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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 03:18

L'islam politique est une hérésie 

 

Faouzi Skali : Il s’agit là d’une confusion bien malheureuse. A l’origine, l’islamisme s’est développé contre les confréries. Le soufisme a été définitivement désigné par le wahabisme comme un ennemi juré qu’il fallait éradiquer. Les islamistes ont puisé dans ce réservoir idéologique la majeure partie de leurs thèses.

 

On oublie souvent qu’au Maroc, l’offensive des wahabistes ne date pas d’aujourd’hui… Il suffit de lire le Kitab Al Istiqçaâ de l’historien Nassiri pour comprendre la guerre que livre ce mouvement pour détourner le pays de ses fondements culturels et religieux en s’attaquant plus particulièrement au soufisme des confréries. On y apprend qu’au début du 19ème siècle, il y avait eu des soulèvements populaires massifs contre l’incursion du wahabisme. De nombreux maîtres spirituels, comme Moulay Larbi Darkaoui, avaient conduit cette insurrection. C’est dire combien il est inadéquat de confondre, aujourd’hui, islamisme et confréries, extrémisme religieux et soufisme. Je crois qu’il est absolument indispensable à présent de clarifier les choses pour éviter l’amalgame.

 

MHI : C’est très bien, mais des confréries comme celle des Boutchichis ne tirent-elles pas également leur légitimité d’une idéologie bien particulière ?

 

 F.S. : Contrairement aux idées reçues, les cheikhs [3] soufis se sont avant tout souciés de ce que doit être le musulman, de ce qui constitue généralement sa vie spirituelle, des devoirs qui lui incombent, non seulement par rapport à la religion, mais surtout dans ses rapports avec la société. Les guides spirituels ont de tout temps cherché à diriger les gens vers une conception de la religion qui leur permette d’atteindre un état d’élévation spirituelle grâce à leur bonne compréhension.

 

MHI : ne s’agit-il pas alors d’une religion dans la religion ?

 

 F.S. : Dans le Coran, il est dit qu’il n’y a "point de contrainte" dans l’Islam. La religion musulmane n’est en aucun cas le monopole de quiconque. Il est du devoir de chacun d’apprendre sa propre religion convenablement, comme il est de son devoir de la pratiquer autant qu’il le peut. Les extrémistes religieux se réfèrent à une interprétation complètement erronée des principes de l’islam, pour justifier des actes tout à fait arbitraires.

 

MHI : La confrérie des Boutchichis organise régulièrement des rassemblements où sont conviés des milliers de personnes. D’aucuns trouvent ces rassemblements plutôt suspects ?

 

F.S. : Je ne pense pas qu’on puisse provoquer des rassemblements d’une telle ampleur, inciter au déplacement de milliers de personnes qui viennent de partout dans le monde sur la base d’une grossière manipulation. Ces personnes, de grands intellectuels, des savants, des penseurs qui ont pignon sur rue, qui ont une soif spirituelle sincère, choisissent la confrérie qui leur paraît être la plus proche de leurs convictions.

L’idée que la religion ne doit exister qu’en rupture de ban de la société, est une notion dangereuse. La mouvance qui est née contre l’islam traditionnel marocain a développé une idéologie du "pour ou contre", d’où les prêches enflammés et les appels au meurtre. Le soufisme, lui, est étranger à ce débat.

 

MHI : Vous voulez dire que le soufisme n’a pas de réponse au politique ?

 

F.S. : Pour les guides spirituels, le soufisme constitue un cadre d’élévation spirituelle et sociale du musulman. Mais pas question pour eux de prétendre apporter une réponse à toutes les questions. C’est pour cela qu’un penseur musulman aussi illustre que Ghazali disait que le faqih [4] n’a pas à donner de réponse politique. Par son caractère modéré, le soufisme marocain reste fortement impliqué dans le social et la maturité politique, c’est justement de ne pas tout confondre, chaque citoyen a sa propre opinion politique ; mais la politique, c’est un métier et à chacun sa spécialité.

"La religion qui apporte une réponse à toutes les questions" est une hérésie, ce qui correspond à une espèce de délire, à une déconnexion par rapport à la réalité.

 

MHI : Vous voulez dire que les extrémistes religieux sont complètement déconnectés d’avec le réel ?

 

F.S. : Comment définir quelqu’un qui décide de se faire exploser au nom d’une religion qui a pourtant sacralisé la vie ? Dans cet acte, il y a un déni de réalité poussé à son extrême. Le fait est dangereux, puisque la religion n’est plus une voie de réalisation sociale et spirituelle. On rejette l’histoire et le fait de vivre avec son temps, l’évolution pour recréer une religion des origines, dans une espèce de refonte de la religion jusqu’à en faire une véritable pathologie. Il s’agit d’une idéologie déconnectée avec la réalité. Quelqu’un avait trouvé un titre significatif "l’Islamisme est la maladie de l’Islam".

 

MHI : On a souvent tendance à considérer le soufisme dont se réclame la tariqa Boutchichie comme une alternative à l’échec de l’islamisme au Maroc. Qu’en est-il ?

 

F.S. : Les turuq [5], au Maroc comme ailleurs, ne cherchent pas à se placer contre qui que ce soit.

Contrairement aux thèses extrémistes, le soufisme est un hymne à la vie en groupe, il est au cœur de ce projet de société marocain qui a résisté à des siècles de combat contre l’obscurantisme. Les confréries ont été les gardiennes du respect des pluralités culturelles, religieuses ou ethniques avec des règles de vie basées essentiellement sur l’hospitalité, la générosité et la courtoisie.

 

MHI : Pour répondre à l’islamisme, certains préconisent de remiser le religieux dans les placards, pensez-vous qu’il s’agit là d’une réponse appropriée ?

 

F.S. : Le risque est grand de tomber dans un faux débat entre religieux et laïcs, entre musulmans et athées, Si on met le doigt dans cet engrenage, nous sommes alors bons pour vivre le scénario algérien. Parce que, aujourd’hui, le danger, c’est que la frontière entre "islam" et "islamisme" s’estompe et que chaque musulman devienne forcément intolérant et peut même être considéré comme un terroriste potentiel.

Au contraire, on doit pouvoir continuer à s’intéresser aux traditions religieuses, en les abordant, de l’intérieur.

S’attacher aux spécificités de l’islam marocain, avec cette spiritualité bien particulière qu’est le soufisme. Le soufisme mais également la référence au rite malékite qui fait partie de notre identité culturelle et historique. Revaloriser l’islam au lieu de le dénigrer, c’est la meilleure manière de lutter contre l’intégrisme.

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[1] La Voie Soufie ; Traces de Lumières chez Albin Michel, Le Face à Face des Coeurs, Ed. Le Relié,

[2] Nous remercions chaleureusement Maroc Hebdo International et tout particulièrement M. Abdellatif El Azizi, journaliste, pour leur autorisation de reproduire cet entretien initialement paru dans Maroc Hebdo International N¨é560 du 31 mai au 5 juin 2003

[3] NDLR : Maîtres spirituels

[4] NDLR : juriste en droit musulman

[5] NDLR : Voies spirituelles soufies, confrèries

source soufisme

 

__________________________________________________________Point de vue 

Tunisie postrévolutionnaire. Le choc des cultures

 

À l’heure où se joue l’avenir démocratique du monde arabe, les aspirations tunisiennes et arabes de façon générale, sont de deux tendances : un penchant progressiste moderne, et un autre nourri d’une obsessionnelle régression avec le rêve d’un monde soumis à la religion. Laquelle va finalement triompher ? La position des Islamistes au pouvoir les met dans une situation fragile qui démontre d’ores et déjà leur incapacité à diriger des peuples épris de libertés et de démocratie, aspirant à recouvrir les Devoirs Fondamentaux de l'Homme.

Nous assistons à un projet de transformation de la société tunisienne, étonnés, ahuris, scandalisés et choqués par ce qui se passe depuis l’arrivée des Islamistes sur la scène politique.

 Pays moderne, considéré comme la Grèce de l’Afrique du nord, la Tunisie a, et demeure encore le fleuron des acquis fondamentaux quant aux droits de la femme, à l'éducation et à l’ouverture au monde. Aux confluents de l’Europe, de la méditerranée, de l’Orient et de l’Afrique, la Tunisie s’affiche, fidèle à son histoire, une mosaïque des civilisations, un monde où toutes les cultures s’y sont intégrées sans réticences aucunes, parce qu’elles y ont trouvé la chaleur du climat et des peuples qui l’ont habité. C’est mon pays.

 Les Islamistes, toutes tendances confondues, sont des individus dogmatiques, leurs préoccupations majeures : changer les mentalités, opprimer et inférioriser les femmes, instituer la charia, créer une société selon les préceptes coraniques, participer à instaurer un VIème califat, projet d’envergure des régimes islamistes qui se mettent en place en Egypte, en Lybie, au Maroc, au Yémen et sans doute bientôt en Syrie et en Algérie. C’est la course vers l’obscurantisme à qui mieux mieux.

 

 Que voit-on au jour le jour ?

 Les quartiers des villes tunisiennes sont investis de barbus pour la majorité incapables d’une réflexion sérieuse sur la réalité, passionnés par la vie et l’itinéraire d’un prophète dont ils sacralisent l’apport et la pensée, aveuglés par leurs instincts primaires où la femme semble prendre une place de choix, vivant dans un univers où le passé islamique est à la fois leurs présent et futur. Tout se confond en un seul et unique versant. Aucune vision dialectique ou raisonnée de l’histoire, l’unique et perpétuelle histoire qu’ils connaissent est celle de l’Islam. Leur monde s’arrête et commence là, au VIème siècle de J-C, il va jusqu’à la déchéance des Arabes après la chute du Vème califat… leur monde est sans perspectives, immobilisé dans les rêveries d’un retour aux sources d’un Islam fort, belliqueux, illuminé et hégémonique. C’est un rêve de barbarie dont ils font l’exercice au quotidien contre les hommes et les femmes, contre la jeunesse qui aspire à un futur de modernisme, de laïcité, de démocratie, une voie vers un humanisme authentique où les dogmes religieux n’ayant plus de crédibilité, sont relégués à la sphère personnelle, dans les mosquées, loin de la vie citoyenne et même en rupture avec elle. beaucoup d'entre eux sont revenus de l'exil où relâchés des prisons lors de la chute du régime de Ben Ali. 

 Les Islamistes pratiquent une politique complexe de répressions, régressions et obscurantismes. Ils profitent de la démocratie pour s’installer, mais contestent ses pratiques et valorisations, ses substance et réalisations. Bref, leur politique refuse d’admettre ceux qui sont différents, qui ne sont pas Islamistes, qui ne sont pas ou ne se reconnaissent plus dans l’Islam et ceux qui veulent que religion et politique soient séparés. C’est l’image des Rhinocéros courant sur la scène d’Ionesco, où se trame la critique de l’extrémisme fasciste, qui me revient à chaque fois que je réfléchis sur la politique des religieux. Pourquoi, me diriez-vous ? Je réponds d'abord par une phrase : je les ai vus se transformer.

 Je réponds ensuite plus longuement : la mutation culturelle est une idée inconnue chez les Islamistes. Ils ont une vision égocentrique de la culture et de la civilisation arabes. Tout en reconnaissant les autres religions du Livre, ils sont convaincus que l’Islam en est l’apogée, et même une version parfaite du monothéisme. Lorsqu’on lit la Bible, notamment l’Ancien Testament, après avoir bien lu et bien connu le Coran, on se rend compte de l’intertextualité qui relie les deux Livres. La réponse est facile : l’Arabie du VIème siècle comptait beaucoup de tribus chrétiennes et des communautés hébraïques où même certains camarades de Mahomet ont appris à lire et à écrire l’hébreux et l’araméen, langues dominantes à l’époque, l’arabe n’ayant encore aucun système codé et formant des dialectes divers. Ce sont les poètes préislamiques, à travers une tradition orale longue de plusieurs siècles, qui ont déclenché et développé la promotion de la langue arabe. Et il est assez visible, lorsqu’on a découvert toute cette tradition, que même si le Coran est la première prose poétique arabe, il s’inspire largement de la poésie préislamique qui l’a nourri tout autant que les textes religieux hébraïques et chrétiens. Il ne s’agit là d’aucune infériorisation du texte coranique, au contraire, cette brève démonstration vise à le remettre dans son contexte originel et à en montrer les richesses à la fois culturelles, littéraires et historiques. Quant à la question de savoir pourquoi le Coran est en versets et pas en vers, cela est facile je pense, il s’inspire dans sa forme prosaïque de l’Ancien Testament qui est lui aussi en versets. Le Coran ne devait pas se confondre avec la poésie, même les aèdes Quraychites qui ont classé Mahomet parmi les poètes furent massacrés à une époque, pourtant elle y est présente avec force.

On voit donc, contrairement à la vision immuable de l’histoire que proposent les Islamistes, toutes tendances confondues, que les religions ne sont pas le produit d’un esprit statique, mais en mouvement, en changement perpétuel. L’Histoire ne peut pas être ignorée dans le but de servir les ambitions politiques de religieux chevronnés dont le regard, au lieu de se poser sur les hommes qui la font, est constamment dirigé vers le ciel, à la recherche de quelque miracle qui nous tomberait sur la tête pour améliorer nos vies.

Pire encore, nos vies, si elles ne s’améliorent pas, ou peu, ou même jamais, elles ne comptent pas, c’est la vie après la mort qui est meilleure… La vie sur terre est un passage qui même dans la misère, ne doit pas être méconnue, remise en question, nourrie de nos révoltes et nos mécontentements. Elle doit se suffire à elle-même et on doit s’y résigner. Dans une sorte de cercle vicieux, les Islamiques veulent emprisonner les sociétés arabes qui se réveillent enfin, parce qu’elles répugnent et refusent la dictature, toutes les dictatures désuètes, la résignation, toutes les résignations aveugles, le dogme, tous les dogmes précuits.

 La transcendance absolue apparue avec la sémiticité, une des matières fondamentales à côté de lasacralité et de la médiévalité du monothéisme, mettant l’homme en position de faiblesse et de crainte, de fascination et d'obéissance absolue à un Dieu justicier et centre-souverain du monde, ne peut plus fonctionner aujourd’hui en politique et même dans la pensée humaine de façon générale. La souveraineté en politique relève de la monarchie absolue, or les Islamistes viennent s’installer au pouvoir dans des systèmes républicains qu'ils souhaitent transformer en tyrannies nouvelles. Ces républiques veulent acquérir leurs droits les plus fondamentaux et fonder un système juste et cohérent avec les réalités du monde actuel.

