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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 03:18

L'islam politique est une hérésie 

 

Faouzi Skali : Il s’agit là d’une confusion bien malheureuse. A l’origine, l’islamisme s’est développé contre les confréries. Le soufisme a été définitivement désigné par le wahabisme comme un ennemi juré qu’il fallait éradiquer. Les islamistes ont puisé dans ce réservoir idéologique la majeure partie de leurs thèses.

 

On oublie souvent qu’au Maroc, l’offensive des wahabistes ne date pas d’aujourd’hui… Il suffit de lire le Kitab Al Istiqçaâ de l’historien Nassiri pour comprendre la guerre que livre ce mouvement pour détourner le pays de ses fondements culturels et religieux en s’attaquant plus particulièrement au soufisme des confréries. On y apprend qu’au début du 19ème siècle, il y avait eu des soulèvements populaires massifs contre l’incursion du wahabisme. De nombreux maîtres spirituels, comme Moulay Larbi Darkaoui, avaient conduit cette insurrection. C’est dire combien il est inadéquat de confondre, aujourd’hui, islamisme et confréries, extrémisme religieux et soufisme. Je crois qu’il est absolument indispensable à présent de clarifier les choses pour éviter l’amalgame.

 

MHI : C’est très bien, mais des confréries comme celle des Boutchichis ne tirent-elles pas également leur légitimité d’une idéologie bien particulière ?

 

 F.S. : Contrairement aux idées reçues, les cheikhs [3] soufis se sont avant tout souciés de ce que doit être le musulman, de ce qui constitue généralement sa vie spirituelle, des devoirs qui lui incombent, non seulement par rapport à la religion, mais surtout dans ses rapports avec la société. Les guides spirituels ont de tout temps cherché à diriger les gens vers une conception de la religion qui leur permette d’atteindre un état d’élévation spirituelle grâce à leur bonne compréhension.

 

MHI : ne s’agit-il pas alors d’une religion dans la religion ?

 

 F.S. : Dans le Coran, il est dit qu’il n’y a "point de contrainte" dans l’Islam. La religion musulmane n’est en aucun cas le monopole de quiconque. Il est du devoir de chacun d’apprendre sa propre religion convenablement, comme il est de son devoir de la pratiquer autant qu’il le peut. Les extrémistes religieux se réfèrent à une interprétation complètement erronée des principes de l’islam, pour justifier des actes tout à fait arbitraires.

 

MHI : La confrérie des Boutchichis organise régulièrement des rassemblements où sont conviés des milliers de personnes. D’aucuns trouvent ces rassemblements plutôt suspects ?

 

F.S. : Je ne pense pas qu’on puisse provoquer des rassemblements d’une telle ampleur, inciter au déplacement de milliers de personnes qui viennent de partout dans le monde sur la base d’une grossière manipulation. Ces personnes, de grands intellectuels, des savants, des penseurs qui ont pignon sur rue, qui ont une soif spirituelle sincère, choisissent la confrérie qui leur paraît être la plus proche de leurs convictions.

L’idée que la religion ne doit exister qu’en rupture de ban de la société, est une notion dangereuse. La mouvance qui est née contre l’islam traditionnel marocain a développé une idéologie du "pour ou contre", d’où les prêches enflammés et les appels au meurtre. Le soufisme, lui, est étranger à ce débat.

 

MHI : Vous voulez dire que le soufisme n’a pas de réponse au politique ?

 

F.S. : Pour les guides spirituels, le soufisme constitue un cadre d’élévation spirituelle et sociale du musulman. Mais pas question pour eux de prétendre apporter une réponse à toutes les questions. C’est pour cela qu’un penseur musulman aussi illustre que Ghazali disait que le faqih [4] n’a pas à donner de réponse politique. Par son caractère modéré, le soufisme marocain reste fortement impliqué dans le social et la maturité politique, c’est justement de ne pas tout confondre, chaque citoyen a sa propre opinion politique ; mais la politique, c’est un métier et à chacun sa spécialité.

