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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 02:48

Cette voix arrachée à la nuit des tyrans, c’est la voix de toute personne libre… C’est la voix de nos jeunes assassinés par les balles de Ben Ali et de ses complices qui tentent maintenant de voler la révolution des Oubliés… C’est la voix de notre voix collective qui n’avait pas droit à la vie… C’est la voix de nos larmes qui pleureront pour longtemps le silence de nos morts tombés pour nous offrir la liberté et la lumière…     N. Bourougaa

(Voix anonyme, pendant le couvre-feu)

 
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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 01:56
L'UGTT appelle à une grève générale (photo UGTT)
L'UGTT appelle à une grève générale (photo UGTT)
TUNISIE. La section régionale de Sfax de l'Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT) a appelé à une grève générale le mercredi 26 janvier 2011.

Le syndicat de la seconde ville tunisienne entend ainsi forcer à la dissolution le gouvernement de transition dont les principaux postes sont occupés par d'anciens ministres de Ben Ali.

L'UGTT assure cependant qu'un "service minimum" sera assuré pour l'eau, l’électricité et les hôpitaux.

Le syndicat tunisien a été à la pointe des manifestations qui ont conduit à la révolution de Jasmin.
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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 01:38

« Nous avons fait la révolution, mais le mode d'emploi n'est pas fourni. » Rencontré près de Sidi Bouzid, « la ville où tout a commencé », le jeune journaliste d'une des deux chaînes de télévision privées de Tunisie éclate d'un rire sonore en se rendant compte combien sa boutade est juste.  


 
Depuis des semaines, les événements se bousculent ici, personne ne sait de quoi le lendemain sera fait et où tout cela va s'arrêter. D'un bout à l'autre du pays, les Tunisiens de toute condition et de tous les âges répètent à qui veut bien l'entendre : « Nous n'en revenons toujours pas, nous vivons comme dans un rêve, un rêve éveillé. » Et ils ajoutent tous : « Ben Ali a fini par nous convaincre que nous étions un peuple de lâches et d'incapables ». Et l'histoire a prouvé que c'était tout le contraire. 


 
Le fruit de la répression 


 
Depuis plus d'un mois, les yeux du monde entier sont tournés vers ce petit pays de 10 millions d'habitants où a eu lieu la première révolution du 21e siècle. Moins d'un mois après que Mohamed Bouazizi, le jeune vendeur de fruits et de légumes de Sidi Bouzid, chef-lieu d'une des régions les plus pauvres du pays, s'est immolé devant l'édifice de l'autorité locale, le dictateur Zine el-Abidine Ben Ali quittait le pays, chassé par une révolution populaire, au bout de 23 ans de règne sans partage.  


 
Le suicide du jeune homme de 26 ans, harcelé et humilié par une policière qui lui a confisqué sa charrette sous prétexte qu'il n'avait pas de permis en bonne et due forme, a été l'étincelle qui a déclenché un véritable feu de brousse. La jeunesse de tout le pays s'est embrasée.  

 
« Nous n'avions aucune soupape de sécurité, nous étions le dos au mur, tout était interdit, nous étions humiliés quotidiennement, tous autant que nous sommes », explique Haythem, un jeune blogueur de Tunis qui a joué un grand rôle, en tant qu'activiste des réseaux sociaux, dans la diffusion d'informations qui ont permis que la révolte prenne forme. Après des années de répression et de surveillance policière, le pays a sauté comme un autocuiseur.  

 
Dans ses dernières convulsions, le régime Ben Ali a eu recours à une répression sanglante. Plus de 100 personnes, surtout des jeunes, ont payé de leur vie, tombées sous les balles des policiers. « Mon frère était quelqu'un de très fier », nous explique Leïla, la soeur cadette de Mohamed Bouazizi, devenu un héros pour toute une génération. « Se faire gifler par une policière était pour lui insupportable, la mort était préférable. » 


 
Nous entendons un son de cloche semblable à l'hôpital régional de Kasserine, la ville où on a compté le plus grand nombre de morts : 37, selon les statistiques officielles, 84, selon le chef de la réanimation de l'hôpital, qui a vu beaucoup de familles repartir avec leurs morts sans les enregistrer, de peur de représailles. 


 
Le jeune Kaïs, un étudiant de 20 ans, blessé par balle aux deux jambes, le 9 janvier dernier, est catégorique : « Je n'ai plus d'argent pour payer mes études et je n'ai aucune perspective de travail... Tant qu'à vivre comme ça, mieux vaut mourir sous les balles. » 
 


Sortir de la solitude 


 
Cette révolution a été un mouvement spontané que personne n'a dirigé et que personne n'avait prévu. La combinaison gagnante est née de deux éléments clés : une jeunesse, souvent éduquée, mais surtout désespérée, humiliée et sans perspectives d'avenir, et un espace de liberté appelé Internet et, plus précisément, Facebook, qui a permis aux régions de communiquer entre elles.  


 
« Vous n'êtes pas seuls » : voilà le message qui, relayé par des milliers de voix, via Internet, d'un bout à l'autre du pays, a donné du courage aux jeunes des régions pour affronter les balles. Dorénavant, ils savaient que le mouvement n'était pas concentré uniquement à Sidi Bouzid ou à Kasserine ou encore à Monastir. Ils savaient qu'il était global. 


 
Mais il n'y a pas eu qu'Internet. Une institution a joué un rôle fondamental pour donner à cette révolution spontanée un souffle qui a fini par chasser le dictateur et sa famille : c'est l'Union générale des travailleurs tunisiens.  
 


L'UGTT est le syndicat unique en Tunisie. Pendant des années, il a été le seul contre-pouvoir à la dictature. Toléré, bien que noyauté par les gens fidèles au régime, il s'est néanmoins développé pour devenir une organisation tentaculaire, qui compte aujourd'hui près de 250 000 membres. 
 