C’est là que l’on voit clairement la stratégie politique islamiste, fondée non sur une pragmatique du monde, mais sur la transcendance : l’homme et le monde se trouvent dans une réalité qui ne se définit que comme étant le signe de la réalité divine indivisible et souveraine. Le projet islamiste est donc hégémonique et il ne peut pas en être autrement. Pour ceux qui continuent à prôner un Islam modéré, je dirai qu’aucune religion n’est modérée, car la religion est Passion et la modération ne vient que de la Raison.

À ceux qui veulent tourner définitivement cette page islamiste, je dirai qu’il est fondamental de reléguer les religions à l’espace personnel en les séparant de la vie citoyenne et de la politique.

Il est temps de fonder une éthique nouvelle où l’Homme aura enfin sa place dans l’Univers. agoravox

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 02:11

La guerre d’Algérie, de Yaha Abdelhafidh

 

L’homme qui a connu deux maquis signe un livre magistral. Les acteurs politiques et militaires de l’époque doivent eux aussi accoucher leurs vérités, leurs témoignages. Suivre l’exemple, ne pas laisser l’histoire aux seuls historiens.

«Notre combat a été beau à certains égards, mais incomplet à d’autres. Beau, car les grands espoirs de lendemains qui chantent l’ont nourri. Il a même été un parangon pour plusieurs révolutions tiers-mondistes. (…) Cette liesse qui a célébré la renaissance de notre pays a été hélas ! de courte de durée. (…) En quelques jours, l’élan révolutionnaire de toute une génération d’Algériens s’est brisé contre le mur des ambitions d’un clan qui a pris en otages la révolution et son devenir.» Yaha Abdelhafidh donne le ton très vite. L’ancien officier de la Wilaya III veut témoigner, dire ses vérités, les trahisons dont il a été victime. Dans Ma guerre d’Algérie, Riveneuve éditions, il raconte les événements de l’intérieur, sur le terrain, dans les montagnes escarpées.

Il n’a toujours pas digéré la trahison des idéaux de la Soumman par les nouveaux maîtres d’Alger. Il voue un mépris cinglant pour le «clan d’Oujda», coupable, selon lui, de la situation actuelle de l’Algérie. «A l’aube de l’indépendance, des hommes, qui ont passé toute la période de la guerre tapis derrière les frontières, au Maroc et en Tunisie, en Libye et en Tunisie, ont commis un coup d’Etat contre la Révolution. (…) Ces militaires ambitieux et suffisants, qui n’ont, pour la plupart d’entre eux, jamais tenu une arme face à l’ennemi, n’ont malheureusement pas hésité après l’indépendance à dresser leurs canons tout neufs contre nous, leurs frères. Nous (…) avons été sommés donc de céder devant la force brutale de cette armée stationnée à l’extérieur, dirigée par le colonel Houari Boumediène.» Pour Yaha Abdelhafidh, la seule élection véritablement démocratique que l’Algérie aura connue est le référendum de 1962 approuvant les Accords d’Evian et la fin de la guerre avec la France. Depuis, rien ou presque, entre dictature et autoritarisme.

A 79 ans, il est sans haine, désabusé sûrement, blessé de voir l’Algérie, incarnation de ses rêves, dans l’impasse. Sa lecture est simple : la victoire de «l’extérieur» sur «l’intérieur» après la guerre d’Algérie est la cause de tous les maux. Dans ce premier tome, le fondateur du FFS en 1963, avec Aït Ahmed, ne cache pas les paradoxes et les crispations durant le conflit. Comme un amghar azemni, un sage, il se confie sans haine, il offre généreusement ses souvenirs aux nouvelles générations. «En dépit des risques et de la dureté de ma traversée, j’avoue que j’ai vécu. Deux maquis successifs et près de vingt-quatre ans d’exil. Un exil d’activités politiques, de lutte et non de luxe, comme beaucoup l’ont mené sans vergogne.» Yaha Abdelhafidh nous livre un document exceptionnel, le témoignage d’un faiseur d’histoire, d’un responsable politique et militaire. «Cette première salve mémorielle finie, l’hiver peut maintenant cingler à sa guise», dit-il. La nature l’a entendu, jamais il n’a autant neigé. Et les hommes ? Ils feraient bien d’imiter la nature, comme toujours.

source elwatan

 

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 Désobéir en République. Un éditeur dans la guerre d’Algérie

 

Les Éditions de Minuit ont mené pendant la guerre d’Algérie un combat à la fois moral et politique. Il s’agissait, souligne Anne Simonin, à la fois de dénoncer la torture en faisant valoir les droits de la conscience et de réaffirmer les valeurs universelles de la République française, renouant ainsi avec l’engagement dreyfusard et résistant.

La Vie des Idées  : Pourquoi les Éditions de Minuit ont-elles souhaité rééditer, à l’occasion du cinquantième anniversaire des accords d’Évian, sept ouvrages du catalogue algérien ?

Anne Simonin  : Peut-être parce que l’engagement dans la dénonciation de la guerre d’Algérie est une prise de position encore aujourd’hui souvent mal comprise, et facile à délégitimer. Lus ensemble, les sept livres (dont celui qui est devenu un classique, La Question d’Henri Alleg) disent que la dénonciation de la torture, axe fondamental de la production éditoriale des Éditions de Minuit, n’est pas une position « morale » mais bel et bien une position « politique » qui conduit, à partir de 1960, à valider un comportement extrême : la désertion. Les livres qui ont été réimprimés ont pour fonction d’expliquer comment des hommes marqués par la Résistance, et son héritage patriotique, ont été conduits à opérer une véritable révolution, et à devenir traîtres pour rester fidèles à cet héritage, et préserver l’identité de la France patrie des droits de l’Homme. Dans Le Désert à l’aube, Favrelière raconte comment il devînt déserteur : pour sauver un jeune combattant algérien d’une exécution sauvage.

 Dans Itinéraire, Robert Bonnaud, lui aussi témoigne que ce qu’il a vu d’horreurs ordinaires en Algérie en tant que rappelé. Et comment, de retour en France, cette expérience oblige, et pousse au militantisme, et à la critique des positions adoptées par les partis de gauche, le parti communiste en particulier. Dans Les Belles Lettres, Charlotte Delbo, auteur à venir d’une trilogie majeure sur Auschwitz, laisse exploser son « indignation », – la chose était alors moins à la mode qu’aujourd’hui –, en produisant un livre d’une forme très neuve : une parodie de roman épistolaire, coupé-collé commenté des attaques et des réponses qu’échangent dans la presse les intellectuels des différents bords. Avec Provocation à la désobéissance, publication des actes du procès intenté en décembre 1961 à Jérôme Lindon pour la publication d’un roman, Le Déserteur de Jean-Louis Hurst (sous le pseudonyme de Maurienne), les motivations de l’engagement dans la dénonciation de la guerre d’Algérie sont précisément explicitées devant les juges. La Ve République n’a jamais été menacée de devenir totalitaire sous les différents régimes d’exception imposés par « les événements », elle n’a, en revanche, pas échappé à l’absurde ou à l’ubuesque, en poursuivant un éditeur pour des opinions émises par un personnage de roman dans un livre saisi que, pour condamner, les juges ont dû résumer de façon détaillée à l’audience...

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La Vie des Idées  : Dans le commentaire qui accompagne cette réédition, vous évoquez, pour qualifier le combat mené par ces intellectuels et porté par les Éditions de Minuit, la « tradition dreyfusarde ». Pour quelles raisons ?

Anne Simonin : C’est Pierre Vidal-Naquet qui, dans un article devenu classique, a inventé une typologie pour penser les divers engagements dans la dénonciation de la guerre d’Algérie, et identifié les « dreyfusards », les « bolcheviques » et les « tiers-mondistes ». Les Éditions de Minuit exemplifiant la première catégorie, celle des « dreyfusards ». Pierre Vidal-Naquet était un ami personnel de Jérôme Lindon, mais il fut aussi l’historien maison pendant la guerre d’Algérie, celui qui écrivait des textes (L’Affaire Audin), celui qui expertisait certains textes, celui qui apportait des textes, celui qui, grâce au Comité Audin, dont il était l’un des membres fondateurs, aidait à leur diffusion... Qualifier de « dreyfusard » le combat mené par les Éditions de Minuit insiste sur la dimension morale de leur engagement, et son inscription dans une sphère franco-française. Ce que Jérôme Lindon résumera en une phrase, citée par Pierre Vidal-Naquet : « Ce que j’ai fait, je l’ai fait pour la France, non pour l’Algérie ». Si cette typologie a une portée heuristique évidente, il me semble toutefois nécessaire de lui apporter un correctif : le « dreyfusisme » des Éditions de Minuit traduit, entre 1957 et 1962, la permanence d’un gaullisme de gauche, peu ou pas institutionnalisé, qui permet de comprendre qu’en 1965, après avoir été dans une opposition apparemment radicale à la politique menée par le général de Gaulle, Jérôme Lindon puisse rédiger une tribune dans Le Monde... et annoncer qu’il votera de Gaulle.

 

La Vie des Idées  : C’est aussi de la Résistance que ces intellectuels engagés se réclament. Est-ce là une manière de légitimer la désobéissance, en montrant que, en faisant la guerre en Algérie, la République française a cessé d’être pleinement républicaine ?

Anne Simonin : La référence à la Résistance est effectivement essentielle, moins pour délégitimer la République, que pour légitimer le combat des insoumis. Les Éditions de Minuit sont la seule maison d’édition à avoir été fondées dans la clandestinité, sous l’Occupation allemande en 1942, et à avoir toujours pignon sur rue en 1957.

La Résistance dans l’histoire de la maison c’est, pour le dire dans les termes de Pierre Bourdieu, un « capital symbolique » prestigieux qui anoblit les causes défendues. Mais la résistance c’est aussi, et ça c’est lié au facteur homme, à la personnalité de leur directeur, Jérôme Lindon, une obligation. Résistant – il a rejoint le maquis du Tarn à l’âge de dix-huit ans –, Jérôme Lindon a toujours eu une claire conscience de l’importance de son engagement, mais en donnait aussi toujours une version minimaliste : dans la mesure où il était juif, il avait bien été obligé de... Quand il arrive aux Éditions de Minuit, après guerre, Jérôme Lindon appartient à la fois à la « génération de la Résistance », mais pas à la génération « fondatrice » de la maison (Pierre de Lescure, Jean Bruller-Vercors, Yvonne Paraf-Desvignes). Et s’il en devient le président-directeur général en 1948, il ne « reprend » véritablement les Éditions de Minuit qu’en 1958-1959, quand il publie La Question d’Henri Alleg – le livre emblématique de la lutte des intellectuels pendant la guerre d’Algérie –, et La Gangrène – le recueil des plaintes de cinq étudiants algériens pro-FLN torturés, à Paris, rue des Saussaies. Autrement dit, la Résistance survit aux Éditions de Minuit sous la forme non d’une dévotion au passé, mais d’une perplexité – « Serais-je jamais capable, ou en mesure de, faire aussi bien que mes prédécesseurs ? ». À cette question, les choix de l’éditeur pendant la guerre d’Algérie fournissent une réponse positive : La Question et La Gangrène étant, en quelque sorte, l’équivalent historique du Silence de la mer. En conservant toutefois toujours présent à l’esprit que cette équation est vouée à demeurer imparfaite, parce que, j’y insiste, la République en état d’exception reste un régime démocratique, ce que n’a jamais été le régime de Vichy. En publiant La Question et La Gangrène, les Éditions de Minuit risquaient la faillite ; en publiant Le Silence de la mer, la déportation et la mort.

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La Vie des Idées  : La République en état d’exception reste démocratique, mais en pratiquant la torture, en appliquant la censure, elle se coupe des valeurs qui doivent l’inspirer : celles des Lumières, qui sont invoquées par ceux qui s’engagent contre la guerre en désobéissant. Leur combat n’est-il donc pas tout autant politique (pour le bien commun) que moral (le cas de conscience) ?

 

Anne Simonin : Oui, tout à fait. Mais l’enjeu est de « reprendre » plutôt que de « délégitimer » la République. Le combat des Éditions de Minuit est incontestablement un combat politique. Leur grande réussite, si je puis dire, est d’être parvenu à transformer une mobilisation « morale » (la dénonciation de la torture) en une position politique. Faire consensus autour de la dénonciation de la torture s’est révélé assez vite une bonne stratégie : quand Pour Djamila Bouhired de Georges Arnaud et de Jacques Vergès est publié, à l’automne 1957, c’est la presse de droite qui est le premier relais de la dénonciation. Ensuite, le scandale de La Question, l’écho et la saisie du livre après que 70 000 exemplaires aient été vendus, en juin 1958, la protestation au nom de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, signée par les prix Nobel (à l’exception de Camus, qui refusa, et en incluant Sartre qui accepta de signer) auraient pu faire penser que « c’était gagné », et qu’il y allait avoir un mouvement fort de l’opinion publique pour contraindre les pouvoirs publics à interrompre une guerre coloniale, donc par nature injuste.

La guerre d’Algérie ne devait s’interrompre que quatre ans plus tard. Le calendrier politique contraindra les intellectuels oppositionnels à une très nette radicalisation. La pratique de la torture, consubstantielle à la guerre coloniale, est une atteinte directe aux Droits de l’Homme et du Citoyen. Formulés en 1789, ces derniers ont été constitutionnalisés en 1946 : « Toute rigueur ou contrainte qui n’est pas nécessaire pour appréhender une personne ou la maintenir en détention ainsi que toute pression morale ou brutalité physique, notamment pendant l’interrogatoire, sont interdites » (art. 9). Le combat pour la dénonciation de la torture est un combat légal.

Que faire quand les pouvoirs publics d’un régime démocratique, connaissant de façon indiscutable l’existence généralisée de la torture, tolèrent cette pratique ? « Quand le gouvernement viole les libertés et les droits garantis par la Constitution, la résistance sous toutes ses formes est le plus sacré des droits et le plus impérieux des devoirs. » (art. 21). Ces principes ont été réaffirmés au sortir de la Seconde Guerre mondiale, après la terrible épreuve de l’Occupation. Dix ans après, ils sont impunément violés. Ce qui atteste, à tout le moins, que les gouvernants ont « la mémoire courte », – selon le titre du pamphlet publié par Jean Cassou aux Éditions de Minuit en 1953... La « résistance » à la guerre d’Algérie est un rappel des positions de principe au fondement de la République démocratique.

 

La Vie des Idées  : Comment expliquer que l’engagement contre la guerre coloniale et contre la soi-disant mission civilisatrice de la France, se fasse, paradoxalement, au nom des valeurs de la France universelle et dans une veine patriote ?

