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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:50

Cliquer pour voir et écouter notre Président 

 

____________________________________________

Marzouki se dit prêt à renoncer à l’extradition de Ben Ali en échange de l’octroi de l’asile à Bachar Al Assad

 

 

Le président Moncef Marzouki a affirmé être prêt à renoncer à réclamer l’extradition de Ben Ali en échange de l’octroi de l’asile en Tunisie à Bachar Al Assad s’il accepte de quitter le pouvoir pour mettre fin aux massacres en Syrie.


Dans une interview diffusée en anglais, vendredi 9 mars par la radio de la BBC, M. Moncef Mazouki a toutefois, affirmé qu’il  » sait bien qu’on ne va pas extrader le président déchu Ben Ali ».

Il a expliqué que cette position est motivée par sa révolte de voir chaque jour une centaine de syriens mourir à cause de la répression exercée par le régime syrien.

Le président Marzouki a également indiqué que cette initiative intervient à la suite de la réaction de la Russie à sa proposition de l’accueillir sur le sol russe. Des responsables russes lui ont répliqué que la Tunisie n’avait qu’à le faire elle-même.

Il a réitéré son attachement à une solution politiqué en Syrie, affirmant rejeter par principe toute intervention étrangère et militaire qui risquerait de conduire à une guerre civile dans ce pays du Moyen-Orient.

M. Mazouki a déclaré ne pas soutenir la proposition du Qatar consistant à former une coalition pour aider militairement les insurgés syriens.

 

Aucune forme d’Etat islamique ne sera acceptée en Tunisie


Evoquant son alliance avec le parti du Mouvement Ennahdha , le président Marzouki a indiqué qu’elle s’est faite sur la base d’un programme portant sur la préservation de la citoyenneté, l’égalité entre homme et femme ainsi que la préservation du statut de la femme et la promotion de la démocratie.

Il a indiqué qu’il n’acceptera aucune forme d’Etat islamique en Tunisie, affirmant qu’il opte pour un Etat civil où tous les Tunisiens dans leur diversité peuvent se retrouver.

En réponse à une question sur la montée des salafistes dans le pays, le président de la République a exhorté au dialogue, affirmant que ces derniers sont aussi des citoyens tunisiens.

Il a indiqué que « la situation économique s’ améliore de jour en jour et que des vagues de touristes vont arriver prochainement ».

Il a également affirmé « qu’il vaut mieux une année d’instabilité que les 23 ans de tyrannie sous l’ancien régime ».

source tunisienumerique

 

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 07:29

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Cher Signataire du PaCTE,

Vous les voyez ces écoliers, accourant à l'école, joviales et enjoués, attendant avec empressement le moment ou ils vont pouvoir sortir leurs nouveaux cahiers et leurs stylos colorés.

Et puis, à côté de cela, il y a cet autre enfant, qui se rend à l'école en titubant, le regard par terre, la pensée ailleurs, redoutant ce moment où tous les autres élèves vont ressortir leurs plus beaux attraits.

Il aimerait tant faire comme eux, mais il sait que dans le monde d'où il vient, les fournitures les plus basiques sont considérées comme un luxe inespéré.

Cher Signataire, 

Rendons le sourire à cet enfant et à tant d'autres! 

 

Le pôle Culture & Patrimoine du PaCTE* lance l'action "Pour un Sourire d'écolier" qui vise à collecter des fonds pour les enfants les plus démunis et cela à travers l'organisation de manifestations culturelles en Tunisie et dans le monde.

 

Grâce aux antennes régionales du PaCTE, le travail sur le terrain a déjà été entamé. Au même moment que vous êtes en train de lire ces lignes, des PaCTés sont en train de repérer des écoles et de faire un listing des nécessités et des besoins locaux, afin que les fonds soient efficacement répartis.

 

La première des actions "Pour un Sourire d'écolier" a été l'organisation d'une expo photo d'artistes tunisiens suivie d'un concert de l'artiste tunisienne Syrine Ben Moussa.

2ème action à Paris - Spectacle de Lotfi Abdelli "Made in Tunisia, 100% Halal"

La deuxième des manifestations culturelles de l'action "Pour un Sourire d'écolier" est l'organisation à Paris pour ce dimanche 11 mars du one-man show de Lotfi Abdelli : « Made in Tunisia, 100% Halal ».

 

 

Articulé autour d'un double enjeu culturel et solidaire, cet évènement tend à valoriser le travail de créateurs tunisiens mais aussi à apporter un sourire et un soutien à des écoliers démunis.


 

Tous nos pactés, en France, nous vous attendons pour :

 

« Made in Tunisia, 100% Halal », one man show de Lotfi Abdelli,

 

Au profit de l' Action humanitaire «Pour un sourire d'écolier»**


Dimanche 11 mars 2012 - 16h Espace Reuilly / Paris


 

 

Au programme 


  • 16h00: Exposition de photos collectives « Près des Yeux, Plus Près du coeur » Photos de jeunes photographes tunisiens: Zaineb Henchiri - Heithem Chebbi - Sabrine Belkhouja - Orkhan Turki - Red Snake et Wassim Ghozlani.

 

  • 17h00: One man show " Made in Tunisia , 100% Halal" de Lotfi Abdelli

 

 

C'est l'occasion de s'offrir un moment agréable et d'offrir un sourire à des écoliers tunisiens défavorisés.

 

N'hésitez plus, achetez votre billet sur:  fnactickets.com

 

 

"Loin d'un simple consommable et en plus d'un moyen de divertissement, la culture est avant tout un mode de vie, un repère identitaire et une éducation". Syrine Ben Moussa

 

 

Contact presse : Amel Ben Brahim - amel.benbrahim2@gmail.com

 

Renseignements : culture@pactetunisien.com - 06 67 48 43 49

 

Billets : fnactickets

A suivre : d'autres manifestations culturelles en Tunisie et dans le monde, et peut-être votre manifestation ?

 

 

 

L'action "Pour un Sourire d'écolier" vous intéresse ?

Vous souhaitez :

  • Aider à l'organisation d'une manifestation culturelle ?
  • Faire du travail terrain et du repérage dans les écoles ?
  • Contribuer avec des dons ?
  • Organiser avec votre groupe d'artistes une manifestation culturelle au profit de l'action ?

Alors, cliquez ici pour vous inscrire : http://pactetunisien.com/sourire/ 
ou envoyez-nous un email sur culture@pactetunisien.com :

L'équipe du PaCTE

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 06:58

Peter Mertens : en Grèce, deux mondes entrent en collision

 

Dans le livre « Comment osent-ils ? La crise, l'euro et le grand hold-up », Peter Mertens (en collaboration avec David Pestieau) aborde, entre autres, la face cachée de la crise grecque. Mertens et les éditions Aden nous offrent à lire le chapitre complet du livre consacré au drame grec. Le livre est sorti le 1er mars et est en vente dans les bonnes librairies à partir du 10 mars 2012.

 

 Lorsqu’apparut l’aurore aux doigts de rose, 

Thésée, fils d’Egée, arpenta le rivage.

Il y rencontra un groupe de gens

 Pleurant et se lamentant pitoyablement.

Il vit sept jeunes filles et sept jeunes hommes

 Emmenés à bord d’un navire aux voiles noires,

Les mains attachées par des liens épais.

Thésée demanda d’une voie claire :

« Qui sont ces jeunes gens ? »

« Un rapide vaisseau les emmène en Crète.

Nous avons pitié d’eux. »

« Pourquoi ? », demanda Thésée.

« Ne le sais-tu pas ?

Ils sont livrés en pâture au Minotaure,

La bête cruelle qui vit dans le labyrinthe du roi Minos,

 

La Grèce et la mer. Entourée par la mer Ionienne à l’ouest et la mer Egée à l’est, la péninsule est depuis toujours un pays de navigateurs. Lorsque le vaisseau de Thésée, vainqueur du Minotaure, retournait vers la Grèce et approchait du port d’Athènes, il arborait des voiles noires. Thésée avait oublié qu’il avait promis à son père, Egée, de faire hisser des voiles blanches si l’expédition avait réussi, et noires en cas d’échec. Apercevant la voilure noire, Égée crut que son fils avait péri et, de douleur, il se jeta dans la mer qui porte son nom depuis lors.

 

Le port du vieil Athènes, à l’époque juste quelques quais, est aujourd’hui le grand complexe du Pirée. La Grèce contemporaine compte quelque cent vingt-trois ports. Le Pirée est le plus grand, avec son grouillement de cargos, de ferries, de navires de croisière, de pétroliers, de catamarans et de bateaux de pêche. Vient ensuite Thessalonique, au nord-est, face à la mer Noire et à l’Asie.

 

Les armateurs grecs ont la main sur la plus grande flotte marchande au monde : au total quelque quatre mille cent navires, soit environ 16 % de la flotte marchande mondiale. C’est plus que les Japonais et les Chinois. Les compagnies maritimes grecques gagnent plus que l’ensemble du secteur touristique. En 2010, les grands armateurs ont vu leurs recettes augmenter jusqu’à 15,4 milliards d’euros, alors que le tourisme générait 9 milliards de rentrées. Cependant, presqu’aucun centime de leur pactole n’entre dans les caisses de l’État. Car les armateurs jouissent depuis des lustres d’une exemption d’impôt de fait, grâce à un arsenal de mesures fiscales qui leur sont très favorables. Le fisc ne met pas le nez dans leur comptabilité. Chaque famille de millionnaire grec ayant des participations dans un consortium maritime – en tout un millier de familles – est ainsi exemptée. Un excellent paradis fiscal, fiable et bien huilé. Les armateurs placent leur argent en Suisse ou à Chypre, au Liechtenstein ou à Londres.

 

Le plus riche d’entre eux est Spiros Latsis, le fils du magnat de la navigation John Latsis. La famille Latsis est aussi active dans les chantiers navals et le monde bancaire. Spiros-fils est en outre le plus grand actionnaire de Hellenic Petroleum. Il est n°68 sur la liste des multimilliardaires mondiaux. Il a étudié à la London School of Economics, en même temps que José Manuel Barroso. En juin 2004, Barroso accède au poste de président de la Commission européenne. Deux mois plus tard, il était invité pour une semaine de vacances sur un luxueux yacht de la famille Latsis. Latsis venait de créer PrivatSea, un yacht-club exclusif promettant à ses membres « une expérience hors du commun à bord d’un des yachts les plus spectaculaires au monde ». Notamment l’Alexandria qui, avec ses cent vingt-deux mètres de long, est le quatrième plus grand yacht du monde, et probablement le plus luxueux. Là où Egée s’est jeté dans la mer, Barroso et Spiros Latsis ont enfilé ensemble leur maillot de bain. Un mois plus tard, la Commission européenne approuvait 10,3 millions d’euros de subsides de l’État grec aux chantiers navals de la famille Latsis. Coïncidence ?

 

« Savez-vous planquer vos sous, à la mode de chez nous ? »

 

Alors qu’au début de l’automne 2011, de nombreux Grecs fouillent dans les poubelles à la recherche de nourriture – « Ce sont des gens corrects, mais ils sont bien obligés de chercher à manger dans les déchets », confie un éboueur –, certains Grecs, eux, ne manquent pas d’argent. Ils en ont même beaucoup, voire énormément. Au plus fort de la crise, la Grèce reste un paradis fiscal pour les armateurs, pour six mille grandes entreprises et pour l’Église orthodoxe grecque.

 

La religion était encore mentionnée sur les passeports grecs jusqu’en 2001, quand une plainte auprès de la Cour de justice européenne pour les Droits de l’Homme à Strasbourg a fait abolir cette pratique. L’Église orthodoxe grecque est puissante, c’est sûr. Avec le clergé, elle domine encore une bonne partie de la vie morale, politique mais aussi économique du pays. Après l’État, c’est l’Église orthodoxe qui détient les plus grands moyens financiers. Elle possède plus de neuf millions d’actions dans la banque nationale grecque, des hôtels, parkings, entrepôts, entreprises, et quelque trois cent cinquante centres touristiques. L’institution est aussi, avec ses cent trente mille hectares de bois, champs, montagnes et plages, le plus gros propriétaire terrien du pays. Cela rapporte chaque année à l’Église des millions d’euros, et cet argent était jusqu’il y a peu non taxé. En 2010, quand une taxe a quand même été imposée, certains monastères ont refusé de la payer. Choqués, des fidèles sont alors allés manifester devant la plus grande église d’Athènes, avec des calicots affichant : « Jésus a dit qu’il faut partager. »

 

Partager ? Voilà qui n’est certes pas dans la mentalité des millionnaires grecs. L’argent gagné en Grèce disparaît de plus en plus vite à l’étranger. Surtout vers les coffres-forts sécurisés des banques suisses, où l’on ne pose pas de questions. Les millionnaires grecs mettent leur fortune en sécurité à Zürich et dans d’autres places étrangères. Ce sont 280 milliards qui sont ainsi mis à l’abri uniquement dans la muette Confédération helvétique. Un exode fiscal total évalué à quelque 560 milliards d’euros : soit le double du produit national brut (PNB) de la Grèce, la richesse produite annuellement par le pays[1]. Que beaucoup de compatriotes ne puissent plus payer leurs soins médicaux ou leur l’électricité, que de plus en plus de gens aient faim n’empêchent pas ces Crésus de dormir. On assiste donc à une situation surréaliste : à la porte d’entrée, le gouvernement grec implore l’Europe de lui octroyer de nouveaux prêts et garantit qu’elle pressera le monde du travail comme des citrons pour la rembourser jusqu’au dernier centime. Et, dans le même temps, les millionnaires évacuent par la porte de derrière la richesse du pays.

 

Car la Grèce est en principe un pays riche. En 2007, cinq fois plus de richesses ont été produites qu’en 1990. Mais, pendant que le PIB était multiplié par 5, les profits se multipliaient par 28 ! Les réformes néolibérales des impôts ont fait en sorte que ces profits échappent en grande partie au fisc. Un tiers à peine de la richesse grecque atterrit chez les salariés : seulement 36,3 % du PIB est consacré à leurs paies. C’est de loin le pourcentage le plus bas de l’Union européenne. Le niveau des salaires se situe aussi à un maigre 60 % de la moyenne européenne. La richesse créée par la société grecque ne revient pas à la population, elle est captée par ses couches les plus riches. Dire que « les » Grecs auraient pendant des années vécu au-dessus de leurs moyens est donc un concentré d’ineptie.

 

Au plus fort de la crise, 7,9 milliards d’euros pour l’armement

 

L’été 2009 est le théâtre d’un événement inouï : la Grèce débourse 2,5 milliards d’euros pour six frégates françaises, 400 millions pour quinze hélicoptères de combat Puma du géant de l’armement EADS, et 5 milliards d’euros pour six sous-marins de l’allemand ThyssenKrupp. Roulement de tambour : 7,9 milliards d’euros pour l’armement français et allemand en pleine crise…

 

Merkel et Sarkozy débordent d’inventivité dans l’élaboration de plans pour que la Grèce soit en mesure de rembourser ses emprunts aux banques allemandes et françaises. Le duo produit recommandation sur recommandation sur ce que le peuple grec doit faire mais, en ce qui concerne le petit commerce de l’armement, motus et bouche cousue. Le magazine allemandDer Spiegel dresse l’inventaire du shopping grec en Allemagne, et c’est sacrément impressionnant. Sous-marins, chasseurs bombardiers, tanks... La petite Grèce, avec ses onze millions d’habitants, occupe la cinquième place au palmarès mondial des plus grands acheteurs d’armes conventionnelles. Elle octroie à sa défense des moyens exorbitants : 3,1 % de la richesse nationale. Des grands pays européens comme la France et le Royaume-Uni consacrent respectivement 2,3 et 2,4 % à la défense. Dans le monde occidental, seuls les États-Unis font mieux avec 4 %.

 

Crise ou pas, les grands frères européens mettent la pression sur les Grecs pour qu’ils poursuivent leurs achats d’armement, sous peine de resserrer les cordons de la bourse quand Athènes sollicite un prêt. L’agence de presse AP cite un conseiller de l’ancien Premier ministre Papandréou : « Personne ne dit ouvertement : "Achetez nos navires de guerre ou nous ne vous aiderons pas pour votre dette." Mais le message sous-entendu est que nous recevrons davantage d’aide si nous répondons à leurs desiderata en matière d’armement. » Et un magazine pacifiste précise : « Le président Sarkozy aurait, en février 2010, exercé des pressions sur Papandréou lorsqu’il était en visite en France pour obtenir du soutien face aux périls financiers de son pays. Le jour où Papandréou se rendait à Paris, les Grecs annonçaient qu’ils ne renonceraient pas à l’achat planifié de six frégates françaises Fremm d’une valeur de 2,5 milliards d’euros, malgré le précipice financier face auquel ils se trouvaient. »[2]

 

La Grèce est un allié de l’Otan tiré à quatre épingles. Située au carrefour de trois continents, elle occupe une place stratégique. Surtout maintenant, alors que l’Otan et les stratèges américains portent toute leur attention sur l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l’Iran, les Balkans, les pays d’Europe de l’Est et la Russie.

 

Les États-Unis, l’Allemagne et la France jouent habilement de la rivalité entre la Grèce et la Turquie. Les fabricants d’armes mangent à deux râteliers en tant que fournisseurs des rivaux historiques. La Grèce commande de nouvelles armes ? Les fabricants attendent un peu, puis les Turcs se présentent pour le même business. Cela ressemble à la Guerre froide en miniature. Si ce matériel de guerre n’est pas adéquat pour une confrontation entre Grecs et Turcs, c’est autant de gagné pour la stratégie de l’Otan et pour aider à créer de nouveaux rapports de force au Proche et au Moyen-Orient favorables à Washington. Pourquoi, autrement, se tairait-on dans toutes les langues à Washington, Bruxelles ou Francfort, sur le fait que le gouvernement grec économise sur tout, sauf sur le matériel de guerre ?

