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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 08:40

"Le régime va continuer à se fissurer"


Le vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi est le seul candidat à la présidentielle de ce mardi. Le taux de participation donnera une idée de l'appui populaire au successeur d'Abdallah Saleh. Décryptage de Franck Mermier, spécialiste du Yémen (CNRS).

Le 5 février 2012 dans la capitale yéménite Sanaa, manifestation de militants anti-régime. (Mohammed/Xinhua/Sipa Press)

Le 5 février 2012 dans la capitale yéménite Sanaa, manifestation de militants anti-régime. (Mohammed/Xinhua/Sipa Press)

Le Yémen tourne mardi 21 février la page du président Ali Abdallah Saleh en élisant son vice-président, Abd Rabbo Mansour Hadi, pour une période intérimaire de deux ans, devenant ainsi le premier pays arabe où un soulèvement populaire aboutit à une solution négociée. Mais l'ombre d'Abdallah Saleh, qui gouverne le Yémen depuis plus de 33 ans, pèse cependant sur ce scrutin. Franck Mermier, chercheur au CNRS, spécialiste du Yémen, estime le régime "va continuer à se fissurer peu à peu grâce à une certaine tradition du compromis et du dialogue politique". Interview.

Quelle participation peut-on attendre de la population au scrutin présidentiel ?

- Il y a à peu près 20 millions d'inscrits sur les listes électorales, dont 4 millions de femmes environ. Il est certain qu'on ne peut pas s'attendre à une participation massive en raison de la situation du pays. D'abord, dans le gouvernorat de Saada dans le Nord où des troubles tribaux subsistent, une partie de la population ne pourra pas aller voter soit parce qu'elle est déplacée, soit parce qu'elle ne veut pas. Dans les régions du Sud, une partie des gouvernorats d'Abyan ou de Chabwa sont sous l'influence du mouvement "Partisans de la Charia" qu'on dit lié à Al-Qaïda. Pour des raisons de sécurité, les habitants risquent eux aussi de ne pas se rendre aux urnes. Là aussi, il y a eu des déplacements de population après la prise de Zinjibar. Une partie du mouvement sudiste qui réclame tout simplement la séparation du Sud n'ira pas voter non plus.

Enfin, une partie de la jeunesse révolutionnaire ne participera sans doute pas au vote pour protester contre l'impunité dont jouissent le président Saleh et ses proches. Ils souhaitent continuer la marche de la révolution pour que les membres de la famille de Saleh encore à la tête d'organes de sécurité soient écartés du pouvoir.

Doit-on craindre des violences ?

- Cela peut être le prétexte pour certains groupes violents de se manifester. Il peut y avoir des attaques contre des bureaux de vote dans certaines régions contrôlées par les "Partisans de la charia" par exemple.

Une partie de la jeunesse qui a participé au mouvement révolutionnaire participe au jeu politique à travers par exemple du parti islamique Al Islah ou du parti socialiste. En revanche, une autre partie se veut autonome et pense que la révolution n'a pas encore atteint son but, c'est-à-dire le démantèlement total du régime, et pourrait manifester.

Pourquoi cette transition passe-t-elle par un scrutin électoral, là où une simple désignation aurait suffit ?

- Ce vote est certes symbolique mais il est conçu pour tourner la page du régime de Saleh. C'est très important qu'il y ait un processus électoral, notamment aux yeux de l'opposition, afin que le nouveau chef de l'Etat obtienne toute la légitimité démocratique et électorale nécessaire pour assurer ces deux années de transition. Il a devant lui des mesures drastiques à prendre.

Lesquelles ?

- Il doit d'abord être le commandant des forces armées et assurer un véritable leadership face au clan Saleh encore présent dans la Garde républicaine, notamment.

Il doit assurer la sécurité dans le pays, lutter contre Al-Qaïda, sécuriser les régions Nord et Sud en proie à des agitations séparatistes et insurrectionnelles avec une armée divisée depuis le mois de mars.

Il doit assurer la légitimité du gouvernement d'union nationale, cet échafaudage un peu fragile où l'on trouve des représentants de l'opposition et ceux du parti du président le "Congrès général populaire".

