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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 06:58

En Tunisie, le tourisme devient une mécanique infernale qui brise le pays

 

Djerba, Hammamet, Nabeul :  la mer, le sable fin, les palmiers... L'hiver approche, l'envie d'ailleurs se fait sentir. Parmi les destinations les moins chères : la Tunisie. Et pourquoi pas ? Nicolas Sarkozy et François Fillon y multiplient les voyages depuis 2007. Comme près d'un million de Français chaque année, vous vous préparez à réserver un petit séjour tout compris en hôtel-club sur la côte tunisienne.

Le régime de Ben Ali, une dictature ? Ah ! S'il fallait voyager uniquement dans les pays démocratiques, on ne bougerait pas de chez soi... Et puis, si cela peut rapporter un peu d'argent à ces pauvres Tunisiens....

Depuis le début des années 2000, c'est malheureusement l'inverse qui se produit : chaque voyage, chaque réservation, contractée à des prix de plus en plus discount, contribue un peu plus à rendre la vie impossible à plusieurs millions de Tunisiens

 

 

 

 

Par quel système pervers, ce que l'on pourrait juger comme un transfert de devises bienfaisant pour l'économie locale, se transforme-t-il en une spirale infernale qui plombe l'économie d'un pays tout entier ? «Pour fonctionner, le système touristique tunisien, qui reste très bas de gamme, s'est engagé dans une course à la baisse des prix, explique la chercheuse au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), Béatrice Hibou, auteur de l'ouvrage La Force de l'obéissance – économie politique de la répression en Tunisie. Cette baisse continue des prix est conduite sous la pression notamment des tour-opérateurs qui ne cessent de faire jouer la concurrence avec d'autres destinations. Les hôteliers ont trois ressorts: proposer des services de qualité de plus en plus médiocre, jouer sur les salaires et ne pas rembourser les dettes contractées auprès des banques et de l'Etat. C'est le plus souvent ces deux derniers ressorts qu'ils utilisent, ce qui a un effet désastreux sur l'économie tunisienne, et sur les Tunisiens.»

 
 
 
 
 
«8 mois sur 12, le produit n'est pas rentable.»

Tout partirait donc des tour-opérateurs, de ces voyagistes qui imposent sans cesse des prix de plus en plus bas, qui fixent le prix du «package», comprenez du voyage tout compris. « Cette idée de course au prix bas est fausse, se défend pourtant Sébastien Boucher, directeur marketing chez Marmara, numéro un français sur le marché tunisien avec 35 % de parts de marché. Tout dépend de la saison : un package de 190 euros en basse saison, disons en janvier, pourra monter à 600 durant l'été. Les prix sont adaptés à la loi de l'offre et de la demande. Il faut bien dire que 8 mois sur 12, le produit n'est pas rentable.»

Dans ces conditions, comment Marmara s'assure-t-il, bon an mal an, de ses 330.000 «packages», son chiffre d'affaires annuel de 540 millions d'euros, pour 18 millions de résultat net (en 2008, pour l'ensemble des activités du groupe)?

Publicité pour les séjours en Tunisie de Marmara© DR

Grâce à son «modèle atypique» que le directeur marketing Sébastien Boucher, décrit comme suit : « Nous prenons beaucoup de risques, notamment sur le nombre de chambres que nous prenons à l'avance chez l'hôtelier. Nous avons en outre huit unités hôtelières, avec lesquelles nous sommes sur des contrats de location-gérance de 8 ans à 10 ans, pendant lesquels on loue toute l'année, toutes les chambres. Pareil pour les vols : en hiver, nous en faisons partir 20 par semaine depuis la France, 40 en été. Des avions qui décollent, quoi qu'il arrive, et qu'il faut remplir !»
 
Un voyage chez Marmara se décompose donc ainsi : sur un «package» de 600 euros, 100 restent en France : 75 partent en coût de distribution (ventes sur Internet, agences de voyage classiques) et 25 euros en moyenne constituent la marge de Marmara. Le reste : 50% pour l'«aérien», 25% pour la location d'hôtel, 25% pour les salaires, la nourriture, les frais divers.

Un peu plus de 100 euros donc pour l'hôtelier, pour un séjour de sept nuits en pleine saison, tout compris. Pas suffisant ces derniers temps, à les entendre. D'autant que «booker» ne veut pas dire payer : si un tour-opérateur réserve 100 chambres dans un hôtel, et ne trouve au final que 80 clients, il réglera à l'hôtelier le prix de 80 chambres.