 

Quand les faits n’ont plus d’importance ou comment bétonner un cliché

 

Sur l’île grecque d’Hydra, aux maisons d’un blanc éclatant face à une mer turquoise, vit la journaliste néerlandaise Ingeborg Beugel. Elle couvre comme journaliste l’actualité grecque depuis des années. Elle décrit de manière passionnante les dessous de la politique grecque et de l’élite économique. « Je trouve intéressant, raconte-t-elle, que l’Union européenne pose à la Grèce des tas d’exigences en tout sens, arrogantes et impitoyables, alors que Bruxelles ne met pas la pression sur le gouvernement grec pour s’attaquer aux politiciens corrompus. La Commission ne s’en soucie pas du tout. Plus fort encore, elle reste muette comme une carpe parce que, autrement, elle se verrait obligée de dénoncer pas mal de pratiques louches en rapport avec l’Europe. Siemens, par exemple, a distribué des pots-de-vin à tour de bras en échanges d’une position de monopole lors des Jeux olympiques d’Athènes, en 2004. Des milliards d’euros y sont passés. Mais, si l’on levait le voile, on s’en prendrait à une entreprise allemande. Et ça Berlin préfère l’éviter. Il existe aussi beaucoup de bakchichs pour les coûteux sous-marins allemands. Or la Grèce les a achetés pour deux fois le prix facturé à la Turquie. De son côté, la France a obligé la Grèce, en échange d’une "aide", à acquérir des avions de combat d’un prix exorbitant. Les politiciens de droite mentent à tire-larigot : rien n’est donné à la Grèce et, en revanche, eux ont gagné beaucoup d’argent avec ce prétendu soutien. »[3]

 

« Les tricheurs de Grecs mettent à mal notre euro », titre crânement à la Une le quotidien allemand Bild Zeitung. Et le très libéral ex-commissaire européen Frits Bolkestein n’a pas peur d’affirmer : « Une grande partie de la population grecque est paresseuse. »[4] Angela Merkel n’est pas en reste. Selon elle, les Grecs prendraient trop de vacances et partiraient trop tôt à la pension. « Nous ne pouvons pas partager une monnaie alors que l’un a beaucoup de vacances et l’autre très peu. À la longue, ce n’est pas compatible », avertit la chancelière allemande, citée par l’agence de presse DPA[5]. Ces Européens du Sud, quand même ! Partir sans cesse en vacances, toucher des pensions de luxe, et puis venir frapper à la porte pour un soutien financier depuis leur terrasse ensoleillée où ils ne fichent rien de toute la sainte journée ! Et peu importe que tous ces préjugés soient pure fiction. Cela s’appelle de la politique fact-free. Traduction : qui ne se base pas sur les faits.

 

Les Européens du Sud raccrochent-ils leur tablier plus tôt que les autres citoyens européens, pour jouir des douceurs de la Méditerranée ? Pas du tout. Les chiffres de l’OCDE pour 2011 indiquent qu’en Grèce, les hommes arrêtent de travailler en moyenne à l’âge de 61,9 ans, soit un mois plus tard qu’en Allemagne. Les femmes, elles, arrêtent certes plus tôt : 59,6 ans, pour 60,5 dans l’« exemplaire » État allemand.

 

En 2007, également d’après l’OCDE, la pension moyenne des Grecs était de 617 euros. Ingeborg Beugel évoque les habitants d’Hydra qui, à leur pension, doivent immédiatement chercher du travail pour joindre les deux bouts. « Ma voisine du dessous a 94 ans ; elle est veuve et touche une pension de 400 euros par mois. Ce n’est pas assez pour ses médicaments et ses couches d’incontinence. Dans des circonstances extrêmement pénibles, elle y arrive tout juste grâce à sa famille et à ses voisins. Je ne connais pas un seul Néerlandais qui arriverait à combiner trois jobs, mais bien des dizaines de Grecs qui le font pour survivre. Oui, il existe des Grecs avec une pension précoce et élevée. Mais c’est une exception, en aucun cas la règle. D’ailleurs, à Hydra, habite une ex-enseignante néerlandaise qui a pris sa pension à 50 ans, ne doit plus jamais travailler et qui, sans aucune gêne financière, peut profiter de la Grèce le restant de ses jours. Aucune collègue grecque ne peut en faire autant. »[6]

 

Quand elle évoque « des Grecs toujours en vacances », Angela Merkel est complètement à côté de la plaque. Selon l’agence officielle européenne Eurofound, les Grecs ont en moyenne vingt-trois jours de vacances par an. Les Allemands en bénéficient de trente. Nous ne nous prononcerons pas sur le nombre de jours de loisirs d’Angela Merkel. Mais son pécule de vacances est certainement un peu plus élevé que la moyenne...

 

Peut-être les Grecs travaillent-ils tout simplement moins ? Non plus. D’après les chiffres de l’OCDE, les Grecs ont, en 2008, travaillé en moyenne 2 120 heures, soit 740 de moins qu’aux Pays-Bas, mais 470 de plus que les Britanniques.

 

De toutes ces allégations sur les Grecs paresseux et éternels vacanciers – et, par extension, les Portugais, les Espagnols et autres habitants des « pays de l’ail », comme les qualifie le toujours délicat Geert Wilders, politicien néerlandais en vue, islamophobe et d’une droite garantie sans additifs –, rien n’est exact. Mais le mal est fait. Les déclarations de Merkel ont fait la Une. Et le cliché est bien ancré : les profiteurs méditerranéens gaspillent notre bel argent aux dépens des irréprochables contribuables du Nord de l’Europe. Comme le disait Einstein : la fission d’un préjugé est plus difficile que celle de l’atome.

 

Ouzo, mezze, Rousfeti et Fakelakia

 

Au xxe siècle, la Grèce a connu deux dictatures, une occupation étrangère et une guerre civile. Après la dictature de droite des colonels en 1975 est enfin née une république parlementaire. Le pays n’avait, jusqu’alors, jamais connu de sécurité sociale. L’aide sociale pour les malades, les pensionnés, les invalides et les chômeurs n’existait quasiment pas. Il y avait le soutien de la famille et des amis ou – pour qui pouvait se le permettre – un petit bas de laine, un point c’est tout. Donc, tout ce qui concernait les questions sociales restait à élaborer.

 

En 1981, le parti social-démocrate Pasok est arrivé au pouvoir et a créé l’amorce de tout un système de clientélisme politique, principalement dans le secteur public. Sans carte de parti, pas de job, pas de protection sociale, pas d’allocations. Cette politique de clientélisme porte un nom : Rousfeti. Le Pasok et le parti de droite Nouvelle Démocratie sont des maîtres en la matière. On connaît bien sûr le phénomène, qui n’est d’ailleurs pas vraiment inconnu dans notre pays.

 

Une politique de copinage pour chacun, mais surtout pour les grandes entreprises. Le système de pots-de vin porte, lui, le nom de Fakelakia. Avec, probablement comme sommet, les contrats pour les Jeux olympiques, où l’État grec a, in fine, perdu quelque huit milliards d’euros. Pour obtenir les contrats du système de sécurité ultrasophistiqué des Jeux olympiques, par exemple, Siemens a acheté divers politiciens, des hauts fonctionnaires et des hauts gradés de l’armée. Tant la Nouvelle Démocratie que le Pasok sont passés à la caisse. Un ancien cadre du Pasok a avoué qu’il avait touché quatre cent vingt mille euros d’un dirigeant de Siemens, peu avant les élections de 2000. Un geste de bonne volonté, disons, même si le geste en question a coûté près d’un demi-million d’euros. « Mais, s’est justifié le monsieur en question, j’ai reversé cet argent au parti sans informer la direction de sa provenance. » Quoi qu’il en soit, Siemens a obtenu le contrat. Une histoire qui fleure bon l’affaire Agusta-Dassault. La corruption existe donc bel et bien en Grèce.

 

La fraude fiscale de six mille des plus grandes entreprises est estimée à quinze milliards d’euros par an. En comparaison, la fraude fiscale en Belgique est évaluée à vingt milliards d’euros. Et chacun se souvient de l’argent noir luxembourgeois de la KBC, resté intouché à cause d’erreurs de procédure. Ou que l’État belge a même dû dédommager le baron du textile Roger De Clerck, accusé de fraude avérée, parce que son procès avait duré... trop longtemps. Le clientélisme politique et la corruption ne sont donc pas des spécialités typiquement grecques, ni belges d’ailleurs. Elles sont propres au capitalisme, au jeu de coudes pour s’emparer de la plus grosse part du marché et réaliser des rendements à plusieurs chiffres.

 

« C’est une épine dans le pied des Grecs que le Premier ministre Papandréou n’ait toujours pas dénoncé de politicien corrompu, ni sanctionné d’entrepreneur ou d’armateur, et qu’aucun centime ne soit récupéré des milliards d’euros disparus dans ces poches », insiste Ingeborg Beugel. Avant sa démission en novembre 2011, le gouvernement socialiste de Papandréou est conspué. Là où se rend le Premier ministre, on hisse les drapeaux noirs. Quand son ministre de l’Intérieur se rend au cinéma et que les étudiants le reconnaissent dans la salle, il est arrosé de yaourt et d’eau. Puis expulsé sous les quolibets.

 

« Un gouvernement de voleurs. » C’est ainsi que, dans son analyse, le professeur de sociologie James Petras qualifie le gouvernement Pasok : « Le Pasok s’est construit autour d’une élite et d’une base qui ne payaient jamais d’impôts mais profitaient des caisses de l’État et de cadeaux des pouvoirs publics. De richissimes armateurs ont éludé l’impôt en navigant sous pavillon étranger (Panama). Mais ils acceptaient d’engager des capitaines grecs et alimentaient volontiers les caisses du parti. Des juristes, médecins et architectes déclaraient à peine des revenus, mais recevaient sous la table des sommes d’argent noir dépassant de loin n’importe quel salaire. Des chefs d’entreprises, spéculateurs immobiliers, banquiers et importateurs graissaient la patte des dirigeants du parti pour s’assurer des abattements fiscaux et sécuriser leurs prêts de l’Union européenne, qu’ils recyclaient en propriétés touristiques et en comptes en banque à l’étranger. Ainsi le parti et le gratin des affaires ont formé un réseau organisé de kleptocrates : ils pillaient le Trésor public et envoyaient la facture aux travailleurs salariés, les impôts de ceux-ci étant prélevés à la source. Pour un salarié, la Grèce est le pire pays au monde, puisque le salariat est bien le seul segment de la société à être, tout à la fois, exploité et imposé. »[7]

 Partie II

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 06:32

Partie II

Goldman Sachs International et le traficotage des chiffres

 

Le fait que la richesse produite au cours des années ait été monopolisée par l’élite alors que le pouvoir d’achat de la population restait à la traîne a rendu la Grèce structurellement instable. D’autant plus que les revenus du plus grand nombre ont été affectés, en grande partie, à l’acquisition de biens de consommation produits à l’étranger. Le versant sud de l’Europe a servi de débouché pour les économies d’exportation, Allemagne en tête. C’est pour cela que le Sud a reçu sans trop de difficultés des crédits, entre autres de… l’Allemagne. Ainsi, l’argent emprunté à l’étranger retournait derechef au généreux prêteur.

 

Durant la période 1975-1980, la balance commerciale de la Grèce affichait encore un excédent de 1,5 % : il y avait plus de marchandises et de services exportés qu’importés. Dans les années 1990-2000, cette balance a basculé vers un déficit de 3 %. Et les résultats ont empiré vers une balance négative de 10 à 13 % depuis l’introduction de l’euro. La Grèce a dû importer des marchandises qu’elle produisait auparavant.

 

Avec la crise financière, la dette publique a grimpé à toute allure : de 115 % du PIB en 2007, elle est passée à 143 % en 2010. Il en résulte que les taux d’intérêt afférents à cette dette ont aussi grimpé très vite, par réaction en chaîne. En effet, quand un pays devient lourdement endetté, ses créanciers et les organismes prêteurs commencent à se méfier. Ils n’acceptent plus de lui prêter de l’argent que moyennant un taux d’intérêt plus élevé, en contrepartie du risque accru de ne pas être remboursés.

 

Cette charge d’intérêts sans cesse croissante a lourdement plombé l’économie : il y a une décennie, les Grecs devaient rembourser annuellement neuf milliards d’euros pour payer les intérêts sur les prêts en cours. En 2010, cette charge dépassait les quinze milliards !

 

Tout a explosé en octobre 2009, lorsque les « deux Papas » de la social-démocratie grecque, le Premier ministre Georges Papandréou et son ministre des Finances, Georges Papakonstantinou, ont révélé que leurs prédécesseurs du parti de droite Nouvelle Démocratie avaient systématiquement présenté des chiffres faux, bien trop flatteurs sur la dette de l’État. En 2009, le déficit budgétaire de la Grèce se serait élevé à 12,7 %, au lieu de 3,7 % annoncés ! Les collègues Premiers ministres et ministres des autres pays européens ont prétendu que les Grecs avaient trompé presque tout le monde en Europe. Didier Reynders, de mémoire d’homme notre ministre des Finances, a, plus tard, humblement reconnu dans le journal financier françaisLa Tribune : « Dès l’entrée de la Grèce dans la zone euro en 2001, on savait que ses statistiques étaient faussées. »[8] Le New York Times a déclaré que deux grandes banques américaines, JPMorgan et Goldman Sachs, ont aidé pendant dix ans, et très « professionnellement », à dissimuler la véritable dette de la Grèce[9]. Et qui était, à cette période, vice-président et managing director de Goldman Sachs International ? Monsieur Mario Draghi, aujourd’hui président de… la Banque centrale européenne (BCE) ! Malgré le traficotage des chiffres grecs – dont Draghi avait dû être au courant (c’était sa banque, après tout…) –, Merkel, Sarkozy et d’autres dirigeants européens n’ont pas hésité à appuyer la nomination de Draghi à la nouvelle présidence de la BCE. Ils sont donc, clairement, des champions de la double morale. D’une main, ils agitent un index réprobateur pour faire la leçon aux falsificateurs des chiffres budgétaire de la Grèce. De l’autre, ils amènent en grande pompe à une des fonctions européennes les plus stratégiques le dirigeant majeur qui a contribué à cette falsification.

 

La volonté de la troïka fait loi

 

Après les révélations des deux Papas du Pasok, fin 2009, les marchés financiers se sont rués sur la Grèce comme le Minotaure sur la jeunesse athénienne. Immédiatement, les agences de notation ont abaissé la cote de solvabilité de la Grèce, de sorte que, pour Athènes, il est devenu plus cher d’emprunter de l’argent. L’intérêt sur ces emprunts a grimpé de plus en plus. Les spéculateurs visaient aussi la faillite de la Grèce. Ils ont acheté à grande échelle des credit default swaps, une sorte d’assurance qui rapporte beaucoup si la Grèce n’est plus en mesure de rembourser ses emprunts d’État.

 

Le 15 janvier 2010, Papandréou, dans ses petits souliers, introduit un premier plan auprès de la Commission européenne. C’est le plus grand plan d’austérité depuis les années 1950. Le Pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne détermine en effet que le déficit budgétaire de chaque pays-membre doit être limité à 3 %, et Papandréou se plie à cette norme. Il augmente la TVA, recule l’âge de la pension et coupe radicalement dans les services publics. Il promet aussi de s’attaquer à l’évasion fiscale. Les instances européennes donnent leur accord mais, en même temps, la Grèce est placée sous étroite surveillance de l’Union.

 

Le 3 mars 2010, le peuple grec riposte au plan de Papandréou. Ce jour-là, toute la Grèce est en ébullition. Les ports, les aéroports, les banques, la radio et la télévision, les écoles, les transports publics... tout est à l’arrêt. La Grèce descend dans la rue. Le Parlement doit, ce jour-là, approuver le plan. La Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international menacent. La volonté de cette « troïka » fait loi. Sinon, pas d’aide. Georges Papakonstantinou conjure l’hémicycle de voter le plan draconien d’économies pour « regagner notre crédibilité sur les marchés ».


Partout en Europe, les gens en « costards chics taillés sur mesure » applaudissent avec enthousiasme. La nouvelle Dame de fer, Angela Merkel, est aux anges : « Nous sommes enchantés des mesures prises aujourd’hui par le gouvernement grec. C’est un signal très important pour que les marchés reprennent confiance en ce pays, mais aussi en l’euro. »[10]


L’Allemagne, les Pays-Bas et d’autres auraient préféré laisser la Grèce faire faillite. La population avait dans ce but été bien préparée : « 61% des Allemands sont contre tout soutien à la Grèce », annonce, en ce mois de mars 2010, la presse qui nage dans le sens du courant. Comment en irait-il autrement quand on serine pendant des semaines que le sauvetage de la Grèce coûtera des centaines d’euros aux familles allemandes ?


Mais les banques allemandes et les autres restent avec des milliards de reconnaissance de dettes grecques sur les bras. Non seulement les banques sont vulnérables, mais les assureurs et les fonds de pension aussi, dont beaucoup sont également exposés au « risque grec » en raison de leurs placements. Il y a, en outre, le risque d’un effet domino qui pourrait faire tomber à leur tour d’autres pays européens comme l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne, voire l’Italie. Ce serait une catastrophe. Et, par conséquent, les plans de sauvetage européens se multiplient.


Le printemps 2010 n’apporte pas de changement. La position de la Grèce sur le marché des capitaux continue à empirer. Fin avril 2010, Georges Papandréou envoie un signal d’alarme depuis son île de vacances, Kastelorizo. La situation est si pénible qu’il implore à genoux l’Union européenne d’accorder de nouveaux crédits à son pays. Jean-Claude Trichet, encore président de la Banque centrale européenne, Dominique Strauss-Kahn, à l’époque toujours directeur du Fonds monétaire international (FMI), et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, exigent davantage de mesures d’économies draconiennes. « Faites payer les frais aux Grecs » est l’exigence de la troïka. Le réseau de la famille Latsis et d’autres richissimes Hellènes n’y sont probablement pas étrangers.

 

Entre-temps, les fonctionnaires du FMI, de l’Union européenne et de la BCE s’envolent vers Athènes pour concrétiser cette surveillance concurrentielle. Le 2 mai, Papandréou présente un nouveau paquet de mesures d’austérité. Un paquet de larmes et de sang. Les salaires des services publics sont diminués en moyenne de 10 %. La TVA est encore augmentée. Les rétributions des heures supplémentaires subissent une cure d’amaigrissement, tout comme les primes de Pâques, de Noël et les jours de congé, également pour tous les pensionnés. Il faut désormais avoir cotisé pendant 40 ans, au lieu de 37, pour avoir droit à une pension complète. La pension est dorénavant calculée sur la base des dix dernières années de carrière, au lieu des cinq années les mieux rémunérées. Pour la plupart des gens, la pension diminue fortement. Le salaire minimum tombe à 592 euros par mois. Trois jours plus tard, le 5 mai, les syndicats organisent une grève générale, la troisième en quelques mois. Papandréou fait le gros dos.

