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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 18:30
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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Censure_Journalisme_Éditions_Libertés
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 15:06
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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Égypte : Place TAHRIR jan25
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 14:55
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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Tunisie : Ben Ali _ Clan_ nomenklatura _Complicité
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 14:49
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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Femmes et révolution
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 08:24
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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Tunisie : Kasbah 1 et 2_Manifs_ Initiative-UGTT
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 05:06
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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Tunisie _ Gouv. Moubazaa - Essebsi
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 04:45
Libye, la guerre secrète de la Cia
« Alors que le président Obama a réaffirmé qu’aucune force terrestre américaine (étasunienne) ne participe à la campagne de Libye, des groupes  d’agents de la Cia opèrent en Libye depuis plusieurs semaines » : révélations hier du New York Times. Les agents, dont le nombre est inconnu, sont ceux qui « avaient déjà travaillé à la centrale de l’agence d’espionnage à Tripoli » et d’autres arrivés plus récemment.  Kadhafi avait autorisé la CIA et d’autres agences étasuniennes, en 2003, à opérer en Libye pour contrôler qu’il avait bien renoncé à son programme nucléaire militaire et transférer hors du pays des instruments et projets pour la bombe. Ces agences mêmes ont ensuite « renoué leurs liens avec les informateurs libyens », quand « il y a plusieurs semaines, le président Obama a secrètement autorisé la Cia à fournir des armes et autres formes de soutien au rebelles libyens ».

  

Les groupes de la Cia -qui opèrent en Libye dans le cadre d’une « force ombre » dont font partie des agents britanniques et autres, véritables « troupes terrestres ombre », en contradiction avec la Résolution 1973- ont deux tâches. Avant tout, « contacter les rebelles pour comprendre qui sont leurs leaders et groupes d’appartenance ». L’amiral James Stavridis, qui commande les forces étasuniennes et OTAN en Europe, a déclaré, dans une audition au Sénat, que des indices existent d’une présence Al Qaeda parmi les forces anti-Kadhafi. Il convient donc de fournir armes et entraînement aux groupes fiables, c’est-à-dire utiles aux intérêts des Etats-Unis et de leurs principaux alliés (France et Grande-Bretagne), à l’exclusion de ceux qui n’offrent pas de garanties suffisantes. La France s’est déjà déclarée disponible à fournir des armes et, pour l’entraînement, des forces spéciales britanniques sont déjà en Libye.

   

En même temps, les agents étasuniens et alliés ont la mission de fournir aux pilotes des bombardiers les coordonnées de objectifs à frapper, surtout dans les zones urbaines, qui sont signalés avec des pointeurs laser portables. Les données transmises par les agents sont alors intégrées à celles recueillies par les avions espions de divers types (Global Hawk, U-2, Jstars, Rc-135) qui depuis des semaines, avant les attaques aériennes et navales, ont survolé en continu la Libye pour repérer les objectifs. Particulièrement important le rôle des Global Hawk, les avions télécommandés qui décollent de Sigonella (Sicile), dont les informations sont transmises au centre de commandement. Celui-ci envoie les données à un avion Awacs, venant de Trapani (Sicile), qui les transmet aux pilotes des bombardiers. Prêts à partir aussi les Predator, les drones utilisés en Afghanistan et au Pakistan, armés de missiles. L’enquête du New York Times montre ainsi que les préparatifs de guerre avaient commencé bien avant l’explosion du conflit intérieur et avant l’attaque USA/OTAN, et que les opérations guerrières ne sont pas seulement ce qui apparaît aujourd’hui à nos yeux. On ne sait pas si l’Italie aussi (et la France, NDT) fait partie de la force ombre qui opère en Libye. Mais le président Obama, en exprimant au président Napolitano et au premier ministre Berlusconi sa profonde appréciation pour « l’appui résolu aux opérations de la coalition en Libye », reconnaît la « compétence » de l’Italie dans la région. Indubitable compétence, acquise depuis que les troupes italiennes, il y a un siècle, en 1911, débarquèrent à Tripoli.

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

par Manlio Dinucci est géographe et collaborateur au quotidien il manifesto.

Lien : http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=24086

 

 

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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans OTAN_ ONU _ Gouvernements «occidentaux»_
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 04:30
Depuis plusieurs mois, les révoltes arabes rebattent les cartes politiques, diplomatiques et idéologiques de la région (lire notre dossier « Une région en ébullition »). La répression libyenne menaçait cette dynamique. Et la guerre occidentale autorisée par les Nations unies vient d’introduire dans ce paysage une donnée aux conséquences imprévisibles.

 

Par Serge Halimi

Même une montre cassée donne l’heure exacte deux fois par jour. Le fait que les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni aient pris l’initiative d’une résolution du Conseil de sécurité autorisant le recours à la force contre le régime libyen ne suffit pas pour la récuser d’emblée. Un mouvement de rébellion désarmé et confronté à un régime de terreur en est parfois réduit à s’adresser à une police internationale peu recommandable. Concentré sur son malheur, il ne refusera pas ses secours au seul motif qu’elle dédaigne les appels des autres victimes, palestiniennes par exemple. Il oubliera même qu’elle est davantage connue comme une force de répression que comme une association d’entraide.
  