 

Les «machines de guerre» des tour-opérateurs

 

Gérant depuis le début des années 2000 d'un hôtel sur la côte qui appartient à un groupe de tourisme tunisien, Hassan – qui demande à ce que l'on change son prénom – décrit sa situation comme «intenable. On me demande de faire une marge à deux chiffres, tout en m'imposant une baisse de plus de 10% du prix des chambres chaque année, et cela depuis 5 ans. On me réserve toujours beaucoup de chambres, mais on en paie de moins en moins,  parce qu'on a eu moins de clients. Alors, forcément, moi je paie moins derrière, et j'emploie moins de personnel...»

 

La force de l'obéissance
La force de l'obéissance© Béatrice Hibou/Editions La découverte

Aucun chiffre précis ne circule sur les faillites des entreprises tunisiennes de tourisme, ni sur celles des hôteliers, tant le secteur est sensible : en 2008, il contribuait pour près de 7% au PIB tunisien, sans compter les «effets d'entraînement» sur des secteurs comme l'artisanat, le bâtiment... Mais le phénomène existe, les voyagistes ne le nient pas. Comment expliquer alors de telles difficultés, sans interroger les pratiques des tour-opérateurs ? «Je ne sais pas, je ne suis pas spécialiste, rétorque le directeur marketing de Marmara, Sébastien Boucher. Et je ne sais pas comment fonctionnent nos concurrents. Mais la tendance, c'est de baisser les prix, c'est sûr. Nous, encore une fois, nous arrivons à fonctionner parce qu'on prend beaucoup de risques.»

 

 

Responsable commercial et marketing d'une société tunisienne de gestion hôtelière (quatre hôtels en gérance, dont deux à Hammamet), Slah livre un témoignage très différent : «Ces dernières années, nous constatons une très grande pression de la part des grands voyagistes, et des moins grands, sur ces marchés, une pression qui ne cesse de faire baisser la marge bénéficiaire des hôtels et même des agences de voyages tunisiennes. Nos relations de partenariat avec les tour-opérateurs sont donc loin d'être équilibrées ! Les tour-opérateurs refusent les augmentations nécessaires à l'hôtelier pour financer les services adéquats... Bref, tout est fait pour inciter l'hôtelier à renoncer à une partie du prix.»



«Des machines de guerre.» C'est ainsi que le consultant en tourisme et professeur-associé à HEC Lausanne,  Francis Sherly, qualifie cette pression constante des tour-opérateurs sur les prestataires tunisiens. «Avec la crise, chaque tour-opérateur essaie de trouver des solutions qui lui permette de passer raisonnablement le mauvais moment qui s'annonce ces prochains mois, analyse-t-il. De fait, les tour-opérateurs mettent sur le marché de véritables "machines de guerre" en espérant tenir le coup. On essaie de vendre à des prix sans cesse plus bas. Cette tendance va très clairement conduire d'un côté à la disparition à terme des agences de voyage. De l'autre, cela entraîne une grosse pression sur les prestataires locaux, sur les hôteliers. C'est très préoccupant. Ceux qui ont massivement parié sur les petits et moyens budgets, comme c’est beaucoup le cas en Tunisie, ceux-là se retrouvent en grande difficulté. Car désormais, les petits budgets ne peuvent plus partir. Dans ce contexte, les hôteliers n’ont pas d’autres choix que d’accepter le diktat des tour-opérateurs.» 

 

Source : http://www.mediapart.fr/journal/international/151009/en-tunisie-le-tourisme-devient-une-mecanique-infernale-qui-brise-le-pay?page_article=3

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 04:48

Dans sa déclaration du 11 février au Forum social mondial à Dakar, l’Assemblée des mouvements sociaux affirme : «  Nous continuons à nous mobiliser pour l’annulation inconditionnelle de la dette publique de tous les pays du Sud. Nous dénonçons également, dans les pays du Nord, l’utilisation de la dette publique pour imposer aux peuples des politiques injustes et antisociales ».

Nous constatons que le montant prêté a été remboursé plusieurs fois et pourtant la dette continue de peser dans les budgets nationaux. En Tunisie comme ailleurs, le mécanisme de la dette siphonne la richesse en direction des créanciers c’est-à-dire des banquiers. C’est 750 Millions d’euros qui doivent être payés par le peuple tunisien en avril et septembre 2011en direction des banquiers qui ont soutenu Ben Ali.