Anne Simonin  : La fin des années 1950, et le début des années 1960 est une période difficile à penser parce qu’elle se trouve « coincée » en quelque sorte entre deux événements majeurs : la fin de la Seconde Guerre mondiale suivie par la Guerre froide et Mai 68. Pour comprendre ces années 1955-1965, il convient de retirer ces deux focales : la Guerre froide et la banalisation de l’anticommunisme ; Mai 68 et la généralisation d’une idéologie libertaire, pour le dire vite. Quand, le 23 avril 1961, à minuit quarante-cinq, à la suite du putsch des généraux à Alger, Michel Debré lance à la télévision un appel à la population à se rendre sur les aéroports « à pied ou en voiture » pour barrer la route aux éventuels parachutistes, certains commentateurs sont goguenards.

Pierre Goldman, lui, y croit. Dans Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France (1975), il évoque « le frisson de plaisir » éprouvé au « signe d’un orage majeur et historique » : « J’ai informé mon père que j’allais répondre à l’appel du Parti et de la CGT, que la radio avait répercuté et diffusé. Il [...] me dit : « Ils vont se rendre, c’est du cinéma, [...] ». Et il s’endort. Mais je sens qu’il est heureux de ma décision. J’attendis les parachutistes toute la nuit, et des armes pour les combattre [...]. Ce fut une nuit d’attente impatiente et exaltée [...] ». Nulle honte à se revendiquer patriote, et à mobiliser ce patriotisme contre des généraux félons. Et si le patriotisme fait alors bon ménage avec tout ou presque, (la gauche, la famille, le tiers-monde, la désertion), c’est à une certaine idée de la Résistance qu’il le doit. La dénonciation de la guerre d’Algérie ne ferait ainsi que réactiver les valeurs (patriotisme, humanisme, lutte pour la dignité de l’homme) d’une Résistance idéelle. Si l’on fait intervenir la Résistance comme « répertoire » de valeurs et d’actions, plutôt que comme « mémoire », rien de surprenant à ce que le patriotisme soit l’une des clefs explicatives du refus de la guerre d’Algérie.

Florent Guénard

source laviedesidees

 

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Arthur Smet, photographe inconnu et œil de Bigeard

Doublure du photographe de Bigeard, il a tout fixé de la guerre d'Algérie : la propagande et les corps mutilés. Pour la première fois, Arthur Smet raconte en six diaporamas sonores comment les « évènements » ont fait de lui un photographe.

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Arthur Smet chez lui à Dax en février 2012 (Audrey Cerdan/Rue89)

Comme il a vécu l'Algérie, il a fait ses photos. 14 700 clichés inédits. En soldat, sans point de vue autre que celui de ses « frères » de commando. Ils menaient une « guerre juste », pour « défendre la France » et leurs « frères » musulmans de la France d'Algérie :

« Ils avaient tout pour être bien. Ils ne cherchaient même pas plus de liberté. Les enfants allaient à l'école, il n'y avait pas de discrimination. »

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Arthur Smet en Algérie en 1959 (Arthur Smet)

Arthur Smet, bientôt 80 ans, ne sait pas quels trésors il tient entre ses mains. Il vit près de Dax, avec des palombes et ses souvenirs, dans une maison qu'il a entièrement construite de ses mains.

Il est indifférent aux compliments sur la qualité de ses photos. Il connaît les noms de tous les hommes qu'il nous montre – surtout les Harkis – et pleure beaucoup quand il raconte.

Il faut entrer dans son histoire nu de tout ce que l'on pense de cette catastrophe coloniale. Homme simple, qui n'avait de sa vie ouvert un magazine lorsqu'il a commencé à mettre en images ses camarades, qui ne saurait citer un photographe célèbre, Arthur Smet n'a pas de sang sur les mains. Mais il a tout fixé. Les opérations, les corps mutilés des deux camps, les montagnes, les enfants, les enterrements, les bidasses, le général de Gaulle, le colonel, photos de propagande et photos de la guerre sale...

Il est devenu photographe parce qu'en 1959, un colonel – Bigeard – l'a remarqué avec son Typhon qui ne quittait pas sa poitrine. D'un clin d'œil, il lui a dit que désormais, il allait couvrir « le secteur » pour lui.

Smet est devenu la doublure du sergent-chef Marc Flament, « le » photographe du colonel Bigeard. Ancien de l'Indochine, Flament va diriger la propagande photographique des actions des paras du 3e RPC (régiment de parachutistes coloniaux). Ses clichés – ou crédités comme étant de lui – vont nourrir la légende d'une France qui officiellement n'est pas en guerre : la France défend la population autochtone contre des terroristes.

Dans ces années-là, on pouvait faire de la photo simplement parce qu'on avait un appareil et que les autres n'en avaient pas. Mais comment devenait-on photographe ? Par amour du colonel :

« Il nous aurait fait marcher sur l'eau. »

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Arthur Smet chez lui à Dax en février 2012, devant des photographies du colonel Bigeard (Audrey Cerdan/Rue89)

1953, Donau Schingen (RFA) : un Voigländer de la gamme Vito

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« J'étais l'aîné d'une famille de sept. Mon père était mineur, à Valenciennes, illettré comme ma mère. Chez mes parents, il y avait deux valeurs : le travail et le respect. D'abord pour ses outils de travail.

Quand j'ai annoncé que je restais dans l'armée, mon père à dit à ma mère : “Maria, fais sa valise, y a jamais eu de fainéants dans la famille.” Dans les corons, les voisins disaient : “Il va à l'armée, ils ont pas mérité ça.”

Le maître à penser dans les corons, c'était Maurice Thorez (leader communiste). On ne savait pas ce que c'était mais on était communiste, contre la guerre, c'était obligé. »

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Arthur Smet à Donaueschingen en 1954 (A. Smet)

« Moi en Allemagne, j'étais plus heureux que mes frères et sœurs. J'avais à manger au matin, midi et soir, je faisais du sport, je chantais dans l'orchestre.

Un jour, le colonel m'a envoyé chanter pour une réception au château du prince de Furstenberg. Quinze jours après, le prince m'a fait porter deux cadeaux, au choix : des patins à glace ou un appareil photo. Un Voigtländer. Je n'avais même pas d'argent pour les films, j'envoyais toute ma solde à la maison. Le vaguemestre m'a acheté mon premier film. Du 120. Douze vues 6x6. J'ai commencé à faire les photos des copains. »

Septembre 1955, embarquement pour Oran : premières photos fauchées

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Embarquement pour l'Algérie (A. Smet)

« J'avais mon certificat d'études, je connaissais “La Marseillaise” et le chant du départ. Là, sur ce gros bateau, chanter ça, ça faisait quelque chose dans le ventre que les jeunes d'aujourd'hui ne peuvent pas comprendre.

A Oran, on nous a mis dans un camion pour Alger. La grandeur de ce que je découvrais... Je dormais avec mon appareil. Je faisais développer mes films chez les photographes des villes où on nous envoyait. Je prenais les gens en turban [les Algériens, ndlr], tout le monde était très gentil.

Très vite on nous a envoyés en “opération”, le maintien de l'ordre. Là, mes photos étaient fauchées tout de suite par les gradés – enfin celles qui ne convenaient pas – quand elles rentraient de chez le photographe.

Et on me prévenait. Motus. Les hommes égorgés avec les testicules dans la bouche, les femmes pendues par les pieds. Nous, on ne pouvait pas comprendre pourquoi il y avait la guerre. »

Oued el-Hadjar/Sidi Bela Abbès, un Foca Sport : débuts dans la photo

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« Là-bas, il y avait un labo photo. Mais moi, je ne savais pas faire. Un rappelé, chef de gare dans le civil, m'a dit : “Je rentre à Paris, je te rapporte du matériel.” Il m'a appris. Un châssis en bois, la lampe rouge avec le bouton sur la douille. Cet homme-là m'a montré comment développer un film, on avait du vinaigre à la place du bain d'arrêt.

Le capitaine m'a dit : “Maintenant, vous êtes le photographe de la compagnie.” A partir de là, j'ai eu mon appareil sur le ventre, sans le cacher. Vis-à-vis des officiers, des sous-officiers, je n'étais plus un pousse-cailloux, tout le monde voulait mes photos, les attendait. »

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En opération en Algérie (A. Smet)

« Le capitaine, un jour, me dit : “Il faut vous acheter un agrandisseur, et passer au 24x36.” J'étais fiancé à la fille du boucher [pied-noir, ndlr] de Saïda, qui m'a envoyé chez son ami qui avait un magasin de photos. Il m'a donné unFoca Sport, 24 ou 36 poses, 35 mm.

Le capitaine m'avait acheté une boîte pour développer : “Là, c'est sous-ex[sous-exposé, ndlr], là c'est sur-ex [sur-exposé, ndlr]”. Ça a été mes débuts dans la photo.

A Bel Abbès, à la légion, on m'a installé mon labo dans les chiottes du théâtre, avec de l'eau courante, une pancarte “interdit de rentrer, ne pas déranger”. J'étais le roi du pétrole. »

Saïda, janvier 1959, 8e RIM (régiment d'infanterie de marine) : le hall d'information

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Arthur Smet et un autre soldat à Saïda, devant un panneau d'information (A. Smet)

« Il y avait un nouveau colonel, Bigeard. Ce colonel-là, c'était un tel “déraisonnement”, un jeune homme au milieu des vieux gros en képi. Il me fait signe avec son doigt, comme ça, venez : “Si j'avais mon photographe avec moi, mes photos je les aurais ce soir.” J'ai fait l'aller-retour en moins d'une heure.

Il disait au gars pas bien rasé : “Faudra se raser pour faire un beau mort.” Aux gradés avec des gros ventres qui tombaient : “Il est temps de se mettre au sport.”

Là, ça a commencé à changer, on avait un soldat comme chef, pas un militaire.

Il avait son photographe, le sergent-chef, Marc Flament qui se baladait avec son Rolleiflex, flash éclaton 2 étoiles. Il se présente, me dit : “Je suis Marc.” Voilà, c'était l'ambiance. Plus de sergent-chef à vos ordres, rompez. Je l'ai suivi dans son labo, une grande villa où chaque pièce était un laboratoire. Des glaceuses, des rotatives, des G3. On se parlait en photographes, sans distinction de grades. Je découvrais un monde.

Lui, Marc Flament, un grand photographe, il m'explique : “Moi, je fais mes bouquins (‘Aucune bête au monde’, ‘Piste sans fin’), toi tu feras le hall d'information du chef [le colonel Bigeard, ndlr]. Tu glaneras tout ce que tu pourras, et on l'exposera dans le hall, pour la population de Saïda. Voila un Rolleiflex. Tu as ton permis moto ? Bon, on va te donner une moto pour tes reportages.”

Un appareil-photo avec un objectif qui fermait à f/16 et ouvrait à f/2,8, une moto, plus d'autorisation à demander, je pouvais aller partout sans rendre compte, c'était pas croyable.

Je suis rentré au 8e RIM [son régiment d'origine, ndlr] pour expliquer ma situation. Vous voyez, les beaux bureaux, le grand drapeau, le portrait du général de Gaulle, tout le cinéma. “Qu'est-ce que vous voulez ? ”, comme à un chiffonnier. Et moi : “Le colonel Bigeard veut savoir tout ce qui se passe dans le secteur et que tous les habitants puissent le voir”. »

Le commando Georges

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Le colonel Bigeard présente une brochure (A. Smet)

« Je partais en moto, j'étais invité partout, les matches de foot, les communions, à la gendarmerie. “Bonjour mon ami.” Et tout le monde venait voir les photos au hall d'information.

L'autre travail, c'était d'aller photographier les gens que le colonel voulait voir de près. Et de lui montrer ce qui se passait sur le terrain. C'était des demandes “spéciales”. Ça pouvait être 200 km, l'aller-retour en moto dans la journée. Il regardait les clichés, un clin d'œil, ça voulait tout dire, ça vous transperçait. “C'est pas mauvais.”

Le commando Georges, et le commando Cobra, c'est Bigeard qui l'a inventé, qui lui a donné la fierté, l'esprit de famille et de soldats. J'ai appris qu'il était possible de s'aimer les uns les autres. Des appelés, des soldats, des Harkis, comme des frères. Le premier qui critiquait les musulmans, c'était huit jours d'arrêt, ou pire : “Tu fous le camp, tu n'as rien à foutre dans le commando.” »

Après Bigeard

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Cadavres de fellaghas étendus (A. Smet) Lire la suite

 

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Les traumatismes sont toujours présents

 

 

 

Alors que l’on va célébrer le 50e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, certains anciens combattants souffrent toujours de traumatismes profonds. Cela n’est d’ailleurs pas le propre de ce conflit. Mais durant longtemps, ils ont été ignorés et l’on portait plus d’intérêt à la santé physique que mentale. Depuis, ces traumatismes portent un nom : le PTSD. C'est l'occasion de se pencher sur cesséquelles qui peuvent être graves. Nous reviendrons sur ce thème avec le témoignage de Jacques Inrep, ancien appelé devenu psychologue puis avec le psychiatre Boris Cyrulnik.

Un demi-siècle. Cela va faire un demi-siècle que l’Algérie a obtenu son indépendance à la force des armes. Et malgré les décennies écoulées, certaines plaies béantes n’ont jamais été pansées. Les traumatismes, vécus dans les deux camps, hantent encore les anciens soldats, qu’ils aient été combattants, bourreaux, ou même simples spectateurs de l’horreur et de la mort. Pourquoi, lors d'événements de ce genre, ces souvenirs violents sont-ils toujours là ? Il aura fallu des décennies, voire des siècles, de déni et d’ignorance avant que des observations scientifiques et des témoignages n’apportent enfin une réponse à cette question.

L’Homme s’est de tout temps engagé dans des guerres. Pourtant, le sort des survivants n’intéresse les psychiatres que depuis peu. Même durant la première guerre mondiale, les soldats pris de tremblements incontrôlés sont le plus souvent passés pour des simulateurs. Ces trembleurs de la guerre, comme on les appelle, ont parfois péri sous le feu des pelotons d’exécution. Délaissés par la psychiatrie, de la même façon, souvent, que les revenants de la Shoah à leur retour des camps de concentration. Personne (ou presque) pour écouter leur souffrance, pas même le milieu médical.

Bis repetita quinze ans plus tard. À leur retour, les soldats d’Algérie avaient besoin de s’exprimer. Raconter les événements les plus marquants. Mais la culture, et souvent la famille, leur ont ordonné de se taire. Alors ils ont obéi, rejetant dans un coin de leur tête ce qu’ils venaient de vivre. Le refoulement. Mais cela ne dure qu’un temps.

