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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 08:08

 

 

En Syrie, un génocide à huis clos

 

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Généralités 

Avec beaucoup de ténacité, une soixantaine de pays occidentaux et d’autres arabes se réunirent à Tunis – devenu La Mecque des révolutionnaires printaniers – pour une conférence internationale sur la Syrie ; et cela dans le but d’exprimer, au peuple syrien égorgé par le « Vampire de Damas », leur amitié chaleureuse ainsi que leurs sentiments les plus distingués.

Parmi ces conférenciers audacieux, nous distinguâmes les fantômes des grands orateurs de la première Révolution française, incarnés en personnages de défendeurs de l’humanité et des droits de la personne les plus célèbres, tels que le ministre saoudite des Affaires étrangères, Faysal – une figure remarquable dans le domaine de la lutte des droits de femmes, ami de Vergniaud– ; le ministre tunisien des Affaires étrangères, Abdul Salam – un révolutionnaire printanier distingué, ami de Danton – ; le premier ministre qatari, Hamad – un despote immanquablement « éclairé », parrain du feuilleton « Le printemps aux pays des Arabes », « un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres»[1] – ; la secrétaire d’État de l’Empire étatsunien, Clinton – oratrice connue pour sa défense des droits de l’homme arabe, surtout au Bahreïn, au Yémen, en Libye et en Palestine, amie de Robespierre – ; sans oublier, certainement, le président du « Conseil national syrien », monsieur Burhan Ghalioun – un jacobin stagiaire, postmoderne et burlesque à la fois, qui se fut précipité au théâtre de la Sainte-Révolution syrienne[2] en hurlant « Liberté, Égalité, Fraternité », ami de Desmoulins.  

 

Summum de la campagne politique contre la Syrie


C'est encore une chose devenue universellement connue, qu’après divers échecs, les impliqués dans la conjuration contre la Syrie, à leur tête les émirs et sultans de la péninsule Arabique, qui, dépourvus de toute qualité leur permettant de s’élever au rang des Archanges gardiens des droits de l’homme, cherchent à se rassembler sur la scène internationale, la voix et le poing levés,  pour proférer de nouvelles menaces au président syrien, Bashar al-Assad, et pour lui promettre de nouvelles séries de sanctions et de pressions pour qu’il leur cède la Syrie.

Pourtant, avant de se laisser prendre par la « danse avec les loups»[3] et les injures du Capitaine Haddock[4], observons, le trajet qu’avait pris la campagne arabo-atlantique aux niveaux politique, diplomatique et militaire, depuis le 4 octobre 2011, date du premier projet de résolution du Conseil de sécurité sur la Syrie.  

Au préalable, la campagne politique contre la Syrie a atteint son « pinacle », le deuxième jour du mois d’octobre, date de la naissance du misérable « Conseil national syrien » et de l’élection de son président, monsieur Burhan Ghalioun. Nous nous rappelons bien de ce jour auguste où monsieur Ghalioun s’est précipité sur la scène des événements historiques s’habillant en Camille Desmoulins[5], levant par sa main droite le « Manifeste printanier » du CNS, qui n’était, en effet, qu’un amalgame d’idées mariant les déclarations des philosophes des Lumières avec celles des « Frères musulmans ». Cependant, au lendemain de ce jour grandiose, la foule opposante – s’agglomérant sous la bannière du CNS – se réveilla très tôt le matin, pour réaliser que tout ce bruit qu’elle eut fait la veille, restait sans horizon politique aucun. Dépourvue de tout agenda précis, autre que les injures et les cris de guerre, la foule opposante se trouvait de nouveau au point de départ, incapable de faire un pas en avant, lui permettant de pousser plus loin avec des pressions politiques contre la Syrie. Par contre, pour ne pas laisser la foule perdue dans son labyrinthe, deux jours plus tard, le 4 octobre, la Sainte-Alliance arabo-atlantique chevaucha au secours du CNS et présenta un projet de résolution au Conseil de sécurité, incriminant le président syrien et ouvrant la porte à une intervention militaire en Syrie. Heureusement, ce projet fut arrêté par l’opposition du double veto chinois et russe, qui tomba comme une bourrasque sur la tête de la Sainte-Alliance. Pour le ministre français des Affaires étrangères, M. Alain Juppé, l’échec du Conseil à adopter une résolution condamnant Damas était « un triste jour pour le peuple syrien » et « pour le Conseil de sécurité »[6]. Dénuées de toute modestie, Paris comme Washington promirent  de continuer à « soutenir » « les aspirations à la liberté et la démocratie du peuple syrien »[7]. M. Juppé assura que « la lutte des démocrates syriens pour la liberté est un juste combat », et que la France continuerait à le soutenir fermement « avec tous les pays qui le souhaitent »[8]. La France eut salué, quelques jours auparavant, la formation du « Conseil national syrien », et appelé le président Bachar al-Assad à quitter le pouvoir.