 

Irini en ressent très vite les conséquences. Elle a 29 ans et est enseignante. « Aujourd’hui, mon salaire a été versé sur mon compte, explique-t-elle. Pour la première fois, c’est un autre montant, à cause des mesures de Papandréou. J’ai calculé que j’aurai plus d’un mois de salaire en moins par année. C’est incroyable que l’enseignement soit à ce point touché. Pourquoi Papandréou ne s’en prend-il pas à d’autres secteurs ? Les riches armateurs, par exemple ? Ceux-là ne doivent-ils pas également contribuer ? »

 

Faire payer par les institutrices maternelles, les hôtesses de l’air, les agriculteurs, les employés de banque, les ouvriers du bâtiment, les vendeurs et vendeuses, les pensionnés une crise qu’ils n’ont pas provoquée, pour restaurer le confiance des marchés ? Pour beaucoup, la coupe est pleine. Ingeborg Beugel a fait le calcul : « Un enseignant gagne encore en moyenne, après la première vague d’économies de 2010, 800 euros par mois. De cela, 500 euros vont au loyer et autres charges fixes. Il reste 300 euros pour vivre. Comme enseignant, on ne peut presque pas se permettre de fonder une famille. Et comment une institutrice maternelle ou une hôtesse de l’air peuvent-elles se débrouiller avec un salaire de 650 euros par mois ? »[11]

 

La Deutsche Bank gagne du temps

 

Et pourtant, malgré le massacre social, l’attaque des marchés financiers sur la Grèce se poursuit. L’ambiance à Bruxelles est fébrile, début mai 2010. Réunions et de coups de téléphone pullulent. « Nous sommes dans une situation semblable au lendemain de la chute de Lehman Brothers » : cela sonne comme un cri d’alarme, ce vendredi 7 mai, au sommet européen des chefs d’État et Premiers ministres. « Il nous faut un accord avant l’ouverture des bourses asiatiques lundi matin. » Le sommet en fixe les grandes lignes le soir même. Une réunion extraordinaire des ministres des Finances européens doit encore en peaufiner les mesures d’exécution concrètes pendant le week-end. In extremis, un peu avant deux heures du matin, le lundi 10 mai, le résultat sort de la boîte.

 

Malgré la fatigue, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, reste droit comme un « i », ce lundi matin à trois heures et quart. Dans une déclaration concise, il fait savoir que la BCE procédera à l’achat massif d’obligations d’État des « pays à problème ». Pour les ultralibéraux, c’est un péché mortel. Ils sont d’avis que les banques centrales ne peuvent intervenir dans des problèmes budgétaires, pas même la BCE. Cela se passe quand même.

 

La BCE n’achètera pas directement auprès des pouvoirs publics de douteuses reconnaissances de dette des « pays à problème », mais bien sur le « marché secondaire », donc auprès des banques. Ainsi, celles-ci peuvent se débarrasser de leurs obligations pourries en échange de l’argent que la BCE fait imprimer. La BCE devient ainsi une bad bank, comme la Fed américaine l’est déjà.

 

La deuxième conclusion du sommet de mai consiste en la création par les pays de l’Union d’un fonds commun, le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Ce FESF a le droit d’octroyer aux pays en difficulté des prêts qu’ils ne peuvent plus obtenir à des conditions acceptables sur les marchés financiers. Le FESF apportera ces prêts sous forme d’obligations sur le marché. Le mot « euro-obligation » ne peut être utilisé car les États-membres n’accordent pas de crédit direct aux pays en difficulté. C’est le FESF qui s’en charge. Les États-membres se portent garants de ces crédits. La Commission et la BCE présentent le FESF comme s’il était un instrument de dépannage pour les « pays en difficulté ». En fait, le FESF doit surtout empêcher que ces pays ne fassent trop vite faillite, parce qu’alors, les grandes banques subiraient d’énormes pertes par les obligations pourries de ces pays.

 

Début mai, l’Union européenne met aussi au point le « plan de sauvetage grec » de cent dix milliards d’euros. Une condition à l’octroi de ce paquet : le pouvoir de décision est transféré d’Athènes à la triple tutelle de la Commission européenne, de la BCE et du FMI, qui contribue également au financement. Quatre fois par an, cette troïka publie un rapport sur l’état d’avancement des réformes et des économies. Sans progrès satisfaisants, finis les prêts.

 

À côté de Jean-Claude Trichet, en ces jours de mai 2010, un autre banquier joue aussi, en coulisses, un rôle majeur : Josef Ackermann, PDG de la Deutsche Bank. Pour que ce soit clair, il s’agit d’une banque privée. Une des plus grandes au monde. Ackermann vise toujours des « rendements à deux chiffres » pour sa banque. La Grèce a beaucoup de dettes auprès des banques européennes, surtout en France et en Allemagne. Pour elles, ces créances douteuses et dangereuses se chiffrent en milliards d’euros. Si la Grèce fait faillite, elles ne reverront pas la couleur de leur argent. Et, donc, elles poussent activement à un plan de sauvetage. Mieux encore, elles rédigent ce plan elles-mêmes. Ackermann a pris cette tâche sur lui. C’est une « course contre la montre », écrit la chaîne publique allemande ARD sur son site Internet.

 

La chaîne annonce un reportage télé marquant de Monitor, le Questions à la Une allemand. Le titre : « Sauvetage grec coûteux, un habile coup de la Deutsche Bank ? » Le téléspectateur allemand peut jeter un petit coup d’œil derrière le décor[12].

 

Naturellement, durant la tempête de la crise financière de 2008, tout le monde avait promis que « les choses allaient changer ». Les pouvoirs publics gouverneraient à nouveau de manière indépendante, sans se sentir obligés de danser comme sifflent les banquiers et les spéculateurs. Mais, une fois la tempête calmée, la vie habituelle reprit son cours normal. Et, dans cette vie « normale », ce sont les Ackermann qui dictent les règles. Concernant la faillite grecque qui menace au printemps 2010, il importe surtout de gagner du temps. Ackermann fait la navette entre Berlin, Francfort et Athènes. Il s’entretient aussi régulièrement avec le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, pour mettre un plan de sauvetage à flot. C’est donc un directeur de banque qui donne la leçon au ministre des Finances. La Démocratie, c’est bien beau, mais pour les affaires sérieuses, c’est la Deutsche Bank qui fait la loi. Monitor montre qu’Ackermann a eu la main très lourde dans le « plan de sauvetage grec ». Ce plan devait d’abord et avant tout servir à gagner du temps. Temps pendant lequel les banques européennes et les assureurs pouvaient se débarrasser massivement de leurs intérêts grecs. L’émission de l’ARD concluait que le plan de sauvetage avait été « principalement utilisé pour rembourser les banques européennes, et pas pour maintenir la Grèce debout ».

 

Que la BCE achète désormais des obligations sur le marché secondaire – auprès des banques, donc – est un fameux coup de pouce ! Les représentants des banques à la City de Londres annoncent, le lendemain du sommet, le lundi 10 mai, que les institutions financières se débarrassent des obligations pourries – surtout grecques, portugaises et irlandaises – sur les banques centrales d’Allemagne et de France, en échange d’achat d’emprunts d’État sains, allemands ou britanniques[13].

À la fin avril 2010, les banques allemandes détenaient encore pour 16 milliards de prêts grecs. En février 2011, ce montant était réduit à 10 milliards. Dont seulement 1,6 milliard dans le portefeuille de la Deutsche Bank. Les banques françaises étaient moins rassurées : en février 2011, elles avaient encore presque 17 milliards de prêts grecs sur les bras. En Belgique, c’est surtout Dexia qui est resté exposé au risque grec, à concurrence de 5 milliards d’obligations pourries.

 

Le chantage printanier du big business

 

Le bon sens prédirait que la crise ne peut qu’aller en s’aggravant si d’énormes économies sont effectuées pour rembourser la dette de l’État grec. Il ne faut pas être docteur en économie pour comprendre que, quand on paralyse l’État, on appauvrit le peuple qui, à son tour, dépense moins et contribue involontairement à l’anémie de la machine économique. Les investisseurs se sont enfuis. En 2010, les importations grecques ont brusquement dégringolé d’un cinquième par rapport à l’année précédente, ce qui a également déprimé l’activité des pays fournisseurs de la Grèce. Par exemple, depuis 2008, les exportations belges vers la Grèce ont diminué d’un quart[14].

 

Entre-temps, la résistance en Grèce a continué d’enfler. En 2009, le gouvernement grec avait confié l’exploitation des routes nationales à des entreprises privées. Elles ont instauré des taxes routières très chères alors que, très souvent, il n’existait pas de routes parallèles alternatives. Le parcours entre Athènes en Thessalonique, par exemple, coûte désormais 45 euros. Les gens ont réagi avec colère et des comités « Nous ne payons pas ! » ont vu le jour. Les activistes de ces comités populaires ont enfilé des gilets de sécurité orange fluorescents, sont allés aux péages, y ont ouvert les barrières et ont laissé passer les automobilistes. Leur veste affichait l’inscription : « Désobéissance totale ». Sur leurs calicots : « Nous ne payons pas ! » et « Nous ne donnons pas d’argent aux banquiers étrangers ». Reconnaissants, les automobilistes passaient en levant le pouce. Début 2011, quatre automobilistes sur dix refusaient de payer la taxe routière et, à certains endroits, ils étaient huit sur dix[15].

 

Ainsi a commencé l’année 2011. Alors que les gens s’organisaient, les agences de notation ont dévalué la cote de solvabilité de la Grèce jusqu’au zéro absolu. Ils partent du principe que la Grèce ne sera pas en état de rembourser ses emprunts. Réduire les dépenses, ratiboiser les pensions, saigner les services publics, démanteler les emplois fixes, rogner sur les pécules de vacances et augmenter la TVA... Rien n’y fait. Les prêts à la Grèce deviennent encore plus chers, en raison des décisions des agences de notation. Nouvelle panique sur les marchés financiers. Les banques allemandes et françaises ont déjà pu se débarrasser d’un gros volume de « papier » grec, mais il leur en reste un bon paquet qui, désormais, ne vaut plus un clou.

 

Le 13 juin, le Financial Times annonce qu’un consortium de grandes banques insiste pour que, au prochain sommet européen, il faille obliger l’Union européenne à un buy-back, un rachat de la dette grecque, grâce à l’injection d’argent public par milliards. « Sans une action rapide, avertit le consortium, des pays comme l’Espagne et l’Italie pourraient plonger aussi. » Lisez bien : pour les grandes banques, il ne s’agit plus seulement de la Grèce, mais, surtout, d’enrayer l’effet domino que pourrait causer une faillite grecque.

 

Trends écrit : « En fait, les banques font du chantage auprès des pouvoirs publics : rachetez-nous les dettes, ou bien nous sèmerons la pagaille, et alors c’en sera fini de l’euro. »[16] Ces grandes banques n’hésitent pas à prendre toute l’Union européenne en otage. Lorsque, en 2008, nombre de banques européennes se sont retrouvées en difficulté parce qu’elles étaient exposées aux risque issus de la crise américaine des subprimes, les pouvoirs publics nationaux ont dû venir à leur secours. En 2011, avec les difficultés financières des États grec, portugais, italien, irlandais et espagnol, ces mêmes grandes banques appellent à nouveau à l’aide les pouvoirs publics – et, donc, le contribuable – à reprendre ces obligations d’État.

 

Le 21 juillet 2011, jour de notre pluvieuse fête nationale, le Conseil de l’Europe se réunit avec, en coulisses, la fine fleur des banquiers européens. Ce sommet parvient à un vague accord. Il y aura 109 milliards d’euros pour un nouveau financement « de la Grèce », plus un allongement de l’échéance de ces prêts de quinze à trente ans. Les banques contribueront « sur une base volontaire, pour 37 milliards d’euros ». En échange, la mainmise de la troïka sur le pays est encore renforcée : une taskforce se profile pour « donner une nouvelle impulsion à l’économie grecque ».

 

Soldes sur la mer Egée : on liquide !

 

En échange du nouveau « plan de sauvetage », à l’été 2011, la Grèce est contrainte à une vente massive de ses propriétés publiques. Les Grecs peuvent seulement garder l’Acropole, jusqu’à nouvel ordre. À part la vente des billets d’entrée, car ces rentrées sont privatisées. Comme tout le reste. À des prix cassés, le couteau sur la gorge. Le Pirée est stratégique comme port de marchandises, principalement pour les produits chinois. La troïka oblige la Grèce à mettre le port en vente en grande partie. Pour les entreprises allemandes et chinoises, il y a maintenant de bonnes affaires en Grèce : c’est la période des soldes. Les Grecs sont obligés d’organiser une braderie où des biens publics sont mis en vente pour quelque cinquante milliards d’euros. Le FMI envoie des conseillers à Athènes pour chaperonner le processus. L’affaire doit être bouclée en trois ans.

 

Une vingtaine d’entreprises publiques sont immédiatement mises en vente. La liste est discutée avec la troïka. La Deutsche Telekom AG en récolte le plus gros morceau. Elle va à nouveau acheter 10 % de participations dans l’OTE, la plus importante entreprise grecque de télécoms. Cela coûte à Deutsche Telekom quatre cents millions d’euros, un prix dérisoire. Les Allemands contrôlent ainsi quelque 40 % d’OTE. L’État grec ne possède plus que 10 % des participations. Les Allemands sont surtout intéressés par les réseaux mobiles d’OTE en Roumanie, Bulgarie et Albanie. Et par les 20 % de participations d’OTE dans les télécoms serbes. Deutsche Telekom fait ainsi une affaire en or dans sa conquête des Balkans.

 

Des parties de l’aéroport d’Athènes sont à vendre pour trois cent cinquante millions d’euros. Les grandes entreprises allemandes et chinoises sont en forte concurrence pour conclure cet achat et, de cette manière, contrôler l’aéroport jusqu’en 2046. Un quart du port du Pirée est à vendre, tout comme un quart du port de Thessalonique, un tiers de la Banque postale hellénique, 40 % de la compagnie des eaux de Thessalonique, la moitié du distributeur de gaz DEPA, un tiers du distributeur de gaz DESFA et 99,8 % du fabricant d’armes Hellenic Defense Systems. La Loterie nationale sera vendue à 100 %, tout comme les courses hippiques et la compagnie de chemin de fer TrainOSE.

 

En 2012, la poste grecque sera aussi en grande partie offerte à la vente, de même qu’un plus grand nombre de ports et les compagnies des eaux athéniennes. Idem pour la Banque agricole grecque, la compagnie pétrolière nationale, les aéroports régionaux et, probablement, les autoroutes, qui devraient être vendues dans les prochaines années.

Mais c’est compter sans la résistance. Dans quasiment tous les secteurs publics, les gens s’organisent avec les syndicats pour arrêter cette liquidation. Le service aux voyageurs du ministère belge des Affaires étrangères avertit même de ces actions : « Actuellement, des grèves et des manifestations ont régulièrement lieu, surtout dans les villes d’Athènes et de Thessalonique. Étant donné que les manifestations peuvent entraîner de la violence, il est déconseillé de se rendre dans les quartiers athéniens où celles-ci se déroulent, habituellement aux alentours du Parlement, Syntagma, Omonia ou Exarchia. Ces actions peuvent affecter les transports publics, sporadiquement le trafic aérien, les taxis, les hôpitaux, les pharmacies. »[17]

 

Les travailleurs, usagers et syndicats grecs refusent massivement la vague de privatisations, mais le Parti socialiste européen (PSE), dont font partie le PS et le sp.a, la soutient tenacement. Le président du PSE, Poul Nyrup Rasmussen, se déplace jusqu’à Athènes pour répéter qu’il n’y a pas d’autre solution. Les sociaux-démocrates doivent, selon lui, construire des ponts pour le futur. « Nous devons réaliser que nous devons construire des ponts avec l’avenir, sinon les autres décideront de l’avenir à notre place. »[18] Des ponts avec l’avenir ? Pas vraiment la métaphore adéquate lorsque le réseau routier grec est à vendre.

 

Pour défendre l’impulsion de la troïka et du Premier ministre Papandréou, certains sociaux-démocrates vont parfois très loin. La parlementaire du Pasok Elena Panaritis avance fièrement : « Margaret Thatcher a eu besoin de onze ans pour mener à bien ses réformes dans un pays qui connaissait de moins grands problèmes structurels. Notre programme a été mis sur pied il y a seulement quatorze mois ! »[19] Autrement dit : Papandréou fait mieux que Thatcher. Et pourtant, Philippe Moureaux, vice-président du PS, donne « 8/10 » à l’action de Papandréou quand il répond à Pascal Vrebos sur les plateaux du JT de RTL. Après que son camarade, le député européen Marc Tarabella, eut aussi vigoureusement pris la défense du Premier ministre grec, rejetant la responsabilité du marasme grec sur la seule droite de la Nouvelle Démocratie[20]. On peine à voir ce qu’il y a de socialiste dans cette politique.

 

« Chaque jour, des gens désespérés manifestent dans le centre d’Athènes, témoigne Ingeborg Beugel. Non, ils ne se dorent pas la pilule sur la plage en sirotant de l’ouzo. Le marché implose. Les revenus en baisse et les hausses d’impôts ne donnent rien : d’une vache tarie, il n’y a plus de lait à tirer. Tous les secteurs publics grecs doivent être privatisés, pas tellement pour aider les Grecs, pour rendre les institutions qui fonctionnent mal plus efficaces, mais parce qu’ils peuvent servir de garantie pour les banques européennes. Des revenus fortement rabotés et des impôts augmentés en combinaison avec des prêts extrêmement lourds ne mettent pas seulement une économie par terre, mais aussi la cohésion d’une société. »[21]

 

Le chômage des jeunes : 43 %

 

Les trois quarts des Grecs en dessous de 30 ans habitent de nouveau chez leurs parents. Hôtel Maman. « Cela marque toute une génération », observe Oreste Xanidis, un enseignant de 29 ans. Il habite encore chez ses parents. Il reçoit la visite d’une amie. Sa mère est à table avec eux. Oreste confie que, vu qu’il ne peut envisager d’avoir son propre logement, c’est une chance qu’il s’entende bien avec ses parents. « J’ai calculé, et ce n’est absolument pas possible, explique-t-il. Mon salaire est trop bas. Quelques amis ont bien essayé mais, à la fin du mois, ils étaient plus qu’à sec. Aussi longtemps que vous habitez chez vos parents, vous êtes leur enfant. Bien sûr, cela dépend d’une famille à l’autre, mais rester à la maison empêche beaucoup de jeunes de s’épanouir. Beaucoup de relations en souffrent aussi. Cela a également beaucoup à voir avec le fait que tant de gens n’ont pas d’emploi fixe. Alors, on a 30 ou 35 ans, mais on se sent comme si on en avait 22, l’âge des amourettes de vacances. Ces jeunes adultes n’ont tout simplement pas le sentiment qu’ils peuvent construire leur propre ménage et prendre vraiment leur vie en mains. »

 

Le syndicaliste Georges Skiadiotis raconte : « Toutes les lois qui protégeaient les travailleurs des secteurs public et privé sont en train d’être abolies. L’obligation d’accorder un salaire minimum a été, par exemple, supprimée. Depuis cette année, les employeurs peuvent embaucher des jeunes travailleurs pour 500 euros par mois, bien en dessous du salaire minimum, qui est de 750 euros. »[22]

 

Le nombre de suicides en Grèce a été multiplié par quatre en deux ans. En 2011, Un Grec sur quatre vivait en dessous du seuil de pauvreté, un sur cinq gagnait moins de 6 480 euros par an. Chez soixante mille familles, l’électricité a été coupée parce qu’elles ne pouvaient plus payer leur facture.