"La religion qui apporte une réponse à toutes les questions" est une hérésie, ce qui correspond à une espèce de délire, à une déconnexion par rapport à la réalité.

 

MHI : Vous voulez dire que les extrémistes religieux sont complètement déconnectés d’avec le réel ?

 

F.S. : Comment définir quelqu’un qui décide de se faire exploser au nom d’une religion qui a pourtant sacralisé la vie ? Dans cet acte, il y a un déni de réalité poussé à son extrême. Le fait est dangereux, puisque la religion n’est plus une voie de réalisation sociale et spirituelle. On rejette l’histoire et le fait de vivre avec son temps, l’évolution pour recréer une religion des origines, dans une espèce de refonte de la religion jusqu’à en faire une véritable pathologie. Il s’agit d’une idéologie déconnectée avec la réalité. Quelqu’un avait trouvé un titre significatif "l’Islamisme est la maladie de l’Islam".

 

MHI : On a souvent tendance à considérer le soufisme dont se réclame la tariqa Boutchichie comme une alternative à l’échec de l’islamisme au Maroc. Qu’en est-il ?

 

F.S. : Les turuq [5], au Maroc comme ailleurs, ne cherchent pas à se placer contre qui que ce soit.

Contrairement aux thèses extrémistes, le soufisme est un hymne à la vie en groupe, il est au cœur de ce projet de société marocain qui a résisté à des siècles de combat contre l’obscurantisme. Les confréries ont été les gardiennes du respect des pluralités culturelles, religieuses ou ethniques avec des règles de vie basées essentiellement sur l’hospitalité, la générosité et la courtoisie.

 

MHI : Pour répondre à l’islamisme, certains préconisent de remiser le religieux dans les placards, pensez-vous qu’il s’agit là d’une réponse appropriée ?

 

F.S. : Le risque est grand de tomber dans un faux débat entre religieux et laïcs, entre musulmans et athées, Si on met le doigt dans cet engrenage, nous sommes alors bons pour vivre le scénario algérien. Parce que, aujourd’hui, le danger, c’est que la frontière entre "islam" et "islamisme" s’estompe et que chaque musulman devienne forcément intolérant et peut même être considéré comme un terroriste potentiel.

Au contraire, on doit pouvoir continuer à s’intéresser aux traditions religieuses, en les abordant, de l’intérieur.

S’attacher aux spécificités de l’islam marocain, avec cette spiritualité bien particulière qu’est le soufisme. Le soufisme mais également la référence au rite malékite qui fait partie de notre identité culturelle et historique. Revaloriser l’islam au lieu de le dénigrer, c’est la meilleure manière de lutter contre l’intégrisme.

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[1] La Voie Soufie ; Traces de Lumières chez Albin Michel, Le Face à Face des Coeurs, Ed. Le Relié,

[2] Nous remercions chaleureusement Maroc Hebdo International et tout particulièrement M. Abdellatif El Azizi, journaliste, pour leur autorisation de reproduire cet entretien initialement paru dans Maroc Hebdo International N¨é560 du 31 mai au 5 juin 2003

[3] NDLR : Maîtres spirituels

[4] NDLR : juriste en droit musulman

[5] NDLR : Voies spirituelles soufies, confrèries

source soufisme

 

__________________________________________________________Point de vue 

Tunisie postrévolutionnaire. Le choc des cultures

 

À l’heure où se joue l’avenir démocratique du monde arabe, les aspirations tunisiennes et arabes de façon générale, sont de deux tendances : un penchant progressiste moderne, et un autre nourri d’une obsessionnelle régression avec le rêve d’un monde soumis à la religion. Laquelle va finalement triompher ? La position des Islamistes au pouvoir les met dans une situation fragile qui démontre d’ores et déjà leur incapacité à diriger des peuples épris de libertés et de démocratie, aspirant à recouvrir les Devoirs Fondamentaux de l'Homme.

