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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 03:54

Un avenir incertain pour ceux qui reviennent dans la ville de Kadhafi


 

Photo: Heba Aly/IRIN
C’est le calme maintenant : les rues de Syrte après les combats

SYRTE, 2 décembre 2011 (IRIN) - Syrte, dernier champ de bataille entre les rebelles et les combattants fidèles à l’ancien leader libyen Mouanmar Kadhafi, est une ville brisée. 

Plus d’un mois après la fin des combats dans cette ville côtière – lieu de naissance de Kadhafi et la dernière place à avoir été libérée, ou plutôt, d’après les gens d’ici, la dernière à avoir été battue – une bonne partie des rues n’est plus qu’un amas de décombres et de bâtiments calcinés couverts d’impacts de balles et de roquettes ; certains trous font jusqu’à un mètre de diamètre. Des lampadaires cassés sont suspendus de façon précaire au-dessus des rues. « Même les arbres sont blessés, » a fait remarquer un travailleur humanitaire. 

Les écoles sont fermées. Le réseau de téléphone mobile ne marche pas. Très peu de magasins sont ouverts. Presque toute la population, c’est-à-dire 65 000 personnes, a été déplacée. 

Avec le retour de l’eau et de l’électricité dans de nombreux quartiers de la ville ces derniers jours, les gens reviennent lentement, mais sûrement. 

Toutefois les travailleurs humanitaires admettent qu’on ne comprend pas encore très bien la dynamique à l’œuvre et le retour des habitants pourrait être très déstabilisant, s’il n’est pas géré avec précaution. 

Dans une ville qui a été détruite au moins autant par les divisions très politisées entre une grande partie des habitants et le reste du pays que par les roquettes, le retour des habitants soulève bien des questions quant à la capacité et à la volonté de la nouvelle Libye de réintégrer ces résidents qui continuent à soutenir leur leader déchu.
 
 

Les retours 

Les estimations concernant le nombre de personnes retournées à Syrte varient énormément. Selon Abdeljalil Abdelsalam Al-Shawif, vice-président de conseil militaire de Syrte, les trois quarts de la population sont revenus, mais cette affirmation est réfutée par les agences humanitaires pour qui le chiffre se rapprocherait plutôt de 25 pour cent. 
Volets baissés, devantures fermées et quartiers sans vie semblent aussi suggérer des taux de retour moins importants. Khaled Ben-Ali, directeur de l’Agence libyenne des secours et de l’aide humanitaire (LibAid), a dit qu’il faudrait des mois pour que la population revienne à Syrte. 

Malgré tout, les agences humanitaires constatent une diminution du nombre de personnes déplacées. 

« La situation sécuritaire s’améliore de jour en jour », a indiqué M. Al-Shawif. L’eau et l’électricité sont revenues dans 90 pour cent de la ville, a t-il ajouté, mais on ne sait pas encore si cette eau est potable. 

Cette affirmation est contestée aussi par les agences humanitaires, surtout pour ce qui est des zones les plus endommagées par les combats, notamment la zone 2 et le quartier dit des « 700 », où selon le Comité International de la Croix-Rouge (CICR), seulement 5 pour cent des foyers ont accès à l’un ou l’autre de ces services essentiels. 

Faisel Mohamed Jelwal, responsable de la planification à la Compagnie électrique libyenne, a indiqué à IRIN qu’il faudrait « longtemps » avant que la zone 2 ne soit reconnectée à l’électricité, étant donné les dommages subis. 

Les travailleurs humanitaires mettent en garde en soulignant qu’un retard dans les services essentiels et tout sentiment de discrimination pourraient exacerber les tensions.

 
 
 

Le grand nettoyage 

Marwa* ouvre la porte de sa maison dans la zone 2, un masque autour du cou. Elle est rentrée chez elle il y a un mois et depuis, elle fait du nettoyage. 

Dans le pays, la résistance la plus farouche est venue de son quartier pro-Kadhafi, et quand elle est rentrée, elle a trouvé sa maison sens dessus dessous. 

Elle blâme les rebelles pour ce chaos, disant qu’ils sont entrés dans chaque maison pour y chercher des armes et des partisans de Kadhafi. 

Elle a trouvé des impacts de balles dans les endroits les plus inattendus, des gravats plein son lit, ses livres jonchant le sol, un matelas apparemment dépecé par une fusillade et un trou béant dans le toit. Elle a fait un tas des obus de mortier et des ailerons de roquettes qu’elles a rassemblés. 