 

Beaucoup d’Albanais et de Bulgares qui travaillaient dans la construction sont retournés dans leur pays avec l’espoir d’y trouver de meilleures conditions de vie. Des milliers de jeunes diplômés grecs pensent déménager à l’étranger, en Allemagne, au Canada, en Australie, à Londres..., en quête d’un véritable avenir. Les médias parlent beaucoup de cette fuite des cerveaux, des rêves de départ de la jeunesse. Mais, entre le rêve et la réalité, il y a de la marge. Comme, par exemple, savoir qu’ailleurs non plus, on ne trouvera pas le paradis.

 

Le chiffre officiel du chômage en Grèce est de 16,5 %. En 2012, il grimpera à 22 %, selon les prévisions. Pour les moins de 25 ans, ce chiffre est même de 43,1 %.

 

En 2010, l’économie grecque s’est contractée de 4,5 %. En 2011, elle a encore perdu quelque 5 %, et une baisse supplémentaire de 2,5 % est attendue en 2012. « Il n’est pas nécessaire de connaître le mythe de Sisyphe pour voir que des mesures qui conduisent à -7 % de croissance ne réduisent pas le déficit. Il ne faut pas avoir lu Platon pour comprendre que diminuer de moitié les salaires et les pensions signifie que les gens ne seront plus en mesure de payer des taxes et des impôts exorbitants », écrit The Guardian[23].

 

La troïka étrangle la Grèce : une crise humanitaire

 

Celui qui, aujourd’hui, se promène dans Athènes, doit se frayer un chemin entre des milliers de pancartes rouges et vertes : « Enoikiazetai », à louer. Un tiers des 165 000 commerces ont déjà fermé. Beaucoup de ménages à deux revenus, qui, auparavant, pouvaient compter sur presque 3 000 euros mensuels, n’ont plus que deux fois 400 euros d’allocations de chômage, souvent payées avec des mois de retard. Le personnel hospitalier ne reçoit plus de salaire depuis des mois, et on le calme en promettant « l’année prochaine ». En septembre 2011, les personnes qui travaillent à l’Acropole n’avaient plus été payées depuis vingt-deux mois ! Lorsqu’elles ont protesté, ce n’est pas leur salaire qu’elles ont reçu, mais une autre rétribution : du gaz lacrymogène. Dans le privé également, les salaires tardifs s’accumulent. « Ils me doivent encore 3000 euros d’arriérés », s’énerve Margarita Koutalaki, qui travaille à temps partiel comme serveuse, pour 6,5 euros l’heure. Elle est divorcée et élève une fille de 11 ans.

 

Aux murs des écoles publiques, on trouve des affiches pour des réunions de parents sur le manque de livres scolaires. La plupart des écoliers n’ont plus que deux ou trois manuels. L’enseignement public n’en reçoit plus parce que les écoles ne peuvent plus en payer l’impression. Dans certains cas, les élèves disposent de leçons sur DVD.

 

Les abribus sont couverts de petites annonces pour des cours particuliers : biologie, anglais, espagnol, danse, jonglerie... c’est inimaginable. Comment survivre est LE sujet de toutes les conversations.

 

Günter Tews, avocat de la ville de Linz, en Autriche, qui possède une résidence secondaire à Athènes, ne peut plus le supporter. « Les Grecs sont saignés à blanc. C’est un génocide financier, lance-t-il. Où sont restés tous les crédits accordés ? Certainement pas parmi la population. Le peuple grec ne refuse pas de subir des restrictions mais il n’en est plus capable. Toutes les protections des travailleurs ont simplement disparu. La porte est grande ouverte à l’exploitation. Celui qui travaille toujours s’épuise à mort pour un salaire de famine. Lorsque des délégués de la troïka ou de l’UE vont déjeuner avec des politiciens grecs pour 300 euros par personne, on peut se poser la question : quand cette casserole à pression va-t-elle exploser ? »[24]

 

La troïka a également lancé un ultimatum à Athènes : en 2011, 310 millions d’euros devaient être économisés dans les soins de santé, et 1,43 milliard d’euros supplémentaires devront l’être les trois années suivantes. En Grèce, on ne compte déjà que 4,7 lits d’hôpital pour 1000 habitants – contre 6,8 en Belgique – et pourtant, ce nombre doit être réduit d’un tiers[25]. Le nombre d’hôpitaux publics va diminuer de 133 à 83. Depuis 2010, pour chaque visite, il faut payer 5 euros de ticket modérateur. Mais, heureusement, il existe pour l’instant certaines exceptions. « Une des mesures à venir est de supprimer ces exceptions au paiement de 5 euros, s’écrie le docteur Nikitis Kanakis, à la tête de Médecins du Monde Grèce, 5 euros, ça ne paraît pas beaucoup mais, pour des personnes aux très bas revenus, cette petite somme représente une grande partie de leur budget. En très peu de temps, on constate un changement inimaginable au sein de la population. La faim est de retour en Grèce. Certains enfants et personnes âgées présentent déjà des signes de sous-alimentation. C’est surtout le cas chez les migrants, mais aussi chez des citoyens grecs. Une crise humanitaire se développe dans ce pays, et personne ne veut le voir. »[26]

 

Les économies imposées par l’Union européenne amènent un nombre croissant de Grecs au suicide, à la drogue et à d’autres addictions, à la prostitution et à la dépression. Telle est la conclusion d’une étude de la très réputée revue médicale The Lancet  : « Nous constatons des tendances très inquiétantes, un doublement des cas de suicides, une hausse des homicides, une augmentation de 50 % des infections au virus HIV et des gens qui nous disent que leur santé a empiré mais qu’ils ne peuvent plus consulter de médecin, même s’ils devraient le faire », rapporte le sociologue David Stuckler[27].

 

On tire aussi la sonnette d’alarme chez Médecins sans Frontières, qui a créé un centre de soins en Grèce pour les réfugiés n’ayant pas accès au système de soins de santé. « Avec la croissance de la crise, nous apercevons les symptômes d’un plus grand problème, observe Apostolos Veizis, à la tête de MSF Grèce. En fait, nous constatons que des Grecs tout à fait ordinaires n’ont également plus accès aux soins de santé, et c’est la raison pour laquelle des organisations d’aide comme MSF agissent. Vous savez, dans certains secteurs des soins de santé, les budgets ont été réduits de 80%. »[28]

 

Le géant pharmaceutique suisse Roche a décidé de ne plus livrer de médicaments aux hôpitaux grecs, parce qu’il craint de ne pas être payé. Des médicaments importants contre le cancer ne sont dès lors plus disponibles[29]. Quand je lis cela, j’en ai le souffle coupé. J’ai perdu mon père du cancer l’an passé. Les médicaments contre le cancer et la chimiothérapie sont scandaleusement chers. Le cancer appauvrit les gens et enrichit les multinationales. Roche a enregistré, durant le premier semestre 2011, 4,5 milliards d’euros de bénéfice, via, entre autres, l’argent des gens atteints de cancer dans le monde entier. Les cancéreux grecs ont encore le choix de se rendre dans des hôpitaux privés, qui sont extrêmement chers. Tant d’immoralité donne la nausée aussi sûrement qu’une chimiothérapie.

 

« Notre monde est un nouveau monde »

 

Lorsque, le samedi 1er octobre 2011, j’entre chez mon marchand de journaux, je tombe en arrêt sur un gros titre à la Une du Financial Times  : « Strikes hit Greek rescue effort. » Traduction : les grèves affectent les efforts de sauvetage de la Grèce. De quoi s’agit-il ? Cette semaine-là, des fonctionnaires des ministères des Finances, de la Justice, de l’Agriculture et de l’Intérieur protestaient à Athènes contre la suppression supplémentaire de 30 000 d’entre eux, ces licenciements venant s’ajouter aux « dégraissages » précédents. C’en est assez, ont-ils tonné. Les bâtiments des ministères étaient déserts. Le blocus a empêché le ministre Evangelos Venizelos de recevoir une délégation de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du FMI dans ses bureaux. Lorsque Venizelos est devenu ministre des Finances, il a déclaré : « J’abandonne le ministère de la Défense pour me consacrer désormais à la vraie guerre. »[30] La guerre de la troïka contre le peuple.

 

Les messieurs en costume de la troïka sont venus à Athènes pour contrôler si la Grèce avait pris suffisamment de mesures d’économie, et ils ont voulu, depuis le ministère des Finances, transmettre leur nouveau rapport au siège de la BCE, à Francfort. C’est là que l’on déciderait si le pays serait autorisé à recevoir une nouvelle tranche de huit milliards d’euros en prêts de sauvetage. Le blocus leur a mis des bâtons dans les roues. D’où le titre du Financial Times. Mais, interroge un chroniqueur belge, célèbre au Nord du pays, « autoriseriez-vous des voleurs à entrer lorsqu’ils frappent à votre porte ? ». C’est bien la question centrale : qui pille la Grèce, et qui la sauvera ?

 

« Athènes proclame sa détresse, les émeutes ont fait jusqu’à trente-sept morts, le gouvernement communiste fait appel à l’armée », titre à sa Une un journal boursier le 10 octobre 2011, lors d’une édition de politique-fiction sur les perspectives d’avenir de 2012. Et ce journal d’expliquer : « Même un gouvernement grec dirigé par des communistes arrivera vite au constat qu’il y a très peu de marges de manœuvre pour une alternative. » Voilà qui a un arrière-goût de persiflage cynique afin de détourner l’attention de ce qui se joue réellement aujourd’hui. Une élite politique classique qui condamne un peuple tout entier à la quasi-mendicité, pour servir une poignée d’armateurs, de millionnaires et de banques étrangères. Une élite politique de socialistes-caviar et de libéraux qui se servent à volonté, n’hésitant pas à envoyer les forces de police pour étouffer les protestations croissantes de la population. Le 20 octobre 2011, lorsque soixante mille militants syndicaux encerclent le Parlement pour empêcher les nouvelles coupes sombres projetées par Papandréou, Dimitris Kotzaridis, un travailleur du bâtiment et syndicaliste du PAME, meurt, étouffé, sur les marches du Parlement grec : ses poumons n’ont pas supporté le gaz lacrymogène.

 

« Ce ne sont pas nos dettes, le peuple n’est en aucun cas responsable » est un des slogans du parti communiste KKE, la troisième formation politique du pays. Et le KKE a bel et bien une solide alternative aux « remèdes » imposés aujourd’hui : « Il n’y a qu’une solution : les richesses qui se trouvent dans ce pays doivent devenir le patrimoine du peuple. Nous devons briser les chaînes qui nous lient à l’Union européenne et annuler unilatéralement la dette. Il n’existe pas de solution intermédiaire. » C’est ce que lance le président du KKE, Aleka Papariga, le 19 octobre 2011, à l’océan de manifestants qui occupent les rues d’Athènes. « Aujourd’hui, soit les travailleurs et les jeunes se laissent faire et paient la crise des banquiers et des monopoles, soit ils lèvent la tête et se battent. Nous ne paierons pas un seul euro de leur crise. Notre monde, ce n’est pas le capitalisme. Notre monde, c’est un nouveau monde, c’est le socialisme. »

 

Le KKE est une des forces motrices derrière la résistance, avec la plate-forme syndicale PAME. « Transformez votre colère en organisation » est la devise de cette plate-forme. Le PAME prépare les gens à une longue lutte. Ce n’est pas facile, même actuellement : seuls 16 % des travailleurs grecs sont syndiqués. Et beaucoup de gens ont peur d’un licenciement. Du matin au soir, on entend des avertissements aux grévistes, qui « apportent encore plus de problèmes au pays. »

 

Mais Georges Skiadiotis, une figure-phare du PAME, rayonne de détermination : « Nous constatons une plus grande participation des travailleurs ainsi qu’un plus grand nombre de luttes militantes, comme des occupations, etc. Et la solidarité est plus importante également. Le tournant a été la grande grève de décembre 2009. Ce mouvement de lutte n’a pas pu bloquer les attaques. Mais, sans cette résistance, la situation serait encore pire. Pour beaucoup de travailleurs, rejeter les mesures est une nécessité. Et ces luttes ont contribué à retarder l’application des mesures d’austérité. »

 

Le mercredi 19 octobre 2011, la vingtième grève générale met tout le pays à l’arrêt. Les médias grecs appellent cette action « la mère de toutes les grèves ». Tout le pays est bloqué, sauf les transports publics, qui amènent les activistes au centre des villes. Ils sont des centaines de milliers, un demi-million : « Nous ne leur devons rien, nous ne payons pas ! » Malgré cette gigantesque participation, Papandréou poursuit, au Parlement, le lancement des plus lourdes économies jamais mises sur pied. Dans les secteurs publics, et ceux qui sont pris en compte pour être privatisés, les salaires vont baisser jusqu’à 65 %. Les multinationales les recevront par après sur un plateau d’argent. Les conventions collectives de travail sont restreintes, de manière à ce que davantage de baisses de salaires soient possibles dans le privé. Et les petites entreprises peuvent désormais fonctionner sans conventions collectives. Le fossé entre population et gouvernants n’a jamais été aussi grand.

 

Le soir, nous organisons avec le KKE un rassemblement de solidarité devant le Parlement européen à Bruxelles, cent cinquante personnes sont présentes. La voix de Vangelis Katsiavas retentit dans notre mégaphone : « Les enfants ne reçoivent plus à manger à l’école et certains parents n’ont plus d’argent pour leur donner de pique-nique. Il arrive qu’ils s’évanouissent en classe. Papandréou nous dit que nous devons accepter ces mesures, sinon… nous tomberons dans la pauvreté. Mais le peuple grec y est déjà, dans la pauvreté ! Quoi qu’il arrive, le peuple dit : "Nous ne payerons pas la crise !" »

 

Je témoigne aussi de notre solidarité. Pas une solidarité avec le malheur, mais une solidarité dans la résistance, avec les gens qui refusent de servir de cobayes aux recettes de la pauvreté mitonnées par la troïka européenne.

 

Entre-temps, la crise s’est encore aggravée. Et le gouvernement Papandréou a été remplacé par un gouvernement « d’union nationale », dirigé par Papadémos, l’ancien gouverneur de la Banque de Grèce et ex vice-président de la Banque centrale européenne. Le Pasok gouverne ainsi avec la droite de la Nouvelle Démocratie et le parti d’extrême droite Laos.

 

Mais bien sûr, le peuple grec résiste. Et comment ! Prenez Kordelio, un petit faubourg de Thessalonique. Juste en face de la maison communale, le comité populaire a accroché un gigantesque calicot : « Nous ne payons pas ». Il s’agit d’une action contre la nouvelle taxe sur les logements. Dimitrios Otantzis est un des initiateurs. Il a travaillé quarante-sept ans aux Pays-Bas et est revenu en Grèce : « Nous avons commencé avec quelques camarades du KKE. Nous parlons aux gens pour leur expliquer ce qui est en train de se passer et tentons de les impliquer. Nous voulons bien payer notre facture d’électricité, mais pas la nouvelle taxe sur le logement, qui est perçue avec la même facture. Nous avons lancé une pétition et mis sur pied un comité populaire. Nous faisons toutes les rues, porte après porte. Notre comité croît de jour en jour. Le soir, nous nous réunissons au coin de la rue pour expliquer la situation, et appeler les gens à la grève générale de la semaine prochaine. »

 

Partout, on voit des actions organisées par les syndicats. Au niveau local aussi, comme dans cette laiterie de Melfgal Milk où un travailleur a été licencié. Le PAME n’a pas tardé à réagir. Les trois unités de Melfgal Milk ont été occupées jusqu’à ce que l’entreprise laitière revienne sur sa décision : un pour tous, tous pour un.

 

Dans les quartiers, sur le terrain, à la campagne, chez les jeunes et les étudiants, partout la résistance s’embrase. Le 25 septembre 2011, un groupe d’étudiants a interrompu la diffusion en direct du JT de la chaîne publique Net. Ils n’ont rien dit, ils ont simplement montré leur calicot : « Arrêtez de regarder et sortez protester ! »

 

Le 21 octobre 2011, The Guardian écrit : « La Grèce est coupée en deux. D’un côté, les politiciens, les banquiers, les fraudeurs fiscaux et les barons des médias, qui apportent leur soutien à la restructuration socialement et culturellement la plus dure et la plus injuste jamais vue en Europe occidentale. L’"autre" Grèce comprend l’impressionnante majorité de la population. Cela sautait hier aux yeux, lorsque plus de cinq cent mille personnes sont descendues dans la rue pour une des plus grandes manifestations jamais vues. L’action de protestation s’est terminée de manière tragique, avec la mort d’un syndicaliste. Les derniers petits restes de légitimité de ce gouvernement ont disparu, et le gouvernement lui-même disparaîtra bientôt. Le manque de démocratie dont souffrent tous les systèmes politiques du monde est devenu irréversible en Grèce. C’est la responsabilité de cette "autre" Grèce d’adopter une constitution de justice sociale et de démocratie pour le xxie siècle. C’est ce que la Grèce peut offrir au monde. »[31]

 

Ce n’est pas la Grèce qui est en crise, mais bien le capitalisme lui-même. Voilà, pour le célèbre professeur d’économie argentin Atilio Boron, l’idée fondamentale pour un appel à la résistance grecque, contre la tyrannie des « médecins » de l’économie libérale de marché. « La "crise grecque" est le symptôme le plus aigu de la crise générale du capitalisme, celle dont, depuis trois ans, les médias de la bourgeoisie et de l’impérialisme assurent qu’elle est en voie de dépassement, même si les choses vont de plus en plus mal. Le peuple grec, par la force de sa résistance, prouve qu’il est disposé à en finir avec un système qui n’est déjà plus viable à moyen terme. Peut-être la Grèce, qui inventa, il y a plus de deux mille cinq cents ans, la philosophie, la démocratie, le théâtre, la tragédie et tant d’autres choses, pourra-t-elle nous surprendre à nouveau et inventer la révolution anticapitaliste du xxie siècle ? »[32] En Grèce, le monde du passé et celui de l’avenir sont entrés en collision frontale.

