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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 04:10

 

La situation reste confuse à Bani Walid, au sud-est de Tripoli.

La situation reste confuse à Bani Walid, au sud-est de Tripoli. © RFI

 

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Retour au calme à Bani Walid, confusion sur l'origine des violences

 

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Cinq personnes ont été tuées lundi dans cette ville à 170 km au sud-est de Tripoli, qui n'est tombée aux mains de la rébellion que quelques jours avant la mort de l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi et la "libération" de la Libye en octobre 2011. ( © AFP Karim Sahib)

 

 

 

Le calme semblait revenu mardi dans l'ancien bastion kadhafiste de Bani Walid mais la confusion régnait toujours sur l'origine des violences qui ont fait cinq morts la veille et ont été attribuées par des responsables locaux à des partisans de l'ancien régime libyen.

"La situation est calme aujourd'hui. Elle est sous contrôle", a déclaré à l'AFP le colonel Salem al-Ouaer, un commandant militaire se trouvant sur place.

"La situation est bonne", a confirmé Mahmoud el-Werfelli, le porte-parole du conseil local de la ville, affirmant que que ce sont des partisans de l'ancien régime qui sont à l'origine des violences.

Cinq personnes ont été tuées lundi dans cette ville à 170 km au sud-est de Tripoli, qui n'est tombée aux mains de la rébellion que quelques jours avant la mort de l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi et la "libération" de la Libye en octobre 2011.

Selon des responsables locaux, des pro-Kadhafi ont attaqué une base d'anciens rebelles avec des mitraillettes et des RPG, avant de "prendre le contrôle" de la ville, brandissant des drapeaux verts de l'ancien régime.

Mais tout en confirmant des affrontements et un bilan de cinq morts, le ministre de l'Intérieur Faouzi Abdelali a démenti lundi que les violences aient été le fait de partisans de l'ancien régime.

"Les informations dont nous disposons disent qu'il y a des problèmes internes entre les habitants de cette ville, et c'est la raison de ce qui s'est passé", a-t-il affirmé.

M. al-Ouaer a affirmé que le conflit était "purement local", ajoutant que des cheikhs de la puissante tribu des Werfella se réunissaient mardi dans une mosquée à Bani Walid pour examiner la situation.

De son côté, le gouvernement se réunissait "pour discuter de la situation à Bani Walid", a indiqué à l'AFP une source ministérielle.

Deux journalistes de l'AFP qui ont pu se rendre brièvement sur place lundi ont rapporté que la confusion régnait et qu'il n'était pas possible de savoir qui était du côté de l'ancien régime, qui des nouvelles autorités. Dans la soirée la situation était calme et il n'y avait pas de drapeau vert dans les quartiers visités par l'AFP.

Les autorités elles-mêmes ne semblaient pas savoir exactement ce qui se passait dans la ville en raison des informations contradictoires qui leur parvenaient, a indiqué à l'AFP une source proche du CNT.

Sur sa page officielle sur Facebook, le CNT affirmait ainsi lundi soir que "ce qui se passe à Bani Walid maintenant est une tentative désespérée des restes du régime déchu".

Un porte-parole du conseil militaire de Misrata, à l'est de Tripoli, a indiqué que des brigades s'étaient préparées au cas où le gouvernement leur demanderait d'intervenir à Bani Walid.

"Nous avons eu des informations contradictoires. Depuis hier, nous avons protégé les accès sud de Misrata au cas où", a affirmé Fathi Bach Agha.

A Tripoli et Benghazi (est), la sécurité a également été renforcée dans la nuit de lundi à mardi, des barrages ayant été érigés dans plusieurs quartiers des deux villes.

Ces violences interviennent au moment où le CNT fait face à la crise politique la plus grave depuis son arrivée au pouvoir. Dimanche, son vice-président, Abdelhafidh Ghoga, a dû démissionner sous la pression de la rue.

Le chef du CNT, Moustapha Abdeljalil, a exclu une démission du Conseil, en mettant en garde contre "une guerre civile". Les autorités peinent à contenir les groupes armés dans le pays plus de trois mois après la "libération".

Mardi, d'anciens combattants rebelles ont manifesté à Tripoli contre le CNT.

"Kadhafi est mort mais le système est resté le même, et le CNT fait tout pour marginaliser les thowars. 90% de ceux qui travaillent avec Abdeljalil ne servent que leurs propres intérêts", a accusé Omar Rajbani, l'un des manifestants.

source liberation

 

 

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Contesté par la rue, le CNT tient ses réunions secrètes

La Libye menacée par le syndrome somalien


 

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Contesté dans la rue, le Conseil national supérieur libyen refuse de démissionner et agite la menace de la guerre civile. Son vice-président, Abdelhafidh Ghoga, a été, lui, obligé de se démettre…

Le président de l’autorité suprême libyenne, l'une des rares personnalités peu contestées du CNT, menace de mettre à exécution sa démission qu’il aurait annoncée, suite aux massives manifestations, à Benghazi surtout, qui ont été violentes vendredi et qui se sont propagées à Tripoli. 


Attaqué par des manifestants samedi, pour la teneur de son projet de loi électorale, le CNT tient désormais ses réunions dans un endroit tenu secret, pour éviter tout incident. En réalité, depuis la chute du régime de Kadhafi, on ne sait plus qui décide de quoi en Libye, s’accordent à dire les observateurs. Les chefs de guerre ont refusé de remiser leurs hommes et armes pour certainement mieux négocier leurs parts du gâteau dans la Libye post-Kadhafi. Et, il ne se passe plus de jours sans incidents dans le pays. Le mouvement de protestations contre le CNT a pris de l’ampleur jeudi et vendredi dernier à Benghazi, l’épicentre du printemps libyen, au cours desquelles des “jelatinas” (bombes artisanales), avaient été lancées dans les locaux du pouvoir de transition.

Mais pourquoi le CNT n’a pas encore emménagé dans la capitale Tripoli ? Ou alors la capitale n’est pas encore suffisamment sécurisée, elle est pour partie entre les mains d’un ancien de l’Afghanistan et pour l’autre entre celles de tribus amazighes particulièrement ciblées durant les décennies Kadhafi. Partout dans le pays, les  rassemblements tournent aujourd’hui à l'émeute, véhicules des officiels incendiés, locaux du CNT saccagés, responsables pris à partie. Tous réclament les fruits de la révolution maintenant : pour des jeunes thouwars,  plus d'indemnisations pour les blessés, davantage d'emplois, de meilleurs salaires, du travail…

D'autres manifestations de moindre ampleur commencent à noircir le ciel du pays. Des femmes islamistes, d'islamistes proches des Frères musulmans et de salafistes, revendiquent une instauration plus rapide de la charia, promise par le président du CNT.

Des femmes du courant libéral veulent obtenir au moins 20 sièges dans la future chambre des députés, soit le double que les 10 % prévus par le projet de loi. C’est justement ce projet de loi électorale qui a mis le feu aux poudres. Les critiques portent, pêle-mêle, sur la composition du collège électoral, le nombre de sièges dévolus aux femmes, l’inéligibilité des  personnalités ayant été proches du régime, et la question du vote des résidents à l'étranger, pour certains suspects de sécularisation, pour d'autres précieux pour reconstruire le pays. La composition du collège électoral, plus que les autres décisions, a provoqué des réactions dans diverses localités. Leur poursuite risque “de plonger le pays dans un puits sans fond”, a averti le président du CNT dont le départ du gouvernement transitoire risque d'ailleurs de précipiter le cours des choses car il était jusqu’à ces dernières semaines au nombre des rares personnalités n'étant que modérément critiquées.

Moustapha Abdeljalil, qui a le soutien des pays qui ont contribué à la chute de Kadhafi, a exclu une démission du CNT, même s’il a reconnu que l’organisme faisait face à une grave crise politique. La preuve : sa réunion secrète a accouché d'un… nouveau report de la promulgation de la loi électorale. Sa teneur ne serait dévoilée que la semaine prochaine. Les membres des comités réunis à Benghazi vont retourner dans leurs régions respectives. Pour des observateurs, il n'est même pas sûr que la réunion annoncée se soit bien tenue…

Les noms des rédacteurs de la loi ne sont pas connus. Cette loi électorale doit régir l'élection d'une Assemblée constituante en juin. En attendant, la Libye court le risque de devenir comme la Somalie. Tout le monde est armé, remarque-t-on, dans le pays. Le CNT avait donné un ultimatum, expirant fin décembre, pour que les armes soient déposées. Très peu d'armes ont été rendues, et les embauches dans la police n'ont attiré que des membres de très petites milices ou des sans-emploi sans ressources.

En revanche, des hommes d'affaires du Golfe arrosent divers groupes. Les contrebandiers, qu'ils aient ou non participé aux combats, sont aussi armés, et revêtent des uniformes neufs. Il reste encore 8 000 prisonniers dans environ 60 prisons, ou camps de détention, souvent improvisés et aux mains de groupes locaux, selon les ONG des droits de l'homme. Et pour corroborer cette situation, le Haut-comité pour les réfugiés des Nations unies basé à Malte, a confirmé la poursuite des exactions contre les étrangers de peau noire, suspectés d'avoir été des mercenaires de Kadhafi! Des exécutions sommaires se poursuivent, en sus de pillages, de confiscations d'argent, de téléphones et d'objets, et des viols.

source liberte-algerie

 

 

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L’intervention en Libye et la violation de la légalité internationale : un retour à la pseudo « morale internationale » du 19ème siècle

 

par Robert Charvin

 

Forte d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU prévoyant l'instauration d'une zone de non-vol pour protéger les civils, l'intervention militaire en Libye était-elle légale ? Cette résolution a-t-elle simplement été interprétée de manière extensive ou bien a-t-elle été tout bonnement violée ? Les motifs invoqués pour déclencher l'opération sont-ils conformes aux normes du droit international ou consacrent-ils une loi du plus fort qui n'aurait rien de nouveau ? Robert Charvin est juriste international, professeur émérite de droit à l'Université de Nice Sophia-Antipolis et doyen honoraire de la Faculté de Droit et des Sciences économiques de Nice. Il analyse les motivations et les conséquences de l'intervention en Libye à la lumière du droit international. Ce texte n'est pas particulièrement court mais nous vous en recommandons vivement la lecture : il vaut bien une petite impression si nécessaire ! (IGA)

 

L’Europe est aujourd’hui la seule force capable de porter un projet de civilisation (…) L’Amérique et la Chine ont déjà commencé la conquête de l’Afrique. Jusqu’à quand l’Europe attendra-t-elle pour construire l’Afrique de demain ?
Nicolas Sarkozy. 2007.

 

Les insurgés libyens méritent l’aide de tous les démocrates. 
Bernard-Henry Lévy. 2011.

 

Quand un peuple perd son indépendance face à l’extérieur, il ne garde pas longtemps sa démocratie à l’intérieur.
Régis Debray. 1987.

 

Une vague « morale » internationale, proche de celle régnant au XIX° siècle, est invoquée par les puissances occidentales alors qu’il est fait silence sur le droit international qu’elles considèrent – au mieux- comme un simple faisceau de procédures.

 

Cette « morale », produit occidentaliste de substitution, se concilie parfaitement avec la violation flagrante des principes fondamentaux constituant le cœur de la Charte des Nations Unies et avec un mépris ouvert vis-à-vis de l’ONU lorsque le Conseil de Sécurité, organe oligarchique est neutralisé par les divisions entre les grandes puissances et qu’il ne peut être en l’occurrence, instrumentalisé par certaines d’entre elles.

 

Les États-Unis, la France, la Grande Bretagne se considèrent toujours comme la « seule force capable de porter un projet de civilisation », tout en s’opposant lorsque leurs intérêts économiques et financiers ne coïncident pas.

 

Les opérations militaires ainsi que les ingérences indirectes se multiplient. Anders Fogh Rasmussen, Secrétaire Général de l’OTAN, les annonce lui-même : « Comme l’a prouvé la Libye, on ne peut pas savoir où arrivera la prochaine crise, mais elle arrivera » (5 septembre 2011).

 

L’inquiétude manifestée par les États du Sud authentiquement indépendants n’est pas prise en compte. Les paroles de Thébo Mbeki, ancien Président d’Afrique du Sud sont significatives : « Ce qui est arrivé en Libye peut très bien être un signe précurseur de ce qui peut arriver dans un autre pays. Je pense que nous devons tous examiner ce problème, parce que c’est un grand désastre » (20 septembre 2011).

 

Par contre, en France, une quasi unanimité s’est manifestée pour applaudir aux opérations de guerre menées contre la Libye, ainsi qu’à l’exécution sommaire de M. Kadhafi. De B.H. Lévy au Président Sarkozy, via Ignacio Ramonet, de l’UMP au PCF (bien qu’avec quelques réserves) via le PS, ainsi que tous les grands médias (de Al Jazeera au Figaro), on a « au nom d’un massacre seulement possible, perpétré un massacre bien réel, alimenté une guerre civile meurtrière » [1]et admis la violation d’un principe essentiel toujours en vigueur, la souveraineté d’un État membre des Nations Unies.

 

Il en a été de même dans la plupart des États occidentaux qui n’ont pas porté le moindre intérêt aux propositions de médiation de l’Union Africaine ou du Venezuela ni voulu confier à l’ONU la responsabilité d’une négociation ou d’une conciliation.

 

L’esprit de guerre s’est imposé dans l’urgence sans réaction d’une opinion non concernée en raison de la disparition de l’armée de conscription et de la professionnalisation (voire de la privatisation au moins partielle comme en Irak) des conflits armés.

 

Si la gauche française n’a pas manifesté son opposition alors qu’elle l’a fait dans le passé contre diverses agressions occidentales, c’est, qu’au-delà du « démocratisme » de rigueur, il s’agissait d’Africains et d’Arabes et de problèmes du « Sud », non électoralement rentables, en considération de l’état idéologique moyen des Français à la fin du mandat de N. Sarkozy [2].

 

Si la droite, particulièrement les conservateurs français, opte pour des ingérences de plus en plus ouvertes dans les pays du Sud, c’est, qu’au-delà des intérêts économiques (notamment énergétiques) des grands groupes installés dans le Sud, les aventures extérieures sont toujours bienvenues en période de crise intérieure grave.

 

Le résultat global c’est, sinon la mise à mort du droit international, du moins sa mise en état de coma dépassé [3].

 

 

1. L’inéligibilité de la Libye kadhafiste au bénéfice du droit international

Véritable cas d’école sur un continent où les élections sont en général des mascarades, les élections présidentielles en Côte d’Ivoire de 2010, faussées par une rébellion armée de plus de huit ans assistée par la France et occupant la partie Nord du territoire, ont donné lieu à une intervention des Nations Unies et de l’armée française visant à éliminer par la force le Président Gbagbo. L’occupation totale de la Côte d’Ivoire par la rébellion en 2011, avec l’appui de l’ONUCI et des troupes françaises de la Licorne, ponctuée de massacres (comme celui de Duékoué) n’a suscité que peu de réactions des juristes français [4]. Les prétextes avancés par les autorités françaises (répression contre les manifestants civils, non respect du résultat des « élections ») semblent avoir convaincu la doctrine dont la domination sur la pensée juridique évite de procéder aux vérifications nécessaires des allégations politiques officielles [5]. Ainsi, au nom d’une « légitimité démocratique » indéfinie, approuvée par la majorité conjoncturelle du Conseil de Sécurité, « stimulée » par un Etat juge et partie, il est désormais admis qu’un régime puisse être renversé par la force et qu’il en soit établi un autre, avec l’appui d’une partie belligérante.

 

Survenant à quelques mois d’intervalles, l’intervention en Libye s’inscrit dans la stratégie menée en Côte d’Ivoire et n’a que peu à voir avec la politique d’appui tardif aux mouvements populaires de Tunisie et d’Égypte [6].

 

Brutalement, au nom d’une menace visant les opposants au régime jamahiriyen dont Rony Brauman a montré le caractère improbable, la Libye s’est vue retirée sa qualité de sujet de droit international à part entière, de « membre régulier » de la communauté internationale. Il a suffi d’une manifestation le 15 février 2011 dans une ville du pays suivie d’une émeute le 17 dans cette même ville de Benghazi pour qu’un État membre de longue date des Nations Unies, ayant occupé la présidence de l’Union Africaine et conclu de nombreux accords avec différents États, en particulier la France et l’Italie, soit mis au ban de la société internationale. Le Conseil de Sécurité s’est satisfait de sources très partielles sur les événements de Benghazi : celles de l’une des parties en cause (les insurgés) et d’un média, Al-Jazeera [7], sans procéder à une investigation contradictoire et sans rechercher une « solution par voie de négociation, d’enquête, de médiation, de conciliation (…) ou par d’autres moyens pacifiques » (article 33 de la Charte).

 

C’est dans une extrême précipitation [8] que le Conseil de Sécurité a adopté la Résolution 1970 du 26 février, soit quelques jours seulement après le début des événements de Benghazi, alors que de nombreux conflits dans ne monde ne suscitent que des réactions très tardives [9]. Les observations de l’Inde regrettant le fait « qu’il n’existait pratiquement aucune information crédible sur la situation sur place » n’ont pas été prises en compte. L’Etat libyen a été immédiatement considéré comme coupable et M. Kadhafi devait relever sans examen contradictoire des faits de la Cour Pénale Internationale !

 

Se répétait, à l’instigation de la France, des Etats-Unis et de la Grande Bretagne, malgré l’abstention de la Chine, de la Russie, de l’Inde, du Brésil et de l’Allemagne, la pratique suivie à propos de l’Irak, contre laquelle « toutes les preuves étaient réunies », comme celles prétendument fournies par Colin Powell en 2003, pour que Tripoli soit détruite, comme l’avait été Bagdad.

 

La Résolution 1973 du 17 mars complète la 1970 du 26 février.

 

Leur fondement est le « devoir de protéger les populations civiles », sans que le Conseil de Sécurité ne néglige de rappeler « son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance » de la Libye.

 

Son but est de « faire cesser les hostilités » et « toutes les violences ».

 

Les méthodes recommandées pour y parvenir sont de « faciliter le dialogue » tout en instaurant un contrôle de l’espace aérien pour éviter l’intervention de l’aviation libyenne.

 

C’est l’OTAN, puis essentiellement, sous son égide, la France et la Grande Bretagne, qui se chargent de mettre en œuvre les résolutions du Conseil de Sécurité.

 

Tous les éléments d’un arbitraire étranger à la légalité internationale étaient réunis.

 

En premier lieu, le flou extrême des résolutions. Le « devoir de protéger préventivement des populations civiles » s’apparente à la notion de « légitime défense préventive » qui n’est que le contournement de l’interdiction de l’agression. De plus, la notion de « civils » est imprécise. Quid du statut des « civils » armés ?

 

La violence du verbe de M. Kadhafi n’est pas assimilable à une répression illégale. La notion de « légitimité démocratique » explicitement utilisée par le Conseil de Sécurité pour condamner le régime Gbagbo en Côte d’Ivoire est la référence implicite permettant de juger le régime libyen comme étant non démocratique et source d’une menace pour la paix internationale. Le Conseil de Sécurité et les puissances occidentales se font ainsi les juges de la « validité » des régimes politiques dans le monde.

 

On peut souligner tout d’abord que ces résolutions 1970 et 1973 sont d’une nature contradictoire. Elles font référence à la souveraineté et à la non ingérence tant en « autorisant » les Etats membres des Nations Unies à prendre « toutes mesures nécessaires » pour la protection des civils, « tout en excluant le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen », étant entendu que les seuls vols autorisés au-dessus du territoire sont « d’ordre humanitaire » !

 

En second lieu, ces résolutions disant tout et leur contraire (les Nations Unies n’ont jamais mis en place le Comité d’état major et la police internationale prévus par la Charte), créent les conditions d’une intervention de l’OTAN dont les déclarations officielles et les objectifs évoluent très vite de la dimension « protectrice » à la dimension destructrice du régime de Tripoli.