« En prison, jusqu’au jour où la loi et le cours régulier des sessions de justice t’appelleront à répondre ! », hurla Brabantio à Othello[9].  

 

Trajet descendant de la conjuration arabo-atlantique contre la Syrie


Après ce premier échec de la diplomatie arabo-atlantique, la Ligue arabe, dont le rôle et le poids furent réduits à un simple conseil Loya Jirga rassemblant les émirs et sultans du « Conseil de coopération du Golfe » (CCG), réussit, le 19 décembre, à pousser le régime syrien à signer un nouveau protocole de cesser le feu, de retirer l’armée des villes et de faciliter un déploiement d’observateurs arabes dans les zones de troubles[10].  

Cette victoire « blitzkrieg » de la Ligue arabe n’était, en vérité, qu’une impression fautive du déroulement de la campagne contre la Syrie ; car le transfert du dossier syrien à la Ligue était, en effet, le résultat de l’échec diplomatique au sein du Conseil de sécurité. Il n’est plus secret que le dossier syrien fut transféré d’une organisation internationale – le Conseil de sécurité – à une organisation régionale déchirée par des conflits d'émirs et de sultans – la Ligue arabe.

Par ailleurs, la campagne militaire s’accélérait et commença à dessiner un trajet ascendant, parallèle au trajet descendant qu’avait suivi la campagne diplomatique contre la Syrie depuis le premier échec. Le 23 décembre 2011, des installations des services de sécurité syriens à Damas furent la cible de deux attaques terroristes. Quarante-quatre personnes furent tuées et 166 autres blessées. « La main d'Al-Qaïda était derrière » ces attentats, selon un communiqué du ministère de l'intérieur[11]. Deux semaines plus tard, le 6 janvier, Damas fut de nouveau la cible d’un attentat suicide faisant 26 morts et 63 blessés.

La capitale des Omeyyades ne tarda pas à formuler sa réplique à l’ingérence des émirs et sultans de la péninsule Arabique. Ainsi, dans un discours prononcé le 10 janvier à l’amphithéâtre de l’université de Damas, le président syrien déclara le commencement d’une contre-offensive : « Nous avions fait preuve de patience et d'endurance dans un combat sans précédent dans l'historie moderne de la Syrie et ceci nous a rendu plus solide, et bien que ce combat porte de grands risques et des défis fatidiques, la victoire est à deux doigts tant que nous nous maintenons capables de résister, d'exploiter nos points forts qui sont nombreux, et de savoir les points faibles de nos adversaires, qui sont plus nombreux », déclara-t-il[12].

À côté de ces attaques terroristes contre les civils et les édifices gouvernementaux, les groupes wahabites armés et les milices de la soi-disant « Armée syrienne libre », appuyés par des milliers de mercenaires arabes et atlantiques[13], prirent contrôle de la ville de Homs et la transformèrent en un bastion de rebelles wahabites. En plus, la ville d’Idlib au Nord et le Rif de Damas tombèrent aussi sous la main des groupes armés.

De surcroît, l’aggravation militaire sur le terrain fut accompagnée par une nouvelle tentative de la part de la Sainte-Alliance arabo-atlantique à faire passer, le 4 janvier, un nouveau projet de résolution au Conseil de sécurité. Le projet fut de nouveau opposé par un double veto sino-russe. Suite à ce nouvel échec, une pluie de colère frappa les capitales occidentales ainsi que la péninsule Arabique dont le climat était d'une nature désertique. Partout aux quatre coins du monde, nous entendions les dirigeants et les responsables de la Sainte-Alliance proférer des menaces et des injures. Jamais dans l’histoire de la pratique diplomatique, l’échange verbal sur la scène internationale n’a atteint un niveau aussi avancé de prosaïsme et de vulgarité. L’ambassadrice étatsunienne au sein du Conseil de sécurité, Susan Rice, se sentit « dégoutée » de la position russe et chinoise[14] ; de son côté, le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, décrit la Russie et la Chine comme des pays qui « méritent des coups de pied au cul »[15]. Plus loin vers l’Orient, les émirs et sultans arabes ainsi que les califes ottomans se réveillèrent brusquement d’un long sommeil « centenaire », pour réaliser la nécessité de réformer le droit au veto au sein du Conseil de sécurité. Tragiquement, deux cents vetos étatsuniens opposés aux projets de résolutions visant la protection du peuple palestinien de l’atrocité de la soldatesque israélienne ne suffisaient pas pour que les crocodiles turcs et arabes versassent leurs larmes sur le Prométhée palestinien enchaîné[16].

