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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 04:30

Le ministre des Affaires étrangères veut coopérer avec le Golfe

 

 

Dans une interview accordée au quotidien koweïtien Arrai, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Rafik Abdesselam, a affirmé que le modèle koweitien représentait un exemple avancé car selon lui, le Koweït présentait un système organisé, stable, dans lequel la presse était libre.


Il a annoncé qu’il visiterait les pays du Golfe et que le Koweït serait se première destination pour renforcer les relations diplomatiques et multiplier les opportunités d’investissements économiques entre les deux pays.

 Le nouveau ministre des Affaires étrangères a indiqué que les priorités du gouvernement concernant la politique extérieure étaient de renforcer la coopération avec l’Algérie et la Libye.
Il a également critiqué la politique extérieure de l’ancien régime qui n’était basée, selon lui, que sur un seul partenaire, à savoir l’Union Européenne, en affirmant que le gouvernement actuel travaillerait à renforcer et à créer une nouvelle politique économique avec les pays du Golfe.
Signalons que des dizaines de personnes s’étaient rassemblés devant le siège du ministère des Affaires étrangères pour protester contre la désignation de Rafik Abdesselam, en raison de son lien de parenté avec Rached Ghannouchi, le leader du mouvement Ennahda.
source : kalima-tunisie
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gendre-de-ghannouchi.jpg
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De Mehdi Houas à Rafik Abdesselam

abdslemLe parti Ennahdha doit faire face à une vague de critiques sans précédent sur ses relations avec des Etats du Golfe arabe, et le Qatar en particulier. Les attaques ont plus particulièrement visé le nouveau Ministre des Affaires Etrangères, accusé d’entretenir des relations «inavouables» avec l’Emirat. Curieusement, les critiques paraissent pour le moins sélectives. Deux poids deux mesures ?

 

Côté nahdhaoui, on relèvera que les gouvernements précédents, même sans la légitimité des urnes, n’ont pas été soumis à des assauts aussi virulents. Alors même que certains ministres avaient officiellement une deuxième nationalité, et qui plus est, celle de l’ex-puissance colonisatrice. Ainsi, l’ex-ministre des Transports, M. Yassine Brahim, ne cachait pas son deuxième passeport français.

 

M. Mehdi Houas,l’ex-ministre du Tourisme, avoue même, sans gêne apparente, ne pas maîtriser l’arabe, et ne pas savoir lire la langue officielle de la Tunisie. A coup sûr un cas des plus rares au monde. Dans quel Etat indépendant accepterait-on de bombarder ministre, un homme ou une femme, incapable de rédiger, ou de lire, des documents dans la langue officielle du pays ? Ces handicaps n’ont pourtant pas empêché M. Houas de tenter de faire son travail, dans une conjoncture particulièrement difficile, sans pour autant devoir faire face à une bronca comparable à celle que doit essuyer en ce moment M. Rafik Abdesslam. Pourtant, à notre connaissance, le ministre des Affaires Etrangères actuel est de nationalité exclusivement tunisienne, et personne ne met en doute sa maîtrise de l’arabe. Sauf que ce n’est pas sur ce point qu’il est attaqué, mais pour ses accointances satellitaires, et, ce ne sera pas le moindre des paradoxes, pour une méconnaissance supposée du français.

 

Al Jazeera, la chaîne que mes Tunisiens suivaient avec une attention sans faille au cours des plus dures journées de la Révolution, se retrouve, quelques mois plus tard, vilipendée. Et c’est à peine si certains ne vont pas jusqu’à accuser de trahison les quelques journalistes tunisiens qui travaillent pour la chaîne qatarie. C’est que la chaîne ne rayonne plus uniquement au niveau des satellites. Elle incarne désormais les ambitions émergentes du Qatar. Et les craintes francophones que notre pays ne rejoigne l’orbite de l’Emirat contribuent à attiser les flammes de la discorde.   

 

Bourguiba face à Ben Youssef

 
Le défunt Habib Bourguiba, qui déclamait du Lamartine, y est sans doute pour quelque chose dans cette proximité parfois affective qu’entretiennent certains de nos concitoyens avec une certaine idée de la France, même si, depuis Sarkozy, elle ne correspond plus nécessairement à la réalité. Le premier président tunisien conservait ainsi une photographie encadrée de Pierre Mendès France, sur son bureau. Les inclinaisons présidentielles ne pouvaient ainsi être plus mises en évidence. Or le bourguibisme, est encore vivace en Tunisie, et ceux qui entretiennent sa mémoire gardent une certaine distance voire une défiance vis-à-vis des autres Etats arabes en général, et ceux du golfe en particulier. Ce n’est sans doute pas par hasard, que Salah Ben Youssef, l’autre homme susceptible de prendre les commandes du navire Tunisie, à l’aube de l’Indépendance, a été assassiné. Mais aujourd’hui, la boucle paraît bouclée. Et on ose espérer que les pages meurtrières de notre histoire ont été définitivement tournées.

 

Mais visiblement, les Tunisiens semblent pour le moins partagés, entre un camp qui affiche des relations décomplexées avec l’Hexagone, et de l’autre, un parti  qui ne cache pas ses amitiés avec le Qatar et son sémillant émir. La ligne de démarcation qui semble ainsi diviser les Tunisiens délimite donc d’un côté les laïcs, plus ou moins modernistes, et de l’autre, les franges les plus traditionnalistes de la population. On assiste en somme, de nouveau, à une résurgence du face-à-face entre yousséfistes et bourguibistes. Or il s’agit des deux faces de la médaille identitaire tunisienne. Les uns et les autres devraient finir par accepter qu’il n’y a pas d’unanimisme dans la démocratie. Les désaccords doivent pouvoir s’exprimer, les débats s’enflammer, sans que l’on s’abaisse au niveau du caniveau. A une unique condition : celle du respect absolu de la souveraineté de la Tunisie.

par Walid Ben Sahbi

Source mag14

 

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Nadia el-Fani : "Le projet d'Ennahdha est antidémocratique"

 
Nadia el-Fani refuse de rentrer en Tunisie tant que la justice ne traite pas la plainte qui la vise.

Nadia el-Fani refuse de rentrer en Tunisie tant que la justice ne traite pas la plainte qui la vise. © D.R

 

Arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie, droits des femmes, menace salafiste... La réalisatrice controversée Nadia el-Fani livre à jeuneafrique.com sa vision de la situation politique et sociale dans son pays.


Si Nadia el-Fani ne rentre pas dans son pays, ce n'est pas par « peur », après l'attaque d'un cinéma lors de la projection de son film « Laïcité, Inch'Allah ! », et les nombreuses menaces de mort dont elle a été victime. « La peur empêche d'avancer, ce qui n'est pas mon cas », explique la réalisatrice tunisienne. « Mais je refuse de rentrer tant que la justice ne fera pas son travail », dit elle.


Nadia el-fani fait l'objet d'une plainte déposée par trois avocats islamistes qui l'accusent d'atteintes au sacré, aux bonnes mœurs et aux préceptes religieux. « Soit la justice classe l'affaire, soit elle instruit le procès, et dans le second cas, j'en ferai un procès politique », avance-t-elle, tout en s'empressant de reprendre le célèbre slogan « on ne va pas passer du Benalisme au Benislamisme ! »

 

 

Voir l'interview vidéo de Nadia el-Fani


 

 

En attendant la résolution de son affaire, elle travaille à Paris sur un nouveau film, qui sera diffusé à la télévision française dans le courant de février, et en Tunisie « si une chaîne l'accepte », précise la réalisatrice. Elle entend raconter en images les suites de la sortie de « Laïcité, Inch'Allah ». « Je ne me trompe pas de combat », clame-t-elle. Et la victoire des islamistes d'Ennahdha aux élections du 23 octobre ne fait que renforcer sa détermination. « Leur projet est antidémocratique. Je lutte contre leur idéologie politique mais je combat aussi leur programme économique. Ennahdha est un parti de droite ».

 

Nadia el-Fani reste confiante. Malgré l'apparition d'une jeunesse « plus conservatrice que la vieille génération », elle en est sûre : les Tunisiens souhaitent garder l'image d'un peuple « moderne, ouvert », et tous sauront se battre afin que les droits des femmes ne soient pas piétinés. « L'inscription du Code du statut personnel est une condition sine qua non à l'acceptation de la nouvelle Constitution », assure-t-elle. « La société tunisienne montre chaque jour sa capacité à se mobiliser encore, à ne rien lâcher », conclut la réalisatrice.


source jeuneafrique.com
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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 01:51

En Tunisie et en Egypte, l’ivresse des possibles

Après les révolutions, les privatisations...


L’absence de véritable aide internationale fragilise la quête d’une troisième voie, entre dirigisme et capitalisme débridé, dans les pays arabes. Elle les livre à l’influence d’institutions financières dont la crise, au Nord, n’a pas bousculé les certitudes.

 

Confrontées à une difficile stabilisation de leur situation politique, la Tunisie et l’Egypte doivent aussi faire face à des défis économiques. La chute des systèmes de prébende mafieuse va certes libérer les énergies et les initiatives individuelles, mais elle ne sera fructueuse que si les nouveaux pouvoirs en place trouvent les moyens financiers de rattraper le temps perdu et d’assurer un développement plus égalitaire. Selon les premières estimations de la Banque centrale de Tunisie et du ministère égyptien de l’économie, les deux pays auront besoin, au cours des cinq prochaines années, de 20 à 30 milliards de dollars pour améliorer les conditions de vie de leurs populations et désenclaver des régions entières grâce à un programme d’investissements dans les transports, l’énergie et les infrastructures technologiques. Conscientes de ces enjeux majeurs, des personnalités tunisiennes, mais aussi européennes et arabes (1), se sont regroupées derrière le slogan « Invest in democracy, invest in Tunisia » (« Investissez dans la démocratie, investissez en Tunisie ») et ont lancé un appel, le « manifeste des 200 », appelant les pays occidentaux à aider financièrement la Tunisie.


Les Etats-Unis et l’Union européenne ont toutefois fait savoir de manière plus ou moins tranchée que leurs caisses étaient vides et que la crise de la dette publique ne les incitait guère à la prodigalité. Lors de la réunion du G8 à Deauville, les 26 et 27 mai 2011, les pays les plus riches de la planète ont certes promis 20 milliards de dollars (14,7 milliards d’euros) sur deux ans à l’Egypte et à la Tunisie, mais ce montant comprend essentiellement des prêts déjà programmés avant la révolution. Quant aux pays arabes, ils ne se précipitent guère pour aider leurs voisins engagés sur le chemin tortueux de la démocratisation. L’Algérie, pourtant forte d’un trésor de guerre de 150 milliards de dollars, n’a alloué que quelques dizaines de millions de dollars à la Tunisie : une misère. Sans compter que le projet de Banque méditerranéenne, dans les cartons depuis 1995, a été définitivement enterré par l’Union en mai 2011. Ainsi, la Banque européenne d’investissement (BEI) — qui va proposer des prêts d’un montant total de 6 milliards de dollars d’ici à 2013 — et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) seront les principaux organismes prêteurs, aux côtés du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Contrairement aux pays d’Europe de l’Est après la chute du mur de Berlin, les pays méditerranéens engagés dans une transition démocratique ne disposeront pas de « leur » banque de reconstruction et de développement.


A Tunis comme au Caire, où l’on espérait le lancement d’un véritable « plan Marshall » — référence au financement de la reconstruction de l’Europe par les Etats-Unis après la seconde guerre mondiale —, la déception a été grande. D’autant que plusieurs économistes ont expliqué qu’un tel plan ne coûterait que l’équivalent du financement de deux mois de guerre en Irak, ou 3 % de la facture de la réunification allemande de 1991  (2).

 

Aller plus loin dans l’ouverture libérale


A défaut de pouvoir compter sur une aide financière à la mesure des défis économiques et sociaux qu’elles affrontent, l’Egypte et la Tunisie sont vivement encouragées par le FMI et la Banque mondiale à aller plus loin dans l’ouverture libérale, quitte à s’adresser aux grands groupes internationaux pour financer leur développement. Aux yeux des bailleurs de fonds internationaux et des multinationales occidentales déjà installées au sud de la Méditerranée et qui souhaitent disposer d’une plus grande facilité d’action, l’option des partenariats public-privé (PPP) fait presque figure de solution miracle. Le principe ? Une entreprise privée financerait, construirait, puis exploiterait un service public (eau, énergie, santé…) pour le compte de l’Etat ou de ses collectivités : une privatisation, fût-elle temporaire, qui ne dit pas son nom. Ainsi, avec un cynisme qui leur est propre, les institutions financières internationales demandent à ces démocraties naissantes l’équivalent de ce qu’elles exigeaient des dictatures il y a peu.

Depuis le début des années 1990, le FMI n’a cessé en effet de demander à M. Hosni Moubarak et à M. Zine El-Abidine Ben Ali (présidents respectivement de l’Egypte et de la Tunisie) plus de réformes économiques, parmi lesquelles la convertibilité totale de leurs monnaies, une « amélioration de l’environnement des affaires » — comprendre par là plus de facilités pour les investisseurs étrangers —, un retrait accéléré de l’Etat de la sphère économique et une libéralisation des services. Sans jamais remettre en cause leur adhésion à l’économie de marché, les dictateurs déchus avaient veillé à ne pas aller trop loin en matière d’ouverture, conscients que cela pouvait aggraver les disparités sociales. Les futurs gouvernements démocratiquement élus se plieront-ils à ces demandes de libéralisation économique plus poussée ? Les PPP sont-ils vraiment la solution ?


Au sud de la Méditerranée, ce montage apparaît pour les milieux d’affaires et les institutions internationales comme l’outil indispensable pour le financement d’infrastructures. Pourtant, les implications de ce système demeurent largement méconnues. Comme l’ont expliqué Les Echos, « le recours de plus en plus fréquent aux partenariats public-privé n’a pas encore prouvé sa rentabilité économique ». Citant François Lichère, professeur de droit à l’université d’Aix-Marseille et consultant auprès de cabinets d’avocats pour la rédaction de contrats de PPP, le quotidien économique français ajoute que « le risque financier est porté par des sociétés de projet, montées pour l’occasion, qui empruntent 90 % des fonds. L’outil est donc fait pour fonctionner dans des contextes bancaires favorables (3) ».


Cette remarque appelle deux réserves. La première concerne l’état du secteur bancaire. L’outil PPP nécessite des taux d’intérêt peu élevés et des banques en bonne santé. Or ces deux conditions sont loin d’être remplies en Tunisie et en Egypte, où de nombreux établissements traînent des créances douteuses et n’ont pas l’expertise nécessaire pour participer à des montages financiers complexes (4). La seconde réserve est liée à la capacité de l’opérateur public à s’assurer que ses intérêts — et ceux du contribuable — sont respectés, et que le partenaire privé mène bien sa mission. Cela signifie que l’Etat, la collectivité locale ou tout autre acteur public doit avoir les compétences et l’expertise nécessaires pour accompagner et évaluer le PPP. Ainsi, en France, dans un secteur comme celui de l’alimentation en eau potable, les municipalités sont obligées de faire preuve de vigilance pour ne pas se voir imposer des surcoûts et pour que les dispositions contractuelles ne soient pas foulées au pied par l’opérateur privé (5). En clair, les PPP exigent non pas un Etat fort, mais un Etat compétent, capable d’élaborer un cadre juridique solide puis de vérifier la bonne exécution du partenariat. La question est donc de savoir si les futures administrations tunisiennes et égyptiennes en seront capables.

L’impôt, jugé impie par l’islam politique


Existe-t-il une option économique qui ne serait ni un libéralisme débridé ni un retour au dirigisme d’antan ? Si oui, elle ne viendra pas des partis politico-religieux. Comme l’a montré l’économiste égyptien Samir Amin à propos des Frères musulmans, l’islamisme se contente de s’aligner sur les thèses libérales et mercantilistes et, contrairement à une idée reçue, n’accorde que peu d’attention aux enjeux sociaux. « Les Frères musulmans, explique-t-il, sont acquis à un système économique basé sur le marché et totalement dépendant de l’extérieur. Ils sont en fait une composante de la bourgeoisie compradore (6). Ils ont d’ailleurs pris position contre les grandes grèves de la classe ouvrière et les luttes des paysans pour conserver la propriété de leurs terres[notamment au cours des dix dernières années]. Les Frères musulmans ne sont donc “modérés” que dans le double sens où ils ont toujours refusé de formuler un quelconque programme économique et social (de fait, ils ne remettent pas en cause les politiques néolibérales réactionnaires) et où ils acceptent de facto la soumission aux exigences du déploiement du contrôle des Etats-Unis dans le monde et dans la région. Ils sont donc des alliés utiles pour Washington (y a-t-il un meilleur allié des Etats-Unis que l’Arabie saoudite, patron des Frères ?), qui leur a décerné un “certificat de démocratie” (7 ! »


On parle souvent des actions caritatives des formations islamistes ; c’est oublier que ces dernières défendent un ordre figé et qu’elles se refusent à penser ou à élaborer des politiques vouées à la diminution de la pauvreté et des inégalités sociales. De même, l’islam politique est enclin à favoriser des politiques néolibérales et à s’opposer à toute politique de redistribution par le biais d’impôts jugés impies, exception faite de lazakat, c’est-à-dire l’aumône légale et codifiée — l’un des cinq piliers de l’islam. Cela explique pourquoi les islamistes n’ont jamais cherché à se rapprocher des mouvements altermondialistes, qu’ils considèrent souvent comme une nouvelle manifestation du communisme. On peut donc supposer que, tant qu’ils ne mettent pas en danger la base même de la démocratie, des partis islamistes forts n’entraîneraient pas une révolution majeure dans la politique économique des pays concernés.


La Tunisie et l’Egypte se retrouvent donc confrontées à la recherche de cette fameuse « troisième voie » que les pays de l’ex-bloc soviétique n’ont pas été capables de mettre en place après la chute du Mur. Il s’agit d’empêcher que les révolutions populaires fassent le lit d’un capitalisme conquérant qui remettrait en cause la cohésion sociale des sociétés égyptienne et tunisienne. Cela passe nécessairement par la mise en place de politiques économiques mettant l’accent sur le social et la réduction des inégalités.

par Akram Belkaïd, journaliste. Ce texte est issu du livre qu'il vient de publier. Etre arabe aujourd'hui, Carnets Nord, Paris, 20121


(1) Parmi elles, les économistes Georges Corm, Jean-Marie Chevalier, Daniel Cohen et El-Mouhoub Mouhoud, les anciens ministres des affaires étrangères Hervé de Charette et Hubert Védrine, ou encore les parlementaires Elisabeth Guigou et Denis MacShane.

(2) « Un plan économique pour soutenir la transition démocratique en Tunisie », Le Monde, 18 mai 2011.

(3) Catherine Sabbah, « Partenariat public-privé : un mauvais outil de relance », Les Echos, Paris, 15 avril 2010.

(4) Concernant l’état du secteur bancaire au sud de la Méditerranée, cf. la note de recherche de Guillaume Almeras et Abderrahmane Hadj Nacer (avec la collaboration d’Isabelle Chort), « L’espace financier euro-méditerranéen », Les Notes d’Ipemed, n° 3, octobre 2009.

(5Cf. Marc Laimé, Le Dossier de l’eau : pénurie, pollution, corruption, Seuil, Paris, 2003.

(6) L’expression « bourgeoisie compradore » décrit cette classe qui tire ses revenus du commerce avec l’étranger, notamment via les opérations d’import-export, ou d’import tout court dans le cas de nombreux pays arabes (Algérie, Arabie saoudite, Libye…). L’influence de cette catégorie économique est telle qu’elle empêche la création et le développement d’activités économiques internes qui pourraient concurrencer les importations.

(7) Samir Amin, « 2011 : le printemps arabe ? Réflexions égyptiennes », Europe solidaire sans frontières, 24 mai 2011

source monde-diplomatique

 

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 Le programme de Jebali critiqué par des experts

           

Le chef du nouveau gouvernement, Hamadi Jebali a présenté le programme de son gouvernement et a estimé, dans un discours prononcé jeudi, que les mesures «urgentes et vitales», figurant dans le programme 2012, sont à la portée de son équipe. 