Mais ce qui, logiquement, a servi de boussole aux insurgés libyens en péril extrême ne suffit pas à légitimer cette nouvelle guerre des puissances occidentales en terre arabe. L’intervention de pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) constitue un moyen irrecevable d’essayer de parvenir à une fin souhaitable (la chute de M. Mouammar Kadhafi). Si ce moyen a acquis l’apparence de l’évidence, chacun étant sommé de « choisir » entre les bombardements occidentaux et l’écrasement des Libyens en révolte, c’est uniquement parce que d’autres voies de recours — l’intervention à leurs côtés d’une force onusienne, égyptienne ou panarabe — ont été écartées.
  
Or le bilan passé des armées occidentales interdit d’accorder quelque crédit aux motifs généreux dont elles se prévalent aujourd’hui. Qui croit d’ailleurs que des Etats, quels qu’ils soient, consacrent leurs ressources et leurs armées à l’accomplissement d’objectifs démocratiques ? L’histoire récente rappelle assez, au demeurant, que si les guerres prétextant ce motif remportent des premiers succès fulgurants autant que largement médiatisés, les étapes qui suivent sont plus chaotiques et plus discrètes. En Somalie, en Afghanistan et en Irak, les combats n’ont pas cessé, alors que Mogadiscio, Kaboul, Bagdad sont « tombés » depuis des années.
 
Les insurgés libyens auraient aimé comme leurs voisins tunisiens et égyptiens renverser seuls un pouvoir despotique. L’intervention militaire franco-anglo-américaine menace de faire d’eux les obligés de puissances qui ne se sont jamais souciées de leur liberté. Mais la responsabilité de cette exception régionale incombe au premier chef à M. Kadhafi. Sans la furie répressive de son régime, passé en quarante ans de la dictature anti-impérialiste au despotisme pro-occidental, sans ses philippiques assimilant tous ses opposants à des « agents d’Al-Qaida », des « rats qui reçoivent de l’argent et servent les services de renseignement étrangers », le destin du soulèvement libyen n’aurait dépendu que de son peuple.
 
La résolution 1973 du Conseil de sécurité autorisant le bombardement de la Libye empêchera peut-être l’écrasement d’une révolte condamnée par la pauvreté de ses moyens militaires. Elle s’apparente néanmoins à un bal des hypocrites. Car ce n’est pas parce que M. Kadhafi est le pire des dictateurs, ou le plus meurtrier, que ses troupes ont été bombardées, mais parce qu’il était à la fois plus faible que d’autres, sans armes nucléaires et sans amis puissants susceptibles de le protéger d’une attaque militaire ou de le défendre au Conseil de sécurité. L’intervention décidée contre lui confirme que le droit international ne pose pas de principes clairs dont la violation entraînerait partout sanction.
 
Il en va du blanchiment diplomatique comme du blanchiment financier : la minute de vertu permet de gommer des décennies de turpitude. Le président français fait ainsi bombarder son ancien partenaire d’affaires, qu’il recevait en 2007 alors que chacun connaissait la nature de son régime — on saura gré toutefois à M. Nicolas Sarkozy de ne pas avoir proposé à M. Kadhafi le « savoir-faire de nos forces de sécurité » offert en janvier dernier au président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali... Quant à M. Silvio Berlusconi, « ami intime » du Guide libyen qui s’est rendu à onze reprises à Rome, il rallie en traînant des pieds la coalition vertueuse.
 
Une majorité de gérontes contestés par la poussée démocratique siègent au sein de la Ligue arabe ; celle-ci se joint au mouvement onusien avant de feindre la consternation sitôt tirés les premiers missiles américains. La Russie et la Chine avaient le pouvoir de s’opposer à la résolution du Conseil de sécurité, de l’amender pour en réduire la portée ou les risques d’escalade. L’eussent-elles fait, elles n’auraient pas eu ensuite à « regretter » l’usage de la force. Enfin, pour prendre la pleine mesure de la droiture de la « communauté internationale » dans cette affaire, on doit relever que la résolution 1973 reproche à la Libye « détentions arbitraires, disparitions forcées, tortures et exécutions sommaires », toutes choses qui n’existent naturellement ni à Guantánamo, ni en Tchétchénie, ni en Chine...
 
La « protection des civils » n’est pas simplement une exigence irrécusable. Elle impose aussi, en période de conflit armé, le bombardement d’objectifs militaires, c’est-à-dire de soldats (souvent des civils qu’on a requis de porter l’uniforme...), eux-mêmes mêlés à des populations désarmées. De son côté, le contrôle d’une « zone d’exclusion aérienne » signifie que les avions qui la patrouillent risquent d’être abattus et leurs pilotes capturés, ce qui ensuite justifiera que des commandos au sol s’emploient à les libérer (1). On peut récurer à son gré le vocabulaire, on n’euphémise pas indéfiniment la guerre.
 
Or, en dernière analyse, celle-ci appartient à ceux qui la décident et la conduisent, pas à ceux qui la recommandent en rêvant qu’elle sera courte et joyeuse. Dresser chez soi les plans impeccables d’une guerre sans haine et sans « bavures » comporte bien des charmes, mais la force militaire à qui on confie la tâche de les exécuter le fera en fonction de ses inclinations, de ses méthodes et de ses exigences. Autant dire que les cadavres de soldats libyens mitraillés pendant leur retraite sont, au même titre que les foules joyeuses de Benghazi, la conséquence de la résolution 1973 des Nations unies.
 
Les forces progressistes du monde entier se sont divisées à propos de l’affaire libyenne, selon qu’elles ont mis l’accent sur leur solidarité avec un peuple opprimé ou sur leur opposition à une guerre occidentale. Les deux critères de jugement sont nécessaires, mais on ne peut pas toujours réclamer leur satisfaction simultanée. Reste, quand on doit choisir, à déterminer ce qu’un label d’« anti-impérialiste » obtenu dans l’arène internationale autorise à faire subir chaque jour à son peuple.
 