 

 

 

 

ATTENTION, CETTE VIDÉO CONTIENT DES SCÈNES SUSCEPTIBLES DE HEURTER LA SENSIBILITÉ DE CERTAINS INTERNAUTES. Elle montre ce qu'étaient les trembleurs de la guerre, ces soldats de la première guerre mondiale incapables de contrôler leurs mouvements. Traduction du texte : « Trembleurs de la guerre, Verdun, 1916. La guerre détruit les corps... mais aussi les esprits. Voilà les tremblements tels qu'ils ont été vécus. À la guerre, il n'y a pas de soldat qui rentre indemne. José Narosky ». © YouTube

 

 

 

L’Algérie : une guerre sans nom


Un beau jour, de préférence quand on s’y attend le moins, l’objet de l’angoisse resurgit telle une bombe. Peut-être même celle qui a tué son camarade de chambrée. À vouloir trop faire tomber la pression dans lecerveau, elle n’a cessé de croître et se manifeste par un violent retour du refoulé, comme le qualifient les psychologues. On s’y revoit. Ces cris de terreur, ces relents pestilentiels, cette vision fantomatique d’un être humain que l’on sait vivre ses dernières minutes… Le traumatisme, le vrai.


Les séquelles ne s’effacent pas d’un coup de baguette magique.Cauchemars, mutisme, comportements violents, alcoolisme, suicides, crimes, accidents étranges… La liste est encore longue. L’État français n’a jamais fourni de chiffres officiels. Il n’en dispose pas, tout simplement. Il faudra attendre les calculs, approximatifs, de spécialistes, dont ceux des deux psychanalystes, tous deux acteurs malgré eux du conflit, Jacques Inrep et Bernard Sigg, pour avoir les premières estimations : entre 250.000 et 300.000 traumatisés, parmi les quelques millions de militaires engagés. Fin 2000, un article de Florence Beaugé, journaliste au Monde évoque même le chiffre de 350.000. Combien de combattants et de civils algériens ont pâti psychologiquement de cette guerre ? Difficile d’avoir des données précises…

Il n’est probablement pas inutile de rappeler que ce conflit a, pendant près de quarante ans, été qualifié « d’événement » et « d’opération » plutôt que de « guerre ». Il faudra attendre le 18 octobre 1999 pour qu’une loi soit adoptée par le Parlement français et substitue ce dernier terme aux deux premiers.

Mais il y a peut-être encore plus grave. Dans un documentaire appelé, et pour cause, La guerre sans nom, sorti en 1992 et signé Patrick Rotman, on apprend même que certains de ces vétérans n’ont toujours pas quitté l’hôpital psychiatrique trente ans après que les explosions n’ont plus retenti.

 

 

Traumatisme, effroi : le PTSD les guette


Il faudra finalement attendre la guerre du Viet Nam avant que l’on s’intéresse au sort des soldats perturbés. C’est précisément cet affrontement qui marquera un tournant dans la prise en charge des traumatismes de guerre. Alors que l’Amérique en avait retiré ses soldats, ils mouraient encore :suicides, consommation de drogues et overdoses, accidents inexpliqués, etc. Les chiffres officiels dénombrent davantage de victimes après l’arrêt des combats que durant les échanges de feu. Rien de plus anormal. Cela alertera les thérapeutes américains qui définiront alors le PTSD : Post Traumatic Stress Disorder, que l’on peut traduire par « syndrome de stress post-traumatique ».

 

 

 

La fameuse « gégène », comme les militaires l'appelaient, était un instrument de torture utilisé par l'armée française. Il s'agit d'une dynamo manuelle qui générait un courant électrique qui circulait dans le corps de la victime. Pourtant, à l'origine, elle devait fournir de l'énergie aux téléphones.

 

La fameuse « gégène », comme les militaires l'appelaient, était un instrument de torture utilisé par l'armée française. Il s'agit d'une dynamo manuelle qui générait un courant électrique qui circulait dans le corps de la victime. Pourtant, à l'origine, elle devait fournir de l'énergie aux téléphones. © PRA, Wikipédia, cc by sa 30

 

 

 

Il s’agit d’un trouble de l’anxiété, consécutif à une expérience traumatisante. Il faut cependant s’accorder sur la définition du traumatisme psychique. Nous retiendrons l’acception qu’en a le psychiatre militaire François Lebigot dansTraiter les traumatismes psychiques, qui évoque la rencontre avec le réel de la mort, du néant. Lorsque l’impression d’immortalité s’échappe. Sigmund Freud remarquait dans ses Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort (1915) que bien qu’aucun de nous n’ignore sa propre mortalité, nous refusons d’y croire vraiment et nous la nions. Jusqu’à ce que la mort nous effleure et qu’on la croise du regard à son passage…

Cet événement s’accompagne toujours d’un moment d’effroi. La pensée vide, le cerveau en pause : ni affect, ni représentation, même la peur ne se fait pas ressentir. Il faut le vivre soi-même pour le comprendre. Aucun récit, aucun documentaire, aussi horribles soient-ils, ne pourront le déclencher. Et le traumatisme qui s’ensuit est d’autant plus pernicieux que ce rendez-vous avec la mort était inattendu.

 

 

La fin n’a pas justifié les moyens

La guerre d’Algérie, comme tout conflit, a confronté ses acteurs (mais aussi certains de ses spectateurs malheureux) à ces situations effroyables. La surprise d’un attentat, la perte d’un ami, la vue de cadavres mutilés, la participation à la torture… Et puis, la fin. Lorsque les mitraillettes se sont tues, que les bombes n’explosaient plus, chacun est rentré paisiblement chez soi. Et d’un coup de stylo, celui qui ratifie les accords d’Évian, on pensait pouvoir faire table-rase du passé. Comme s’il n’en avait jamais rien été.

Ce stylo, il aurait également fallu en léguer un exemplaire à bon nombre de ces soldats qui, grâce à lui, auraient pu y déverser les pires souvenirs de leur récit. Mais les langues commencent petit à petit à se délier. Chez certains, pas chez tous. La parole est souvent libératrice, même si elle n’efface pas tout ce qui est passé. Elle permet d’exorciser ses peurs pour mieux les affronter. C’est ce que nous expliqueront Jacques Inrep et Boris Cyrulnik dans les articles à venir.

source futura-sciences

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 00:58

Des militants égyptiens manifestent contre les «tests de virginité»


La question des tests de virginité est devenue... (Photo: Reuters)

La question des tests de virginité est devenue un point de ralliement pour les jeunes militants pro-démocratie, qui estiment qu'il s'agit d'un exemple de la façon dont leur révolution a été détournée par les militaires qui ont pris le pouvoir après le renversement d'Hosni Moubarak, l'an dernier.  Photo REUTERS

 

Des centaines de militants égyptiens se sont rassemblés dans le centre du Caire, vendredi, pour dénoncer un récent jugement qui a blanchi un médecin militaire accusé d'avoir mené des «tests de virginité» forcés sur des militantes.

La question des tests de virginité est devenue un point de ralliement pour les jeunes militants pro-démocratie, qui estiment qu'il s'agit d'un exemple de la façon dont leur révolution a été détournée par les militaires qui ont pris le pouvoir après le renversement d'Hosni Moubarak, l'an dernier.

Les généraux ont été sévèrement critiqués pour des pratiques qui violent les droits de la personne, comme les tests de virginité, qui s'apparentent à ceux autrefois menés par les forces de sécurité du régime Moubarak.

Les manifestants ont brandi des portraits de Samira Ibrahim, une jeune militante qui a publiquement dénoncé ces tests de virginité. Sa décision de dénoncer cette pratique au grand jour a ébranlé les tabous de la société égyptienne, où les femmes victimes d'abus sexuels sont plus souvent critiquées que leurs agresseurs.

Samira Ibrahim a porté plainte contre un médecin militaire, l'accusant de l'avoir soumise à un test de virginité l'an dernier après son arrestation par l'armée durant une manifestation.

«Tu es plus honorable que ceux qui t'ont humiliée», a scandé la foule de manifestants, qui comprenait des hommes et des femmes.

Des manifestants portaient une pancarte montrant une femme avec une main sur la bouche, symbolisant la façon dont les femmes égyptiennes sont forcées de garder le silence face aux agressions.

«Nous ne voulons pas que les femmes égyptiennes soient traitées comme des citoyennes de seconde classe», disait une affiche.

Les allégations au sujet des tests de virginité sont apparues après la manifestation du 9 mars 2011 au Caire, qui a pris une tournure violente quand des hommes en tenue civile ont attaqué les manifestants et que l'armée a vidé la place par la force. L'organisation Human Rights Watch affirme que sept femmes arrêtées ont été forcées de subir des tests de virginité.

Un tribunal militaire a innocenté le médecin militaire dimanche, citant des contradictions entre les témoignages des témoins. Samira Ibrahim, qui estime n'avoir presque aucune chance de gagner en appel, a annoncé son intention de porter plainte devant une instance internationale.

«Je suis déterminée à les poursuivre», a-t-elle dit lors d'une entrevue avec l'Associated Press jeudi. «Je n'abandonnerai pas et je porterai plainte contre eux devant des tribunaux internationaux.»

Parmi les sept femmes soumises à des tests de virginité, elle est la seule à avoir osé en parler publiquement et à avoir présenté un récit détaillé de l'incident.

La jeune femme, qui porte le voile islamique, affirme que le fait d'avoir parlé de ce qu'elle a vécu lui a coûté cher au plan personnel.

«Cette histoire a affecté mon emploi et ma réputation parce que je ne me sentais pas à l'aise d'en parler devant le public», a-t-elle dit.

Elle a remporté une autre poursuite en décembre, quand un tribunal civil a ordonné aux dirigeants militaires du pays de cesser de mener des «tests de virginité» sur les femmes détenues. Il s'agissait d'une rare condamnation d'une pratique militaire par un tribunal civil en Égypte.

La cour a fondé son jugement sur des commentaires faits par un membre du Conseil suprême des forces armées à l'organisation Amnistie internationale en juin. Selon l'organisation, le major-général Abdel Fattah al-Sisi a justifié les tests comme une façon de protéger l'armée d'éventuelles allégations de viol.

Maggie Michael, Associated Press, Le Caire ; cyberpresse

 

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Le harcèlement sexuel, la onzième plaie d’Égypte

La révolution du 25 janvier avait redonné espoir aux Égyptiennes.

La révolution du 25 janvier avait redonné espoir aux Égyptiennes. © AFP

 

Commentaires désobligeants, attouchements, exhibitionnisme... En Égypte, le harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes est depuis longtemps monnaie courante. La révolution n'y a rien changé.

« Un homme à moto s'est approché et m'a agrippée par-derrière. Je lui ai hurlé dessus alors qu'il s'éloignait. Une dizaine de personnes étaient présentes dans la rue, personne n'a réagi. » Ce témoignage n'a rien d'un incident isolé. Des dizaines de faits similaires sont quotidiennement rapportés sur le site de HarassMap, une initiative recensant les cas de harcèlement sexuel en Égypte. Depuis le lancement du site, en décembre 2010, près de 700 agressions ont été listées.


Dans le pays le plus peuplé du monde arabe, le harcèlement sexuel est depuis des années un véritable fléau. Cela va des commentaires désobligeants aux attouchements inappropriés, en passant par l'exhibitionnisme et les invitations sexuelles. En 2008, une étude du Centre égyptien pour les droits de la femme révélait que 83 % des femmes interrogées ont été harcelées sexuellement ; 46 % ont affirmé subir ce harcèlement de manière quotidienne, 91 % dans des lieux publics. Quant aux hommes, ils sont 63 % à admettre avoir déjà pratiqué le harcèlement.


Au Maroc, le suicide d'Amina Al Filali suscite un débat national sur le viol et le droit des femmes

Longtemps considéré comme tabou, le sujet est aujourd'hui abordé plus librement. Mais si des organisations de la société civile ont rédigé plusieurs projets de loi visant à pénaliser le harcèlement, rien de concret n'a été entrepris par les autorités. Pour beaucoup, ce sont les difficultés économiques et sociales - qui repoussent l'âge moyen auquel les hommes se marient (29 ans) - conjuguées à des normes sociales prohibant les relations sexuelles hors mariage qui ont contribué au développement du phénomène. « Les gens subissent des pressions très importantes. Et dans une société qui ne permet pas à ses citoyens d'exprimer leurs frustrations, les opprimés reproduisent sur de plus faibles qu'eux ce qu'ils subissent », explique Rebecca Chiao, cofondatrice et directrice de HarassMap.


Fanatisme


Mais l'argument socio­économique ne suffit pas à expliquer l'ampleur du phénomène. « Le harcèlement a lieu partout, dans les quartiers pauvres comme dans les quartiers riches. Ceux qui le pratiquent sont autant des hommes que des jeunes garçons, mariés ou célibataires, riches ou pauvres », précise Racha Hassan, chercheuse spécialisée dans les droits de la femme et l'un des auteurs de l'étude du centre égyptien. « La société égyptienne est devenue une société machiste et patriarcale.


Certains l'utilisent comme une arme politique pour briser la détermination des militantes.

Quand une fille se fait harceler, c'est elle que l'on blâme, et non l'agresseur », déplore-t-elle. C'est pour cela que les victimes portent rarement plainte. Pour la chercheuse, ce glissement s'est amorcé avec la propagation d'« un discours religieux extrémiste qui fait de la femme un objet inférieur à l'homme que l'on traite avec mépris ».

 

Hordes


La révolution du 25 janvier avait redonné espoir. « Durant dix-huit jours, les gens étaient surpris, ils nous appelaient pour nous dire qu'il n'y avait pas d'agression, qu'ils se sentaient en sécurité », se souvient Rebecca Chiao. Mais après la chute de Hosni Moubarak, le phénomène est reparti de plus belle. Dans certains cas, le harcèlement est utilisé comme une arme politique pour briser la détermination des militantes égyptiennes. C'est ce qu'a découvert à ses dépens la journaliste égypto-américaine Mona Eltahawy, brutalement interpellée le 23 novembre 2011 par les forces de l'ordre durant un mouvement de protestation et violentée dans les locaux même du ministère de l'Intérieur.


Mais les manifestations sont aussi particulièrement propices aux agressions sexuelles. Lors du premier anniversaire de la révolution, le 25 janvier 2012, plusieurs femmes ont affronté des hordes de jeunes hommes qui tentaient de les déshabiller. Un incident qui rappelle les cas de harcèlement généralisé qu'a connus la capitale égyptienne en 2006 et en 2008 après le mois de ramadan. Et qui montre que le pays attend encore sa révolution des moeurs. jeuneafrique


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Maroc :`Loi sanctifiant le viol, indignation au Maroc après le suicide de l’adolescente violée

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 17:11

Importante défaite des islamistes lors des élections estudiantines

Une étudiante se rendant en niqab à la Faculté des Lettres de la Manouba. Une étudiante se rendant en niqab à la Faculté des Lettres de la Manouba. © AFP

C'est un raz-de-marée progressiste qui a déferlé sur les universités tunisiennes à l'occasion des élections au sein de leurs conseils scientifiques. Le syndicat étudiant islamiste UGTE, proche d'Ennahdha, ne remporte que 34 sièges sur 284, contre 250 pour l'Uget, affilié à la principale centrale syndicale du pays (UGTT).