 



[1] Khue Pham, « Wo ist das Geld der griechischen Reichen ? », Die Zeit, 5 juillet 2011. [2] Kristof Van Damme, « Ontspoorde staatsfinanciën in Griekenland », Vrede n°406, novembre-décembre 2010. [3] Radio1, « Bezuinigen op z’n Grieks », 26 mai 2011. [4] De Telegraaf, 30 juillet 2011. [5] DPA, 18 mai 2011. [6] Ingeborg Beugel, « Heus, Grieken werken 41 uur per week en zijn niet verder uit te persen », NRC, 28 mai 2011. [7] James Petras, « Pasok : Pan Hellenic Socialist Kleptocrats », 7 mai 2011 (http://petras.lahaine.org/?p=1866). 

[8] La Tribune, 19 juin 2011. [9] The New York Times, 13 février 2010. [10] Les Échos, 3 mars 2010. [11] Ingeborg Beugel, « Heus, Grieken werken 41 uur per week en zijn niet verder uit te persen », NRC, 28 mai 2011. [12] Reportage diffusé le 16 juin 2011.

[13] Frankfurter Allgemeine Zeitung, 15 mai 2010. [14] De Tijd, 9 juillet 2011. [15] « Vier von zehn Autofahrern zahlen nicht », Junge Welt, 28 janvier 2011, p. 8. [16] Trends, 12 juillet 2011. [17]Http ://diplomatie.belgium.be/fr/Services/voyager_a_letranger/conseils_par_pays/europe/grece/ra_griekenland.jsp.

[18] « PES leader addresses Pasok National Council », 6 mars 2011 (http://www.athensnews.gr/portal/8/38624). [19] Cité dans Alain Salles, « L’odyssée de Papandréou », Le Monde, 16 septembre 2011. [20] RTL-TVI, 6 novembre 2011. [21] Ingeborg Beugel, « Heus, Grieken werken 41 uur per week en zijn niet verder uit te persen », NRC, 28 mai 2011. [22] Solidaire, 24 octobre 2011.

[23] Costas Douzinas, « Greece’s lines now are clear », The Guardian, 20 octobre 2011. [24] Günter Tews, « Ein "finanzieller" Völkermord », Die Presse, 22 septembre 2011. [25] Chiffres de : Indicatoren voor Sociaal Beleid, Herman Deleeck,www.centrumvoorsociaalbeleid.be[26] Leigh Philips, « Ordinary Greeks turning to NGO’s as health system hit by austerity », EU Observer, 6 octobre 2011. [27] « Une étude dénonce les ravages de la crise sur la santé des Grecs », L’Humanité, 10 octobre 2011.

[28] Leigh Philips, ibidem. [29] « Pharmakonzern stoppt Lieferung an griechische Krankenhäuser », Der Spiegel Online, 17 septembre 2011. [30] « Kriegsminister des Tages : Evangelos Venizelos », Junge Welt, 27 juillet 2011, p. 8. [31] Costas Douzinas, « Greece’s lines now are clear », The Guardian, 20 octobre 2011. [32] Atilio Boron, « Ce n’est pas la Grèce qui est en crise, c’est le capitalisme », Cubadebate.cu, 25 juin 2011.source michelcollon

Première partie du texte

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 03:05

Des milliers de femmes manifestent pour défendre leurs acquis

 

A l'appel de nombre d'associations de la société civile, plusieurs milliers de femmes se sont rassemblées jeudi devant l'assemblée constituante, près de Tunis, pour défendre leurs droits et leurs acquis, à l'occasion de la Journée internationale de la femme, a constaté un journaliste de l'Associated Press.

"Touche pas à mon code", "la Tunisienne, phare de la révolution, refuse la soumission", pouvait-on lire sur certaines pancartes brandies par les manifestantes qu'un grand nombre d'hommes étaient venus soutenir.

Grâce au Code du statut personnel (CSP) promulgué au lendemain de l'indépendance de la Tunisie en 1956 par l'ancien président Habib Bourguiba, la femme tunisienne jouit d'une position privilégiée dans le monde arabo-musulman.

Considéré comme un "acte révolutionnaire", ce document a aboli la polygamie et accorde l'égalité entre l'homme et la femme dans divers domaines, notamment dans l'enseignement, le travail et le vote.

Les forces de l'ordre ont empêché des groupes d'islamistes radicaux de se diriger vers les lieux du rassemblement pour une contre-manifestation, selon une participante.

"De quel islam ils parlent, afghan, wahabite ou quoi ?", s'est insurgée Badra Gaâloul, une sociologue âgée de 35 ans.

Tout en affichant sa fierté d'être arabe et musulmane, elle se dit attachée à "nos spécificités et notre culture tunisiennes faites d'ouverture et de modération".

Pour sa soeur Afef, professeur d'arabe, 33 ans, "il n'est pas question qu'on fasse marche arrière. Nous sommes déterminées à défendre nos acquis que nous jalousent beaucoup de pays même en Europe".

A l'instar d'autres manifestantes, elle s'est déclarée "choquée" par les salafistes qui avaient décroché mercredi le drapeau tunisien devant le bâtiment de la faculté des lettres et des sciences humaines de la Manouba, dans les environs de Tunis, pour le remplacer par leur emblème noir sur lequel figure la profession de foi musulmane.

"Ce drapeau nous unit, c'est le symbole de l'identité tunisienne et nous est cher parce que beaucoup de Tunisiens sont morts pour lui", a-t-elle martelé.

Venu soutenir les femmes dans leur lutte, Dakhli Slaheddine, un médecin, la cinquantaine, n'a pas caché son "inquiétude" face aux "courants rétrogrades" qui se manifestent avant la rédaction de la nouvelle Constitution tunisienne.

Il s'en est pris aux prédicateurs arabes qui se succèdent en Tunisie, dont l'Egyptien Wajdi Ghoneim qui se dit favorable à l'excision, et a accusé le mouvement islamiste "Ennahdha", vainqueur des élections d'octobre, de tenir "un double langage".

Les dirigeants d'Ennahdha s'en défendent cependant. Figure de proue du parti islamiste, Souad Abderrahim, une pharmacienne non voilée, a même annoncé sur radio Mosaïque FM qu'elle allait créer un groupe parlementaire pour défendre les droits de la femme s'ils venaient à être menacés.

"Il faut rester vigilant, car il y a des lignes rouges à ne pas dépasser, dont les droits de la femme", a renchéri Samir Bettaïeb du mouvement "Ettajdid", un parti d'opposition moderniste présent à la manifestation aux côtés de représentants du Parti démocratique progressiste (PDP).

source tempsreel.nouvelobs

 

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Les femmes seront-elles victimes du printemps arabe ?

Le statut des femmes oppose partisans de la modernité et conservateurs qui souhaitent que la Constitution tunisienne s’inspire de la charia.

Selon Sihem Badi, ministre tunisienne de la femme et de la famille et membre du Congrès pour la République (parti du président Moncef Marzouki), les tenants de l’extrémisme sont condamnés à la marginalité et le gouvernement prépare des lois pour améliorer l’égalité hommes-femmes.

 

« Il y a un prix à payer pour la nouvelle liberté d’expression, le droit d’association et de partis politiques dont nous jouissons dorénavant en Tunisie : tous peuvent s’exprimer y compris les plus extrémistes qui veulent un retour en arrière. Mais le discours salafiste n’a aucune portée. L’ensemble du gouvernement le rejette et veille à ce que les mouvances extrémistes restent des phénomènes isolés.

Il y a une raison politique à cela. Les électeurs ont choisi le parti Ennahda, parce qu’il est un parti islamique modéré et ouvert. Jamais celui-ci ne s’associera avec une telle minorité car ce serait un suicide politique. Depuis 1956, la femme tunisienne est protégée par le code du statut personnel (CSP). La société civile veille au maintien des acquis. Si l’État, la société civile et les femmes sont d’accord, la minorité agissante ne peut pas aller très loin. Il n’est pas question d’instaurer la charia en Tunisie.

Au demeurant, le CSP s’inspire des valeurs de la religion musulmane qui sont des valeurs universelles. Il est normal que la charia soit non pas la source mais une des sources de la législation. S’il est unique dans le monde arabe, ce CSP ne règle cependant pas tout. Le champ des conquêtes à venir est immense. Par exemple, une femme tunisienne ne peut se rendre à l’étranger avec ses enfants sans avoir l’autorisation de son mari ou de son père. À chaque fois, je vis cela comme une injustice et une humiliation.

Nous préparons un projet de loi pour y remédier et ferons des propositions à l’Assemblée constituante en matière d’égalité salariale, d’égalité des chances pour l’accès à des postes de responsabilité et plus largement pour l’accès à l’emploi – 60 % des chômeurs diplômés sont des femmes – ou encore pour élaborer un statut de la femme rurale.

Le droit des femmes passe par la lutte contre la pauvreté. Car toutes ces femmes qui occupent des emplois agricoles ou saisonniers n’ont pas droit à la santé ou à la retraite. Et en raison de l’augmentation de la pauvreté en milieu rural, la déscolarisation des filles progresse, des mineures sont employées illégalement comme domestiques et des enfants sont abandonnés ou confiés à des institutions. » la-croix

_______________________________________________________________________L'affaire du niqab à l'Université de la Manouba dans l'impasse

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L'entrée de l'université de La Manouba (Thierry Brésillon)

La tension s'est brusquement accrue, mercredi, à l'université de lettres et de sciences humaines de La Manouba, à proximité de Tunis, aprèsune journée de confrontation et de violence entre partisans et adversaires de l'autorisation du port du niqab.

Cette question entrave le fonctionnement normal de l'Université depuis le début d'un sit-in, fin novembre, organisé par des militants salafistes, dont certains ne sont pas étudiants, pour exiger de la direction qu'elle lève son interdiction du voile intégral durant les cours et les examens.

L'Uget (l'Union générale des étudiants tunisiens) avait prévu d'organiser ce mercredi une mobilisation pour exiger du ministère de l'Enseignement supérieur qu'il mettre fin au conflit qui empoisonne l'atmosphère politique depuis plus de trois mois.

De leur côté, les militants salafistes voulaient protester contre les sanctions prises lundi par le conseil de discipline contre les étudiants impliqués dans les troubles et deux étudiantes refusant d'ôter leur niqab en cours.

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Les membres de l'Uget harranguent les étudiants (Thierry Brésillon)

Après plusieurs heures de joutes verbales où les tribuns rivalisent de talent oratoire et de puissance vocale, pour se défier à coup de slogans révolutionnaires et de versets du Coran, et plusieurs échauffourées, vite calmées par les cadres des deux côtés, la tentative de marche du l'Uget vers le ministère de l'Enseignement supérieur a avorté avant même d'avoir franchi le seuil du campus.

Un niveau de violence jamais atteint

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Des manifestants (Thierry Brésillon)

Des salafistes, arrivés en renfort suite à un appel lancé sur Facebook dans la matinée, se sont mêlés aux militants du campus pour se livrer à une véritable chasse à l'homme contre des étudiants syndicalistes à travers la circulation du boulevard qui passe devant l'université.

Les attaques ont été d'une violence jamais atteinte dans ce conflit. Des groupes s'acharnaient sur des personnes à terre. On dénombre cinq blessés.

Il était particulièrement difficile de savoir qui était précisément les auteurs des agressions, d'autant que des salafistes empêchaient les journalistes de photographier et de filmer. Plusieurs équipes ont été violemment prises à partie et du matériel a été détruit. Si leur intention était de démontrer que les accusations de violence proférées à leur encontre sont mensongères, la méthode n'était probablement pas la plus indiquée.

De son côté, la police, autrefois si active et même présente sur le campus, se contente de dépêcher quelques agents en civil à proximité. Ils assistent aux agressions sur la voie publique sans intervenir. L'un d'eux explique avec franchise :

« C'est ça la révolution ! Nous, nous sommes neutres ! »

Abcès de fixation

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Etudiantes voilées devant l'université (Thierry Brésillon)

Cette escalade est évidemment le résultat du pourrissement de la situation qu'aucune décision administrative n'est parvenue à régler depuis le mois de novembre.

Une décision du tribunal administratif de Sousse, le 2 février, a débouté une étudiante dans un cas similaire, en raison de « la nécessité de dévoiler le visage pour des soucis pédagogiques et le devoir de respecter les règlements au sein de tout établissement universitaire ».

Mais le ministère n'en a pas tiré les conséquences dans le cas de La Manouba.

Le niqab et La Manouba sont les abcès de fixation d'autres tensions. Notamment celles qui opposent les islamistes et un corps enseignant, plutôt laïque et progressiste, à l'image du conflit qui oppose les milieux intellectuels et culturels à la nouvelle majorité islamiste. A cet égard, le fait qu'il s'agisse d'une faculté de lettres et de science humaines n'est évidemment pas anodin.

Il est également difficile pour le mouvement Ennahdha d'aller à l'encontre des militants salafistes et de leur revendication concernant le port du niqab, sans paraître faire une concession majeure à la gauche et aux partisans de la laïcité.

Escalade

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Un étudiant brandit un Coran à l'université de La Manouba (Thierry Brésillon)

Les étudiantes portant le niqab justifient leur choix par les mêmes versets coraniques que ceux utilisés habituellement pour justifier le hijab (qui découvre le visage) et revendiquent la liberté de choix vestimentaire.

Dhamir Ben Alaya, l'un des militants de l'Uget, et ancien prisonnier politique sous Ben Ali (2009-2011), estime :

« Cette revendication religieuse est un prélude à l'islamisation de la société à partir de l'université. Ce n'est pas cela la vraie revendication du peuple tunisien. Il s'agit d'un projet anti-démocratique et anti-populaire. »

Si le conflit est microscopique à l'échelle du pays, il met donc en présence deux projets de société, ce qui rend évidemment difficile une solution de compromis.

En attendant, la majorité des étudiants ne souhaite pas prendre partie, se dit disposée à admettre le niqab dans les salles de cours, mais craint l'activisme et la violence des salafistes. Mais elle souffre surtout de la perturbation des cours.

« Il n'y pas de solution, c'est une impasse », se désolent la plupart des étudiants, totalement désemparés.

Depuis plus de trois mois, les incidents se multiplient, l'escalade de la violence ne cesse de monter. Chaque camp exhibe ses vidéos des bâtons et des barres de fer que les autres utilisent.

Le drapeau tunisien arraché

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Un militant islamiste a remplacé le drapeau tunisien par celui d'Al Qaeda (Thierry Brésillon)

Mercredi matin, c'est une violence plus symbolique qui a fait franchir au psychodrame une dimension supplémentaire.

L'un des salafistes présents devant le campus a cru utile d'aller retirer le drapeau tunisien pour le représenter par le drapeau d'Al Qaeda, avant de l'arracher carrément du mât.

L'affaire a d'autant plus exacerbé les passions que le drapeau est à peu près le seul totem qui unisse encore les Tunisiens en dépit de leurs divergences.

Les étudiants salafistes ont rapidement compris l'ampleur de la bourde et ont remplacé le drapeau tunisien. Mais le mal était fait et la Tunisie, déjà enlisée dans ses difficultés, s'est accablée d'un nouvelle polémique. Au moins l'affaire aura-t-elle suscité des réactions officielles, de la présidence de la République et du porte-parole du gouvernement.

Reste à savoir combien de temps le ministre de l'Enseignement supérieur pourra temporiser avant de trancher dans ce conflit qui contribue à la polarisation de la société tunisienne.

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Les étudiants entre salafistes et Uget (Thierry Brésillon)

source rue89

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La jeune femme qui deviendra symbole du combat de la lumière contre l'obscurité... Amel a défié le salafiste et a défendu le drapeau national .... Merci encore Amel !

Ci-dessous une vidéo d'Amel lors d'un sit in contre le gouvernement Essebssi, juillet 2011

À une minute et 14secondes [ 1`14``], la jeune Amel décide d'intervenir pour empêcher le salafiste d'arracher le drapeau national et mettre à la place leur sombre drapeau…  

 

Une jeune étudiante agressée par les salafistes... (Faculté de la Manouba, 07-03-12)

I) L’Assemblée Constituante essaie de prendre une position à propos du fameux drapeau

II) Enfin de compte la période des débats se termine sans décision...

 
 
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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 08:27

De Tunis à Rabat, la crainte d'un retour en arrière

Des militantes du Parti de la justice et du développement (PJD) célèbrent la victoire dans une rue de Rabat, le 27 novembre.

L'arrivée au pouvoir de partis islamistes pour la première fois dans l'histoire de la Tunisie et du Maroc, où ils dominent les gouvernements, nourrit les craintes des femmes. Pas toutes, certes. Car les victoires électorales du parti tunisien Ennahda en octobre 2011 et un mois plus tard, le 25 novembre, du Parti de la justice et du développement (PJD) marocain se sont aussi appuyées sur un vote féminin. Mais le "printemps arabe", qui a porté les aspirations de millions personnes dans la rue, a son revers.

Au Maroc, c'est d'abord une image. Celle d'une femme, une seule, un foulard sur les cheveux, au milieu de trente hommes en costume sombre : Bassima Hakkaoui, 51 ans, députée du PJD depuis 2002, a été nommée en janvier ministre de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social. Par comparaison, le précédent gouvernement comptait cinq ministres femmes et deux secrétaires d'Etat. Première déconvenue.

AU MAROC, DES "SIGNAUX INQUIÉTANTS"

Aussitôt, l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) a écrit une lettre ouverte au chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, pour lui transmettreses "principales attentes""Comme vous le savez, durant la dernière décennie, le Maroc a fait des progrès significatifs en matière de promotion et de protection des droits humains des femmes", rappelle l'association, avant d'interpeller le secrétaire général du PJD sur le respect des principes d'"égalité" des sexes et de "parité"contenus, article 19, dans la nouvelle Constitution, adoptée par référendum le 1erjuillet 2011. L'ADFM n'a, à ce jour, reçu aucune réponse. Deuxième déconvenue.