Dans le cas de M. Kadhafi, le silence de plusieurs gouvernements de gauche latino-américains (Venezuela, Cuba, Nicaragua, Bolivie) sur la répression qu’il a ordonnée déconcerte d’autant plus que l’opposition du Guide libyen à « l’Occident » est de pure façade. M. Kadhafi dénonce le « complot colonialiste » dont il serait victime, mais il le fait après avoir assuré aux anciennes puissances coloniales que « nous sommes tous dans le même combat contre le terrorisme. Nos services de renseignement coopèrent. Nous vous avons beaucoup aidé ces dernières années (2) ».
 
Relayé par MM. Hugo Chávez, Daniel Ortega et Fidel Castro, le dictateur libyen prétend que l’attaque dont il fait l’objet s’expliquerait par le désir de « contrôler le pétrole ». Or celui-ci est déjà exploité par les compagnies américaine Occidental Petroleum (Oxy), britannique BP et italienne ENI (lire, à ce propos, l’article de Jean-Pierre Séréni, « Le pétrole libyen de main en main ». Il y a quelques semaines, le Fonds monétaire international (FMI) saluait d’ailleurs « la forte performance macroéconomique de la Libye et ses progrès dans le renforcement du rôle du secteur privé (3) ». Ami de M. Kadhafi, M. Ben Ali avait reçu des compliments comparables en novembre 2008, mais servis personnellement par le directeur-général du FMI, M. Dominique Strauss-Kahn, qui arrivait tout droit... de Tripoli (4).
 
L’antique patine révolutionnaire et anti-impérialiste de M. Kadhafi, restaurée à Caracas et à La Havane, avait sans doute également échappé à M. Anthony Giddens, théoricien de la « troisième voie » blairiste. Lequel annonçait en 2007 que la Libye deviendrait sous peu une « Norvège d’Afrique du Nord : prospère, égalitaire, et tournée vers l’avenir (5) ». Au regard de la liste très éclectique de ses dupes, comment croire encore que le Guide libyen est aussi fou qu’on le prétend ?
 
Plusieurs raisons expliquent que des gouvernements de gauche latino-américains se soient mépris sur son compte. Ils ont voulu voir en lui l’ennemi de leur ennemi (les Etats-Unis), mais cela n’aurait pas dû suffire à en faire leur ami. Une médiocre connaissance de l’Afrique du Nord — M. Chávez dit s’être informé de la situation en Tunisie en appelant M. Kadhafi... — les a ensuite conduits à prendre le contre-pied de « la colossale campagne de mensonges orchestrée par les médias » (dixit M. Castro). D’autant que celle-ci les renvoyait à des souvenirs personnels dont la pertinence était discutable dans le cas d’espèce. « Je ne sais pas pourquoi ce qui se passe et s’est passé là-bas, a ainsi déclaré le président vénézuélien à propos de la Libye, me rappelle Hugo Chávez le 11 avril. » Le 11 avril 2002, un coup d’Etat soutenu par les médias au moyen d’informations manipulées avait tenté de le renverser.

L’ancienne patine révolutionnaire de M.Kadhafi a abusé la gauche latino-américaine

Et d’autres facteurs inclinaient vers une erreur d’analyse de la situation libyenne : une grille de lecture forgée par des décennies d’intervention armée et de domination violente des Etats-Unis en Amérique latine, le fait que la Libye a aidé le Venezuela à s’implanter en Afrique, le rôle des deux Etats au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et des sommets Amérique du Sud - Afrique (ASA), la démarche géopolitique de Caracas visant à rééquilibrer sa diplomatie dans le sens de rapports Sud-Sud plus étroits.
 
A cela on doit encore ajouter la tendance du président Chávez à estimer que les liens diplomatiques de son pays impliquent pour lui une relation de proximité personnelle avec les chefs d’Etat : « J’ai été un ami du roi Fahd d’Arabie saoudite, je suis ami du roi Abdallah, qui était ici à Caracas (...). Ami de l’émir du Qatar, du président de Syrie, un ami, il est venu ici aussi. Ami de Bouteflika (6). » Quand le régime de M. Kadhafi (« mon ami depuis si longtemps ») s’est engagé dans la répression de son peuple, cette amitié a pesé dans le mauvais sens. En définitive, M. Chávez a raté l’occasion de présenter les révoltes du continent africain comme les petits frères des mouvements de gauche latino-américains qu’il connaît bien.
 
Au-delà de ce fourvoiement, la diplomatie représente sans doute le domaine où, dans tous les pays, se dévoilent le mieux les travers d’un exercice solitaire du pouvoir fait de décisions opaques, libres de tout contrôle parlementaire et de toute délibération populaire. Quand, de plus, celle-ci se pique, comme au Conseil de sécurité, de défendre la démocratie par la guerre, le contraste est forcément saisissant.
 
Après avoir usé, non sans succès, du ressort géopolitique anti-occidental, de l’argument progressiste de la défense des ressources naturelles, le dirigeant libyen n’a pas résisté longtemps à la tentation d’abattre la carte ultime de l’affrontement entre religions. « Les grandes puissances chrétiennes, a-t-il donc expliqué le 20 mars dernier, se sont engagées dans une deuxième guerre croisée contre les peuples musulmans, à leur tête le peuple libyen, et dont l’objectif est de rayer l’islam [de la carte]. » Treize jours plus tôt, M. Kadhafi avait néanmoins comparé son œuvre de répression à celle dont mille quatre cents Palestiniens furent victimes : « Même les Israéliens à Gaza ont dû recourir à des chars pour combattre de tels extrémistes. Nous, c’est pareil (7). » Voilà qui n’a pas dû accroître la popularité du Guide dans le monde arabe.
 