Un audit, pourquoi ?

Le RAID CADTM Tunisie a lancé un appel pour qu’il y ait un audit sur la dette et que chaque détail soit examiné pour que la partie de la dette qui a profité uniquement au régime de Ben Ali et à l’achat d’arme ne soit pas remboursé. C’est le principe juridique de la « dette odieuse ». La Tunisie peut réclamer et mettre en place cet audit, et ainsi faire reconnaître à la communauté internationale l’illégalité d’une partie de sa dette.

En mettant en évidence la complicité de certains financiers avec la dictature, elle pourra ainsi demander légitimement l’annulation de la part odieuse de la dette. « Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’État entier […]. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. »
L’audit dira aussi quelle est la partie de la dette qui a servi au peuple tunisien. Cette part restera à payer par les tunisiens, puisqu’elle a servi à construire le pays.

La TAAC

La TAAC – Tunisian American Chamber of Commerce – la chambre de commerce tunisienne aux USA, a soumis une liste de neuf requêtes aux membres du congrès américain, parmi lesquelles l’annulation de la dette de la Tunisie.
 »Sur la question de la dette, Abdelmajid Bouabdallah affirme que le gouvernement américain est favorable de l’annulation. Ce patron d’un cabinet de conseil précise que la dette souveraine de la Tunisie s’élève à 20 milliards de dollars –produisant des intérêts s’élevant à 5 milliards de dollars.

Rappelant que la part des USA dans cette dette n’est que de 2,3%, Noomane Fehri, président de la section britannique de l’ATUGE, que la TACC a appelé à l’annulation de la dette tunisienne parce qu’elle y voit un moyen pour les USA d’aider la Tunisie «sans faire payer le contribuable américain».  »

Quels sont les effets de la dette ?

En Europe c’est au nom de la dette que les gouvernements détruisent la protection sociale et les services publics. Dans le monde, cette dette permet au FMI de mener ses Plans d’Ajustement Structurels. Ces P.A.S. contiennent plusieurs mesures, dont la politique d’austérité, et sont imposés à cause de la dette.

Nous savons que la politique d’austérité réduit l’investissement de l’état pour le social et pour la population dans son ensemble. Elle est désastreuse pour les populations les plus pauvres. Or nous avons vu en France que ce sont les dépenses de l’état et l’ampleur des services publics qui permettent de résister à la crise.

Si l’on observe ces plans attentivement, on remarque que les autres mesures phares servent surtout à mettre les pays au service des intérêts étrangers :

  • Privatisation des entreprises d’État : le but est de vendre ce qui est rentable pour diminuer l’endettement. Donc l’état vent ce qui lui permet de gagner de l’argent et verse directement le produit de cette vente aux investisseurs étrangers.
  • Augmentation des droits des investisseurs étrangers vis à vis de la loi : éviter que la loi favorise les investissements nationaux ou qu’elle pose des conditions légales à respecter par les investisseurs étrangers.
  • Diriger l’économie vers l’exportation et l’extraction des ressources : C’est très clair, le pays doit se mettre à extraire ses ressources pour les vendre à l’étranger, et à produire en direction du marché mondial. Surtout pas chercher à se construire lui-même. Pour équilibrer ses ventes le pays achètera sur le marché mondial.
  • Dévaluation de la monnaie : Les ressources extraites et les marchandises produites seront alors vendues moins chères sur le marché. Au profit des entreprises étrangères qui les achètent.
  • Libéraliser le commerce et les actions : éviter que l’état utilise des taxes et des lois pour protéger son marché. Ou que l’état profite de l’augmentation du commerce pour se financer. (et rembourser sa dette ?)

 

Un pays qui suit ces mesures à la lettre se retrouve esclave des investisseurs étrangers et du marché. Parce qu’elle n’a pas su annuler les dettes de la dictature puis s’est fait entrainer par les mesures du FMI, l’Argentine a plongé dans la faillite.

La note financière.

Fitch, début Mars, puis Standard and Poor’s, mi-mars, ont décidé que la révolution tunisienne justifiait de baisser la note financière de la Tunisie. C’est cette note qui détermine le taux d’emprunt d’un pays sur les marchés. Plus elle est mauvaise plus les emprunts sont chers.