Symbolisée par le blocage de la Faculté des Lettres de la Manouba, mais aussi par divers incidents violents à Gabès, Sousse et Kairouan, la pression islamo-salafiste vient de subir un revers cuisant. L’Union générale des étudiants tunisiens (Uget) a remporté jeudi 15 mars à une écrasante majorité (250 sièges sur 284) les élections des représentants des étudiants au sein des conseils scientifiques des universités face au syndicat étudiant islamiste, l’Union générale tunisienne des étudiants (UGTE, 34 sièges).


« Ces élections envoient un message fort ; toutes les universités tunisiennes ont été unanimes. Certains diront que c’est la voix d’une élite mais il n’y a pas de révolution sans élites et sans syndicats », note un enseignant de la Faculté du 9 avril. La clarification de la situation dans les universités - où l'on suspectait une islamisation rampante - risque cependant d'envenimer le bras de fer entre progressistes et islamistes, ces derniers cherchant à asseoir leur vision quitte à en découdre avec une institution qu’ils jugent pro-occidentale.


Soutien aux salafistes


« Ennahda a été desservie par le soutien qu’elle a apporté aux salafistes, explique Meriem Belhaj, en licence de droit à El-Manar. En ne prenant pas position, elle a laissé entendre qu’elle approuvait les violences perpétrées depuis la rentrée universitaire, au risque de provoquer une année blanche, ce qui n’est pas la volonté de la majorité. Les étudiants ont des revendications, certes, mais elles ne sont pas d’ordre religieux et, surtout, ne visent pas les professeurs. »


Les résultats des élections estudiantines laissent aussi entendre que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), à laquelle l’Uget est affiliée, entend bien peser de tout son poids dans la décision politique. Issu du dernier congrès en janvier, le nouveau bureau a signifié au gouvernement son indépendance par plusieurs actions, dont d’importantes manifestations dans le pays et des négociations, en direct, avec la centrale patronale. Si certains estiment que le syndicat s’était trop compromis avec Ben Ali par le passé, il a montré, dans les dernières semaines, sa capacité à mobiliser les masses.

source Jeuneafrique

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La gauche bat les islamistes dans les élections estudiantines


Les élections  des représentants des étudiants dans les conseils scientifiques des établissements universitaires, tenues jeudi, ont été sanctionnées par une défaite des étudiants proches d’Ennahdha.

Jusqu’à l’écriture de ces lignes, l’Union générale des étudiants tunisiens (Uget), syndicat historique à dominance de gauche, a gagné dans la plupart des facultés (Tunis 9 Avril, Manouba, Gabès…).

Pour l’Union générale tunisienne des étudiants (Ugte), proche d’Ennahdha, le  parti islamiste au pouvoir, la récolte est très maigre. La mouvance islamiste, qui a repris du service, après un quart de siècle d’absence forcée (fin du règne de Bourguiba et 23 ans de Ben Ali), s’est déployée à fond, ces derniers mois, y compris dans les établissements universitaires, en mettant de gros moyens (distribution de tee-shirts avec logo, bannières, affiches avec des slogans accusant leurs camarades de l’Uget d’être les ennemis des musulmans…). Les résultats, sortis des urnes, ont été à l’opposé de leurs ambitions.

Pour fêter leur victoire, les étudiants de l’Uget, qui seront une majorité à représenter leurs camardes dans les conseils scientifiques, dansent et chantent sur l’avenue Habib Bourguiba, au centre-ville de Tunis.

La défaite des étudiants islamistes, qui intervient moins de cinq mois après la victoire éclatante du parti islamiste Ennahdha, le 23 octobre, aux élections de l’Assemblée constituante, est un signal important qui traduit un effritement de la popularité de ce parti. Ennahdha a-t-il perdu beaucoup de sa crédibilité dans l’exercice du pouvoir?

On peut aussi affirmer que l’activisme moyennement violent des éléments salafistes, à la faculté de la Manouba et dans d’autres établissements universitaires, a beaucoup nui à l’image des islamistes en général et d’Ennahdha en particulier.

 source kapitalis

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Des milliers de manifestants pour la charia dans la constitution


TUNIS - Plusieurs milliers de Tunisiens ont manifesté vendredi devant le siège de l'Assemblée nationale constituante à Tunis pour réclamer l'application de la charia dans la future constitution du pays, a constaté l'AFP.

Certains manifestants sont montés sur le toit de l'Assemblée et ont installé une banderole sur laquelle on pouvait lire: le peuple appartient à Dieu.

Le peuple veut l'application de la charia de Dieu! Notre Coran est notre constitution!, Pas de constitution sans la charia, criaient les manifestants, dont certains appartenant à la mouvance salafiste. L'ambiance était plutôt détendue, certains étaient venus en famille.

Ni laïque ni scientifique, la Tunisie est un Etat islamique, chantaient aussi les manifestants.

Femmes d'un côté --dont de nombreuses revêtues du niqab, le voile islamique intégral-- hommes de l'autre, ils brandissaient des drapeaux noirs de l'islam mais aussi quelques drapeaux tunisiens. De nombreux manifestants ont rejoint l'Assemblée après le prêche du vendredi.

L'appel à la manifestation du vendredi pour soutenir la charia, la loi islamique, a été lancé par le Front tunisien des associations islamiques.

Le but n'est pas de soutenir Ennahda (le parti islamiste tunisien dominant l'Assemblée), ni Hizb Ettahrir (parti réclamant l'instauration du califat), ni les salafistes, nous sommes ici pour unir tous les Tunisiens grâce à la charia, a déclaré Hajer Boudali, une des organisatrices.

Deux députés d'Ennahda, Sahbi Atig et Habib Ellouze, étaient cependant présents sur la tribune où se succédaient les orateurs.

La manifestation se déroule alors que les délégués ont commencé à travailler à la rédaction de la constitution. La référence à la charia comme source principale de la législation, réclamée par les islamistes, suscite d'âpres débats au sein de l'Assemblée, élue fin octobre et dominée par Ennahda.

Nous sommes ici pour réclamer pacifiquement l'application de la charia dans la nouvelle constitution. Nous n'imposons rien avec la force, on veut que le peuple lui-même soit convaincu de ces principes, a déclaré à l'AFP Marouan, un commerçant de 24 ans.

Les médias véhiculent de fausses idées sur le salafisme qui aurait recours à la violence. Nous disons clairement que nous sommes contre toute forme de violence, a-t-il ajouté.

Un musulman doit vivre sous la loi musulmane. Les laïcs veulent faire croire que l'islam c'est couper la main des voleurs, mais la question ne se pose pas comme ça. Il faut lire et étudier l'islam, c'est la solution. L'Occident a échoué, a assuré un ingénieur refusant de donner son nom.

Les gens ne connaissent même plus les principes les plus simples de l'islam, a déploré à ses côtés Fethi Boukadida, tandis qu'un autre manifestant se déclarait pour la liberté et contre l'homosexualité.

A l'heure de la prière, les manifestants ont prié devant l'Assemblée.

source romandie

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      Non à la démocratie ! 

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La manifestation pro-Chariâa est-elle soutenue par Ennahdha ?

 


C'est Tawassol TV qui a retransmis le streaming de la manifestation des partisans de la Chariâa, organisée devant l'Assemblée au Bardo. Présente avec une page Facebook et un Channel sur Justin tv en attendant le lancement du site web, Tawasol est réputée très proche du parti Ennahdha, si ce n'est un des ses outils de propagande sur Internet. Elle a été connue pour avoir publié en exclusivité, une interview d'Ali Laaryaedh, Ministre de l'intérieur sur les réformes de l'appareil sécuritaire en janvier dernier, alors qu'il y avait d'énormes tensions dans la rue et qu'on attendait ses déclarations à ce sujet.

Le lien avec Ennahdha et les manifestants d'aujourd'hui ne avec Tawassol. En effet, parmi les drapeaux levés il y avait ceux d'Ennahdha. Parmi les slogans scandés : «Ensembles salafistes et nahdhdaouis».


 

 

Les leaders du mouvement Ennadhda qui, à chaque fois se contredisent, entre le souhait de certains de voir la Chariâa appliquée et le démenti des autres, devront cette fois, donner une position claire là-dessus. Les Tunisiens, ont le droit d'être au courant des véritables intentions du parti fort au sein de l'Assemblée nationale, chargée de rédiger leur nouvelle constitution du pays.  tekiano

 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 08:58
__________________________________________________________________________________Point de vue

Un an après le début des mouvements de protestation en Syrie, pourquoi Bachar Al-Assad est-il toujours en place ?



Plusieurs raisons se conjuguent. La première, et peut être la plus importante, est que, contrairement à ce que beaucoup prétendent, le rapport de force est plus complexe qu’il n’y paraît. Le peuple ne s’est pas levé unanimement contre le régime syrien. En réalité, on constate après un an de contestation, parfois violentes, qu’aucun des camps en présence n’est parvenu à imposer sa volonté et ses exigences à l’autre. Le pouvoir, malgré l’utilisation massive de la répression, n’a à ce jour pas réussi à faire rentrer le mouvement de contestation dans le rang. A contrario, le mouvement de contestation, qui est en réalité politiquement extrêmement divisé, n’a pas non plus réussi à imposer ses revendications, parmi lesquelles le départ de Bachar Al-Assad. Nous avons une sorte de statu quo extrêmement dur et violent, tragique parfois, mais qui est l’expression de la situation. Cela s’explique par le fait que le régime possède encore le soutien d’une base sociale qu’il ne faut pas minimiser. Elle se compose des minorités chrétiennes, alaouites et éventuellement kurdes qui préfèrent rester dans une forme de statu quo plutôt que de plonger dans le chaos ou de voir les islamistes sunnites radicaux prendre le pouvoir. N’oublions pas non plus qu’une partie de la base sociale de Bachar Al-Assad se compose de la bourgeoisie sunnite qui, depuis une dizaine d’années, a profité de l’ouverture économique du pays. Tout cela constitue un socle de population qui jusqu’à ce jour ne s’est pas désolidarisé du régime et continue à le soutenir. 

 

Par ailleurs, n’oublions pas que l’armée syrienne, dont certains avaient prédit la dislocation, n’a connu en réalité que peu de désertions. Elle se compose d’à peu près 300 000 hommes parmi lesquels 40 000 auraient désertés, mais seulement la moitié pour rejoindre les rangs de la rébellion. Les autres sont rentrés chez eux et ne sont pas dans une logique d’affrontement avec le régime. Au maximum, seul une vingtaine de milliers de déserteurs tente de façon un peu désespérée de se battre les armes à la main contre le régime. 

 

Le deuxième élément réside donc dans l’asymétrie militaire. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, les insurgés et l’Armée libre syrienne (ALS) n’ont à ce jour que peu d’armement lourd, certainement parce qu’ils n’ont pas eu suffisamment d’aide extérieure. Que ce soit juste ou pas, cela reste un fait. Homs en est l’illustration parfaite et l’armée syrienne qui est restée fidèle au président Bachar a pilonné la ville pendant des jours et des nuits alors qu’en face, les insurgés ne possédaient qu’un armement léger. Cette asymétrie militaire permet au régime, et c’est sa tactique depuis quelques jours, de reprendre les villes insurgées les unes après les autres et de les « nettoyer ». On a vu cela à Homs depuis dix jours et on voit cela aujourd’hui avec la chute de la ville d’Idlib, vers la frontière turque. Je pense que dans les jours à venir il y aura d’autres villes, plus petites, qui résisteront moins longtemps. Il me semble que nous sommes à un tournant politique de la situation, et que le régime syrien est en train graduellement de reprendre la main dans des conditions terribles. 

 


Enfin le troisième niveau est évidemment la question internationale. L’ONU, à cause du refus sino-russe de voter au Conseil de sécurité une résolution ayant comme préalable le départ de Bachar Al-Assad et le changement de régime, se trouvent dans l’incapacité de peser réellement sur la situation, telle qu’elle avait pu le faire en Libye. La Syrie et la Libye sont deux cas totalement différents, et tous ceux qui s’étaient illusionnés sur la capacité de refaire en Syrie ce qui avait été possible en Libye se sont totalement trompés. En outre, La Russie et la Chine considèrent qu’elles ont été flouées par l’application pour le moins extensive de la Résolution 1973 à propos de la Libye et ne sont pas prêtes à rééditer la même situation une deuxième fois. Le régime de Bachar Al Assad a parfaitement saisi la signification de l’immobilisme de ladite communauté internationale et il en profite. Incontestablement, il fait de la politique et sait évaluer les contradictions internationales. 

 


La conjugaison de ces trois éléments nous permet de comprendre pourquoi, après un an de contestation, ce régime n’est pas totalement isolé, ni au niveau interne ni au niveau international. Je crois même pouvoir considérer aujourd’hui, avec toute la prudence nécessaire, qu’il est en train de reprendre graduellement la main, en cela favorisé par la grande division qui règne au sein d’une partie de l’opposition incarnée dans le CNS.

 

Didier Billion, directeur des publications de l’IRIS affaires-strategiques

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 07:10

Le Maroc choqué après le suicide d'une adolescente forcée d'épouser son violeur

 

Le suicide d'une fille de 16 ans, contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée, a fait l'effet d'un électrochoc au Maroc où se sont multipliés jeudi les appels à la réforme, voire l'abrogation, d'une loi qui fait du viol un simple délit et bénéficie plus au violeur qu'à sa victime (c) Afp

Le suicide d'une fille de 16 ans, contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée, a fait l'effet d'un électrochoc au Maroc où se sont multipliés jeudi les appels à la réforme, voire l'abrogation, d'une loi qui fait du viol un simple délit et bénéficie plus au violeur qu'à sa victime (c) Afp

Le suicide d'une fille de 16 ans, contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée, a fait l'effet d'un électrochoc au Maroc où se sont multipliés jeudi les appels à la réforme, voire l'abrogation, d'une loi qui fait du viol un simple délit et bénéficie plus au violeur qu'à sa victime.

Fait rare: à cause de l'émotion suscitée, le gouvernement a largement consacré sa réunion hebdomadaire à l'examen de ce drame humain et de société.

"Cette fille a été violée deux fois, la dernière quand elle a été mariée", a déclaré à la presse le porte-parole du gouvernement et ministre de la communication Mustapha El Khelfi.

Amina Al Filali s'est suicidée samedi dans sa ville de Larache, près de Tanger (nord), en absorbant de la mort aux rats, après avoir été contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée quand elle avait 15 ans. En l'épousant, son violeur avait échappé à la prison grâce à un article du code pénal.