Mensonges, vulgarité, prosaïsme, injures, menaces, larmes de crocodile, telle fut la réplique arabo-atlantique  au deuxième veto chinois et russe. Pourtant, la Syrie gagna de nouveau la bataille au Conseil de sécurité.

« Vieillesse ennemie n'avons-nous tant vécu, misérables vieillards, que pour apprendre cette catastrophe inattendue ! »[17].

 

Précipitation à l’Assemblée générale


Douze jours après l’opposition par la Russie et la Chine, le 16 février, le groupe arabe à l’Assemblée générale de l'ONU présenta au vote un texte de résolution condamnant la Syrie. L’Assemblée l’adopta à une écrasante majorité, malgré l'opposition de Moscou et de Pékin. Partout sur la scène internationale, les « révolutionnaires printaniers » ainsi que leurs parrains arabo-atlantiques applaudissaient la « victoire décisive » contre le « Vampire de Damas ». Sans reprendre son souffle, la machine médiatique de la Sainte-Alliance parlait de la chute inévitable du président syrien et prévoyait la nouvelle ère de l’après-Assad. La résolution exigea du gouvernement syrien qu'il mît fin « à ses attaques contre sa population civile »[18], et qu’il soutînt les efforts de la Ligue arabe « pour assurer une transition démocratique »[19] du pouvoir.

Pourtant, cette « victoire » restait illusoire, car la résolution n’avait qu’une portée essentiellement symbolique. Le groupe arabe le savait bien, surtout que les tiroirs de l’Assemblée générale sont pleins, jusqu’à présent, de textes pareils dénonçant l’atrocité israélienne contre le peuple palestinien, depuis 1947.   

En effet, l’utilité d’une telle résolution – s’il y en avait une – se présentait dans le besoin de donner une certaine « dose morale » aux groupes armés, qui perdaient de terrains dans des combats féroces avec l’armée syrienne à Homs, à Idlib et au Rif de Damas.  

 

Conférence d’« amis » à Tunis : Fin de partie


C’est d’abord un fait assez constant qu’après le double veto sino-russe au projet de la résolution du Conseil de sécurité sur la Syrie, l’indignation arabe et occidentale, s’étant dirigée contre Moscou et Pékin, ne reconnut que le « Conseil national syrien » comme seul représentant légitime du peuple syrien ; soit que ces orateurs « sanctifiés » de tout péché se moquassent de l’Histoire humaine, soit que cette Histoire ne fût, en vérité, qu’une scène de théâtre sur laquelle se jouaient les grandes farces de l’humanité.

Ainsi se réunirent les révolutionnaires printaniers et leurs parrains arabo-atlantiques, « amis de la Syrie », dans une salle de conférence à Tunis, le 24 février.

Dans la déclaration finale, les conférenciers appelèrent la Syrie à « cesser immédiatement toute forme de violence »[20] et s’engagèrent à prendre « des mesures pour appliquer et renforcer les sanctions sur le régime »[21]. Le groupe d’« amis » réaffirma aussi « son attachement à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie » et souligna la nécessité d’une « solution politique »[22] à la crise.

La moindre chose à dire de ces « réaffirmations » et ces « soulignements » qu’ils sont ridicules, burlesques et carnavalesques. Les peuples de la région le savent bien. En effet, pendant quinze ans de guerre civile atroce qui détruisit leur pays entre 1975 – 1990, les Libanais ne recevaient des émirs et sultans de la péninsule Arabique que des appels à cesser le feu, des « réaffirmations » de la souveraineté du Liban et des « soulignements » d’une solution politique. Pourtant, plus de cent mille personnes furent tués ; et le Liban fut déchiré en mille cantons et quelques. Parallèlement au supplice du peuple libanais, « Les Mille et une résolutions » de la Ligue arabe sur la Palestine n’ont pu ni arrêter l’atrocité de la soldatesque israélienne ni mettre fin au calvaire du peuple palestinien.