Nous assistons à un projet de transformation de la société tunisienne, étonnés, ahuris, scandalisés et choqués par ce qui se passe depuis l’arrivée des Islamistes sur la scène politique.

 Pays moderne, considéré comme la Grèce de l’Afrique du nord, la Tunisie a, et demeure encore le fleuron des acquis fondamentaux quant aux droits de la femme, à l'éducation et à l’ouverture au monde. Aux confluents de l’Europe, de la méditerranée, de l’Orient et de l’Afrique, la Tunisie s’affiche, fidèle à son histoire, une mosaïque des civilisations, un monde où toutes les cultures s’y sont intégrées sans réticences aucunes, parce qu’elles y ont trouvé la chaleur du climat et des peuples qui l’ont habité. C’est mon pays.

 Les Islamistes, toutes tendances confondues, sont des individus dogmatiques, leurs préoccupations majeures : changer les mentalités, opprimer et inférioriser les femmes, instituer la charia, créer une société selon les préceptes coraniques, participer à instaurer un VIème califat, projet d’envergure des régimes islamistes qui se mettent en place en Egypte, en Lybie, au Maroc, au Yémen et sans doute bientôt en Syrie et en Algérie. C’est la course vers l’obscurantisme à qui mieux mieux.

 

 Que voit-on au jour le jour ?

 Les quartiers des villes tunisiennes sont investis de barbus pour la majorité incapables d’une réflexion sérieuse sur la réalité, passionnés par la vie et l’itinéraire d’un prophète dont ils sacralisent l’apport et la pensée, aveuglés par leurs instincts primaires où la femme semble prendre une place de choix, vivant dans un univers où le passé islamique est à la fois leurs présent et futur. Tout se confond en un seul et unique versant. Aucune vision dialectique ou raisonnée de l’histoire, l’unique et perpétuelle histoire qu’ils connaissent est celle de l’Islam. Leur monde s’arrête et commence là, au VIème siècle de J-C, il va jusqu’à la déchéance des Arabes après la chute du Vème califat… leur monde est sans perspectives, immobilisé dans les rêveries d’un retour aux sources d’un Islam fort, belliqueux, illuminé et hégémonique. C’est un rêve de barbarie dont ils font l’exercice au quotidien contre les hommes et les femmes, contre la jeunesse qui aspire à un futur de modernisme, de laïcité, de démocratie, une voie vers un humanisme authentique où les dogmes religieux n’ayant plus de crédibilité, sont relégués à la sphère personnelle, dans les mosquées, loin de la vie citoyenne et même en rupture avec elle. beaucoup d'entre eux sont revenus de l'exil où relâchés des prisons lors de la chute du régime de Ben Ali. 

 Les Islamistes pratiquent une politique complexe de répressions, régressions et obscurantismes. Ils profitent de la démocratie pour s’installer, mais contestent ses pratiques et valorisations, ses substance et réalisations. Bref, leur politique refuse d’admettre ceux qui sont différents, qui ne sont pas Islamistes, qui ne sont pas ou ne se reconnaissent plus dans l’Islam et ceux qui veulent que religion et politique soient séparés. C’est l’image des Rhinocéros courant sur la scène d’Ionesco, où se trame la critique de l’extrémisme fasciste, qui me revient à chaque fois que je réfléchis sur la politique des religieux. Pourquoi, me diriez-vous ? Je réponds d'abord par une phrase : je les ai vus se transformer.