Quelques maisons plus loin, le pare-brise du camion de son voisin est en morceaux et la porte du garage est parsemée d’impacts de balles. 

« Ils disent que tout va mieux maintenant, » dit-elle. « Mais ça ne va pas mieux. »
 
Les banques ont été détruites et il n’y a pas d’argent pour la reconstruction, dit-elle. 

« Les stratégies de survie ont sans aucun doute été mises à rude épreuve quand les familles ont vu leurs biens détruits à cause des combats, » a dit à IRIN Karim Khalil, directeur de l’Agence d’Aide à la Coopération Technique et au Développement (ACTED) en Libye. 

Mais les agences d’aide concentrent leur énergie sur des questions plus strictement humanitaires, comme l’approvisionnement en nourriture et les soins médicaux pour les déplacés et les familles retournées, et considèrent que la reconstruction des maisons relève de la responsabilité du gouvernement. Selon elles, certains habitants se sont plaints en disant que ceux qui avaient détruit leur maison devraient la reconstruire. Jusqu’à présent, les conseils locaux et les conseils militaires aux mains des rebelles n’ont présenté aucun plan. 

Il n’y a pas eu non plus le moindre semblant de présence du Conseil National de Transition, ce qui « serait pourtant un bon moyen de guérir [les blessures] et de bâtir une relation de confiance, » a dit à IRIN Yahia Alibi, responsable du Bureau du CICR dans la région. 

 

Une politisation de l’aide ? 

Ici dans la zone 2, on continue clairement à soutenir Kadhafi. Dans ces rues poussiéreuses, le cinquième fils de celui-ci, Mouatassim, avait l’habitude de jouer avec les enfants du coin. Les drapeaux verts flottaient devant chaque foyer. Le nouveau drapeau révolutionnaire n’est visible nulle part. 

Selon M. Al-Shawif du conseil militaire, un comité local de secours a été établi dans chaque quartier de Syrte pour aider ceux qui sont dans le besoin, mais les chefs de ces comités sont nommés par le conseil militaire anti-Kadhafi. 

« L’ardeur dont ils font preuve pour distribuer l’aide dépend des sensibilités politiques, mais aussi des capacités » a dit un travailleur humanitaire. 

Marwa a dit qu’elle avait dernièrement reçu de la nourriture et un kit d’hygiène du Croissant-Rouge libyen, mais elle pense que l’assistance est réservée en priorité aux habitants connus pour avoir soutenu les révolutionnaires durant la guerre. 

La distribution de l’aide provenant des agences locales a été compliquée, étant donné les mauvaises relations entre les habitants de Syrte et les rebelles de Misrata, la grande ville la plus proche, qui ont finalement écrasé les combattants pro-Kadhafi. 

Le bureau de LibAid de Misrata a distribué de la nourriture aux personnes retournées à Syrte à la fin octobre, mais « en raison des divergences entre Syrte et Misrata » a indiqué un volontaire, LibAid a demandé à sa branche de Benghazi de s’occuper de la distribution dans cette région. 

Des volontaires du Croissant-Rouge de Misrata - dont beaucoup faisaient partie des révolutionnaires ou avaient perdu des membres de leur famille aux mains des troupes de Kadhafi – ont dû faire face aux insultes des autres à Misrata quand ils ont aidé à ramasser les cadavres à Syrte pour les identifier correctement, a dit M. Alibi. 

« Ce n’était pas facile pour eux de rester aussi neutres que possible. [Mais] ils l’ont fait. » 

 

De nouveaux dirigeants 

Mais à Syrte, les tensions vont bien au-delà de l’aide humanitaire. 

La ville est contrôlée de l’extérieur par des brigades – des unités de rebelles qui assurent actuellement la sécurité en l’absence de services gouvernementaux – venues des villes révolutionnaires voisines, Benghazi et Misrata. M. Al-Shawif, comme beaucoup de membres du conseil militaire, est originaire de Syrte mais vivait à Misrata et fait partie d’une de ces brigades. 