À plus forte raison, que ce soit l’accès libre des agences humanitaires, la reconnaissance du CNS comme représentant légitime du peuple syrien, ou la création d’une force arabe ; aucun appel de la conférence de Tunis ne laisse d’impact sur le terrain ; pour la simple raison qu’ils ne peuvent être réalisés sans la présence d’une des deux conditions suivantes : l’agrément du régime syrien – ce qui n’est point le cas – sinon l’invasion de la Syrie par les forces de la Sainte-Alliance – ce qui semble encore plus ridicule, vu le rapport de force établi dans la région entre « le camps de résistance » (l’Iran, la Syrie, le Liban) et l’Empire depuis la défaite de l’armée israélienne à la guerre de juillet 2006. En plus, les récentes victoires militaires qu’a menées l’armée syrienne sur les groupes armés laissent les deux options hors du jeu.

Dans ce sens, les effets d’une telle déclaration sur l’intérieur syrien reste sans efficacité aucune, mais d’une grande valeur d’échange dans le souk international d’accusations et d’injures contre le régime syrien.

Il en reste à dire qu’en manque d’une sortie « apothéose » de l’impasse politique et diplomatique où se furent mis, les conférenciers de Tunis, ne trouvant que la reconnaissance du CNS comme un « représentant légitime » du peuple syrien, annoncèrent aux spectateurs la fin de partie au Proche-Orient[23]. 

« Pas d’autre cause, pas d’autre cause, mon âme ! »[24].

Pour communiquer avec l’auteure : http://bofdakroub.blogspot.com/

 

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Notes

[1] « Candide » de Voltaire, chapitre I.

[2] http://www.legrandsoir.info/le-11-vendemiaire-de-la-sainte-revolution-syrienne-ou-l-echec-du-conseil-national-syrien.html

[3] « Danse avec les loups » (Dances with Wolves) est un film américain réalisé par Kevin Costner en 1990.

[4] Archibald Haddock est un capitaine de fiction et l'un des personnages principaux de la série de bande dessinée « Les Aventures de Tintin », créée par Hergé.

[5] http://www.legrandsoir.info/le-11-vendemiaire-de-la-sainte-revolution-syrienne-ou-l-echec-du-conseil-national-syrien.html

[6] http://www.lepoint.fr/societe/veto-sino-russe-triste-jour-pour-les-syriens-et-le-conseil-de-securite-juppe-05-10-2011-1380910_23.php

[7] http://www.lepoint.fr/societe/veto-sino-russe-triste-jour-pour-les-syriens-et-le-conseil-de-securite-juppe-05-10-2011-1380910_23.php

[8] http://www.lepoint.fr/societe/veto-sino-russe-triste-jour-pour-les-syriens-et-le-conseil-de-securite-juppe-05-10-2011-1380910_23.php

[9] dans “Othello” de Shakespeare.

[10] http://www.lepoint.fr/monde/syrie-les-monarchies-du-golfe-exigent-l-arret-immediat-de-la-repression-20-12-2011-1410544_24.php

[11] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/12/23/attentats-contre-les-services-de-securite-a-damas-selon-la-television-syrienne_1622169_3218.html

[12] http://www.sana.sy/fra/51/2012/01/10/pr-393414.htm

[13] http://rt.com/news/britain-qatar-troops-syria-893/

[14] http://www.lepoint.fr/monde/pluie-de-critiques-apres-le-double-veto-a-l-onu-sur-la-syrie-05-02-2012-1427667_24.php 

[15] http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29208 

[16] Dans la mythologie grecque, Prométhée est un Titan. Il est connu pour son intervention dans plusieurs mythes anthropogéniques : création des hommes à partir d'argile et d'eau et vol du « savoir divin » (le feu sacré de l’Olympe) pour l’offrir aux humains. Courroucé par ses excès, Zeus, le roi des dieux, le condamne à finir enchaîné et torturé sur le Mont Caucase. Il lui inflige aussi un supplice. Héphaïstos l’enchaîne nu à un rocher dans les montagnes du Caucase, où un aigle vient lui dévorer le foie chaque jour. Sa souffrance devient ainsi infinie, car chaque nuit son foie repoussait.