 

De facto, le Conseil de Sécurité, d’un outil de conciliation et de maintien de la paix, devient un instrument de guerre. La Déclaration commune Sarkozy, Obama, Cameron du 15 avril 2011 est significative : « il ne s’agit pas d’évincer Kadhafi par la force », mais « tant que Kadhafi sera au pouvoir, l’OTAN ... doit maintenir ses opérations » !

 

Le recours à la force armée aérienne et aux bombardements intensifs (poursuivis pendant plus de huit mois) sur les villes et les voies de communication n’ont qu’une seule finalité : assister le CNT de Benghazi et liquider le régime de Kadhafi, avec la promesse d’une contrepartie pétrolière à l’issue du conflit [10].

 

L’intervention terrestre, formellement interdite par le Conseil de Sécurité, s’est produite avant même le début des frappes aériennes. Le Rapport du CIRET-AVT et du Ct 2R précité atteste de la présence de membres de certains services spéciaux occidentaux (notamment la DGSE), puis par l’action militaire de certains groupes de « bi-nationaux » venus de différents pays occidentaux, dans l’Ouest du pays, profitant notamment d’une frontière tuniso-libyenne ouverte. Les livraisons d’armes (notamment françaises, via la Tunisie) sont devenues progressivement massives. Il s’avère aussi que des troupes venant du Qatar sont intervenues.

 

De manière significative, le gouvernement français n’a pratiquement jamais fait référence au droit international. La légalité selon lui s’est réduite à une mesure procédurale : la caution du Conseil de Sécurité, dont on sait que les résolutions échappent à tout contrôle de légalité !

 

Le paradoxe est que l’invocation permanente des droits de l’homme, de la démocratie et de l’humanitaire en général ne fonctionne pour les États occidentaux que de manière sélective. Si cette pratique n’est pas neuve, elle est devenue flagrante.

 

Concernant le monde arabe, tout particulièrement, les postures des États-Unis, de la France, de la Grande Bretagne relèvent de la caricature qu’il s’agisse de leurs politiques unilatérales ou de leurs comportements au sein du Conseil de Sécurité et plus généralement des Nations Unies.

 

C’est ainsi que la question kurde, celle du statut de la minorité chiite dans les pays du Golfe, celle des régimes de l’Arabie Saoudite, de Bahreïn [11] et des Émirats dont le Qatar, allié militant de l’OTAN contre la Libye, ne suscitent aucune réaction : à leur propos, les droits de l’homme et la démocratie ne font l’objet d’aucune interrogation occidentale [12] !

 

Le plus flagrant est le cas de la Palestine. Deux ou trois États au Conseil de Sécurité paralysent le soutien de la majorité absolue des États membres de l’Assemblée Générale des Nations Unies à l’admission de la Palestine comme membre ordinaire de l’ONU. Au nom d’une certaine « conception » de l’humanitaire, les États-Unis et la France (à sa façon) [13]s’opposent à la pleine reconnaissance de l’État palestinien, car elle « pourrait conduire à une relance de la violence, obstacle majeur à la négociation avec Israël » ! Après un demi-siècle d’hostilité et d’indifférence, les États occidentaux considèrent que le Peuple palestinien doit encore attendre. Leur soutien spectaculaire aux « révolutions arabes » n’a donc rien à voir avec une position de principe. « On ne peut pas à la fois saluer l’avènement de la démocratie dans le monde arabe, et s’en désintéresser quand cela concerne la question nationale palestinienne », écrit à juste titre B. Stora [14].

 

La « sensibilité » au monde arabe et à l’Islam est donc à géométrie variable pour les autorités occidentales. Ce sont les intérêts en jeu qui conditionnent tout. Le droit humanitaire et les droits de l’homme n’ont rien à y voir.

 

La guerre de Libye a lourdement malmené le droit humanitaire. La « protection des populations civiles » est demeurée une notion abstraite au détriment des Libyens transformés en victimes des bombardements, du racisme et de la xénophobie, en miliciens armés par l’étranger ou par l’État, en personnes déplacées fuyant les lieux de combat. Un phénomène de fuite hors du territoire libyen de centaines de milliers de travailleurs étrangers, dans les pires conditions de précarité, s’est ajouté dans une quasi indifférence des États occidentaux et dans l’impuissance des États voisins.

 

Les opérations de l’OTAN dont la force de frappe a été constituée par l’armée française, son aviation et ses services spéciaux, n’ont en rien respecté le droit humanitaire, quelles que soient les réactions de vertu outragée d’un Juppé lorsqu’on « ose » lui signaler les victimes civiles libyennes des bombardements de l’OTAN [15] !

 

Le rapport Libye : un avenir incertain. Compte rendu de mission d’évaluation auprès des belligérants libyens (Paris, mai 2011) établi par une délégation d’experts (dont Y. Bonnet, ex-directeur de la DST), sur lequel les médias ont fait un silence quasi absolu [16], a constaté que la révolution libyenne n’est pas une révolte pacifique, que les « civils », dès le 17 février, étaient armés et qu’ils ont attaqué les bâtiments civils et militaires de Benghazi : il n’y a pas eu en Libye de grandes manifestations populaires pacifiques réprimées par la force !

 

C’est de manière préventive que l’intervention extérieure a eu lieu, soit moins de 10 jours après les premiers incidents et c’est dès le 2 mars, soit 2 mois après le début de la crise dans l’est libyen, que la CPI a entamé une procédure contre Kadhafi et son fils Saïf Al-Islam : les bombardements qui n’ont pas cessé depuis 8 mois et qui ont fait plusieurs milliers de victimes civiles (il y en avait déjà 1.000 à la fin mai) ont très vite perdu leur caractère militaire, pour devenir essentiellement politique : abattre le régime de la Jamahiriya et si possible procéder à l’élimination physique de Kadhafi et de ses proches par des tirs ciblés, ce qui a été réalisé à Syrte le 20 octobre à la suite d’une opération de l’aviation française [17].

 

C’est ainsi que de nombreux bâtiments publics, sans le moindre intérêt stratégique (notamment à Tripoli et les villes pétrolières Ras Lanouf, Brega, Ajdabiya) ont été bombardés [18]. Ont été aussi bombardés des réseaux de communication, des éléments de l’infrastructure industrielle, des monuments historiques, etc.

 

L’ensemble de ces actes constitue des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité, relevant de la compétence de la justice pénale internationale.

 

Quant aux opérations « ciblées » (que l’armée israélienne pratique souvent à l’encontre de cadres palestiniens) visant à assassiner des proches de M. Kadhafi (plusieurs de ses enfants ont été tués) et M. Kadhafi lui-même (par exemple, le bombardement du domicile privé de l’un des fils de Kadhafi, provoquant le mort de deux de ses petits enfants), elles ne peuvent s’inscrire dans une opération de paix et de « protection » sous le drapeau de l’ONU ! Si M. Kadhafi avait pu être déféré devant la CPI [19], les responsables des bombardements et des tentatives de meurtres par l’armée française visant des dirigeants d’un État membre des Nations Unies, quelles que soient les infractions qu’ils aient pu commettre, sont passibles eux aussi des sanctions prévues par le droit pénal international ! C’est particulièrement flagrant avec l’assassinat de M. Kadhafi lui-même, avec la collaboration active de l’OTAN et de l’aviation française.

 

La Résolution 1674 du Conseil de Sécurité du 28 avril 2006 rappelle que « le fait de prendre délibérément pour cible des civils (…) en période de conflit armé constitue une violation flagrante du droit international humanitaire ». Les tirs ciblés sont d’une nature particulièrement criminelle : l’ONU n’a pas pour fonction de faire exécuter des peines de mort !

 

On peut aussi noter, parmi les illégalités flagrantes, les procédures suivies en matière de gel des avoirs libyens publics et privés. En effet, les mesures prises durant la guerre de Libye ne tiennent pas compte des résolutions 1452 (2002) et 1735 (2006) du Conseil de Sécurité. Les transferts réalisés par la France et ses alliés européens au bénéfice du CNT n’ont pas non plus respecté la réglementation européenne.

 

En fait, l’approche juridique occidentale sur la Libye rejoint les positions de G. Scelle dans son manuel de 1943 sur la « Russie bolchévique ». Selon cet auteur classique, ce régime « aurait dû être considéré comme internationalement illégal » [20]. La « Russie bolchévique » n’aurait pas dû être admise comme sujet de droit. Elle ne l’a d’ailleurs été que partiellement jusqu’en 1945.

 

Plus d’un demi-siècle plus tard, les atteintes à la légalité par les États occidentaux en Libye n’en sont pas, car il s’agit de détruire un régime détestable, « illégal » par nature !

 

Ainsi, ce ne sont pas seulement certains peuples, comme le Peuple palestinien, qui se voient refuser la qualité de sujet à part entière du droit international, certains États pourtant membres des Nations Unies n’ont pas non plus « droit au droit ».

 

Le principe qui semble découler de cette pratique occidentale, c’est que ce ne sont plus les États qui ont droit au droit international, ce sont les régimes bénéficiant de l’aval des puissances occidentales.

 

 

2. Continuité et imperturbabilité des juristes

En tant que juriste, la première observation qui s’impose est le silence assourdissant des internationalistes, de la même nature que celui qui a pour le moins hypothéqué la scientificité de leurs jugements pour l’Irak, le Kosovo [21], l’Afghanistan ou la Côte d’Ivoire, par exemples. La doctrine dominante chez les internationalistes demeure « impassible » : les manuels les plus récents ne témoignent d’aucune inquiétude, bien qu’ils évitent d’illustrer leurs propos académiques d’exemples non exemplaires !

 

Pour nombre d’entre eux, les doctes professeurs de droit international, se sont fait ultra-cicéroniens : « Summum jus, summa injuria » ! Pour Cicéron, en effet, un « excès » de droit amène les pires injustices. Alignés derrière le personnel politique majoritaire en Occident, les juristes considèrent que le droit international lorsqu’il limite par trop le « messianisme », y compris guerrier, des États-Unis, de la France, de la Grande Bretagne, devient destructeur des valeurs civilisatrices dont il est porteur. L’idéologie, qu’ils récusent formellement pour eux-mêmes, est omniprésente dans leurs analyses : la « légitimité » prend le pas sur la « légalité », ce qui, pour les juristes, peut paraître surprenant !

 

En réalité, ils admettent implicitement que les États occidentaux s’auto-régulent dans l’intérêt du Bien Commun. Il ne s’agit pas d’un mépris de la légalité chez ceux qui se réclament hautement de « l’État de droit » : pour ces juristes, les puissances occidentales se situent « au-dessus » d’un « juridisme inadapté » au nom de la « mission » supérieure qu’ils se doivent d’accomplir sans entraves. Étant donné l’inconvenance qu’il y a à mettre en cause la politique étrangère des États-Unis et leur conception anti-multilatéraliste, on ne saurait faire non plus le procès des autorités françaises lorsqu’elles justifient (depuis le « Bettato-Kouchnérisme » qui a fait florès) leurs ingérences au détriment de la souveraineté des petits et moyens États au nom des droits de l’homme.

 

Le Président Sarkozy a poussé très loin le « Bettatisme », en 2010-2011, lorsqu’il a étendu le champ de l’ingérence au contentieux électoral (c’était une première !) : la France s’est même faite, aux côtés des États-Unis et de l’ONU, juge constitutionnel en lieu et place de l’instance ivoirienne compétente pour user en définitive de la force armée afin de changer le régime d’Abidjan, y compris au prix d’une tentative d’assassinat du Président L. Gbagbo [22].

 

La crise libyenne est allée encore au-delà : elle a permis de consacrer la notion de « révolution démocratique » parmi les causes légitimant la mise à l’écart de la légalité internationale. Les juristes rétablissent ainsi la vieille conception qui distinguait jusqu’au milieu du XX° siècle (voir les démonstrations du professeur Le Fur, par exemple, dans les années 1930-1940) les sujets relevant du droit international et ceux inéligibles à ce même droit, créant ainsi les conditions d’une nouvelle hégémonie impériale occidentale. Néanmoins, la distance pouvant séparer la pensée juridique dominante et les positions politico-médiatiques officielles tendant à disparaître, le droit international des manuels et des revues académiques demeure un long fleuve tranquille, à l’image des pages de Wikipédia qui lui sont consacrées [23]. Les éminents auteurs se consacrent aux problèmes techniques de l’Union Européenne, « planète » plus politiquement sérieuse, tandis que d’autres, tout aussi éminents, notent « la résistance des souverainetés devant les progrès du droit international » (!), progrès jugés « incontestables et importants » lors de ces dernières décennies !!

 

La nouvelle multipolarité, en gestation, n’est guère appréciée : la Chine (souvent qualifiée d’ « arrogante ») comme la Russie se voient reprocher l’exercice du droit de veto au Conseil de Sécurité, car le « risque est celui du désordre, de l’incapacité, de l’insuffisance d’organisation ». La brève configuration unipolaire qui a succédé à la fin de l’URSS était beaucoup plus appréciée : devait enfin se réaliser grâce à l’unipolarité occidentaliste – que l’on ne savait pas très temporaire - le règne effectif du droit international, la puissance assurant la « bonne gouvernance », par dédoublement fonctionnel, étant évidemment les États-Unis et accessoirement leurs alliés, dotés d’une « vision » universaliste [24].

 

En tout état de cause, le juriste occidental représentatif est celui qui n’apprécie pas le principe de souveraineté qui reste pourtant au cœur de la Charte des Nations Unies, d’autant plus que la puissance dont il relève est souveraine de facto.

 

Le terme de « violation » de la légalité ne vient qu’exceptionnellement sous sa plume, encore moins celui de régression. Il n’y a qu’ « interprétations », « ajustements » ayant pour fin de satisfaire toujours mieux les intérêts de l’Humanité toute entière [25].

 

Le juriste académique préfère s’attarder sur les « nouveaux acteurs » de la « communauté » internationale, tels les ONG et l’ « individu » [26], en voie de donner naissance à la « société civile » internationale... L’intervention militaire en Libye ne s’est-elle pas fondée (résolution 1970 et 1973 du Conseil de Sécurité) sur la protection de cet individu « civil » menacé par un pouvoir détestable, tout comme les États européens agissaient déjà au XIX° siècle contre l’Empire Ottoman par des « interventions d’humanité », les thèses du Saint-Siège précédant celles des Bush, Kouchner et autres Sarkozy !

 

Le juriste britannique H. Wheaton justifiait dans le même esprit l’intervention anglaise au Portugal en 1825, jugée conforme « aux principes de la foi politique et de l’honneur national ». De même, ajoutait-il, est fondée « l’intervention des puissances chrétiennes de l’Europe en faveur des Grecs ». Un siècle plus tard, en 1920, le Doyen Moye de l’université de Montpellier, affirmait sans réserve qu’ « on ne saurait nier les bienfaits indiscutables que l’immixtion a plusieurs fois amenés (…) Il est très beau de proclamer le respect de la souveraineté même barbare et de déclarer qu’un peuple a le droit d’être aussi sauvage que bon lui semble. Il n’est pas moins vrai que le christianisme et l’ordre sont des sources de progrès pour l’humanité et que bien des nations ont bénéficié à voir leurs chefs, inaptes ou tyranniques, obligés de changer leurs méthodes sous la pression des puissances européennes. La persuasion ne réussit pas toujours à elle seule et il faut parfois faire le bien des gens malgré eux.... » [27].

 

Qui ne reconnaît, à peu de choses près, l’analyse faite un siècle plus tard par les instances américaines, françaises, britanniques et onusiennes contre Kadhafi et autres Gbagbo ?

 

Seuls ceux qui, aujourd’hui encore, condamnent les expéditions coloniales au nom d’une culpabilité « infondée », alors qu’il s’agissait selon la doctrine de combattre la « barbarie des peuples sauvages, occupant sans titre des territoires sans maître », ne perçoivent pas la signification civilisationnelle et humaniste des interventions occidentales et l’éventuelle nécessité de mettre en place des néo-protectorats, y compris sur les petits Etats occidentaux « mal gouvernés » !

 

Le Fur, éminent titulaire de la chaire de droit international de la Faculté de Droit de Paris, auteur du précis Dalloz 1931 et de divers manuels entre 1930 et 1945, accompagné d’autres professeurs comme Bonfils, Fauchille, etc. insistait sur le thème de la Civilisation combattant la Barbarie : « il y a incompatibilité d’humeur entre nous et l’arabe » car « le mot d’ordre de l’arabe est : immobilité ; la nôtre est en avant ! » (sic) [28]. Le Fur ajoute, à propos de la colonisation, que « la France n’a pas travaillé seulement dans son intérêt, mais pour le bien commun de l’humanité ».

 

Pour les juristes de cour contemporains, les États occidentaux, soucieux par nature du Bien et de l’intérêt général, entendent aujourd’hui comme hier protéger par tous les moyens l’individu et les populations civiles contre les menées de leur propre État. Or, le libyen kadhafiste est pire que l’arabe d’hier : à son encontre, la guerre est « juste ». Rien ne change depuis un auteur du XIX° siècle comme H. Wheaton, qui affirmait, comme on le fait aujourd’hui que « lorsqu’il y a atteinte portée aux bases sur lesquelles reposent l’ordre et le droit de l’humanité » le recours à la force est fondé. D’ailleurs, l’Institut de droit international au début du siècle ne partage pas « l’utopie de ceux qui veulent la paix à tout prix ». G. Scelle, dans son manuel édité en 1943 à Paris, y met du sien lorsqu’il affirme que lorsqu’un État possède « un titre authentique et probatoire » à faire valoir, « la prohibition du recours aux armes semble difficile à admettre ». Aujourd’hui, peu importe l’élément nouveau que constituent les principes de la Charte des Nations Unies ! La France n’a-t-elle pas souligné pour justifier son rôle déterminant dans l’opération anti-Tripoli qu’elle possédait tous les titres pour intervenir, c’est-à-dire ceux fournis par les Nations Unies, fondés sur les droits de l’homme et ceux de l’OTAN pour sauver les Libyens d’eux-mêmes !

 

D’ailleurs, de manière consensuelle, dans la doctrine juridique classique (Gidel, La Pradelle, Le Fur, Sibert, Verdross, etc.), le respect de la propriété est considéré comme le principe fondamental des relations internationales pour le monde civilisé. Pour M. Sibert, c’est même « une vérité hors de discussion ». Or, chacun sait en 2011 l’emprise du régime kadhafiste sur le pétrole libyen qui n’était jusque-là, pour le reste du monde, qu’une ressource aléatoire : aujourd’hui, comme hier, la liberté des échanges « interdit » le manque à gagner que représente l’accaparement tripolitain.

 

C’est par exception que des professeurs comme Carlo Santulli ou P.M. Martin, par exemples, prennent une position forte contre la violation de la légalité dans l’affaire libyenne ou la question n’est pas de « défendre le régime » dans l’opinion publique, « mais simplement de ne pas transformer l’analyse critique en une propagande monstrueuse ». En Libye, comme en Côte d’Ivoire, le monde occidental et l’Etat français en premier lieu ont fait chorus pour déshumaniser « l’ennemi » (qu’il s’agisse de L. Gbagbo ou de M. Kadhafi), en dépit des contrats conclus sous leur patronage avec les milieux d’affaires : « le sang des Libyens (comme celui des Africains ne vaut rien pour nous », constate le professeur C. Santulli.

 

Le juriste et le politicien de droite ou d’une certaine « gauche » se retrouvent sur les mêmes positions. La « morale » doit l’emporter sur le « juridisme étroit », comme a pu le déclarer dans la presse ivoirienne l’Ambassadeur des États-Unis à l’encontre du Président Gbagbo [29]. Pour le juriste, le positivisme doit lui-même céder la place au descriptivisme et au réalisme. Le débat n’est plus de mise. Comme l’affirme R. de Lacharrière « Il faut s’habituer à l’idée que les controverses doctrinales appartiennent au passé » !