Ces objectifs sont réalisables, car la politique du nouveau gouvernement, va être axée, selon le Premier ministre, sur la «lutte contre la corruption et la garantie de l’indépendance et de la compétence des institutions de contrôle financier», outre «l’approche de transparence et d’austérité qu’adoptera  l’équipe gouvernementale».

Seulement voilà, des experts et économistes tunisiens ont réagi à l’annonce du programme du gouvernement de Jebali indiquant que celui-ci (le programme) «reflète les bonnes intentions de ses concepteurs» mais manque, néanmoins, «d’objectifs quantitatifs clairs et de mécanismes efficaces pour leur réalisation».

M. Hamadi Jebali avait annoncé que son gouvernement prévoit la création, en 2012, de 20 000 postes d’emploi dans le secteur public comme « contribution de l’Etat à l’effort pour la promotion de l’emploi ». Il a évoqué, à ce sujet, les opportunités d’emplois offertes dans les pays frères et voisins, notamment, la Libye, les pays du Golfe et l’Europe.

Le programme proposé par le nouveau gouvernement prévoit également de faire bénéficier davantage de familles nécessiteuses, voire 50 000 familles supplémentaires, de la prime mensuelle de 70 dinars. Cette mesure porte le nombre global des familles bénéficiaires de cette prime à 235 000.

M. Mahmoud Ben Romdhane, enseignant de sciences économiques à l’Université de Tunis, estime, lui, que la question qui se pose actuellement est «comment financer les nouvelles mesures économiques et sociale décidées par le nouveau gouvernement? et quel est leur impact sur les grands équilibres financiers et économiques du pays ?».

L’universitaire s’est interrogé aussi sur les «limites tolérables» du déficit du budget de l’Etat pour le gouvernement de Jebali et sur les méthodes de financement de ce déficit (endettement intérieur ou extérieur).

M. Noureddine Bhiri, ministre de la Justice dans le nouveau gouvernement, avait annoncé, auparavant, que le gouvernement projette de réaliser un taux de croissance de 5% en 2012 et de créer environ 400 mille emplois.

Pour Moez Labidi, analyste financier, ces mesures annoncées demeurent «de simples promesses» en l’absence de visibilité concernant les méthodes et les mécanismes de financement. L’expert a mis en garde contre une «réaction négative» face à l’annonce de ces mesures de la part des  milieux avisés de financement et d’affaires.

L’actuelle phase transitoire nécessite, a-t-il dit, « la transmission de signaux clairs pour les investisseurs tunisiens et étrangers », faisant remarquer que le grand défi consiste en « le rétablissement de la confiance des tunisiens et des hommes d’affaires et l’amélioration du climat d’affaires en général ».

Par ailleurs, il a insisté sur «l’impératif d’engager, dans l’immédiat, les débats sur le budget de l’Etat et la loi des finances», pour garantir une meilleure visibilité.

L’expert a suggéré, à cet effet, «la création de comités  de réflexion regroupant des compétences indépendantes».  Leur mission consistera à identifier des solutions pratiques pour promouvoir l’emploi et le développement régional et à réformer les systèmes de l’éducation, de l’enseignement et de la formation.

Un autre économiste, qui a requis l’anonymat, a indiqué, que la marge de manœuvre du gouvernement de Jebali est «très limité», puisque le budget de l’Etat pour l’année 2012, présenté par le gouvernement de Beji Caid Essebsi, prévoit un déficit estimé à 6%, et ce, sur la base d’un ensemble de scénarios difficiles à traduire dans les faits. Il s’agit, notamment, de la réalisation d’un taux de croissance de 4,5% au cours de l’année 2012, du  prélèvement de 4 jours des salaires et du rajustement des  prix des hydrocarbures.

Et d’ajouter que le recours au marché financier mondial et l’endettement à des coots élevés, constituent des solutions difficiles à adopter d’autant plus que la révision du rating de la Tunisie aura pour conséquence le doublement du coot de la dette.

source espacemanage

 

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La transition a un coût

 

 Dans une conjoncture internationale difficile, une conjoncture nationale critique et des choix économiques non encore définis, exprimés, Joaquim Oliveira Martins, Chef de la division des politiques de développement régional à l’OCDE, a estimé que la Tunisie aurait besoin de l’indépendance de la banque centrale pour assurer la stabilité du pays et sa crédibilité, « une démarche parfois coûteuse en termes de choix politiques, mais c’est un capital de confiance ».

Dans un entretien avec Africanmanager, il a relevé que la Tunisie a conduit son processus de changement politique avec beaucoup de dignité, de sens de l’honneur et avec une image encore plus renforcée du pays ».

« Un atout favorable par rapport aux autres pays de nature à attirer les investisseurs étrangers. Et d’ajouter qu’avec le changement, les bouleversements sont inévitables. Il est tout à fait normal qu’il y ait certains circuits ou mécanismes dont la cohérence se trouve modifiée et est normal qu’il y ait un coût pour la transition. L’important pour l’instant est de regarder l’avenir, préserver les acquis réalisés, ce qui nous rend optimistes quant au futur de ce pays » a t-il dit.

Concernant les solutions qu’il propose pour y faire face, il a évoqué le capital humain comme un atout indispensable en termes d’attraction de certains types d’investissements directs, qui vont renforcer le capital technologique. « En termes d’atout économique, la Tunisie dispose d’un bon capital humain. Un avantage par rapport aux autres pays ayant beaucoup de ressources naturelles, mais qui se trouvent obligés d’avoir à faire face à des lacunes puisqu’ils n’accordent pas une attention particulière à la formation et à l’éducation »

Joaquim Oliveira Martins n’a pas manqué de mettre l’accent sur le volet connectivité, et ce par rapport au réseau d’innovation international, « même si elle ne produit pas l’innovation dans une conjoncture marquée par une concurrence assez rude en la matière. La Tunisie peut bénéficier de l’innovation qui se produit ailleurs à condition qu’elle soit connectée. Ce sont, à mon avis, des stratégies qui vont favoriser le développement et surtout un développement régional équilibré, qui représenterait un grand atout pour la nouvelle Tunisie »

Evoquant la question de la dette de la Tunisie qui s’élève à 14,7 milliards d’euros, ce qui correspond à 41.7% de son PNB, Joaquim Oliveira Martins a affirmé que l’endettement est fonction de la capacité de l’investissement et du développement d’épargne. Si la Tunisie est capable de générer les épargnes des fonds domestiques pour faire face aux besoins d’investissements qui sont énormes, sachant que sans investissement, il n’y a pas de croissance et s’il y a un gap entre l’investissement et l’épargne, c’est out à fait normal qu’un pays importe du capital étranger. Cela va se refléter dans un déficit externe et dans une certaine accumulation de la dette. Mais, si cette accumulation a été bien investie et cet investissement génère des fondements, il n’y a aucun problème lié à l’endettement qui n’est pas une chose mauvaise. Toute entreprise s’endette pour pouvoir investir et augmenter la productivité, a-t-il souligné.

Mais la question qui se pose toujours est de savoir comment utiliser cette dette. Si on le fait pour la consommation, la compensation plutôt que l’investissement, c’est mauvais. Il n’y a rien de négatif pour s’endetter à condition qu’on ait la capacité de rembourser cette dette. Il faut que ce soit dans l’investissement, qui produira par la suite des fonds de roulements permettant la croissance.

par Wiem Thebti

source africanmanager

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 17:42

 

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Israël : la révolte de femmes contre la ségrégation sexuelle imposée par les "haredim" ("craignant Dieu").


La discrimination contre les femmes prônée par certains Juifs ultra-orthodoxes, les "haredim" a dégénéré ces derniers jours, dans la ville de Beit Shemesh, près de Jérusalem, où vit cette importante population religieuse. 

Mais qui son ces fauteurs de troubles ? Les "haredim" font partie d'une communauté composée d'hommes qui ne travaillent pas, mais qui se consacrent essentiellement à l’étude des textes sacrés, la charge de gagner un revenu retombant sur les femmes. Or ces dernières n'ont pas le droit de travailler dans un milieu mixte homme – femme, et de plus leurs très nombreuses grossesses (une moyenne de 10 enfants par foyer) rebutent les employeurs. 

De plus la chasteté de la femme préoccupe énormément cette société ultra-orthodoxe. Elle doit non seulement cacher ses cheveux, ses bras et jusqu’à ses chevilles, mais le moindre contact physique avec un homme qui n’est pas son mari lui est interdit. L'homme "haredim" ne doit jamais se retrouver seul avec une femme autre que la sienne, et même en public tout contact physique avec une autre femme lui est défendu. D'où la création de passages piétons séparés pour les hommes et les femmes dans certaines zones haredim, et aussi l'organisation de bus dans lesquels la séparation des sexes est imposée, les hommes ayant des places réservées à l'avant, et les femmes à l'arrière. 

La tension entre cette communauté et les autres israéliens a commencé a enfler suite à la diffusion de photographies sur Facebook, prises par une jeune femme israélienne de 28 ans, Tanya Rosenblit, avec son téléphone portable, dans un bus de la compagnie publique Egged dans lesquels les ultra-orthodoxes imposent la séparation des sexes : les hommes à l'avant et les femmes à l'arrière.

C'était le vendredi 16 décembre, elle devait aller à un rendez-vous de travail à Jérusalem. Comme elle prenait ce bus 451 très spécifique, elle s'était habillée en conséquence pour ne pas choquer les autres passagers, jupe aux chevilles et manches longues. Seul sont découverts ses cheveux et son visage.

Mais peine perdu, elle fut agressée par un "haredim" qui n'avait pas supporté qu'elle se soit assise derrière le chauffeur, malgré les abjurations de ce dernier à la faire asseoir à l'arrière du bus. L'ultra-orthodoxe a empêché le bus de partir. Un groupe d'agités ultra-religieux s'était alors formé dehors,pendant que d'autres à l'intérieur du bus la traitaient de "shikse" un terme très péjoratif qui désigne une femme non juive. La police appelée à la rescousse, lui a demandé d'aller à l'arrière du bus, ce qu'elle a refusée. Puis tout s'était calmé, pendant que l'agresseur resté près du chauffeur récitait des prières.

A cet instant personne n'était au courant de ce clash, ce n'est que plutart lorsque ces photos ont été vues sur Facebook, et que des journalistes s'en sont emparés à la fin du shabbat qu'il a commencé à faire le "buzz". Le lendemain matin tout le monde connaissait, Tanya Rosenblit, grâce aux télévisions, aux radios aux journaux et aussi aux sites internet, la nouvelle "Rosa Parks"! 

Dans une lettre publiée par le Yediot Aharonot, le journal le plus lu en Israël, elle écrit que sous le couvert de la sainteté, enfreindre la liberté de choix et le droit au respect de chacun, c'est là la vraie provocation, en ajoutant : "Comment se fait-il que la société israélienne de 2011 n'ait pas encore intériorisé cette idée-là !". Une réflexion qui a trouvé un large écho au sein de l'opinion publique israélienne.

C'est alors que le vendredi 23 décembre, était diffusé par une chaîne de télévision un reportage tourné dans le ville de Beit Shemesh, une ville de 80 000 habitants, située à 30 km à l'ouest de Jérusalem, est  qui est majoritairement peuplée par des Juifs religieux, parmi lesquels une importante communauté de "haredim", en pleine expansion. Dans ce reportage un "intégriste juif" estimait qu'il était "permis de cracher sur une fille si elle n'est pas correctement vêtue", ce qui a suscité de nombreuses réactions indignées dans le pays.

Samedi, 24 décembre, un homme soupçonné d'avoir craché sur une femme ultra-orthodoxe et lancé une malédiction a été arrêté. Alisa Coleman est une immigrante britannique mère de 4 enfants. Alors qu'elle aidait des écolières à monter dans le bus en direction de l’école sioniste-religieuse "Orot Banot", réservée aux filles, elle a été attaquée par plusieurs hommes lui reprochant de ne pas être habillée de façon décente.

Une écolière de huit ans, Hadassah Margolis, originaire de Beit Shemesh, a été insultée et a été victime de crachats la semaine dernière, alors qu'elle se rendait en classe, sous prétexte qu'elle n'était pas "vêtue décemment". Une mère de trois enfants, Myriam Marcus, arrivée de New York depuis 2007 et qui vit dans le même bâtiment que la famille Margolis a précisé que ces agressions ne sont pas un phénomène nouveau. Elle a été injuriée  et on lui a craché dessus, alors qu'elle était à un arrêt de bus avec son fils, parce qu'elle portait des sandales. 

Le 25 décembre, le Premier ministre isrélien, Benjamin Netanyahu, a fait une déclaration au début du conseil des ministres, dans laquelle il appel à réprimer "toutes les manifestations de discrimination envers les femmes" en ajoutant qu'Israël est un État "démocratique, occidental, libéral"

Suite à cette déclaration, une équipe de journalistes, travaillant pour une chaîne de télévision, était venue filmer dans Beit Shemesh, les panneaux enjoignant aux femmes de ne pas s'arrêter devant une synagogue. Ils ont été pris à parti par des intégristes religieux qui ont brisé les vitres des véhicules de la télévision et endommagé le matériel qui s'y trouvait à l'intérieur. La police a du intervenir, pour extraire les journalistes de ces groupes de personnes pleines de haine.

La police a enlevé des parcartes, dans l'artère principale de Beit Shemesh, exhortant à séparer les hommes des femmes, ainsi que les nombreux écriteaux demandant aux  femmes à se vêtir "modestement", avec des manches et des jupes longues. Or celles-ci ont été réinstallées après leur départ.

Lundi 26 décembre, des heurts violents ont eu lieu entre des policiers et des centaines de "haredim". Un policier a été blessé par un jet de pierre. Ils ont molesté des journalistes de la chaîne 10 de la Télévision israélienne qui tournaient dans cette ville en leur ordonnant de "dégager". Ils ont également brulé des poubelles et lancé des oeurfs sur les policiers.

La presse a relayé récemment les prises de position de femmes ultra-orthodoxes se rebellant contre cette pratique de discrimination dans les bus, et cela a attiré l'attention de l'opinion publique sur ce problème. Des organisations féministes se sont alors opposées également à la pratique de certains publicitaires qui consistait à faire disparaître des images de femmes des affiches dans les quartiers "haredim" sous la presson de cette communauté, et les avaient remplacé par des images d'hommes.

Frances Raday, professeur émérite de droit à l'Université hébraïque de Jérusalem, spécialisée dans le droit des femmes déclare que depuis sa création, l'État d'Israël est beaucoup trop tolérant vis-à-vis de la position d'intolérance des ultra-orthodoxes vis à vis des femmes et qui refusent l'égalité homme-femme, pourtant inscrite dans la loi fondamentale israélienne. Selon elle, il ne fait rien pour inverser cette tendance à la radicalisation de cette frange de la population religieuse israélienne, qui a tendance à gagner du terrain.

Aujourd'hui une manifestation de militants de la laïcité est prévue à Beit Shemesh contre ces violences. Ils espèrent 10.000 participants. Pour prouver que ces violences sont le fait d'extrémistes, des juifs orthodoxes ont fait savoir qu'ils souhaitaient y participer.

source lepost.

 

 

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Le printemps arabe va-t-il se retourner contre les femmes ?

Les « tests de virginité » pratiqués par les militaires egyptiens sont désormaisinterdits. C'est grâce à Samira Ibrahim Mohammed, 25 ans, que la Cour d'Etat a rendu ce jugement ce 27 décembre. La jeune femme avait voulu porter plaintepour elle et « toutes les Egyptiennes ».

Le 9 mars, elle a été arrêtée sur la place Tahrir avec dix-sept autres militantes. Accusée de vandalisme et d'insultes à un représentant de l'ordre, Samira a ététorturée par les militaires. Elle a été électrocutée, humiliée et les officiers lui ont fait passer un test de virginité. L'ONG Human Rights Watch a recueillison témoignage.

Le 20 décembre, elle faisait partie des quelques 2 000 femmes rassemblées sur la place Tahrir pour dénoncer les violences perpétrées par le pouvoir militaire.

Elles ont notamment réagi à la vidéo qui a ému la communauté internationale : on y voit une femme voilée, deshabillée, frappée et trainée sur la chaussée par des soldats.

 

Dans un communiqué publié quelques heures après la manifestation, l'armée a assuré qu'elle prendrait « toutes les mesures légales pour que les responsables de ces atteintes rendent des comptes ». Mais certains remettent en cause la véracité des images.

« La révolution ne fait que commencer »

Le 10 décembre, trois militantes ont reçu leprix Nobel de la paix : la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, sa compatriote Leymah Gbowee et la YéméniteTawakkul Karman, figure de proue du printemps arabe.

Elles sont nombreuses à s'être mobilisées au cours des manifestations. Mais près d'un an après le début des révoltes arabes, la condition de la femme est au centre des interrogations.

Au Yémen, pour deux femmes qui témoignent dansun article de La Croix, :

« La révolution ne fait que commencer, elle va durer des années »

Elles rêvent encore d'aller boire un café ou de pouvoir courir dans la rue sans s'attirer les railleries des passants.

Au Maghreb, les craintes d'une dégradation de la condition des femmes sont renforcées par lesvictoires des partis islamistesaux récentes électionsen Tunisieet en Egypte.

En Egypte,aucune femmen'a été intégrée dans le comité nommé en février pour amender la constitution. Les autorités militaires égyptiennes ont imposé à l'ensemble des partis politiques de proposerau minimum une candidate sur leurs listes.

Mais ils n'exigent pas que les femmes soient bien placées. La participation des femmes a la vie politique n'est doncpas garantie.

« Respecte ma prière, respecte ma bière »

A Tunis, la faculté des lettres de la Manouba est devenue l'emblème del'oppositionentre laïques et salafistes. Desislamistes ont fait le siège de l'université début décembre. Ils revendiquent la création d'une salle de prières dans l'université, et l'autorisation du port du niqab pour les étudiantes.

Fadila Laouani,interrogéepar l'AFP, rétorque :

« On ne va pas engager des fonctionnaires pour regarder le visage des filles à l'entrée de chaque salle de classe. Pas question d'accepter le niqab. »

A Tunis, deux enseignantes ont été molestées par des élèves, leurs tenues vestimentaires étant jugées indécentes. Des faits similaires ont été recensés dans d'autres universités.

Chaïma et Rima, étudiantes à Gamès,interviewéespar Le Point, ont protesté avec une pancarte :

« Respecte ma prière, respecte ma bière, respecte mon voile, respecte ce que je dévoile. »

L'arrivée des islamistes pourrait mettre en péril le statut des femmes dans la société tunisienne, en partie acquise grâce à Habib Bourguiba. Peu de temps après son arrivée au pouvoir en 1956, le père de l'indépendance et chantre de la laïcité a proclamé lecode du statut personnel, un ensemble de lois progressistes qui abroge la polygamie, la répudiation et légalise le divorce.

Le féminisme, combat trop occidental ?

Pour Maryam Alkhawaja militante des droits de l'homme au Bahrein,interrogéepar le Huffington Post, un « sentiment anti-Occident » empêchera le féminisme de se diffuser au Moyen-Orient :

« Nous devons être capable de créer un mouvement propre à nos sociétés qui dit que les femmes sont égales aux hommes. Ce sera plus difficile si c'est perçu comme une notion occidentale importée et imposée aux habitants du Moyen-Orient. »

Amnesty International a publiéune tribunesur son site dans laquelle ils dénoncent des changements qui tardent à venir :

Peut-être ne devrions-nous plus être surpris par la lenteur avec laquelle sont concrétisées les promesses concernant les femmes dans les situations de conflit.

Même lorsque l'on parle des viols commis en temps de guerre, sans doute la question relative aux droits des femmes prêtant le moins à controverse, la communauté internationale et les Etats, à titre individuel, traînent des pieds.