[17] Dans « Perses » d’Eschyle.

[18] http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/342895/syrie-l-assemblee-generale-de-l-onu-condamne-massivement-la-repression

[19] http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/342895/syrie-l-assemblee-generale-de-l-onu-condamne-massivement-la-repression

[20] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/24/les-amis-de-la-syrie-veulent-relance-du-calendrier-diplomatique_1647859_3218.html

[21] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/24/les-amis-de-la-syrie-veulent-relance-du-calendrier-diplomatique_1647859_3218.html

[22] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/24/les-amis-de-la-syrie-veulent-relance-du-calendrier-diplomatique_1647859_3218.html

[23] http://www.voltairenet.org/Fin-de-partie-au-Proche-Orient

[24] Dans "Othello" de Shakespeare. 

 

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivaine et chercheure, membre du « Groupe de recherche et d'études sur les littératures et cultures de l'espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est l’auteur de « L’Orient d’Amin Maalouf, Écriture et construction identitaire dans les romans historiques d’Amin Maalouf » (2011). Fida Dakroub est un collaborateur régulier du « Centre de recherche sur la mondialisation ».

source mondialisation

 

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En Syrie, un génocide à huis clos

 

 

Pour l'écrivain Abdelhak Serhane«l’emploi de la force est la seule réponse possible de la part d’une communauté internationale qui s’agite avec de bonnes intentions, des paroles de compassion creuses pour un peuple pacifique qui se fait massacrer au nom de la liberté et de la démocratie par une armée de métier».

 

«L’histoire n’avait-elle pas toujours été un maçon inhumain et sans scrupules, faisant son mortier d’un mélange de mensonge, de sang et de boue.» A. Koestler


«Il y a deux histoires. L’histoire officielle, mensongère, qui nous est enseignée et l’histoire secrète où se trouvent les vraies causes des événements, une histoire honteuse.» H. de Balzac


Déjà près de 7 000 morts, sinon plus… Et le regard ahuri du monde face au carnage et aux décombres. Et dire que «les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient irremplaçables!»

Bachar al-Assad est en train de détruire un pays qui ne lui appartient pas et massacre un  peuple qui ne veut plus de lui. Hommes, femmes et enfants descendent dans la rue, de jour comme de nuit, pour sommer le Monstre froid de dégager. L’armée, c’est-à-dire les enfants issus du même peuple, avance avec ses blindés sur les cadavres et tire à boulets rouges sur les pierres, les morts, les vivants et les déserteurs. Répression aveugle, meurtre à grande échelle, arrestations massives, torture systématique même sur les mineurs, disparitions, exécutions sommaires…

Cette main armée du président se perd chaque jour dans la dégradation de l’éthique du devoir guerrier, s’abaissant à ce niveau de cruauté irrationnelle et lâche qui transforme le soldat en criminel de guerre. L’abime de la barbarie immorale et de l’indignité, dans lequel plongent chaque jour un peu plus les assassins en treillis de Bachar, montre combien il s’agit là d’une armée de vils mercenaires sans réelle déontologie militaire et dont la veulerie consiste à tirer à bout portant sur des civils innocents au lieu d’affronter l’ennemi authentique, l’ennemi réel, l’ennemi commun.

Et pour quelle raison cette armée de fous assassine de sang froid des jeunes désarmés, des femmes, des vieillards et des enfants? Ils ont osé revendiquer la liberté et la démocratie! Ils ont eu l’audace d’affronter le chef de l’Etat et de lui direirhal! Dégage! Grâce au Printemps arabe, les serfs rêvent enfin de liberté face à des maîtres qui se croyaient incontestés et tout puissants! Or, nos chefs d’Etat arabes ignorent ce que signifie le mot démocratie. Face au cri libérateur de la masse ils répondent par l’unique langage qu’ils ont appris, la répression, installés comme ils le sont dans un rapport de force et de domination avec leurs peuples.

Grandis dans le giron d’autocrates avérés, nourris au sein de la tyrannie, ils deviennent tout naturellement des monstres d’égotisme et des despotes insensibles, totalement coupés du quotidien concret des gens ordinaires. Elevés dans le culte de la personnalité et de la possession, ils sont comme ces enfants blasés et narcissiques qui refusent de partager leurs jouets avec leurs camarades. Nos tyrans ne veulent rien céder des pouvoirs qu’ils ont hérités de Papa et pensent pouvoir continuer à sévir en toute impunité.