Pour les marchés, le régime de Ben Ali apportait plus de garantis qu’une démocratie naissante. Les élections détermineront en parti l’évolution de la note pour SP comme pour Fitch. En revanche de nouveaux sursauts politiques remettraient en cause cette note. C’est à dire que d’autres mouvements demandant plus de démocratie pourraient inciter à al revoir à la baisse. Comme le FMI, les agences de notation ont souvent l’audace de dicter la politique que doivent mener les pays.

Mais c’est surtout la politique économique qui les intéresse, c’est à dire la capacité à se plier aux exigences typiques que nous avons vues ci dessus. Si la Tunisie mène une politique mauvaise pour sa population mais bonne pour les investisseurs, la note augmentera. Dans le cas contraire la note baissera.

Les entreprises de notation préfèreront toujours une bonne dictature à une démocratie plus sociale. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas toujours suivre leurs recommandations. Surtout pour les couches les plus pauvres de la population. Un pays qui suit ces mesures verra sa fracture sociale s’accentuer, les pauvres s’appauvrir et les riches s’enrichir à mesure de leur collaboration avec les investisseurs.

Un atout majeur

Mais surtout la Tunisie possède un atout énorme : sa dette a été contractée par la dictature, elle peut faire reconnaître son illégitimité par la communauté internationale. Pour cela, il faut un audit mené par des économistes.

Si la lumière est faite sur la dette de Ben Ali ainsi que sur la responsabilité des financiers qui ont collaboré avec la dictature, alors il sera facile pour la Tunisie de faire annuler la part odieuse de sa dette.
Sa situation économique sera bien meilleure si la dette est annulée, et sa note montera forcément à terme.  Surtout, il sera beaucoup plus facile pour la Tunisie de mener des politiques sociales. Le remboursement de la dette représente chaque année 5,6 fois le budget consacré à la santé.

Sources :

 

Par : http://actionsolidairesinternationales.wordpress.com/2011/03/19/dette-tunisienne-un-combat-necessaire/

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 03:33
Rendre la dette odieuse

 

Le nouvel ordre colonial permet à des minorités de s’enrichir et de placer le fruit de leur exploitation au Nord, ou dans les paradis fiscaux. Même si les pays du Sud sont apparemment indépendants, l’acceptation au sein de la communauté internationale dépend de la bonne application d’une politique globale. Les révolutions en cours dans le monde arabe vont-elles s’attaquer aux divers mécanismes de domination, comme la dette, la corruption, l’évasion fiscale et la recolonisation des terres (achat massif de terres par les multinationales et les Etats étrangers) ? Le renversement d’une dictature débouchera sur un pouvoir légitime à condition qu’il revienne sur tout ce qui a amené à la stagnation du pays, à son appauvrissement. Les peuples réussiront-ils à exploiter jusqu’au bout la situation qu’ils ont ouverte ? Cela représenterait un précédent considérable pour tous les autres pays néo-coloniaux.

 

DETTE_TUNISIENNE.jpg

 Une fenêtre historique pour l’émancipation

Des régimes illégitimes ont contracté des emprunts énormes auprès d’instances internationales (Banque Mondiale, Banque Africaine du Dévelop-pement), d’Etats plus riches et d’instances financières privées. Les seuls intérêts de la dette sont si lourds à rembourser qu’ils exigent de réemprunter indéfiniment. Pour faire semblant d’y parvenir, les dictateurs ont accepté des Plans d’ajustements structurels (PAS) imposés par le Fond Monétaire Inter-national (FMI) au dépens des dépenses sociales, celles qui bénéficieraient aux populations. Toute ressemblance avec ce qui arrive maintenant en Europe n’est pas qu’une impression… Ici comme là-bas, les partis prétendant incarner l’alternative doivent être jugés en fonction de leur position par rapport à cette question fondamentale : quand donc les richesses produites par le peuple finiront-elles par lui revenir ?

 

En Tunisie et en Egypte, le pouvoir reste aux mains des mêmes appareils. Les revendications sociales se mêlent aux revendications politiques quand les manifestants ou les grévistes exigent que les responsables de l’ancien système dégagent. Pour que ces pays puissent se développer, les peuples doivent obtenir un changement économique et politique clair. Les coûts de production très compétitifs avec des salaires à « évolution modérée » ont fait de la Tunisie de Ben Ali un vrai paradis pour les investisseurs comme le fait valoir la brochure « Tunisie, des performances à partager» de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA Tunisie).