 

Or, la description non critique et complaisante des politiques étrangères par les juristes s’identifie à leur légitimation sans réserve. La doctrine dite « savante », très occidentalo-centriste, est très proche des grands médias. Le « droitdel’hommisme » et le « sécuritarisme » dont les puissances occidentales se font les championnes et qui défont l’ensemble du droit international édifié depuis 1945 [30] conduisent en fait les juristes à se rallier au dédoublement fonctionnel autoproclamé de l’OTAN et de ses membres porteurs de valeurs euraméricaines et « civilisatrices » ! On n’est pas très au clair sur le « droit » ou le « devoir » d’ingérence, mais le principe onusien de la non-ingérence est balayé. Il y a bien quelques flottements sur le principe de la souveraineté (rappelé par précaution dans toutes les résolutions du Conseil de Sécurité, y compris celles qui le violent), mais la « légitimité démocratique », dont la définition est incertaine, doit l’emporter. Pas question de s’interroger sur la mise en œuvre de néo-protectorats, puisqu’il n’y a officiellement qu’une assistance à la « transition démocratique ».

 

Avec les mouvements populaires de 2011, dans le monde arabe, les internationalistes vont jusqu’à faire leur la « révolution » (honnie et jugée archaïque par ailleurs) [31] elle-même en tant que productrice de démocratie.

 

Si l’on peut admettre que la tâche des juristes n’est pas de désigner le souhaitable, peut-être est-elle tout de même de mettre en procès les processus de régression et de se manifester en tant que « veilleurs critiques ».

 

 

3. L’expédition franco-britannique : l’affirmation d’une politique impériale en état d’urgence

L’expédition franco-britannique et autres en Libye s’inscrit dans la tradition impériale des grandes puissances occidentales. Le sarkozisme s’efforce de créer l’illusion d’un retour à la « grandeur » de la France et de l’Europe. Mais, comme à l’époque coloniales, le pétrole, d’une qualité exceptionnelle et d’extraction facile ainsi que le gaz libyens, représentent l’enjeu essentiel du changement de régime à Tripoli. Les accords franco-libyens, italo-libyens et américano-libyens des dernières années étaient considérés comme peu fiables. Paris et Londres de plus estimaient nécessaire un nouveau partage, n’ayant pas obtenu les meilleures concessions. De plus, de nombreux projets libyens en gestation projetaient de porter la participation de l’État dans le secteur pétrolier de 30 à 51% ; il était aussi envisagé de remplacer les firmes occidentales par des sociétés chinoises, russes et indiennes. Après une phase de compromis, Tripoli se préparait à mettre en œuvre une nouvelle politique [32].

 

L’intervention française n’est pas étrangère non plus à certains problèmes franco-français. Les élections présidentielles approchant et, à l’image de Bush aux États-Unis, le président sortant, en difficulté dans l’opinion française, a estimé qu’une rapide et brillante politique extérieure en Libye (ce qui semble être attesté par les exigences d’un calendrier très bref exprimées à plusieurs reprises) compenserait les échecs de politique intérieure. La crise provoquée par les liens étroits longtemps maintenus avec le régime de Ben Ali et celui de Moubarak devait aussi être effacée.

 

La révélation lancée depuis Tripoli que la campagne électorale de 2007 de N. Sarkozy avait été financée par des « mallettes » libyennes a sans doute accéléré le processus de l’engagement militaire de la France.

 

De plus, depuis longtemps, les États-Unis ont souhaité que les États européens prennent le relais des dépenses militaires occidentales, en particulier pour « protéger » l’Afrique des alternatives offertes par la Chine et les puissances émergentes à chaque État africain. Le rôle primordial joué par la France en Libye entre donc parfaitement dans les vues des États-Unis. D’autre part, les États-Unis ont l’ambition d’installer en Libye, dans le Golfe de Syrte, le commandement unifié (« Africom ») actuellement basé à Stuttgart et que tous les pays africains ont jusqu’à ce jour refusé. La mise sous tutelle de la Libye permettra l’installation de ce commandement, 42 ans après l’expulsion des bases américaines de Libye par la révolution kadhafiste.

 

L’un des objectifs de l’opération de liquidation du régime de Tripoli, passé sous silence, est aussi la volonté de sécuriser Israël. Israël a besoin d’États arabes acceptant de refuser leur solidarité avec les Palestiniens, comme l’a fait avec efficacité l’Égypte de Moubarak. Les mouvements populaires en Tunisie et en Égypte démontrent une instabilité dangereuse. Cette incertitude doit être compensée par la disparition d’un régime libyen radicalement anti-sioniste.

 

La France est aussi particulièrement préoccupée des tentatives kadhafistes d’union des Africains. Les flottements de l’Union Africaine lors de la crise ivoirienne ont montré que l’organisation africaine est traversée de contradictions et que l’influence française s’est réduite. L’influence de Kadhafi et les moyens financiers dont il disposait rivalisaient fortement avec ceux de la France. L’élimination du leader libyen (de nombreuses opérations françaises ont été montées depuis 1975 contre lui [33]) est donc considérée comme le moyen de protéger les intérêts français en Afrique en cassant la Libye en train de devenir le financier alternatif du continent [34].

 

Cette guerre en Libye survenant après l’intervention en Côte d’Ivoire, et après les multiples opérations menées au Moyen Orient, a une signification générale.

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 18:30

Quand Thala s’est soulevée contre Ben Ali


Il y a un an, le président tyran fuyait le pays. La ville rebelle de l’ouest tunisien a été une des premières à se révolter contre le régime honni. Depuis, c’est un bel exemple d’autogestion.

Nichée dans les montagnes près de la frontière algérienne, la ville de Thala vit toujours à l’heure de la révolution, comme si le temps s’était arrêté il y a un an. Ce n’est pas tant le nombre de victimes mais les modalités de la répression qui ont marqué durablement les esprits ici. La police n’entre plus à Thala au risque de provoquer des émeutes : « Les gens de Thala, surtout les familles des martyrs, n’acceptent pas la présence de la police tant que justice n’a pas été rendue », confie Abir Arnouni, étudiante en anglais. Seule l’armée est acceptée par les 65’000 habitants. Neutre pendant la révolution, elle a joué un rôle social important : « Les militaires nous ont beaucoup aidés. Un colonel passait tous les jours pour nous demander de quoi nous avions besoin. Il nous écoutait beaucoup et nous parlait avec sincérité », dit Issam, frère d’un jeune tué par la police lors des premières manifestations.

 

Après Sidi Bouzid, Thala a été la première ville à s’être soulevée durant la révolution. Entre le 3 et le 12 janvier 2011, la ville fut assiégée par les forces de police venues réprimer les manifestations suite au décès de Mohamed Bouazizi, qui s’était immolé par le feu le 17 décembre 2010. À Menzel-Bouzaiene, un professeur au chômage a été tué lors d’une manifestation. Puis c’est à Thala que les victimes suivantes tombent au soir du 7 janvier. « Nous étions ensemble, solidaires. Toutes les portes des maisons étaient ouvertes, les femmes donnaient des tomates aux hommes contre le gaz lacrymogène. Elles aussi allaient manifester contre la police », raconte Issam.


Le 12 janvier au soir, les policiers quittent la ville, les Thalouas s’organisent pour garantir la sécurité. Dans tous les secteurs de la ville, des rondes ont lieu. « Dans chaque quartier, nous avons voté pour choisir une personne de confiance responsable de la sécurité. Puis nous avons ramassé les ordures et nettoyé la ville après le siège », indique Issam.

 

Thala multiplie les particularités. Déjà sous l’ancien régime, Ben Ali l’avait surnommé « le point noir de la Tunisie » du fait de sa résistance continuelle contre la dictature. Dans plusieurs villes du pays où les violences policières ont été très dures, de nombreux cadres du RCD (le parti de Ben Ali) ont pris la fuite, laissant ces territoires sans administration. À Thala, dès le début de la répression, le maire et son équipe affiliée au RCD ont quitté la ville par peur des représailles. Les Thalouas adoptent alors une forme d’autogestion. La très grande solidarité des habitants et l’habitude de se débrouiller par eux-mêmes ont permis cette autogestion : « Pendant deux mois, nous avons aussi organisé des collectes de fonds pour aider les familles pauvres à passer l’hiver. Pendant la révolution, nous étions solidaires. Depuis, nous sommes devenus une seule personne », dit Issam.

 

Un comité local est créé pour gérer les affaires courantes : « Nous avons affiché devant le Palais de justice les nouvelles du jour pour que tout le monde sache quelles décisions ont été prises par le comité local », précise Issam. Parmi les discussions, une proposition fait l’unanimité : quitter la ville en portant des drapeaux algériens et marcher vers la frontière pour demander le rattachement à l’Algérie. « Pendant la révolution, la frontière est restée ouverte. Quand les Algériens vivant de l’autre côté ont su que nous venions, cinq bus de Tebessa [ville frontalière] et Oran sont venus nous apporter de l’aide », ajoute Issam. Une grande fête a alors été organisée. « Un Algérien nous a alors dit : “Vous devez réclamer justice dans votre pays. Nous serons là pour vous soutenir.” »

 

Le 12 septembre 2011, des élections municipales anticipées sont organisées par les habitants : « Quelques régions ont établi des comités locaux désignés par divers représentants de communes, car les cadres du RCD ont tous été dégagés. Chez nous cela a tardé. Néanmoins, nous sommes la seule ville de toute la Tunisie à avoir élu notre maire », confie Kahli Fathi. Une liste de 33 candidats est élaborée et huit conseillers municipaux sont élus. Mohsen Saidi, médecin-chef de l’hôpital, est élu maire. « Plus d’un millier de personnes ont voté. C’est peu par rapport au nombre d’habitants mais c’est un exploit d’organiser des élections en deux jours ! » explique le nouveau maire de Thala, ajoutant : « Ce qui caractérise notre équipe municipale, c’est qu’il n’y a pas de chef. Et nous sommes tous bénévoles. »

 

Un an après, les Thalouas n’ont rien oublié. Toute la ville s’active pour organiser les commémorations de la fuite de Ben Ali. Mardi dernier, le responsable présumé de la répression a été limogé et serait en garde à vue. Un cortège de voitures fait le tour de la ville pour annoncer la nouvelle. C’est un an de combat pour la justice qui porte ses fruits aux yeux des Thalouas. « L’arrestation de cet homme est historique, peut-être plus que le départ de Ben Ali. Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous sommes en démocratie », confie Ahmed, un blogueur, ému jusqu’aux larmes.

 

« Le nouveau gouvernement agit enfin. Il a entendu la population de Thala et Kasserine ! »Le 8 janvier, le président Marzouki et son premier ministre Hamadi Jebali ont fait le déplacement dans ces villes très durement touchées par les violences policières. Les familles des victimes ont exigé d’eux l’arrestation et le jugement des cadres policiers qui ont tué et blessé en toute impunité. Dans l’état d’esprit des familles des victimes, c’est un mélange de fierté et de douleur, de soulagement, après un an de combat.

Leur presse (Rafika Bendermel, Le Temps [Genève], 14 janvier 2012)

 

 

NOTA BENE : Quelques jours après la parution de cet article, alors qu’avait couru la rumeur que « le responsable présumé de la répression » à Thala, Moncef Laajimi, avait été arrêté à l’aéroport alors qu’il tentait de fuir un mandat d’amener délivré contre lui, celui-ci paraissait en direct à la télé le soir du 21 janvier pour une interview sur le plateau de Hannibal TV, dont on retiendra seulement le commentaire qu’en fit un internaute : « Il y aurait eu un quart d’heure de plus d’émission, Laajimi aurait avoué être un martyr de la révolution ». Qu’en pensera et qu’en dira le peuple de Thala 

 

source juralib.noblogs

 

 

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Thalassothérapie - 1. Témoignage pour servir à l'histoire de la bataille de Thala 

from Los Solidarios


 

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 07:09

Seif El islam Kadhafi 

 


 

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Violences et confusion à Bani Walid

 

Bani Walid

Photo: AFP/JOSEPH EID

Bani Walid

Le ministre libyen de l'Intérieur, Faouzi Abdelali, a démenti lundi que les violences à Bani Walid soient le fait de partisans de Mouammar Kadhafi. Il a attribué ces événements à des « problèmes internes » à cette ville située à 170 km de Tripoli.

M. Abdelali a expliqué que les violences étaient liées à la question des compensations destinées aux personnes touchées par la guerre et qu'« il y a un différend entre deux parties dans la ville sur cette question ».

Un correspondant de l'AFP qui a pu brièvement se rendre dans la ville a constaté qu'il y régnait la plus grande confusion et qu'il n'était pas possible de savoir qui était du côté des rebelles ou de l'ancien régime.

Auparavant, un responsable local avait affirmé à l'AFP que la ville de Bani Walid, dernier bastion de Kadhafi, est désormais contrôlée totalement par des partisans de l'ancien dirigeant libyen.

Au cours de l'attaque de la ville, cinq anciens rebelles ont été tués et une trentaine d'autres ont été blessés. Ce bilan a été confirmé par le ministre de l'Intérieur.

« La brigade du 28-Mai, la plus importante à Bani Walid et la seule qui dépende du ministère de la Défense, est encerclée par des fidèles de Kadhafi brandissant des drapeaux verts et est visée par toutes sortes de tirs », a indiqué Mahmoud El-Werfelli, porte-parole du conseil local de la ville.

« Ils sont environ 100 à 150 et ont des armes lourdes », a-t-il précisé.

« Nous avons demandé l'intervention de l'armée, mais le ministère de la Défense et le Conseil national de transition nous ont trahis, ils nous ont laissés entre le marteau et l'enclume », a-t-il déclaré.

En novembre, des combats meurtriers avaient opposé une milice d'un quartier de Tripoli, venue arrêter des habitants de Bani Walid, et des insurgés locaux.

 

Affrontements à Tripoli

 

La veille, des affrontements à Tripoli ont fait un mort et cinq blessés.

Excédés par les agissements d'un ex-détenu condamné dans une affaire de meurtre et libéré au début de l'insurrection libyenne par le régime de Mouammar Kadhafi, d'ex-rebelles ont tenté de l'arrêter, mais se sont heurtés à une résistance farouche, selon des témoins.

L'ex-prisonnier et son frère se sont réfugiés dans leur maison et ont tiré avec différents types d'armes, dont des roquettes RPG, des armes automatiques et des grenades, selon des habitants.

Des violences ont régulièrement lieu entre groupes armés depuis la fin du conflit qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi. En raison de la prolifération des armes, des incidents banals peuvent prendre de grandes proportions.

 

Le CNT contesté

 

La multiplication des incidents violents et la réapparition des partisans du défunt colonel Kadhafi surviennent au moment où le Conseil national de transition (CNT) est de plus en plus contesté. Une partie de la population exige l'exclusion des personnalités liées à l'ancien régime, qui occupent encore des postes de responsabilité.

À Benghazi, point de départ de l'insurrection contre Mouammar Kadhafi, des rassemblements ont lieu quotidiennement, où les manifestants exigent une transparence totale des dépenses publiques.

Dimanche, le vice-président du CNT, Abdel Hafiz Ghoga, a démissionné après avoir été chassé violemment jeudi d'une université de Benghazi, où il devait donner une conférence.

Samedi dans la soirée, le siège du CNT a été envahi par des manifestants.

Lorsque Moustapha Abdeljalil, le président du CNT, est sorti pour s'adresser à la foule, des manifestants lui ont lancé des bouteilles en plastique vides, obligeant les forces de l'ordre à tirer des grenades lacrymogènes.

« Dégage, dégage! », scandaient les protestataires lorsque le chef du CNT a pris la parole avant de se replier à l'intérieur du bâtiment.

S'adressant par la suite à des journalistes dans un hôtel, M. Abdeldjalil a estimé qu'il fallait donner du temps à ce gouvernement, installé depuis deux mois.

« Derrière ces manifestations, il y a quelque chose de néfaste pour le pays », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le président du CNT doit présenter dans la journée la loi électorale qui permettra de mettre en place d'ici six mois une assemblée nationale.

source radio-canada

 

 

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 Le gouvernement dément un assaut de pro-Kadhafi à Bani Walid

 

Un responsable local affirmait un peu plus tôt que des partisans de l'ancien dirigeant contrôlaient toute la ville.

 

Bani Walid le 17 octobre, lors de l'assaut final du CNT (MARCO LONGARI / AFP)

Bani Walid le 17 octobre, lors de l'assaut final du CNT (MARCO LONGARI / AFP)

 

Le ministre libyen de l'Intérieur Faouzi Abdelali a démenti que les violences à Bani Walid lundi 23 janvier soient le fait de partisans de l'ancien régime de feu Mouammar Kadhafi, affirmant qu'il s'agissait de "problèmes internes" à cette ville située à 170 km de Tripoli.

"Les informations dont nous disposons disent qu'il y a des problèmes internes entre les habitants de cette ville, et c'est la raison de ce qui s'est passé", a-t-il affirmé à la chaîne de télévision Libya, en confirmant un bilan de cinq morts.

"Les informations que nous avons en provenance de l'intérieur de la ville ne disent pas qu'il y a des drapeaux verts et il n'y a rien qui soit lié à l'ancien régime", a-t-il ajouté.

 

 

"Un différend entre deux parties dans la ville"

Le ministre a expliqué que les violences étaient liées à la question des compensations destinées aux personnes affectées par la guerre et qu'"il y a un différend entre deux parties dans la ville sur cette question".

"J'espère que les thowars (révolutionnaires) ne vont pas s'engouffrer derrière les informations diffusées par certaines stations" et attendront "la publication d'un communiqué officiel", a-t-il ajouté.

Un correspondant qui a pu brièvement se rendre dans la ville a constaté qu'il y régnait la plus grande confusion et qu'il n'était pas possible de savoir qui était du côté des rebelles ou de l'ancien régime.

 

"Ils contrôlent des quartiers importants dans le centre de la ville"

Bani Walid a été l'un des derniers bastions de Mouammar Kadhafi à tomber, quelques jours avant la mort de l'ancien dirigeant, et la fin du régime en octobre 2011 après huit mois d'un soulèvement sanglant.

 

D'après un responsable local un peu plus tôt dans la journée,des partisans du régime déchu de Kadhafi avaient pris le contrôle de "toute de la ville" à la suite d'affrontements sanglants avec des ex-rebelles.

"Ils contrôlent des quartiers importants dans le centre de la ville et y ont planté le drapeau vert (de Kadhafi)", avait affirmé Mahmoud el-Werfelli, porte-parole du conseil local de la ville, ancien bastion du défunt dirigeant libyen.

 source tempsreel.nouvelobs.


 

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L’après-El Gueddafi dans la douleur

La ville de Tripoli dégage une étrange impression pour le voyageur qui y débarque pour la première fois. Les scènes de vie quotidienne bien ordinaire contrastent fortement avec les rumeurs alarmistes sur les risques de guerre civile que font peser sur le pays les rapports de force au sein du CNT et les dissensions entre milices tribales et régionales.

 

Durant la journée, tout le monde vaque à ses affaires, mais au beau milieu de la nuit, on peut entendre les bruits sourds et lourds de menaces des armes de guerre.
Nos premiers contacts avec la capitale libyenne se font le vendredi 13 janvier, en provenance de la ville côtière de Zouara. Première surprise : il n’est pas aisé de conduire dans la joyeuse pagaille de la circulation tripolitaine où les bouchons n’ont rien à envier à ceux d’Alger. La vie quotidienne y a depuis longtemps repris ses droits. Aussitôt notre voiture garée, nous constatons que que Maydane Al Djazaïr a été effectivement rebaptisé Maydan Qatar. C’est la conséquence directe de la position franchement hostile à la révolution libyenne adoptée par le gouvernement algérien et ses relais médiatiques. Tous les Libyens que nous avons rencontrés tout au long de notre séjour de 10 jours dans ce pays nous diront leur déception de la position algérienne.

 

De maydane El Djazaïr à maydane Qatar


Dans tous les quartiers de Tripoli, la vie a repris ses droits depuis quelques temps déjà. Les écoles et les commerces ont rouvert leurs portes et il y a bien longtemps que les Tripolitains ont demandé aux Thouar de vider les lieux. En l’absence d’une autorité digne de ce nom, quelques souks de fruits et légumes anarchiques ont déjà fait leur apparition au bord de certaines routes. La ville est aussi sale qu’Alger mais partout, sur tous les murs, explosion de couleurs et floraison de slogans, de tags et de caricatures. C’est le premier journal libre du pays.