Beaucoup prennent l'exemple de l'Iran pour émettre des doutes sur les bienfaits, pour les femmes, du Printemps arabe. Le droit de vote a été accordée aux femmes en 1963, mais le renversement du Shah a laissé place à une stricte réglementation du statut des femmes.

source rue89

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 07:04

 L’Irak totalement détruit par l’invasion et l’occupation

 

 

« C’est avec une grande fierté – et une fierté durable – que vous quitterez ce pays d’entre les fleuves », a déclaré le ministre américain de la Défense, Leon Panetta, à l’adresse de ses soldats lors de la cérémonie d’adieu qui s’est déroulée à Bagdad le 15 décembre 2011. Et Panetta, ancien patron de la CIA, d’ajouter que « la guerre en Irak a bien valu son coût énorme en sang et en argent ». Un récapitulatif s’impose.

 

Au moins 31 pour 100 du million cinq cent mille soldats environ qui rentrent de la guerre en Irak souffrent de dépression ou de trouble de stress post-traumatique, lesquels influencent de façon très négative leur travail, leurs relations et leur existence familiale. C’est ce que révèle une étude réalisée par des chercheurs de l’armée américaine. Tant en 2009 qu’en 2010, un plus grand nombre de soldats américains sont morts de suicide que lors des combats.

Cela en valait-il vraiment la peine ?

 

 Le déclin de l’empire américain

 

Le 18 mars 2003, ECAAR (EConomists Allied for Arms Reduction – Économistes unis pour la limitation des armements) rédigeait un pamphlet contre le déclenchement d’une guerre unilatérale en Irak. Le texte était signé par plus de deux cents économistes américains, dont sept lauréats du prix Nobel et deux anciens présidents du Comité des conseillers économiques de la Maison-Blanche. Ce texte constituait la base d’une annonce publiée dans le Wall Street Journal. En voici quelques extraits :

« En tant qu’économistes américains, nous nous opposons à une guerre unilatérale contre l’Irak que nous considérons comme inutile et néfaste pour la sécurité et l’économie des États-Unis et de l’ensemble de la communauté mondiale. »

« (...) Nous doutons que la guerre serve la sécurité et qu’elle n’accroisse le risque d’instabilité future et de terrorisme. Nous pressentons clairement l’immédiate tragédie humaine et les destructions de la guerre, ainsi que la potentialité de dégâts économiques graves pour notre nation et le monde entier. »

« (…) Nous ne croyons pas que cette guerre soit nécessaire pour la sécurité nationale des États-Unis. Une économie saine est nécessaire pour la sécurité des États-Unis et le développement économique pacifique du reste du monde. »

 

 

La guerre contre l’Irak est la cause de la crise économique

 

Cette explication donne une image douloureusement précise de ce qui allait suivre : Cette guerre a plongé les États-Unis et le reste du monde dans une crise économique et elle a indiqué clairement les limites de la puissance américaine. La résistance irakienne contre l’occupation est coresponsable du déclin de l’Amérique tel qu’il fut prédit en 2004 : « Nous figerons les occupants ici en Irak, épuiserons leurs moyens et effectifs et briserons leur volonté de combattre. Nous les obligerons à investir autant qu’ils pourront voler, si pas plus. Nous perturberons le flux du pétrole volé, puis l’arrêterons de sorte que leurs plans deviendront inutiles. »

 

 

Le lauréat du prix Nobel Joseph Stiglitz a calculé le prix de la guerre

 

 

Joseph E. Stiglitz, lauréat du prix Nobel et l’un des signataires de la déclaration susmentionnée, a calculé les coûts de la guerre en Irak dans son ouvrage paru en 2008, The Three Trillion Dollar War (La guerre à trois mille milliards de dollars). Il conclut : « Il n’existe pas de déjeuner gratuit, pas plus qu’il n’existe de guerre gratuite. L’aventure irakienne a gravement affaibli l’économie américaine et la misère va bien plus loin que la crise des hypothèques. On ne peut dépenser 3.000 milliards de dollars – oui, 3.000 milliards de dollars – dans une guerre ratée à l’étranger sans en ressentir la douleur dans son propre pays. »

 

Stiglitz décrit ce qu’on pourrait payer avec ces milliards de dollars : 8 millions d’habitations ou 15 millions d’enseignants, les soins de santé pour 530 millions d’enfants pendant un an, des bourses universitaires pour 43 millions d’étudiants. Ces 3.000 milliards de dollars résoudraient le problème de la sécurité sociale de l’Amérique pour un demi-siècle.

 

En ce moment, dit Stiglitz, l’Amérique consacré 5 milliards de dollars par an à l’Afrique et se fait du mouron parce qu’elle est sur le point d’y être supplantée par la Chine : « Cinq milliards de dollars, cela représente en gros 10 jours de guerre. Cela vous donne une idée du gaspillage de moyens ! »

 

 

Cela s’aggrave encore

 

« Maintenant que les États-Unis vont mettre un terme à la guerre en Irak, il s’avère que notre estimation de 3.000 milliards de dollars (couvrant aussi bien les dépenses publiques pour la guerre que l’impact plus large sur l’économie américaine) était bien trop basse. Ainsi, les coûts du diagnostic, du traitement et des compensation des vétérans handicapés se sont révélés plus élevés que nous ne nous y étions attendus », écrivait Joseph Stiglitz le 3 septembre 2010 dansThe Washington Post.

 

Encore plus dramatiques sont les conséquences pour le Moyen-Orient même. Un rapport publié par le Strategic Foresight Group en Inde, dans un ouvrage intitulé Les coûts du conflit au Moyen-Orient, a calculé que, ces vingt dernières années, les conflits dans la région ont coûté aux pays et aux habitants 12.000 milliards de dollars (!). Le rapport indien ajoute que le Moyen-Orient « a consacré un montant record aux dépenses militaires des vingt dernières années et qu’il est considéré comme la région la plus armée du monde ».

 

Imaginez que ce montant soit consacré au développement des régions rurales et des infrastructures urbaines, des barrages et des réservoirs, de la désalinisation et de l’irrigation, du reboisement et des pêcheries, de l’industrie et de l’agriculture, de la médecine et de la santé publique, du logement et des technologies de l’information, des emplois, de l’intégration équitable des villes et des villages et aux réparations des dégâts de la guerre au lieu de produire des armes qui ne sèment que la destruction.

 

Les conséquences dramatiques de la prétendue « démocratie florissante » pour l’Irak

 

L’argent de la guerre du contribuable américain a non seulement ruiné l’économie américaine et plongé le reste du monde dans une crise économique, il a aussi anéanti une nation souveraine qui ne souhaitait aucunement faire partie du « Nouvel Ordre mondial ». La situation dramatique qui règne en Irak dément de façon criarde les échos positifs du « progrès en Irak » tel que le présentent les mass media.

 

Pour le contrôle de la perception par l’Américain moyen de la guerre en Irak, le ministère de la Défense a payé à des entrepreneurs privés américains jusqu’à 300 millions de dollars dans les années 2009-2011 pour la production d’informations et de programmes de distraction dans les médias irakiens et ce, dans une tentative de présenter une image sympathique à la population locale afin que celle-ci soutienne les objectifs américains et le gouvernement irakien.

 

 

La désinformation, une arme stratégique de la guerre

 

« Cette année, les dépenses en public relations du Pentagone censées ‘rallier les cœurs et les esprits’ tant au pays qu’à l’extérieur, s’élèveront à 4,7 milliards de dollars au moins », communiquait en 2009 la Fondation Nieman pour le journalisme à l’Université de Harvard, se demandant où se situe exactement la frontière entre information et propagande.

 

Le public n’est pas censé être mis au courant de tous les méfaits de la machine de guerre américaine et la désinformation se diffuse à grande échelle pour être avidement reprise par un appareil médiatique ami.

 

« Il est essentiel aussi essentiel pour le succès du nouveau gouvernement irakien et pour les troupes américaines de communiquer efficacement avec notre public stratégique (c’est-à-dire le public irakien, panarabe, international et américain) que de recevoir un large soutien dans nos thèmes centraux et nos informations », disait l’annonce de recrutement d’une équipe de 12 entrepreneurs civils en Irak.

 

 

Une catastrophe humanitaire encore jamais vue

 

Le haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), António Guterres, a constaté que la guerre de l’Irak est le conflit le plus retentissant au monde, mais également la crise humanitaire la moins connue. Examinons donc quelques-uns des « résultats » destructeurs de cette guerre et de cette occupation de ce même Irak que l’élite américaine qualifie de « démocratie florissante » :

- 1,45 million de victimes. Le nombre est choquant et dégrise. Il est au moins dix fois plus élevé que la plupart des estimations citées dans les médias américains, mais il s’appuie sur une étude scientifique portant sur les morts irakiens par violence suite à l’invasion de mars 2003 dirigée par les États-Unis ;

= la mortalité infantile irakienne a augmenté de 150 pour 100 depuis 1990, lorsque, pour la première fois, les Nations unies ont imposé des sanctions ;

= en 2008, 50 pour 100 seulement des enfants en âge de fréquenter l’école primaire allaient en classe, contre 80 pour 100 en 2005 ;

- en 2007, l’Irak comptait 5 millions d’orphelins, selon les statistiques officielles du gouvernement ;

- l’Irak compte entre 1 et 2 millions de veuves ;

- d’après des chiffres de l’UNHCR, il y a 2,7 millions d’Irakiens expatriés et 2,2 millions de réfugiés, surtout dans les pays voisins. Un Irakien sur six a quitté son pays. Le Croissant-Rouge irakien estime que plus de 83 pour 100 des expatriés irakiens sont des femmes et des enfants, dont la majorité de moins de 12 ans ;

-on estime que 8 millions d’Irakiens ont besoin d’aide humanitaire ;

- 70 pour 100 des Irakiens n’ont pas accès à l’eau potable. Le taux de chômage est officiellement de 50 pour 100 et, officieusement, de 70 pour 100. 43 pour 100 des Irakiens vivent dans une pauvreté profonde. 4 millions de personnes souffrent d’un manque de nourriture. 80 pour 100 des Irakiens n’ont pas accès à des équipements sanitaires décents ;

- 60 pour 100 seulement des 4 millions de personnes dépendant de l’aide alimentaire ont accès aux rations distribuées par le Système de distribution publique (PDS) contre 96 pour 100 en 2004 ;

- l’Irak n’a plus d’argent pour le paiement des indemnités aux veuves, les plantes servant dans l’agriculture et autres programmes pour les pauvres, a déclaré le président du Parlement, le 21 novembre 2010, et ce dans une des nations les plus riches en pétrole de la terre ;

- diverses minorités confessionnelles irakiennes (chaldéens, orthodoxes syriens, chrétiens assyriens et arméniens, communautés yezidi et mandéennes) courent le risque d’être éradiquées parce qu’elles sont confrontées à des niveaux inouïs de violence, d’après un rapport de Minority Rights Group International  ;

- d’après un rapport d’Oxfam, 33 pour 100 des femmes n’ont pas reçu la moindre aide humanitaire depuis 2003 ; 76 pour 100 des veuves n’avaient pas reçu la moindre pension ; 52 pour 100 étaient au chômage ; 55 pour 100 s’étaient expatriées depuis 2003 et 55 pour 100 avaient été victimes de violence(s) ;

- des années d’instabilité et de guerre ont fait qu’entre un et deux millions de femmes sont chefs de famille (FHoH) en Irak : veuves, divorcées et soignante de leur époux malade. À peine 2 pour 100 de ces femmes chefs de famille travaillent régulièrement, selon l’Organisation internationale de la migration (OIM).

Prendre la vie à des personnes innocentes est devenu une composante de la vie quotidienne.

 

par Dirk Adriaensens, coordinateur de SOS Iraq et il est membre du BRussells Tribunal. Entre 1992 et 2003, il a dirigé plusieurs délégations en Irak afin d’y observer les effets des sanctions. Il est également coordinateur de la Global Campaign against the Assassination of Iraqi Academics(Campagne mondiale contre l’assassinat d’universitaires irakiens).

Sources  michelcollon.info et dewereldmorgen

 

 

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Jamal Jawahiri :  « En Irak, on ne construira pas un État stable seulement avec l’armée et la police »
 Membre fondateur de l’Ong Al-Amal, Jamal Jawahiri dresse un bilan mitigé des années de présence américaine en Irak.
 Selon lui, le partage des institutions sur une base ethnique et confessionnelle risque de conduire à la guerre civile.

 

ENTRETIEN   Jamal Jawahiri,responsable de l’ONG irakienne Al-Amal

AU LENDEMAIN DU RETRAIT DES TROUPES AMÉRICAINES, L’IRAK SE RETROUVE PLONGÉ DANS UNE CRISE POLITIQUE. QUEL BILAN FAITES-VOUS DE CES ANNÉES DE PRÉSENCE AMÉRICAINE ?

 

Jamal Jawahiri : Le côté positif, c’est que la société civile bénéficie aujourd’hui d’un espace pour travailler et se développer indépendamment du gouvernement, même si cet espace est parfois limité. La loi irakienne sur les organisations non gouvernementales est excellente. 

Après les élections de 2010, notre recours devant la Cour suprême, avec trois autres organisations non gouvernementales, a forcé le parlement à se réunir pour élire le président de la République, conformément à la Constitution, ouvrant la voie à la formation du gouvernement.

En revanche, nous nous inquiétons de deux projets de loi récemment examinés en première lecture par le Parlement, l’un sur la liberté d’expression, l’autre sur les crimes d’information, deux textes rédigés par les commissions de la défense et de la sécurité intérieure. 

À travers ces deux initiatives, les responsables de ces commissions, proches du premier ministre Nouri Al Maliki, lancent à la société civile et aux médias un message en forme d’avertissement : votre liberté d’expression sera très limitée. C’est la même mentalité que du temps de la dictature de Saddam Hussein.

QUELLE EST LA PART DE RESPONSABILITÉ DES AMÉRICAINS DANS CETTE SITUATION ?

 

Les Américains ont détruit l’État et les institutions du pays, du gouvernement au parlement, en passant par l’administration et la justice, sans construire un nouveau système. Dans le vide ainsi créé, la corruption a prospéré. L’Irak doit maintenant relever ses défis, sans aucun soutien de l’extérieur. La tâche sera difficile. 

Les partis politiques religieux se partagent le pays et cela peut déboucher sur une guerre civile entre les communautés. Nous ne sommes pas opposés à l’idée d’un État fédéral mais il ne s’agit pas de cela.

Aujourd’hui, les partis religieux ou ethniques se partagent les postes au gouvernement et au Parlement, ce qui aboutit à une cantonisation du pays sur une base ethnique et confessionnelle. Le président est kurde, le premier ministre est chiite, le président du parlement est sunnite.

Le partage des institutions sur une base partisane et confessionnelle ne permet pas à des citoyens indépendants et qualifiés d’entrer au gouvernement et au Parlement. Les partis au pouvoir veulent même contrôler les nominations dans les commissions indépendantes comme la Commission des droits de l’homme, dans la justice et même à la banque centrale.

QUE PENSEZ-VOUS DU CONFLIT QUI OPPOSE LE PREMIER MINISTRE ET LES LEADERS SUNNITES ?

 

La sécurité des citoyens n’est pas assurée. La semaine dernière, une bombe a explosé à une centaine de mètres de nos bureaux. Le premier ministre et ses supporteurs veulent utiliser l’appareil sécuritaire pour construire le nouvel Irak, en recourant à la force et à l’intimidation, au lieu du dialogue et du compromis politique. Nouri Al Maliki veut concentrer plus de pouvoir entre ses mains et cette tendance autoritaire est dangereuse.

On ne construira pas un État stable et sûr seulement avec l’armée et la police. La démocratie exige que le pouvoir de la majorité ne s’exerce pas aux dépens des minorités, que ce soit sous la forme d’un gouvernement d’union nationale ou d’un gouvernement majoritaire, ceci d’autant plus que la majorité manque de technocrates et de personnalités qualifiées.

source la-croix.

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Le vice-président accusé d'avoir dirigé un escadron de la mort

Le vice-président sunnite de l'Irak, Tarek Al-Hachémi, a donné une conférence de presse depuis Erbil, mardi.Le vice-président sunnite de l'Irak, Tarek Al-Hachémi, a donné une conférence de presse depuis Erbil, mardi.   © AFP/SAFIN HAMED   

L'Irak est de nouveau secoué par des troubles politiques, après que le vice-président sunnite du pays, Tarek Al-Hachémi, eut été accusé d'avoir dirigé un escadron de la mort. L'affaire menace de raviver les tensions entre la minorité sunnite et la majorité chiite.

 

Tarek Al-Hachémi fait l'objet d'un mandat d'arrêt relatif aux « lois antiterroristes » du pays. Le mandat a été lancé lundi par un comité judiciaire du ministère de l'Intérieur, qui demeure sous contrôle du premier ministre chiite, Nouri Al-Maliki.

La télévision publique Al-Iraqiya a diffusé lundi des images montrant, selon le ministère de l'Intérieur, des gardes du corps du vice-président sunnite qui avouent avoir planifié et commis des attentats. Ils affirment recevoir des fonds et un soutien du vice-président.

 

Al-Hachémi se défend et accuse le premier ministre

M. Al-Hachémi nie avoir fait quoi que ce soit de répréhensible. Dans une conférence de presse télévisée donnée depuis Erbil, capitale du Kurdistan irakien, il a soutenu que les accusations portées contre lui s'expliquent par une campagne de dénigrement orchestré par le premier ministre Al-Maliki.

Les aveux télédiffusés l'impliquant dans des attentats, dit-il, sont montés de toutes pièces.

Selon M. Al-Hachémi, des forces de sécurité se sont présentées à son domicile de Bagdad pour emporter des ordinateurs et d'autres documents. Les membres de son bureau, dit-il, ont été priés de retourner chez eux.

« Al-Maliki est derrière tout ça. Le pays est entre les mains d'Al-Maliki. Tous les efforts faits en vue de parvenir à une réconciliation nationale et pour unifier l'Irak appartiennent au passé. Alors oui, je blâme Al-Maliki », a-t-il déclaré sans détour.

M. Al-Hachémi, qui est membre du bloc laïc Iraqiya, a dit du même souffle qu'il est « prêt à être jugé » si le procès a lieu au Kurdistan irakien.

Il a également appelé à la participation de représentants de la Ligue arabe à l'enquête et aux interrogatoires.

Le vice-président sunnite s'est réfugié dimanche dans le Kurdistan irakien, une région autonome du nord du pays. Il a d'ailleurs remercié mardi le président Jalal Talabani, un Kurde, qui se serait porté garant de sa sécurité.

M. Al-Maliki exclut pour sa part toute médiation dans ce dossier. Il affirme qu'il ne « fera pas de compromis en ce qui concerne le sang versé par des Irakiens », selon un porte-parole du premier ministre, Ali Moussawi.

« Personne ne doit entraver le travail de la justice, et nous devons lui permettre de mener à bien toutes les étapes de l'enquête sur le dossier Al-Hachémi », a-t-il ajouté.

 

Le vice-premier ministre Moutlak dans le collimateur d'Al-Maliki

La situation actuelle est d'autant plus tendue que le premier ministre Al-Maliki cherche à obtenir le limogeage du vice-premier ministre sunnite du pays, Saleh Moutlak, qui l'avait qualifié de « dictateur pire que Saddam Hussein ». Le Parlement doit se pencher sur cette demande le 3 janvier.

Le bloc Iraqiya a décidé lundi de boycotter le gouvernement pour protester contre la « dictature » de Nouri Al-Maliki. Le parti politique avait déjà suspendu sa participation au gouvernement.

Officiellement laïc, mais essentiellement soutenu par les sunnites, Iraqiya contrôle neuf portefeuilles au gouvernement. Ses 82 députés au Parlement en font le deuxième groupe parlementaire en importance derrière une coalition de partis religieux chiites comprenant 159 élus.