Ce sont les bureaux locaux de l'UGTT, partout dans le pays, qui ont repris le flambeau, qui ont encouragé le mouvement et qui ont fait grossir les rangs de cette jeunesse désespérée, prête à tout. Ce sont principalement les membres de l'UGTT qui sont descendus dans les rues de Tunis, en rangs serrés, pour donner ces masses qu'on a vu, jour après jour, dans l'avenue Habib-Bourgiba et qui ont finalement eu raison de la dictature. 
 


L'avenir de la révolution 
 

 


Aujourd'hui, la Tunisie est à la croisée des chemins. Jusqu'où doit aller cette révolution? Va-t-elle s'arrêter pour laisser les institutions travailler et pour préparer les premières élections libres? Le gouvernement de coalition, dont plusieurs membres sont liés de près à l'ancien régime et que les trois ministres issus de l'UGTT ont quitté, va-t-il survivre à la contestation qui ne désarme pas?  
 

 


Cette contestation, toute concentrée aujourd'hui à Tunis, est à nouveau composée de jeunes des régions pauvres, qui ont investi la capitale, prêts à tout pour faire tomber le gouvernement, et de l'UGTT qui appelle ses membres à faire la grève. Les enseignants du primaire ont largement suivi l'appel. Les écoles ne fonctionnent pas. Le gouvernement de transition va-t-il céder comme le dictateur, aujourd'hui en fuite? Le mouvement va-t-il s'essouffler? L'armée va-t-elle s'en mêler? Réponse, dans quelques heures, quelques jours ou... quelques semaines. 

 

lien : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets/2011/01/25/132134.shtml?auteur=2276

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 01:33

On apprend de sources bien informées qu’un mandat d’arrêt international sera lancé contre le président tunisien et ses proches. Outre Zine El Abidine Ben Ali, le mandat vise également son épouse Leïla Ben Ali-Trabelsi.

 

 

Sont aussi concernés les frères de cette dernière, en l’occurrence Bellahcène Trabelsi, et Mouaïz Trabelsi. Le gendre du président tunisien déchu, Mohamed Materi fait lui aussi partie de la liste.

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 01:30

Voir la vidéo (2008) « Quand Dominique Strauss-Kahn félicitait Ben Ali pour sa politique modèle... »

Photo : En 2008, « le président Ben Ali a décoré M. Dominique Strauss-Khan des insignes de Grand officier de l’ordre de la République en considération pour ses qualités intellectuelles et ses contributions au renforcement du développement économique à l’échelle mondiale et notamment celles appelant à une meilleure intégration dans le bassin méditerranéen et la prise en compte des aspirations des peuples à la stabilité, la paix et la prospérité.» Source InfoTunisie.com


Les médias occidentaux proclament, en chœur, que le général Zine el-Abidine Ben Ali, ancien président déchu de la Tunisie, est un dictateur.

 

Le mouvement de protestation tunisien est simplement décrit comme la conséquence d’un régime antidémocratique et autoritaire défiant les normes de la « communauté internationale ».

 

Toutefois, Ben Ali n’était pas un « dictateur ». Les dictateurs décident et dictent. Ben Ali était un serviteur des intérêts économiques occidentaux, un pantin fidèle qui obéissait aux ordres, avec l’appui soutenu de la communauté internationale.

 

L’interférence étrangère dans les affaires intérieures de la Tunisie n’est pas mentionnée dans les reportages médiatiques. Les hausses de prix de la nourriture n’ont pas été « dictées » par le gouvernement Ben Ali, mais imposées par Wall Street et le Fonds monétaire international (FMI).

 

Le rôle du gouvernement Ben Ali a été d’appliquer la médecine économique mortelle du FMI, laquelle, sur une période de plus de 20 ans, a servi à déstabiliser l’économie nationale et à appauvrir la population tunisienne.

 

En tant que chef d’État, Ben Ali n’a pas pris de décision importante. La souveraineté nationale était un souvenir. En 1987, au plus fort de la crise de la dette, le gouvernement nationaliste de gauche d’Habib Bourguiba a été remplacé par un nouveau régime, fermement engagé à adopter des réformes du « marché libre ».

 

La gestion macro-économique sous le commandement du FMI était aux mains des créanciers extérieurs de la Tunisie. Au cours des 23 dernières années, la politique sociale et économique du pays a été dictée par le consensus de Washington.

 

Ben Ali est demeuré au pouvoir, car son gouvernement a obéi et appliqué efficacement les dictats du FMI, tout en servant à la fois les intérêts des États-Unis et ceux de l’Union européenne.

 

Ce système a été implanté dans de nombreux pays.

 

La continuité des réformes fatales du FMI requiert un « changement de régime ». La mise en place d’une marionnette politique assure l’application du programme néolibéral, tout en créant des conditions propices à l’effondrement éventuel d’un gouvernement corrompu et impopulaire ayant servi à appauvrir une population entière.

 

Le mouvement de protestation

 

Ce ne sont pas Wall Street et les institutions financières internationales situées à Washington qui sont la cible directe du mouvement de protestation. L’implosion sociale a été dirigée contre un gouvernement plutôt que contre l’interférence des puissances étrangères dans l’orientation de la politique gouvernementale.

 

Au début, les protestations n’étaient pas le résultat d’un mouvement politique organisé et dirigé contre l’imposition des réformes néolibérales.

 

De plus, des indications laissent croire que le mouvement de protestation a été manipulé dans le but de créer un chaos social, ainsi que d’assurer une continuité politique. Des reportages non corroborés révèlent des actes de répression et d’intimidation par des milices armées dans de grandes zones urbaines.

 

La question qui importe est comment la crise évoluera-t-elle? Comment la question plus large de l’interférence étrangère sera-t-elle abordée par le peuple tunisien?