Les Libyens s’en donnent à cœur joie, même si El Gueddafi et sa famille restent encore la principale cible des nouveaux francs-tireurs de la liberté d’expression. Un slogan revient assez souvent pour attirer notre attention : «Arfaâ rassek, anta Libi horr !» (Relève la tête Libyen, tu es un homme libre). Nous avons cherché à comprendre le pourquoi de ce cri du cœur. Et voici l’explication que nous donnent nos accompagnateurs ; c’est une réponse à cet autre slogan : «Habat rassek ya Libi bach n’choufou wach rahoum idirou redjala» (Libyens baissez la tête qu’on puisse voir ce que font les hommes).

Ce sarcasme cruel, lancé par les Tunisiens au lendemain de l’éclatement de la révolution égyptienne, résonne encore dans les oreilles de beaucoup de Libyens. Il résonne encore dans les oreilles de Youcef, 47 ans, militant de la cause amazighe, qui nous le rapporte : «Cela nous faisait très mal de l’entendre.» Alors que les Egyptiens venaient de hisser le drapeau de révolte et que les Tunisiens s’étaient libérés du joug de leur despote, les Libyens donnaient encore l’image d’un peuple castré et résigné à son sort.

 

Peuple blessé


Ces railleries d’un peuple frère et les insultes du lunatique Gueddafi, traitant les Libyens de «rats» lorsque les premiers troubles ont éclaté à Benghazi, ont fini par réveiller l’orgueil d’un peuple blessé qui ne tardera pas à verser son sang à gros bouillons pour libérer son pays.
Jeudi 19 janvier, dans un grand hôtel au cœur de Tripoli. Mohamed Youcef El Megrief, opposant historique, donne sa première conférence de presse depuis sa rentrée au pays après un exil de plus de trente années. Ancien ministre et ambassadeur, il rejoint l’opposition en 1980 avant de s’installer à l’étranger où il fera l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat de la part des barbouzes de l’ex-«guide». Aujourd’hui, il lance un nouveau mouvement du nom de Conférence nationale de Tripoli.

 

La grande salle de réception de l’hôtel Al Wuddan est pleine à craquer. Il y a là un aréopage de personnalités et de ministres du gouvernement provisoire venus souhaiter la bienvenue à El Megrief. Il y a également des représentants de tribus et de régions qui défilent devant le micro pour se prêter à ce qui s’apparente à un véritable jeu d’allégeance. C’est une image vivante de la recomposition du paysage politique libyen, fait d’alliances tribales et politiques, qui se déroule sous nos yeux.
C’est le libéral Mahmoud Djibril que notre voisin de table, Izem El Ghawi, journaliste de profession, voit en véritable outsider pour les prochaines élections : «C’est le seul qui possède aussi bien les compétences que le charisme indispensables pour fédérer les forces libyennes.»

 

Pour cet observateur averti de la scène politique locale, les Frères musulmans ne peuvent, pour le moment, constituer une force politique étant donné que le peuple libyen est très conservateur. Ils ne peuvent donc jouer la carte de la dissolution des mœurs. Quant aux salafistes, ils se sont discrédités en ratant le tournant de la révolution. Lorsque les Libyens ont commencé à prendre les armes, ces intégristes fidèles à leurs principes prônaient l’obéissance au gouvernant (taât wali el amr) pour éviter la «fitna» préjudiciable à la «oumma». Reste à trouver un équilibre des forces entre les anciennes provinces libyennes (la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan), intégrer les nouvelles donnes constituées par l’émergence du fait amazigh et des islamistes avec leurs différentes tendances.  

 

Tout le monde est armé !


Le CNT et son aile exécutive restent aussi fragiles que minés par des dissensions internes. Personne ne peut se prévaloir de la force des armes car tout le monde est armé en Libye. Petit exemple du degré d’armement libyen : Samir, la trentaine, a fait la révolution. C’est un Amazigh de Djebel Nefoussa, chargé de nous mener d’un point A à un point B. Il possède à lui seul 2 PA, 8 kalachnikovs et une mitrailleuse 14,5 mm appelée couramment «larabaâtache ounoss». Il nous raconte la présente anecdote qui illustre on ne peut mieux les dissensions qui minent le fragile équilibre des pouvoirs au niveau des nouvelles autorités libyennes. Après avoir appris que le ministre des Blessés a octroyé deux avions aux gens de Misrata pour aller se faire soigner à l’étranger, les révolutionnaires de Djado sont descendus en force au siège du CNT. Ils ont sorti le ministre de la réunion à laquelle il assistait et l’ont mené littéralement en le tirant par l’oreille jusqu’à son bureau où il a signé pour Djado des dérogations qui autorisent les mêmes privilèges que ceux octroyés à Misrata.

 

Depuis la fin de la révolution, des charters de blessés sont envoyés en Turquie ou dans les pays du Golfe où ils sont soignés tous frais payés. Ce repos du guerrier s’accompagne d’un solide pécule pour permettre à ceux qui ont pris les armes de panser les plaies de la guerre et les bleus de leur âme. Aussi insignifiant soit-il, il donne lieu à des jalousies entre régions, tribus et groupes armés ainsi qu’à des dissensions internes au sein du CNT. 

 

Un CNT sous influence


Discussion à bâtons rompus avec un ex-membre du CNT, dans un appartement d’une cité tripolitaine. Le CNT a toujours souffert d’un déficit de crédibilité et de représentativité. Du temps de la révolution, certaines régions présentes au CNT ou à son bureau exécutif restaient loyales à El Gueddafi alors que d’autres étaient représentées par des Frères musulmans. Aux premiers mois de la révolution, les premiers différends entre l’est et l’ouest du pays apparaissaient au grand jour, tandis que des puissances étrangères traitaient directement avec des responsables de certaines régions sans en référer au CNT. Des cargaisons d’armes atterrissaient à Benghazi puis prenaient le chemin de fermes privées avant d’être distribuées à certains groupes de façon occulte. «Quand on demandait des armes au premier responsable du CNT, il nous renvoyait vers X ou Y pour traiter la question», se rappelle cet ancien membre du CNT. «Certaines de ces personnes nous disaient ‘si tu te ranges sous ma bannière, je te donne toutes les armes que tu désires’», ajoute-t-il. Certaines régions comme Misrata ou Djebel El Gharbi, qui avaient un urgent besoin en armes, étaient contraintes de les acheter sur fonds privés.

 

En fournissant l’argent, les armes, les munitions tout en disposant d’un outil de guerre surpuissant appelé Al Jazeera, les Qataris tiraient toutes les ficelles en coulisses. «Les scènes filmées où le drapeau amazigh apparaissait de façon trop voyante étaient expurgées des programmes d’Al Jazeera», dit encore l’ex-membre du CNT.
 

Alors que nous étions dans cet appartement, une information tombe au téléphone : des membres actifs du Congrès amazigh libyen sont conviés à une prise de contact et à une discussion informelle, à Alger, par l’intermédiaire d’un diplomate algérien. Alger chercherait-elle à connaître jusqu’où sont prêts à aller les Amazighs libyens dans leur revendication de la question amazighe ? Il est vrai que leur entêtement à revendiquer un statut de langue officielle pour tamazight va considérablement gêner Alger aux entournures.

 

Cela risque de pousser les Kabyles, endormis par de faux acquis, à élever désormais le niveau de leur revendication.
Une autre information se confirme : l’islamiste Belhadj recrute pour le front syrien. Il a sollicité des combattants des régions berbères. Réponse des intéressés : pas question d’envoyer nos enfants se faire tuer en Syrie.
Il y a quelques jours, les nouvelles autorités libyennes ont annoncé le retrait des billets de 50 dinars. Des indiscrétions recueillies auprès de nos hôtes nous ont appris que de très grosses fuites de capitaux se font tous les jours que Dieu fait.

 

Fuite de capitaux


Le pays est encore aux mains des régions et des groupes armés. Zenten contrôle l’aéroport de Tripoli et la frontière au dessous de Ghadamès  Misrata contrôle le port ; Djado garde la main sur la cité touristique de Regatta que le gouvernement provisoire voudrait bien récupérer pour y loger ses ministres. Les postes frontaliers, à l’ouest, sont contrôlés par les factions amazighes. Dans les milieux avertis, il se murmure que Zenten vend la mitrailleuse de type «larbaâtache ounoss» à un prix oscillant entre 40 et 45 000 dinars libyens. Entre la rébellion touareg et les chefs d’AQMI, les clients ne manquent pas.   

 

Au sortir de Tripoli où les stigmates de la guerre ne sont pas vraiment légion si l’on excepte Bab El Azizia et quelques bastions gueddafistes, c’est un autre monde qui s’offre au visiteur. A l’évidence, en dehors des grands centres urbains, la Libye est un pays en jachère. Son immense richesse n’a servi qu’à la famille Gueddafi et à sa cour. Il n’y a pas de bus, pas de train et même si tout le monde possède une voiture, les routes ne sont pas toujours bonnes. La Libye est un pays vierge, où tout doit être construit ou reconstruit, à commencer par les institutions du futur Etat.  

 
S’il est évident que les Libyens ont relevé la tête depuis que celle d’El Gueddafi est tombée, il leur reste à relever de grands défis : construire un Etat et apprendre à vivre ensemble.  

source elwatan

 

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La Libye au bord du chaos


Les manifestations se multiplient dans le pays comme ici à Benghazi, à l'est de la Libye

Les manifestations se multiplient dans le pays comme ici à Benghazi, à l'est de la Libye © Reuters

  

Accusé de "clientélisme et de manque de transparence, le CNT est de plus en plus contesté.

 

Le spectre de la guerre civile plane toujours en Libye. Trois mois après la mort de Mouammar Kadhafi et la proclamation de la libération du pays par le Conseil National de Transition (CNT), la Libye semble plus que jamais au bord du chaos. Europe1.fr fait le point avec Patrick Haimzadeh, ancien diplomate français à Tripoli de 2001 à 2004 et auteur de l’ouvrage Au cœur de la Libye de Kadhafi*.


Si les incidents se multiplient depuis quelques jours dans tout le pays, la contestation du pouvoir en place est particulièrement vive à Benghazi, berceau de la révolution libyenne. Le siège du CNT de cette ville de l’est a été attaqué, samedi, par des manifestants réclamant plus de transparence mais aussi l’exclusion des personnalités liées à l’ancien régime. Sous la pression de la rue, l'adoption de la loi électorale qui régira l'élection d'une assemblée constituante en juin a également été reportée.

Un CNT "délégitimé"

 

Presqu’un an après leur désignation, les membres du CNT restent mal connus. "Dans les régions libérées comme le Cyrénaïque, leur identité est connue, dans d’autres, on a refusé des les communiquer pour des raisons de sécurité parce qu’ils étaient toujours sous la coupe de Kadhafi. Les gens estiment qu’ils ne les représentent pas parce qu’ils ne les ont pas nommés", explique Patrick Haimzadeh.

 

Autre sujet de grogne, l’argent. Les manifestants de Benghazi exigent également une totale transparence sur les dépenses publiques, notamment sur la destination des fonds libyens gelés à l'étranger pendant la guerre civile et dont une partie a été débloquée après la chute de Mouammar Kadhafi. "Les jeunes veulent de l’emploi et ne voient rien arriver. Ils se demandent où va l’argent, ils pensent que c’est le même système qu’avant, le même clientélisme où ils ne servent que leurs propres intérêts, pas celui du peuple libyen. Ils n’ont pas fait la révolution pour ça. C’est une logique de contestation quasi générale", détaille l’ancien diplomate.

Les membres de l'ancien régime conspués

 

"L’absence d’Etat" pourrait également précipiter le pays dans un cycle de violences. Le CNT est totalement "délégitimé" précise le spécialiste de la Libye. "Il a une légitimité que l’étranger lui a conférée très vite.Nicolas Sarkozy, la France a été la première à l’avoir reconnu comme la seule autorité légitime du peuple libyen. Ce n’est pas le cas aujourd’hui en Libye. Un par un, les membres du CNT et du gouvernement sont de plus contestés par un certain nombre de groupes armés et par les jeunes de Benghazi", précise l’ancien diplomate.

Considéré comme un symbole de l’ancienne dictature kadhafiste, Abdelhafidh Ghoga, le numéro deux du pouvoir en place, a ainsi été agressé jeudi à l’université de Ghar Younès, à Benghazi où il devait assister à une cérémonie en l'honneur des martyrs de la révolution. Abdelhafidh Ghoga a finalement jeté l’éponge dimanche.

La menace de la guerre civile

 

Pris sous le feu des critiques, le chef du CNT, Moustapha Abdeljalil a haussé le ton dimanche, brandissant la menace d’une "guerre civile". "Nous ne démissionnerons pas car elle (la démission) mènerait à une guerre civile", a affirmé Moustapha Abdeljalil dans une interview à la télévision libyenne Libya Al-Hurra, Libye libre. Il a dénoncé des "des mains cachées qui poussent les manifestants (...)", tout en rappelant que le Conseil ne se mêlait pas des affaires de l'exécutif. "C’est la vieille rhétorique habituelle d’un Etat autoritaire qui existait déjà sous Kadhafi. C’est mauvais signe, c’est un constat d’échec. Cela veut dire qu’on cherche une unité nationale par le biais d’une menace étrangère hypothétique, brandie mais jamais vraiment nommée. La main cachée, c’est la situation en Libye, c’est tout", insiste Patrick Haimzadeh.

 

La menace d'embrasement interne est plus que réelle. "Le risque de guerre civile avait déjà été évoqué par Moustapha Abdeljalil il y a trois semaines. Aujourd’hui, on n’est plus dans le clivage manichéen qu’on nous a servi pendant 6 mois, c'est-à-dire les gentils contre Kadhafi. Il s’agit de Libyens qui se battent entre eux selon des lignes de facture complexes : locales, tribales, idéologiques dans certains cas voire des conflits d’intérêts. Et tout le monde a des armes", analyse Patrick Haimzadeh.

La déstabilisation par les armes

 

Plusieurs centaines de milliers d’armes, entre 150.000 et 200.0000 seraient en effet toujours entre les mains de la population, selon les estimations du CNT. "Il y a au moins une ou deux voire trois ou quatre kalachnikovs par famille. Il y a plusieurs millions d’armes légères en circulation. Une arme, ça incite à s’en servir. C’est plus facile de faire régner l’ordre ou la terreur quand on a une kalachnikov. C’est un facteur de déstabilisation", ajoute Patrick Haimzadeh.

 

La situation serait telle que le CNT aurait appelé le Pentagone à l’aide. Selon une rumeur, 12.000 soldats américains seraient ainsi sur le point d’être déployés en Libye notamment pour protéger les champs pétrolifères. "Irréaliste", estime le spécialiste de la Libye. "Les Américains ne sont pas les principaux bénéficiaires du pétrole libyen. Si vous prenez les quotas d’exportation, ce sont plutôt les Européens qui sont concernés".

 

La paix va-t-elle revenir ? "Je ne pense pas que ça va s’arranger dans l’année à venir", regrette Patrick Haimzadeh. "La situation va même se dégrader. Si vous regardez la courbe des affrontements et des morts depuis la chute de Tripoli et la mort de Kadhafi, ça n’est pas en diminution. La violence n’est pas résiduelle. A partir du moment où vous avez une multiplication des affrontements et des faits de violence, le cycle des violences à tendance à s’autoalimenter".

 

Faut-il pour autant craindre le retour des Pro-kadhafi ? Bani Walid, ancien bastion de Mouammar Kadhafi serait tombée lundi dans les mains des partisans de l’ancien dictateur, selon les responsables locaux. Pour Patrick Haimzadeh, la guerre "a réveillé des clivages plus profonds. Des régions entières sont affectées par l’arrivée de ce nouveau régime. Elles se sentent marginalisées et se réfugient dans la nostalgie de Khadafi, un homme d’honneur, contrairement aux traîtres".

* Jean-Claude Lattès   source europe1 

 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 23:13

La présence des journalistes interdite au procès de la LIBERTÉ d'EXPRESSION  ... Où es-tu cher Moncef Marzouki ?

L'ex premier ministre Essebsi est parmi ceux qui défendent la liberté d'expression… Bravo !

Une véritable tragédie pour notre pays si le silence continue, comme il est actuellement, à couvrir les crimes de ces fous d’Allah... Où es-tu cher Moustapha Ben Jaafar ?

 

 

Grand plan sur la tronche de l’agresseur du journaliste Krichen,... Tête recherchée !

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Où es-tu Moncef Marzouki ? 

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Le directeur de Nessma, Nabil Karoui, devant le tribunal à Tunis, le 23 janvier 2012.Le directeur de Nessma, Nabil Karoui, devant le tribunal à Tunis, le 23 janvier 2012. © Fethi Belaid/AFP

 

 

Ce lundi 23 janvier à Tunis, le chaos était tel à l'intérieur et à l’extérieur de la salle d’audience que le procès du patron de la chaîne privée tunisienne Nessma a été reporté au 19 avril prochain. Nabil Karoui est assigné en justice pour "atteinte aux valeurs du sacré" suite à la diffusion du film d'animation Persepolis en octobre.

L’ « Affaire Nessma TV » est-elle seulement celle d’un patron d'une chaîne tunisienne poursuivi pour « atteinte aux valeurs du sacré » après la diffusion en octobre du film contenant une scène montrant Dieu, représentation proscrite par l'islam ? Sans doute non, tant la tension qui entoure le procès du patron de Nessma est forte.

L'audience de Nabil Karoui, et deux autres personnes a bien repris lundi 23 janvier à Tunis... Mais pour quelques minutes seulement, le temps pour le patron de Nessma de dénoncer « un procès politique », avant d’être suspendue devant le chaos à l'intérieur et à l'extérieure de la salle d'audience. Le procès a finalement été reporté au 19 avril.

 

 

"La Tunisie est à la croisée de chemins"


Dans la salle c'est la cohue et des altercations éclatent entre les avocats. À l’extérieur pro et anti Nessma s’opposaient depuis 08H00 du matin à coup de slogans qui laissent transparaitre deux visions opposées de la nation : « Procès test pour la démocratie et la liberté d'expression » pour les partisans de Nessma, « défense du sacré et des croyances religieuses » pour ses détracteurs. « Le peuple veut la fermeture de Nessma ! », « Vous, médias, lâches, sachez que la religion ne doit pas être diffamée ! », « le peuple est musulman et ne cédera pas ! » criaient également de jeunes salafistes.


« Les enjeux vont au-delà de M. Karoui et de Nessma », a déclaré Olivia Gré, représentante de Reporter sans frontières (RSF) en Tunisie, reconnaissant que « certains Tunisiens s'étonnent de voir M. Karoui érigé en héraut de la liberté d'expression » alors que sa chaîne avait été pour le moins conciliante avec l'ancien régime de Ben Ali.


Symboliquement vêtu de sa robe d’avocat, l'ancien Premier ministre tunisien Béji Caïd Essebsi, était présent en soutien à Nessma TV, comme des ténors du barreau, des représentants d'ONG. « Je suis venu apporter mon soutien moral pour défendre la liberté d'expression, c'est important car la Tunisie est à la croisée de chemins », a-t-il déclaré.


 

"Instrumentalisation des sentiments religieux"


Le dirigeant du parti Ettajdid (gauche) Ahmed Brahim, s'était déplacé pour protester contre « l'instrumentalisation des sentiments religieux ». « Le pays connaît aujourd'hui des problèmes immenses, sociaux, économiques, et la solidarité nationale est nécessaire », a-t-il dit.


La diffusion le 7 octobre 2011 par Nessma TV du film d'animation franco-iranien Persepolis avait suscité une vague de violences, quinze jours avant les élections Constituantes. Des groupes d'extrémistes avaient tenté d'attaquer le 9 octobre le siège de la chaîne à Tunis puis la maison de Nabil Karoui quelques jours plus tard.

En octobre, les responsables politiques avaient mollement condamné les violences. Toutefois, le parti islamiste Ennahdha a jugé, lundi que les poursuites judiciaires contre Nessma « ne représentaient pas la meilleure des solutions » et affirmant son « attachement à la liberté d'expression ».