 

Les procédures judiciaires sur les biens mal acquis

La fortune amassée par Moubarak et sa famille est hallucinante. Selon le Gardian, Hosni, elle atteindrait 70 Milliards de dollars. L’essentiel serait entreposé dans les coffres de banques britannique (Bank of Scotland, filiale de la Lloyds) et suisse (UBS), ou consisterait en biens immobiliers à Londres, New-York, Los Angeles ou le long de la Mer Rouge. Selon Christopher Davidson, professeur spécialiste du Moyen-Orient, à l’université de Durham, Mubarak, sa femme et ses deux enfants ont accumulé leurs richesses grâce à de nombreux partenariats avec des investisseurs étrangers. Selon l’anecdote rapportée par un journal algérien, à un importateur égyptien de Peugeot se plaignant auprès d’Hosni que « son » fils lui a taxé un pourcentage conséquent de son investissement, le Raïs a répondu en substance : « mais enfin, considère mon fils comme le tien ». En Egypte, les politiciens et leurs alliés militaires exigent environ 20% d’intérêts lors de l’implantation d’entreprises, source de profits importants sans apport initial et à peu de risques.

 

Du côté tunisien, les Ben-Ali-Trabelsi et consorts auraient amassés une fortune estimée à 5 milliards d’euros, selon le magazine américain Forbes. Le président déchu aurait des intérêts dans plusieurs secteurs : banques, transports, immobilier, télécoms, en Tunisie et à l’étranger, souvent aux noms de personnes liges parmi son entourage familier, notamment son beau-frère Belhassen Trabelsi et son gendre Mohamed Sakhr El Materi. Il s’agit de banques privées en Tunisie (Banque de Tunisie), plusieurs compagnies aériennes (Karthago Airlines), des hôtels 5 étoiles en Tunisie (Karthago), des hôtels particuliers en Argentine, à Dubaï, au Canada… Sans parler de ses nombreuses villas luxueuses en Tunisie (Sidi Bou Saïd, Port El Kantaoui, Monastir, Utique…) Dans les deux cas, une partie de la fortune doit très probablement dormir au chaud dans des paradis fiscaux.

 

Une bataille judiciaire contre les corrompus et leurs complices corrupteurs

Trois associations (Sherpa, Transparence International France et le Comité arabes des Droits humains) « ont déposé une plainte auprès du Procureur de la République de Paris à l’encontre de différents membres des familles Ben Ali et Trabelsi dans le but d’obtenir l’ouverture d’une information judiciaire relativement aux avoirs qu’ils possèdent en France. » Cela a été suivi le 24 janvier 2011 de l’annonce par le parquet de Paris de l’ouverture d’une enquête préliminaire. Les trois organisations « auraient préférées l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction, le cadre de l’instruction étant plus adapté pour obtenir rapidement le gel des avoirs et accéder aux demandes d’entraides judiciaires internationales. »

 

Notons aussi que cette enquête préliminaire a été ouverte avec un délai suffisant pour permettre à l’essentiel des fonds de disparaître… Interrogé par Libération le 18 janvier, l’avocat William Bourdon de l’organisation Sherpa, qui s’est déjà illustré dans une plainte concernant les biens mal acquis de trois dirigeants africains, signale que Ben Ali avait la veille, le 17 janvier, vidé ses comptes en Suisse, ce qui « pose d’ailleurs des questions sur l’attitude de ces banques ». Selon une source diplomatique, l’Union européenne (UE) a ensuite acté jeudi 20 janvier le principe d’un gel des avoirs de Zine El Abidine Ben Ali et de ses proches, mais la décision formelle n’interviendrait qu’une dizaine de jours plus tard.

Après avoir cautionné Ben Ali pendant fort longtemps en fermant les yeux sur son régime, les médias occidentaux ont été forcés à parler de dictature et de régime corrompu mais on n’entend jusqu’à présent pas parler des corrupteurs. Il ne saurait pourtant y avoir de corrompus sans corrupteurs.

 

Pour récupérer les sommes considérables placées au Nord, la bataille judiciaire est l’affaire de spécialistes. Mais cette bataille demande un soutien populaire et des informations militantes. Le Canada est disposé à geler les avoirs de Ben Ali, s’il reçoit les documents de la part des autorités tunisiennes. Cela nécessite une pression internationale, une campagne unitaire d’interpellation des responsables de la Justice.