 

Du point de vue de Washington et de Bruxelles, on prévoit le remplacement d’un régime impopulaire et autoritaire par un nouveau gouvernement fantoche. Des élections sont envisagées sous la supervision de la soi-disant communauté internationale, auquel cas des candidats seraient présélectionnés et approuvés.

 

Si ce processus de changement de régime devait être mis en œuvre pour le compte d’intérêts étrangers, le nouveau gouvernement mandataire assurerait sans doute la continuité du programme politique néolibéral ayant servi à appauvrir la population tunisienne.

 

Le gouvernement transitoire mené par le président intérimaire Fouad Mebazza se trouve actuellement dans une impasse, avec une opposition féroce émanant du mouvement syndical (UGTT). Mebazza a promis de « rompre avec le passé » sans toutefois spécifier si cela signifie l’annulation des réformes économiques néolibérales.

 

Aperçu historique

 

En chœur, les médias ont présenté la crise en Tunisie comme une question de politique intérieure, sans offrir de perspective historique. La présomption veut qu’avec la déposition du « dictateur » et l’installation d’un gouvernement dûment élu, la crise sociale se résoudra tôt ou tard.

 

Les premières « émeutes du pain » en Tunisie remontent à 1984. Le mouvement de protestation de janvier 1984 a été causé par une hausse de 100 pour cent des prix du pain. Cette augmentation a été exigée par le FMI dans le cadre du programme d’ajustement structurel tunisien (PAS). L’élimination de subventions alimentaires était une condition de facto de l’accord de prêt avec le FMI.

 

Le président Habib Bourguiba, qui a joué un rôle historique dans la libération de la Tunisie du colonialisme français, a déclaré un état d’urgence en réaction aux émeutes :

 

Alors que les tirs retentissaient, la police et les troupes d’armée en jeeps et en véhicules blindés de transport de troupes se sont déployées à travers la ville pour réprimer l’« émeute du pain ». La démonstration de force a finalement amené un calme inquiétant, mais seulement après que plus de 50 manifestants et passants furent tués. Ensuite, dans une émission dramatique de cinq minutes diffusée à la radio et à la télévision, Bourguiba a annoncé qu’il annulait la hausse de prix. (Tunisia: Bourguiba Lets Them Eat Bread - TIME, janvier 1984)

 

Après le désaveu du président Bourguiba, la hausse de prix du pain a été annulée. Bourguiba a congédié son ministre de l’Intérieur et a refusé de se conformer aux demandes du consensus de Washington.

 

Le programme néolibéral avait tout de même été établi et avait mené à une inflation galopante et au chômage de masse. Trois ans plus tard, Bourguiba et son gouvernement ont été chassés dans un coup d’État sans effusion de sang, « en raison d’incompétence ». Cela a conduit à l’installation du général Zine el-Abidine Ben Ali comme président en novembre 1987. Ce coup ne visait pas Bourguiba : il était largement destiné à démanteler de façon permanente la structure politique nationaliste établie initialement au milieu des années 1950, tout en privatisant les avoirs de l’État.

 

Le coup militaire a non seulement marqué la fin du nationalisme postcolonial mené par Bourguiba, il a également contribué à affaiblir le rôle de la France. Le gouvernement Ben Ali s’est fermement aligné sur Washington plutôt que Paris.

 

À peine quelques mois après l’installation de Ben Ali comme président en novembre 1987, un accord majeur a été signé avec le FMI. Un accord avait également été conclu avec Bruxelles concernant l’établissement d’un régime de libre-échange avec l’Union européenne. Un programme de privatisation massive sous la supervision du FMI et de la Banque mondiale a aussi été lancé. Avec des salaires horaires de l'ordre de 0,75 euro, la Tunisie était par ailleurs devenue un paradis de main d’œuvre bon marché pour l’Union européenne.

 

Qui est le dictateur?

 

Un examen des documents du FMI suggère que depuis l’inauguration de Ben Ali en 1987 jusqu’à aujourd’hui, son gouvernement s’était fidèlement conformé aux conditionnalités du FMI et de la Banque mondiale, incluant le congédiement de travailleurs du secteur public, l’élimination du contrôle des prix de biens essentiels à la consommation et l’implantation d’un programme de privatisation radical. L’abolition des barrières commerciales ordonnée par la Banque mondiale a favorisé le déclenchement d’une vague de faillites.

 

À la suite de ces bouleversements de l’économie nationale, les remises en espèces provenant des travailleurs tunisiens dans l’Union européenne sont devenues une source de plus en plus importante de recettes en devises.

 

Environ 65 000 Tunisiens vivent à l’étranger. En 2010, le montant total des remises en espèces étaient de l'ordre de 1,960 milliards de dollars, une hausse de 57 % par rapport à 2003. Une grande part de ces remises en devises sera affectée au service de la dette extérieure.

 

L’augmentation spéculative des prix de la nourriture dans le monde

 

En septembre 2010, un accord a été conclu entre Tunis et le FMI, lequel recommandait l’annulation des subventions restantes comme moyen d’atteindre un équilibre fiscal.

 

La prudence fiscale demeure une priorité très importante pour les autorités [tunisiennes], qui, dans l’environnement international actuel, voient également la nécessité de maintenir en 2010 une politique budgétaire d’un grand secours. Au cours de la dernière décennie, les efforts visant à réduire significativement le ratio d’endettement public ne devraient pas être compromis par un politique budgétaire trop laxiste. Les autorités sont engagées à contrôler fermement les dépenses actuelles, incluant les subventions […] (IMF  Tunisia: 2010 Article IV Consultation - Staff Report; Public Information Notice on the Executive Board Discussion; and Statement by the Executive Director for Tunisia http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2010/cr10282.pdf)

 

Il convient de noter que l’insistance du FMI relativement à l’austérité budgétaire et à l’abolition des subventions coïncide chronologiquement avec une nouvelle augmentation des prix des aliments de base aux bourses de marchandise de London, New York et Chicago. Ces hausses de prix sont en grande partie le résultat des spéculations pratiquées par d’importants intérêts financiers et commerciaux de l’industrie agricole.