Mais ce dernier tête-à-queue comporte au moins une vertu. Il rappelle la nocivité politique de l’approche qui reproduit, en l’inversant, la thématique néoconservatrice des croisades et des empires. Les soulèvements arabes, parce qu’ils ont mêlé des laïcs et des religieux — et que s’y sont opposés des laïcs et des religieux —, vont peut-être sonner le glas d’un discours qui se proclame anti-impérialiste alors qu’il n’est qu’anti-occidental. Et qu’il confond dans sa détestation de « l’Occident » ce qui s’y est trouvé de pire — la politique de la canonnière, le mépris des peuples « indigènes », les guerres de religion — avec ce qu’il a comporté de meilleur, de la philosophie des Lumières à la sécurité sociale.
 
Deux ans à peine après la révolution iranienne de 1979, le penseur radical syrien Sadik Jalal Al-Azm détaillait pour les réfuter les caractéristiques d’un « orientalisme à rebours » qui, refusant la voie du nationalisme laïque et du communisme révolutionnaire, appelait à combattre l’Occident par un retour à l’authenticité religieuse. Les principaux postulats de cette analyse « culturaliste », résumés puis soumis à la critique par Gilbert Achcar, stipulaient que « le degré d’émancipation de l’Orient ne doit pas et ne peut pas être mesuré à l’aune de valeurs et de critères “occidentaux”, comme la démocratie, la laïcité et la libération des femmes ; que l’Orient musulman ne peut pas être appréhendé avec les instruments épistémologiques des sciences occidentales ; qu’aucune analogie avec des phénomènes occidentaux n’est pertinente ; que le facteur qui meut les masses musulmanes est culturel, c’est-à-dire religieux, et que son importance dépasse celle des facteurs économiques et sociaux qui conditionnent les dynamiques politiques occidentales ; que la seule voie des pays musulmans vers la renaissance passe par l’islam ; enfin, que les mouvements qui brandissent l’étendard du “retour à l’islam” ne sont pas réactionnaires ou régressifs comme il est perçu par le regard occidental, mais au contraire progressistes en ce qu’ils résistent à la domination culturelle occidentale (8). »
 
Une telle approche, fondamentaliste, de la politique n’a peut-être pas dit son dernier mot. Mais, depuis l’onde de choc née en Tunisie, on sent que sa pertinence a été entamée par des peuples arabes qui ne veulent plus se situer « ni contre l’Occident ni à son service (9) » et qui le prouvent en ciblant tantôt un allié des Etats-Unis (Egypte), tantôt un de leurs adversaires (Syrie). Loin de redouter que la défense des libertés individuelles, la liberté de conscience, la démocratie politique, le syndicalisme, le féminisme constituent autant de priorités « occidentales » maquillées en universalisme émancipateur, des peuples arabes s’en emparent pour marquer leur refus de l’autoritarisme, des injustices sociales, de régimes policiers qui infantilisent leurs peuples d’autant plus spontanément qu’ils sont dirigés par des vieillards. Et tout cela, qui rappelle d’autres grandes poussées révolutionnaires, qui arrache jour après jour des conquêtes sociales et démocratiques dont on a perdu l’habitude ailleurs, ils l’entreprennent avec entrain, au moment précis où « l’Occident » semble partagé entre sa peur du déclin et sa lassitude devant un système politique nécrosé dans lequel le pareil succède à l’identique, au service des mêmes.

Une résolution des Nations unies qui vaut également pour les luttes des populations occidentales...

 

Rien ne dit que cet entrain et ce courage arabes vont continuer à marquer des points. Mais déjà ils nous révèlent des possibilités inexplorées. L’article 20 de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, par exemple, stipule que celui-ci « se déclare résolu à veiller à ce que les avoirs [libyens] gelés [en application d’une résolution précédente] soient à une étape ultérieure, dès que possible, mis à la disposition du peuple de la Jamahiriya arabe libyenne et utilisés à son profit ». Ainsi, il serait possible de geler des avoirs financiers et de les remettre aux citoyens d’un pays ! Gageons que cette leçon sera retenue : les Etats ont le pouvoir de satisfaire les peuples. Depuis quelques mois, le monde arabe nous en rappelle une autre, tout aussi universelle : les peuples ont le pouvoir de contraindre les Etats.
 
 
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Published by thala solidaire.over-blog.com - dans Contribution des lecteurs_Débats
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 04:17
Jean-Pierre Séréni
 

Dès son arrivée au pouvoir, fin février, le nouveau premier ministre tunisien, M. Béji Caïd Essebsi, a fait annoncer la suppression de la police politique et de la Direction de la sûreté de l’Etat (DSE), héritière du « poste » de la Direction de la sécurité du territoire (DST) crée par les autorités françaises à la veille de la seconde guerre mondiale. La mesure a été bien accueillie, même si une polémique a rapidement été engagée sur les effectifs réels de la « police politique », le ministre de l’intérieur, M. Farhat Rejhi, un pénaliste de 59 ans sans expérience politique, remercié depuis, la réduisant dans une interview à Al-Jazira à « 200 individus » tandis que le directeur des Forces spéciales, M. Nabil Abid, sans doute plus près de la vérité, évoquait le chiffre de « deux mille policiers ».