"Il faut étudier d'une manière approfondie cette situation avec la possibilité d'aggraver les peines dans le cadre d'une réforme de l'article (475 du code pénal, NDLR). Nous ne pouvons pas ignorer ce drame", a-t-il ajouté.

Aux termes de la loi, le viol est puni de plusieurs années de prison en cas de viol sur des mineurs. A moins que la victime et son agresseur se marient, ce qui le protège de la justice.

Cette affaire est révélatrice des contradictions d'une société à la fois traditionnaliste, et souvent peu éduquée, et son aspiration à la modernité, comme en atteste la nouvelle constitution adoptée en juillet qui prévoit l'égalité des sexes et banit "toute discrimination".

Ce viol aurait été classé comme "ordinaire" au Maroc --pays où ce type d'agressions est coutumier, mais où les statistiques sont absentes --s'il n'avait pas été suivi par le suicide de la jeune fille. L'écho suscité a obligé les responsables à prendre position.

La ministre de la solidarité, de la femme et de famille Bassima Hakkaoui --unique femme membre du gouvernement de l'islamiste Abdelrahman Benkirane --a reconnu un "vrai problème" et préconisé un "débat pour réformer cette loi", sur la chaîne de télévision publique 2M.

"C'est un cri de la société" a lancé une ex ministre, Mme Nouzha Skalli, qui occupait le même poste dans le gouvernement précédent.

Les deux femmes s'exprimaient sur la chaîne publique qui, fait rare, y consacrait jeudi la quasi totalité de son journal de la mi-journée.


--Réformer le code pénal--

"La loi considère la mineure violée comme une criminelle bien qu'elle soit victime de la violence", a dit Mme Skalli, regrettant "l'absence de protection en faveur des mineurs".

"Il faut réformer le code pénal afin de l'adapter à la nouvelle constitution qui interdit la violence contre les femmes et assure l'égalité des sexes", a-t-elle ajouté.

Le drame a provoqué une vaste mobilisation sur la blogosphère et dans les médias. Une pétition pour l'abrogation de "l'article criminel" et intitulé "Nous sommes tous Amina Al Filali" a été mis en ligne sur Facebook.

"Au delà de l'aspect législatif, c'est une affaire de moeurs, de perception de la femme-objet qui perdure, du manque d'éducation à proprement parler et d'éducation sexuelle notamment", estime le quotidien francophone L'Economiste.

La présidente de la Fédération de la Ligue démocratique pour les droits de la femme, Fouzia Assouli, a indiqué que l'article de loi incriminé défend la "famille, les moeurs mais ne prend pas en compte le droit de la femme en tant que personne".

Dans de nombreuses familles où le poids de la tradition et de la religion est très fort, la perte de la virginité hors du mariage est considéré comme un déshonneur pour la famille. Souvent, des arrangements sont trouvés, avec la contribution de la justice, pour que les filles violées épousent leur agresseur.

Le Maroc n'est pas le seul pays du Maghreb dans cette situation. En Tunisie et en Algérie également, si la victime accepte d'épouser son violeur, celui-ci échappe aux poursuites.

sourcer tempsreel.nouvelobs

 

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 A quand l’abrogation de la loi autorisant le violeur à épouser sa victime ?


La mort de la jeune Amina Filali, fait actuellement couler beaucoup d'encre au Maroc et à l'étranger. Comment cette jeune mineure de 16 ans, qui a été violée, a pu être contrainte d'épouser son violeur ? Un drame qui révolte les féministes du pays qui ne demandent qu'une chose : abroger l'article 475 du Code Pénal autorisant la violée à épouser son bourreau. Pour elles, cet article de loi ne fait qu'autoriser le viol.


Pour les féministes du Maroc, l'article 475 du Code Pénal est l'article qui autorise le viol.

 

Depuis hier, mercredi 14 mars, la presse et la blogosphère marocaines parlent et s’indignent du suicide d’Amina. Cette jeune Marocaine de 15 ans vivant à Larache s’est donnée la mort la semaine dernière après avoir ingurgité de la mort aux rats pour mettre fin à son calvaire. En début d’année 2011, ses parents l’ont forcé à épousé un homme de 10 ans son aîné après qu’il l’ait violé. Au départ, juste après le viol, les parents de la jeune fille ont porté plainte à Tanger. Le juge a mené une médiation entre les deux familles et décidera au final que la jeune mineure épouse son violeur pour lui éviter d’aller en prison.

 

L'article qui autorise le viol

Le juge n’a fait que suivre l’article 475 du Code Pénal marocain,  « Quiconque, sans violences, menaces ou fraudes, enlève ou détourne, ou tente d'enlever ou de détourner, un mineur de moins de dix-huit ans, est puni de l'emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 200 à 500 dirhams. Lorsqu'une mineure nubile ainsi enlevée ou détournée a épousé son ravisseur, celui-ci ne peut être poursuivi que sur la plainte des personnes ayant qualité pour demander l'annulation du mariage et ne peut être condamné qu'après que cette annulation du mariage a été prononcée. », stipule l'article. Afin d’empêcher que l’affaire ne s’ébruite, la famille de la victime met la pression sur Amina pour qu’elle épouse son violeur. Mais son calvaire va se poursuivre en l’épousant. Les semaines qui suivent, Amina se fait encore plus violentée non seulement par son mari mais aussi par sa belle famille, précise Afriquinfos.com.

 

« C’est scandaleux. La loi doit être changée. C’est inconcevable de se faire violer et en plus d’avoir à vivre avec l’homme qui a violé. Il doit être incriminé. C’est simple de dire qu’on pardonne alors qu’on ne fait qu’autoriser le viol. S’il n’y a pas de poursuites judiciaires, les violeurs sont encouragés à continuer de violer. », s’insurge Rhizlaine Bénachir, présidente de l’association Jossour Forum des Femmes Marocaines, contactée par Yabiladi. Depuis des années, cette féministe se bat pour retirer cet article du Code Pénal. « J’estime qu’avec la Nouvelle Constitution qui condamne la discrimination de la femme, c’est le moment où jamais de le retirer », ajoute Rhizlaine Bénachir en insistant sur le fait qu’il existe aujourd’hui un réel fossé et une totale contradiction entre l’application de la Nouvelle Constitution et le Code Pénal. Elle réclame une harmonisation d’urgence entre ces différents textes. Une pétition circule actuellement sur internet pour dénoncer le sort de la jeune fille.

 

Mariage interdit aux moins de 18 ans

Mais modifier l’article 475, semble être un parcours du combattant. Il faut tout d’abord l’abroger, puis rédiger une nouvelle loi, la soumettre au Parlement, la faire voter par les deux chambres. Enfin, elle sortira dans le Bulletin Officiel, nous explique Fatiha Daoudi, juriste et militante des droits de la femme qui ne cache pas que cet article lui a toujours posé problème. « Cet article n’est pas une injustice, c’est de la protection de viol (…) cet article méprise complètement la femme. Quand elle est vierge, elle vaut quelque chose mais quand elle ne l’est plu, elle ne vaut plus rien, on a plus qu’à la donner aux chiens !», lance-t-elle d’un ton ferme.

 

Mais ce qui choque également Fatiha Daoudi dans cette affaire c’est que la justice ait autorisée le mariage d’une jeune mineure. Pourtant, la Moudawana, le nouveau Code de la famille impose un âge matrimonial de 18 ans. Un enfant de moins de 18 ans ne peut pas se marier. « La capacité matrimoniale s’acquiert, pour le garçon et la fille jouissant de leurs facultés mentales, à dix-huit ans grégoriens révolus. », stipule l’article 19 du Code de la Famille. En revanche, il existe une faille au niveau de l’article 20 du code laissant une libre interprétation permettant au juge de donner l’autorisation de marier un mineur, insiste Fatiha Daoudi. « Le juge de la famille chargé du mariage peut autoriser le mariage du garçon et de la fille avant l’âge de la capacité matrimoniale prévu par l’article 19, par décision motivée précisant l’intérêt et les motifs justifiant ce mariage. Il aura entendu, au préalable, les parents du mineur ou son représentant légal. (…) La décision du juge autorisant le mariage d’un mineur n’est susceptible d’aucun recours », stipule l’article 20. « Cet article va complétement à l'encontre de l'esprit de la religion.», ajoute Fatiha Daoudi faisant référence à l'actuel gouvernement PJD. Un sit-in est prévu ce samedi 17 mars à midi devant le Parlement de Rabat pour demander la suppression de l'article 475.  

 

Yabiladi a tenté de joindre ce matin Bassima Hakkaoui, la ministre de la Solidarité, de la femme, de la famille pour savoir si abroger l'article 475 faisait partie de ses priorités, mais sans succès. La ministre a seulement déclaré aujourd'hui au micro de la chaîne 2M que le mariage des mineurs restait un problème à résoudre au Maroc et qu'il fallait ouvrir un débat national, sans pour autant dire précisément si elle comptait abroger l'article 475 ou prendre des mesures concrètes pour que ce genre de drame ne se reproduise plus.

source yabiladi

 

 

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Pour Abdelilah Benkirane, l'heure des islamistes algériens a sonné

 


Abdelilah Benkirane, Premier minsitre marocain et chef du PJD.Abdelilah Benkirane, Premier minsitre marocain et chef du PJD. © AFP

 

Dans une interview accordée mardi 13 mars à un site internet algérien, le chef du gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane, s’est exprimé sur sa vision de l'avenir politique commun de l'Algérie et du Maroc.


Un rapprochement entre le Maroc et l’Algérie semble en cours. Peut-il aller jusqu'à un certain « mimétisme » en politique ? C’est ce que semble croire Abdelilah Benkirane, dans une interview accordée au site Internet echoroukonline.com, le 13 mars. Le Premier ministre marocain – et patron du Parti Justice et Développement (PJD) – a jugé qu’il serait « étonnant » que la vague islamiste post-Printemps arabe s’arrête aux frontières de l’Algérie.


En contact régulier avec les islamistes algériens, Benkirane affirme cependant craindre une dispersion de l’électorat lors des prochaines législatives algériennes, en raison de l’abondance de l’offre politique islamiste. Un vœux d’union qui a déjà trouvé un début de réalisation, le 7 mars, quand les trois partis islamistes algériens - le Mouvement de la société pour la paix, Ennahdha et le mouvement El Islah - ont annoncé leur intention de présenter des listes communes (l’Alliance de l'Algérie verte) pour les élections du 10 mai.


Réouverture des frontières


Par ailleurs, le Premier ministre marocain laisse entendre qu'une victoire des islamistes algériens serait de nature à favoriser une réouverture des frontières entre les deux voisins, fermées depuis 18 ans. « Je suis convaincu que les vraies relations qui lient l’Algérie et le Maroc et qui lient nos deux peuples frères vont triompher sur les intérêts », dit-il, sans plus de détail.


Le royaume chérifien aurait-il également face à lui un interlocuteur plus conciliant dans le dossier du Sahara occidental en cas de vague verte en Algérie ? Benkirane ne le dit pas explicitement et préfère botter en touche. « Les conditions s'améliorent (...) Maintenant nous nous dirigeons vers une solution qui assure la dignité de tous sans pour autant que cela favorise une partie sur l'autre ».

Autre objet de l’interview, l’Union du Maghreb Arabe. Pour le chef du gouvernement marocain, ce n’est pas un « projet "mort-né" », et l’organisation devrait tirer profit du nouveau souffle que connaissent le Maroc, la Tunisie et la Libye.

 source jeuneafrique

 


 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 04:49

L’avocate qui veut mettre Lina Ben M’henni en prison

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Une avocate a lancé un appel sur les réseaux sociaux pour poursuivre en justice la blogueuse Lina Ben Mhenni. Son crime: avoir propagé, à l’étranger, de fausses informations concernant la sécurité dans le pays!


 

«Je m’appelle Raja Haj Mansour Ben Ali… J’accuse la jeune blogueuse d’avoir diffusé des informations sur le journal canadien ‘‘Métro’’ pour dire qu’il n’y a pas de sécurité en Tunisie, et qu’il vaut mieux ne pas s’engager et investir dans le pays. Ceci affecte le secteur de l’emploi… et vous savez tous comme moi, les retombées négatives sur le secteur», a-t-elle martelé dans une vidéo, diffusé jeudi sur Face book. 


Selon l’avocate, s’il y a réticence de la part des investisseurs étrangers, c’est parce que… Lina Ben Mhenni leur raconte des histoires! Et d’appeler tous ceux et celles qui souhaitent la mandater pour défendre la cause de l’Etat et faire condamner la blogueuse par la justice tunisienne de s’adresser à son cabinet sis au N° 18… à Enkhilet, quartier populaire au nord de l’Ariana (publicité gratuite) et de lui confier dans les règles une affaire d’atteinte aux intérêts économiques de l’Etat. Ils peuvent aussi la contacter directement, en marge du sit-in islamiste prévu vendredi devant l’Assemblée constituante au Bardo pour  réclamer que la chariâ soit la principale référence dans la rédaction de la nouvelle constitution.


Qui est Raja Haj Mansour Ben Ali? Où était-elle avant le 14 janvier? Sous quelle chapelle politique militait-elle durant les règne de Ben Ali? Pour les islamistes d’Ennahdha dont elle cherche aujourd’hui à se rapprocher – il ont du apprécier le foulard dont elle enveloppe soigneusement la tête –, elle reste une illustre inconnue. Enfin, pourquoi cherche-t-elle à faire condamner Lina Ben M’henni? Et pour qui roule-t-elle? Ce n’est sans doute pas pour faire revenir les investisseurs et les touristes en Tunisie qu’elle va manifester, vendredi, pour Etat islamiste… ou un Etat dont la constitution est fondée sur la chariâ.

source kapitalis


 

 

 

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Une technologie qui intéresse États et entreprises

Surveillance « profonde » sur Internet

 

Quand une dictature s’effondre, on peine à comprendre comment elle pouvait se maintenir. En Libye, en Egypte ou en Tunisie, la réponse se trouve pour partie dans la surveillance systématique des communications. A l’aide de matériel fourni par des sociétés américaines et européennes trouvant là des clients décomplexés, ainsi qu’un terrain où tester leurs techniques à grande échelle.

 

Visitant, après la chute de Tripoli, un centre destiné à l’écoute de la population, la journaliste duWall Street JournalMargaret Coker a pu constater que tout y était surveillé : le réseau Internet, les téléphones mobiles et les connexions (Internet et téléphone) par satellite. Dans certains dossiers figuraient, entre autres choses, des courriels ou des extraits de conversations en ligne d’opposants au régime de Mouammar Kadhafi. Sur les murs du centre, des affichettes de l’entreprise qui avait mis en place cette installation : Amesys, une filiale de la société française Bull (1).Le Canard enchaînérévélera par la suite que la direction du renseignement militaire (DRM) avait été sollicitée pour aider à la formation des « surveillants » libyens (2).