 

source jeuneafrique




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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 08:35

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SOS pêche en danger 

400 étudiants sénégalais forment un poisson géant sur la plage de Yoff Diamalaye à Dakar, le jeudi 19 janvier. A l'occasion de l'élection présidentielle, les organisations de pêcheurs, soutenues par Greenpeace, veulent attirer l'attention sur les difficultés du secteur de la pêche dans le pays. lexpress

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 06:59

Le concept d’Open Gov, introduit en Tunisie

Une garantie de totale transparence 


 


Hamma Hammami (Secrétaire Général du PCOT) : «Permettre aux citoyens de contrôler l’action du gouvernement»- Mohamed Bennour (Porte-parole d’Ettakatol) : «il permet de regagner la confiance du citoyen»- Hamadi Redissi (Universitaire) : «Cela peut encourager les abstentionnistes à voter» - 

 

 

 

L’OpenGov est un concept initié en 2009 aux Etats-Unis, lorsque Barack Obama, à l’époque candidat à l’élection présidentielle avait ouvert sa campagne aux réseaux sociaux. Arrivé au pouvoir, il a mis en pratique l’ « Open Gouvernement Initiative ».

 

Le projet institue la transparence totale comme règle de gouvernance. Des membres de la Constituante, se sont impliqués dans cette initiative. Ils appartiennent à des horizons politiques différents. On y trouve, entre autres, Mabrouka Mbarek , Haythem Belgacem du Congrès pour la République (CPR), Lobna Jéribi, Selim Ben Abdessalem et Karima Souid d’Ettakatol, Noomane El Fehri d’Afek Tounes, Iyed Dahmani du Parti Démocrate Progressiste (PDP) et Nadia Chaâbane du Pôle Démocratique Moderniste (PDM). D’autres citoyens se sont joints à ce premier groupe. L’objectif de leur action est de favoriser l’inscription dans la Constitution de la transparence totale comme règle de gouvernance et d’agir pour la promulgation de lois garantissant le droit d’accès à l’information. Un réforme conséquente doit être opérée dans l’administration tunisienne.

 

 

Hamadi Redissi, universitaire, intellectuel connu pour son franc- parler, déclare qu’il est « totalement favorable à cette initiative. Déjà, transmettre les débats de la Constituante sur les chaînes de télévision est bon. En élargissant cette ouverture à l’Internet, on ne peut que développer l’esprit citoyen. Cela peut encourager les abstentionnistes à se déplacer la prochaine fois et aller voter après avoir intériorisé les mécanismes du débat parlementaire. Le hic en Tunisie est qu’on peut invoquer le manque de moyens. Les représentants du peuple ne peuvent être hostiles à ce genre de choix ».

Hamma Hammami, secrétaire général du Parti Communiste Ouvrier de Tunisie (PCOT), pense qu’après « la Révolution contre l’absolutisme, l’injustice, l’information propagandiste, il est évident que la transparence devienne la base essentielle de l’action politique, que ce soit du Gouvernement ou de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). L’objectif est de permettre aux citoyens et citoyennes de suivre ce qui se passe dans la sphère publique et s’en faire une idée claire. En même temps, cela permet aux citoyens de jouer leur rôle de contrôle en tant qu’individus, membres de partis, syndicats, ou associations ».

 

Mohamed Bennour, porte-parole d’Ettakatol, considère que l’OpenGov est « la meilleure solution pour garantir la transparence totale. Elle permet de regagner la confiance du citoyen. Aujourd’hui, le citoyen doute de tout. Nous avons subi 23 ans de trafic, de marchés publics accordés grè à grè. Les hommes d’affaires veulent travailler dans un climat serein et dans la transparence totale. Les investisseurs étrangers feront davantage confiance à la Tunisie avec l’institution de l’OpenGov. Après la Révolution de nouveaux acteurs sont sur la scène. Ils ne peuvent réussir sans l’OpenGov. Ainsi, personne ne sera tenté de faire des choses occultes. C’est, aussi dissuasif. A Ettakatol, nous avons bataillé pour la transparence. D’ailleurs, Lobna Jéribi qui fait partie de ceux qui proposent l’OpenGov, est un des grands cadres du parti. Elle a beaucoup travaillé dans la rédaction de notre programme ».


L’action entreprise par les jeunes élus a permis d’obtenir la publication des rapports des travaux des différentes commissions dans le site web de la Constituante. Au cas où leur action gagne davantage d’appui au sein de la société civile, le pays pourra connaître l’extension de cette opération à l’action du gouvernement.

 

source letemps

 

 

 

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Hamadi Jebali sur un toit brûlant 

 

Le gouvernement Hamadi Jebali a lancé un cri d’alarme face aux tensions sociales et à la dégradation de la situation économique, marquée par des pertes énormes, estimées à 2.500 millions de dinars.

 

Près de la moitié de ces pertes (1.200 MD) a été enregistrée par la Compagnie de phosphate de Gafsa (Cpg) et le Groupe chimique tunisien (Gct), suite à la paralysie du processus de production, de transport et de transformation du phosphate, conséquence des sit-in, grèves et blocages de routes et de voies ferrées par des chômeurs ou des employés en sous-traitance exigeant la titularisation.

 

Ces données alarmantes ont été avancées par le chef du Gouvernement Hamadi Jebali au cours de l’entretien télévisé préenregistré qu’il a accordé à trois chaînes de télévision nationales Watania 1, Hannibal et Nessma, et diffusé samedi soir.

 

Ces agissements, qui ont abouti à la fermeture de nombreuses entreprises et la suspension de plusieurs projets d’investissement, les promoteurs étant généralement sensibles à l’instabilité régnant dans les régions intérieures, «sont dénuées de toute civilité et portent atteinte aux objectifs de la révolution», a estimé M. Jebali.

 

Un mandat limité à un an 

Evoquant le programme de son gouvernement, le chef de l’Etat, qui s’est montré très consensuel et ouvert aux propositions des forces de l’opposition, a affirmé que la durée du mandat de son gouvernement ne dépassera pas le délai convenu, qui est limité à une année avec, si besoin est, une prolongation de quelques mois. «Nous ne cherchons pas à garder le pouvoir et nous sommes soucieux de respecter les règles de l’alternance démocratique. C’est pourquoi nous nous félicitons des tentatives actuelles des partis de l’opposition de constituer des coalitions plus larges en vue des prochaines élections», a affirmé M. Jebali. Qui a réitéré la volonté de son gouvernement de faire participer toutes les composantes de la société civile, les partenaires sociaux et les représentants des régions dans l’élaboration du programme détaillé du gouvernement avant la fin du mois de février prochain.

 

La priorité dans ce programme sera accordée aux régions intérieures et aux couches défavorisées, avec notamment le développement des infrastructures et l’attribution d’aides financières à 235.000 familles pauvres, en plus du payement de la seconde tranche des compensations décidées pour les familles des martyrs et pour les blessés de la révolution. Ces derniers bénéficieront de cartes de soin et de transport gratuits et les membres de leurs familles auront la priorité en matière de recrutement dans la fonction publique, a affirmé M. Jebali.

 

Evoquant la hausse des prix, qui rogne le pouvoir d’achat des classes moyennes et des couches pauvres de la société, M. Jebali a estimé que le blocage des routes et des voies ferrées, la spéculation et la contrebande transfrontalière ont provoqué une hausse des prix des produits, appelant les Tunisiens à reprendre le travail et à mettre fin aux mouvements de protestation, grèves et sit-in qui ont porté un coup à l’économie du pays et à ses intérêts vitaux. «Ceux qui pensent pouvoir ainsi faire fléchir le gouvernement et à le faire tomber de cette manière se trompent», a averti le chef du Gouvernement, ajoutant qu’«à vouloir ainsi faire tomber le Gouvernement, on risque de faire tomber le pays».

 

La loi reste au-dessus de tout parti

Revenant sur les raisons de l’instabilité qui règne actuellement, M. Jebali a accusé les sbires de l’ancien régime d’être derrière certains mouvements sociaux, surtout dans les régions intérieures, qu’ils tentent de monter contre le gouvernement, soulignant que ces parties ne parviendront pas à réaliser leur dessein qui est, selon lui, «de faire échouer la révolution».

 

Interrogé sur le sit-in des éléments salafistes à la faculté des lettres de Manouba, le chef du Gouvernement a souligné son attachement au dialogue et son refus de recourir à la force contre les sit-inneurs, quels qu’ils soient, parce que la contestation et la protestation sont un droit inaliénable ; «et c’est la preuve que le pays jouit aujourd’hui de la liberté et de la démocratie», a-t-il dit, en ajoutant cependant que «la démocratie a besoin d’être protégée par la loi qui reste au-dessus de tout parti, tout groupe et tout individu».

 

Tout en admettant que son gouvernement n’a peut-être pas su communiquer avec les citoyens, M. Jebali a réitéré son rejet de toute information qui cherche à redorer l’image du gouvernement, émettant l’espoir de voir les médias «s’éloigner de la langue de bois pour devenir un miroir où les citoyens puissent se voir.»

 

«Ayant exercé moi-même le métier de journaliste, je ne saurais être celui qui cherche à museler l’information», a dit aussi le chef du Gouvernement en réponse aux critiques qui lui sont adressées à ce sujet, après les récentes nominations qu’il a décidées à la tête des médias publics. «Il s’agit de médias publics et non de médias gouvernementaux, comme je les avais qualifiés moi-même une fois par erreur», a-t-il tenu à préciser.

Sur un autre plan, M. Jebali a déploré la campagne menée contre le ministre de l’Intérieur Ali Larayedh, avec la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo truquée, présentant ce dernier dans des postures sexuelles. Il s’agissait d’une manipulation de l’ancien régime qui remonte au début des années 1990. «Ce piège m’était aussi destiné, mais comme il n’a pas réussi avec Ali Laârayedh, ils ont abandonné l’idée de refaire la même opération avec moi», a-t-il précisé.

 

Les Juifs et les Chrétiens sont nos frères 

Interrogé sur les slogans racistes scandés par des partisans d’Ennahdha à l’encontre des Juifs lors de l’accueil de l’ex-Premier ministre palestinien, Ismaïl Haniyeh, à son arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage il y a deux semaines, M. Jebali a exprimé son rejet catégorique. «Ces agissements sont contraires à la morale et aux principes auxquels nous croyons, car les Juifs et les Chrétiens sont nos frères et nous rejetons tous slogans appelant à la ségrégation raciale ou religieuse», a-t-il tenu à préciser.

 

Au cours de cet entretien, au cours duquel il s’est montré conciliant, consensuel, fédérateur, n’hésitant pas à avouer les erreurs et les manquements de son gouvernement, le chef du Gouvernement a voulu aussi montrer sa détermination à transcender les clivages idéologiques et à mettre les intérêts du pays au-dessus de toute considération partisane. Son appel à la solidarité nationale, en cette phase difficile que traverse le pays, sera-t-il reçu cinq sur cinq par ceux-là mêmes auxquels il est adressé, à savoir les dirigeants de l’opposition, les investisseurs, les responsables syndicaux, les journalistes, et au-delà, les Tunisiens dans leur ensemble ?

 

On peut l’espérer. Reste que le gouvernement ne peut se contenter d’invoquer les obstacles mis sur son chemin par ses adversaires pour justifier son attentisme, son immobilisme et son manque de proposition. Il doit dépasser cette attitude de suffisance que lui donne sa domination de la scène politique pour mettre la main à la pâte et avancer des solutions concrètes aux problèmes du chômage, de la pauvreté et des inégalités régionales.

 source kapitalis

 

 

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LA TUNISIE EN PLEINE «PANIQUE HOMOSEXUELLE»

 

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Un faux flyer diffusé par des opposants au parti islamiste Ennahda. Son slogan: «Etre pédé, c'est conforme à la Chariah».
Deux scandales, dont l'un implique le ministre de l'Intérieur filmé lors d'ébats homosexuels, enflamment la rue tunisienne. Le résultat d'une surenchère d'accusations et d'intox, dont les gays et lesbiennes font les frais.
  

 

Le 18 janvier 2012, une vidéo de 45 minutes en noir et blanc était postée sur YouTube: deux hommes ayant des relations sexuelles dans une prison. Quelques gros plans de visages montraient que l'un des protagonistes ressemblait étrangement à Ali Larayedh, l'actuel ministre de l'Intérieur et membre du parti islamiste au pouvoir Ennahda. La mauvaise qualité du clip, qui depuis a été supprimé du site, rend difficile l'identification de l'individu. Mais on sait que dès 1990, Ali Larayedh était détenu pour ses activités politiques au sein d'Ennahda, alors interdit. Il avait écopé de 15 ans de prison. La vidéo a été mise en ligne peu après l'annonce par le gouvernement tunisien que trois mandats d'arrêts avaient été délivrés contre des hauts fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, encore noyauté par des anciens fidèles du président déchu.

 

Le téléchargement de la vidéo a été revendiquée par un militant de gauche, Jalel Brick. Ce dernier a précisé qu'il avait reçu le document d'un officier de la police secrète. Il se pourrait bien que Larayedh ait été victime de ce qu'Ahmed Manaï appelle la «porno-politique». Une des tactiques utilisées par Ben Ali pour discréditer ses opposants politiques dans les années 1990 était l'exposition, voire la fabrication de scandales sexuels. A fortiori homosexuels.

 

 

ENNAHDA «PARTI DE PÉDÉS»

Deux jours avant cet incident, le 16 janvier, Naji Behiri, le frère du ministre tunisien de la Justice, était libéré de prison en vertu d'une amnistie présidentielle, bien qu'accusé d'avoir violé un jeune garçon dans sa ville d'origine. «Une vague de colère s'est soulevé dans le pays, accusant Ennahda d'être de mèche avec les homosexuels et les pédophiles, des termes interchangeables, explique Tarek, correspondant de Gay Middle East en Tunisie. Des commentaires homophobes d'une extrême violence ont été postés sur les sites rapportant la nouvelle et les réseaux sociaux, la plupart exigeant que Behiri reste en prison et soit jugé et puni.

 

Ces deux scandales ont fait naître une sorte de «panique homosexuelle». Certains réclament la démission du ministre de l'Intérieur, son comportement violant les valeurs islamiques, tandis que d'autres exigent qu'il soit inculpé. Le discours public est saturé de théories selon lesquelles le parti est plein d'homosexuels, d'individus qui protègent les gays/pédophiles ou qui sont incapables de protéger la Tunisie d'une épidémie d'homosexualité. On voit aussi circuler des blagues faisant d'Ennahda un parti de «pédés». Une parodie d'affiche du parti diffusée via Facebook (voir ci-dessus), montre deux femmes voilées s'embrassant sur la bouche. Le slogan: «Etre pédé, c'est conforme à la Chariah».

 

Pour tenter de faire cesser ces allégations, Samir Dilou, un porte-parole du gouvernement tunisien a affirmé que la vidéo était une fabrication et que la vie privée des politiciens ne devait pas être utilisée comme arme politique. Tous les partis ont condamné la vidéo, dont les médias n'ont pas montré le moindre plan.

 

 

GUERRE DES TRACTES

Cette effervescence homophobe remonte à la période pré-électorale. D'abord, pour discréditer la dictature, Ennahda avait prétendu que Ben Ali, comme son prédécesseur Habib Bourguiba, encourageait l'homosexualité, la prostitution et le vice. Les islamistes s'étaient aussi attaqué au mouvement laïc, jetant le soupçon sur les marches nationales «Aatakni» («Laisse-moi tranquille»). Ils avaient notamment exploité le fait que le drapeau «Peace», similaire à la bannière arc-en-ciel LGBT ait été brandie durant ces défilés pour prétendre qu'il s'agissait de gay prides clandestines. Ainsi, un faux flyer estampillé du logo des partis laïcs mélangeait des images de défilés homosexuels – notamment israélien – aux photos du mouvement laïc tunisien. «Voici des images de la marche Aatakni autour du monde. Cherche avec nous les photos du défilé de Tunis», pouvait-on y lire. Le message était clair: «Aatakni» = pédés = sionistes.

 

Différents partis d'opposition font les frais de cette tactique. Ici, c'est une image manipuléepar des partisans d'Ennahda: un calicot du Parti socialiste est modifié pour qu'on y lise «La sodomie est la base de la république», au lieu de «La liberté est las base de la république». Ce genre de tour de Photoshop ferait fureur sur les blogs et les pages Facebook.

 

Les partisans d'Ennahda n'en sont pas restés là: ils ont vilipendé tout leader ou personnalité publique opposé à leurs idées au moyen d'allégations scabreuses sur leur sexualité ou leur soutien présumé aux «vices sociaux». C'est notamment le cas de Olfa Youssef, une intellectuelle, auteure, psychanalyste et directrice de la Bibliothèque nationale de Tunisie qui apparaît souvent à la télévision et écrit de nombreux articles sur la liberté, les droits de la femme et les droits humains en général. Elle est continuellement traitée d'amie des prostituées et des «pédés».

 

 

EFFET BOOMERANG

La «panique homosexuelle» actuelle prend donc ses racines dans les campagnes lancées par Ennahda contre les partis rivaux. Les islamistes ont utilisé des tactiques bien plus radicales et publiques que la «porno-politique» de l'ère Ben Ali. Cela s'est fait en reliant des sujets tabous, comme l'homosexualité et la prostitution, dans le but de semer la peur, de multiplier les rumeurs et de ridiculiser ses contradicteurs. Mais ces discours ont été à leur tour utilisé par l'opposition dans les récents scandales Naji Behiri et Ali Larayedh. Ils ont trouvé un public rendu réceptif par une campagne électorale imprégnée d'homophobie.

 

«Ce qui me choque le plus, explique Tarek, c'est l'enthousiasme avec lequel l'opposition, qui se fait par ailleurs l'avocat des droits de l'homme et de la démocratie, a sauté à pieds joints dans le discours homophobe utilisés jusque là par les islamistes. Je ne pensais pas qu'ils utiliseraient cette arme. Cela a créé une sorte de consensus et de conscience de l'homosexualité comme quelque chose de mauvais et de malsain.» Principal victime de ce phénomène, la communauté LGBT tunisienne. Dans le public, homosexualité est devenu synonyme de pédophilie et d'hypocrisie, renforçant encore les stéréotypes. «Sous Ben Ali, au moins, nous étions invisibles, conclut le correspondant de Gay Middle East, mais cette campagne a enflammé lopinion, et amène une peur immense pour les gays et lesbiennes vivant dans le pays.»

 

Traduction: Antoine Gessling pour «360°»

source blog/magazine

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 06:44

 Le siège du CNT à Benghazi attaqué par des manifestants


Des manifestants en colère ont pris d'assaut samedi le siège du Conseil national de transition libyen à Benghazi (est), une attaque qui pourrait affaiblir de nouveaux dirigeants peinant à asseoir leur autorité après un conflit de plusieurs mois ( © AFP Abdullah Doma)

Des manifestants en colère ont pris d'assaut samedi le siège du Conseil national de transition libyen à Benghazi (est), une attaque qui pourrait affaiblir de nouveaux dirigeants peinant à asseoir leur autorité après un conflit de plusieurs mois.

Cet incident, le plus grave à viser le CNT depuis qu'il a pris les rênes du pays suite à la chute de Mouammar Kadhafi, intervient après des semaines d'un sit-in réclamant aux nouvelles autorités plus de transparence et l'exclusion des personnes ayant collaboré avec l'ancien régime.

Signe de la colère qui monte contre le CNT, son vice-président, Abdelhafidh Ghoga, a été agressé jeudi par des étudiants à l'université de Benghazi.

Samedi, jusqu'à 1.500 personnes, dont d'anciens combattants rebelles blessés pendant la révolution, se sont rassemblées devant le siège du CNT. Plusieurs grenades artisanales ont été lancées sur le bâtiment avant que les protestataires ne l'envahissent et le saccagent.

"Ils ont mis le feu à la façade, brisé des fenêtres et cassé l'une des voitures blindées qui se trouvait là. Des manifestants nous ont aménagé un passage et nous avons pu sortir, personne n'a été blessé. Je suis sorti d'un côté et Moustapha Abdeljalil (le chef du CNT) de l'autre", a dit à l'AFP par téléphone Fathi Baja, le responsable des affaires politiques du Conseil, qui se trouvait sur place.