 

Ces augmentations des prix des aliments, résultant d’une manipulation pure et simple (plutôt que de la rareté), ont servi à appauvrir des populations partout dans le monde. Ces hausses constituent une nouvelle étape dans le processus d’appauvrissement mondial.

 

« Les médias ont simplement induit l’opinion publique en erreur en ce qui concerne les causes de ces augmentations de prix, en se concentrant presque exclusivement sur les questions des coûts de production, du climat et d’autres facteurs entraînant la réduction des réserves et pouvant contribuer à l’augmentation du prix des produits essentiels. Bien que ces facteurs puissent entrer en jeu, leur pertinence est limitée dans l’explication de la hausse impressionnante et dramatique des prix des produits de base.

 

La montée en flèche des prix des aliments est largement due à la manipulation des marchés. Elle est attribuable aux transactions spéculatives sur les marchés des produits de base. Les prix du grain sont augmentés artificiellement par des opérations spéculatives de grande envergure aux Bourses mercantiles de New York et de Chicago.

 

Les transactions spéculatives sur le blé, le riz ou le maïs peuvent avoir lieu sans qu’il y ait de transactions réelles sur marchandises. Les institutions qui spéculent sur le marché de grains ne sont pas nécessairement impliquées dans la vente et la livraison réelles du grain.

 

Les transactions peuvent utiliser des fonds de l’Index des marchandises, lesquels sont des paris sur le mouvement général à la hausse ou à la baisse des prix des produits de base. Une « option de vente » est un pari que le prix diminuera, une « option d’achat » un pari que le prix augmentera. Par une manipulation concertée, les négociateurs institutionnels et les institutions financières font monter le prix et ensuite placent leurs paris sur un mouvement à la hausse des prix d’un produit en particulier.

.

La spéculation génère de la volatilité sur les marchés. En retour, l’instabilité qui en résulte encourage davantage d’activité spéculative.

 

Les gains sont réalisés lorsque les prix augmentent. Inversement, si le spéculateur vent à découvert, les gains seront enregistrés lors de la chute des prix.

 

Cette récente hausse spéculative du prix des aliments a favorisé un processus mondial de création de la famine d’une ampleur sans précédent. » (Michel Chossudovsky, Global Famine, Global Research, 2 mai 2008, http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=8877)

 

Il y a eu, de 2006 à 2008, une hausse dramatique des prix de tous les produits essentiels, dont le riz, le blé et le maïs. Le prix du riz a triplé en cinq ans, passant d’environ 600 $ la tonne en 2003 à plus de 1800 $ la tonne en mai 2008.

 

(Michel Chossudovsky, http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9191. Pour plus de détails voir Michel Chossudovsky, chapitre 7, Global Poverty and the Economic Crisis dans Michel Chossudovsky et Andrew Gavin Marshall, éditeurs, The Global Economic Crisis, The Great Depression of the XXI Century, Global Research, Montréal 2010, http://globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=20425 )

 

L’augmentation récente du prix du grain est caractérisée par un bond de 32 % enregistré durant la deuxième moitié de 2010 dans l’indice composite des prix alimentaires.

 

La forte hausse des prix du sucre, des céréales et des oléagineux a conduit les prix alimentaires mondiaux à un record en décembre, dépassant les coûts de 2008, lesquels avaient déclenché des émeutes à travers le monde, et suscitant des mises en garde à l’effet que les prix s’aventuraient en terrain dangereux.

 

En décembre, un indice compilé mensuellement par les Nations Unies a battu son record de juin 2008 pour atteindre le niveau le plus élevé depuis la création des registres en 1990. Publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA) située à Rome, l’indice, qui suit les prix d’un panier de céréales, des oléagineux, des produits laitiers, de la viande et du sucre, a augmenté pendant six mois consécutifs. (Jill Treanor, World food prices enter 'danger territory' to reach record high, The Guardian, 5 janvier 2011)

 

Amère ironie : avec une augmentation du prix des aliments en arrière-plan, le FMI recommande l’annulation des subventions dans le but d’atteindre l’objectif d’austérité budgétaire.

 

Manipulation des données sur la pauvreté et le chômage

 

Il règne un climat de désespoir social, les vies sont brisées.

 

Alors que le mouvement de protestation en Tunisie est visiblement le résultat d’un processus d’appauvrissement de masse, la Banque mondiale soutient que les niveaux de pauvreté ont été réduits grâce aux réformes de libre-marché adoptées par le gouvernement Ben Ali.

 

Selon le rapport de la Banque mondiale sur la Tunisie, le gouvernement tunisien (avec l’appui des institutions de Bretton Woods) a contribué à réduire les niveaux de pauvreté à 7 % (des niveaux nettement plus bas que ceux enregistrés aux États-Unis et dans l’Union européenne).

 

La Tunisie a enregistré des progrès remarquables en matière de croissance équitable, de lutte contre la pauvreté et d’indicateurs sociaux. Son taux de croissance s’est maintenu à 5 % en moyenne au cours des vingt dernières années, avec une progression régulière du revenu par habitant et une augmentation parallèle du bien-être de sa population mise en évidence par un taux de pauvreté qui est parmi les plus bas de la région (7 %).

 

 

La réduction de la pauvreté est attribuable principalement à la progression régulière du revenu par habitant […] L’amélioration du réseau routier rural a joué un rôle particulièrement important en permettant aux populations pauvres vivant dans les campagnes d’accéder aux marchés et aux services urbains. Les programmes de logement ont amélioré les conditions de vie des populations pauvres et permis de dégager des revenus et de l’épargne pour financer des dépenses alimentaires et non alimentaires, ce qui a contribué également à agir favorablement sur l’allégement de la pauvreté. Les subventions alimentaires, qui étaient destinées aux pauvres, quoiqu’elles n’aient pas fonctionné de façon optimale, ont également aidé les habitants pauvres des villes. (Banque mondiale, Note de présentation de la Tunisie)

 

Ces chiffres sur la pauvreté sont de pures fabrications, sans compter l’« analyse » économique et sociale sous-jacente. Ils présentent le libre-marché comme le moteur de réduction de la pauvreté. Le cadre analytique de la Banque mondiale est utilisé pour justifier un processus de « répression économique » appliqué dans plus de 150 pays en développement à travers le monde.

