommes tous la Tunisie »).

 

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La révolution a également favorisé l'émergence de l'extrêmisme religieux. © Ons Abid

 

 

Les islamistes d'Ennahdha, arrivés en tête des élections de la Constituante avec 40 % des suffrages, sont désignés comme les artisans d'une catastrophe socioéconomique. « C'est clair, s'ils avaient voulu faire une Constitution et des institutions réellement démocratiques, sans arrière-pensées, on aurait fini tout ça depuis longtemps. Si Ennahdha avait vraiment agi comme un parti du centre démocrate musulman à la turque, comme ils l'avaient annoncé, ils auraient même gagné des voix aux prochains scrutins. Si les imams dans les mosquées, au lieu de se livrer à des pugilats politiques, avaient enseigné les vrais principes de l'islam, l'hygiène, l'honnêteté, la patience, notre économie se serait redressée et nos villes seraient propres. J'enrage qu'avec des outils pareils et un capital de sympathie énorme ils n'aient réussi qu'à montrer un visage de secte, effrayant et repoussant », s'insurge Mourad Mathlouthi, un sympathisant du Congrès pour la République (CPR), parti de la troïka gouvernementale dont est issu le président de la République, Moncef Marzouki. 

 

Constitution : et la lumière fut

 

Les tensions exacerbées à l'approche de l'échéance du 23 octobre ont provoqué un net revirement des maîtres du pouvoir à Tunis. En moins de quarante-huit heures, les partis de la troïka ont aplani leurs différends et opté pour un régime mixte ; dans la foulée, les mesures liberticides, comme la criminalisation du sacré, ne seront pas inscrites dans la loi fondamentale, et les femmes retrouvent leur statut d'égales de l'homme, tandis que l'État s'engage à garantir le droit de l'enfant, mesure qui ne figurait pas sur le brouillon de la Constitution. Toutefois, Ennahdha ne démord pas de sa position et refuse de citer la déclaration universelle des droits de l'homme parmi les autres référentiels du préambule. Parmi les décisions marquantes, la relance de l'Instance supérieure indépendante des élections (Isie) et l'organisation du premier tour des élections législatives et présidentielle le 23 juin 2013 participent à apaiser les esprits, même si l'Isie aura le dernier mot pour fixer définitivement la date du scrutin. Ces nettes avancées sont le résultat des négociations et des pressions exercées par le groupe parlementaire d'Ettakatol au niveau de l'ANC et de la troïka gouvernementale. F.D.

 

Retards

 

Plus que le gouvernement, c'est l'ANC qui est en butte aux critiques. Avec une abstention de près de 50 % et près de 1 million de voix perdues sur des listes n'ayant pas obtenu de sièges, l'Assemblée n'est pas vraiment représentative du pays et ne convainc pas par son rendement. Certains assurent qu'elle a failli à sa mission. La rédaction de la Constitution traîne autour de palabres, les dossiers de la justice transitionnelle sont en instance et le contrôle de l'action gouvernementale semble être une formalité sans effets.

Les Tunisiens prennent la date du 23 octobre comme prétexte pour exprimer leur insatisfaction. Selon le décret-loi appelant aux élections d'une Constituante le 23 octobre 2011, cette dernière avait un an pour préparer la loi fondamentale de la IIe République. Si la légitimité institutionnelle de l'ANC ne peut être remise en question, certains estiment qu'au niveau politique l'ANC et le gouvernement doivent chercher une voie consensuelle. D'autant que la tension est montée de plusieurs crans. Les manifestations se multiplient, et les médias relaient la colère de l'opinion publique. La pression est telle que les autorités accélèrent la marche, ont annoncé un accord pour adopter un régime semi-parlementaire et fixé, dans la précipitation, les prochaines échéances électorales au 23 juin. « Les voilà lançant des miettes aux crédules qui veulent bien les croire ! Les élections n'auront pas lieu le 23 juin 2013. C'est juste pour passer le cap du 23 octobre et désamorcer la colère populaire », affirme Rym Mourali, une ancienne militante d'El-Moubadara.