Ces troubles politiques éclatent alors que les derniers soldats américains ont quitté le pays dimanche.

source radio-canada.ca

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 06:27

Hossam el-Hamalawy est un important journaliste, photographe et militant socialiste égyptien établi au Caire. Il anime un blog très lu : 3arabawy. Il est très impliqué dans l’organisation des Socialistes Révolutionnaires, le Centre pour les études socialistes. J’ai eu l’heureuse possibilité de discuter avec lui de ses vues sur l’état actuel de la révolution égyptienne à la suite de la dernière révolte, en novembre, sur la place Tahrir. Cette révolte fut sans doute la plus dure et la plus importante de la résistance populaire au pouvoir du régime militaire en place depuis que le soulèvement du 25 janvier renversa l’ancien président Hosni Moubarak il y a quelque dix mois.


Ali Mustafa : Les premières élections parlementaires de l’ère post-Moubarak ont été organisées dans un contexte d’affrontements meurtriers entre les forces de sécurité et les manifestant·e·s dans et autour de la Place Tahrir. Ils ont laissé au moins 42 personnes tuées et plus de 3000 blessées. Qu’est-ce qui a été précisément à l’origine de cette récente flambée de violence et comment penses-tu que ce contexte affecte la légitimité d’ensemble des élections ?

 

Hossam el-Hamalawy : Les éléments déclencheurs de ce soulèvement sont les mêmes que ceux qui ont provoqué l’insurrection de janvier 2011. Il n’y a pas beaucoup de choses qui ont changé ces derniers mois. Dès lors, les conditions objectives pour la révolte étaient toujours présentes ; tout ce dont nous avions besoin était d’un déclencheur, quelque chose qui arrive et qui enflamme tout à nouveau. Nous avons déjà eu cela avant. Ce n’est pas la première fois que nous avons ce type d’affrontements. Nous les avons eus les 28 et 29 juin, et le déclencheur principal est toujours la brutalité policière. La brutalité policière ne disparaîtra pas de si vite, parce que le ministère de l’Intérieur est toujours tel qu’il a été, que le régime est toujours ce qu’il a été. Ce soulèvement ne va pas durer éternellement et il s’effiloche à l’heure où nous parlons. Mais je crois que cela ne sera pas le dernier. Il y aura encore d’autres soulèvements dans le futur.

 

Comment cela a-t-il affecté la légitimité des élections ? Car il est certain qu’elle l’a été. J’avais pris position, avant même ce soulèvement, pour le boycott des prochaines élections parce qu’elles se tenaient alors que le Conseil suprême des forces armées (CSFA) est toujours au pouvoir. Vous ne pouvez pas avoir des élections régulières alors que les généraux de Moubarak sont en train de les organiser ou lorsque l’armée, en concertation avec la police, venait juste de massacrer des gens sur les places Tahrir et Maspero [sur cette place, le 9 octobre dernier, des blindés de l’armée foncèrent sur une manifestation de Coptes, faisant au moins 27 morts et plus de 300 blessés]. Ils ne furent même pas tenus pour responsables de cela et ils sont supposés être en charge de la supervision de l’ensemble du processus [électoral] ?

 

Plus important : il ne s’agit pas de savoir pour quels candidats à ce parlement inepte vous votez. Mon argument était que même si vous élisiez 100% de Socialistes Révolutionnaires au parlement – laissez de côté les Salafistes ou les Ikhwan [les Frères Musulmans] – vous ne serez pas même en mesure d’atteindre les objectifs de la révolution. Si vous placiez aujourd’hui un prophète ou un saint au poste de Premier Ministre, il serait toujours une marionnette dans les mains du CSFA. Si vous élisiez actuellement un président, alors que la situation est celle que nous connaissons, il serait aussi une marionnette dans les mains du CSFA. Le CSFA a adopté un modèle du même type que l’ancien modèle turc. Celui-ci se caractérisait par un peuple ayant le pouvoir d’élire, élisant des politiciens civils en costume et avec un gouvernement civil, mais avec des lignes rouges, précises, qui ne pouvaient pas être franchies ; car si elles l’étaient, vous receviez un coup de fil de l’armée – ou vous aviez un coup d’Etat.

 

A la différence d’autres militants qui vous diront que le CSFA ne souhaite jamais quitter le pouvoir et qu’il veut y rester pour toujours, je suis sincèrement convaincu qu’il veut le quitter. Mais, les militaires retourneront vers leurs casernes une fois qu’ils seront certains qu’ils pourront conserver leurs privilèges, leur indépendance, leur immunité face au gouvernement et leur contrôle sur les budgets de l’armée afin d’être certains qu’ils ne seront pas affaiblis. Pourquoi voudriez-vous vous encombrer de la gestion des affaires courantes du pays alors que vous pouvez y placer vos propres marionnettes pour s’en occuper et conserver vos prérogatives ? Ainsi, en fait, les personnes qui tenaient le plus ardemment à ces élections étaient les membres du CSFA ! Tout le contraire de ces théories du complot que l’on entend et qui disent que les militaires sont à l’origine de cette violence afin de pouvoir repousser les élections. Non ! Ils voulaient ces élections !

 

Ali Mustafa : De nombreuses comparaisons ont été établies entre le soulèvement récent et celui du 25 janvier. Quelles sont les similitudes et les différences les plus importantes qui méritent d’être soulignées entre novembre et janvier ?

 

Hossam el-Hamalawy : Au cours des deux premiers jours de ce soulèvement, je faisais posément un parallèle avec les 28 et 29 juin. Mais lorsque le soulèvement arriva à son troisième jour, je me suis vraiment souvenu de janvier. Le degré de violence dans les affrontements avec la police était sans précédent depuis cette époque. On peut faire des analogies avec ce qui s’est passé en janvier. D’abord parce que la brutalité policière était à l’origine du soulèvement, mais aussi parce qu’il y a des similitudes dans les tactiques de l’occupation de la Place et même dans la répétition des mêmes batailles dans la rue Mohamad Mahmoud [près du ministère de l’Intérieur]. C’est dans cette rue s’est produit, le 29 janvier, un massacre, au lendemain du « Vendredi de la colère ». Mais il y a, bien sûr, des différences. Contrairement à janvier où la participation au soulèvement était très élevée, cette fois-ci toutes les couches de la population n’y prirent pas part.

 

L’autre différence qualitative majeure est qu’alors on se révoltait contre Moubarak. Maintenant on se révolte contre ses propres généraux d’armée. C’est un progrès. Cela signifie que nous avons parcouru un long chemin. En février ou mars, si quelqu’un avait scandé des slogans contre les généraux dans une manifestation, il aurait été lynché par les gens eux-mêmes, pas par la police militaire. Je dis bien par les gens. Beaucoup de personnes croyaient dans les mensonges et la propagande selon lesquels l’armée, à cette époque, protégeait la révolution ou que la Place Tahrir était la cause de toute l’instabilité. Mais, dix mois plus tard, lorsqu’on voit un soulèvement d’une telle ampleur, axé principalement contre l’armée et avec une forte occupation qui a duré plusieurs jours avec l’unique revendication de jeter en prison les généraux, alors on peut comprendre que l’on a parcouru un long chemin en termes de conscience par le peuple.

 

Certes, le soulèvement s’est terminé par une défaite : les généraux tiennent toujours les rênes du pays. Mais ce ne sera pas le dernier soulèvement. Nous aurons, je pense, au moins, pour trois à six ans de flux et de reflux, de batailles qui s’achèveront par des victoires et d’autres par des défaites. Mais je suis en général optimiste. Je ne suis pas pessimiste à ce sujet.

 

 

Ali Mustafa : L’armée égyptienne, dirigée par le CSFA, est une institution centrale dans le pays depuis maintenant plusieurs décennies. Comment décrirais-tu la place de l’armée dans les sphères politiques, économiques et sociales de l’Egypte ? Quelle est la base historique du profond soutien dont elle jouit encore auprès de nombreux Egyptiens ordinaires ?

 

Hossam el-Hamalawy : Le discours selon lequel l’armée est la plus populaire des institutions en Egypte est un mensonge complet. Comment peut-on le juger, le mesurer ? Lors de la conscription, est-ce que l’on voit des centaines de milliers de jeunes égyptiens courant et affluant vers les camps militaires afin de s’enrôler ? Non, tout le monde essaie de soudoyer les recruteurs ou d’éviter le recrutement. C’est cela le baromètre réel : quel est le comportement des Egyptiens lors des conscriptions ?

 

L’armée est l’institution à la tête du pays depuis 1952. Tous les présidents en sont issus. Beaucoup de ministres étaient aussi des généraux. Beaucoup de gouverneurs viennent également des milieux similaires. De nombreux PDG du secteur public sont des militaires à la retraite qui ont obtenu ces postes à titre de récompense après qu’ils ont pris leur retraite. Par conséquent, l’armée est complètement encastrée dans notre vie civile. Elle contrôle entre 25 et 40% de notre économie. Vous ne pouvez obtenir de statistiques précises à ce sujet, car l’armée a tiré un grand rideau de fer autour de ses activités au cours des dernières décennies. Le CSFA reçoit 1,3 milliard de dollars chaque année des contribuables américains et l’armée est le second bénéficiaire de l’aide étrangère américaine, juste après Israël.

 

De nombreux Egyptiens – ou de larges couches de la population égyptienne – ont soutenu l’armée en février, mars, avril et jusqu’à l’été pour plusieurs raisons : nombre d’entre eux croyaient dans les mensonges de l’armée qui disaient qu’elle protégeait la révolution. D’autres craignaient l’insécurité. Mettons-nous seulement dans la peau du citoyen égyptien ordinaire qui n’est pas politisé, qui vit simplement sa vie et qui, subitement, fait face à un effondrement de tout autour de lui et, cela, alors qu’il n’y pas d’alternative claire. Pour beaucoup d’Egyptiens, l’armée, comme la propagande le disait, était la seule institution encore debout en Egypte. Si l’armée s’effondrait, Israël envahirait l’Egypte ou l’Egypte elle-même s’effondrerait. En fait, l’armée est en train de jouer la même carte de l’anarchie que Moubarak, disant que si l’armée se retire l’anarchie reprendra partout. Enfin, le peuple était épuisé. Au sens propre du terme, tout le monde était épuisé. Nous sortions d’une insurrection de 18 jours dans laquelle tant de personnes sont mortes – c’était épuisant de garder la Place Tahrir et toutes les autres places occupées, contrôlées lors de ce vaste mouvement. Tout le monde avait besoin de reprendre son souffle un instant. J’attribuerai à ces raisons le soutien que l’armée a reçu.

 

Maintenant, il est clair que l’armée ne protégeait pas la révolution. La seule raison pour laquelle l’armée n’a pas fait feu sur les manifestant·e·s sur la Place Tahrir et ailleurs c’est qu’il y avait deux armées. Celle des généraux et celles des pauvres conscrits et jeunes officiers qui partagent les mêmes conditions et difficultés que tous les autres Egyptiens. Les généraux ont bien compris que s’ils avaient donné l’ordre aux chars d’assaut de nous tirer dessus, avec leurs canons, sur la Place Tahrir, cette armée se serait effondrée. Il y aurait eu une mutinerie ou des refus d’obtempérer aux ordres. Par conséquent, les généraux espéraient qu’en restant neutres ils laisseraient le temps à la canaille de venir à bout du soulèvement. Comme cela s’est passé lors de la « bataille des chameaux » [allusion au mercredi 2 février, lorsque la police s’est retirée et que les prisons ont été ouvertes pour laisser des prisonniers de droit commun et des personnes payées par le régime aller casser, avec une brutalité inouïe, les manifestations]. L’armée a désormais perdu tout crédit au cours des derniers mois. Le peuple égyptien n’est pas idiot ! Il pense ainsi : oui, j’ai pu soutenir l’armée, mais si je vois qu’elle ne se retire pas et que ma propre vie est aussi mauvaise qu’elle l’était ou même qu’elle est devenue pire qu’avant la révolution, je perdrai mes illusions après quelque temps. Dès lors, je dirai que nous sommes dans une situation meilleure, pour ce qui a trait à la conscience des gens, que celle que nous avions en février.

 

Ali Mustafa : On s’attend à ce que le Parti de la justice et de la liberté (PJL) des Frères Musulmans réalise de bons scores lors des élections, plus encore que l’on pouvait le penser initialement. Cela notamment du fait que beaucoup de gens ont décidé de s’abstenir ou de boycotter le vote. Quel est le rôle, selon toi, que les Frères Musulmans sont en train de jouer maintenant dans la révolution et comment cela contraste-t-il avec la période de janvier et février ?

 

Hossam el-Hamalawy : Leur rôle n’est pas différent de celui qui a été le leur en janvier et février. Souvenons-nous que la direction des Frères n’a pas soutenu l’insurrection durant ces trois premiers jours. Ils ne le firent que lors du « Vendredi de la colère », le 28 janvier, lorsqu’il devint clair que – avec leur soutien ou sans leur soutien – il y aurait de toute façon un soulèvement. Mais leurs jeunesses y ont pris part dès le départ, dès le premier jour ; ou au moins des fractions de leurs jeunesses [organisées]. Les prouesses qu’ils réalisèrent sur la Place Tahrir et ailleurs, lors des 18 jours, n’étaient pas différentes d’aujourd’hui. Les jeunes ont joué un rôle héroïque dans les heurts et batailles avec la police dans la défense de la Place et nombreux en furent des martyrs. Mais la direction des Frères essayait toujours de réaliser des compromis durant les 18 jours de l’insurrection.

 

Depuis la chute de Moubarak, le 11 février 2011, leur direction n’a appuyé aucune des manifestations qui se sont déroulées durant les derniers mois, à l’exception de trois : une manifestation célébrant le renversement de Moubarak, qui s’est tenue une semaine plus tard ; celle du 29 juillet et la dernière, le 18 novembre. Ce sont les trois seules manifestations que les Frères ont soutenues. Mais les jeunes membres ont pris par à nos manifestations et il y a des personnes qui sont en train de démissionner et de perdre leurs illusions. Par conséquent, bien que la direction des Frères soit réactionnaire et contre-révolutionnaire, leurs jeunesses, c’est une autre affaire. C’est la raison pour laquelle j’essaye, ainsi que d’autres personnes de la gauche laïque, de miser sur le fait que si cette radicalisation se poursuit, il y aura d’autres divisions au sein de l’Ikhwan, ainsi que d’autres groupes religieux.

 

Ali Mustafa : Actuellement, les Egyptiens sont présentés comme étant pris entre le marteau des « islamistes » et l’enclume de la dictature militaire du CSFA, comme s’il n’existait pas d’autres options possibles pour l’Egypte que celles-ci. Quel rôle penses-tu que les libéraux, les masses laborieuses aussi bien que les radicaux devraient jouer dans cette phase critique de la révolution ?

 

Hossam el-Hamalawy : C’est le même scénario que Moubarak essayait de proposer lorsqu’il était au pouvoir, on le connaît : c’est moi ou ces « monstres » barbus ; c’est moi ou l’anarchie. Politiquement, lorsqu’on y songe, en termes d’élections, cela peut être le cas – vous élisiez soit le Parti national démocratique [le parti de Moubarak] soit les « islamistes » – mais je parle ici de la politique sur le terrain. Non, il y a d’autres alternatives. La gauche révolutionnaire a fait des gains, des gains massifs, entre janvier et aujourd’hui en termes de croissance, d’étendue de son influence et de sa présence physique sur le terrain. Notre intervention lors de grèves et d’actions sur les entreprises devient vraiment plus mûre et mieux organisée qu’auparavant. Lors du soulèvement en cours, en tant qu’adhérents aux Socialistes Révolutionnaires, je puis dire que mon groupe a joué un rôle bien mieux organisé et effectif que lors des premiers jours du soulèvement de janvier, alors que nous étions tous pris de cours. Cette fois-ci notre intervention était plus rapide, beaucoup plus rapide.

 

Pour ce qui concerne les libéraux, c’est une histoire tout à fait différente. Les libéraux sont divisés. Il y a des gens comme Naguib Sawiris, le Rockefeller égyptien [1], qui était un allié proche de Moubarak et qui dirige maintenant le Parti des Egyptiens libres. Selon un infâme entretien accordé à Bloomberg l’été dernier, lorsqu’on l’interrogeait sur les raisons qui l’avaient amené à lancer ce parti, il répondit que c’était en raison de la prédominance des idées socialistes au sein de la jeunesse. Il ne mentionna ni les Salafistes, ni les Ikhwanis. C’est un homme d’affaires qui sait fort bien où se situent ses propres intérêts.

 

Il y a toutefois un problème de terminologie parce que nombre de ces libéraux, de ces personnes qui se définissent elles-mêmes comme libérales, sont en fait des radicaux de gauche, mais qui ne le savent pas – de la même manière où de nombreux « gauchistes » que je considère comme étant libéraux et qui n’ont rien à voir avec la gauche.

 

Mais je suis convaincu que les grèves et les actions dans le secteur industriel qui vont se développer dans les prochains mois seront encore plus militantes que jusqu’ici. Pourquoi ? Parce que le CSFA est parvenu à augmenter les attentes des travailleurs envers le nouveau parlement : vous nous avez dit d’arrêter nos manifestations ; vous nous avez dit de stopper les grèves ; vous nous avez dit que Tahrir était une mauvaise chose ; vous nous avez dit d’attendre tout ce temps et que nous obtiendrons alors un gouvernement civil qui résoudra miraculeusement l’ensemble de nos problèmes. Fort bien : nous avons notre gouvernement civil mais il ne peut rien faire ! Ceci va provoquer, j’en suis convaincu, une vague de renouveau des grèves et des actions collectives dans le secteur industriel.

 

Ali Mustafa : Peux-tu nous donner un aperçu des différents partis, groupes et coalitions de gauche qui se sont constitués depuis la révolution du 25 janvier ? Quelle est ton opinion sur les progrès réalisés sur le front des organisations politiques par rapport au niveau des résistances populaires sur le terrain ?

 

Hossam el-Hamalawy : L’éventail des organisations de la gauche est assurément plus vaste qu’il l’était avant le 25 janvier. A gauche, se trouve maintenant l’Alliance populaire socialiste qui est un rassemblement de plusieurs groupes de gauche [2]. Il y a nous, les Socialistes Révolutionnaires, qui représentent le plus important groupe au sein de la gauche radicale égyptienne.

 

Il y a aussi le Parti démocratique des travailleurs, dont les Socialistes Révolutionnaires constituent une partie et y contribuent à sa construction (mais il ne s’agit pas de notre parti, tel qu’on le dit souvent). Le Parti communiste égyptien a récemment été relancé. Il est apparu en public lors du 1er mai avec des drapeaux rouges, mais je sais qu’ils sont face à des problèmes parce que nous sommes en train de gagner nombre de leurs jeunes… Il y a aussi le Parti socialiste égyptien, lancé par certaines figures de la génération militante étudiante des années 1970. Enfin, il y a le Parti social-démocrate égyptien. Il s’agit donc plus d’une mosaïque, d’une mosaïque qui le devient plus, si l’on peut utiliser cette formule.

 

On trouvera toujours certaines personnes qui verseront des larmes sur le manque d’unité au sein de la gauche. Mais, tu sais, je n’en ai vraiment rien à faire à ce sujet. Pourquoi ? Parce que nous avons 85 millions d’habitant·e·s qui ont vécu sous un couvercle pendant très longtemps ; une fois que l’on soulève ce couvercle, il est tout à fait normal que tout le monde souhaite sortir, que les gens commencent à former des groupes et peut-être que ces groupes fusionneront ou même qu’ils scissionneront ou qu’ils se transformeront en quelque chose de plus vaste. Ce n’est pas comme au Canada [l’entretien a été publié au Canada] où, lorsque tu vas à n’importe quel événement militant tu trouveras des stands de douze groupuscules gauchistes. Oui, on pourrait se moquer d’eux et dire que ce groupuscule réunit sans doute trois personnes dans tout le Canada, mais c’est un microcosme. Si on a 85 millions d’habitant·e·s, pourquoi n’aurait-on pas 12 partis socialistes différents ? Bien sûr que c’est possible !

 

Ali Mustafa : Et pour ce qui touche aux relations entre les organisations politiques et la résistance populaire ?