 

Comme seulement 7 % de la population vit dans la pauvreté (comme le suggère l’« estimation » de la Banque mondiale) et que 93 % arrive à satisfaire ses besoins fondamentaux en termes de nourriture, de logement, de santé et d’éducation, il n’y aurait pas de crise en Tunisie.

 

La Banque mondiale participe activement à la manipulation de données et à la déformation de la détresse des Tunisiens. Le taux de chômage officiel est de 14 % et le niveau réel de chômage est beaucoup plus élevé. Le taux de chômage enregistré chez les jeunes est de l’ordre de 30 %. Les services sociaux, dont la santé et l’éducation, se sont effondrés sous le poids des mesures d’austérité économique du FMI et de la Banque mondiale.

 

La Tunisie et le monde

 

Ce qui arrive en Tunisie relève d’un processus économique mondial qui détruit la vie des gens par la manipulation délibérée des forces du marché.

 

De manière plu générale, « les dures réalités économiques et sociales sous-jacentes aux interventions du FMI sont la forte hausse du prix des denrées alimentaires, des famines au niveau local, des mises à pieds massives de travailleurs urbains et de fonctionnaires, ainsi que la destruction des programmes sociaux. Le pouvoir d’achat à l’échelle nationale s’est effondré, des cliniques médicales et des écoles ont été fermées, et des centaines de millions d’enfants sont privés de leur droit à un enseignement primaire ». (Michel Chossudovsky, Global Famine, op cit.)  

Il est nécessaire de diriger le mouvement de protestation non seulement contre le gouvernement mais aussi contre l’ambassade étasunienne, la délégation de l’Union européenne et les missions du FMI et de la Banque mondiale en Tunisie. [M. C. mis à jour le on 22 janvier 2010]

 

Article original en anglais : Tunisia and the IMF's Diktats: How Macro-Economic Policy Triggers Worldwide Poverty and Unemployment, publié le 20 janvier 2011.

Traduit par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.


Michel Chossudovsky

 

 

 



Guerre et mondialisation

 
Mondialisation de la pauvreté.

 est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l'Université d'Ottawa. Il est l'auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).    

 Articles de Michel Chossudovsky publiés par Mondialisation.ca
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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 01:24

Manifestation devant le ministère de l'intérieur, à Tunis, vendredi matin 14 janvier, avant le départ de Zine El-Abidine Ben Ali.

Manifestation devant le ministère de l'intérieur, à Tunis, vendredi matin 14 janvier, avant le départ de Zine El-Abidine Ben Ali.AFP/FETHI BELAID

Quel nom donner aux émeutes qui secouent la Tunisie depuis le 17 décembre et qui ont abouti à la chute du président Ben Ali ? Depuis la semaine dernière, le nom de "révolution du jasmin" s'est imposé dans les médias. La paternité de cette expression a été revendiquée, lundi 17 janvier, par le journaliste et blogueur tunisien Zied El-Heni, très critique envers l'ancien régime, même s'il travaille pour le quotidien Essahafa qui appartient au groupe gouvernemental La Presse.

PEUPLE TUNISIEN "EXTRAORDINAIRE"

  Zied El-Heni explique avoir rédigé un texte intitulé "Révolution du jasmin", qu'il dit avoir écrit avant la fuite de Zine El-Abidine Ben Ali sous la pression de la rue dans la soirée du vendredi 14 janvier. Ce texte a été mis en ligne le 13 janvier sur son blog nommé "Journaliste tunisien", qui était bloqué en Tunisie avant la toute récente levée de la censure sur Internet.

L'article qualifie le peuple tunisien d'"extraordinaire" pour n'avoir pas limité ses revendications aux aspects sociaux mais leur avoir donné une dimension politique. Le choix du jasmin fait référence à cette fleur blanche emblématique de la Tunisie qui symbolise la pureté, la douceur de vivre et la tolérance.

Dans l'histoire récente, plusieurs insurrections populaires ont pris des noms de fleurs : révolution des œillets au Portugal (1974), des roses en Géorgie (2003), des tulipes au Kirghizistan (2005), tandis que la révolte ukrainienne a pris la couleur orange.

 

ON PRÉFÈRE DIRE "RÉVOLUTION TUNISIENNE"

Malgré tout, le terme ne suscite pas le consensus parmi le peuple tunisien. "Ici, on n'aime pas trop le terme 'jasmin' pour qualifier cette révolution, on préfère dire 'révolution tunisienne' tout simplement", revendique un lecteur du Monde.fr, qui a participé aux manifestations du 14 janvier devant le ministère de l'intérieur à Tunis.

De la même façon, sur le site de micro-blogging Twitter, les internautes, s'ils soutiennent entièrement le mouvement, n'en valident pas la dénomination, qu'ils trouvent trop limitée. "Pourquoi le "jasmin" ? Pourquoi pas révolution populaire ?", s'interroge @ahmedhamza87. "Non à l'appellation réductrice et carte-postalistique simpliste de 'révolution du jasmin'", confirme @Uyulaya. "Le jasmin est un mot arabe formé de 'yas', qui signifie 'désespoir' et 'min', 'mensonge'", note de son côté @munstermunster.