Essentiellement « la population revient et est confrontée à un régime qui, pour elle, n’est pas représentatif, » a dit un travailleur humanitaire. « Cela va perturber les retours. » 


Photo: Heba Aly/IRIN
Une habitante de Syrte montre les dommages infligés à sa maison suite aux affrontements entre les partisans et les forces anti-Kadhafi

 

« Les gens n’acceptent pas nécessairement le nouveau pouvoir, le nouveau régime si facilement que ça, » a dit à IRIN Emmanuel Gignac, responsable de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Libye. « Il y a, probablement, au sein de la population, un sentiment d’amertume. Il faudra du temps. » 

Même quand elle est chez elle, Marwa baisse la voix quand elle parle de ses sympathies. Elle a peur de critiquer les nouveaux dirigeants, un assemblage de brigades rebelles qu’on voit passer dans des camions équipés de mitraillettes. 

« Nous sommes tous inquiets, » a t-elle dit. « Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve. Pour l’instant, nous allons nous contenter de remettre nos vies en ordre. » 

Une voisine a indiqué que les habitants et les rebelles qui gèrent désormais la ville n’avaient pas grand chose à voir les uns avec les autres. 

« Un jour, nous les chasserons d’ici ; » a t-elle déclaré. « c’est le territoire de Kadhafi, après tout. » 

Même si la plupart des armes dans le quartier ont été enlevées par les rebelles, a indiqué Marwa, certains habitants ont encore des armes à feu chez eux. 

Les membres des brigades continuent à emmener des gens qu’ils soupçonnent d’avoir combattu du côté de Kadhafi, a ajouté Marwa. Son oncle, professeur d’université venu du Royaume-Uni, qui selon elle était partisan de Kadhafi, mais pas un combattant, fait partie [des gens arrêtés]. 

En octobre, Human Rights Watch a révélé « l’exécution apparente » de 53 partisans de Kadhafi à Syrte, après avoir trouvé leurs corps - dont certains avaient les mains attachées derrière le dos - en état de décomposition, derrière un hôtel de la ville. 

M. Al-Shawif a reconnu que certaines des brigades de Misrata avaient commis des exactions, mais, a t-il dit, elles ont reçu l’ordre de quitter la ville maintenant que Syrte a sa propre structure politique et militaire. 

« Chaque personne originaire de la ville est libre de revenir, sauf ceux qui étaient les meneurs dans les affrontements, » a t-il ajouté. 

A la question de savoir comment ceux-ci seraient identifiés et si un système judiciaire était en place pour les juger, il a répondu : « Nous savons à qui nous avons à faire. » 

 

Mise en garde 

Après une visite inter-agences à Syrte et dans les environs en octobre, les Nations Unies ont sonné l’alarme : « Le risque est grand que la frustration et le ressentiment qui règnent chez les déplacés à long terme ne contribuent à l’instabilité. » 

Selon M. Gignac du HCR, la façon de traiter les gens qui ont soutenu Kadhafi va être un signal important dans les semaines et les mois à venir. « Si on ne peut pas les réintégrer dans le nouveau tissu social libyen, c’est que [la révolution] est un échec. » 


source http://www.irinnews.org

 

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Comité international de la Croix-Rouge (CICR)

 

Suivi de la situation des détenus

 

01-12-2011 Point sur les activités N° 16/2011

Ces dernières semaines, le CICR a continué de visiter des centaines de personnes détenues par les différentes autorités dans le pays et à enlever les munitions non explosées à Syrte et Bani Walid. Il a fourni une assistance urgente à 30 000 personnes qui rentraient au centre de Syrte.

« Au cours des dix derniers jours, nos délégués ont visité des personnes détenues dans des divers lieux, à Tripoli, Khoms, Tarhouna, Zawiyah, Zlitan, Misrata et Benghazi, et Zintan, dans les montagnes Nefusa au sud-ouest de Tripoli », a déclaré Georges Comninos , chef de la délégation du CICR en Libye.

La priorité du CICR est de visiter toutes les personnes détenues, y compris les anciens dirigeants. Ces visites ont pour but de vérifier les conditions de détention et le traitement qui est réservé aux détenus, et de leur fournir des soins médicaux en cas de besoin. Les détenus ont aussi la possibilité de contacter leurs familles.

Ces dernières semaines, des articles d'hygiène et des couvertures ont été distribués aux détenus qui en ont le plus besoin.

Les visites aux détenus se déroulent selon les modalités de travail habituelles du CICR. Les délégués du CICR visitent tous les locaux, s'entretiennent en privé avec les détenus de leur choix, répètent leurs visites et font part de leurs observations et recommandations exclusivement aux autorités compétentes. Le CICR estime que c'est la meilleure façon d'obtenir des résultats satisfaisants.