"Il est encore trop tôt pour évaluer l'impact de l'arrivée au pouvoir du PJD", déclareAmina Lotfi, présidente de l'ADFM. "Mais les premiers signaux sont inquiétants,relève-t-elle en pointant la "totale insensibilité à l'égalité du genre" du gouvernement. Le mouvement féministe au Maroc, soutenu par des femmes qui ne trouvaient pas toujours leur place dans les partis politiques, "avait eu tendance à un peu baisserles bras et, là, il a reçu une belle claque", assure une militante pourtant aguerrie."Les partis islamistes sont arrivés au pouvoir parce qu'ils étaient les mieux organisés et parce que les gens avaient un sentiment de reconnaissance, car ils les ont aidés dans leur vie quotidienne. Désormais, il y a des craintes sur les libertés, une récession culturelle, et l'élite, malheureusement, ne réagit pas,s'alarme Nabila MounibLa question de la femme redevient centrale."

Cette endocrinologue âgée de 52 ans, chercheuse à l'université Hassan-II à Casablanca, vient d'être nommée chef d'un parti d'opposition de gauche, le Parti socialiste unifié (PSU), – ce qui fait d'elle une pionnière. Elle se souvient du 12 mars 2000 où elle défilait dans la rue pour réclamer la réforme du code de la famille, la Moudawana, face aux militants du PJD qui s'y opposaient de toutes leurs forces. "La priorité du gouvernement, dans sa déclaration de politique générale,poursuit Nabila Mounib, repose sur l'identité, l'identité exclusive qui consiste à dire'nous sommes musulmans', or le référentiel religieux est toujours mis en avant par des hommes, pour des hommes." Pour Amina Lotfi, "le programme gouvernemental prône un discours idéologique et moralisateur (…) qui cantonne les femmes dans l'espace privé-famille et dissout leurs droits et libertés dans des considérations de cohésion dont la femme-épouse-mère endosserait la totale responsabilité".

Aucune loi, aucun signe tangible n'est jusqu'ici venu remettre en cause les avancées acquises par les femmes marocaines. Mais la vigilance est de mise dans un pays où la polygamie n'est pas formellement interdite et où, malgré la loi, le mariage des jeunes filles de 12 ou 13 ans persiste. "On a laissé une marge de manœuvre aux juges, il était question de les former mais cela n'a pas été fait", dénonce Nabila Mounib qui cite une discussion qu'elle a eue à ce sujet avec Bassima Hakkaoui, juste avant qu'elle ne soit désignée ministre de la famille : "Je lui ai demandé ce qu'elle pensait du mariage des petites filles, elle m'a répondu : 'Si elles sont suffisamment développées, pourquoi pas ?'" "C'est un rude combat, ajoute-t-elle, qu'il faudra mener dans les lycées, les universités, car en face des mosquées se démultiplient pour lancer le message que l'islam est la solution. Et ce qui se passe chez nos voisins, comme en Tunisie, n'est pas fait pour nousrassurer."

LES DÉBATS D'HIER RESSURGISSENT EN TUNISIE

 En Tunisie, non plus, aucune loi n'est venue remettre en cause, jusqu'ici, les acquis des femmes – les plus avancés dans le monde arabe depuis l'adoption, en 1956, du code du statut personnel. Au contraire, lors des élections d'octobre 2011, le principe de listes paritaires, une première, avait été accepté par tous les partis. Mais, depuis, la situation s'est dégradée. Des enseignantes sont agressées, insultées par des salafistes et des prédicateurs venus de l'étranger arpentent le pays, sans que le gouvernement réagisse. "Les femmes subissent tous les jours des violences, certes, la plupart du temps verbales, mais quand même, déploreDalenda Larguech, historienne, directrice du Centre de recherches, d'études, de documentation et d'information sur la femme (Credif), à Tunis. Jamais, je n'aurais pensé que nous débattrions de sujets que l'on croyait dépassés !"

 

Sihem Badi prête serment, le 24 décembre 2011, lors de la cérémonie d'investiture du gouvernement tunisien.

Sihem Badi prête serment, le 24 décembre 2011, lors de la cérémonie d'investiture du gouvernement tunisien. AFP/FETHI BELAID

 

Pour preuve, l'orfi, le mariage coutumier, qui avait quasiment disparu en Tunisie, a fait un retour fracassant dans les débats après les propos maladroits de la ministre de la femme, Sihem Badi, membre du parti Congrès pour la République (CPR). Début février, la ministre (elles sont deux dans un gouvernement de vingt-six hommes) avait qualifié cette pratique, qui ne nécessite que deux témoins et n'accorde aucun droit à la femme, de "liberté individuelle" avant de faire machine arrière. Mais le mal était fait, et aux dires d'enseignants, des étudiantes auraient épousé des salafistes sous ce régime. "Cela n'a rien à voir avec le mariage coutumier tel qu'il était pratiqué dans le monde rural qui n'avait pas l'usage de l'écrit. Là, il s'agit ni plus ni moins que d'une libération sexuelle halal, c'est tout, et cela peut développer la polygamie !", s'indigne Dalenda Larguech.

Entre les fondamentalistes religieux et une partie de la société, la bataille s'est aussi cristallisée autour du port du niqab, le voile intégral, qui a fait son apparition après la révolution. Depuis le 6 décembre 2011, les cours de la faculté des lettres de la Manouba, à côté de Tunis, sont tous les jours perturbés, même si cela concerne une poignée d'étudiantes soutenues par des salafistes. "C'est toute une atmosphère, une guerre d'usure, rapporte la féministe du Credif. On parle maintenant d'interdire l'adoption alors que nous l'avions acceptée depuis 1956…"En Tunisie, les débats sont exacerbés par la rédaction, d'ici un an, de la future Constitution, pour laquelle ont été élu(e)s 217 député(e)s avec, au cœur du litige, la place de la charia, la loi islamique, comme source d'inspiration du droit, ou non. 

"L'idée de séparation du politique et du religieux est étrangère à l'Islam", a affirméSahbi Atig, un élu d'Ennahda au cours d'une séance. En réaction, vingt-huit associations féministes et organisations de droits de l'homme ont déposé à l'Assemblée un projet de Constitution : "Nous revendiquons l'inscription des droits des femmes dans la future Constitution pour que celle-ci marque un véritable tournant dans la promotion des droits des femmes et de leur protection (…). Nos propositions ont aussi pour but de mettre définitivement un terme à l'instrumentalisation politique et religieuse des droits humains des femmes", peut-on lire en préambule.

Les quatorze articles du texte tendent vers un seul but : obtenir l'égalité des sexes. Le 28 février, d'autres organisations, dont le Réseau euroméditerranéen des droits de l'homme, ont également lancé un appel à l'Assemblée constituante tunisienne :"Le référent arabo-musulman doit être considéré comme un élément central de la personnalité tunisienne, non comme une source de législation. Il ne doit y avoiraucune réforme des textes relatifs au statut personnel durant la période de transition." Le face-à-face continue. A l'initiative d'un collectif d'associations, les femmes devaient manifester jeudi 8 mars à Tunis et tenir un colloque le lendemain. Le groupe salafiste Hizb ut-Tahrir, lui, a prévu "un congrès mondial des femmes".

source lemonde.fr

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Sihem Badi prône la révision de certaines lois du CSP

Sihem Badi, lors d'un colloque à l'IMA, (mercredi, 07 mars)Des Tunisiennes, Libyennes, Saoudiennes, Yéménites…membres du gouvernement ou de la société civile ont animé ce mercredi 7 mars à l’IMA de Paris, un colloque intitulé "Printemps arabe, Printemps des femmes", organisé par le ministère des Affaires étrangères français, l'Institut du Monde Arabe avec la participation d'ONU femmes, à l’occasion du 8 mars, journée internationale de la Femme.

Toutes le disent quasiment en chœur : les femmes sont aujourd’hui au cœur du processus de transition dans les pays du printemps arabe, ou ceux qui sont encore en lutte contre les régimes en place. Leur perception est mitigée. Tout en étant confiantes dans leur capacité à pouvoir s’imposer en tant qu’actrices incontournables de la construction du présent et l’avenir, elles sont conscientes que le chemin sera semé d’embûches.

"En tant que femme saoudienne, je reste fondamentalement optimiste sur la place et le rôle de la femme arabe dans les années à venir", dit Mona Khazindar, directrice générale de l'IMA. "Un an après ces printemps, chaque processus a abouti à des déterminants nationaux, chaque situation est particulière et il est présomptueux de prévoir les évolutions, mais les femmes sont de fait des actrices dans la construction de nos sociétés", indique-t-elle. 

Roselyne Bachelot souligne le rôle majeur joué par les femmes dans les pays arabes. "Elles ont descendu dans la rue pour dénoncer l'autoritarisme et exprimé leurs aspirations pour les libertés. Mais, rien n'est acquis pour elles". La ministre française des solidarités et de la cohésion sociale dit vouloir voir dans ce printemps arabe "une opportunité pour les femme", appelant "à combattre les violences faites aux femmes sous toutes ses formes : excision, viol, etc". "Sans égalité, il ne peut y avoir de construction démocratique véritablement pérenne", assure-t-elle, saluant l’engagement féministe dans la région arabe. "Dans les pays arabes, il y a des figures fortes, des femmes arabes qui ont joué un rôle important". 

"Il faut avoir une pensée pour les femmes qui n'ont pas bénéficié de ces printemps, Syrie, Iran, les femmes victimes de l'arbitraire des régimes en place", renchérit Jean-Baptiste Mattei, directeur général de la mondialisation, du développement et des partenariats au MAE français. Pour lui, "sans une meilleure reconnaissance des droits des femmes et de leur place dans la société, le printemps arabe reste inachevé". "Il faut faire en sorte que la transition renforce les droits et le statut des femmes", exhorte-il. 

"La Tunisie veut surprendre le monde"

Sihem Badi, ministre tunisienne de la femme et de la famille, a elle usé de métaphores pour exprimer le changement survenu en Tunisie, et le rôle de la gent féminine dans son aboutissement. "Il y a eu un printemps arabe, mais ô combien l'hiver était long", souligne la ministre, s’attardant sur le long combat mené par les femmes tunisiennes contre la dictature et les régimes totalitaires. "Les femmes, toutes idéologies et appartenances politiques confondues, ont participé à la révolution. Elles étaient au premier rang main dans la main avec les hommes, pour faire disparaître à jamais la dictature et le despotisme. Les Tunisiennes ont irrigué de leur sang la terre tunisienne pour voir fleurir ce printemps arabe", relève-t-elle, lyrique.

"La femme tunisienne est en train de participer à donner une autre ère à la Tunisie, et à réaliser un processus démocratique qui reste difficile", note Sihem Badi. Et d’ajouter : "On récupère un pays pillé et démuni. Mais, malgré les difficultés, on essaie de construire une Tunisie capable de résister à tous les efforts pour que le printemps ne dure pas longtemps". Sihem Badi évoque le statut du code personnel (CSP) qui "est unique dans le monde arabe", mais qui reste à consolider. "Des lois doivent être revisitées car elles ne sont pas suffisantes au 21ème siècle et à la femme tunisienne cultivée, éveillée, émancipée, qui a su penser et faire la révolution", assène-t-elle.

"La femme tunisienne donne l'exemple au monde entier, la Tunisie veut surprendre le monde avec un modèle politique et social, fondé sur plus de justice pour la femme, chose qui n'est pas facile tout de suite". "Quelque soit sa condition, la femme n'est pas encore l'égale de l'homme, un long combat reste à mener", conclut-elle. 

Souhayr Belhassen, (mercredi, 07 mars)Souhayr Belhassen, présidente de la fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH), est loin de partager l’enthousiasme de la ministre. Tout en reconnaissant les acquis des femmes qui font de la Tunisie "une exception", elle exprime certaines appréhensions. "Avant l’accession d’Ennahdha au pouvoir, son président est revenu sur l'adoption en la remplaçant par la tutelle". La présidente de la FIDH revient sur les déclarations sur les femmes célibataires que la députée d’Ennahdha, souad Abderrahim, a qualifiées "d’infamie",  sur le mariage orfi (mariage coutumier) et la polémique que cela a suscité suite à des déclarations imputées à Sihem Badi  (cette dernière s’explique sur ce sujet dans un bref entretien à Gnet qui sera publié dans nos prochaines éditions), ainsi que les agissements des salafistes et la réaction tardive des autorités ; elle se réjouit de la réactivité de la société civile.

"La Tunisie est musulmane à 99,99 %; ce n'est pas allé à contre-courant que d'être de sa culture et de sa religion, ce qui est à contre-courant c'est d'aller contre ses acquis", souligne-t-elle.  Souhayr Belhassen pointe "l’ambiguïté" des nahdhaouis ; "ils disent qu'ils n'appliquent pas la charia, mais les faits sont là". "Parler de laïcité est un problème en Tunisie, car ceux qui la revendiquent appellent à la séparation entre la religion et la politique", estime-t-elle, prônant une universalité des droits.

source gnet.tn

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 07:37

A l'ONU, la Russie accuse la Libye d'entraîner des rebelles syriens


NEW YORK (Nations unies) - L'ambassadeur russe à l'ONU a accusé mercredi le gouvernement libyen d'abriter un camp d'entraînement pour des rebelles syriens qui ont mené des actions contre le régime de Damas.

Nous avons reçu des informations selon lesquelles il existe en Libye, avec le plein soutien des autorités, un centre d'entraînement spécial pour des rebelles syriens; ces personnes sont ensuite envoyées en Syrie pour attaquer le gouvernement en place, a lancé Vitali Tchourkine lors d'une réunion du Conseil de sécurité dédiée à la Libye, en présence du Premier ministre par intérim Abdel Rahim al-Kib.

Cette situation est totalement inacceptable sur le plan légal et de telles activités sapent la stabilité au Moyen-Orient, a renchéri l'ambassadeur provoquant la fureur du responsable libyen.

Le diplomate a par ailleurs souligné que son pays était certain que l'organisation extrémiste Al-Qaïda est présente en Syrie. D'où cette question à présent: est-ce que l'exportation de la rébellion (syrienne) va se transformer en une exportation du terrorisme?

La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU et alliée de Damas, tout comme la Chine, a déjà bloqué deux résolutions des Occidentaux condamnant la répression de la rébellion par le régime de Bachar al-Assad.

Selon un nouveau bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les violences dans le pays ont fait 8.458 morts depuis le début de la révolte il y a un an.

M. Tchourkine a par ailleurs demandé une nouvelle fois que l'Otan présente ses excuses pour des attaques lancées l'an dernier contre le régime de Mouammar Kadhafi en Libye et qui s'étaient soldées par la mort de civils. 

Mais le Premier ministre libyen a assuré que l'enquête avait déjà été menée, ajoutant: Cette question, qui touche au sang des Libyens, ne devrait pas devenir une affaire de propagande politique utilisée par un pays contre un autre.

J'espère, a-t-il dit, qu'on n'évoque pas cette question pour empêcher la communauté internationale d'intervenir dans les affaires d'autres pays où la population est massacrée, a-t-il ajouté en réference implicite à la Syrie.

Le premier ministre libyen n'a pas répondu aux accusations russes sur l'entrainement des opposants syriens.

L'ambassadrice américaine Susan Rice a déclaré à la presse que la Russie, un des principaux fournisseurs d'armes à la Syrie, ne manque pas d'air d'accuser la Libye ou tout autre pays de vendre des armes sans discernement à l'opposition -- si c'est bien en fait la vérité.

La Russie devrait commencer par examiner sa propre responsabilité dans le dossier syrien, a-t-elle ajouté.

La Libye a annoncé fin février une aide humanitaire de 100 millions de dollars aux Syriens pour soutenir leur combat pour la liberté contre le régime dictatorial de Bachar al-Assad.

source romandie

 

 

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Très peu de jihadistes étrangers en Syrie, certains proches d'Al-Qaïda 


Des combattants étrangers, certains proches d'Al-Qaïda, soutiennent certes les insurgés de Syrie dans leur lutte contre le régime de Bachar al-Assad, mais ne représentent qu'une proportion "très mince" des opposants armés, explique Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

Q: Des combattants étrangers se battent aux côtés de l'Armée syrienne libre (ASL) en Syrie. Qui sont-ils? Essentiellement sunnites, ou aussi d'autres courants de l'islam ou d'autres religions? De quels pays viennent-ils?

R: Nous sommes en présence dun cas décole de "prophétie auto-réalisatrice". Pendant les neufs premiers mois de la révolution syrienne, alors que celle-ci était très largement pacifique, la propagande gouvernementale justifiait la brutalité de la répression en prétendant que le régime affrontait des "bandes salafistes armées" et sous-entendait quil sagissait détrangers infiltrés par les ennemis de la Syrie. Au fur et à mesure que la crise sinternationalisait et que le sort du peuple syrien révoltait les masses arabes, on a vu émerger de vrais combattants sunnites étrangers et de hauts responsables américains ont eux-mêmes attribué certains attentats commis en Syrie à des membres dAl-Qaïda.

Q: Quelle proportion des opposants armés ces combattants étrangers représentent-ils?

R: Elle est probablement très mince mais est appelée à croître maintenant que le Qatar et lArabie saoudite ont ouvertement annoncé quils étaient favorables à une militarisation de la révolution syrienne.

Certains sont des membres dAl-Qaïda qui ont répondu à lappel d'Ayman Al-Zawahiri (le chef d'Al-Qaïda) qui les a ouvertement incités à mener le combat en Syrie. La plupart de ces derniers combattaient précédemment en Irak. Dautres sont des jihadistes plus ou moins indépendants, venus de Libye ou dailleurs, qui ont été mobilisés par les images en provenance de Syrie.

Q: Quid des insurgés syriens sunnites eux-mêmes? Sont-ils en général des modérés ou des extrémistes?

R: En règle générale, les sunnites syriens sont réputés modérés, même si les Frères musulmans ont souvent dérapé vers la violence sectaire dans les années 70 et 80. Cela dit, la logique de guerre elle-même favorise les éléments les plus extrémistes, comme nous lavons vu en Libye. Faire le choix de militariser la révolution et darmer les rebelles, cest inévitablement créer un terreau qui sera favorable aux plus intégristes.

Propos recueillis par Marc BASTIAN 

source lorientlejour

 

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Homs "dévastée", selon la responsable humanitaire de l'ONU

 

La responsable des opérations humanitaires de l'ONU est arrivée mercredi en Syrie où elle a pu visiter des quartiers de Homs "totalement dévastés" alors que les violences se sont poursuivies à travers le pays, plusieurs morts ayant été signalés dans la province d'Idleb (nord-ouest).

Précédant de trois jours l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan, Valerie Amos a rencontré des responsables syriens et s'est rendue dans la ville de Homs (centre).