A l'intérieur des locaux, les manifestants criaient: "Le peuple veut corriger le cours de la révolution", "On ne veut plus de Ghoga".

Les protestataires, armés de pierres et de barres de fer, avaient investi les lieux puis saccagé les locaux, ont rapporté des témoins à l'AFP.

Auparavant, le chef du CNT était sorti pour tenter de les calmer mais des manifestants l'ont conspué et lui ont jeté des bouteilles en plastique, selon les mêmes sources.

Dans l'après-midi, des manifestants avaient jeté plusieurs "jelatinas", des grenades artisanales à base de TNT, sur le siège du CNT sans faire de victimes, toujours selon des témoins.

Les protestataires réclament plus de transparence de la part du CNT, l'exclusion des "opportunistes" des postes à responsabilité et dénoncent "la marginalisation des blessés".

Ces incidents interviennent à la veille de l'annonce, prévue dimanche, de la loi électorale élaborée par le CNT en prévision de l'élection en juin d'une assemblée constituante. La composition de la commission électorale doit également être annoncée.

Le secrétaire du CNT, Moustapha al-Manae, avait indiqué à l'AFP plus tôt dans la journée que M. Abdeljalil avait reçu un groupe de manifestants afin d'examiner leurs demandes.

"Il leur a ensuite envoyé trois ministres pour en discuter. Leurs demandes sont légitimes", a-t-il ajouté.

Selon des responsables locaux, une enquête est en cours pour identifier les auteurs de l'attaque.

Le CNT a récemment fait face à des critiques inédites depuis la chute de Mouammar Kadhafi. Un sit-in est en cours depuis plusieurs semaines à Benghazi, berceau de la rébellion, pour notamment réclamer davantage de transparence.

Jeudi, le vice-président du Conseil, Abdelhafidh Ghoga, accusé d'être "un opportuniste" et d'avoir fait partie de l'ancien régime, a été agressé par des étudiants en colère à l'université de Benghazi.

Le CNT avait alors haussé le ton, mettant en garde contre "toute atteinte ou agression" à son encontre et affirmant dans un communiqué qu'il était "la plus haute autorité politique légitime" jusqu'à l'élection de l'assemblée constituante.

Le CNT a aussi dénoncé des "campagnes agressives et programmées pour porter atteinte à sa réputation", accusant des partisans de l'ancien régime d'être derrière ces campagnes en vue de "faire échouer la révolution".

L'agression jeudi de M. Ghoga "ne sort pas de ce contexte et fait partie d'un plan odieux", a ajouté le CNT.

source liberation.

 

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Pour savoir davantage sur Abdelhafez_Ghoqa

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Démission du vice-président du CNT, l'adoption de la loi électorale reportée

 

Le numéro deux du Conseil national de transition libyen (CNT) Abdelhafidh Ghoga a été contraint à la démission dimanche en pleine crise politique, la première depuis que les nouvelles autorités ont pris les rênes du pouvoir. Par ailleurs, l'adoption de la loi électorale concernant l'assemblée constituante libyenne a été reportée à la semaine prochaine.

 

M. Ghoga a annoncé dimanche qu'il démissionnait "dans l'intérêt de la nation" libyenne, après la multiplication des appels à son départ et son agression jeudi.

 

"Après la fin de la guerre de libération, une atmosphère de haine qui ne sert pas l'intérêt national a commencé à dominer", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Pour prouver que nous sommes avec l'intérêt (de la Libye) et que nous ne sommes qu'un mouvement de lutte, nous avons décidé de laisser la place à d'autres patriotes. Nous n'avons aucun problème avec ça, car l'important est de préserverle Conseil National de transition", a-t-il ajouté.

"Nous ne voulons pas que notre pays glisse vers le chaos (...) car cette étape est critique, pas moins critique que celle qui l'a précédée", a-t-il encore dit.

 

Samedi, des grenades artisanales avaient été jetées sur le siège du CNT à Benghazi avant que des centaines de manifestants ne l'envahissent et ne mettent le feu à sa façade.

 

 

 Report de la loi électorale


Le CNT, qui devait tenir une conférence de presse dimanche pour annoncer l'adoption de la loi électorale, a été contraint de se réunir dans un lieu tenu secret pour des raisons de sécurité après les incidents de la veille, a déclaré à l'AFP Salwa al-Digheili, chargée des affaires juridiques au CNT.

 

"La loi électorale devait être annoncée aujourd'hui (dimanche) mais certains articles doivent être réexaminés. La loi va être adoptée le 28 janvier", a affirmé à l'AFP Abderrazak al-Aradi, en ajoutant qu'une commission électorale de 17 membres avait en revanche été formée.

Ce report doit être consacré à prendre l'avis d'organisations de la société civile et d'experts, certains articles du projet de loi publié sur internet ayant été contestés, comme celui réservant 10% des sièges de l'assemblée aux femmes, a ajouté M. al-Aradi.

 

"Le CNT se dirige vers son abandon, comme l'ont demandé beaucoup de gens. La majorité des réactions sont négatives. Le principe de la discrimination positive n'a pas été compris", a-t-il expliqué.

 

L'article concernant le mode de scrutin et celui qui interdit aux personnes ayant occupé un poste de responsabilité sous Mouammar Kaddafi de se présenter doivent eux aussi faire l'objet de nouvelles discussions, a-t-il ajouté.

 

La Commission électorale qui supervisera les futures élections est composée de 17 membres, dont des juges, des avocats, des militants des droits de l'Homme, des représentants de jeunes et de femmes, a-t-il précisé.

Par ailleurs, au moins 4.OOO étudiants libyens ont manifesté dimanche à Benghazi pour protester contre l'arrestation de 11 de leurs camarades après l'agression du vice-président CNT dans leur université, a rapporté un correspondant de l'AFP.

 

Abdelhafidh Ghoga avait été pris à parti et agressé jeudi à l'Université de Ghar Younès, à Benghazi, où il devait assister à une cérémonie en l'honneur des martyrs de la révolution qui a renversé Mouammar Kaddafi.

"Nous ne voulons pas de Ghoga! Le sang des martyrs n'aura pas été versé en vain!", scandaient les étudiants.

M. Ghoga est régulièrement accusé par des manifestants d'être un "opportuniste" et d'avoir fait partie du régime de Mouammar Kaddafi.

 

Le CNT avait vivement condamné l'agression de son vice-président en la mettant sur le compte d'un "plan odieux" visant à déstabiliser les autorités.

 

source jeuneafrique.com

 

 

 

 

 

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Le CNT se réunit dans un lieu secret pour adopter la loi électorale 

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Le Conseil national de transition libyen (CNT) se réunit dimanche dans un lieu tenu secret pour adopter la loi électorale qui régira l'élection d'une assemblée constituante en juin, après le saccage de son siège à Benghazi (est), a-t-on appris auprès du CNT.

Le Conseil national de transition libyen (CNT) se réunit dimanche dans un lieu tenu secret pour adopter la loi électorale qui régira l'élection d'une assemblée constituante en juin, après le saccage de son siège à Benghazi (est), a-t-on appris auprès du CNT. | Stan Honda

 

 

 

Le Conseil national de transition libyen (CNT) se réunit dimanche dans un lieu tenu secret pour adopter la loi électorale qui régira l'élection d'une assemblée constituante en juin, après le saccage de son siège à Benghazi (est), a-t-on appris auprès du CNT.
"Nous n'avons pas fini nos travaux hier (samedi). Une réunion doit avoir lieu aujourd'hui pour discuter et adopter la loi électorale", a déclaré à l'AFP Salwa al-Digheili, membre du CNT chargée des affaires juridiques.

 

 

"La réunion doit avoir lieu dans un lieu tenu secret pour des raisons de sécurité", a-t-elle précisé.
Samedi, jusqu'à 1.500 personnes, dont d'anciens combattants rebelles blessés pendant la révolution, s'étaient rassemblées devant le siège du CNT à Benghazi, le berceau du soulèvement contre Mouammar Kadhafi. Plusieurs grenades artisanales avaient été lancées sur le bâtiment avant que les protestataires ne l'envahissent et le saccagent.
 

 

Le CNT devait tenir une conférence de presse dimanche pour annoncer l'adoption de la loi électorale et la composition de la commission électorale.
 

 

Un projet de loi avait été rendu public début janvier. Ce projet, qui réserve seulement 10% des 200 sièges de l'assemblée constituante aux femmes, avait déclenché la fureur des défenseurs des droits des femmes.
 

 

L'interdiction aux personnes ayant une double nationalité de postuler aux  a également été critiquée par plusieurs partis et organisations.
 

 

"Le congrès national général (assemblée constituante, ndlr) est composé de 200 membres élus au suffrage libre et direct, et 10% des sièges seront réservés aux femmes", est-il précisé dans le premier article du texte publié sur le site  du Comité de préparation des élections.
Selon le projet de loi, les candidats aux élections de juin doivent avoir plus de 25 ans, ne pas avoir occupé de poste de responsabilité sous Mouammar Kadhafi et ne pas avoir profité de l'ancien régime pour s'enrichir ou obtenir des faveurs.
 

 

L'âge minimum des électeurs a été fixé à 18 ans.

 

source leparisien.

 

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 06:13

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Pour plus d'informations voir : primitivi.org

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 05:12

Les dilemmes de l’opposition syrienne


 

La révolution syrienne entre dans sa phase la plus périlleuse. Le régime est considérablement affaibli et isolé, l’économie syrienne est exsangue, mais les principaux piliers sur lesquels repose le pouvoir syrien tiennent encore, ce qui permet à Bachar El-Assad de jouer la montre. Du côté de l’opposition, la mobilisation populaire ne faiblit pas. Il n’y a pas eu ce phénomène de fatigue ou de lassitude des révolutionnaires, qui demeurent très mobilisés après dix mois de protestations, mais il n’en reste pas moins que l’opposition reste divisée, qu’elle est confrontée à plusieurs dilemmes et qu’elle est aujourd’hui arrivée à l’heure des choix.


Le régime syrien de Bachar El-Assad semble tenir bon. Peut-il résister encore longtemps face au mouvement révolutionnaire et retourner la situation en sa faveur ? Sur quels piliers s’appuie-t-il ? Où en est la situation économique et sociale de la Syrie ?

 

Le régime est encore très loin d’être sorti d’affaire et demeure profondément affaibli, mais il est vrai que plusieurs événements ont redonné un peu d’oxygène à Bachar El-Assad depuis quelques semaines. Parmi les « bonnes nouvelles » pour le président syrien, on pourrait citer une dizaine d’éléments très divers.

 

Parmi ceux-ci, le résultat des élections égyptiennes et la percée inattendue des salafistes. C’est du pain béni pour la propagande gouvernementale, d’autant plus que dans la version officielle, le régime syrien est en lutte contre des « gangs salafistes armés ». Les médias officiels syriens en font des tonnes pour accréditer l’idée que l’obscurantisme est la seule alternative à l’autoritarisme, un argument qui continue de faire mouche auprès des minorités religieuses en proie à des angoisses existentielles.

 

Deuxième bonne nouvelle pour Assad, la brouille franco-turque liée à la loi pénalisant le négationnisme du génocide arménien. La France et la Turquie étant, avec le Qatar, en première ligne sur le dossier syrien, toute dégradation dans leurs relations est bonne à prendre pour le régime.

 

Troisième événement qui joue en faveur d’Assad, le retrait américain d’Irak sur fond de crise communautaire exacerbée entre sunnites et chiites irakiens. Là encore, le régime syrien tire profit du catastrophique bilan de l’invasion de l’Irak pour dire qu’après la débâcle américaine, c’est le spectre de la Fitna entre sunnites et chiites qui plane sur l’ensemble du Moyen-Orient.

 

Quatrième élément favorable à Assad : les manifestations anti-Poutine en Russie, qui viennent accroître la hantise russe de la « contagion révolutionnaire » et vont donc inciter le gouvernement russe à maintenir son soutien à la Syrie et à refuser toute intervention onusienne.

 

Cinquième élément : les mauvaises nouvelles qui viennent de Libye et qui montrent les effets néfastes de l’option militaire. Il apparaît clairement que les mouvements les plus radicaux ont profité de l’intervention occidentale, qu’ils sont en position de force pour faire passer leurs revendications et surtout qu’ils refusent de désarmer et de se soumettre à l’autorité centrale. Après l’euphorie qui a suivi la chute de Kadhafi, on s’aperçoit qu’il faudra de longues années avant que le gouvernement libyen ne dispose du monopole de la violence légitime, principal attribut de l’Etat selon Max Weber.

 

Sixième élément : les nouvelles sanctions contre l’Iran, la polémique autour du détroit d’Ormuz et le retour des tocsins de la guerre avec Téhéran. Face à la pression internationale, l’Iran a encore plus besoin de son seul allié arabe qu’est le régime syrien, et ne lâchera donc pas Assad.

 

Septième élément : Israël et la Turquie semblent à ce stade hostiles à une intervention militaire extérieure en Syrie.

 

Huitième élément : la montée des tensions entre communautés syriennes : Mamoun Homsi un opposant considéré comme « libéral » il y a à peine un an, perd ses nerfs et dans un discours qui rappelle ceux de ‘Radio 1000 collines’, menace de transformer la Syrie en « tombeau des alaouites ». De son côté, l’inquiétant Sheikh Adnan Al Aroor, un religieux extrémiste soutenu par l’Arabie Saoudite, et de plus en plus populaire chez les sunnites radicaux syriens, appelle quant à lui à « trancher la langue » de tous ceux qui refusent une intervention militaire étrangère. Il y a également un porte-parole des Frères musulmans, basé à Londres, qui a déclaré récemment à un média kurde qu’il ne reconnaissait pas l’identité syrienne. Il va de soi que ce type de discours renforce le jeu du régime en donnant une déplorable image de l’opposition. Enfin, le nouvel attentat terroriste au cœur de Damas crée également un climat de peur dont le régime va profiter. Bien qu’il y ait des éléments de preuves circonstancielles assez sérieux qui pointent vers une responsabilité du régime, ce dernier espère que les attentats vont créer un réflexe légitimiste et que les neutres et les attentistes en viendront à percevoir le régime comme le garant d’une stabilité préférable à un chaos à l’irakienne. Ajoutez à cela le fait que les divisions au sein de la Ligue arabe réapparaissent au grand jour, et que la mission des observateurs se heurte à des tas d’obstacles… 

Tous ces éléments permettent de conforter Assad et le régime syrien dans l’illusion que tout finira par rentrer dans l’ordre, que la « communauté internationale » ne peut rien contre lui, qu’il suffit de rester droit dans ses bottes et de laisser passer l’orage. On en est aujourd’hui revenu à la vieille stratégie syrienne qui consiste à jouer la montre. Bachar El-Assad semble appliquer à la lettre les enseignements du « manuel du dictateur » de son père : ne rien céder et attendre que les circonstances changent. Il joue la montre car il sait que 2012 est l’année des grandes échéances électorales aux Etats-Unis, en France et en Russie. Il sait qu’une année électorale américaine n’est guère propice à des aventures extérieures, surtout pas en Syrie. Il sait aussi que la campagne électorale française a déjà débuté et que Nicolas Sarkozy a d’autres chats à fouetter. Il sait que le mandat du Qatar à la tête de la Ligue arabe va bientôt expirer et que c’est l’Irak, aujourd’hui largement sous influence iranienne, donc plus favorable aux thèses du régime syrien, qui va lui succéder. 

Assad estime qu’il dispose encore de certains appuis et que les principaux piliers du régime tiennent encore : l’appareil militaro-sécuritaire lui reste fidèle, une partie non négligeable de la population, et notamment les minorités religieuses, continuent de le soutenir, non pas par admiration pour son régime, mais parce qu’ils craignent l’avenir et se méfient des ingérences extérieures, et parce que le Conseil National Syrien n’a pas encore réussi à apaiser leurs craintes. Par ailleurs, dans l’appareil d’Etat (en dehors de l’armée) et même dans le corps diplomatique, il y eut peu de défections, ce qui est un signe que beaucoup pensent qu’il n’est pas encore caramélisé. Les deux principales grandes villes, Damas et Alep, malgré certains frémissements, n’ont pas encore basculé dans le camp de la révolution. Pour deux raisons : d’abord parce qu’elles sont très étroitement quadrillées par les milices pro-gouvernementales (les Shabbiha), et également parce qu’une partie importante des commerçants et de la grande bourgeoisie sunnite, qui a beaucoup prospéré depuis dix ans, veulent préserver leurs intérêts. 

Mais il n’est pas du tout certain que la politique qui consiste à jouer la montre réussisse de nouveau. Ce serait oublier le déclic psychologique qui s’est produit et sur lequel on ne peut pas revenir : dans les esprits d’une très grande partie des Syriens, le régime est déjà tombé. Ce serait oublier aussi que toutes les institutions sur lesquelles repose l’autorité centrale sont en train de se déliter. Ce serait surtout oublier la situation économique qui rend la Syrie exsangue et restreint énormément la marge de manœuvre du régime. 

Les réserves de change dont dispose le régime fondent comme neige au soleil (ce qui reste est estimé à moins de $ 11 ou 12 milliards), le déficit budgétaire risque d’atteindre presque 20 % du PIB, l’économie se contracte de près de 15%... Donc à moins que l’Iran ne lui fasse des chèques en blanc, il viendra un moment où le régime ne pourra plus financer l’appareil militaro-sécuritaire qui mène la répression. Les militaires qui désertent sont de plus en plus nombreux, même si seul un faible pourcentage d’entre eux rejoint « l’Armée syrienne libre. » De surcroît, la Syrie n’a jamais été aussi isolée sur le plan arabe et international. Les sanctions votées par la Ligue arabe sont difficiles à appliquer mais elles sont sans précédent. Même lorsque l’Egypte avait signé le traité de paix avec Israël, elle n’avait pas été aussi durement sanctionnée. Les sanctions turques et européennes seront également très douloureuses pour la Syrie. Entre 90 et 95 % du pétrole et des hydrocarbures syriens étaient exportés vers l’Europe. Les sanctions de l’UE vont donc coûter à la Syrie près de $ 450 millions par mois. Cela dit, il faudra un certain temps pour que les sanctions produisent leurs effets et il n’est pas certain qu’elles affectent le régime plus que la population. On se souvient que les sanctions votées contre l’Irak suite à son invasion du Koweït en 1990 avaient causé d’immenses souffrances à la population irakienne et causé la mort de centaines de milliers d’enfants mais qu’elles n’avaient que faiblement ébranlé le régime. 

Par ailleurs, les derniers mois ont considérablement aggravé les problèmes sociaux qui sont en grande partie à l’origine de cette révolution. La population syrienne est de plus en paupérisée, aussi bien au niveau rural qu’au niveau urbain. Les gens des campagnes et les classes moyennes urbaines ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Lorsque les historiens se pencheront sur les causes profondes de la révolution syrienne, ils n’évoqueront pas uniquement les revendications politiques, mais aussi les déséquilibres flagrants dans l’aménagement du territoire, le marché de l’emploi, l’exode rural et la faillite du système éducatif syrien… Plus de la moitié des Syriens en 2009 quittaient l’école avant le diplôme du secondaire et l’accès à l’emploi était extrêmement précaire. Cette révolution a des causes très profondes, très légitimes. Il peut y avoir des immixtions étrangères mais cette révolution n’est pas le fruit d’un complot comme se plaisent à le dire les sbires du régime. 

Qu’en est-t-il de l’opposition ? Pourquoi ne parvient-elle pas encore à s’unir ? Sur quoi portent les divisions ?

Du côté de l’opposition, la mobilisation populaire ne faiblit pas, il n’y a pas eu ce phénomène de fatigue ou de lassitude des révolutionnaires, qui demeurent très mobilisés après dix mois de protestations ; mais il n’en reste pas moins que l’opposition reste divisée, qu’elle est confrontée à plusieurs dilemmes et qu’elle est aujourd’hui arrivée à l’heure des choix. 