 

En Syrie, c’est du matériel américain qui permet au régime de M. Bachar Al-Assad de censurer Internet et de récupérer comme bon lui semble les identifiants et mots de passe des citoyens, afin d’accéder à leurs messageries électroniques ou à leurs comptes sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Un outil particulièrement efficace pour reconstituer les interactions d’un opposant avec des appuis intérieurs ou extérieurs. Les technologies employées portent le doux nom de Deep Packet Inspection (DPI, en français « inspection en profondeur des paquets »). Lorsqu’on envoie un courriel, des dizaines de machines se relaient pour l’acheminer. Se contentant de consulter l’adresse de destination, elles n’en regardent pas le contenu et le transmettent directement au voisin. De proche en proche, le courrier parvient à bon port. Comme l’explique Jonathan Zittrain, spécialiste du droit d’Internet,« c’est un peu comme dans une soirée avec des gens polis. Si vous êtes trop loin du bar et qu’il y a trop de monde pour s’en approcher, vous demandez à votre voisin de vous faire parvenir une bière. Il demande alors à son voisin qui est, lui, un peu plus proche du bar, etc. En fin de compte, votre demande parvient jusqu’au bar et la bière revient par le même chemin. Comme tout le monde est poli, personne n’a bu dans votre verre pendant l’opération (3) ».

Avec le DPI, c’est une autre vision de l’Internet qui se met en place. Moins polie. Que diriez-vous si votre voisin analysait votre commande et commençait par vous faire la morale ? Ou s’il décidait de changer le contenu de votre verre, pour y verser de l’eau, ou un euphorisant plus fort ? C’est ce que permettent les techniques de DPI : lire le contenu des conversations, les modifier, les envoyer à quelqu’un d’autre…

Sur ce marché, Amesys n’est pas isolée. Qosmos, autre société française, vient de se faire épingler par Bloomberg. L’agence de presse américaine a en effet révélé qu’elle avait fourni des sondes DPI à un consortium chargé d’équiper la Syrie sur le même modèle que la Libye de Kadhafi (4). En Chine, les technologies de DPI sont au cœur du grand pare-feu qui permet au gouvernement de censurer les conversations et d’espionner les citoyens.

 

Savoir qui télécharge quoi


De fait, comme le montre la récente divulgation par le site WikiLeaks de nombreux documents internes de ces sociétés, la surveillance des réseaux de communication est« une nouvelle industrie secrète recouvrant vingt-cinq pays.(…)Dans les histoires d’espionnage traditionnelles, les agences de sécurité comme le MI5 britannique mettent sur écoute le téléphone d’une ou deux personnalités intéressantes. Au cours des dix dernières années, les systèmes de surveillance massive et indiscriminée sont devenus la norme (5) ».Un peu plus tôt, leWall Street Journalavait publié plus de deux cents documents marketing émanant de trente-six sociétés proposant aux autorités antiterroristes américaines divers outils de surveillance et de piratage (6).

Aux Etats-Unis, le DPI a connu son heure de gloire en mai 2006 : M. Mark Klein, ancien technicien de AT&T (gros fournisseur d’accès Internet américain), sort alors du silence. Il dénonce l’installation chez son ancien employeur, et donc au cœur du réseau Internet américain, de produits de la société Narus. Maître d’œuvre, la fameuse National Security Agency (NSA), qui a conçu dans les années 1980-1990 le projet Echelon (7). La devise de Narus :« See clearly. Act swiftly » Voir clair. Agir vite »). Créé en 1997, cet éditeur de technologie DPI, avec ses cent cinquante employés, a levé 30 millions de dollars en 2006, et a été racheté par Boeing en 2010. Ses produits auraient été installés en Egypte à l’époque de M. Hosni Moubarak (8).

Parmi les flux d’informations qui transitent par Internet, les opérateurs de télécommunications voient passer des sites, des courriers électroniques, des discussions en temps réel, des échanges vocaux, de la vidéo, des discussions asynchrones, des données brutes, etc. La plupart de ces flux sont échangés en clair, sans chiffrement cryptographique. Il est donc aisé, pour le pirate du dimanche comme pour les services de sécurité étatiques, de les placer sur écoute.

Mais certains acteurs privés trouvent aussi un intérêt dans ces technologies. Les opérateurs de télécommunications comme Free, SFR ou Orange commencent à se plaindre de voir passer sur leur réseau des masses de données en provenance d’acteurs qui ne payent pas pour ce transport. Par exemple, les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) trouvent désagréable de payer pour les vidéos en provenance de YouTube, qu’ils sont obligés de servir à leurs abonnés. D’où l’idée de facturer un supplément à l’émetteur des données ou à l’utilisateur final, ou encore de ralentir sélectivement certains flux, pour en privilégier d’autres. Mais, pour cela, il est indispensable de mesurer avec précision ce qui passe dans les tuyaux.

De même, les opérateurs de téléphonie mobile ont décidé, pour essayer de limiter leurs coûts d’infrastructure, de ne fournir à leurs usagers qu’un accès bridé à Internet. Ils interdisent donc aux utilisateurs de téléphones « intelligents » de procéder à des échanges de fichiers en pair-à-pair ou d’utiliser des outils de communication vocale ou vidéo tels que Skype.

Là encore, c’est le DPI qui leur permet de pratiquer la surveillance et la gestion des flux, d’allouer une « bande passante » supérieure à certains services (par exemple, ceux qu’ils éditent…). En contradiction avec la notion de « neutralité du réseau », qui affirme que le rôle du fournisseur d’accès est de faire transiter sans discrimination toutes les données demandées.

Appliqué à la navigation sur le Web, le DPI permet de garder une trace de tout ce que vous y faites. Les professionnels du marketing se frottent les mains et rêvent d’exploiter ces données. Orange a d’ailleurs tout récemment lancé une offre « Orange préférence », reposant sur du DPI, qui se propose, avec l’accord de l’abonné, d’analyser les sites Web qu’il visite pour lui proposer ensuite des offres commerciales ultraciblées. De quoi permettre aux FAI de devenir aussi rentables que Facebook et Google. A condition que ces programmes de fidélisation-surveillance attirent des abonnés ; mais il suffira de clamer que les données sont anonymisées pour en faire un produit parfaitement commercialisable.

Le lecteur curieux pourra consulter la page « Data Privacy » du site de GFK, un groupe international de recherche en marketing actionnaire de Qosmos : s’il évoque, banalement, les cookies des navigateurs Internet, il omet d’expliquer qu’il utilise aussi, pour « tracer » les visiteurs des sites Internet, une technologie DPI, prétendument « anonymisée » par une recette connue de lui seul. GFK est présent dans plus de cent cinquante pays, et pas uniquement de grandes démocraties…

Le DPI attire aussi les sociétés d’ayants droit et les détenteurs de copyright qui souhaitent lutter contre les échanges de fichiers « illégaux » sur les réseaux en pair-à-pair ou les sites de téléchargement direct, du type Megaupload. Savoir précisément quel internaute tente de télécharger tel ou tel film ou fichier musical, et réussir à lui en bloquer l’accès, ne peut se faire qu’avec une infrastructure de surveillance « profonde » et répartie sur l’ensemble des points d’échange de données que sont les FAI.

Un autre marché naturel du DPI est la surveillance légale. La police a parfois besoin d’écouter ce que fait un particulier, dans le cadre d’une instruction judiciaire, sous le contrôle d’un juge et, en France, de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité. Cependant, il s’agit d’un marché de niche, ne concernant qu’une très faible partie de la population. A moins de tabler sur une nouvelle augmentation fulgurante des budgets consacrés à l’antiterrorisme, il paraît sage pour les entreprises du secteur de rechercher d’autres débouchés commerciaux.

C’est là qu’interviennent les gouvernements d’Etats policiers, qui souhaitent écouter toute la population. Grâce à ces pays, les logiciels de surveillance sont testés en grandeur nature. La Tunisie de M. Zine El-Abidine Ben Ali bénéficiait ainsi de rabais pour des systèmes où subsistaient encore des bugs. Quant à Amesys, la Libye a sans conteste été une expérimentation grandeur nature de ce que peut faire (ou pas) son logiciel Eagle (9). Alcatel opère de même en Birmanie (10). De fil en aiguille, l’exploitation des données récoltées par le DPI facilite les arrestations. La torture fait le reste, les bourreaux reprenant les bonnes vieilles techniques qu’ils connaissent et qui donnent des résultats.

Probablement intrigué par la présence massive d’entreprises européennes sur ce type de marchés, le Parlement européen a passé une résolution destinée à proscrire la vente à l’étranger de systèmes de surveillance des appels téléphoniques et des textos, ou fournissant une surveillance ciblée d’Internet, s’ils sont utilisés pour contrevenir aux principes démocratiques, bafouer les droits humains ou la liberté d’expression (11). Le 1er décembre 2011, le Conseil de l’Union européenne, durcissant les mesures restrictives à l’égard du régime syrien, a ainsi interdit« les exportations d’équipements et de logiciels destinés à la surveillance d’Internet et des communications téléphoniques ».

Mais la fourniture de produits d’écoute globale reste mal encadrée sur le plan juridique. Il est aisé pour les producteurs de passer entre les mailles du filet. D’autant que les législations sont diverses. Les autorisations données par le gouvernement ne sont pas publiées. Et les logiciels de ce genre ne sont pas considérés stricto sensu comme des armes.

par Atoine Champage,

Journaliste Reflet.info

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1) Paul Sonne et Margaret Coker, «  Firms aided Libyan spies  »,The Wall Street Journal,New York, 30 août 2011.

(2) «  Des experts des services secrets français ont aidé Kadhafi à espionner les Libyens  », 7 septembre 2011, et «  Secret militaire sur le soutien à Kadhafi  », 12 octobre 2011,Le Canard enchaîné,Paris.

(3) Jonathan Zittrain, «  The Web as random acts of kindness  », conférence TED, juillet 2009,www.ted.com

(4) «  Syria crackdown gets Italy firm’s aid with US-Europe spy gear  », Bloomberg, 3 novembre 2011.

(5) WikiLeaks, «  The spy files  », 1er décembre 2011.

(6) Jennifer Valentino-Devries, Julia Angwin et Steve Stecklow, «  Document trove exposes surveillance methods  »,The Wall Street Journal,19 novembre 2011.

(7) Philippe Rivière, «  Le système Echelon  »,Manière de voir,no 46, «  Révolution dans la communication  », juillet-août 1999.

(8) Timothy Karr, «  One US corporation’s role in Egypt’s brutal crackdown  », The Huffington Post, 28 janvier 2011.

(9) Le dossier Amesys sur le siteReflets.info.

(10) Diane Lisarelli et Géraldine de Margerie, «  Comment Alcatel se connecte à la junte birmane  »,Les Inrockuptibles,Paris, 26 mars 2010.

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 07:12

C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai appris le triste ultime départ de Hédi Guella. Dans les années 70-80,  Hédi fut la voix engagée hurlant l’indignation et racontant l’exil, la souffrance et la solitude de nombreux citoyens et du peuple tunisien en général. Cette voix vient de s’éteindre après une langue bataille contre une maladie qui ne pardonne que rarement, le cancer des poumons… Ses obsèques sont prévues pour aujourd’hui.

Au revoir ami !  

Hédi-Guella-photo-skytun.com


Hédi Guella : لى طغاة العالمÔ tyran oppresseur... d’Abou el Kacem Chebbi

 


 

ألا أيها الظالم المستبد
حبيب الظلام عدو الحياه
سخرت بأنات شعب ضعيف
و كفك مخضوبة من دماه
و سرت تشوه سحر الوجود
و تبذر شوك الاسى في رباه

رويدك لا يخدعنك الربيع
و صحو الفضاء و ضوء الصباح
ففي الافق الرحب هول الظلام
و قصف الرعود و عصف الرياح
حذار فتحت الرماد اللهيب
و من يبذر الشوك يجن الجراح

تأمل هنالك انى حصدت رؤوس الورى و زهور الأمل
و رويت بالدم قلب التراب و اشربته الدمع حتى ثمل
ســيجرفك الســيل ســـيل الدماء
و يأكلك العاصف المشتعل

_

____

 

Ô tyran oppresseur...

Ami de la nuit, ennemi de la vie...
Tu t'es moqué d'un peuple impuissant
Alors que ta main est maculée de son sang
Tu abîmes la magie de l'univers
Et tu sèmes les épines du malheur dans ses éminences

Doucement ! Que ne te trompent pas le printemps,
La clarté de l'air et la lumière du jour
Dans l'horizon vaste, il y a l'horreur de la nuit
Le grondement du tonnerre et les rafales du vent
Attention ! Sous la cendre, il y a des flammes
Celui qui plante les épines récolte les blessures

Regarde là-bas où tu as moissonné les têtes humaines
et les fleurs de l'espoir
Et tu as englouti de sang, le cœur du sol et tu l'as abreuvé de larmes à l'ivresse
Le flot, torrent du sang va t'entraîner

Et l'orageux brûlant va te dévorer.

 

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Entrevue avec Hédi Guella déjà malade mais très content de l’ère nouvelle en Tunisie.

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 [Babour zammer] :   

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Adaptation musicale d’une pièce folklorique par Hédi Guella [ à partir de 1`38``]
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Décès de Hedi Guella, célèbre interprète de la chanson ‘‘Babour zammar’’ sur l’émigration

 

 

Artiste engagé des années 60-80, militant de la seconde génération de l’indépendance, Hedi Guella vient de décéder, mercredi matin, après une longue maladie.


Hedi Guella, qui est l’un des représentants de la chanson engagée tunisienne, a commencé sa carrière dans les années 70, à Paris. Il s’est fait connaître et a mis en valeur ses talents de compositeur et d’interprète. Parmi ses chansons les plus célèbres : ‘‘Kaddach Min Arab’’ et ‘‘Babour Zammir’’. Le défunt a chanté aussi des textes de Sghair Ouled Hmed, Mohamed Bhar, Zemeken et Lotfi Jormana.

 

Dans l’une de ses dernières interviews, à nos confrères ‘‘Jet Set magazine’’, le défunt chanteur évoque sa vision, et celle de sa génération, de la révolution du 14 janvier 2011. Extrait...