 

Hossam el-Hamalawy : Ce serait un pur mensonge que d’essayer de prétendre que les forces socialistes qui existent en ce moment, y compris nous, sont en train de diriger la vague de grèves ou la résistance populaire sur le terrain.

 

Nous sommes véritablement en présence de la plus grande vague de grèves que le pays a connue depuis 1946. Cette vague de grèves, qui se poursuit depuis décembre 2006 jusqu’à aujourd’hui, est la plus durable, la plus forte et la plus soutenue de notre histoire depuis 1946. Y compris les mouvements des années 1970 n’étaient pas aussi puissants que celui que nous avons aujourd’hui.

 

Mais, encore une fois, ces actions se produisent d’une façon largement spontanée et indépendante des groupes militants. Les groupes militants ont une certaine présence dans quelques usines, quelques fabriques, sur certaines places de travail et, enfin, dans des syndicats. Mais, en aucun cas, ils ne « mènent la danse ». Nous ne pouvons pas le prétendre. Le mouvement des travailleuses et des travailleurs est en train de permettre aux masses de faire de grands pas en avant. Elles ont obtenu d’importantes victoires. Que cela soit par des grèves qui ont fait aboutir leurs revendications. Ou parce qu’elles sont parvenues à « dégager » les anciennes directions syndicales, qui sont associées à l’ancien régime dans de nombreuses entreprises. Des syndicats indépendants ont été formés, dans certains cas, des syndicats corrompus ont été dissous.

 

Mais, tout cela s’est fait indépendamment des groupes de militants. Ces groupes peuvent avoir une présence dans certains endroits et ils peuvent jouer un rôle héroïque dans les mobilisations, mais je pense que nous aurons un long chemin à parcourir afin de fournir une véritable direction sur le terrain pour la classe laborieuse égyptienne.

 

Ali Mustafa : Tu es depuis longtemps un militant révolutionnaire ici, en Egypte, et tu as déclaré par le passé que seule une grève générale pourrait renverser le régime militaire une fois pour toute. Peux-tu nous décrire l’état des luttes ouvrières égyptiennes actuellement, en incluant certaines des grèves et actions les plus importantes qui se sont déroulées dans les derniers mois ? Enfin, qu’est-ce qui est nécessaire, selon toi, pour encourager les travailleuses et les travailleurs de tous les secteurs à la grève générale dans les conditions présentes ?

 

Hossam el-Hamalawy : Lorsque Moubarak est tombé, le 11 février, que la classe moyenne et la plupart des groupes de jeunes étaient plus qu’enthousiastes à lever le campement de la Place Tahrir, que l’on entendait de nombreux appels disant que tout le monde devait retourner au travail et qu’il y avait toute cette propagande nationaliste – du type « construisons une Egypte nouvelle ! » ou « Mets 110% de tes efforts dans le travail » – la classe laborieuse ne s’est pas arrêtée.

 

Un journaliste comme moi peut se permettre de ne pas aller au travail pendant 18 jours et ensuite retrouver sa place où il gagne chaque mois plusieurs milliers de livres égyptiennes. Mais un travailleur des transports publics ne peut véritablement pas suspendre sa grève et rentrer à la maison et dire à ses enfants : « Je vais toujours être payé 189 livres égyptiennes [moins de 30 CHF], après 15 ans d’ancienneté ; attendons encore six mois pour que la junte militaire au pouvoir nous donne un gouvernement civil qui va résoudre tous nos problèmes. »

 

Selon un syndicaliste de mes amis, il y a eu au moins 1500 actions collectives et grèves dans l’industrie rien qu’en février. Ce chiffre est le même que toutes les luttes sur l’ensemble de l’année 2010. Ces luttes se sont poursuivies entre février et mars et ont diminué un peu en avril, mai et juin. Mais, le mois de septembre a probablement été le mois qui a atteint un sommet en termes de grèves, où environ 750’000 égyptiennes prirent part à une grève. C’était principalement dans les transports publics, les enseignant·e·s, les médecins et dans les raffineries de sucre. Je ne mentionne que les « grands blocs », mais si vous ouvrez le journal durant cette période vous verrez toutes ces grèves spontanées qui ont eu lieu partout.

 

Nous n’avons pas vu des grèves en solidarité avec Tahrir, lors de ce soulèvement [de novembre], bien qu’il est vrai que la Fédération égyptienne des syndicats indépendants [Egyptian Federation of Independent Trade Unions – EFITU] et certains syndicats indépendants ont soutenu le soulèvement de la Place Tahrir, qu’ils y avaient une présence symbolique et s’y trouvaient avec leurs drapeaux. Mais ils n’ont pas mobilisé à fond. Mon interprétation est que, d’une part, la Fédération indépendante n’est pas encore suffisamment enracinée et donc pas encore susceptible de préparer une grève générale. D’autre part, la classe laborieuse est généralement la dernière classe à se mettre en mouvement. Il est aisé pour des jeunes ou des radicaux de quitter leurs familles ou leurs universités pour un mois, d’aller sur la Place Tahrir et d’y camper. C’est une tout autre chose pour un travailleur qui a quatre enfants et qui travaille de 9 à 17 heures lorsque ce n’est pas de 9 à 19 heures, de mettre sur pied une action de grève. Les travailleurs sont généralement les derniers à bouger, mais lorsqu’ils le font c’est le début de la fin.

 

Alors que moi et d’autres radicaux espérions que ce soulèvement de novembre pourrait arriver à cette grève si nous faisions en sorte que l’occupation dure un petit peu plus longtemps et que son dynamisme puisse déboucher sur une mise en mouvement de la classe laborieuse, comme en janvier. Bien sûr, une telle chose n’arrivera pas par miracle ! Là où nous avions une présence sur des entreprises, nous avons distribué des dizaines de milliers de tracts en soutien à la grève générale, mais, une fois encore, il n’y a pas – encore – une structure nationale en Egypte qui puisse la préparer. Ainsi, si cela arrive, cela sera soit spontané, soit on peut imaginer qu’elle soit déclenchée par quelque chose dont nous ignorons l’origine. Lorsque l’on dit que l’Egypte n’est pas la Tunisie, c’est vrai ! La Tunisie avait sa fédération de syndicats [l’UGTT] dont la direction était cooptée, mais dont les structures étaient plutôt saines. Cela signifie donc que lorsque la révolution a éclaté, il y avait une très forte pression sur les syndicats pour qu’ils se mettent en mouvement – et lorsqu’ils bougent, ils peuvent paralyser un pays. Ici en Egypte, une telle structure n’existe pas.

 

La grève générale va se produire. Je n’ai aucun doute à ce sujet. Quant à savoir quelle en sera l’issue, c’est une autre histoire. Mais la balle est dans notre camp – pouvons-nous pousser vers la gauche ou la droite, c’est ce que nous verrons. En ce moment, il y a de nombreuses et importantes manifestations, principalement à Alexandrie. Demain, au Caire, il y aura une manifestation devant le Conseil d’Etat à Dokki – sur la rue de Gizeh qui s’appelle Magles Al-Dawla – où les travailleurs de deux usines privatisées accompagneront la présentation devant la Cour de leur revendication de la renationalisation de leurs entreprises. De fait, ils l’ont déjà obtenue. C’est un autre problème : même lorsque vous avez une grève qui parvient à la satisfaction de ses revendications, cela ne veut jamais dire que le gouvernement va réaliser ses promesses. Il suffit pour s’en convaincre de prendre au hasard le nom de l’une des entreprises qui est maintenant en grève et je te dirai qu’ils sont en grève depuis 2009, voire même 2007 !

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Ali Mustafa : En raison de l’instabilité, de l’incertitude et de l’agitation croissantes que connaît le pays ces derniers mois, il apparaît que la Place Tahrir devient de plus en plus éloignée du reste de la société d’une façon qui n’existait pas lors des premiers jours de la révolution égyptienne. Quelle est la signification de tout cela, selon toi, pour l’avenir de la Place Tahrir, comme « centre nerveux » de la révolution ?

 

Hossam el-Hamalawy : Je pense que ce que tu dis est un peu exagéré. La Place Tahrir est bel et bien le symbole de cette révolution, mais nous ne devons pas tomber dans le piège de considérer Tahrir comme un baromètre de la progression ou de la régression de la révolution. C’est ce que nous avons dit aux militants qui se sont démoralisés ces derniers mois. Par exemple, tu peux appeler à une « manifestation de 1 million » sur la Place Tahrir pour dénoncer les tribunaux militaires et te retrouver à seulement quelques centaines. Après, tu es démoralisé. Pourtant, au même moment, le même mois, 750’000 Egyptiens se mettent en grève et, dans les faits, détruisent la loi d’urgence. Même s’ils ne sont pas venus à ta manifestation sur la Place Tahrir, ils brisent effectivement la loi d’urgence.

 

Je me suis trouvé dans des situations où, par exemple, alors que j’étais dans un taxi et que durant tout le trajet le chauffeur crachait sur les gens se trouvant sur la Place Tahrir, il m’a cependant déposé avant ma destination finale pour rejoindre un sit-in avec d’autres chauffeurs de taxi devant le Ministère des finances, ici à Nasr City. Oui, les travailleurs ne sont pas présents sur la Place Tahrir, mais ils sont deux pâtés de maisons plus loin, devant le bâtiment du gouvernement, bloquant la rue et défiant la police militaire – l’affrontant même, en certaines occasions – pour revendiquer leurs propres droits. La Place Tahrir sera toujours là. Elle sera à nouveau le centre de l’attention, comme en janvier, à l’0ccasion d’un moment dans le futur. Quand ? Je n’en sais rien. Mais l’envergure de la révolution est bien plus ample que la seule place Tahrir.

 

Pour moi, ce qui arrive sur les campus universitaires et sur les places de travail est même beaucoup plus important que Tahrir. Si tu étais un travailleur de Mahalla [ville où sont implantées d’importantes usines textiles, qui furent le théâtre de grèves importantes depuis 2006], je te dirai : « Qu’es-tu donc en train de faire avec moi sur la Place ? Rentre dans ton usine et essaie de dégager le PND et les agents de sécurité qui s’y trouvent. Essaie de prendre ton usine et autogère-là ! »

 

Ali Mustafa : Selon toi, quels sont les défis les plus importants auxquels est aujourd’hui confrontée la révolution égyptienne ?

 

Hossam el-Hamalawy : Le premier grand défi politique est que ce sont toujours les généraux de Moubarak qui sont aux commandes. Cela signifie, en réalité, que le régime est toujours bel et bien vivant. Le second défi politique est celui des opposants : nous ne sommes pas suffisamment organisés. Nous manquons encore d’une structure nationale capable de mobiliser et de préparer à une grève générale lorsque cela sera nécessaire. Ce que nous pouvons toujours faire dans ces situations, c’est d’appeler à une manifestation. Mais nous ne pouvons jamais prévoir si elle sera grande ou petite. Le plus grand défi pour nous réside dans la construction d’un parti politique révolutionnaire de masse, ou appelons cela un réseau ou quoique ce soit d’autre, quelque chose qui reliera, ensemble, les places de travail, les campus universitaires et Tahrir.

 

Ali Mustafa : En conclusion, alors que le mouvement global Occupy est en croissance rapide en Amérique du Nord et en Europe, largement influencé par l’Egypte et les autres soulèvements dans le monde arabe, quelles sont, selon toi, les principales leçons – positives et négatives – que les militant·e·s et les gens ordinaires engagés dans un changement social peuvent retenir de l’expérience de la révolution égyptienne ?

 

Hossam el-Hamalawy : En fait, il y a une seule leçon : si ce mouvement reste confiné sur les places, il n’obtiendra aucun résultat. Il doit déborder des places vers les lieux de travail et les campus universitaires. Nous n’avons pas renversé Moubarak à Tahrir. Oui, Tahrir a été une bataille, un sit-in et une occupation héroïque, qui restera inscrite dans l’histoire comme l’une des luttes les plus formidables durant ce siècle. Toutefois, en même temps, le régime pouvait rester en place. Moubarak serait resté au pouvoir plus longtemps encore s’il n’en avait été éjecté par la classe laborieuse. Je suis donc très fier de nos camarades, de nos frères et sœurs qui prennent partout part au mouvement Occupy. Mais ils doivent relier leurs luttes à ce qui se passe sur les lieux de travail. S’ils ne s’introduisent pas sur les lieux de travail – ce qui est un défi énorme, je ne suis pas en train de dire que c’est une chose simple – alors ce mouvement va s’éteindre. (Traduction A l’Encontre)

 

source michelcollon.info

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 Notes

[1] Naguib Sawiris est né en 1954. Après avoir étudié en Suisse à l’école polytechnique fédérale, il prend la direction d’Orascom, entreprise lancée par son père. Il y développe son département de téléphonie et télécommunication – qui compte 50 millions d’abonnés dans le monde et 20’000 salarié·e·s. Orascom est une entreprise qui est également active dans le bâtiment, le tourisme et les nouvelles technologies et a des visées internationales. (réd).

 

[2] L’Alliance populaire socialiste (APS) est formée principalement de militants ayant rompu en novembre 2010 avec le parti Tagammou sur la question de la participation aux élections. Le Tagammou était le seul parti de « gauche » autorisé par le pouvoir à participer aux élections. L’APS a participé aux élections parlementaires du 28 novembre dernier dans le cadre d’une coalition portant le nom de Revolution Continues Alliance (RCA). Cette alliance s’est constituée une fois que l’APS et le Parti socialiste égyptien eurent quitté, fin octobre, l’alliance électorale connue sous le nom de Bloc Egyptien composé du Tagammou, du Parti des Egyptiens libres (dont il a été question plus haut) et du Parti social-démocratique égyptien. Ces deux partis reprochèrent au Bloc de comporter des représentants de l’ancien régime. Dans la constitution du RCA, ces deux partis furent rejoints par d’autres organisations dont la Coalition des jeunes pour la révolution et un parti formé de jeunes membres des Frères Musulmans qui rompirent avec cette organisation, le Al-Tayyar Al-Masry ?, le Parti du courant égyptien. Le RCA a obtenu, pour l’instant, 4 députés. La plate-forme de l’alliance se centre sur les questions de la redistribution de la richesse afin de réduire l’écart entre les riches et les pauvres, pour une forme démocratique de gouvernement avec une pleine égalité pour les femmes et les minorités religieuses, une pleine liberté d’expression et de réunion ainsi qu’une politique étrangère rompant avec la dépendance de l’Egypte vis-à-vis des Etats-Uni » (Mostafa Ali, Ahram Online, version anglaise, 2 novembre 2011). (réd).

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 04:51

Occupy London presents a reading of Charles Dickens’ A Christmas Carol –  6pm Friday 30 December at the steps of St. Paul’s Cathedral

Adapted by: Timberlake Wertenbaker
Directed by: Josh Appignanesi
Readers will include: Allan Corduner, Alan Cox, Sara Kestleman, Pam Miles, Tim Pigott-Smith, Ian Redford
Produced by: Occupy London

As Dickens’ bicentennial approaches, it seems only fitting for Occupy London to stage a public reading of A Christmas Carol at St Paul’s Cathedral.

Dickens was compelled to write A Christmas Carol out of a strong desire to comment on the enormous gap between the rich and poor in Victorian Britain. It is a similar strength of conviction that has motivated the growth of the Occupy movement to work to transform the growing social, economic and political injustices of our time.

As Giles Fraser, former canon of St Paul’s Cathedral said: “Christmas is the most political of the Church’s festivals … all politics is about people, and without a fundamental sympathy for the plight of other human beings, and in particular for the dispossessed, no political movement for social change is ever going to capture the heart.

“For Dickens, Christmas was the emotional centre of the big society. Peace on earth and goodwill to all.”

In the preface to his book, Dickens conveys his intentions: “I have endeavoured in this Ghostly little book, to raise the Ghost of an Idea, which shall not put my readers out of humour with themselves, with each other, with the season, or with me. May it haunt their houses pleasantly …”

Occupy London invites all to join in the playfulness and seriousness of the Christmas spirit, and to ‘haunt pleasantly’ in a way that calls attention to the reality that our status quo is unsustainable and unjust.

James Sevitt, supporter of Occupy London said: “We are here, like Dickens, to creatively disrupt, and to make Christmas mean something beyond a consumerist spending frenzy. This Christmas, and in the year ahead, we invite you to combine irreverent fun with spiritual contemplation and a continuation of the fight against social and economic injustice and the creation of real, direct democracy. Please join us.”

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 « Occupy London » : la crèche vivante des « Indignés »


La crèche de Noël sur le campement d'« Occupy London » (Romain Gicquiaux)

(De Londres) 24 décembre, 16 heures. Une foule ininterrompue longe la cathédrale Saint-Paul. Le campement d'Occupy London est cerné.

La soupe populaire des « Indignés » ? Non. Des centaines de paroissiens qui attendent l'ouverture des portes de l'église pour les « Christmas Eve carols », la messe de Noël donnée à l'église Saint-Paul, où l'on peut entendre les traditionnels chants religieux que les radios et télévisions du pays diffusent en boucle depuis deux jours.

Le campement des « Indignés » devient vite une attraction. On prend des photos, on observe curieusement les campeurs. Un public inédit pour les « Indignés » qui en profitent pour prêcher la bonne parole.

Mais la boîte en fer dédiée aux dons restera bien silencieuse cet après-midi… Les cloches de l'immense dôme de Saint-Paul, elles, résonnent puissamment dans le ciel gris de Londres.

Les « Indignés », eux, ont eu leurs « carols » il y a quelques jours. Une chorale de sympathisants est venue chanter pour soutenir le mouvement sur les marches de la cathédrale Saint-Paul. 200 personnes entonnant « Enough is enough » (« Assez, y en a assez »). Des chants traditionnels revisités à la sauce « Indignés ».

Et d'ailleurs, que pense l'église Saint-Paul des manifestants qui campent à ses pieds ? Après avoir demandé à plusieurs reprise une interview au service communication, c'est un vigile de la cathédrale Saint-Paul, athéiste convaincu, qui va nous livrer des informations de l'intérieur du « holly (saint) bunker ».


Les tentes des « Indignés » décorées pour Noël (Romain Gicquiaux)

Nous n'aurons ni nom, ni photos. Les salariés, religieux et laïcs, ont l'interdiction officielle de parler. Le rendez-vous est pris dans un discret café Starbucks du quartier. C'est dire si l'omerta est bien réelle…

LE GARDIEN DE LA CATHÉDRALE

Ligotée par les largesses que lui accorde la City (Goldman Sachs, UBS et HSBC sont des donateurs), Saint-Paul préfère se taire sur ce sujet polémique.

Seul l'archevêque de Canterbury, le chef de l'Eglise d'Angleterre (après la reine) et plutôt progressiste, a fait référence dans son sermon de Noël à la crise financière et ses conséquence sur la population en ce Noël 2011.

Sur le campement, il y a Ruth, une religieuse franciscaine de 71 ans qui a rejoint le camp des « Indignés ». Elle ne mâche pas ses mots.

Le repas de Noël des « Indignés », c'est une dinde aux marrons offerte, comme tout ce qu'ils mangent, par des donateurs. L'église n'a pas déboursé un sou pour les agneaux égarés sur son parvis...

Lire la première partie de ce texte  rue89

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OWS Thanks Our Supporters !

 by OccupyWallSt

‎2011 was a revolutionary year for a new movement that is changing the world. From NYC to Cairo, we are just getting started. We are still busy building this amazing movement, and we couldn't do it without you -- our supporters! Let's make next year even better!

(This video was passed by consensus through the New York City General Assembly on Tuesday, December 20, 2011.)

 

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Par Occupy France

 Revue de presse de la semaine du 19 au 25 décembre

Trop occupé par les festivité de Noël ? On revient pour vous sur l’actualité indignée de la semaine.