L'attaque contre l'ambassade américaine le 14 septembre aura sans doute des conséquences négatives à long terme, tandis qu'à Bizerte c'est la prise de possession de l'espace public par les salafistes qui éloigne les touristes. « Ils ont, comme tous les islamistes, souffert de la répression de Ben Ali, mais ils exigent, implicitement, une sorte de dédommagement moral en accaparant les espaces publics et en mettant la main sur le commerce parallèle, quitte à paralyser l'activité économique de la ville. L'influence de la communauté qui vit en France se fait aussi sentir ; cet été, nous n'avons pas vu de "Chez-Nous" [nom donné aux immigrés originaires de Bizerte] en jupe courte ou frimant au volant de décapotables mais un retour massif de barbus et de femmes voilées. Le calme est revenu après les agressions de cet été, mais il suffit d'un rien pour mettre le feu aux poudres », constate Karim Mili, un agent immobilier. Les esprits s'échauffent aussi au Kef et à Jendouba : « On nous a divisés par des discours identitaires ; on nous a promis de prendre aux riches pour donner aux pauvres ; un an après, même les procès intentés pour faire la lumière sur les exactions commises lors de la révolution n'ont pas abouti. Nous sommes en dessous du seuil de pauvreté ; certains en sont à regretter l'ancien temps où, malgré la répression, ils avaient de quoi manger », estime Néjib, un petit libraire de la région. Les oubliés du Nord-Ouest vivent aussi la montée des extrémismes. 

 

« Le conservatisme et l'influence islamiste mettent en péril la position des femmes, alors qu'elles ont un rôle essentiel. Il faut les sensibiliser à leurs droits et mettre en valeur leur travail », affirme un opérateur de l'Office du développement du Nord-Ouest. Dans toute la région, les associations s'activent. À Foussana (Centre-Ouest), l'une d'entre elles, Femme retrousse tes manches, a permis à des artisanes de valoriser leur tissage et de le commercialiser en Europe, tandis que les potières de Sejnane sont sollicitées par les réseaux de commerce équitable et s'assurent plus de 250 euros par exposition.

 

Divisions

 

La question de la femme dans la société tunisienne a été source de dissensions au sein de l'ANC, mais comme sur beaucoup d'autres points, tels que la charia ou la criminalisation des atteintes au sacré, la pression de la rue et des médias a fait reculer les positions islamistes. « Les nouveaux dirigeants du pays ont été impatients et méprisants. Ils ont traité ceux qui n'avaient pas voté pour eux comme quantité négligeable. Les tentatives de divisions d'un peuple éprouvé par une sévère crise socioéconomique sont criminelles », assure Wajdi, un étudiant de HEC Tunis. Si les élites et les nantis n'ont pas vu venir la révolution, ils se sont ensuite largement impliqués dans la société. Malgré l'essoufflement des activités associatives et citoyennes en raison d'une situation sécuritaire précaire, leur esprit critique est toujours vif. Les bobos de La Marsa ou d'El-Manar, bien que parfois déconnectés des réalités, ne sont pas indifférents.

 

 

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Malgré les apprences, les élites et les nantis s'impliquent de plus en plus dans le débat de société. © Ons Abid


« Le regard de la société a changé, je fais attention à ma manière de m'habiller et j'évite de choquer ; les sensibilités sont à fleur de peau et la nouvelle stratégie qui consiste à réprimer les femmes au prétexte des bonnes moeurs est de mauvais augure », avoue une résidente du quartier chic de Mutuelleville. Les partis modernistes, « les zéro virgule » comme les désignent avec mépris les islamistes, sont fatigués, mais restent une force critique, parfois trop critique. Ils alertent, entre autres, sur le risque de bipolarisation politique et craignent un retour des anciennes pratiques. « Nous pensions que nous avions contribué à une révolution propre et rapide, et que la suite se serait inscrite dans la modération à l'image de ce qu'est la Tunisie. Dans notre ignorance de la pratique démocratique, nous ne savions pas que la politique allait changer la donne. Aujourd'hui, entre Ennahdha et Nidaa Tounes, nous sommes pris entre le marteau et l'enclume. Cependant, il est bon que les acquis fondamentaux du pays soient préservés, mais le chemin est encore très long, et il y a lieu d'être optimiste pour mieux résister », explique le réalisateur Walid Tayaa. 

 

Qu'en pensent les abstentionnistes ?


Le 23 octobre 2011, sur 7,546 millions d'électeurs, seulement 3,702 millions se sont rendus aux urnes. Avec un taux d'abstention de près de 50 %, la faible représentativité de l'Assemblée l'a handicapée dans son travail. Chez les abstentionnistes, peu de regrets : « Je n'ai pas voté, je l'assume. Les propositions politiques n'étaient pas satisfaisantes. J'ai encore moins de regrets aujourd'hui. L'Assemblée nationale constituante nous renvoie une image pitoyable. Ma crainte est que dans l'avenir également nous n'ayons pas de choix et qu'il faille voter par défaut », résume Anissa, une doctorante en droit. jeuneafrique

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