 

La dette et ses vautours :

Pour s’armer et construire une industrie au service du Nord, les régimes dictatoriaux ont contractés une dette importante dès les années 60, les pays du Sud qui sera multipliée par 12 entre 1970 et 1980, les mettant dans une situation économique intenable. De nos jours, la dette extérieure (privée et publique) des pays en voie de développement s’élève à 2600 milliards $. La réponse du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale aux difficultés de ces pays est la conception des « fameux » plans d’ajustement structurels (PAS), qui conditionnent l’octroi de toute nouvelle aide. Concentrés de mesures macroéconomiques ultra-libérales destinées à rétablir la solvabilité des pays, ils combinent privatisations, coupes sévères dans les dépenses publiques, dévaluation monétaire, libéralisation des mouvements de capitaux, suppression des barrières douanières et désengagement de l’Etat. Leurs coûts sociaux et humains se révèlent désastreux. En imposant des modèles exclusivement tournés vers l’exportation de produits aux cours fluctuants, ces plans drastiques ne permettent même pas de restaurer la solvabilité des pays du Sud. Pire, ils alimentent la spirale de l’endettement et maintiennent les peuples colonisés dans la misère.

Plutôt qu’une aide, la dette est un moyen de captation des richesses et de pression sociale sur les pays du Sud.

 

L’exemple tunisien, et la doctrine de la « dette odieuse »

En arrêtant de rembourser une dette odieuse dont seule la dictature a profité, la Tunisie pourrait utiliser son argent pour les dépenses sociales et productives dont elle a besoin. Cette dette s’élève à 21,8 milliards d’euros en 2008, ce qui représente 130% du PIB. De 1990 à 2008, le service de la dette a récupéré plus de 18,5 milliards d’euros sur le dos des tunisiens.

Les cas de l’Argentine et de l’Equateur sont intéressants. Ces pays, après avoir suspendu unilatéralement le payement et renégocié leurs dettes, n’ont pas connu le chaos qui leur était prédit. Cela a libéré des fonds pour augmenter les dépenses sociales dans la santé, l’éducation et dans le développement d’infrastructures de communication.

 

La Tunisie sort directement de la dictature ; le nouveau gouvernement démocratique, une fois en place, a toute légitimité et tout intérêt à déclarer illégale la dette contractée depuis le putsch de Ben Ali. Cet acte souverain s’appuie sur le droit international. La doctrine de la dette odieuse, élaborée en 1927, stipule que : « si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier (…). C’est une dette (…) personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. » La Tunisie de Ben Ali répond parfaitement à cette doctrine. Un audit de la dette odieuse pourrait lui servir entre autres à montrer les complicités en vue d’exercer des poursuites contre ces responsables.

 

Les agences de notation dégradent la note de la Tunisie, montrant une fois de plus que les acteurs financiers préfèrent une population opprimée et une dictature qui protège les intérêts des détenteurs de dette plutôt qu’une population libre bénéficiant des richesses de son pays. Toutefois, la situation économique de la Tunisie sera bien meilleure si le pays se dégage de la dette contractée par la dictature.

 

Nous pouvons contribuer à la réussite de la révolution dans des pays que notre Etat a opprimés, et opprime encore.

 

Daniel, Leila et John

Le Paria n°1 , sortir du colonialisme.

Lien : http://actionsolidairesinternationales.wordpress.com/

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 17:53
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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 17:12

Le Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde / RAID Tunisie, a lancé un appel pour geler le paiement de la dette tunisienne et en demander un audit, afin que les tunisiens ne paient pas la part dite "odieuse" de la dette.

Le CADTM, à Bruxelles et à Tunis a entreprit de mener une campagne afin que le prochain versement (410 millions en Avril) ne soit pas payé.

Le NPA et d'autres partis, forment des comités de soutien aux révolutions arabes. Nous voulons commencer par agir contre la dette et le traitement en Avril.

 


Pour plus d'information sur le CADTM et sur le combat qu'il mène pour annuler la dette tunisienne,

cliquer : http://actionsolidairesinternationales.wordpress.com

 

Le nouveau gouvernement démocratique, une fois en place, a toute légitimité et tout intérêt à déclarer illégale la dette contractée depuis le putsch de Ben Ali

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 01:19

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