 

 Indignés, Occupy, les nouvelles du mouvement selon la presse


Occupy Wall Street a-t-il servi à quelque chose ? – Le plus – Nouvel Observateur

 Parc des Bastions: sous la neige, quelques rares indignés gardent encore le camp - La Tribune de Genève

 Grèce: Pour Noël, les sœurs font expulser les Indignés - La Dépêche

 Le monde des Indignés - Paris Match

Chrétiens indignés, unissez-vous! - La Vie

Quand des pdg donnent raison aux Indignés - lesaffaires.com

INFOGRAPHIE. Indignés de tous les pays, unissez-vous ! Nouvel Obs

L’année des indignés… et des indignes - voir.ca

 Les indignés, la fin ou le début d’un mouvement ? - Etudiant Ontario

Vidéo: Les indignés selon le sociologue Albert Ogien - par Mediapart

Londres poursuit ses Indignés en justice - Le Point

« Occupy London » : les « Indignés » de la City font de la résistance - Rue 89

 « Occupy London » : la crèche vivante des « Indignés » - Rue 89

 Russie, cadeaux aux banques, et tribunes.

La condamnation de M. Chirac signe-t-elle la fin d’un pouvoir féodal ? Le Monde

L’espoir en 2011 : la possibilité d’une île – Cafebabel

Un ancien de Lehman Brothers aux commandes de l’économie espagnole – Le Monde

Pourquoi il faut constitutionnaliser la désobéissance civile – Rue 89

Russie: manifestation monstre de l’opposition à Moscou – Actualutte

Des dizaines de milliers de Moscovites manifestent pour « une Russie sans Poutine » – Le Monde

Russie : Alexeï Navalny, le « hamster du Net » symbole de la lutte anti-Poutine – Rue 89

Noël à la Banque centrale européenne: des cadeaux pour les banques, la rigueur pour les peuples – Actualutte

 

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 03:56

 

Questions à Me Abdessattar Ben Moussa, président de la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme (LTDH)...

 

 

«La Tunisie nouvelle n’a pas besoin d’un ministère des Droits de l’Homme»

 

«Me Samir Dilou, ministre des droits de l’Homme, ne pourra pas être impartial puisqu’il est en même temps porte-parole officiel du gouvernement»

 

« Nous craignons que le ministère des Droits de l’Homme ne serve à embellir l’image du gouvernement comme le faisait celui créé par Ben Ali»

 

 

Le Temps: Comment réagissez-vous à la création d’un ministère des droits de l’Homme et de la justice transitionnelle?

 

Le comité directeur de la Ligue Tunisienne de Défense des droits de l'homme s’est réuni, vendredi dernier pour examiner cette question particulière. Il a exprimé ses inquiétudes au sujet du tout nouveau ministère des Droits de l'homme et estimé que la Tunisie nouvelle qui entre dans une nouvelle ère démocratique n’a pas besoin d’un tel ministère.


 

 

Ce département n’a pas de raison d’être dans une démocratie. C’est, en effet, à la société civile en général et à la LTDH en particulier d'assurer le respect des droits de l'Homme, de recenser les atteintes qui pourraient se produire et de faire pression sur les autorités.

 

 

Notre inquiétude est d’autant plus grande que ce portefeuille des droits de l’Homme a été confié à Me Samir Dilou, un dirigeant du mouvement islamiste Ennahdha qui occupe en même temps le poste-parole du gouvernement. Ce cumul de deux fonctions presque antagonistes pose problème surtout en cas où le gouvernement commet des violations des droits humains. . Me Dilou ne pourra pas être, en effet, impartial puisqu’il sera tiraillé entre la défense des intérêts du gouvernement dont il est le porte- parole et la préservation des droits de l’Homme que lui impose son maroquin.

 

 

Vous appelez, donc, à la suppression du ministère des droits de l’Homme ?

 

Nous n’allons pas jusqu’ exiger pas la suppression de ce ministère. Le gouvernement est libre de recourir au découpage des ministères qu’il estime judicieux. Mais nous craignons de voir ce ministère se transformer en un outil de propagande qui servira à embellir l’image de marque du gouvernement comme le faisait l’ex ministère de la justice et des droits de l’Homme sous le règne de Ben Ali. Ce risque de voir le très sensible dossier des droits de l’Homme instrumentalisé à des fins de propagande politique est d’autant plus réel que le ministre des droits de l’Homme appartient à un parti qui a remporté les élections et qui détient tous les portefeuilles ministériels régaliens.

Il aurait été plus logique, dans ce cadre, de mettre en place des cellules chargées de la coordination avec les organisations de la société civile au niveau de chaque ministère au lieu d’instituer un département chargé des droits de l’Homme.

 

 

Comment jugez-vous la composition du nouveau gouvernement ?

 

Malgré sa révision à la baisse, le nombre des membres du gouvernement est, à notre sens, pléthorique. En ces temps de crise, le Chef du gouvernement aurait dû opter pour un cabinet restreint ne dépassant guère les 20 membres. A titre comparatif, les Etats-Unis, la Grande Bretagne ou encore le Japon ont des gouvernements constitués d'une vingtaine de ministres pour des populations largement plus nombreuses que celles de la Tunisie.


Globalement, le découpage actuel du gouvernement procède beaucoup plus d’une logique de partage du «butin électoral» que d’une volonté de répondre aux besoins du pays et de sa population. Pour rectifier le tir, j'appelle les membres du gouvernement et le Président de la Républiqueà faire don du tiers de leurs salaires, au moins, aux familles des martyrs, aux blessés de la révolution et aux couches sociales les plus démunies.


source letemps

 

 


 

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Abdelfattah Mourou claque la porte et rejette le strapontin ministériel

 

 

Abdelfattah Mourou était l’invité de Wassim Ben Larbi sur Express FM lundi 26 décembre 2011 en début de matinée et a été interrogé à propos de son absence lorsque les membres du gouvernement ont prêté serment.
M. Mourou semblait déçu, voire très déçu par le comportement des dirigeants d’Ennahdha qui lui ont réservé un poste bien en deçà de ce qu’on lui a proposé auparavant et de ses attentes. 
Il indique qu’on lui a proposé trois portefeuilles : la justice, les Affaires religieuses et les Affaires juridiques et qu’il a opté pour le poste qui lui permet de servir au mieux les intérêts du pays. 
Au final, on ne lui a accordé qu’un poste administratif et non politique. « Ce qu’on m’a donné, c’est le poste d’un haut fonctionnaire avec rang de ministre, mais qui n’est pas un poste politique. Or je ne suis pas à la recherche d’un emploi pour qu’on me propose un poste administratif. Non, non et non, je rejette ce poste administratif », a déclaré M. Mourou. 

A propos de sa présence jeudi dernier au siège de l’Assemblée constituante, Abdelfattah Mourou a indiqué : « Quand je me suis déplacé à l’Assemblée constituante, j’ai bien vérifié avant de descendre de la voiture que j’étais ministre et que je pouvais entrer à l’Assemblée en tant que tel. Surprise ensuite, je ne l’étais pas ! C’était une offense, je suis apparu comme un intrus ou quelqu’un qui fait l’aumône. Je ne me suis jamais senti autant offensé. Non pas parce que je n’étais pas nommé, mais parce que j’étais dans une place qui n’était pas la mienne. » 
Abdelfattah Mourou est revenu sur son passé pour rappeler qu’il était un membre fondateur d’Ennahdha et un des premiers créateurs de la mouvance islamique tunisienne, avant même Rached Ghannouchi. 

Lire la suite : businessnews

 


 

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Le gouvernement tunisien se met au travail
 Grand vainqueur des élections, le parti islamique Ennahda s’est réservé l’essentiel des postes clés.
De gauche à droite : le ministre de l’intérieur Ali Larayedh, le ministre de...
De gauche à droite : le ministre de l’intérieur Ali Larayedh, le ministre de la justice Noureddine Bhiri, le président, Moncef Marzouki et le premier minsitre Hamadi Jebali, samedi 24 décembre à Carthage. 
 La nouvelle équipe entame cette semaine « l’examen des questions urgentes économiques et sociales ».

 

 

 

La Tunisie a fini par se doter d’un gouvernement deux mois après les élections de l’Assemblée constituante, le 23 octobre. Les difficiles tractations au sein de la troïka – le parti islamique Ennahda, grand vainqueur des élections (89 des 217 sièges de l’Assemblée constituante) et les deux partis alliés, Ettakatol (centre gauche) et le Congrès pour la République du président Moncef Marzouki – avaient poussé à la multiplication des portefeuilles ministériels au fil des semaines. 

Devant l’avalanche de critiques, le nouveau premier ministre Hamadi Jebali a finalement « limité » à 30 ministres et 11 secrétaires d’État son gouvernement investi vendredi 23 décembre de la confiance de 154 des 217 élus de l’Assemblée constituante.

« ENNAHDA DÉTIENT QUASIMENT 50 % DU POUVOIR EXÉCUTIF »


Dans ce gouvernement, la parité imposée pour les élections a volé en éclats – la présence des femmes se limite aux trois portefeuilles de l’environnement, de la femme et de l’habitat – et le parti Ennahda se taille la part du lion. Les dirigeants du parti islamique occupent l’ensemble des portefeuilles régaliens (à l’exception du poste de la défense auquel a été reconduit Abdelkrim Zbidi).

Noureddine Bhiri, le porte-parole du parti, devient ministre de la justice. Ali Larayedh, ancien président du bureau exécutif qui fut condamné à mort en 1987 avant d’être gracié puis emprisonné pendant quinze ans, obtient le portefeuille de l’intérieur. Rafik Abdessalem, gendre du leader historique Rached Ghannouchi, est nommé chef de la diplomatie.

« Ennahda renforce son hégémonie », constate l’économiste et fin connaisseur de la scène politique tunisienne Abdeljelil Bédoui. « Le parti a eu 37 % des voix aux élections, il a obtenu 41 % des sièges de députés et s’est emparé de 45 % des postes ministériels. Si l’on ajoute les indépendants qui lui sont proches, Ennahda détient quasiment 50 % du pouvoir exécutif », détaille-t-il.

SUSPICION


« Nul doute qu’il y a de la suspicion au sein de la troïka, une volonté de se surveiller les uns les autres. Comment expliquer autrement la multiplication des postes, un ministre et trois secrétaires d’État pour les affaires étrangères par exemple ? », interroge Mouhieddine Cherbib, l’un des représentants de la communauté tunisienne de l’étranger. 

Le fait que Samir Dilou, membre du bureau exécutif d’Ennahda, devienne à la fois ministre des droits de l’homme et porte-parole officiel du gouvernement a également fait grincer des dents la société civile, qui n’a pas jugé de bon augure ce mélange des genres.

Au demeurant, les Tunisiens attendent au premier chef des améliorations en matière économique et sociale. Hamadi Jebali a promis que le gouvernement s’attaquerait dès cette semaine à ces « questions urgentes ». 

Et le président de la République a appelé vendredi au siège des syndicats patronaux à suspendre pendant six mois grèves, sit-in et barrages divers pour éviter à la Tunisie « un suicide collectif ». Trois jours auparavant, le fabricant japonais de câbles automobiles Yazaki avait annoncé la fermeture définitive de l’une de ses cinq usines, paralysée par une grève dans le centre du pays.

source la-croix

 


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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 08:25

Erdogan et les Arabes : La religion au service du commerce et de l’OTAN

 

La popularité de Recep Tayyip Erdogan et du «modèle turc» semblent à leur apogée au Proche-Orient et en Afrique du Nord, deux régions qui connaissent depuis un an des bouleversements politiques d’une grande ampleur (1). L’accueil, qui a été réservé au Premier ministre turc en Egypte (2), en Tunisie et en Libye, lors de la visite qu’il a effectuée dans ces trois pays en septembre 2011, indique qu’une partie de leur opinion (3) voit en l’Etat turc «islamisé» un exemple à suivre, car conciliant «l’authenticité» et la modernité, d’un côté et, de l’autre, le «développement» économique et l’attachement à l’indépendance vis-à-vis des grandes puissances.

 

Telle qu’elle peut être déduite par d’innombrables articles publiés dans la presse, l’image de la Turquie pour l’opinion arabe pro-turque est celle d’une force montante, qui entend doubler son essor économique (17e meilleur PIB en 2010, selon le FMI) d’une indépendance politique accrue vis-à-vis de l’OTAN, de l’Union européenne (UE) et du si encombrant partenaire israélien. Le Premier ministre turc doit sa bonne fortune arabe à sa dénonciation régulière du blocus imposé par Israël à la bande de Ghaza. Il la doit aussi aux campagnes turcophiles d’élites issues, pour certaines, des Frères musulmans, qui rêvent d’une «turcisation» de pays comme l’Egypte qui, pour les besoins symboliques de la cause «néo-ottomane», présentent le «modèle turc» comme une réincarnation tardive du Califat disparu en 1924.

 

Ces élites sont d’autant plus engagées dans la défense de ce «modèle» que leur proximité, réelle ou feinte, avec les dirigeants de l’AKP, peut être fructifiée politiquement – et même électoralement. Il n’est pas inutile de relever, à ce propos, que tous les Frères musulmans ne voient pas d’un œil favorable les tentatives de la Turquie de rebâtir son leadership dans la région. Lors de la visite d’Erdogan en Egypte, un responsable égyptien de cette confrérie, Essam Al Aryane, a déclaré : «Nous voyons en lui un des dirigeants les plus en vue de la région, mais nous ne pensons pas que son pays, à lui seul, puisse la diriger ou planifier son avenir (4).»

 

Les succès turcs sont-ils des «succès islamistes» ?

Pour les élites arabes turcophiles (5), les positions anti-israéliennes d’Erdogan indiquent une mutation qualitative de la politique extérieure turque. C’est sans doute vrai, mais ces positions ont des antécédents qui datent, paradoxalement, de l’époque du «pouvoir laïque» radical. Quand la Turquie voulait renégocier ses relations avec son allié euro-américain (ou gagner à sa «cause chypriote» de nouveaux soutiens), elle se tournait souvent vers le Monde arabe. Ainsi, pendant la Guerre d’octobre 1973, elle a interdit à l’armée américaine d’utiliser ses bases situées en territoire turc pour aider Israël. Deux ans plus tard, en 1975, elle a reconnu l’OLP en tant que représentant légitime du peuple palestinien (6). En décembre 1980, en pleine tension avec la Communauté européenne, et afin de souligner sa proximité politique avec ses voisins arabes suite à l’annexion de Jérusalem-Est, elle a ramené ses relations avec Tel-Aviv au niveau de «représentation des intérêts», bien en deçà du niveau de «représentation consulaire» qui était le leur depuis 1949.

 

Les élites arabes pro-turques évoquent les succès économiques de la Turquie (un taux de croissance de 9% en 2010, selon le FMI, et un taux prévisionnel de 6,6% en 2011, en dépit des turbulences que traverse l’économie internationale) comme le fruit de la «bonne gouvernance» de ces deux partis et de l’efficacité industrieuse de la nouvelle bourgeoisie conservatrice qu’ils ont contribué à faire émerger.

 

Or, les politiques économiques du Refah-AKP s’inscrivent dans la continuité de celles appliquées dès la première moitié des années 1980 par le gouvernement de Torgut Özal et qui, elles aussi, visaient la construction d’une économie orientée vers l’export, plus attractive pour les capitaux étrangers (en pleine crise financière mondiale, le volume prévisionnel des IDE en 2011 est de 10 milliards de dollars !).

 

Les exportations turques, de 3 milliards de dollars en 1980, sont passées à 28 milliards en 2000, à 46 milliards en 2003 et à 113 milliards en 2010. Leur croissance reflète une formidable extension du tissu industriel turc. Surtout, elle impose à la Turquie de rechercher, dans son environnement immédiat (Proche-Orient) et plus ou moins éloigné (Afrique du Nord), de nouveaux débouchés pour sa production industrielle (94% du total de ses exportations en 2008). Cette recherche est d’autant plus impérative que paraît s’éloigner, pour l’instant, la perspective de l’adhésion à l’UE à laquelle l’AKP n’a pas renoncé, tout attaché qu’il soit à l’«identité musulmane».

 

Un débouché miraculeux pour l’industrie turque

Il est légitime de s’interroger si les islamistes ne sont pas les meilleurs exécutants du projet de conquête des marchés des pays arabes par les hommes d’affaires turcs de toute obédience, et ce, grâce à l’exploitation des liens culturels et religieux entre la Turquie et ces pays. Il n’est pas exclu que la coïncidence entre la «panne» de l’intégration à l’UE (l’évocation par l’ancien responsable de l’Elargissement de l’UE, Olli Rehn, en mars 2007, de l’éventualité de l’arrêt des «négociations d’adhésion») et la confirmation de la popularité de l’AKP (la victoire aux législatives anticipées de juillet 2007) ait achevé de persuader de nouveaux secteurs de la bourgeoisie turque que ce parti défend leurs intérêts au-delà de leurs espérances.

 

Vue sous cet angle, celui des intérêts du capitalisme turc – et bien qu’elle s’accompagne d’une crise réelle des relations avec Israël –, l’expansion turque dans la région arabe est principalement économique. Elle pourrait être considérée comme une concrétisation partielle du rêve du MSP (Parti du salut national), fondé en 1973 par le père de l’islamisme turc Necmetin Erbakan qui, comme le rappelle le politologue français Jean Marcou, «(préconisait) la construction d’un marché commun musulman, où la Turquie pourrait écouler ses produits» (7).

 

Pour Erdogan «les relations turco-arabes dépassent les intérêts économiques vers des horizons plus larges, qui concernent les visions stratégiques et les préoccupations communes, au premier plan desquelles figure la question palestinienne» (le quotidien égyptien Al Shourouk, 12 et 13 septembre 2011). Il n’empêche que lors de sa visite en Egypte, en Tunisie et en Libye, il était accompagné de dizaines de chefs d’entreprise. Contrairement à ce que pourrait le laisser croire le soutien d’Erdogan au sit-in de la place Al Tahrir au Caire, en février 2011, les islamistes turcs se sont toujours peu souciés de ce que pouvaient penser les peuples du Monde arabe des régimes qui les gouvernent.

 

Bien avant le Printemps arabe, la présence des firmes turques en Egypte et en Libye (8) se renforçait et la promesse d’une conquête commerciale d’autres pays arabes se dessinait, surtout après la proclamation, en janvier 2011 (soit quelques semaines avant l’intifadha égyptienne), de la constitution d’une zone de libre-échange entre la Turquie, la Jordanie, la Syrie et le Liban. Dans le cas de la Libye, cette politique a eu pour éloquent symbole l’acceptation par Erdogan du «Prix Kadhafi des droits de l’homme» le 1er décembre 2010, deux mois et demi seulement avant les premières manifestations contre le pouvoir du despote libyen.

 

Difficile autonomie vis-à-vis de l’OTAN

Si l’on met de côté les discours sentimentalistes qui voient en la Turquie l’embryon d’un nouvel Empire ottoman, son émancipation des entraves de l’alliance stratégique avec l’UE et les Etats-Unis paraît d’autant plus difficile qu’elle est contrariée par ce pacte tacite entre l’AKP et le capitalisme turc, qui n’a pas encore fait son deuil de l’intégration à l’UE (46% des exportations turques en 2008). Et quand bien même une radicalisation «anti-occidentale» de l’AKP serait possible, beaucoup de temps serait nécessaire à celui-ci pour édifier un bloc turco-arabe solide dans un contexte régional des plus troubles. Jusqu’à présent, la détermination de la Turquie à améliorer ses relations avec le Monde arabe n’est pas entrée en contradiction avec sa loyauté envers ses «amis» européen et américain.

 

Pour le chercheur à l’IRIS Didier Billion, il n’y a nul «risque de basculement d’alliance de (cet Etat), qui sait très bien qu’(il) peut avoir un rôle important dans la région parce que, justement, (il) continue à faire partie de l’OTAN et qu’(il) a des relations de négociations, certes très compliquées, avec l’Union européenne (9)».  Le régime d’Erdogan a fourni deux récentes preuves de sa subordination stratégique à l’OTAN. La première a été la décision prise le 1er septembre 2011 (la veille de l’annonce du gel de la coopération militaire avec Israël), d’autoriser le déploiement, sur le sol turc, d’un système de radars expressément destiné à parer le danger d’attaques iraniennes contre l’Europe.