 

En réalité, pendant 23 ans, la Tunisie a vécu sous un système policier dont la « police politique » n’était qu’un des rouages. A sa tête se trouvait Zine El-Abidine Ben Ali en personne. Le dictateur a fait toute sa carrière dans les services de sécurité, d’abord dans l’armée comme directeur de la sécurité militaire pendant plus de dix ans, ensuite à la tête de la sûreté nationale à deux reprises, enfin comme secrétaire d’Etat puis comme ministre de l’intérieur, poste qu’il occupait un mois encore avant le coup d’Etat du 7 novembre 1987. « Il se consacre exclusivement aux questions de sécurité, il a le contact direct avec les commissaires de police et les officiers de la garde nationale », constatait en octobre 2007 un ancien ministre. A ses côtés, le général Ali Seriati, responsable de la garde présidentielle, une brigade d’environ deux mille à trois mille hommes venus de l’armée, de la garde nationale et de la police, le secondait et répondait de l’application sur le terrain des décisions prises au sommet. Le ministre de l’intérieur était, en réalité, dessaisi de ses pouvoirs de police au profit de la présidence, « le gouvernement de Carthage ».

 

Le parti du président, le RCD, transformé en annexe de la police, était chargé de faire remonter les informations recueillies par ses militants et ses milliers de comités de quartiers sur les partisans de l’opposition déjà repérés, dont on suivait les faits et gestes en temps réel, ou presque, et de repérer tout « anomalie » susceptible de se produire dans le voisinage. Le « militant-indic » avait un numéro de téléphone à contacter au cas où. En échange, il bénéficiait de l’appui du parti dans ses entreprises et/ou d’une rétribution en nature ou en espèces. Sur les deux millions de membres du RCD, seule évidemment une minorité a participé à ce gigantesque système d’espionnage qui s’inspirait sans doute de ce que Ben Ali avait pu voir dans la Pologne communiste des années 1980, du temps où il y était ambassadeur. Mais, à la différence de ce qui s’est passé en Europe de l’est, il est peu probable qu’on retrouve des dépôts d’archives importants, les procédures ayant été le plus souvent orales.

 

S’ajoutaient à l’innombrable armée des « indics », un appareil sophistiqué d’interception du courrier et de contrôle du téléphone et d’Internet. Les écoutes et l’installation de micros ont été généralisés et, par exemple, une importante personnalité en proie à l’hostilité de la « famille » BAT (Ben Ali & Trabelsi) ne parlait chez elle qu’une fois la radio allumée et les fenêtres ouvertes. Cette psychose répondait aux attentes du dictateur en restreignant les conversations et en traquant la liberté d’expression jusque dans les maisons particulières. Le procès fait en 2000 à des lycéens accusés d’avoir accédé sur Internet à des sites interdits montre l’efficacité de ces procédés. Eric Rouleau, qui fut ambassadeur de France à Tunis, raconte dans le Monde diplomatique de février 2011 que Ben Ali, alors ministre de l’intérieur, lui avait lu « presque mot pour mot, des télégrammes confidentiels adressés au Quai d’Orsay… » Le contrôle devait être encore renforcé cette année et la Loi de finances 2011, adoptée en décembre dernier, prévoyait d’acquérir à l’étranger une installation d’une valeur de 126 millions de dinars tunisiens (65 millions d’euros). Le projet était financé par un prêt étranger et le fournisseur n’était pas nommé.

 

A l’extérieur de la Tunisie, le système se prolongeait via les consulats où les commissaires de police ont peu à peu remplacé les diplomates pour mieux surveiller les communautés tunisiennes implantées à l’étranger. En France, la Tunisie entretient neuf consulats dont le responsable est souvent un commissaire de police. A Strasbourg, en 2000, un diplomate tunisien en poste, Khaled Ben Said, est accusé par une tunisienne de lui avoir fait subir pendant deux jours au commissariat de Jendouba des actes de torture et d’humiliation (suspension à une barre de fer posée entre deux tables et coups de bâtons, violences sur les parties génitales, insultes...) pour l’amener à espionner pour le compte de la DSE plusieurs militants — dont son époux, réfugié politique en France depuis mai 1996 — suspectés d’appartenir à un mouvement islamiste. Courant avril 2001, elle apprend que son tortionnaire est vice-consul au consulat de Tunisie à Strasbourg. Le 9 mai, une plainte est déposée au parquet de Paris qui se dessaisit en juin au profit de celui de Strasbourg. M. Ben Said prend la fuite…

 

Les ambassadeurs eux-mêmes n’échappaient pas à la surveillance et l’on raconte que l’un d’entre eux, en poste à Paris, découvrant un matin un des policiers de l’ambassade qui visitait son ordinateur personnel, s’en émut et téléphona sur-le-champ à Ben Ali, qui le prit fort mal : « Comment ? Tu oses me déranger pour ça ! » Le mois suivant, le diplomate était rappelé à Tunis. Des ministres étaient également écoutés si leur loyauté à l’égard du dictateur était mise en cause.