« Dans nos nombreux contacts avec les autorités détentrices, nous soulignons le caractère strictement humanitaire de notre travail », a précisé M. Comninos.

Depuis mars, le CICR a visité plus de 8 500 détenus dans quelque 60 lieux de détention. La plupart des visites ont eu lieu à Tripoli, à Misrata et d'autres villes proches.

 

Aide aux personnes rentrant à Syrte

«  Les habitants de Syrte commencent à regagner leurs maisons, sauf dans les zones les plus dévastées de la ville, notamment le quartier n° 2 et la zone n°700 où peu de maisons ont l’eau et l’électricité», a indiqué M. Comninos.

En collaboration avec les volontaires du Croissant-Rouge libyen, le CICR continue de fournir une assistance urgente à ceux qui retournent au centre de Syrte. À ce jour, plus de 30 000 personnes ont reçu des rations alimentaires et divers articles (couvertures, jerrycans et assortiments d’articles d'hygiène). De la nourriture pour bébés et des couches sont distribuées aux mères ayant des petits enfants.

Un point de distribution permanent a été mis en place à la section jeunesse du Croissant-Rouge libyen où les habitants viennent pour prendre les articles dont ils ont besoin.

 

Enlèvement de centaines d’engins non explosés

Des quartiers de Syrte et Bani Walid sont toujours dangereux en raison des nombreux engins non explosés qui s’y trouvent. Le nombre de ces engins serait considérable à Syrte.

« Les accidents se produisent généralement lors de la manipulation de ces engins, notamment par les enfants, et lorsque les habitants essayent de procéder eux-mêmes à leur enlèvement dans les différents quartiers, » a précisé Jennifer Reeves, déléguée du CICR. « Au cours des 20 derniers jours, ces incidents auraient provoqué dix morts dans la ville ou à proximité. La plupart des victimes ont entre 10 et 22 ans. Dans un village situé à la périphérie de Syrte, trois membres d’une même famille - un frère, une sœur et leur grand-mère - ont perdu la vie dans l’explosion d’un engin. »

« À Syrte, depuis le 15 novembre, notre personnel a procédé physiquement à l’enlèvement de ces engins (grenades, roquettes et mortiers) à l’hôpital Ibn Sina, dans les rues et les maisons », a-t-elle ajouté. « À ce jour, 240 engins non explosés, dont 70 pièces de munitions d'armes légères ont été enlevés. Nous envisageons de détruire les engins cette semaine. »

À Bani Walid, le CICR a enlevé plusieurs centaines d'engins non explosés depuis le 13 novembre. Quatre routes, 45 maisons, trois écoles et un terrain de football ont été dépollués dans des zones à forte population.

Le CICR assure la formation des volontaires du Croissant-Rouge libyen et autres volontaires dans les communautés afin de sensibiliser la population aux dangers inhérents à la manipulation des restes explosifs de guerre. Le CICR et le Croissant-Rouge libyen ont installé des panneaux d'affichage à Syrte et Bani Walid et distribué des affiches et des dépliants. Le 22 novembre, ils ont lancé une campagne radio de trois semaines avec cinq chaînes de radio. « La radio est un moyen efficace pour atteindre les habitants et les personnes déplacées, on peut l’écouter partout », a précisé Mme Reeves.

 

Assistance médicale pour les personnes à Ghat et dans d’autres villes dans le sud

Tout en évaluant la semaine dernière les besoins dans le sud du pays, le CICR a distribué 24 000 seringues à insuline et des fournitures chirurgicales pour traiter des patients blessés au centre médical de Sabha, et 26 000 seringues à insuline pour diabétiques à la clinique de Qurda. Il a aussi distribué trois trousses avec des assortiments de pansements et des fournitures en quantité suffisante pour traiter mille patients à une structure médicale à Qutroun et à une autre à Ghat.

Dans l’ensemble, le système de soins médicaux en Libye est de nouveau opérationnel. Toutefois, la distribution d'articles médicaux à certaines installations situées loin de la capitale n'est pas encore revenue à la normale.

Le CICR est la première organisation internationale humanitaire à s’être rendue à Ghat, ville située à la frontière avec l'Algérie, depuis le début du conflit.

 

Informations complémentaires :
Soumaya Beltifa, CICR Tripoli/Benghazi, tél. : +88 16 22 43 70 61 ou +218 9 923 304 560

Steven Anderson, CICR Genève, tél. : +41 22 730 20 11 ou +41 79 536 92 50

source http://www.cicr.org/

 

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