Surtout, le symbole du jasmin apparaît aux yeux de nombreux Tunisiens comme inapproprié, tant la douceur et la pureté qu'il évoque détonnent avec les morts, exactions ou encore pillages que connaît le pays depuis un mois. Sans oublier que c'est M. Ben Ali lui-même qui avait employé ce terme en 1987, lors de sa prise de pouvoir. Une expression qui apparaît donc comme peu adaptée pour qualifier son renversement.

D'ailleurs, les jeunes Tunisiens ont de leur côté choisi de parler de "révolution Facebook", en référence au célèbre réseau social. C'est en effet par le biais d'Internet que les cybermilitants, le jour dans la rue et la nuit devant leur écran, ont mené une lutte sans merci contre le régime de l'ancien président, à coups de mots d'ordre, slogans, rendez-vous et organisation des manifestations.

 

 

lien : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/01/17/revolution-du-jasmin-une-expression-qui-ne-fait-pas-l-unanimite_1466871_3212.html

 

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 01:05

Le gouvernement tunisien de transition, contesté par des milliers de manifestants de plus en plus nerveux, sera remanié mercredi selon son porte-parole, alors qu'un émissaire américain de haut rang a appelé à Tunis les pays arabes à tirer les leçons de l"'exemple tunisien".

 

Le climat s'est sensiblement crispé mardi à Tunis, où une première manifestation en défense du gouvernement de transition a été dispersée de façon musclée par un groupe de manifestants exigeant un nouvel exécutif épuré des caciques de l'ancien régime du président Zine El Abidine Ben Ali.

 

 

Dans une tentative cruciale pour endiguer la contestation, les autorités vont annoncer mercredi "la nouvelle composition du gouvernement", a indiqué le porte-parole du gouvernement et ministre de l'Education, Taieb Baccouch, cité par l'agence tunisienne TAP.

 

 

Ce remaniement est rendu nécessaire par la démission de cinq ministres - trois syndicalistes, un opposant et un membre de l'ancien régime- depuis sa formation le 17 janvier, qui seront remplacés par des indépendants, selon une source proche du gouvernement, issue de l'opposition.

 

 

Certains ministres de l'ancienne équipe Ben Ali occupant des postes-clés sont prêts à démissionner mais les tractations achopperaient sur les noms de leurs éventuels remplaçants à en croire cette source.

 

 

Le gouvernement de transition a aussi annoncé mardi des mesures tentant de répondre aux revendications sociales à l'origine de la "révolution du jasmin", dont une allocation mensuelle de 150 dinars (78 euros) pour les chômeurs diplômés acceptant un emploi à mi-temps dans les services publics".

 

 

Premier responsable occidental à se rendre en Tunisie depuis la chute le 14 janvier du président Ben Ali, considéré jusqu'à la fin comme un partenaire sûr à Washington et dans les capitales européennes, le secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche Orient, Jeffrey Feltman, a appelé les pays du monde arabe à tirer les leçons de la "révolution du jasmin".

 

 

"Les défis qui se posent dans de grandes parties du monde, en particulier dans le monde arabe, sont les mêmes, et nous espérons que les gouvernements répondront aux aspirations politiques, sociales et économiques légitimes des peuples, particulièrement si elles s'expriment par des moyens légaux et pacifiques", a déclaré M. Feltman à la presse.

Des milliers d'Egyptiens ont réclamé le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis près de trente ans lors de manifestations à travers le pays inspirées par la révolte populaire tunisienne, au cours desquelles au moins deux manifestants et un policier ont été tués.

 

 

Evoquant la crédibilité très décriée en Tunisie du gouvernement de transition, M. Feltman a souligné qu'elle dépendrait de l'organisation rapide d'élections, tout en soutenant les réformes de démocratisation déjà annoncées.

La venue de l'émissaire américain n'a pas été appréciée de tous. "Feltman go home" ou "non aux ingérences étrangères", pouvait-on lire sur les pancartes de certains manifestants.

 

 

Ce thème a également été évoqué par le dirigeant libyen Mouammar Khadafi, qui a effectué un virage stratégique en exprimant son soutien à la révolution du peuple tunisien, tout en craignant qu'elle ne soit détournée par des "intérêts étrangers", dans une interview diffusée par la chaîne privée tunisienne Nesma TV.

 

 

"On ne peut pas être contre la volonté du peuple tunisien. Nous sommes avec le peuple tunisien", a déclaré le leader libyen, rectifiant sa position initiale de soutien au président déchu Zine El Abidine Ben Ali, qui avait été très critiquée en Tunisie.

A Tunis, où des milliers de manifestants ont encore exigé, comme depuis une semaine, la démission du gouvernement provisoire, la tension est montée d'un cran mardi.

 

 

Aux cris de "Dégagez vermine!" des centaines de jeunes opposants ont dispersé dans le centre de Tunis une manifestation de soutien au "gouvernement d'union nationale", lors du premier face à face musclé entre partisans et adversaires du cabinet de transition.

Les anti-gouvernementaux, parmi lesquels des supporteurs de football, ont arraché à leurs rivaux banderoles et pancartes où était écrit "Oui à la démocratie, non au chaos", "la politique du tout ou rien ne mène nulle part".

Les manifestants devant l'esplanade de la Kasbah, coeur du pouvoir politique à Tunis, étaient encore plus nombreux que la veille - environ 4.000 selon un militaire.

 

 

Des centaines s'apprêtaient de nouveau à camper sous les fenêtres des bureaux du Premier ministre pour la troisième nuit consécutive, au mépris du couvre-feu en vigueur.

A Sfax, deuxième ville du pays à forte activité économique, la section régionale de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), la puissante centrale syndicale, a appelé à une "grève générale" d'une journée mercredi, pour la démission du gouvernement et la dissolution de l'ex-parti au pouvoir.

Le syndicat des enseignants du primaire a annoncé la fin, mercredi, de sa "grève illimitée", après deux jours d'un mouvement bien suivi mais impopulaire.