Informés par téléphone ou par les résultats des écoutes et de la violation des correspondances des faits et gestes des « cibles », la présidence décidait de la riposte à Tunis et dans les affaires significatives ; dans le reste du pays, les gouverneurs étaient en charge des affaires de police. L’éventail des représailles était large. Elle pouvait faire intervenir des gros bras du RCD, les milices du parti, une institution aussi vieille que lui, pour casser la gueule à l’opposant, le menacer par téléphone, inquiéter sa famille par des intimidations en pleine rue, le priver de ses papiers (passeport), envoyer les agents du fisc éplucher ses comptes et lui infliger des amendes ruineuses ou l’empêcher d’exercer sa profession. Par exemple, deux policiers en tenue s’installaient à demeure devant la porte du cabinet des avocats trop remuants. Un stratagème imparable pour faire fuir la clientèle et les ruiner.

 

La répression ne s’arrêtait pas là. Toute une procédure était suivie pour interpeller les opposants. L’un d’eux raconte : « Je circulais en automobile en ville, une autre voiture m’a coincé contre le trottoir, avant que je réagisse un homme est monté dans mon véhicule avec un pistolet au poing et m’a intimé l’ordre de suivre la voiture qui était devant moi. Nous sommes arrivés dans la cour d’un immeuble, le premier policier m’a confié à un second qui a commencé à m’interroger. Puis un troisième m’a emmené voir des gens se faire torturer. Enfin, un quatrième m’a poussé vers la salle de torture… »

Qui torturait ? De petites équipes venant indifféremment de la garde présidentielle, de la DSE, des renseignements généraux ou de la garde nationale. Tous les policiers appartenant à ces trois corps n’étaient pas des tortionnaires, mais chacun jouait sa partie dans un système où la torture avait sa place, toute sa place. L’objectif recherché, qui était de faire régner la peur, et donc de faire taire la contestation, a été largement atteint. En revanche, la qualité de l’information recueillie par l’appareil policier était, semble-t-il, très médiocre et tournait surtout autour de questions d’argent et de sexe. Son traitement était encore plus mauvais et les mauvaises surprises n’ont pas manqué, que ce soit à Djerba en 2002 ou à Soliman en 2006. La coopération avec les services antiterroristes occidentaux, notamment américains, et arabes a quelque peu compensé les faiblesses techniques des Tunisiens. Ce sont, par exemple, les « Moukhabarte » égyptiens du général Omar Souleyman qui ont averti Tunis en décembre 2006 du regroupement de djihadistes islamiques à Grombaldia. Aux polices européennes, les autorités tunisiennes offrent de faciliter le recrutement d’agents pour officiellement infiltrer les groupes tentés par le terrorisme, en réalité souvent pour pénétrer les organisation d’opposants sous prétexte de terrorisme…

 

Après le 14 janvier 2011 et l’effondrement du despotisme mafieux de Ben Ali, la gestion des affaires de police a été chaotique. Le premier titulaire du portefeuille de l’intérieur l’a occupé deux semaines et n’a rien fait. La liquidation de la garde présidentielle et l’arrestation de son chef ont été assurées par l’armée. Son successeur est un magistrat sans grande expérience des questions de sécurité qui, quatre jours après sa nomination, a failli être enlevé dans son bureau par des policiers en colère. Secouru par les militaires, il a immédiatement limogé près de quarante responsables des services de police relevant du ministère de l’intérieur et promis des réformes. Prise dans la précipitation, la mesure a déstabilisé un peu plus encore les forces de police et aggravé l’insécurité pendant les premières semaines de février. En particulier, la nomination d’un militaire, le général Ahmed Chebir, jusque-là chef du renseignement militaire, à la tête de la sûreté nationale s’est mal passée. Le ministre et le général se sont opposés, le premier intervenant à tout bout de champ dans ce qui relevait des compétences du second. L’atmosphère dans la salle d’opération du maintien de l’ordre au ministère de l’intérieur a vite tourné à l’orage. Le 1er mars, le ministre a limogé le général et nommé un ancien directeur de la sûreté du temps de Ben Ali, M. Abdessatar Bennour, un magistrat comme lui, sans informer le nouveau premier ministre. L’erreur était politique et quelques jours plus tard, M. Nabil Abid était chargé par intérim de la direction de la sûreté. De même, le renvoi d’une dizaine de commissaires de district en charge des plus grandes villes a sans douté été insuffisamment sélectif…

 

Trois directeurs en à peine un mois, c’est évidemment beaucoup et l’amateurisme du ministre a, à l’évidence, compliqué une situation qui l’était déjà beaucoup.

Finalement, le 28 mars, le premier ministre a nommé un « professionnel », M. Habib Essid, le quatrième titulaire du portefeuille en un trimestre. Le choix a été critiqué par ceux qui entendent exclure de la vie publique ceux qui ont occupé une charge sous Ben Ali. M. Essid, qui a été chef de cabinet du ministre de l’intérieur dans les années 2000, devra relever un défi d’importance. Selon un sondage GMS du 30 mars 2011, 70 % des tunisiens mettent la sécurité au premier rang de leurs préoccupations devant l’emploi (50 %) et la démocratie (40 %).

 

Lien : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-04-01-Tunisie

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 04:09

Des manifestants à Inkhel, dans le sud de la Syrie, le 21 mars 2011 (Khaled al-Hariri/Reuters).

Par Marie Kostrz 

Verrouillée sur le plan politique et médiatique, la Syrie reste méconnue. Pourtant, la révolte qui y gronde représente un enjeu majeur pour le Proche-Orient. Le pays étant le principal allié de l'Iran, coincé entre le Liban et l'Irak, la Palestine et Israël, un changement de régime aurait des conséquences bien au-delà des frontières de l'Etat.