Elle a pu entrer brièvement dans le quartier de Baba Amr, assiégé et pilonné par l'artillerie pendant un mois avant que les forces gouvernementales ne le reprennent le 1er mars.

La responsable de l'ONU a tenté de se rendre dans des quartiers tenus par l'opposition armée mais "n'a pas été en mesure de le faire" pour des raisons de sécurité, selon sa porte-parole Amanda Pitt.

Le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem lui avait pourtant "confirmé qu'elle pourrait se rendre là où elle voudrait", a souligné la porte-parole de Mme Amos, venue en Syrie pour obtenir un accès humanitaire "sans entrave" aux populations touchées par les violences.

Au cours de ce déplacement de près d'une heure, Mme Amos et les personnes qui l'accompagnaient "ont entendu des coups de feu". "Les parties (de la ville) qu'ils ont vues étaient totalement dévastées", a expliqué Amanda Pitt.

Symbole de la contestation jusqu'à sa chute, Baba Amr était quasi désert, ses habitants ayant fui les combats, a constaté le Croissant rouge, qui accompagnait Mme Amos.

Les bombardements y ont fait quelque 700 morts et des milliers de blessés, selon l'ONG Human Rights Watch. Des tirs de roquettes ont été signalés dans d'autres quartiers de Homs mercredi par l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Damas interdisait jusque-là l'accès de Baba Amr aux humanitaires, mettant en avant des raisons de sécurité, en particulier la présence de bombes et de mines.

Mais selon Hadi Abdallah, militant à Homs de la Commission générale de la révolution syrienne, les autorités cherchaient en fait à "enterrer et brûler les cadavres et effacer les traces" de leurs crimes afin que la Croix-Rouge "ne s'aperçoive de rien".

La presse syrienne a fait état de la découverte de plusieurs corps d'étrangers à Baba Amr, dont un Européen accusé d'avoir aidé les rebelles.

Entre-temps, la répression a fait mercredi de nouvelles victimes, à Homs même et dans sa province, dans les provinces d'Alep (nord), d'Idleb et de Deraa (sud). Au moins 19 personnes, dont 13 civils et 6 déserteurs, ont été tuées par l'armée syrienne, a rapporté l'OSDH.

Et selon le Conseil national syrien (CNS) --la plus importante coalition de l'opposition--, qui redoute une "réédition du massacre" de Baba Amr, "42 chars et 131 véhicules de transport de troupes" se dirigent vers Saraqeb, dans la province d'Idleb, et "des colonnes militaires se dirigeaient vers la ville d'Idleb" mercredi.

Selon un nouveau bilan de l'OSDH, les violences ont fait 8.458 morts, en majorité des civils, depuis le début de la révolte il y a près d'un an.

Alors que de plus en plus de militants réclament au moins une zone d'exclusion aérienne, le président américain Barack Obama a exclu "de lancer, comme certains l'ont suggéré, une action militaire unilatérale ou de croire qu'existe une solution simple".

"Ce qui se passe en Syrie est bouleversant et scandaleux", a-t-il jugé.

Washington pourrait néanmoins fournir une aide non militaire aux rebelles, comme des moyens de communication, comme l'a affirmé mercredi le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta.

L'Egypte a mis en garde contre une possible guerre civile si des armes étaient fournies à l'opposition qui les réclame.

De son côté, la Russie, comme l'a fait la Chine la semaine dernière, a appelé Damas et les rebelles à mettre "immédiatement" fin aux violences et à faciliter l'arrivée de l'aide humanitaire. La Russie comme la Chine ont bloqué à deux reprises des résolutions de l'ONU condamnant la répression en Syrie.

Un émissaire chinois, Li Huaxin, s'est rendu à Damas pour présenter des propositions de Pékin visant à résoudre la crise.

D'autre part, le président tunisien Moncef Marzouki a répété qu'il était prêt à accorder l'asile au président Bachar al-Assad, après le refus russe de l'accueillir, en vue d'"arrêter les massacres" eu Syrie.

En attendant, la situation humanitaire devient de plus en plus préoccupante, la nourriture et les médicaments se raréfient. Des milliers de Syriens continuent de fuir: environ 2.000 sont arrivés au Liban depuis ce week-end, d'après le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

Plus de 25.000 réfugiés sont actuellement recensés par l'ONU dans les pays voisins de la Syrie, et les violences ont déplacé entre 100.000 et 200.000 personnes à l'intérieur du pays.

source tempsreel.nouvelobs

 

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Le premier démissionnaire parmi les  haut responsable du régime Assad 


 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 06:50

 Après le nez de Cléopâtre, celui du « cheikh esthétique »


Anwar al-Bilkimy le nez bandé

Il y avait le nez de Cléopâtre qui a fait la grandeur de l'Egypte. Il y a celui d'Anwar al-Bilkimy, député salafiste, qui, depuis une semaine, provoque une crise politique au pays des pharaons...

Tout commence la semaine dernière, lorsque le parlementaire Anwar al-Bilkimy, couvert de bandages, annonce à la télévision égyptienne avoir été victime d'une attaque armée alors qu'il était à bord de sa voiture. Il explique également que les auteurs de ce brigandage lui ont soutiré 100 000 livres égyptiennes, soit environ 12 000 euros.

Seulement, voilà tout ceci n'était qu'un coup monté destiné à cacher... une opération de chirurgie esthétique !

Ce sont des médecins et du personnel médical de hôpital de Cheikh Zayeed, dans la banlieue du Caire, qui ont révélé le pot aux roses. Ils ont expliqué qu'Anwar al-Bilkimy avait récemment profité de leurs services.

Rapidement, la justice égyptienne a réclamé à l'hôpital son dossier médical et demandé au Parlement « de lui permettre de témoigner », rapporte la presse cairote qui a transformé cette affaire en un feuilleton à l'eau de rose avec comme titre générique « le cheikh esthétique ».

Enquête de police

Le député salafiste adepte de la chirurgie esthétique a pris peur lundi quand la justice a demandé un examen médico-légal et une enquête de police. Face à la pression médiatique, Anwar al-Bilkimy a préféré démissionner.

Dans un communiqué publié sur Facebook, le parti salafiste Al-Nour a confirmé que l'histoire de l'agression avait été « inventée de toutes pièces ». Il en a profité pour annoncer qu'après une discussion avec le chef du parti, Abdel Ghafour Emad, Bilkimy avait décidé de « démissionner du parti et du Parlement ».

« Le cheikh esthétique » devra également « présenter des excuses officielles aux médecins de l'hôpital, à son parti, à tous les membres du Parlement, aux médias, aux forces de sécurité et au peuple égyptien ».

Une pratique satanique

Pire encore pour Anwar al-Bilkimy, le recours à la chirurgie esthétique pour remodeler ou embellir l'aspect de certaines parties du corps est très critiqué par les partis islamistes radicaux.

Les « fous de Dieu » jugent en effet la chirurgie plastique comme un péché. Une pratique satanique qui vise à transformer la création de Dieu. D'ailleurs, les partis extrémistes attaquent souvent les actrices égyptiennes qui passent sur le billard.

Mais ce qui choque le plus en Egypte, c'est qu'un islamiste, toujours prompt à donner des leçons aux autres, puisse dépenser l'équivalent de quatre ans de salaire d'un Egyptien moyen pour refaire son nez.

Dans un pays en crise où la pauvreté a explosé, la nouvelle du nez du député salafiste a fait l'effet d'une bombe. Une affaire qui dévoile que certains salafistes préfèrent l'esthétique à l'éthique.

source rue89

 

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« La révolution ne fait que commencer ! »

Égypte : « La révolution ne fait que commencer ! »

Negla Muhammed (Photo: ©Nirya Fatykhova)

 L’activiste égyptienne, Negla Muhammed, nous explique les raisons qui ont conduit à la révolution. Et compte bien prochainement que la devise de la nation française, « Liberté, Égalité, Fraternité » s’applique à son pays.

 

Depuis le mois de janvier 2011, une des rues qui mènent à la place Tahrir n’est plus praticable. La cause ? Un mur en béton barre le passage. Les écoliers s’y retrouvent à l’heure du déjeuner pour jouer au football. Ce détail mis à part, l’impasse est tranquille : personne ne vient troubler les visiteurs qui admirent ce mur tagué ; les mots d’ordre des révolutionnaires sont peints en travers du mur. J’ai demandé à l’activiste Negla Muhammed de m’expliquer le pourquoi de son combat. Et voilà une femme gracieuse qui me répond tout naturellement en utilisant la devise de la nation française : « Pour la Liberté, l’Égalité, la Fraternité ». Elle s’interrompt un bref instant, puis ajoute enfin : «Et pour le Pain ». La révolution égyptienne ne s’explique ni par l’envie de participer à la vie politique du pays, ni par l’engouement du média étendu qu’est Internet : l’élément déclencheur le plus important est uniquement la pauvreté de la population. Du moins, c’est l’avis que partage Negla. À ses yeux il est primordial de relater les faits réels qui ont abouti à ce revirement de situation.

 

cafebabel.com : À quel moment précis la révolution a-t-elle commencé pour toi ?

 

Negla Muhammed : Le mécontentement de la population s’est fait sentir à l’aube du deuxième millénaire. Le premier mouvement d’opposition a été formé en 2004 : on l’a surnommé « Kaffajah », ce qui signifie « ras le bol » à peu de chose près. À l’époque, les premières manifestations paraissaient insignifiantes : un beau matin, 25 personnes ont défilé. Les gens nous ont ri au nez, ce qui n’était pas étonnant puisque les policiers qui nous encadraient étaient en surnombre.

cafebabel.com : Quelle était la cible de vos manifestations ?

Negla Muhammed : Il faut rappeler que la guerre en Irak a causé beaucoup de tort à la société égyptienne. Du jour au lendemain, tout est devenu plus cher, surtout les aliments de première nécessité : nous avons été obligés de payer le kilo de lentilles 9livres égyptiennes (un peu plus d’1 euro,ndt), alors qu’il ne nous coûtait que 2 livres avant la guerre (environ 0,25 euros, ndt). Chaque jour, la population égyptienne s’appauvrissait à vue d’œil, à tel point que certaines femmes ont dû chercher un emploi : de nombreuses Égyptiennes ont été poussées à l’émigration, elles ont dû travailler comme femmes de ménage à l’étranger.

 cafebabel.com : Quelle a été la suite des événements ?

Negla Muhammed : Les prix n’ont cessé d’augmenter. C’est en avril 2008 que nous avons organisé la plus grande manifestation inédite par le biais d’Internet. Ce n’était pas une manifestation géante bien sûr. Par contre, les ouvriers d’une usine textile basée dans la ville industrielle de Mahalla El-Kubra se sont mis en grève : les forces de police sont intervenues et une centaine d’ouvriers ont été arrêtés. Parallèlement, la situation politique devenait encore plus absurde : Moubarak avait modifié la Constitution et il était certain que son fils Gamal allait bientôt lui succéder. Les personnes qui ont critiqué Moubarak ont été réduites au silence : le blogueur Khaled Saïd a été battu à mort par les policiers, il avait tout juste 18 ans. En 2009, le mouvement « Nous sommes tous des Khaled Saïd » est apparu sur Facebook : un an plus tard, ce groupe comptait 700.000 membres, une preuve de solidarité. En 2010, lorsque Moubarak a décidé d’un claquement de doigts de reporter les élections présidentielles de deux ans, ce geste a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

La démocratie n'est pas une impasse.

La démocratie n’est pas une impasse. | “Personne ne vient troubler les visiteurs qui admirent ce mur tagué ; les mots d’ordre des révolutionnaires sont peints en travers du mur.”

cafebabel.com : Mais comment en êtes-vous arrivés à protester en janvier 2011 ?

Negla Muhammed : Les Tunisiens ont osé protester, ils ont été les précurseurs des soulèvements, et ils nous ont donné tant d’espoir. Le 25 janvier, plus connu sous le nom de « jour de la police », nous avons décidé d’opposer la même résistance au régime. Grâce à Internet, nous avons appelé le peuple à nous suivre. 6000 manifestants nous ont suivi de leur plein gré jusqu’au Caire : il s’agissait de jeunes activistes la plupart du temps.

cafebabel.com : Le 28 janvier, vous étiez déjà des millions. Que s’est-il passé pendant les 3 jours qui ont précédé cette date ?

Negla Muhammed : Les membres du gouvernement étaient seuls responsables. À la suite des premières manifestations, ils ont bloqué les réseaux de communication, que ce soit le téléphone, Internet ou la télévision. Les relations publiques étaient au point mort. Alors les gens se sont rendus sur les grandes places pour tenter de savoir ce qui se passait. Et d’un seul coup, des foules gigantesques se sont rassemblées.

cafebabel.com : Liberté, Égalité, Fraternité. Crois-tu que se soit vraiment possible en Égypte ?

 Negla Muhammed : Oui, bien évidemment. Il n’y a qu’à regarder notre parcours.

Aux yeux des jeunes révolutionnaires, le mur qui se trouve dans une ruelle adjacente à la place Tahrir est le symbole d’une démocratie solide qui a remporté le combat contre l’injustice. C’est la raison qui explique que ce monument représente encore le printemps égyptien. Pendant ce temps là, de l’autre côté du mur, sur la place Tahrir, les protestations ne s’arrêtent pas. À présent, les Égyptiens doivent faire face aux militaires. « La révolution ne fait que commencer ! », me crie Negla en guise d’adieu.

source cafebabel

 

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 04:22

Des Salafistes fâchés contre le drapeau national

 

 

On a imaginé le pire avec ces Salafistes qui se moquent royalement des lois et du monde. Mais qu’ils touchent à notre sacré drapeau, là, ça fait trop. Inadmissible. La présidence de la République est sortie de son silence et a violemment réagi.

par Zohra Abid

 

 


Mais côté gouvernement, c’est le silence total. Des ténèbres. Un silence qui ne peut être que «complice» ou «coupable». Car, on continue de laisser faire ces extrémistes et on fait semblant de ne rien voir, rien entendre et en agissant jamais contre leurs «chers» salafistes.

 

Un drapeau ou un torchon?

Mercredi matin, le drapeau tunisien, hissé à l’entrée de la faculté des lettres de la Manouba, était comme un torchon entre les mains des salafistes qui l’ont remplacé par le leur. Les forces de l’ordre étaient, certes, sur place, mais comme si elles étaient absentes. Juste pour le décor. Ni leur uniforme ni leur présence n’effraient plus ces hors la loi. D’ailleurs, de leur hiérarchie, elles n’ont pas reçu l’ordre d’intervenir. Donc, pas le droit de leur en vouloir.

Interrogé à 13h30 par Kapitalis à propos du silence des autorités, l’attaché de presse du ministère de l’Intérieur n’était même pas au courant de ce qui s’est passé. Au téléphone, il nous a dit qu’il était en réunion et qu’il vient d’être informé. Or, sur les ondes, l’information fait du bruit. Toutes les radios en parlent. A l’appui, des vidéos, avec image et son, circulent à la 5ème vitesse. Toute la Tunisie est au courant. Sauf… le ministère de l’Intérieur. Bizarre.

 

Comme si rien ne se passait…

Pas la peine de s’interroger sur le sujet de cette réunion. Inutile. Passons. Ca ne sert à rien de s’arrêter sur ce point. Le moment est grave.

Au moment où une foule de salafistes fait la loi, agressant tous ceux qui ne partagent pas avec elle son idéologie, tout le monde (en tant normal) doit se mobiliser et agir. Là rien de rien… Ni ministres, ni représentants du gouvernement, ni porte-parole de X ou de Y… Sans commentaires.

Sur un autre plan, tous les évènements de la journée de moindre importance (et moindre gravité) ont été publiés par l’agence officielle Tap. Sauf l’événement de la faculté de la Manouba. Il a fallu attendre 15h46 pour voir une première réaction émanant de la présidence de la République. Suivie, une heure après, d’une brève reprenant quelques extraits d’un communiqué de la faculté de la Manouba où l'on reproche l’absence flagrante de la sécurité. Une brève d’une rare indifférence. Pas plus plat. Ainsi, on éviterait les reproches et on pourrait dire qu’on l’a fait. Mais où est passé le patriotisme? Un drapeau, c’est à défendre jalousement. Là, rien de rien. Mais bon sang, combien de martyrs sont tombés, rien que pour hisser ce drapeau?

Plus tard, l’agence Tap a publié ce qui suit: «Des affrontements ont eu lieu mercredi à la faculté de la Manouba, entre des étudiants salafistes qui portaient des armes blanches et d’autres étudiants dont certains appartiennent à l’Union générale des étudiants tunisiens (Uget)… Suite à ces accrochages, 5 étudiants ont été victimes d’acte de violence dont 2 ont reçu les premiers secours sur place et 3 autres ont été transportés d’urgence à l’hôpital Mohamed Kassab… Les agents de l’ordre sont intervenus pour faire sortir les étudiants de l’Uget bloqués à l’Ipsi et des renforts sécuritaires sont arrivés». Les salafistes armés, quant à eux, sont restés sur place. Ils règnent en maitres des lieux. Intervention (dites-vous !)?

 

La présidence brise le silence

C’est donc un peu après 15h que la présidence a publié sur sa page facebook officielle un communiqué. Pour dénoncer ce qui s’est passé. Pour dire aux forces de l’ordre d’intervenir… avec FORCE. Pour interpeler les hommes de la justice afin qu’ils appliquent les lois.

Selon le communiqué, le drapeau est le symbole national qui rassemble toutes les couleurs : le symbole du sang des martyrs, le symbole de l’islam, symbole de la tolérance et de la paix… Ce que les salafistes n'ont pas compris.

Dans l’après-midi, Hatem Farhat, avocat à Mahdia, a porté plainte auprès du procureur de la République appelant à l’application de l’article 129 du Code pénal qui condamne tous ceux qui portent atteinte aux symboles de la patrie.

 

Ça bouillonne de partout,  le couvercle de la cocotte risque de sauter

Sur sa page facebook, le parti Ettakatol de Mustapha Ben Jaâfar (président de l’Assemblée de la constituante) a publié, lui aussi, un communiqué condamnant les pratiques de certaines personnes qui portent atteinte à notre drapeau national et qui ne respectent pas les règlements intérieurs de nos universités… Le parti appelle à punir ceux et celles qui nuisent à la sécurité des citoyens. Un peu après, vers 18h30, le Pdp a de son côté exprimé sur sa page facebook son indignation. Le Cpr, a quant à lui, réagi autrement. Le logo a été remplacé par le drapeau en rappel des paroles de l’hymne national.