 

 

lien : http://www.varmatin.com/article/monde/tunisie-remaniement-ministeriel-mercredi-sous-la-pression-de-la-rue

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 00:55

Le 14 janvier 2011, le peuple tunisien a arraché sa liberté à une dictature qui a duré vingt-trois ans. Le 23 janvier, même la police, symbole et outil de l'oppression politique en Tunisie, a brisé les chaines et a dénoncé le comportement passé de sa direction.

Tous les secteurs sont en train de chercher le chemin de leur liberté et surtout la voix de leur indépendance. Mais où est la presse tunisienne dans ce mouvement historique ?

Le 13 janvier, tous les médias ou presque ont affiché leur volonté de rompre avec la propagande et la censure au service du pouvoir politique. Mais, au bout de dix jours seulement, cette volonté devient de plus en plus faible et de moins en moins fiable.

Les preuves d'une manipulation médiatique et d'un discours uniforme se multiplient. Certains journalistes commencent à renouer avec leurs mauvaises habitudes ; d'autres se soumettent sans réagir aux décisions de rédacteurs en chef qui ne songent qu'à soutenir, par réflexe et par principe, ceux qui détiennent le pouvoir, simplement parce qu'ils sont au pouvoir.

La critique de la dictature est une diversion

Aujourd'hui, la liberté d'expression des médias se réduit à deux phénomènes qui résument l'offre d'informations aux citoyens tunisiens.

  • la critique de l'ancien régime : elle ne dépasse pas la démonstration, imprécise, des crimes dévoilés après le départ de Ben Ali.
  • la prolifération de débats (talk shows) sur les plateaux des chaînes de télévision. Chaque soir, les différents sujets qui sont abordés tombent toujours dans les même piège : la diffamation, le règlement des comptes et les querelles inutiles (comme le cas d'Hannibal TV).

Critiques faciles et vagues de l'ancien régime et règlements de comptes sont les deux dimensions d'une dérive malsaine de l'information, dérive qui s'apparente à une nouvelle forme de manipulation médiatique.

Il y a manipulation, en effet, quand les organes de presse se servent de Ben Ali, désormais inoffensif, pour détourner l'attention des citoyens.

Prenons l'exemple du lynchage médiatique des personnages et personnalités qui gravitaient autour du couple Ben Ali. Ce bruit médiatique rempli de sensationnalisme et d'émotionnel donne l'illusion d'une liberté d'expression qui n'existe toujours pas en Tunisie.

Critiquer et accuser un régime déchu est la chose la plus facile à faire. Mais derrière ce lynchage se cache un objectif d'une opération de diversion : faire croire au peuple tunisien qu'aujourd'hui son seul ennemi est « Ben Ali ».

Les médias tunisiens continuent à montrer l'ancien régime comme le seul danger qui nous guette encore. En ne désignant qu'un seul danger, au demeurant factice, les médias tunisiens détournent l'attention du peuple tunisien et occultent, de fait, les autres menaces, bien réelles, elles.

Trois preuves de la manipulation médiatique

Et pourtant… le RCD, parti du dictateur déchu, continue à régenter le gouvernement de transition. Quelques témoignages contiennent les indices de la manipulation médiatique.

  • une journaliste qui travaille sur un site Internet réputé et qui affirme que son rédacteur en chef lui a strictement interdit de faire des investigations sur les documents détruits par quelques responsables ; or, ces documents auraient pu servir de preuves tangibles sur les crimes du régime de Ben Ali
  • un autre journaliste de la chaîne nationale affirme que les coups de fil passés en direct sont filtrés. Il précise que la régie prépare une liste dont les interlocuteurs sont sélectionnés en avance
  • ce même journaliste a même témoigné à propos d'un débat mis en scène de A à Z dans les coulisses. Et il nous a confié que plus que la moitié des émissions sont enregistrées pour ne pas risquer un dérapage quelconque

Questions dociles au Premier ministre Ghanouchi

Ces derniers jours, l'effort des médias se concentre sur la promotion et le soutien du gouvernement provisoire. La preuve la plus récente est l'interview du Premier ministre Ghanouchi, diffusée vendredi sur la chaîne nationale.

Devant les questions dociles des journalistes, Mohamed Ghanouchi a su influencer une grande partie du peuple tunisien. Les plans rapprochés sur ses larmes n'ont laissé personne indifférent, montrant la volonté -pas si innocente que cela- de gagner l'émotion, la compassion et la compréhension des téléspectateurs avec des techniques cinématographiques, bien connues des spécialistes.

Le découpage de cette interview montre surtout la complicité de la chaîne nationale avec le gouvernement provisoire.

Cette même interview a fait la une de la majorité des journaux, radios et sites Internet du samedi 22 janvier. La presse dans son ensemble n'a pas hésité à ajouter des commentaires positifs en faveur du premier ministre présenté comme l'incarnation de la « rupture avec l'ancien régime ».

Tout se passe comme si pour certains journalistes tunisiens la soumission automatique au Pouvoir était un réflexe conditionné issu de leur « bon vieux temps ».

Les débats télévisés ne servent qu'un seul point de vue

Autre exemple de conformisme anachronique, au niveau des débats organisés par la télévision et la radio : face aux manifestations qui continuent dans toute la Tunisie, les médias sont -encore une fois- tous d'accord pour suggérer la « frivolité » de ces manifestations ; insinuant ainsi que les manifestations qui ont abouti à la libération de notre pays avaient été, elles, des actes de violence et… de terrorisme.

Sans le moindre souci d'objectivité, les médias persistent à critiquer par tous les moyens les demandes des manifestants. Débats, interviews et même les news n'argumentent qu'à partir d'un seul point de vue :

« Nous n'avons pas de meilleure solution que le gouvernement provisoire dominé par les anciens du RCD. »

 

Et l'argument le plus fort, le plus utilisé aussi, est, bien sûr, la sécurité, l'équilibre et la sérénité du pays qui sont mises en danger, d'après nos médias, par ces manifestations pacifiques.