J’avais souligné il y a quelques semaines que la complexité de la révolution syrienne vient du fait que l’on y retrouve, fortement et simultanément, les trois dimensions des soulèvements arabes : la dimension peuple contre régime, la dimension régimes contre d’autres régimes, et la dimension peuple contre peuple. La deuxième dimension était par exemple très peu présente en Tunisie, alors que la Syrie est aujourd’hui au cœur de la guerre des axes régionaux. C’est principalement cela qui rend difficile la tâche de l’opposition syrienne. 

Il lui faut distinguer les vrais amis des faux amis, choisir les soutiens sur lesquels s’appuyer tout en évitant les risques d’instrumentalisation. Il lui faut surtout trancher quant aux modalités de poursuite de la lutte révolutionnaire. Faut-il maintenir le cap en misant sur un effondrement du régime ? Faut-il avoir recours aux armes ? Faut-il suivre le modèle libyen et chercher à établir un Benghazi syrien ? Faut-il internationaliser le conflit ? Faut-il faire jouer le chapitre 7 de la charte des Nations Unies ? Faut-il faire appel à une intervention militaire extérieure, et si oui, laquelle ? 

Ces questions sont fondamentales et elles détermineront l’avenir de la Syrie pour les deux ou trois prochaines décennies. Il y avait pendant les six premiers mois de la révolution syrienne un très large consensus au sein de l’opposition syrienne quant à la nécessité de respecter les trois Non initialement fixés : Non au confessionnalisme, Non au recours aux armes, Non à l’intervention militaire étrangère. Aujourd’hui les lignes ont beaucoup bougé. Il y a quand même eu plus de 5.000 morts, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été raflées et croupissent en prison, l’usage de la torture est très répandu. Le Conseil National Syrien tergiverse car une grande partie de sa base est de plus en plus favorable à l’internationalisation, à une zone d’exclusion aérienne, et même à une intervention de l’OTAN. 

C’est sur ce point de l’intervention militaire extérieure qu’ont achoppé les négociations entre le Conseil National Syrien et le Conseil National de Coordination pour le Changement démocratique. Un accord fut signé entre Burhan Ghalioun et Haytham Mannaa représentant respectivement ces deux organes. L’article premier refusait le principe d’une intervention militaire étrangère puis précisait qu’une intervention arabe ne serait pas considérée comme étrangère. La base de Burhan Ghalioun a eu du mal à accepter que l’on renonce à une intervention militaire, étant donné que l’intervention arabe est hautement improbable. Burhan Ghalioun est un universitaire laïc de gauche, ses instincts ne le prédisposent pas à accepter un appel à l’OTAN. Il y a quelques mois, Ghalioun était en première ligne de ceux qui s’opposaient à BHL et au scénario libyen.

 

Mais le Conseil National Syrien est composé en large partie de libéraux et d’islamistes qui sont de plus en plus impatients. Radwan Ziadeh, un opposant basé aux Etats-Unis, qui a rencontré Hillary Clinton, souhaite garder ouvertes toutes les options. Ghalioun a déjà dû faire beaucoup de concessions qui ont surpris ceux qui le connaissaient. Il a accepté l’idée d’une zone-tampon et d’une No-Fly Zone, tout en restant hostile à une intervention terrestre. Il a été reconduit pour un mois à la tête du CNS, mais pour diriger cet organe à plus long terme, il devra avaler certaines couleuvres, autrement il devra démissionner ou sera remplacé. Quant à Haytham Manna’, c’est un médecin, intellectuel, militant des droits de l’homme et activiste de gauche qui refuse fermement une intervention de l’OTAN. Son propre frère, le militant Maan El Oudat, a été il y a quelques mois l’une des victimes du régime et fut tué près de Deraa. Manna’ disait récemment : « Nous voulons faire tomber le régime sans détruire le pays. Il n’y a pas de père Noël qui va venir faire chuter la dictature puis nous dire au revoir et repartir gentiment chez lui. » L’opposant historique Michel Kilo, ainsi que la plupart des figures de l’opposition intérieure sont sur la même ligne

Il y a en fait deux logiques qui s’affrontent. La première considère que ce régime ayant dépassé toutes les bornes, la fin justifie les moyens et tous les moyens sont bons pour le faire tomber. Selon cette logique, ce régime ne tombera pas tout seul et il ne faut donc pas hésiter à suivre un scénario libyen pour le faire tomber. Certains libéraux et une bonne partie des islamistes sont sur cette ligne. La deuxième logique considère qu’il faut rester fidèle aux principes, qu’il ne faut pas jouer avec le feu, qu’il faut poursuivre la mobilisation populaire, aller jusqu’au bout de la logique des sanctions, et que ce régime finira par s’écrouler sans que l’on ne soit redevable à qui que ce soit. 

Aucune de ces deux argumentations n’est totalement satisfaisante. La première sous-estime les risques de l’internationalisation et de la militarisation de la révolution, des risques qui vont bien au-delà des frontières syriennes. La deuxième sous-estime la capacité de résilience de ce régime, qui pourrait s’accrocher au pouvoir. 

Comment peut-on imaginer la Syrie d’après Bachar El-Assad ?

Le régime cherche à répandre des scénarios catastrophes. Il est vrai qu’il y a des phénomènes inquiétants et des exactions communautaires, la transition sera forcément difficile, mais le pire n’est jamais sûr. Dans les années 1940, la Syrie a connu une brève mais significative expérience démocratique et l’harmonie entre communautés a longtemps régné, malgré la dictature. En outre, l’hétérogénéité communautaire rend difficile l’établissement d’une théocratie, puisque s’y opposeront fermement les chrétiens, les alaouites, les chiites, les kurdes et une grande partie des sunnites, donc bien plus de 50 % de la population syrienne. Je ne vois pas non plus de véritable risque de partition. Toute tentative de diviser la Syrie échouera comme dans les années 1920. 

 

Il ne faut pas oublier que l’après Bachar El-Assad dépendra beaucoup de la façon dont le régime chutera. Une étude récente publiée par Columbia University Press montre que lorsqu’une révolte contre un dictateur est pacifique, il n’y a que 28 % de chances que le pays tombe dans la guerre civile ; lorsque la lutte est armée, le risque de guerre civile monte à 43 %. En cas de lutte armée, les chances d’une transition démocratique réussie au bout de 5 ans ne sont que de 3 %. En cas de révolution pacifique, les chances sont de 51 %. Une intervention militaire extérieure en Syrie ouvrirait donc des plaies qu’il serait très difficile de panser. La guerre favorise les plus radicaux et rend très difficile la démocratisation, on l’a vu en Libye. La fin justifie peut-être parfois les moyens mais il ne faut pas oublier que ce sont presque toujours les moyens qui déterminent la fin. 

 

par Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’IRIS

affaires-strategiques

 

 

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Nombre des victimes de la «révolution» syrienne par régions et par catégories    

 


دمشق
     Damas      : 140  |  ريف دمشقRif  Damas     : 532  |  حمصHoms      : 2218  |  حلبAlep      : 127  |  حماهHama      : 933  |  اللاذقيةLathekia  : 292  |  طرطوسTartouss : 150  |  درعاDeraa  : 789  |  دير الزورDir Ezour  : 244  |  الحسكةHasaka  : 60  |  القنيطرةKouneitra  : 8  |  الرقة Rakka : 29  |  ادلبAdlib  : 828  |  السويداءEssouida  : 36  | 

1279

Militaires عدد العسكريين

5178

Civils عدد المدنيين

161

Femmes عدد الإناث

5872

Hommes عدد الذكور

82

Enfants  (Femmes) عدد الأطفال الإناث

343

Enfants (Hommes) عدد الأطفال الذكور

source vdc-sy.org

 

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 03:32

Des salafistes menacent de brûler une libraire à Tunis

 

Des salafistes se seraient dirigés, après la prière du vendredi, vers une libraire située au centre-ville de Tunis. Ils auraient donné un ultimatum de  48 heures au propriétaire pour retirer certains ouvrages sinon , ils brûleraient son commerce.

Ces ouvrages seraient de mouvance chiite, selon des sources de TunisieNumérique qui n’ont pas donné plus de détails sur les titres des livres incriminés.

Le correspondant de TunisieNumerique qui s’est rendu sur place a trouvé la librairie fermée. Certains propriétaires des commerces avoisinants lui ont indiqué que le libraire aurait décidé de  ne plus rouvrir son commerce de peur des représailles et de l’exécution des menaces reçues.

source tunisienumerique


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 Cinq nouvelles étudiantes en grève de la faim pour le port du niqab

 

Cinq étudiantes tunisiennes ont rejoint le mouvement de grève de la faim entamée mercredi par cinq de leurs camarades pour revendiquer le port du niqab (voile dissimulant le corps et le visage) en classe et durant les examens, a annoncé samedi le coordinateur salafiste de ce mouvement.

 

"Cinq filles en niqab ont rejoint la grève de la faim commencée par leurs camardes le 18 janvier et qui se poursuit dans une résidence privée", a dit à l'AFP Mohamed El Bakhti, porte-parole d'un groupe salafiste actif à la Faculté des Lettres de la Manouba.

Cet étudiant en première année d'histoire coordonne le groupe qui poursuit un sit-in de protestation à la faculté dans un bras de fer avec le corps enseignants et l'administration qui refusent l'accès en salle de cours des jeunes filles en niqab.

 

Le doyen de cette faculté, Habib Kazdaghli, avait indiqué à l'AFP qu'il allait demander l'évacuation du groupe de protestataires avant le démarrage des examens semestriels prévu le 24 janvier.

Lire la suite google.

 

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نيران الرواية السلفية في سجنان تتأجج بحادثة الأستاذ المشنوق

 


 
sajnen-20012012.jpg

جاءت في الفترة الأخيرة رواية الأستاذ الذي عُثر عليه مشنوقا في جهة سجنان لتزيد في تأجيج نيران كل ما قيل عن تحول هذه الجهة إلى إمارة إسلامية تتحكم فيها جماعة سلفية.

 

الرواية تقول إنه عُثر على أستاذ  يدعى" يحي السحباني" مشنوقا بأحد جبال معتمدية سجنان. وتضيف الرواية أن أستاذ التربية التقنية " السّحباني " ناشط نقابي ومنتمي إلى الخط الوطني الديمقراطي، وهو متزوّج وأب لأربعة أبناء أحدهم يزاول دراسته.

 

ووفق المعلومات الأوليّة المتداولة في جهة سجنان التابعة لولاية بنزرت، فقد عثر عليه مشنوقا إلى شجرة "كالاتوس" في سفح الجبل من طرف راعي غنم كان مارا بالقرب منه و يداه مكبّلتان وراء ظهره.

 

و قد تمّ إعلام الأمن وحضر ممثل النيابة العمومية ونُقلت الجثّة إلى مصلحة الطبيب الشّرعي بمستشفى بنزرت  لمعرفة الأسباب الحقيقية للوفاة.

 

وتشير المعطيات التّي تداولها أصدقاء الضحية بأن الأستاذ المتوفى كان قد تحدّث في آخر زيارة له للعاصمة عن تهديدات بالموت قال إنه تلقّاها من طرف عناصر متطرّفة بمدينة سجنان.

 

وكان بعض شهود العيان قد أكدوا أنهم شاهدوه صباح الواقعة يجلس في مقهى في وسط مدينة سجنان حيث احتسى قهوة على غرار عادته قبل أن يتوارى عن الأنظار إلى حين تناقل خبر وفاته.

 

ويأتي هذا الخبر في ظل تنامي الحديث في الفترة الأخيرة بمدينة سجنان عن وجود جماعة سلفية تتحكم في الجهة وتأمر وتنهى سكانها.

 

وقال البعض إن هذه الجماعة تمارس ضغوطات عديدة على المواطنين هناك وتحاول التحكم في حرياتهم وقناعاتهم الشخصية وتوجهاتهم الإيديولوجية والسياسية.

 

وهذا ما أدخل حالة من الرعب في صفوف السكان وكثرت الإشاعات والأقاويل هنا وهناك. وبين تكذيب وتصديق لكل ما قيل عبر وسائل الإعلام والمواقع طيلة الفترة الماضية، بدأت الرواية المتداولة تفقد شيئا من بريقها في الأيام القليلة الماضية.

 

وكانت قوات أمنية مكثفة قد تحولت في الأسبوع الماضي من العاصمة إلى سجنان وقامت بحملات تمشيط  كبرى لمعرفة ما يحصل بالضبط هناك، بعد أن عجز أعوان المركز الأمني بالجهة على السيطرة على الوض .

 

وقد القي القبض تبعا لذلك على بعض المشبوه فيهم ويتواصل البحث عن آخرين كانوا تحصنوا بالفرار، وهدأت الأمور نسبيا على امتداد الأيام الماضية لكن ها أن مسألة النشاط السلفي تعود مجددا وبقوة إلى سجنان من خلال حادثة وفاة الأستاذ المذكور والتي تُوجه أصابع الاتهام فيها للجماعة السلفية التي قيل إنها متمركزة هناك.

 

ومرد هذا الاتهام هو أن الاستاذ الهالك معروف بتوجهات فكرية وإيديولوجية وسياسية معادية للفكر السلفي الإسلامي، فضلا عما ذكره أحد أقاربه من أنه تلقى في الفترة الأخيرة تهديدات بالقتل من هذه العناصر السلفية.

 

ومن الطبيعي أنه لا يمكن تقديم أي احتمال عن أسباب الوفاة أو ربّما القتل قبل أن يدلي الطبيب الشرعي بتقريره وتنتهي التّحقيقات الأمنية والقضائية في ملابسات هذه المأساة.

 

وفي انتظار ذلك يظل السؤال القائم هو هل أن ما حصل مع الأستاذ السحباني في سجنان له علاقة فعلا بالجماعة السلفية التي قيل إنها متمركزة هناك أم أان الأمر مجرد تخمينات؟

 

وليد بالهادي

 

source almasda

 

 

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Les faux leitmotive d’Ennahdha, prélude d’un Coup d’Etat Islamique Constitutionnel !

1. Les leitmotive du Parti Islamiste Ennahdha

Le mot « leitmotiv » est formé à partir des deux mots allemands « leit » (diriger) et « motiv » (motif) et désigne une phrase, une formule très affirmative, un thème musical,…qui revient à plusieurs reprises dans un discours, dans une œuvre littéraire, musicale,…pour imposer, suggérer,… une idée, une orientation, une sensation,…
 
Le leitmotiv du Parti Islamiste Ennahdha, usité tous azimuts, par ses Dirigeants, Partisans et Sympathisants, se résume en cette simple phrase : «  Nous sommes majoritaires, donc nous décidons  » dont une variante, à conclusion implicite, est : « Le peuple nous a choisi, on est investi par la volonté populaire ». 
 
En outre, dans une Interview, parue le 16 janvier 2012 sur le journal Métro-Montréal, Rached Ghannouchi, Président-Fondateur du Parti Islamiste Tunisien Ennahdha, a déclaré :
 
« Nous avions obtenu une majorité lors des élections de 1989 » ;
 
en ajoutant : 
 
« Lors des (dernières) élections en Tunisie, au Maroc et en Égypte, les islamistes modérés ont remporté la majorité des suffrages ».
 
 
2. Ennahdha gouverne de façon partisane et en solo
 
Avant d’examiner de plus près la véracité de ces leitmotive et affirmations, qui constituent l’épine dorsale de la stratégie, plus tôt de la tactique, d’Ennahdha, montrons, par des exemples caractéristiques, comment ce Parti apparaît, de plus en plus, comme étant le seul détenteur du Pouvoir et de son Orientation. En effet, ses deux alliés [le Congrès Pour la République (CPR) et Ettakatol] dans la Troïka [ qui est au Pouvoir et qui représente la Majorité à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), issue des élections du 23 octobre 2011] apparaissent, de plus en plus, comme des figurants et ont de moins en moins leur mot à dire dans les grands choix et décisions qui vont conduire à la Rédaction de la Constitution de la Deuxième République Tunisienne et à façonner la Gouvernance du Pays, pendant la traversée de cette période cruciale, à turbulences et à grands risques. Un premier tel exemple est la main mise des Constituants appartenant au Parti Ennahdha sur les postes clés au sein des Commissions Spécialisées de l’ANC. Un second exemple caractéristique de cette dérive est la nomination, par le seul Premier Ministre et Secrétaire Général d’Ennahdha, Hamadi Djebali, des Responsables des Médias Publics Tunisiens, depuis les Rédacteurs en chef jusqu’aux Directeurs Généraux des Institutions, et ce, sans consulter, ni informer ses Alliés de la Troïka, les Structures Professionnelles et l'Instance Nationale de la Réforme de l'Information et de la Communication, violant ainsi de façon flagrante, les engagements pris par son Parti en matière de Liberté de la Presse. Et c’est grâce à une forte mobilisation de la Société Civile, conduite par le Syndicat des Journalistes, que certaines de ces nominations ont été annulées. N’oublions pas que les Médias Nationaux appartiennent au Peuple : essayer de les mettre au pas en les infiltrant, dans le but de lesinstrumentaliser, est un symptôme de tous les régimes totalitaires.
 
D’ailleurs, dans son Discours de Politique Générale, prononcé le 22 décembre 2011 devant les Constituants, le futur Premier Ministre, Mohamed Djebali, en intégrant dans son Programme un point spécial relatif aux « Mœurs et à la Conduite Morale », dévoile jusqu’où peuvent aller les prérogatives du Pouvoir selon Ennahdha, en confondant Politique Partisane et Action Gouvernementale solidaire avec ses alliés, et ce, avant le sacre républicain de son Gouvernement. En effet, ce point stipule : « Une profonde et inquiétante détérioration des mœurs et une baisse flagrante des valeurs sont des phénomènes, sans précédent, que nous observons depuis un certain temps. Il est temps et urgent de penser un nouveau système de valeurs pour notre société ».
 
Il est évident qu’une telle affirmation, chère à Rached Ghannouchi, ne peut être approuvée par les militants du CPR et d’Ettakatol, d’autant plus que sa réalisation nécessiterait la création d’une « Milice des Mœurs et des Valeurs », comme l’ont appliqué, déjà, les Salafistes (à Sejnane, par exemple), et consacrerait Ghannouchi en tant que « Guide Suprême » de la Révolution, Moncef Marzouki, notre actuel Président de la République, serait l’analogue deBani Sadr, premier Président de la République Islamique d’Iran.
 
Qui plus est, cette affirmation implique, de facto, deux autres inquiétants corollaires. En mettent dans son programme l’établissement d’un « nouveau système de valeurs pour notre société », Ennahdha montre, en premier, qu’elle feint d’ignorer que sa prise des rênes du Pouvoir est provisoire, comme il est dit, explicitement, dans le Titre de la Loi (appelée, aussi, « Mini-Constitution ») qui gère, actuellement, les Pouvoirs en Tunisie, à savoir la « Loi Sur L’Organisation Provisoire des Pouvoirs Publics », « Provisoire » s’achevant avec l’achèvement de la Rédaction de la nouvelle Constitution. D’ailleurs, la dénomination officielle du Cabinet actuel est « Gouvernement Provisoire », dénomination qu’Ennahdha réfute et a essayé, en vain, par tous les moyens, de bannir du vocabulaire des médias. Et, en second, Ennahdha feint d’oublier que la « raison d’être » de ce Gouvernement Provisoire est de gérer les affaires courantes et d’accompagner les travaux de l’ANC, et non de se lancer dans des Réformes Sociétales partisanes.
 
3. Véracité des leitmotive d’Ennahdha
 
Passons, maintenant, à l’examen de la véracité des dits leitmotive et affirmations. Sur le total du nombre de sièges à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), Ennahdha en possède aux environs de 41% ; ce qui implique que les affirmations « Nous sommes majoritaires  » et «  Le peuple nous a choisi, on est investi par la volonté populaire  » sont fausses. Si l’on considère, maintenant, les électeurs inscrits volontairement : 36%, environ, d’entre eux ont voté Ennahdha ; ce qui entraîne que les deux dites affirmations sont encore, un peu plus, fausses. Et, pour terminer, considérons les électeurs potentiels : le pourcentage de ces électeurs qui ont voté Enahdha n’est égal ni à 30%, ni à 25%, il est égal à, environ, 20% ; ce qui montre que les affirmations en question sont archi-fausses.
 