 Je réponds ensuite plus longuement : la mutation culturelle est une idée inconnue chez les Islamistes. Ils ont une vision égocentrique de la culture et de la civilisation arabes. Tout en reconnaissant les autres religions du Livre, ils sont convaincus que l’Islam en est l’apogée, et même une version parfaite du monothéisme. Lorsqu’on lit la Bible, notamment l’Ancien Testament, après avoir bien lu et bien connu le Coran, on se rend compte de l’intertextualité qui relie les deux Livres. La réponse est facile : l’Arabie du VIème siècle comptait beaucoup de tribus chrétiennes et des communautés hébraïques où même certains camarades de Mahomet ont appris à lire et à écrire l’hébreux et l’araméen, langues dominantes à l’époque, l’arabe n’ayant encore aucun système codé et formant des dialectes divers. Ce sont les poètes préislamiques, à travers une tradition orale longue de plusieurs siècles, qui ont déclenché et développé la promotion de la langue arabe. Et il est assez visible, lorsqu’on a découvert toute cette tradition, que même si le Coran est la première prose poétique arabe, il s’inspire largement de la poésie préislamique qui l’a nourri tout autant que les textes religieux hébraïques et chrétiens. Il ne s’agit là d’aucune infériorisation du texte coranique, au contraire, cette brève démonstration vise à le remettre dans son contexte originel et à en montrer les richesses à la fois culturelles, littéraires et historiques. Quant à la question de savoir pourquoi le Coran est en versets et pas en vers, cela est facile je pense, il s’inspire dans sa forme prosaïque de l’Ancien Testament qui est lui aussi en versets. Le Coran ne devait pas se confondre avec la poésie, même les aèdes Quraychites qui ont classé Mahomet parmi les poètes furent massacrés à une époque, pourtant elle y est présente avec force.

On voit donc, contrairement à la vision immuable de l’histoire que proposent les Islamistes, toutes tendances confondues, que les religions ne sont pas le produit d’un esprit statique, mais en mouvement, en changement perpétuel. L’Histoire ne peut pas être ignorée dans le but de servir les ambitions politiques de religieux chevronnés dont le regard, au lieu de se poser sur les hommes qui la font, est constamment dirigé vers le ciel, à la recherche de quelque miracle qui nous tomberait sur la tête pour améliorer nos vies.

Pire encore, nos vies, si elles ne s’améliorent pas, ou peu, ou même jamais, elles ne comptent pas, c’est la vie après la mort qui est meilleure… La vie sur terre est un passage qui même dans la misère, ne doit pas être méconnue, remise en question, nourrie de nos révoltes et nos mécontentements. Elle doit se suffire à elle-même et on doit s’y résigner. Dans une sorte de cercle vicieux, les Islamiques veulent emprisonner les sociétés arabes qui se réveillent enfin, parce qu’elles répugnent et refusent la dictature, toutes les dictatures désuètes, la résignation, toutes les résignations aveugles, le dogme, tous les dogmes précuits.

 La transcendance absolue apparue avec la sémiticité, une des matières fondamentales à côté de lasacralité et de la médiévalité du monothéisme, mettant l’homme en position de faiblesse et de crainte, de fascination et d'obéissance absolue à un Dieu justicier et centre-souverain du monde, ne peut plus fonctionner aujourd’hui en politique et même dans la pensée humaine de façon générale. La souveraineté en politique relève de la monarchie absolue, or les Islamistes viennent s’installer au pouvoir dans des systèmes républicains qu'ils souhaitent transformer en tyrannies nouvelles. Ces républiques veulent acquérir leurs droits les plus fondamentaux et fonder un système juste et cohérent avec les réalités du monde actuel.

C’est là que l’on voit clairement la stratégie politique islamiste, fondée non sur une pragmatique du monde, mais sur la transcendance : l’homme et le monde se trouvent dans une réalité qui ne se définit que comme étant le signe de la réalité divine indivisible et souveraine. Le projet islamiste est donc hégémonique et il ne peut pas en être autrement. Pour ceux qui continuent à prôner un Islam modéré, je dirai qu’aucune religion n’est modérée, car la religion est Passion et la modération ne vient que de la Raison.

À ceux qui veulent tourner définitivement cette page islamiste, je dirai qu’il est fondamental de reléguer les religions à l’espace personnel en les séparant de la vie citoyenne et de la politique.

Il est temps de fonder une éthique nouvelle où l’Homme aura enfin sa place dans l’Univers. agoravox

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