C'est un curieux détournement du débat que de l'organiser autour d'un seul point de vue. Le débat, c'est par définition, la discussion ouverte à partir de plusieurs points de vue. Multiplier les débats fermés ressemble fort, là encore, au vieux réflexe conditionné par le seule point de vue qui prévalait, naguère, celui de Ben Ali.

Depuis des décennies, le peuple tunisien s'est habitué à considérer les médias nationaux et même privés comme l'un des acteurs les plus puissants de la société du spectacle.

Mais le plus grave, après la révolte du 14 janvier, est de constater que nous n'avons plus beaucoup de chance d'avoir des médias libres, des médias qui se comporteraient comme des outils politiques indispensables à l'éclosion d'une vraie démocratie.

Car, il est clair que nos journalistes, précisément la majorité, renoncent à leur tâche la plus urgente : construire un espace libre de discussion et de réflexion.

Il est aussi clair que nos médias cèdent, sous ou sans pression (une enquête peut le prouver), à l'unique fonction de propagande et de censure qui était leur fonction sous la dictature.

 

lien: http://www.rue89.com/2011/01/25/tunisie-de-la-difficulte-de-liberer-une-presse-aux-ordres-187260

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 00:41
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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 00:39
Les manifestations étaient les plus importantes depuis des années en Égypte. <br />
Photo : La Presse canadienne (photo) Abu Zaid/AP
Les manifestations étaient les plus importantes depuis des années en Égypte.
La révolte populaire en Tunisie a inspiré les manifestants égyptiens, qui sont descendus dans la rue par milliers aujourd’hui, notamment au Caire, pour réclamer le départ du président Hosni Moubarak au pouvoir depuis près de 30 ans. Des échauffourées se sont produites dans la capitale entre protestataires et policiers, déployés en grand nombre.

Deux manifestants et un policier ont été tués lors de ces manifestations, annonçait ce soir (heure locale) le ministère égyptien de l’Intérieur.

Les deux protestataires sont morts à Suez, selon un responsable du ministère. Le premier, qui souffrait de problèmes respiratoires, est mort après avoir inhalé des gaz lacrymogènes. Le second a été tué par un jet de pierre, selon le ministère. Le policier a été tué lors de la manifestation du Caire après avoir été heurté à la tête par une pierre, ajoute-t-on de même source.

Les manifestations, les plus importantes depuis des années en Égypte, se déroulaient dans le cadre d’une «journée de la révolution contre la torture, la pauvreté, la corruption et le chômage».

«Moubarak dégage», pouvait-on notamment lire — en français, comme en hommage à la Tunisie — sur des pancartes, tandis que les manifestants scandaient des slogans hostiles au président égyptien, au pouvoir depuis 1981. «Dehors!», hurlaient-ils notamment, en référence à la révolte qui a provoqué le départ le 14 janvier du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali.

La manifestation au Caire a débuté dans le calme, les forces de l’ordre faisant preuve dans un premier temps d’une réserve inhabituelle. Mais la situation s’est tendue au fur et à mesure que la foule affluait sur la place Tahrir, dans le centre de la capitale, agitant des drapeaux égyptiens et tunisiens.

Des manifestants ont lancé des pierres sur les policiers, qui ont répliqué par des jets de grenades lacrymogènes, au canon à eau et en chargeant à coups de bâtons pour tenter de disperser la foule. Les policiers ont frappé plusieurs personnes, dont une journaliste, brisant ses lunettes et confisquant sa caméra.

Une première fois

Comme en Tunisie, de nombreux jeunes ont manifesté pour la première fois. «C’est une première pour moi, mais nous avons été une nation de lâches. Cette fois, il faut qu’on dise non», a lancé Ismail Syed, 24 ans, qui travaille dans un hôtel pour un salaire mensuel ne dépassant pas l’équivalent de 50 $.

Eid Attalah, un chauffeur de 50 ans, veut lui que son enfant de trois ans «grandisse dans la dignité et puisse trouver un travail, tout comme le président». Il s’est dit surpris par l’ampleur de la mobilisation.

«Nous en avons assez. Trop c’est trop», a de son côté souligné Saïd Abdelfatah, un fonctionnaire de 38 ans. «La révolution tunisienne m’a inspiré, mais je n’avais jamais pensé qu’on trouverait autant de monde prêt à faire la même chose ici», a-t-il ajouté. Des milliers de manifestants ont également défilé à Alexandrie, dans le nord du pays.

Des mères accompagnées de leur bébés figuraient parmi les manifestants, scandant «Révolution jusqu’à la victoire!». «On veut du changement, comme en Tunisie», expliquait Lamia Rayan, 24 ans.

Importance des réseaux sociaux


L’appel à manifester a largement été relayé par les réseaux sociaux, avec au moins 90 000 personnes annonçant sur Facebook leur intention d’y participer. Outre les Frères musulmans et les partis d’opposition Wafd et Al-Ghad, des organisations syndicales, étudiantes, de fonctionnaires et de jeunesse avaient annoncé leur participation.

Près de la moitié des 80 millions d’Égyptiens vivent sous le seul de pauvreté de l’ONU. La semaine dernière, plusieurs personnes se sont immolées par le feu en Égypte, comme le fit le jeune Tunisien Mohamed Bouazizi, dont le geste de désespoir déclencha la révolte.

Le rapport annuel du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) soulignait en juin dernier que les jeunes, représentant un quart de la population égyptienne, pourraient être une «formidable force de développement» si la société les «mettait en valeur» et leur offrait de vraies chances.

Mais, déplore le PNUD, la corruption des autorités, le népotisme, la fraude électorale, l’état d’urgence qui se prolonge depuis des décennies et la répression dissuadent les jeunes, victimes d’une «culture de la peur», de s’engager en politique et dans la société.
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