Il devra gérer les ressources de l'Etat composées au trois-quarts des ressources en gaz et en pétrole. Il va avoir fort à faire pour répondre aux revendications directes et pressantes d'une population qui vit en grande partie sous le seuil de pauvreté.

Il va devoir démanteler un réseau clientéliste mis en place par le régime et qui a duré 33 ans. Beaucoup de notables se sont habitués à recevoir des aides de l'Etat pour asseoir leur autorité locale.

La grande inconnue sera son degré d'autonomie. Va-t-il se révéler un chef d'Etat et garantir l'équilibre entre l'opposition et le régime de Saleh ? Ou va-t-il continuer à exercer un pouvoir sous influence ?

L'ombre de Saleh plane toujours ?

- Abd Rabbo Mansour Hadi a toujours vécu dans l'ombre du président Saleh et il est difficile de savoir si la volonté de rupture qu'il a manifestée va se traduire par des actions rapides et fortes. Mais Saleh a quand même perdu une manche en signant cet accord de transition. Il est difficile d'envisager son retour comme chef de l'Etat. Est-ce qu'il voudra revenir au moins pour préparer son fils Ahmed à la prochaine élection ? C'est possible.

Je pense que ce régime va continuer à se fissurer peu à peu grâce à une certaine tradition du compromis et du dialogue politique. Les protagonistes de la révolution ne sont pas passés à la lutte armée alors même que Saleh cherchait à radicaliser la situation. La sagesse légendaire yéménite s'est révélée efficace.

Pourtant, Abdallah Saleh a exprimé sa volonté de revenir au pays pour prendre la tête du parti du Congrès général populaire...

- On est quand même devant une situation nouvelle. Une dynamique révolutionnaire s'est enclenchée et qui a entraîné la participation de l'opposition dans un gouvernement d'union nationale. Le peuple yéménite a montré son ras-le-bol. Si des élections étaient organisées dans les règles, il n'est pas sûr que Saleh jouisse d'une popularité et qu'elle se traduise dans les urnes.

Peut-on dire que le Yémen a réussi sa révolution ?

- Le compromis a évité plus de violence. La dynamique révolutionnaire a eu lieu très rapidement. La répression a été sanglante mais n'a pas atteint les sommets qu'on a pu voir ailleurs alors même qu'une partie de l'armée avait fait défection. Si Saleh a réduit l'espace politique et fait preuve d'un autoritarisme plus fort en 2000, il y a dans le pays une expérimentation démocratique et un pluralisme politique qui existent depuis l'unité du Yémen en 1990. C'est finalement un modèle à part, difficilement transposable.

source tempsreel.nouvelobs

 

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Yémen/sud: un soldat tué par des manifestants opposés à la présidentielle


ADEN (Yémen) - Un soldat a été tué et un autre blessé lors d'un affrontement lundi dans le sud du Yémen avec des hommes armés qui participaient à une manifestation hostile à l'élection présidentielle de mardi, a-t-on appris de source militaire.

Sept protestataires armés ont été également blessés dans l'affrontement survenu dans une banlieue de Daleh, un fief du Mouvement sudiste qui a appelé au boycottage du scrutin, a indiqué pour sa part un militant sudiste.

Les militaires sont intervenus pour disperser des centaines de manifestants qui tentaient de forcer leur passage au niveau d'un point de contrôle de l'armée, en chantant des slogans hostiles à la présidentielle.

Sept protestataires armés ont été blessés par les militaires, a indiqué à l'AFP le militant qui a requis l'anonymat.

Des hommes armés ont alors répliqué et tiré en direction des soldats, tuant l'un d'eux et en blessant un autre, a indiqué la source militaire.

Cet incident mortel est survenue à la veille de la présidentielle, boycottée par le Mouvement sudiste, un groupe autonomiste qui mobilise ses partisans pour marquer leur opposition au scrutin. 

L'élection doit porter le vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi à la tête de l'Etat en vertu d'un accord de transition, qui marque le départ du président contesté Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 33 ans.

L'aile dure du Mouvement, conduite par l'ancien vice-président Ali Salem al-Baid, qui vit en exil, a invité ses partisans à empêcher le déroulement du scrutin, au risque de provoquer des actes de violence. Elle a appelé à la désobéissance civile mardi dans le Sud, un Etat indépendant jusqu'en 1990.

source romandie

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Yémen
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