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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 05:29

« Il est plus facile de libérer une nation du despotisme direct que du despotisme indirect ; elle voit le premier, et elle souffre du second sans le savoir, souvent même en regardant ceux qui l'exercent comme ses protecteurs.  » Condorcet

 

Ca y est. Ils ont réussit la plupart de leurs manœuvres. Ils sont plus que jamais proches de leur but. Et nous, en tant que peuple tunisien, ne sommes pas loin d’avoir perdu notre guerre pour la liberté.

 

Ils cherchaient depuis quelques temps déjà un moyen pour se débarrasser de la belle-famille. Ils avaient bien entendu un plan, pour après sa mort, mais nous leur avons donné l’occasion parfaite. Et ils ont su la saisir. Car, cela ne sera jamais assez répété, ils veulent garder le pouvoir à tous prix.

 

« Ils » ? L’appareil d’État. Les hauts fonctionnaires corrompus, non par l’argent, mais par le pouvoir absolu. Tous les dirigeants du RCD, tous les grands et petits chefs parvenus à un degrés quelconque de supériorité hiérarchique et qui ont connu l’ivresse du pouvoir. Cette ivresse maudite qui cause réellement la perte de l’homme. Dans ce tas là sont bien évidemment inclus toute les directions des structures qui pendant plus de vingt-trois ans ont été acceptées, légalisées et financées par le RCD, l’UGTT en tête de liste.

 

Contre eux, nous n’avions pas une chance. Explications :

 

L’Acte I de leur stratégie était de profiter de la révolte généralisée pour se débarrasser du moribond et de sa belle famille. Lui, il avait servi de portrait assez longtemps pour que nous soyons persuadés qu’il était le seul responsable réel de la dictature et de ses méfaits. Eux, ils avaient focalisés l’attention assez grossièrement pour que le ressentiment général se porte sur eux et qu’ils puissent être accusé de tous les abus.

 

C’est pourquoi tous cela s’est passé tellement rapidement. C’est pourquoi l’on a cru que l’armée s’était rangée du côté du peuple, c’est pourquoi le moribond imbécile ne cessait de répéter qu’ils l’avaient trompé… ils l’avaient bel et bien trompé et éjecté.

 

C’est pourquoi, aussi, il n’y a guère eu de zèle à arrêter les membres de la belle famille. À part ceux qui se sont jeté sur les avions avec des devises, les autres n’ont pas été inquiétés, ne le sont toujours pas, et ne risquent pas de l’être. Pour ceux qui souhaitaient récupérer le pouvoir en se débarrassant de ses excroissances gênantes, il ne s’agissait que de faire passer un message : ne vous approchez plus du pouvoir et de son fonctionnement.

 

L’Acte II quant à lui aura été agité, tumultueux et, finalement, assez bref. Cette étape stratégique avait pour but de rétablir la division au sein du peuple tunisien. Son analyse a déjà été faite (cf note Leçon de Stratégie élémentaire). Du moins jusqu’à un certain point. L’objectif manifeste était de rétablir toutes les divisions réelles qu’un peuple en situation de vie normale peut connaître. Et cela afin de permettre un retour à la vie normale, au moins dans l’esprit des gens. Cela a failli échouer lorsqu’après la nomination du nouveau gouvernement transitoire la caravane de la liberté et de la dignité a continué à exiger le départ immédiat de M. Gannouchi.

 

À ce moment là l’Histoire aurait pu basculer à tout jamais. Et ILS le savaient très bien, et c’est pourquoi cet épisode s’est achevé de la façon dont il s’est achevé. Quelqu’aient pu être les explications vaseuses avancées par notre nouvel icône du ministère de l’intérieur… la caravane de la liberté et de la dignité était la seule manifestation visible de nous en tant que peuple tunisien. Et elle aurait pu devenir la torche de la liberté et de la dignité. Et, croyez le bien, ils auraient préféré les tuer que de laisser faire cela. L’arrivée de R. El Gannouchi a achevé cette étape et l’on peut dire que, depuis, le peuple n’existe plus, à nouveau.

 

L’Acte III de leur stratégie est en cours. Il est bien avancé et quiconque a quelques connaissances historiques et politiques peut voir assez clair dans leurs manœuvres. Maintenant que le peuple a été à nouveau divisé, rien n’est plus simple que de se remettre à agiter les craintes qui ont fait tenir le pays pendant plus de cinquante ans.