Les autres partis ne vont certainement pas se taire. Des communiqués vont suivre dans les heures qui viennent.

Sur les réseaux sociaux, les internautes sont actuellement bombardés de photos datant d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années en provenance d’Afghanistan ou d’Iran…  Avant la prise du pouvoir par les islamistes extrémistes. Car, si on se laisse faire, la Tunisie risque de basculer dans le noir. A méditer.

source kapitalis

 

 

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Une étudiante à la faculté de Manouba a défendu le drapeau national tunisien, attaqué par des salafistes

 

Amel Aloui

Aujourd’hui (mercredi) , l’étudiante Amel Aloui s’est interposée pour que le drapeau tunisien ne soit pas arraché du toit de la faculté des lettres ,des arts et des humanités à Manouba. Elle a tenté d’empêcher un de ces salafistes qui sèment la terreur en Tunisie et particulièrement à la faculté de Manouba, de commettre son forfait .

Elle a failli payer son courage au prix de sa vie. 

Les images sont assez éloquentes (vidéo) .emilieuautorise

Amel, juillet 2011
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Le déroulement des événements de la Manouba, mercredi 7-03-12
Partie I

 
Partie II
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 Bourguiba salue le drapeau ... Comique ! 

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 Déclaration d'un représentant d'Ettakatol

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 06:09

Femmes et Chariaâ… Je t’aime, moi non plus

  • par Mohamed Bouamoud 

     

  • L’annonce, depuis quelque temps, de l’éventualité de prendre en compte la Chariaâ islamique en tant que référence de base de législation dans la Constitution suscite de plus en plus d’appréhension dans le rang des femmes, et particulièrement les femmes actives dans le domaine des droits de l’homme.

    Prudent ou conciliateur, le premier réflexe de ces femmes est: «Bienvenue à la Chariaâ dans la Constitution, pourvu qu’elle ne touche pas aux droits de la femme». Tout le hic, en fait, est là: faudrait-il moderniser l’esprit de la Chariaâ et l’assimiler à celui du CSP (Code du Statut Personnel), ou devrait-on faire table rase des acquis de la femme tunisienne et la renvoyer à sa condition primitive? Trouver le juste milieu, voilà le nœud inextricable.

Le deuxième réflexe, pour la majorité d’entre elles, paraît ferme et inflexible: «Nous ne cèderons jamais! Nous lutterons inlassablement pour la préservation de nos droits! Personne, quel que soit son rang, ne pourra jamais nous confisquer nos droits!». Plus ou moins rassurant, le troisième réflexe invite au calme: «Mais nous ne sommes pas encore là, ce n’est qu’une proposition pour le moment, et rien ne dit qu’on va s’acheminer tout droit vers la Chariaâ dans la Constitution».

 

Que reproche-t-on au juste à la Chariaâ?... Certaines évoquent les pratiques en usage dans quelques pays arabes et qui semblent inspirées de la Chariaâ, à savoir: la ségrégation entre l’homme et la femme; la déchéance de la femme de tous ses droits; le déni fait à la femme de choisir librement son conjoint; la non-scolarisation des filles; la non-reconnaissance à la femme de son droit de disposer librement de son corps et jusque de son destin; etc.

Pour sa part, Mme Olfa Youssef, universitaire et chercheuse, estime que la Chariaâ dans la Constitution ne constitue nullement un danger puisque le CSP lui-même s’inspire dans une large mesure de la Chariaâ. Tout le danger, considère-t-elle, réside essentiellement dans l’interprétation et la lecture qu’on fait de la Chariaâ («C’est la lecture wahhabite de la Chariaâ qui pourrait poser problème»), ajoutant que «la femme tunisienne a aujourd’hui besoin d’une Constitution qui reconnaisse sans ambages les droits de la femme et, par extension, de toute la famille».

D’autres voix s’élèvent pour prévenir du risque de voir la société tunisienne tomber dans le piège de la discorde et la division sous l’effet de l’application de la Chariaâ à des fins insidieuses. Enfin, nombreuses sont celle qui préconisent de légiférer des lois constitutionnelles dont le référentiel repose sur la Déclaration internationale des droits de l’homme, et ce sans réserve aucune.

Aujourd’hui, la situation semble s’acheminer vers la création d’un noyau parlementaire féminin à dessein de préserver les droits de la femme tunisienne.

source webmanagercenter

 

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Les Tunisiennes seront-elles contraintes de se couvrir... les yeux ?

L’association tunisienne «Al-Amr Bil Maârouf Wa Nahy Al-Monkar» (L’ordonnancement de la vertu et la prévention du vice), créée le 18 février 2012, suivra-t-elle la voie de son aînée saoudienne qui vient de menacer les femmes qui ne se couvrent pas les yeux ?


En ces jours de liberté sans limites, plus rien ne nous surprend. La dernière des dernières, c’est une menace aux femmes qui exhibent leur beau regard. Ce message est en train de circuler à la cinquième vitesse sur les réseaux sociaux.

Il s’agit d’un appel au port obligatoire du niqab. Et pas n’importe lequel (s’il vous plaît !). Il faut que ce niqab couvre la femme de la tête aux pieds, sans même laisser une petite fente sur les yeux. Mais de mettre seulement une bande de mousseline pour pouvoir voir où mettre les pieds.

«Cachez-moi ces yeux que je ne saurais... voir !»

Selon le comité saoudien «Al- Amr Bil Maârouf Wa Nahy Al-Monkar», les femmes qui dévoilent leurs "beaux yeux" seront poursuivies et obligées de les cacher. «Ce serait de la «fitna» (traduire : de la provocation envers les hommes). Et le Comité sera libre d’agir contre les femmes qui ont de beaux yeux et qui les mettent en relief...», prévient le comité d’ «Al- Amr Bil Maârouf Wa Nahy Al-Monkar» qui lit l’Islam à sa façon et qui veut l’imposer aux fidèles.

Ceci se passe très loin de chez nous, en Arabie saoudite, où les femmes viennent tout récemment d’avoir le droit de conduire une voiture. En Tunisie, une nouvelle association s’inspirant de ce comité saoudien a vu le jour. Il s’agit de «Amr Bil Maârouf Wa Nahy Al-Monkar». Pour bénéficier de la légalisation, elle a dû changer de nom : «Al-Jam3eya Al Wassateya li-Tawya Wal-islah» (l’association centriste de sensibilisation et de réforme).

Mais lorsqu’on voit une telle association dans nos murs, il y a de quoi s’inquiéter. Les membres de cette association, vont-ils finir par interpeller nos filles sur la voie publique pour leur dire «un peu de pudeur s’il vous plaît !» ?

Franchement, il vaut mieux ne pas en faire une montagne. Et éviter surtout de faire des commentaires. Car, ici, c’est la Tunisie de Taâlbi, Haddad, Chebbi et tous les autres réformistes. Ici, pas de place pour les extrémistes et les fausses interprétations de l’Islam. kapitalis 

Lire également  Légalisation d’une milice islamique sous le couvert d’une association ?

 

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 Face à la montée islamiste, les femmes arabes craignent pour leurs droits


 

En première ligne pendant les soulèvements de l'an dernier dans le monde arabe, les femmes craignent aujourd'hui pour leurs droits avec la montée des islamistes, vainqueurs des élections en Tunisie et en Egypte et en pleine progression en Libye.

En Tunisie, le parti islamiste Ennahda a proposé d'inscrire le Code du statut personnel --qui donne aux Tunisiennes des droits inégalés dans le monde arabe et interdit notamment la polygamie-- dans une loi fondamentale afin de compliquer toute remise en cause.

Mais les récents débats à l'Assemblée constituante sur une éventuelle introduction de la charia (loi islamique) dans la Constitution inquiètent organisations féministes et partis libéraux, qui craignent un recul des droits des femmes.

En Egypte, le taux de représentation des femmes à l'Assemblée du peuple est tombé de 12 à 2%, et le quota de 64 sièges instauré sous le régime déchu est passé à la trappe.

"Les femmes font face à des risques accrus de confiscation d'une révolution qui était aussi la leur", affirme dans un rapport la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH).

Elles "sont aujourd'hui confrontées à des tentatives d'exclusion de la vie publique par certains acteurs de la transition, à des discriminations et des violences de la part de groupes extrémistes ou des forces de sécurité le plus souvent en toute impunité", ajoute-t-elle.

Des enseignantes ont été intimidées en Tunisie parce qu'elles ne portaient pas le voile. En Egypte, des manifestantes ont été soumises par les militaires à des "tests de virginité", une pratique visant à "humilier les femmes", selon Amnesty International.

"Lorsque des groupes religieux arrivent au pouvoir, les premières à être affectées sont les femmes. Leurs problèmes et leurs droits seront la première chose à être remisée" par les Parlements dominés par les islamistes, estime la militante koweïtienne des droits de l'Homme Ebtehal al-Khatib.

"Les lois conformes à la charia sont les bienvenues. Les autres non", a affirmé à l'AFP Mahmoud Ghozlan, un porte-parole des Frères musulmans égyptiens. Pour la confrérie islamiste, les femmes peuvent être députées ou ministres mais pas présidentes de la République.

En Libye, où les islamistes sont une force montante de l'après-Kadhafi, le chef du Conseil national de transition Moustapha Abdeljalil a annoncé que la charia serait la principale source de la législation.

A ce titre, "toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue", a-t-il dit, évoquant la loi sur le divorce et le mariage.

"Il y a une certaine peur des partis islamistes", reconnaît Ahlam al-Haj, du nouveau Parti national centriste libyen.

Une première mouture de la loi électorale libyenne prévoyait de réserver 10% des sièges de l'Assemblée constituante devant être élue en juin aux femmes, mais ce quota a été abandonné.

En Egypte, ces droits pâtissent en outre d'être associés à l'ancien régime.

"L'ancien régime s'est approprié la question, notamment avec le Conseil national de la femme, associé à (l'ex-Première dame) Suzanne Moubarak. Résultat, le Conseil est attaqué, condamné, alors que les féministes égyptiennes se battent depuis des dizaines d'années" pour les droits des femmes, affirme à l'AFP l'universitaire et militante Amina ElBendary.

Mme ElBendary redoute que la loi sur le statut personnel, qui permet notamment à la femme d'obtenir le divorce si elle renonce à ses droits financiers (le "khol'a"), soit revue.

La FIDH a appelé les pays arabes à "inscrire dans leur Constitution le principe de l'égalité entre les hommes et les femmes et l'interdiction de toute forme de discrimination à l'égard des femmes".

Mais ce combat doit faire face à un obstacle majeur: la mentalité d'une bonne partie des femmes de la région elles-mêmes, pour qui donner "trop" de droits aux femmes contrevient aux préceptes religieux et aux normes sociales.

"Tout quota pour les femmes ne devrait pas dépasser les 20%. Le travail ne peut pas interférer avec la mission des femmes qui est d'abord et avant tout d'élever les enfants et de s'occuper de la maison", affirmait récemment à l'AFP à Tripoli une Libyenne participant à un atelier sur les droits des femmes.

source tempsreel.nouvelobs

 


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Féminisme sans frontière dans le 11e pour la Journée de la Femme 2012 - Zoom sur la Tunisie

Dans le cadre de la Journée de la femme, la Mairie du 11e organise les jeudis 8 et 14 mars 2012, une conférence, un concert et une projection destinés à s’interroger sur les violences faites aux femmes dans le monde et plus précisément sur la place de la femme dans la révolution tunisienne.

JEUDI 8 MARS (Journée de la femme) : Conférence-débat sur les violences faites aux femmes "Violences sans frontières"

Intervenantes :

Zubeyde SURMELI, officier de protection à l’OFPRA - Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides qui présentera le caractère spécifique des violences faites aux femmes dans l’est de la Turquie.

Valérie NURSEL PINARD, avocate, qui présentera l’évolution du droit des femmes en Turquie et sa confrontation aux coutumes turques et au droit français.

Malika REMAOUN, représentante de l’AFEPEC - Association Féminine pour l’épanouissement de la Personne et l’Exercice de la Citoyenneté, présentera le projet monté par des associations dans l’est algérien afin de battre en brèche l’isolement des femmes et le développement de ce projet auprès des femmes algériennes vivant en France.

A la fin de la conférence, le public pourra assister à un CONCERT de Sirlem KETAN, chanteuse turque et joueuse de saz, instrument proche du luth que la tradition réserve aux hommes...

Entrée libre de 19h à 21h - Salle des fêtes - Mairie du 11e

MERCREDI 14 MARS : Projection-débat sur "Les femmes et la révolution tunisienne"

Film projeté : Tunisie, Histoire de femmes, réalisé par Feriel ben MaHMoud (52 mn - 2005). "20 mars 1956 : la Tunisie accède à l’indépendance. Le 13 août de la même année, le président Bourguiba fait adopter le Code du statut personnel accordant aux tunisiennes des droits qui aujourd’hui encore n’ont pas d’équivalent dans le reste du monde arabe : interdiction de la polygamie, instauration du divorce judiciaire, scolarité obligatoire pour les filles comme pour les garçons, accès à une contraception anonyme et gratuite... et le droit pour les Tunisiennes d’avorter dès 1963, plusieurs années avant les Françaises. Mais l’égalité, même encouragée par la loi, ne se décrète pas. Ce sont les mentalités et les structures sociales qui doivent ensuite évoluer."

50 ans après l’indépendance, la Tunisie fait toujours figure d’exception au sein du monde arabe. Pourquoi cette exception a-t-elle été rendue possible et comment peut-elle perdurer dans le contexte géopolitique actuel ?

C’est à ces questions que tentera de répondre l’intervenante chargée d’animer le débat suivant la projection, Sophie BESSIS, chercheure associée à l’IRIS - Institut de Relations Internationales et Stratégiques, spécialiste de la coopération Nord/Sud, de la géopolitique du Tiers-monde et des questions africaines.

Entrée libre de 19h à 21h - Salle des fêtes - Mairie du 11e

source Feminisme-sans-frontiere

 

 

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Entre république moderne et état théocratique

Quelle Constitution pour la Tunisie ?


 

L’hémicycle du palais du Bardo à Tunis, qui abrite les travaux de l’Assemblée nationale constituante (ANC) tunisienne, est le théâtre, depuis quelques jours, de débats houleux. Entre les islamistes et les députés progressistes et laïques,  la guerre est ouverte à propos de la charia islamique. 

Les premiers veulent l’inscrire dans le préambule de la nouvelle Constitution et l’imposer comme source du droit et les seconds ne l’entendent pas de cette oreille, considérant à juste titre que les Tunisiens ne se sont pas débarrassés d’une dictature plus ou moins laïque pour sombrer dans le totalitarisme théocratique. 
L’ANC a commencé ses travaux au début du mois de février en installant les commissions spécialisées. Les débats ont tout de suite tourné à la controverse et les contradictions ont éclaté même au sein de la troïka au pouvoir dominée par Ennahda (89 députés) et ses partenaires de gauche, le Congrès pour la République (29) et Ettakatol (20). Pour les députés d’Ennahda, la future Constitution “doit être basée sur les principes islamiques afin de garantir la réconciliation entre l’identité du peuple et les lois qui le régissent”. Leur chef de groupe à l’Assemblée, Sabhi Atig, a été explicite lorsqu’il a affirmé que “la nouvelle Constitution doit être basée sur les principes de l’islam.

Tous ceux qui veulent séparer la politique de l’islam portent atteinte à la structure de la pensée islamique. L’islam est l’élément essentiel de la personnalité du Tunisien. La Constitution doit renforcer cette identité islamique”. Au cours de la même séance, Nejib Hasni, président du groupe Liberté et Dignité, autre parti islamiste comptant 12 députés, a interpellé le parti Ennahda pour être plus clair dans ses propos en demandant l’introduction de la charia comme source de législation et de droit. Les onze députés de la Pétition populaire ont préféré, pour leur part, s’en remettre à leur guide spirituel, un milliardaire basé à Londres, mais ont fait référence à la charia à plusieurs reprises dans leurs interventions. Au total, si l’on additionne le nombre des députés des trois formations favorables à une coloration islamique plus ou moins radicale de la loi fondamentale, on arrive à 112 voix, ce qui constitue une majorité au vu des 217 élus que compte  l’Assemblée. Le Congrès pour la république (CPR) et Ettakatol, les deux partis progressistes de la coalition gouvernementale, se situent aux antipodes de la revendication islamiste. 

Les démocrates refusent  tout amalgame entre religion  et politique

 
Ils refusent tout amalgame entre religion et politique et considèrent que “le projet de Constitution ne doit pas s’étendre à des explications pouvant toucher à l’aspect civil de l’État et nuire à la liberté de culte”. Mohammed Bennour, porte-parole d’Ettakatol, a déclaré, à ce propos, que le parti Ennahda “peut se référer à la charia dans son programme, dans son discours et dans ses analyses mais pas dans la Constitution qui doit traduire les revendications de tous les Tunisiens”. Samir Ben Amor, élu du CPR et conseiller du président Moncef Marzouki, a, pour sa part, exprimé son attachement à l’article premier de l’ancienne Constitution, qui stipule que “la Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, sa religion est l’islam, sa langue l’arabe et son régime la République”.

Beaucoup d’observateurs, peu au fait de la stratégie des mouvements islamistes, croient en une volte-face du parti Ennahda qui, lorsqu’il voulait rassurer, tenait un tout autre discours. “La religion sera absente de la nouvelle Constitution tunisienne. Nous sommes tous d’accord pour conserver l’article premier de l’actuelle loi fondamentale, qui déclare que l’islam est la religion et l’arabe la langue officielle du pays. Cela n’a aucune implication légale. Il n’y aura pas d’autres références à la religion dans la Constitution.” C’est ce que déclarait Rached Ghannouchi le 4 novembre dernier, après l’élection de l’Assemblée constituante alors qu’il voulait rassurer.

Tous ceux qui ont eu affaire aux mouvements intégristes à travers le monde savent que de tels reniements sont monnaie courante chez eux et relèvent même d’une certaine culture politique. Alors, la charia sera-t-elle inscrite dans la future Constitution tunisienne ? Peut-être pas car la rue tunisienne refuse de se voir confisquer ce qu’elle appelle sa “révolution”. Pour autant, les inquiétudes sont grandes et certains évènements récents comme l’affaire Nessma-TV, celle du journaliste arrêté, des salafistes qui investissent les campus universitaires et veulent imposer le port du niqab ou encore la formation de milices des mœurs n’invitent pas à la quiétude. Surtout que l’attitude de l’autorité publique est des plus ambiguës.

source liberte-algerie

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