La Syrie était déjà célèbre pour son système répressif. En écrasant depuis quinze jours la contestation grandissante à son régime, Bachar el-Assad ne dément pas cette réputation. L'annonce le 29 mars de réformes et de la dissolution du gouvernement n'est pas suffisante pour faire oublier la mort, depuis le 15 mars d'une centaine de manifestants.

Le discours prononcé par le président ce mercredi 30 mars n'est pas porteur d'espoir pour le futur : tout en se déclarant favorable à des réformes, Bachar el-Assad n'a pas annoncé la levée de l'état d'urgence. Il a en outre fait allusion à une grande conspiration et affirmé sa détermination à rester au pouvoir :

« Nous ne voulons pas de batailles et le peuple syrien est pacifique, mais nous n'hésiterons pas à défendre nos causes, nos intérêts et nos principes. »

 

1Les risques de tensions communautaires

 

Face à la répression des manifestations hostiles à Bachar el-Assad, le camp occidental reste pour le moment timide. Interrogée par la chaîne CBS dimanche soir, Hillary Clinton a déclaré qu'une intervention militaire en Syrie n'aurait sans doute pas lieu :

« Cela ne va pas se produire, parce que je ne pense pas que nous sachions exactement ce qui se passerait, ce que ça déclencherait. »

 

La communauté internationale redoute en effet que le scénario du chaos irakien se répète en Syrie, véritable mille-feuille communautaire. Principalement peuplée de sunnites, elle est dirigée par un président alaouite (branche du chiisme). Au nord-est du pays, dans la Djezireh, vit une population kurde. A cela s'ajoutent également des minorités chrétienne et druze.

Jean-François Daguzan, rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machrek, affirme que le risque de déstabilisation est bien réel :

« C'est un argument sans cesse brandi par le régime pour se maintenir au pouvoir mais il est vrai qu'en dirigeant le pays d'une main de fer, il assure aussi l'équilibre des religions. »

 

Le système clientéliste instauré par Hafez el-Assad en 1970 a perduré. En cas de chute du régime, des règlements de compte sont à craindre. Le chercheur explique :

« Depuis quarante ans, le pouvoir a été confisqué par la minorité alaouite. Les frustrations engrangées risquent de ressortir au grand jour : la majorité sunnite, marginalisée, peut décider de se venger. »

 

François Valter, auteur de « La Construction nationale syrienne » et directeur de l'Institut des langues et des civilisations (Ilco) au Havre, précise :

« Le gouvernement a empêché la persécution des minorités, qui sont perçues par certains comme des privilégiées. Même si elles ne sont pas alliées au pouvoir, elles sont vues comme telles par une partie de la population. »

 

C'est cette carte que semble jouer Bachar el-Assad pour affaiblir ses détracteurs. Dans le discours prononcé ce mercredi, le leader a dénoncé des « conspirateurs » qui renforceraient le sectarisme.

Or, personne aujourd'hui n'a intérêt à ce que le chaos s'installe en Syrie. L'Iran ne veut pas perdre son principal allié dans la région, les Etats-Unis, empêtrés en Irak et à la tête de l'intervention militaire en Libye, n'ont pas besoin d'un conflit supplémentaire. Jean-François Daguzan ajoute :

« La Syrie est en état de guerre avec Israël, cela ne risque pas de changer même si le régime tombe. Israël se dit que Bachar el-Assad est son ennemi, mais un ennemi qu'elle connaît. »

 

Capture d'écran du discours du président syrien Bashar el-Assad au Parlement à Damas, le 30 mars 2011 (Reuters TV).

2L'allié numéro un de l'Iran

 

Autre élément important : la Syrie est l'allié principal de l'Iran au Proche-Orient. Scellée en 1979, l'alliance entre les deux pays a été solidifiée au cours des trente dernières années.

A l'époque, Damas n'est pas fâché de voir le régime pro-américain du Shah s'effondrer. Signés la même année, les accords de Camp-David, qui réconcilient l'Egypte et Israël, privent la Syrie de son allié majeur au Proche-Orient. Elle se rapproche donc de l'Iran.

Unis dans un front occidental, les deux pays vont resserrer leurs rangs après l'invasion américaine en Irak. Dans son ouvrage « L'Exception syrienne », Caroline Donati explique :

« Les deux pays ont au départ intérêt à soutenir une résistance irakienne active afin de détourner l'attention des Américains. Le combat contre l'hégémonie américaine ainsi que la question kurde rassemblent aussi Téhéran et Damas. »

 

Damas soutient alors le droit au nucléaire de l'Iran quand la République islamique supporte la position anti-israélienne de la Syrie.

Selon Pierre Berthelot, chercheur associé à l'Institut d'études orientales (Ideo-Bordeaux III) et à l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas), l'Iran serait le principal perdant en cas de chute du régime syrien :

« Privé de son allié dans la région, l'Iran aurait certainement une position plus accommodante sur le nucléaire, même si ce n'est pas exclu qu'il effectue une fuite en avant. »

 

3Le soutien au Hezbollah

 

L'axe syro-iranien a un moyen de pression de taille : il supporte le Hezbollah, parti chiite libanais intrinsèquement anti-israélien. L'organisation dépend en partie de l'aide que lui apporte la Syrie. Créée en 1982 en pleine guerre civile, elle est dévouée à la révolution islamiste, ce qui est très utile à l'Iran dans sa quête d'influence régionale.