 

La seconde preuve a été son attitude changeante vis-à-vis du conflit en Libye : après s’être opposé à l’intervention militaire internationale dans ce pays, il s’est résigné à participer à la surveillance des côtes libyennes, tout en œuvrant à faire passer cette contribution à l’effort de guerre atlantiste pour une «mission humanitaire» (soigner les blessés à bord des navires de guerre turcs). L’étroitesse des liens de la Turquie à ses vieux alliés explique également que ni les Etats-Unis ni l’UE ne montrent de signes de peur de l’exportation du «modèle turc» en Tunisie ou en Egypte. Que ces pays soient gouvernés par des islamistes ne les effraie pas tant qu’ils ne contestent pas l’hégémonie euro-américaine au Proche-Orient et en Afrique du Nord, à défaut d’accepter la présence des forces de l’OTAN sur leur territoire.

 

Notes : 

(1) Cet article a paru dans le numéro 32 de la revue Afkar-Idées
(http://www.afkar-ideas.com) et est publié ici avec son aimable autorisation.
(2) Un des slogans qui ont accueilli Recep Tayyip Erdogan lors de sa visite en Egypte, en septembre 2011 est «Nous voulons l’Erdogan arabe» («Pourquoi il n’y a pas d’Erdogan arabe», Wahid Abdelmadjid, le quotidien panarabe Al Hayat, 25 septembre 2011).
(3) Selon une enquête menée par un think tank turc (août et septembre 2010), 66% des 3000 ressortissants de sept Etats du Proche-Orient interrogés jugent que «la Turquie peut être un exemple» en ce qu’elle serait «une synthèse entre islam et démocratie». La Turquie et les révolutions arabes, Didier Boillon (chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques, IRIS, France), Le Monde, 5 mai 2011.
(4) Al Jazeera Net, 15 septembre 2011.
(5) L’éditorialiste islamiste égyptien, Fahmi Howeidi, est, en Egypte, un des représentants de ces élites turcophiles.
(6) Nous devons ces rappels de l’histoire des tensions entre la Turquie et Israël à l’article de Jean Marcou, professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble, intitulé  Turcs et Arabes : vers la réconciliation ? (Qantara, n°78, janvier 2011, dossier : «Turcs et Arabes : une histoire mouvementée»).
(7) Voir la note n°6.
(8) Quelque 200 entreprises turques opèrent en Egypte et 75 en Libye. En Tunisie, c’est une entreprise turque qui gère l’aéroport international d’Enfidha-Hammamet après l’avoir construit pour 550 millions d’euros. (Cf. «La Turquie recherche une influence politique et surtout économique dans les pays du Printemps arabe», le site de Radio France internationale, 16 septembre 2011).
(9) Cité dans l’article de Monique Mas, «La diplomatie turque à l’heure des révolutions arabes», (www.rfi.fr, 12 septembre 2011). 

par Yassin Temlali

source elwatan

 

 

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« Printemps arabe » : Youssef Al-Qardaoui, Bernard-Henry Lévy : même combat ?

 

Comme tout printemps qui se respecte, celui qui est qualifié d’ « arabe » a évidemment permis la perpétuation d’idées de lignées pures mais, phénomène surprenant, a également facilité et catalysé l’hybridation de schèmes de pensée qu’on a, jusqu’à très récemment, jugés non « hybridables ».

Ainsi, voici deux illustres personnages que tout aurait dû séparer : Youssef Al-Qardaoui et Bernard-Henry Lévy (BHL). L’un est un pur produit de l’Orient alors que l’autre est un Occidental invétéré. L’un se drape dans l’austère costume traditionnel serré au cou des savants d’Al-Azhar (longue gallabeyya, caftan et turban) alors que l’autre est un vrai dandy arborant une éternelle chemise blanche immaculée de chez Charvet, spécialement conçue pour lui et qu’il porte largement déboutonnée.

L’un est Égyptien d’origine, Qatari de nationalité, orphelin de père, d’origine paysanne modeste, de confession musulmane, membre des Frères musulmans, emprisonné jeune pour son militantisme, déchu de sa nationalité et vivant au Qatar depuis plusieurs décennies. L’autre est Français, citadin né avec une cuillère d’or dans la bouche, se disant de confession juive et de gauche, qui n’a jamais été inquiété même après s’être immiscé dans de nombreux conflits armés à travers le monde.

L’un est un fervent défenseur des palestiniens, opiniâtrement opposé au sionisme. À ce sujet, il a déclaré :« La seule chose que j’espère, […] c’est qu’Allah me donne, au crépuscule de ma vie, l’opportunité d’aller au pays du jihad et de la résistance (i.e. la Palestine), ceci même sur un fauteuil roulant. Je tirerai une balle sur les ennemis d’Allah, les juifs » [1]. L’autre est un ardent défenseur de l’État d’Israël et l’un de ses meilleurs ambassadeurs dans le monde. À la suite de la sauvage agression israélienne contre le Liban en 2006, il entreprit un voyage au nord d’Israël qui lui inspira un article qualifié de « tourisme de propagande de BHL en Israël » [2]. Il répéta sa technique en 2009, pendant le massacre de Gaza, en se rendant en Israël pour être « embedded » avec Tsahal. Il raconta son « aventure » dans un article qui a été perçu comme un tract de propagande pro-israélien [3] et consacra un autre billet à la justification de la brutale et inhumaine opération « Plomb durci » [4], internationalement condamnée. Il persista et signa en défendant l’attaque israélienne du 31 mai 2010 contre la Flottille de la liberté qui fit neuf morts et vingt-huit blessés parmi les militants transportant de l’aide humanitaire vers Gaza [5]. N’est-il d’ailleurs pas récipiendaire de deux Doctorats Honoris Causa de ce pays ? Université de Tel Aviv en 2002 et Université de Jérusalem en 2008.


Youssef Al-Qardaoui

L’un est interdit de séjour aux États-Unis après qu’on eut découvert ses liens avec une banque finançant le terrorisme [6] et fut totalement opposé à l’invasion américaine de l’Irak. L’autre est un américanophile exemplaire frayant avec la « jet set » des deux rives de l’Atlantique.

Sur le dossier de la guerre d’Irak, BHL trouva cette guerre « moralement justifiée » [7].

Pourtant en y regardant bien, il est aisé de déceler de nombreuses similitudes entre les deux personnages. En voici quelques unes.

Primo, tous les deux ont été de brillants étudiants : Al-Qardaoui a été major de promotion à l’Université d’Al-Azhar et BHL a été reçu 7e au concours d’entrée à l’École normale supérieure.

Secundo, ce sont tous deux des auteurs prolifiques, des hommes de lettre et des philosophes (quoique ce statut soit très critiqué dans le cas de BHL).

Tertio, sans avoir aucune fonction politique ils possèdent une indéniable influence sur les dirigeants de leurs pays respectifs et le pouvoir d’infléchir, dans certains dossiers, la politique de leurs gouvernants.

Quarto, ce sont des vedettes médiatiques, l’un sur Al-Jazira avec son émission « La charia et la vie » qui est regardée par plus de dix millions de téléspectateurs à travers le monde ; et l’autre avec son omniprésence sur les plateaux de télévision français et étrangers.

Quinto et non des moindres par les temps qui courent, tous les deux sont d’impénitents va-t-en-guerre.

Mais en fait, c’est le « printemps arabe » et ses soubresauts qui ont révélé les similitudes les plus « originales » entre ces deux célébrités.

En matière de religion, Youssef Al-Qardaoui revendique sa foi dans ses actions. Cela se comprend par son érudition en sciences islamiques, ses nombreuses responsabilités et ses diverses activités et engagements reliés à la religion musulmane. Cela était moins évident dans le cas de BHL jusqu’à ce qu’il confesse, à propos de son rôle dans la guerre civile libyenne : « C’est en tant que juif que j’ai participé à cette aventure politique, que j’ai contribué à définir des fronts militants, que j’ai contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre pays une stratégie et des tactiques » [8].

À propos d’Israël, une récente déclaration d’Al-Qardaoui laisse perplexe : « Les pays qui connaissent un réveil islamique et ont vu l’accès des islamistes au pouvoir traiteront avec l’Occident et Israël » [9]. Serait-il possible que le célèbre théologien n’ait plus envie d’en découdre avec l’état sioniste, ni de tirer sa dernière balle en terre sacrée du jihad ? Serait-il tenté d’en faire plus que le gouvernement de son pays d’adoption, le Qatar, qui entretient des liens officieux avec Israël ? D’ailleurs, les rumeurs d’établissement de relations diplomatiques entre la Libye « nouvelle » et l’état hébreu [10] sous la probable médiation de BHL, semblent confirmer les dires du Cheikh.

D’un autre côté, la fatwa d’Al-Qardaoui appelant à l’assassinat de Kadhafi [11] s’est inscrite dans le prolongement des gesticulations guerrières de BHL. En contrepartie, le philosophe français n’a vu aucun inconvénient dans les déclarations du président du CNT libyen concernant l’application de la charia dans la future Libye. Dans un article qui fera date, il s’est laissé aller dans une dissertation sur la signification de la charia et du jihad : un vrai Al-Qardaoui « en herbe » [12] ! Quel étonnant revirement pour ce virulent pourfendeur de l’extrémisme religieux qui s’était fait remarqué par ses positions contre les islamistes en Algérie [13]. Connaissait-il en ce temps la signification de la charia et du jihad ou a-t-il pris des cours sur le sujet depuis ?



Mais l’intérêt de BHL pour les islamistes ne date pas de son « épopée » libyenne. Sur son site officiel, où trônent des centaines de photos destinées à la postérité, il y en a une qui attire l’attention : BHL s’entretenant avec Saad Al-Hoseiny au Caire, le 20 février 2011, soit 9 jours après la chute de Moubarak. Pour information, Saad Al-Hoseiny est membre du bureau exécutif des Frères musulmans [14] et la photo a été prise à leur QG.
Dans un article consacré à cette rencontre, BHL écrivit :« Il fait profil bas, en effet, dans l’entretien. M’assure que la confrérie ne pèse pas plus de 15 %. Me garantit qu’elle ne présentera, dans six mois, pas de candidat à la présidentielle. Me jure sur tous les Dieux qu’elle n’a, de toute façon, et pour le moment, d’autre programme que la liberté, la dignité, la justice. Mais ajoute, l’œil moqueur, que les « problèmes de l’Égypte » sont trop « énormes » pour que la modeste confrérie en assume l’écrasante responsabilité » [15].


On connait actuellement la réalité des urnes égyptiennes. La victoire des islamistes dans les pays touchés par le « printemps arabe » en a surpris plus d’un. Alors qu’aucun Coran n’a été brandi et que nul slogan religieux n’a été scandé pendant toute la durée des sanglantes manifestations, les partis religieux ont obtenu d’excellents scores, au détriment des jeunes activistes, principaux acteurs des révoltes populaires.

Pourtant, le 18 février 2011 un évènement prémonitoire s’est déroulé à la place Tahrir. Ce jour-là, Al-Qardaoui est retourné triomphalement au Caire et a conduit la prière du vendredi devant plus d’un million de personnes. Profitant de l’occasion, l’illustre cyberdissident Wael Ghoneim, héros de la place Tahrir, celui-là même qui a été nommé « l’homme le plus influent du monde » par le magazine américain Time [16] s’est approché de l’estrade pour prendre la parole. Quelle ne fût sa surprise lorsqu’il s’est vu interdire, manu militari, l’accès à la tribune. Il quitta la place Tahrir, un drapeau égyptien sur le visage [17].

Malgré des différences notables, les actions « printanières » d’Al-Qardaoui et BHL présentent des similitudes qui ont pour objet de canaliser les évènements dans la même direction. Il en est ainsi pour la situation syrienne où l’un a émis une fatwa autorisant l’intervention internationale en Syrie [18] et l’autre avance que l’option militaire (celle dont il a été l’artisan en Libye) est de plus en plus acceptée par l’opposition syrienne [19]

À la mort du « guide » libyen, un journal titrait : « Libye – Youssef Al-Qardaoui célèbre avec Sarkozy et Obama la mort du guide Kadhafi » [20]. En fait, il célébrait aussi avec BHL et David Cameron. À noter que ce dernier, en 2008, alors qu’il était encore dans l’opposition, s’était farouchement opposé à la venue d’Al-Qardaoui en Grande-Bretagne, le traitant d’homme « dangereux ». Sous sa pression, son visa a été refusé car « le Royaume-Uni ne tolère pas la présence de ceux qui cherchent à justifier tout acte de violence terroriste ou à exprimer des opinions qui pourraient favoriser des violences intercommunautaires » [21].

Décidément, l’extravagance de ce printemps idéologique florifère ne cessera jamais de nous étonner : Al-Qardaoui qui recommande aux pays arabes de traiter avec Israël et qui prêche en faveur d’une intervention militaire étrangère pour démettre les gouvernements arabes en place ; BHL que les islamistes n’effraient plus et qu’il appuie dans leur « apprentissage » démocratique tout en donnant des cours de charia à ses concitoyens occidentaux.

Mais aussi bizarre que cela puisse paraître, aucun d’entre eux n’a émis une opinion sur les monarchies arabes. Seraient-elles par hasard des modèles de démocratie ? Ou peut-être des contrées où les libertés fondamentales sont respectées ? Nos deux célèbres philosophes n’ont encore rien à dire sur ce sujet. Et pourquoi pas une déclaration commune ? L’hybridation serait totale.

par Ahmed Bensaada




Notes

[1] Youtube, « Al-Qaradawi praising Hitler’s antisemitism », Vidéo mise en ligne le 10 février 2009.

[2] Henri Maler et Patrik Champagne, « Une « exclusivité » du Monde : le tourisme de propagande de BHL en Israël », ACRIMED, 1er août 2006.

[3] Olivier Poche, « Gaza – Médias en guerre (4) : « Carnets de guerre », le dernier tract de BHL », ACRIMED, 28 janvier 2009.

[4] Bernard-Henry Lévy, « Libérer les Palestiniens du Hamas », Le Point.fr, 8 janvier 2009.

[5] Le Monde, « Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy défendent Israël contre la "désinformation" », 7 juin 2010.

[6] Paul Landau, « Le double visage du cheikh Youssouf al-Qaradawi », Observatoire de l’islam en Europe, 7 octobre 2007.

[7] Bernard-Henry Lévy, « Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy », Le Point.fr, 14 février 2003.

[8] AFP, « Libye : BHL s’est engagé "en tant que juif" », Le Figaro.fr, 20 novembre 2011.

[9] Al-Quds al-Arabi, « Fatwa d’Al-Qardaoui autorisant une intervention internationale en Syrie pour arrêter le bain de sang », 9 décembre 2011.

[10] Israël Infos, « LIBYE - Le retour d’Israël, peut être », 11 décembre 2011.

[11] Meris Lutz , « LIBYA : Popular TV cleric issues fatwa against Kadafi », Los Angeles Times, 22 février 2011.

[12] Bernard-Henri Lévy, « La Libye, la charia et nous », Le Point, 3 novembre 2011.

[13] Bernard-Henry Lévy, « Le jasmin et le sang » et « La loi des massacres », Le Monde, 8 -9 janvier 1998.

[14] AnachitexT, « Saad Al-Hoseiny, and BHL ».

[15] Bernard-Henry Lévy, « Égypte, année zéro », Libération, 26 février 2011.

[16] Le Point.fr, « Waël Ghonim, homme le plus influent du monde selon Time », 21 avril 2011.

[17] Le Figaro.fr, « Les Égyptiens maintiennent la pression place Tahrir », 18 février 2011.

[18] Voir note 9.

[19] Bernard-Henri Lévy, « Fin de partie en Syrie », Le Point, 17 novembre 2011.

[20] Algeria ISP, « Libye – Youssef al-Qaradawi célèbre avec Sarkozy et Obama, la mort du guide Kadhafi », 22 octobre 2011.

[21] BBC News, « Muslim cleric not allowed into UK », 7 février 200

source cameroonvoice

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 07:15

 

 AMICALE DES ANCIENS ELEVES DES LYCEES DE BIZERTE

 
 
 
COMMEMORATION DU 2ème ANNIVERSAIRE DU DECES DE MADAME ANASTASIA CHIRINSKY
 
INVITATION
 
A l’occasion de la commémoration du 2ème anniversaire du décès de Mme Anastasia Chirinsky survenu le 21 Décembre 2009 à l’âge de 97 ans, l’Amicale a le plaisir de vous inviter à la cérémonie qui sera organisée par la Municipalité de Bizerte au cours de laquelle le Maire de la ville Monsieur Mohamed Salah Fliss, inaugurera la
« Place Anastasia Chirinsky »
située juste en face de l’Eglise Orthodoxe près de la Gare ferroviaire et ce en présence de ses deux filles Tania et Tamara.
Nous sommes fiers à l’Amicale de compter Mme Chirinsky parmi nos membres, elle qui a tant aimé Bizerte et qui a contribué à son rayonnement international grâce, entre autres, à son livre
« Bizerte : Dernière Escale »
Beaucoup de ses anciens élèves qui l’ont eue comme professeure lui sont reconnaissants et ont certainement un grand sentiment de gratitude envers celle qui a toujours fait son travail avec amour et abnégation.
 
PROGRAMME :
 
MARDI 27 DECEMBRE 2011
 
16h00 :  Inauguration de la Place Anastasia Chirinsky
17h00 :  Projection à la Maison de la Culture Cheikh Driss de Bizerte de l’excellent film documentaire de Mahmoud Ben Mahmoud retraçant la vie de Mme Chirinsky
« Anastasia de Bizerte »
en présence du producteur Mohamed Challouf que nous remercions vivement pour cette contribution.
 

Merci Mohamed !

 

 

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Archives du 24 décembre 2009

Décès d'Anastasia Chirinsky, la dernière exilée russe de Bizerte

Décès d'Anastasia Chirinsky, la dernière exilée russe de Bizerte

Anastasia Chirinsky est décédée lundi à Bizerte, ville portuaire de la Tunisie. Elle était le dernier témoin de l'évacuation des navires de l'escadre de la mer Noire de Crimée vers la ville pendant la guerre civile de 1918-1922.

Par Maha BEN ABDELADHIM (texte)
 

 

Bizerte aura été sa "Dernière Escale", titre de son livre publié en 2000. Anastasia Manstein-Chirinsky, dont le destin s’est rapidement confondu avec celui de la communauté russe exilée en Tunisie, est décédée, lundi, dans le port de Bizerte.

Quatre-vingt neuf années plus tôt - presque jour pour jour -, cette fillette de 8 ans fuit la guerre civile en Russie, amorcée par la révolution bolchévique d’octobre 1917, et débarque dans le port tunisien à bord des restes de l’escadre impériale russe. Elle passe ses premières années d’exil au bord d’un torpilleur puis d’un cuirassé amarré dans la baie de Bizerte.

Anastasia Chirinsky passera toute sa vie dans cette ville côtière. Après y avoir fait ses études, elle devient enseignante en mathématiques. Bertrand Delanoë, l'actuel maire de Paris, qui a grandi à Bizerte, compte parmi ses anciens élèves. "'Babou', comme nous l’appelions tous - était un être exceptionnel, un génie de la vie. Son parcours fut un roman, celui de cette jeune immigrée russe, imprégnée d’histoire, de culture, de curiosité et de créativité, mais surtout d’amour", confie-t-il à France24.com. 

 

"Un lieu de pélerinage"

De son histoire, elle écrira un livre, en 2000, dédié à la mémoire des réfugiés russes sur le sol tunisien : "La Dernière Escale. Le siècle d’une exilée russe à Bizerte". Ecrit en français et publié en Tunisie (Sud Editions), il a été récompensé du prix littéraire russe Alexandre-Nevsky.

Mais sa plus grande consécration reste sans nul doute l'obtention du passeport russe en 1997. Elle avait refusé la nationalité française, à l’époque où Paris naturalisait les minorités communautaires de la Tunisie, et n'avait pas non plus sollicité la nationalité tunisienne de peur que cela ne l’empêche un jour d’avoir la nationalité russe.