Que les choses soient claires. Il ne faut pas croire que, par mon analyse, j’essaye de contester les résultats des élections à l’ANC ou la légitimité du Gouvernement : l’ANC et le Gouvernement sont légitimes et tiennent leur légitimité de la Volonté du Peuple et du Suffrage Universel : soutenir le contraire c’est appeler à la rébellion et à la guerre civile. Je voulais simplement rappeler que le Peuple n’a pas voté, majoritairement, pour Ennahdha ; car la majorité c’est (50+x)%, avec « x » un nombre, mathématiquement, strictement positif : Ennahdha est, simplement, le premier vainqueur de ses élections.
Un autre exemple, qui caractérise la relation ambiguë qu’entretient Ennahdha avec la « Théorie des Nombres », se situe dans le cadre d’incidents, oh ! Combien douloureux, indignes d’un pays civilisé, condamnables dans toutes les croyances et dans toutes les spiritualités. La vision de la Vidéo correspondante, qui mérite d’être appelée « la Vidéo de la Honte », m’a plongé dans un état second, dominé, à la fois, par la peur, la honte et la stupeur et a fait disparaître en moi, pendant un instant, ma conviction d’appartenir à un Peuple réputé pour sa Tolérance et son « Bien-Vivre-Ensemble ». Il s’agit des appels à la haine et des slogans racistes à l’égard des Juifs proférés par un groupe de partisans et/ou sympathisants d’Ennahdha qui vociféraient : « Virez les juifs Tuez les juifs ! », « Tuer les juifs est un devoir ! »,…, lors de l’arrivée, le jeudi 5 janvier 2012, d’Ismaïl Haniyeh, Premier Ministre Palestinien à Gaza, à l’aéroport de Tunis-Carthage. Ces incidents ont eu lieu en présence des deux plus hauts Dignitaires d’Ennahdha, Rached Ghannouchi et Hamadi Djebali, qui étaient là pour accueillir le dirigeant du Hamas. Ghannouchi et Djebali n’ont eu aucune réaction, ni manifesté aucune condamnation immédiates. Comme d’habitude, ils ont raté une belle occasion de Pédagogie Politique, en ne condamnant pas, à chaud, l’inacceptable. Ils auraient dû, au moins, rappeler que l’Islam est une Religion de dialogue et de tolérance, comme il est explicité dans plusieurs versets du Coran invitant les croyants à toujours discuter avec bienveillance, essentiellement avec ceux qui ne partagent pas leur point de vue, en citant à la foule, par exemple, le Verset 46 de la Sourate 29 où il est dit : « Lorsque vous discutez avec les Gens du Livre, usez de la plus grande courtoisie  » et en lui rappelant que l’expression coranique « les Gens du Livre »désigne, notamment, les Juifs et les Chrétiens.
 
Qui plus est, il a fallu l’indignation et le tollé général, perceptibles sur les Médias et les Pages des Réseaux sociaux, soulevés par ces incidents, pour qu’Ennahdha, quatre jours après, le jour du départ de Ismaïl Haniyeh (quelle coïncidence !) réagisse par un Communiqué signé par son Président Rached Ghannouchi, paru sur son Site et transmis à l’AFP, affirmant que les juifs de Tunisie sont « des citoyens à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres » et attribuant ces incidents à «  un groupe d’individus ne dépassant pas les doigts d’une seule main  »(sic) ; alors que le Journal le Temps, dans son édition du dimanche 8 janvier 2012, a écrit « Des dizaines de jeunes ont scandé des slogans anti-juifs… ».Pour départager ces deux estimations, j’invite le lecteur à visionner la « Vidéo de la Honte », dans le Lien ci-dessous, et à donner sa propre estimation du nombre d’individus qui renchérissaient en chœur aux appels à la haine du sinistre Soliste.
 
 
Ce qui montre que les Islamistes, en Politique ne savent pas lire et interpréter les nombres. En particulier, ils ne savent pas ce que c’est qu’« une Majorité ». Ce qui explique, peut-être, leur action au sein de l’ANC où ils se comportent comme étant un Parti qui a, à lui tout seul, la Majorité. Ce qui explique, aussi, leur façon de conduire en solo, au sein du Gouvernement, les Affaires de l’Etat.
 
4. Composition de l’électorat d’Ennahdha
 
Dans ce contexte, il convient de souligner, que l’électorat d’Ennhadha n’est pas nécessairement Islamiste. Grosso modo, nous pouvons classifier cet électorat selon cinq types de vote : un vote réellement Islamiste, probablement minoritaire, un vote de sympathisant, un vote de compassion pour ceux qui ont, réellement, souffert sous Zinochet ou sous Bourguiba, un vote sécuritaire ou de restauration de, soi-disant, valeurs et, enfin, un vote de remerciements pour l’agneau offert, lors de l’Aïd-el Kabîr, pour la prise en charge des frais de mariage, circoncision, rentrée scolaire,factures impayées,… Ce vote de remerciements seraient financé, entre autres, par certains pays du Golf, dont le plus généreux serait Qatar, et ce, à travers des Associations humanitaires ou de bienfaisance.
 
En outre, malgré la répression subie et la clandestinité de leurs activités sous l’ancien régime, les Islamistes sont restés, contrairement aux Modernistes, structurés et présents dans les quartiers déshérités et dans la Tunisie profonde et proches de leurs habitants ; ce qui a permis à leur campagne électorale de couvrir, dès le démarrage, beaucoup de citoyens, campagne qu’ils ont orientée vers les valeurs identitaires, jusqu'à présenter les candidats Modernistes comme étant des athées, des occidentalisés, des buveurs de bière et de vin,… 
 
5. Ennahdha a récupéré la Révolution de Jasmin sans y avoir pris part
 
Quant à la participation des Islamistes, en général, à la Révolution de Jasmin, tous les Analystes Politiques, tous les Observateurs et tous les Acteurs de terrain sont d’accord pour affirmer qu’ils ont brillé par leur absence lors de toutes les Manifestations et Rassemblements qui ont conduit, le 14 janvier 2011, à la fuite du Dictateur, comme le dit explicitement, par exemple, notre Président de la République actuel, Moncef Marzouki, allié d’Ennahdha dans la Troïka, dans la Vidéo suivante, filmée à la veille de la Victoire, où il déclare que « Les islamistes sont complètement et totalement absents  » :
 
D’ailleurs, dans la totalité des Vidéos sur la Révolution, filmées avant le 15 janvier 2011, on aperçoit très peu de femmes voilées ; mais, aucun barbu à la salafiste, ni aucun Niqab, ni, non plus, aucun Dirigeant Islamiste n’y figure.
 
Pour ce qui concerne mon espace professionnel, je peux témoigner qu’avant cette date, les Universitaires Islamistes ( dont Moncef Ben Salem, notre Ministre actuel de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique) ont brillé par leur absence, lors de tous les Rassemblements et Manifestations, organisés contre Zinochet et son Régime, auxquels j’ai participé ; en particulier, lors du mémorable et imposant Rassemblement du jeudi 13 janvier 2011, organisé, au Campus Universitaire de Tunis El Manar, par la Fédération Générale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, sur l’Esplanade de La Faculté de Droit et des Sciences Politiques. C’est avec nostalgie révolutionnaire et, je l’avoue, avec fierté, que je prends la liberté de rappeler, ici, que ce Rassemblement prévu, au départ, au Campus intra-muros s’est transformé, à la fin, à mon initiative, en une formidable Manifestation en dehors du Campus, obligeant les Brigades anti-émeute à déclarer forfait pour nous libérer la sortie. Et ce fut la première Manifestation qui a eu lieu sur le plus long Boulevard du Grand Tunis, baptisé, après la Révolution, «  Boulevard Mohamed Bouazizi », le jeune dont l’immolation par le feu, le 17 décembre 2010, devant le siège du Gouvernorat de la ville de Sidi Bouzid, a marqué le début de la Révolution de Jasmin. Ce Boulevard portait auparavant le nom de « Boulevard du 7 novembre », en référence à la date du 7 novembre 1987, jour où le Général Zinochet a renversé le Président Bourguiba, par un « Coup d’Etat Médical ».
 
Malgré ce handicap, les Islamistes ont su, à merveille, tirer les marrons du feu, en récupérant la Révolution de Jasmin sans y avoir pris part. Et, je l’avoue, tout en leur reconnaissant les souffrances de toutes sortes, les atrocités inhumaines et les exils qu’un grand nombre parmi eux ont subis, sous les Régimes de Zinochet et de Bourguiba, je suis toujours estomaqué chaque fois que j’entends ces néo-révolutionnaires discourir sur notre Révolution. A l’opposé, les Modernistes, qui ont, également, subi des souffrances de toutes sortes, des atrocités inhumaines et des exils sous les Régimes de Zinochet et de Bourguiba, furent, quant à eux, une des composantes du fer de lance de la Révolution.
 
Pour ce qui concerne le dédommagement des victimes, toutes orientations politiques et toutes spiritualités confondues,qui ont fait les frais, dans leur vie et dans leur chair, des régimes de Bourguiba et de Zinochet, je pense qu’il est « convenable » que la Nation les dédommage à la hauteur, sinon plus, des souffrances subies. Mais, je pense qu’il est « blâmable » que la Nation fasse les frais, dans la Réalisation des Objectifs de sa Révolution, de l’incompétence ou du déséquilibre psychique de certains des dites victimes qui, pour dédommagement, sont portés aux plus hautes responsabilités de l’Etat. Dans ce qui précède, j’ai employé les adjectifs « convenable » et « blâmable » en référence à l’une des Recommandations les plus omniprésentes, à travers tout le Coran [que l’on peut trouver, par exemple, dans le Verset 17 de la Sourate 31, et ce, sous forme de Conseil donné par Luqmân à son fils], qui dit : « Prescris le convenable et proscris le blâmable ».
 
6. Conclusion et Appel au CPR et Ettakatol
 
Aussi, nous pouvons conclure, à la lumière de l’Actualité et à la lumière de ce qui précède, que la façon des Islamistes de conduire, actuellement, les Affaires de la Nation, en essayant de gouverner, de plus en plus, en solitaire, et ce, sans être investis d’aucune majorité, s’apparente à un Coup d’Etat Constitutionnel.
 
Il est donc urgent que le CPR et Ettakatol, fervents militants, pendant les décennies obscures passées, de la Démocrite et des Droits de l’Homme, renouent avec leurs Valeurs originelles et retrouvent leurs fondamentaux pour stopper, par tous les moyens, y compris par la désintégration de la Troïka, et avant qu’il ne soit trop tard, cette dérive Islamiste.
 
Sinon, au vu de la complicité d’Ennahdha, de plus en plus criante et qui va crescendo, avec les Salafistes, le CPR et Ettakatol feront, in fine le jeu des Islamistes les plus radicaux et seront, devant l’Histoire, les complices responsables de l’Installation sans retour, dans notre Pays, d’une Dictature Théocratique Brune-Verte.
 
par Salah HORCHANI
Professeur à la Faculté des Sciences de Tunis
source agoravox
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Reprise du procès « Persepolis » 
 - Le procès intenté en Tunisie à la chaîne de télévision Neesma, après la diffusion du film « Persepolis » de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, reprend lundi 22 janvier. Deux mois après une première audience chaotique, le directeur de la chaîne, Nabil Karoui, comparaît à nouveau devant le tribunal de première instance de Tunis, pour « atteinte aux bonnes mœurs, atteinte aux valeurs du sacré et trouble à l’ordre public ». En cause notamment : une scène du film montrant Dieu – représentation proscrite par l’Islam.
 - La diffusion du film traduit en dialecte tunisien, le 7 octobre 2011, avait été suivie de protestations et de violences. Le 9 octobre, des groupes d’extrémistes avaient tenté d’attaquer le siège de la télévision à Tunis, obligeant le directeur à « s’excuser ». Le 14, des assaillants avaient jeté des cocktails Molotov contre les murs de sa résidence.
 - Dans le contexte préélectoral de l’époque, la chaîne s’était vue accuser de faire de la « provocation ». La plupart des partis n’avaient que mollement condamné les violences. « Ce procès n’aurait jamais dû avoir lieu. Mais ce sera un test pour la liberté d’expression et la démocratie en Tunisie », a commenté Nabil Karoui, qui se dit « combatif » et espère « être relaxé ».
 source a-croix
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إخوان المنطقة إلى أين؟


 
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يثير التفاهم الإخواني ـ الأمريكي في المنطقة حيرة الكثير من المراقبين الذين مازالوا يرون في الأمر شذوذاً ما، خاصة أنّ أحداث   11 سبتمبر، التي دشنت حربين أمريكيتين، لم تزل أحداثها ترن في الذاكرة. تلك الأحداث التي كانت سببا في عودة الحروب إلى المسرح العالمي، بعد توقف دام لعقود، لتغرق واشنطن في المستنقعين الأفغاني والعراقي، مما يذكّر بمستنقعها الفيتنامي  .


هذا التواؤم المفاجئ بين الإخوان والأمريكيين يدفع إلى الحيرة والاستغراب، ويشي بأن خلف الأكمة ما خلفها، خاصة حين يصرح المسؤول الذي عينه الرئيس الأميركي (باراك أوباما) لشؤون انتقال السلطة في الشرق الأوسط (وليام تايلور) أنّ واشنطن ستكون "راضية" إذا أسفرت انتخابات برلمانية نزيهة في مصر عن فوز الإخوان المسلمين  .


وحين يلي ذلك، ترحيب وزيرة الخارجية الأمريكية (هيلاري كلينتون) بفوز النهضة التونسية، يدل على أن الأمر ليس مجرد تكتيك، بل يبدو أنه إستراتيجية طويلة الأمد، خاصة أنها صرحت في يونيو بأن واشنطن أجرت "اتصالات محدودة" مع جماعة الإخوان المسلمين في إطار مسعاها للتكيف مع التغيرات السياسية التي تحصل في مصر  .


ما سبق، يجعل التفكير والبحث في خلفيات الاستراتيجية الأمريكية الجديدة مشروعا، خاصة أن الغرب بكامله يسير في اتجاه تعويم النموذج الإخواني على طريقة حزب العدالة والتنمية، ولعل الضغوط التركية ـ القطرية التي تعتبر واجهة التدخل الأمريكي في سوريا، وطلبها المتكرر إشراك الأخوان في السلطة، يسير في هذا الاتجاه، مضافاً له طلب الحكومة الأردنية من الإخوان المشاركة في الحكومة  !


من يدقق في سياسة واشنطن خلال عقدين على الأقل، سيرى أنّ الإستراتيجية الأمريكية قامت على مكافحة الإسلاميين ومنع وصولهم الحكم، بل ساهمت في تثبيت عرش الطغاة الذين أبدوا قدرا هائلا من المرونة في محاربة النفوذ الإسلامي

في بلدانهم و(القاعدة) بخاصة، إلى درجة أن أنظمة الحكم المستبدة باتت هي من يربي الإسلاميين كي يفاوض عليهم أو يهدد بهم وقت تحين ساعة استخدامهم، وما ردود السلطات العربية تجاه ثوراتها إلا دليل على ذلك، حيث تهدد هذه السلطات علانيةً بأن رحيلها يعني توسع نفوذ القاعدة والتنظيمات الإرهابية  .


وقد ظلت هذه الإستراتيجية الأمريكية هي السائدة، حتى غرقت أمريكا في أزمتها الاقتصادية بعد انهيار (ليمان براذر)، وترافق هذا الأمر مع ظهور إنجازات حزب العدالة والتنمية التركي التي حققت نمواً اقتصاديا هائلا، مترافقا مع استقرار سياسي داخلي، وترتيب الإقليم وفق النموذج الأمريكي .


هذا التواقت، جعل الأمريكيين يفكرون في كيفية دمج الإسلاميين في بلدانهم بدل تحولهم إلى "قنابل موقوتة" في الغرب، أو عبئا على الاقتصاد الغربي، الذي بات يتدهور يوما بعد يوم، مهدداً مستوى الرفاه الذي بات يثير غيظ المواطنين الغربيين، وهو ما ساهم في حدوث عدة تحولات على مستوى الوعي الأوربي، الذي بات يفرز أحزابا عنصرية تعلن عداءها المباشر والصريح للمسلمين في بلدان طالما عرفت بانفتاحها واستقبالها الغرباء. ولعل أزمة الرسوم الكاريكاتورية التي تطل بين فينة وأخرى، ما هي سوى التجسيد الفعلي لذلك "الشرخ الأسطوري" الذي لا يني يزداد بين الشرق والغرب، وفق لغة المفكر (جورج قرم).


ولعل ما قاله (أمين بوزكورت)، الدانماركي الذي يتزعم لوبي مناهضة للعنصرية بالبرلمان الأوروبي يدل على ما يعتمل في جوف المجتمعات الغربية بهذا الخصوص، حيث قال: "نحن على مفترق طرق في التاريخ الأوروبي. فخلال خمسة سنوات إما سنشهد زيادة في قوى الكراهية والانقسام في المجتمع، بما في ذلك القومية المتطرفة وكراهية الأجانب ومعاداة السامية وكراهية الإسلام، أو أننا سنتمكن من محاربة هذه النزعة المروعة".


من هنا، قامت الإستراتيجية الأمريكية الجديدة على احتواء الإخوان المسلمين، بقيادة "النموذج التركي" الذي سيلعب دور المؤهل للأحزاب الإخوانية في المنطقة، ولعل كلام (أردوغان) في القاهرة يأتي ضمن هذا السياق .


ولكن التنافر الذي برز بين إخوان القاهرة وإخوانية (أردوغان)، يطرح سؤالاً كبيراً، عن مدى قدرة الإخوان في البلدان الناشئة على تمثّل وهضم تجربة حزب العدالة والتنمية، وهل الواقع يسمح بذلك، أصلا؟
وحدها التجربة التونسية، تشير إلى بوادر نجاح وتماهي بشكل ما مع التجربة التركية بسبب تشابه المقدمات في كلا البلدين، الذين حُكما سابقاً بعلمانية مفروضة من فوق، اجتاحت كل شيء، بما في ذلك البنيان الاجتماعي لهذه للبلدين، الأمر الذي يجعل أيّ حزب إسلامي في هذين البلدين غير قادر على أسلمة المجتمع أو الدولة، مهما فعل، لأن المجتمع بذاته تغيّر صوب حداثة لم يعد بالإمكان التراجع عنها .


من هنا، يبدو الدعم الأمريكي والغربي لإخوان المنطقة، محفوفا بمخاطر جمة، قد تهدد كل شيء، إلا إذا دخل الإخوان في لعبة السلطة والبراغماتية وهم يجيدونها تماماً، متماهين مع النموذج الأمريكي، ليحتفظوا بالسلطة فقط، وحينها يكون الربيع العربي، مجرد ربيع إسلامي، على غرار ربيع (الخميني)، أو ربيع (حماس) الغزاوي، ولكن بشكل مقلوب !


ثمة من يقول، أنّ الإستراتيجية الغربية تقوم على فكرة مفادها، أنّ الحكم هو معيار فشل الإسلاميين، الذين أثبتوا أنهم حكام سيئون، كما في السودان وغزة، وهكذا يكون إيصالهم السلطة، من باب تثبيت فشلهم، تمهيداً لوصول العلمانيين المدنيين الذين يعانون أساساً من ضعف وتبعثر، وغياب أي قاعدة اجتماعية لهم، مما يجعلهم غير قادرين على الوصول إلى السلطة أساساً .


وهكذا، إن نجح الإسلاميون على غرار حزب العدالة والتنمية يصب الأمر في صالح الأمريكيين واستقرار المنطقة، دون تهديد المصالح الأمريكية، وإن فشلوا يكون الأمر مقدمة لإقصائهم النهائي .


ولكن ثمة سؤال جذري يطرح بقوة: هل يترك الإخوان السلطة بعد وصولهم إليها، خاصة أن مشروعهم الاجتماعي يقوم على أسلمة البنى التحتية للسلطة، وتغييب وعيها، لتصبح حاكمة باسم الله؟ !

 

بقلم محمد ديبو

source almasdar
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