La Syrie a elle aussi intérêt à soutenir le Hezbollah, devenu un parti politique à l'influence croissante en 1992. Soutenir le parti permet à la Syrie de contrer l'influence pro-occidentale au Liban, un pays où elle a de nombreux intérêts politiques et économiques.

Le coup de main de Damas au Hezbollah est logistique : des camps d'entraînement ont été créés en Syrie pour ses combattants, le pays lui a ouvert ses portes pour le test de missiles, les armes en provenance d'Iran transitent par son territoire. Pierre Berthelot rappelle que le soutien syrien est avant tout d'ordre politique :

« Certaines forces politiques libanaises sont restées loyales à la Syrie : le parti Amal de Nabih Berri, Michel Aoun et son Courant patriotique libre (CPL), Soleimane Frangié, ancien président lui aussi chrétien… Le Hezbollah peut compter sur elles pour ne pas être isolé. »

 

Selon le chercheur, cette loyauté envers la Syrie ne disparaîtra pas avec le renversement du régime, mais il est clair que cela « portera un coup » au Hezbollah, surtout si le changement est plus profond qu'une simple révolution de palais.

Hassan Nasrallah, qui n'avait pas raté l'occasion de se prononcer sur les révoltes tunisiennes et égyptiennes, est pour le moment silencieux. Le leader du Hezbollah sait qu'en cas de chute du régime syrien, l'influence iranienne diminuera dans la région, entraînant son affaiblissement.

 

4Une influence importante au Liban

 

 

Pierre Berthelot est formel :

« Quelle que soit l'issue de la révolution syrienne, cela aura des conséquences sur l'équilibre politique de son voisin libanais. »

 

Avec l'ouverture d'une ambassade à Beyrouth, la Syrie a franchi en 2009 une étape symbolique : elle a officiellement reconnu la souveraineté de son petit voisin libanais. Il n'en a pas toujours été ainsi. Composants d'une même entité territoriale, le « Bilad el Cham », les deux pays ont été créés de toute pièce par la France lors de sa conquête du territoire, en 1920.

La Syrie n'a jamais digéré cette division qui a donné naissance à un Etat libanais indépendant. Elle a gardé de nombreux alliés pour qui elle a une légitimité historique au Liban. Les 29 ans de présence syrienne au pays du Cèdre (1976-2005) ont également renforcé sa position d'acteur incontournable de sa scène politique et économique. François Valter rappelle que pour Damas, le Liban est une scène indispensable d'affrontement indirect avec Israël :

« La Syrie ne peut se confronter en face à face avec l'Etat hébreux, elle cherche donc à influencer la politique libanaise pour être sûre qu'aucune force politique qui lui soit hostile n'arrive au pouvoir. »

 

En se retirant du gouvernement d'union nationale mené par le pro-américain Saad Hariri en janvier dernier, le Hezbollah, allié de la Syrie, a entraîné sa chute. Le chercheur ajoute :

« Le parti chiite, principal accusé dans l'attentat de Rafic Hariri en 2005, voulait que le gouvernement désavoue le travail du tribunal spécial pour le Liban, chargé d'élucider le meurtre et qui s'apprêtait à rendre ses conclusions. »

 

Ce coup de force et la nomination d'un nouveau Premier ministre proche de Bachar el-Assad prouve que l'influence syrienne est toujours importante au Liban.

 

5La menace de l'islamisme

 

Dans un pays où toute opposition politique a été écrasée depuis quarante ans, l'après-Bachar el-Assad effraye. Ecrasés en 1982 lors du massacre d'Hama, les Frères musulmans regagnent peu à peu du terrain. François Daguzan précise :

« Même s'il est très difficile de mesurer l'ampleur du phénomène puisque le parti est interdit, il est incontestable qu'il a une influence croissante depuis trois ans. »

 

La proximité de l'Irak a aidé le parti islamiste à se reconstituer clandestinement. La présence d'une insurrection irakienne de chaque côté de la frontière et l'afflux massif de réfugiés irakiens a déstabilisé la Syrie :

« Même si elle a repris les choses en main, les germes d'une contestation sont bien présents, si le régime tombe il est clair que les islamistes s'engouffreront dans la brèche. »

 

6Le soutien aux mouvements de résistance palestiniens

 

La résolution du conflit entre la Palestine et l'Etat hébreux importe beaucoup à la Syrie. La présence de nombreux réfugiés palestiniens et la question du Golan, territoire syrien conquis en 1967 par Israël et qu'elle souhaite récupérer, font du conflit un enjeu majeur pour la Syrie. Dans les années 80, Yasser Arafat, leader palestinien, avait selon la Syrie une ligne trop pro-occidentale.

Afin de protéger ses intérêts face à Israël, Damas a décidé d'accueillir les mouvements de résistance palestiniens tels que le Hamas ou le Djihad islamique qui sont opposés à l'Autorité palestinienne. Khaled Mechaal, leader du Hamas, habite ainsi à Damas. Jean-François Legrain, chargé de recherche au Gremmo et spécialiste de la question palestinienne, précise :

« Le régime ne les autorise pas à recruter des membres dans les camps de réfugiés syriens, il ne s'agit que d'une représentation politique. Mais selon l'approche pro-américaine, cela donne à la Syrie une capacité de nuisance. »

 

Un bouleversement politique en Syrie ne serait donc pas sans conséquences, d'autant plus que le Hamas est au pouvoir depuis 2007 dans la bande de Gaza.

 

Lien : http://www.rue89.com/explicateur/2011/03/30/pourquoi-la-revolte-en-syrie-peut-chambouler-le-proche-orient-197718

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