Conservatrice bénévole du cimetière des marins militaires russes à Bizerte, elle est devenue la mémoire vivante d’un épisode de l’Histoire longtemps méconnu. "Il a été occulté aussi bien par le régime de l’ex-Union soviétique que par un certain monolithisme de la Tunisie post-coloniale", précise Mahmoud Ben Mahmoud, auteur du documentaire "Anastasia de Bizerte" (1996). 

Et de poursuivre : "Elle portait à la fois la mémoire de la Russie pré-communiste et l’histoire de la Tunisie sur presque tout le XXe siècle". Elle est d'ailleurs devenue incontournable pour les touristes russes qui, après le musée de Carthage et la médina de Tunis, avaient pour habitude de faire escale chez elle. "C’était devenu un lieu de pèlerinage, ajoute le réalisateur. Les passagers des bateaux russes qui accostaient à Bizerte allaient la voir. Elle recevait aussi du courrier de toute la diaspora russe disséminée de par le monde". Aujourd'hui, Anastasia Chirinsky est devenue indissociable de Bizerte. Depuis quelques années, une petite place porte son nom.

soure france24

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 07:55

Des milliers de personnes aux funérailles des victimes des attentats


Des milliers de personnes ont participé samedi aux funérailles des 44 personnes tuées la veille dans des attentats suicide à Damas, où la délégation de la Ligue arabe a rencontré le chef de la diplomatie syrienne, une rencontre qualifiée de "positive" par les autorités syriennes.

 
Des milliers de personnes ont participé samedi aux funérailles des 44...

 

Des milliers de personnes ont participé samedi aux funérailles des 44 personnes tuées la veille dans des attentats suicide à Damas, où la délégation de la Ligue arabe a rencontré le chef de la diplomatie syrienne, une rencontre qualifiée de "positive" par les autorités syriennes.
Les Frères musulmans, un mouvement d'opposition, ont accusé le régime d'être derrière les attentats et de vouloir leur faire porter la responsabilité de ces attaques. Les autorités syriennes y avaient vu pour leur part "la main d'Al-Qaïda".

 
Et la répression s'est poursuivie: 20 civils ont été tués samedi à travers le pays, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
 

Des milliers de personnes ont participé à la cérémonie funéraire à la mosquée des Omeyyades, dans la vieille ville de Damas, au lendemain de ces attaques sans précédent depuis le début de la contestation mi-mars contre le régime du président Bachar al-Assad. Visant des bâtiments de la sécurité, elles ont fait également plus de 150 blessés.
 

A l'extérieur de la mosquée, une foule brandissait des portraits de M. Assad et des bannières du parti Baas, au pouvoir dans ce pays.
 

Le ministre des Biens religieux, Abdel Sattar al-Sayyed, a lu dans la mosquée un communiqué commun publié par des dignitaires religieux chrétiens et musulmans. Ces derniers ont dénoncé "les attentats criminels perpétrés vendredi (...) ainsi que les assassinats, les destructions et le sabotage commis (dans le cadre) d'un complot dangereux ourdi contre la Syrie", et ont appelé la Ligue arabe et l'ONU à "assumer leur responsabilité".
 

Dans le même temps, une rencontre a eu lieu entre une délégation conduite par Samir Seif al-Yazal, adjoint du secrétaire général de la Ligue arabe, et le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem.
"La réunion samedi matin avec le ministre Walid Mouallem, qui a porté sur les besoins de la mission, a été positive", a affirmé à l'AFP Jihad Makdissi, porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères.
 

M. Yazal était arrivé jeudi à Damas pour préparer la mission des observateurs arabes, qui sont attendus lundi dans la capitale syrienne. Selon lui, ces observateurs seront "plus de 50 experts arabes dans différents domaines, notamment politique, droits de l'Homme, militaire".
Dans un communiqué au Caire, le chef de l'organisation panarabe, Nabil al-Arabi, a dénoncé les attentats de Damas, tout en promettant: de "tels actes criminels n'empêcheront pas la mission des observateurs de la Ligue arabe de mener à bien sa tâche".
 

La Turquie, qui a coupé les ponts avec Damas, son ancien allié, pour protester contre la répression, a également condamné ces attentats. "La Turquie est contre le terrorisme quelle que soit sa source ou sa raison et elle considère que les attaques à Damas hier s'inscrivent dans ce cadre et les condamne", a écrit le ministère turc des Affaires étrangères.
 

Alors que l'opposition considère la venue des observateurs arabes comme une manoeuvre dilatoire du régime, les Frères musulmans ont accusé samedi Damas d'avoir "mis en scène" les attentats de la veille "afin de détourner l'attention (des observateurs arabes) des manifestations hebdomadaires".
Ils l'ont en outre accusé d'avoir "fabriqué de toute pièce" un autre communiqué revendiquant les attaques au nom des Frères.
 

Il s'agit d'une "page fabriquée de toute pièce en notre nom sur internet", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la confrérie, Zouhair Salem, réagissant à ce communiqué mis en ligne sur un site internet se présentant comme étant celui des Frères en Syrie.
 

Vendredi, le Conseil national syrien (CNS), principal mouvement d'opposition dont la confrérie fait partie, avait déjà imputé au régime la "responsabilité directe" des attentats, y voyant "un message de mise en garde aux observateurs arabes, pour qu'ils ne s'approchent pas des centres de sécurité".
 

L'OSDH a exhorté samedi l'équipe de la Ligue arabe à se rendre "immédiatement" à Homs, haut lieu de la contestation, après la mort samedi de quatre civils "portant des traces de torture".
Vingt personnes au total ont été tuées samedi par les forces de sécurité, dont huit à Homs (centre) et trois à Deraa (sud), selon l'OSDH.
Selon une estimation de l'ONU, la répression en Syrie a fait au moins 5.000 morts depuis la mi-mars.

source elwatan

 

 

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La délégation arabe doit rencontrer le chef de la diplomatie au lendemain des attentats


La délégation de la Ligue arabe devait rencontrer samedi le chef de la diplomatie syrienne à Damas, où deux attentats suicide sans précédent depuis le début de la révolte en mars ont fait 44 morts vendredi, plusieurs pays s'inquiétant de leur impact sur la mission des observateurs.

 

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a par ailleurs exhorté l'équipe de la Ligue arabe à se rendre "immédiatement" à Homs, haut-lieu de la contestation, après la mort samedi de quatre civils "portant des traces de torture".

 

Selon le ministère de l'Intérieur, 44 personnes ont été tuées et 166 blessées dans ces deux attaques ayant visé la Direction de la sûreté générale, le plus important service de renseignement civil, ainsi qu'un bâtiment de la sécurité militaire.

 

Damas y a vu "la main d'Al-Qaïda" alors que l'opposition a accusé le régime de ces attentats, survenus au lendemain de l'arrivée d'une délégation arabe qui doit préparer la venue d'observateurs, prévue lundi.

 

"Nous allons continuer notre travail", avait assuré vendredi sur les lieux du drame l'adjoint du secrétaire général de la Ligue arabe, Samir Seif al-Yazal, qui dirige la délégation.

M. Yazal a précisé que la mission devait rencontrer samedi le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem.

Il a indiqué que "la mission d'observation partirait pour Damas lundi", et qu'elle comprendrait "plus de 50 experts arabes dans différents domaines, notamment politique, droits de l'Homme, militaire".

 

Le Conseil national syrien (CNS), principal mouvement d'opposition, a imputé au régime la "responsabilité directe" des attentats. Il a accusé le régime d'avoir "voulu adresser un message de mise en garde aux observateurs arabes, pour qu'ils ne s'approchent pas des centres de sécurité".

Le CNS accuse en outre le régime d'avoir transféré "des milliers de détenus (...) vers des casernes militaires fortifiées" où les observateurs de la Ligue arabe n'ont pas accès, et "mis en garde (...) tous ceux qui travaillent dans les hôpitaux pour qu'ils ne parlent pas aux observateurs arabes".

 

Les militants anti-régime, dénonçant l'apathie de la Ligue arabe face à la répression, ont manifesté vendredi dans plusieurs villes du pays contre la signature du protocole sur l'envoi des observateurs.

La répression des manifestations vendredi a fait 24 morts civils, selon l'OSDH qui fait état samedi de la découverte des corps de quatre personnes portant des traces de torture dans la ville de Houlé (province de Homs).

Ces personnes avaient été interpellées par les milices du régime peu après minuit, a affirmé l'OSDH qui appelle la délégation arabe à se rendre "immédiatement" à Homs pour constater "les violations flagrantes des droits de l'Homme".

L'OSDH a par ailleurs fait état de deux morts samedi lors de funérailles à Nawaa, dans la province de Deraa (sud), berceau de la contestation contre le régime.

Il a aussi affirmé que d'importantes forces militaires avaient "pris d'assaut" la localité de Basr al-Harir et la région d'al-Loujat, dans cette même province.

Elles sont "à la recherche de dizaines de soldats dissidents cachés dans cette région", précise l'OSDH qui dit craindre que ces déserteurs "connaissent le même sort que ceux qui avaient été massacrés lundi dernier à Jabal al-Zaouia", dans la province d'Idleb (nord-ouest).

 

A l'étranger, Washington estimé que les attentats suicide de vendredi ne devaient pas remettre en cause la mission des observateurs.

La France s'est dite elle "préoccupée par les informations faisant état de manipulations orchestrées depuis plusieurs jours par Damas pour maquiller la réalité de la répression" aux yeux des observateurs arabes.

Londres a demandé à Damas de laisser un "libre accès" à ses observateurs.

Le chef de l'ONU Ban Ki-moon a appelé la Syrie à appliquer "complètement" le plan de la Ligue arabe.

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU a "condamné dans les termes les plus forts les attentats" et présenté ses "condoléances les plus sincères aux victimes de ces actes odieux et à leurs familles ainsi qu'au peuple syrien". D'ordinaire, il présente ses condoléances au gouvernement du pays touché par ce genre d'attaques.

 

L'Iran, principal allié de la Syrie, a "condamné avec force" les attentats. "Les menaces à la sécurité nationale de la Syrie et l'instabilité, que les ennemis cherchent à provoquer, ne sont pas une menace seulement pour les Syriens mais aussi pour d'autres nations dans la région", a-t-il prévenu.

Selon une estimation de l'ONU, la répression en Syrie a fait au moins 5.000 morts depuis la mi-mars.

source tempsreel.nouvelobs

 

 

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Point de vue 

 

Le régime s’inspire des dictatures déchues mais reproduit leurs erreurs...

Assad recourt à Al-Qaïda mais ne parvient plus à convaincre

 

Ce que craignaient les Syriens depuis des mois s’est produit hier vendredi à Kafar Soussa, la citadelle « imprenable et impénétrable » des services syriens, à Damas. Deux attentats contre des cibles sécuritaires « fictives », mais des victimes civiles « réelles » et une tentative d’intimider les observateurs arabes et de retourner l’opinion internationale en faveur du régime.

 

Selon plusieurs sources syriennes, confirmées par des diplomates arabes,« les attentats de Damas, survenus hier vendredi, sont un pur produit des services syriens, qui les ont immédiatement attribués à Al-Qaïda », avant de les faire revendiquer, ce samedi, par les Frères musulmans, grâce au piratage de leur site. Les mêmes sources s’interrogent en effet comment les autorités ont pu boucler leur enquête en moins d’un quart d’heure et conclu à la responsabilité d’Al-Qaïda, dans un quartier quadrillé par les forces du régime ? La vitesse à laquelle l’enquête s’est déroulée et s’est achevée contraste avec celle qui, près de trois ans après, n’a pas encore fait la lumière sur l’assassinat du chef des opérations du Hezbollah, Imad Moghnieh, dans le même quartier de Kafar Soussa (sans parler des enquêtes relatives aux assassinats mystérieux de responsables impliqués dans l’assassinat de Rafic Hariri).

Pour confirmer l’hypothèse de faux attentats organisés par le régime, les analystes renvoient aux déclarations du Mufti de la République, Ahmed Hassoun, qui a récemment reconnu que le régime dispose de kamikazes et menace de les faire pulvériser en Occident et, à plus forte raison, en Syrie. De même, les experts rappellent les mises en garde lancés par un officier syrien, en janvier 2011, bien avant le déclenchement de la révolte syrienne à Deraa, le 15 mars affirmant que des attentats sont redoutés en Syrie pour sauver le régime d’Assad. Des révélations inquiétantes : le régime a plusieurs flèches à son arc (30 janvier 2011).

Selon nos sources, « les services syriens ont choisi de frapper hier, un vendredi, jour de repos hebdomadaire, de façon à limiter les dégâts. Les quelques fonctionnaires de garde étaient absents, hier, à la demande de leur hiérarchie. Les victimes des explosions sont essentiellement des civils. Parmi la quarantaine de morts, certains avaient déjà succombé à la torture dans les centres de détention. Les attentats ont ainsi servi à camoufler leur mort. D’autres détenus avaient été transportés dans les centres sécuritaires, pour échapper à la vigilance des observateurs de la Ligue arabe, dont les premiers sont arrivés à Damas jeudi. Pour les mêmes raisons, des sources syriennes affirment que des centaines de détenus ont été enfermés dans des conteneurs et placés sur les bateaux qui mouillent au large des côtes. Ils ne seront ainsi jamais recensés par les observateurs ».

Plusieurs jours avant l’attentat, Damas avait préparé le terrain avec l’appui de ses agents au Liban, lesquels avaient annoncé que « des membres de l’organisation terroristes s’infiltraient depuis le Liban vers la Syrie ». Le ministre libanais de la Défense Fayez Ghosn, proche de Sleimane Frangieh, un allié indéfectible de Bachar Al-Assad, s’est royalement moqué du monde : « ses services ont vu, identifié et compté les terroristes traversant clandestinement la frontière ». On peut légitimement s’interroger pourquoi les services libanais n’ont pas interpellé ces terroristes, se contentant de prévenir leurs homologues Syriens de l’imminence de la menace ? En fait, les Libanais ne sont pas dupes. Ils n’ont pas oublié que les terroristes ont été implantés chez eux par l’occupation syrienne. Les affaires de Denniyeh en 2000 et de Nahr el Bared en 2007 sont toujours gravées dans les esprits, de même que les groupes armés introduits en Irak à travers la Syrie, depuis 2003. Les Libanais redoutent par dessus tout que les déclarations de leurs responsables affiliés à Damas ne préparent le terrain à une intervention militaire syrienne au pays du Cèdre sous orétexte d’une guerre préventive contre les extrémistes, basés notamment dans les zones limitrophes (Akkar, Bekaa) et qui sont des fiefs des souverainistes. Le régime syrien étendra ainsi son contrôle sur le Liban, prend ce pays en otage et renforcera ainsi ses positions pour mieux négocier son immunité. Par la même occasion, il déplacera le conflit et fera taire ses opposants. Les récentes manœuvres des forces balistiques, aériennes et de la marine attestent de cette disposition.

En effet, la stratégie syrienne consiste en une fuite en avant, visant à terroriser à la fois l’opposition et la Ligue arabe et à se « victimiser » aux yeux de la communauté internationale. Cette stratégie s’inspire des exploits de Ben Ali en Tunisie, de Kadhafi en Libye et de Moubarak en Egypte, exploits qui n’ont cependant pas éviter leur chute. D’autant plus que Bachar al-Assad est encore davantage vomi par les siens que ne l’ont été les autres dictateurs. Le plus surprenant est le soutien qu’apporte, encore aujourd’hui, l’Eglise maronite au Liban au dictateur syrien. Hier, au moment où les attentats étaient « programmés » à Damas, l’évêque Samir Mazloum (également un proche de Frangieh) était l’invité de la télévision du Hezbollah. Sur « Al-Manar », ce proche du Patriarche Bechara Raï a réitéré ses mises en garde contre« l’installation, en Syrie, d’un régime extrémiste qui ferait regretter Assad ». Mazloum a également justifié les positions du Patriarche favorable à Assad et à l’armement du Hezbollah prises lors de sa visite à Paris, positions qui demeurent « injustifiées et injustifiables » aux yeux des Libanais.

Aujourd’hui, le régime syrien tente de berner l’opinion publique en se présentant comme victime d’Al-Qaïda et d’être soutenu par les chrétiens libanais. Mais il n’échappe à personne que ce même régime avait manipulé Al-Qaïda (au Liban et en Irak), et avait longtemps massacré les chrétiens libanais. De ce fait, « ceux qui croient encore à son discours sont ses complices et seront traités en tant que tels », préviennent les opposants syriens.

source : mediarabe

 

 

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Un autre point de vue


CONSÉQUENCE DE LA GUERRE EN LIBYE ET DE LA SITUATION QUI PRÉVAUT EN SYRIE

L'Afghanistan se rapproche du Maghreb et du Moyen-Orient

 

Le scénario afghan avec le retour de «combattants» algériens pour fortifier les rangs du groupe islamique armé (GIA) semble se reproduire avec, cette fois, la guerre en Libye et la situation sécuritaire en Syrie. L'information donnée par un site libyen hostile au Conseil national de transition (CNT) dans le pays, selon laquelle Abdelhakim Belhadj, ancien membre du groupe islamique combattant libyen, converti en «révolutionnaire» lors du conflit armé avec le «poste» de «gouverneur militaire de Tripoli» se serait rendu en Syrie pour coordonner le soulèvement armé contre le pouvoir en place, semble se confirmer par un compte rendu intitulé 

 

«Des Libyens épaulent les insurgés syriens», paru dans l'édition d'hier du quotidien français Le Figaro. Le journal donne des détails sur l'entrée, au pays de Bachar El Assad, de «combattants» libyens, bien armés et bien équipés, soucieux d'«exporter» la guerre comme ils ont tenté de le faire pour l'Algérie. Le compte rendu publié par Le Figaro serait à prendre au sérieux puisque l'envoyée spéciale du quotidien a accompagné, en sol syrien, trois «combattants» libyens, dont Adem Kikli, présenté comme étant «un proche de Abdelhakim Belhaj, l'ancien djihadiste devenu gouverneur militaire de Tripoli». Le reportage réalisé par l'envoyée spéciale du Figaro accompagne les trois «combattants» et décrit leur rencontre avec des «insurgés» syriens en lutte armée contre le pouvoir en place. Cette dernière assiste à la remise de matériel de guerre par les trois «combattants» libyens à des insurgés syriens. Le compte rendu détaillé signé par l'envoyée spéciale du Figaro ne peut qu'accréditer la thèse du déplacement de «combattants» libyens en Syrie, et, fort probablement, de membres d'Al Qaïda, rappelle le mouvement d'anciens «combattants» arabes revenus d'Afghanistan pour relancer des attentats spectaculaires (comme le double attentat suicide aux véhicules piégés ayant ébranlé Damas, avant-hier et autres massacres, faisant de très nombreuses victimes. 

 

Ce qui fait craindre à des observateurs avertis de la situation sécuritaire, un renouvellement de l'«expérience dramatique reproduisant les mêmes méthodes, à savoir déplacement d'armes et d'éléments. 

 

Une guerre qui réactive l'islamisme «politique»
 

Les pays qui pourraient être les plus touchés par la relance de l'internationale terroriste, à coups d'armes et d'éléments, seraient ceux limitrophes à la Libye et la Syrie.

 

Ceci au moment où les pays du Sahel multiplient efforts et concertations pour venir à bout du groupe islamiste pour la prédication et le combat (GSPC, ou AQMI) dans la région. L'organisation terroriste dirigée par Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mossaâb Abdelouadoud, qui était déjà aidé par des «combattants» libyens, avant même l'éclatement du conflit armé en Libye, est l'un des plus grands bénéficiaires de cette guerre dans ce pays, avec le flux d'armes arrivées vers ses maquis. En parallèle, l'islamisme «politique» est réactivé et même soutenu, comme en témoignent certains «détails» dont l'aide accordée à Oussama, un des fils de Abassi Madani, numéro un du FIS dissous, pour la création d'une chaîne de télévision satellitaire baptisée «Al Magharebia».

source : letempsdz


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