 

«Je vais parler de ma génération d’abord. Je crois qu’il est important de rappeler que, depuis 1966, cette génération a joué un rôle décisif dans l’histoire des luttes du peuple tunisien. Le fondement idéologique du système bourguibien, et par là, ses choix stratégiques, ont commencé à se révéler au grand jour à cette époque, à savoir le déni de l’appartenance de la Tunisie au monde arabe, l’alliance avec l’Occident impérialiste, néo-colonialiste, et par voie de conséquence, l’écrasement et l’étouffement de toute voix discordante. Bourguiba, qui n’était que l’écho de la domination culturelle du ‘‘clan occidental’’, a porté deux coups destructeurs. Le premier, en frappant au cœur de notre religion (précisément au jeûne), et ce n’était pas un geste symbolique, car il s’agissait d’un élément constitutif de notre identité. Le second a été porté à la liberté d’expression »

source kapitalis

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 05:14

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 04:11

 

La Tunisie va vendre 650 millions de dollars en obligations pour payer ses dettes


 

 

dollars-2.jpg

 

La Tunisie compte vendre, en mai ou juin 2012, 650 millions de dollars en obligation sur le marché international et va émettre des bons du Trésor d'un montant de 500 millions de dollars au Qatar, afin de payer ses dettes.

Selon l’agence « Reuters », les Etats-Unis ont déjà accepté de soutenir l'émission des obligations de la Tunisie, bien que la date, l’échéance et le taux d’intérêt n’aient pas été fixés.
 

En 2002, les Etats-Unis ont accordé à Israël un ensemble de garanties pour aider son économie, face à une récession causée par un ralentissement économique mondial et une vague de violence.
Cependant, Israël n'a pas émis des obligations en utilisant des garanties de prêts des États-Unis pendant un certain nombre d'années. Les notations de crédit ont, ensuite, augmenté. Israël a été capable d'exploiter les marchés de la dette mondiale en utilisant sa propre solvabilité. Le pays a réussi à atteindre ses objectifs budgétaires. Pour la Tunisie, il n’est pas encore clair si ses obligations vont comporter les mêmes conditions ou non.
 

Pour sa part, le Qatar va acheter, sur cinq ans, 500 millions de dollars en bons du Trésor, avec un taux d'intérêt annuel de 2,5%. La même source a ajouté que les deux pays avaient conclu l’opération de la vente en janvier dernier. Une condition d’anonymat a été mise en place.
Un analyste a déclaré à Reuters, que le prêt du Qatar a été un placement privé prévu pour remplacer une obligation attribuée en avril. 
 

Notons que le soulèvement du peuple contre la dictature de Ben Ali, suivi par des protestations et des grèves dans toutes les régions, a paralysé l’activité économique en Tunisie. 
Compte tenu de la situation difficile de l’économie nationale, les dirigeants et décideurs économiques ont essayé de trouver des solutions rapides et efficaces à travers l’élaboration d’une loi de finances complémentaire pour 2012 qui prévoit 7,7% de hausse dans le budget d’Etat par rapport à la loi de finances initiale et 18,3% par rapport aux résultats de 2011 outre un déficit commercial de 6%.
 

Le gouvernement actuel prévoit la réalisation d’une croissance du PIB de 3,5% avec une moyenne du prix du baril de pétrole établie à 100 dollars (comme prévu par la loi de finances initiale) ainsi qu’un taux de change du dollar à 1,5 dinar au lieu de 1,42 dinar. investir

 

 

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Une loi de finances complémentaire « hypothétique » ?  


 

Une loi de finances complémentaire arrive souvent dans des circonstances exceptionnelles pour répondre à des objectifs bien précis. Le projet de cette loi de finances vient d’être approuvé par le gouvernement actuel et devrait soumise au vote de l’Assemblée constituante pour approbation finale. Le nouveau texte contient de nouvelles mesures et dispositions fiscales qui devraient être examinées par l’ANC. En attendant cette échéance, une première lecture du projet en question donne à penser qu’il s’agirait d’une loi de finances conventionnelle dont on ne pourra attendre que peu de nouveautés.


Il y a d’abord lieu de rappeler dans ce cadre que l’Assemblée nationale constituante a adopté fin 2011, le budget de l’Etat et la loi de finances 2012, tels que préparés par l’ancien gouvernement en attendant que le gouvernement actuel fixe ses priorités en matière de développement économique.


Le projet de loi de finances complémentaire repose essentiellement sur un ensemble d’ hypothèses, à savoir d’un taux de croissance de 3,5%, un prix de baril de pétrole équivalent à 110 dollars et un taux de change du dinar vis-à-vis du dollar estimé à 1,5 dinar au lieu de 1,42 prévu initialement.


Selon cette mouture de la loi complémentaire, les ressources de l’Etat seront augmentées à hauteur de 25401MD, soit une hausse de 2466MD par rapport au budget initial et de 4519MD par rapport au budget de 2011.


Les recettes fiscales s’élèveront à 15066 millions de dinars contre 13814 MD prévus dans le budget initial, soit une hausse de 1252MD et une augmentation hausse équivalente à 1398MD par rapport au budget de l’Etat pour l’année 2011. Les recettes non fiscales atteindront, pour leur part, 4578MD, enregistrant une amélioration de 2248MD prévus initialement et une amélioration de 1626MD par rapport au budget de l’année dernière.


Cependant, le montant de 4578MD parait difficilement réalisable, vu la conjoncture économique que connaît actuellement la Tunisie. En effet, selon le scénario de la loi des finances complémentaire, les recettes de confiscation paraissent relativement gonflées voire même multipliées par 3% pour atteindre 1200MD contre 400 MD mentionnés dans le budget initial. Les recettes de privatisation ont été également amplifiées pour passer de 100MD à 1000MD, soit une multiplication par 10. De plus, le budget mise aussi sur 600MD de dons extérieurs contre 172MD prévus dans le budget initial. Rappelons qu’habituellement, le montant des dons extérieurs a souvent tourné autour de 100MD en moyenne.


Du côté des dépenses, elles sont réparties de la manière suivante : les dépenses courantes s’élèvent à 14787 MD, soit une hausse de 1247MD prévue initialement et une hausse d’environ 2229MD par rapport à 2011. Par ailleurs, les dépenses de développement s’élèvent à 6400MD, soit une hausse de 950MD par rapport à la dernière loi où le chiffre a été fixé à 5200MD. Un montant de 1000MD sera alloué aux nouveaux investissements, un montant qui demeure relativement faible si on tient compte des nombreuses revendications en matière de développement régional. La part allouée à l’emploi s’élève à 511MD et celle aux logements sociaux est équivalente à 100MD.


Il résulte de tout cela un déficit budgétaire en hausse atteignant 4568MD, soit l’équivalent de 6,6% du PIB. Rappelons à cet égard que le déficit ne représentait que 3,8% en 2011 et 1,3% du PIB en 2010. En outre, le taux d’endettement s’élève à 45,9% du PIB pour le budget complémentaire alors que le budget initial a prévu 46,2%, et qu’en 2011, ce ratio a atteint à 43,6%.


A ce propos, il faut rappeler que la Tunisie a réussi par le passé à maîtriser son taux d’endettement pour le limiter notamment à 40,5%, en 2010.

Khadija Taboubi

source africanmanager

 

 

 

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Mais pourquoi la Tunisie est-elle si courtisée ?

  Ils sont nombreux à lui faire la cour. Venus d’un peu partout. Le dernier en date a été Abdallah Gül, le Président turc, dont la présence récente à Tunis a duré trois jours, alors qu’Erdogan, son chef du gouvernement, avait été l’un des premiers à y mettre les pieds peu après la révolution du jasmin. La Tunisie est devenue en quelques semaines l’une des destinations préférées de la diplomatie internationale, surtout moyen-orientale.

  Les turcs ne sont pas les seuls à s’y être précipités. Le Qatar a été très actif avec de nombreuses visites et promesses d’aides de la plupart de ses hauts dirigeants. L’Arabie Saoudite et d’autres représentants des Emirats Arabes également, mais avec plus de discrétion, à l’image de la France et son ministre des affaires étrangères, ou bien de la Grande Bretagne et de l’Allemagne.

  Par contre, plaidant depuis peu en faveur d’un « islamisme modéré » dans la région, les Etats Unis d’Amérique ont fait fort. A l’issue des récentes et premières élections libres vécues par la nation nord-africaine, le parti vainqueur, Ennhada, a dépêché en grande pompe à Washington (par le passé il avait été interdit aux USA) son leader Rached Gannouchi de son vrai nom Kheriji.

  Dans le même temps, ou presque, deux sénateurs yankees, des républicains, dont l’ancien candidat à la présidence des States, John Mac Cain, sont venus séjourner du côté de Carthage. Le premier d’entre eux a même été jusqu’à offrir au petit état de l’aider à former et équiper son armée et sa police. (Tiens, tiens, cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose de tricolore ? Et rien du côté de l’Egypte où ou une ONG démocrate US a donné des cours de politique ?). Ce n’est pas tout. La secrétaire d’état Hilary Clinton a séjourné à Gammarth, banlieue chic de Tunis, afin de participer à la « Conférence des Amis de la Syrie » (qualificatif pour le moins paradoxal).

  Il n’y a que l’Europe dont la France notamment qui, dans ce domaine de la courtoisie ou intérêt diplomatique, ait fait preuve jusqu’à présent de bien peu d’empressement. Et pourtant à bien connaitre le peuple tunisien, il est évident que celui-ci est dans sa grande majorité beaucoup plus proche de l’Europe du Sud, géographiquement ainsi que culturellement, et de la France principalement, que des lointaines Arabie et Amérique (1).

 Pourquoi donc un tel engouement moyen-oriental et américain ? Par souci géopolitique ? A cause de la maturité des élites tunisiennes, guère belliqueuses de surcroît ? Certainement pour ces deux raisons mais aussi probablement pour une autre hypothèse de poids, à savoir que le sous sol du pays, sur terre comme en mer, renfermeraient des richesses insoupçonnées de pétrole et gaz ?

 C’est du moins ce que vient de confirmer une source proche des sociétés étrangères en recherches géologiques, actives depuis toujours dans le pays qui abrite déjà de petits gisements d’or noir (70.000 barils jour environ), accréditant ainsi une rumeur qui courait depuis plusieurs semaines. Selon ces mêmes sources, des réserves, surtout en gaz, dans les eaux territoriales, entre Hammamet et Sousse, beaucoup plus importantes et de bien meilleure qualité que celles du Qatar, auraient été découvertes il y a plusieurs mois, avant la révolution, et gardées secrètes depuis par les pétroliers, clients des sociétés concernées.

  Cette information pourrait en outre expliquer, les propos tenus récemment dans ce sens, sans trop de précisions toutefois, par un haut responsable algérien du secteur disant que d’importantes découvertes avaient été faites en Tunisie. Tout comme les grands travaux d’équipement entamés dans le pays sous l‘ancien régime, voilà des années, avec des capitaux venus des états du Golfe dont le Qatar et de la Turquie justement.

  Alors que la Tunisie peuplée sur son petit territoire, d’une dizaine de millions d’individus, passait pour une nation sans aucune grande richesse minière, hormis les phosphates, et de ce fait sans un avenir économique d’envergure, voilà qu’elle avait commencé à se doter récemment d’équipements pour le moins gigantesques tous lancés et quelquefois terminés sous l’ancien régime, au détriment de la modernisation de régions déshéritées ou même de villes moyennes côtières.

  Deux énormes chantiers ont été ainsi entrepris à Tunis même et ses abords. Primo, dans la capitale où il est prévu que l’ancien port de commerce, désaffecté, et en cours de démolition, tout comme un quartier mitoyen, connu depuis toujours sous le nom de « la petite Sicile » pour avoir abrité par le passé une population d’artisans d’origine italienne, doivent laisser la place à une immense marina entourée d’immeubles et surtout à une tour d’une vingtaine d’étages de…bureaux. Puis, la poursuite de l’aménagement des terres gagnées au Nord de la ville, sur une lagune en partie asséchée. Sur des dizaines d’hectares, immeubles, bureaux, sièges de sociétés, grandes surfaces, hôtels, ont poussé et continuent de pousser comme des champignons sans pour autant connaitre une activité débordante et une occupation populaire importante. C’est là qu’est prévue l’installation d’un vaste centre d’entrainement sportif international de haut niveau et que l’ambassade des Etats Unis d’Amérique s’est plantée il y à peu, sur des milliers de mètres carrés à l’écart de toute autre construction en un complexe de bureaux et appartements étroitement surveillés et protégés. (2)

  Auparavant, une cité avait vu le jour, au-delà de la zone touristique d’Hammamet, le long de la mer. Baptisée Hammamet Yasmina, aujourd’hui terminée mais semi déserte en dehors de l’été, elle comprend, port de plaisance, médina, parc d’attractions, hôtels de standing mais aussi de nombreux immeubles d’habitation et de bureaux, ainsi que des villas qui laissent entendre que la vocation de la bourgade n’est peut-être pas seulement touristique. D’autant qu’ à moins d’une vingtaine de kilomètres, dans un espace quasi désertique, à Enfidah, une société turque a construit et exploite, un aéroport international capable de gérer sept millions de passagers par an. Dans le même temps, sur la côte toute proche, un projet de port…en haute mer, capable donc d’accueillir les gros tankers et méthaniers en eau profonde, qui avait été lancé voilà plusieurs mois, redevient d’actualité.

  Il est vrai que dans le golfe d’Hammamet justement, un petit gisement de pétrole avait été découvert, et c’est dans cette zone, c'est-à-dire dans les eaux territoriales de la Tunisie, qu’une énorme réserve de gaz naturel d’une excellente qualité aurait été détectée.

 Devenue riche, entre la Lybie actuellement en reconstruction et l’Algérie, encore hermétique, la Tunisie, créditée, chez ses hommes d’affaires, d’un savoir faire commercial et économique à la « libanaise d’antan », ferait-elle de la côte sud de « Mare Nostrum », à quelques encablures de l’Europe, un nirvanas aussi important sinon plus important que la lointaine Arabie et ses voisins ? 

 Chi lo sa ou Inch’Allah ! (Va savoir ou Si Dieu le veut !)

____________ 

(1) MM. Ghannouchi et Marzouki, le chef d’Ennadha et l’actuel Président de la République ont étudié (la philosophie pour l’un la médecine pour l’autre) et travaillé en France pendant plusieurs années. Tous deux reviennent d’exil, Londres pendant 10 ans pour l’un et autant pour le second à Paris, après avoir été condamnés en Tunisie, l’un pour son « activisme » religieux et l’autre pour sa défense têtue des droits de l’homme.

(2) Pendant longtemps, la Tunisie aurait abrité une base importante de la CIA et des Services secrets français, chargés de rayonner sur toute la région. Il est fort probable que ces antennes soient toujours en exercice.  agoravox

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  • : ThalaSolidaire est dédié à la ville de Thala, ville phare de la Révolution tunisienne. Thala est une petite agglomération du centre-ouest de la Tunisie. Elle est connue pour son histoire antique, ses sources, ses carrières de marbre, devenues une sorte de tragédie écologique et économique, sa résistance et sa misère. Thala solidaire a pour objectif de rassembler toutes les voix INDIGNÉES pour donner à cette terre ainsi qu'à toutes autres terres un droit à la vie et à la dignité…
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