 

L’objectif principal était d’arriver à maintenir au pouvoir les éminences grises du RCD, cela a été fait. Ils se sont même refaits une nouvelle virginité. Ils ont presque atteint complètement leur but qui était de récupérer le pouvoir, en s’adjoignant, en prime, des têtes d’affiches toutes neuves et toutes jolies. Ils vont maintenant, à l’instar de Kamel Morjane, se faire oublier, puis se réintroduire dans le nouveau paysage politique qui est en train de se constituer et réussir, par l’usage de l’argent détourné depuis tout ce temps et les réseaux qu’ils possèdent, à se partager le pouvoir d’une façon acceptable.

 

Quant à ce gouvernement que l’on nous a vendu comme « de transition », il est bel et bien un cheval de Troie qui a autant de visibilité, de représentativité et d’efficacité que les gouvernements de ces vingt dernières années. Sans revenir sur le terme « de transition » qui renvoi au concept très critiqué en science politique de la « transitologie », ce gouvernement est constitué d’individus dont l’origine politique importe moins que l’idéologie économique. Or aujourd’hui la Tunisie a besoin en priorité d’un projet politique, et non d’une restructuration économique qui va continuer de creuser un écart dans la population tunisienne en plus de ne pas proposer d’indépendance économique.

 

L’UGTT continue de servir de vecteur de désunion entre les tunisiens, usant du prétexte révolutionnaire complètement légitime comme d’une arme de la contre révolution, cette structure qui n’a toujours pas fait le ménage en son sein, manipule les mouvements des travailleurs tunisiens afin de servir les intérêts de ceux qui souhaitent en finir au plus vite avec les aspirations à la liberté et à la dignité. Est-ce que la base de ce syndicat est aussi pourrie que l’était la base du RCD ? Sinon pourquoi ne pas nettoyer le syndicat avant de vouloir nettoyer les entreprises tunisiennes ?

 

Tant que nous sommes dans la sphère économique, un petit message à tous ceux là qui enjoignent les tunisiens à travailler sous le fallacieux prétexte que leur revendication expose la Tunisie à la faillite économique : faisons une petite digression sur la dette publique tunisienne. Elle était évaluée en 2009 à 15 milliards de Dollars US. L’estimation de la somme détournée par les anciens voleurs de la république tourne autours de 10 milliards de Dollars US (35% du PIB !). Faut-il être titulaire d’une chaire en économie pour se dire qu’il y aurait là, si des procédures sérieuses étaient engagées pour récupérer cette somme (ce qui n’est pas le cas) de quoi donner à la Tunisie et au peuple tunisien de quoi décider lui même de son avenir ? de se libérer non seulement politiquement mais également économiquement ?  Faut-il d’ailleurs être naïf pour ne pas comprendre tout à la seule évocation du fait que rien n’est fait pour récupérer cette somme dans sa totalité ?

 

Reste à analyser la question des 5000 immigrés clandestins. Nul besoin de préciser que l’arrivée de 5000 personnes à Lampedusa en un week-end est pour le moins étrange. On peut dire que les passeurs ont fait des heures supplémentaires ce week-end là. De là à parler de voyage organisé. Mais le faut-il vraiment ? n’est ce pas évident qu’il s’agit, là encore, d’un stratagème destiné à renforcer la nécessité du gouvernement « de transition » ? Cette fois le public est la communauté internationale qui jusque là semblait plus proche du peuple tunisien que de M. Gannouchi et de son gouvernement. Avec cet envoi massif de jeunes pauvres il apparaît tout à coup pour l’Europe que cette révolution est en fait un danger. Qu’il est nécessaire que les choses rentrent dans l’ordre rapidement.

 

Notre situation, vous le voyez, vous le sentez, n’incite pas à l’optimisme. Et effectivement il n’y a guère lieu d’être optimiste. Car le piège s’est refermé sur nous. Il y a un mois encore nous étions prêt à tout et aujourd’hui… aujourd’hui nous avons peur, nous sommes seuls, isolés et nous rejetons la faute sur notre voisin.

 

Mais la faute n’est qu’en un seul endroit, le premier ministère.

 

Shiran Ben Abderrazak

Paris le 15/02 2011

 

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