Adorateurs du pouvoir absolu, ils s’accrochent à leur gouvernail vermoulu à coups de despotisme, de manipulation, de répression, de corruption à grande échelle, d’arrestations massives et abusives, de procès montés de toutes pièces et de violences. A force d’obséquiosité réitérée matin et soir à leur égard, les vils courtisans qui les entourent les transforment en gourous, évoluant dans un monde en dehors du monde réel, hors du temps commun, vivant en sectes comme des insectes et s’agitent autour d’une flammèche qui risque, à tout moment, de leur griller la cervelle.

La génération Internet, jeune et moderne, fait face au péril de la rue avec la même férocité que ses Ancêtres. Ils sont prêts à risquer leur vie pour préserver leur absolutisme, barbotant jusqu’au cou dans le sang de leurs crimes. Le père Hafez al-Assad a fait entre 10 000 et 20 000 morts en 1982 pour mater l’insurrection des frères musulmans à Hama dans une indifférence quasi générale. Sans état d’âme, il a liquidé tous ses opposants et fait assassiner ses adversaires, même ceux en exil. Bilan de ses boucheries inconnu avec précision jusqu'à nos jours. Soutenu par Pékin et Moscou, le fils Bachar est en train de faire pire que papa. Son noir palmarès compte pas moins d’une vingtaine ou trentaine de victimes par jour. Et le massacre continue, systématique, pervers, sauvage. Les images qui nous parviennent de Syrie sont intolérables; nouveau-nés éventrés, enfants massacrés à coups de crosse, adultes ou mineurs torturés jusqu'à la mort, jeunes hommes abattus à bout portant, femmes violées, bâtiments éventrés à coups de canons… à l’heure où la communauté internationale comptabilise le nombre de morts, sème des protestations verbales à tout vent et se cache derrière le veto russe et chinois pour se laver les mains de ce génocide à huis clos.

Comment le Conseil de sécurité de l’ONU peut-il négocier la vie de milliers d’innocents arabes avec des dictatures qui ont le sang des Tchétchènes et des Tibétains sur les mains? La Chine et la Russie sont membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU qui respecte l’exigence du vote démocratique. En dehors de leur propre peuple, qui oserait imposer la démocratie à la Chine ou à la Russie comme on a prétendu le faire pour les Irakiens et les Afghans? Quel crédit donner à ce Conseil qui compte en son sein des pays mafieux, des pays voyous, des pays de non droit qui pèsent négativement de tout le poids de leur veto sur des résolutions qui cherchent à sauver des vies, à défendre la dignité des peuples et leur liberté, bloquant ainsi toute action de nature à mettre fin à la folie meurtrière de certains chefs d’Etat? Et que dire des nombreuses résolutions de ce même Conseil jamais respectées par l’Etat hébreu depuis la résolution 181 du 29 novembre 1947? Face aux blindés du président syrien qui pilonnent sans relâche Homs, Bab Amro, Al Waer, Hama, Dei ez-Zohr, Deraa, Idlib, Zabadani… la diplomatie piétine, reste impuissante, sans effet sur la détermination de l’homme résolu à exterminer son peuple au vu et au su du monde entier. Face à sa guerre globale, l’emploi de la force est la seule réponse possible de la part d’une communauté internationale qui s’agite avec de bonnes intentions, des paroles de compassion creuses pour un peuple pacifique qui se fait massacrer au nom de la liberté et de la démocratie par une armée de métier.

Incapables de faire pression sur le régime syrien, les pays membres de la Ligue arabe tergiversent, font des déclarations fracassantes, prennent des positions courageuses face au régime de Bachar al-Assad. Ils ont envoyé une mission des observateurs à Damas qui s’est soldée par un flagrant fiasco et la démission de son chef, le très controversé Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi. Par ailleurs, la Ligue a appelé à«rompre toutes les formes de coopération diplomatiques avec les représentants du régime de Damas dans les Etats, les instances et les conférences». Elle a également salué la Tunisie favorable à l’organisation de la «conférence des amis de la Syrie» le 24 février à Tunis… Le ton de la Ligue arabe monte d’un cran chaque jour. Jusqu’où? Au lieu d’envoyer une armée de coalition pour aider les rebelles à mettre fin à l’hystérie de cet homme, les Arabes bavardent et leurs fumeuses ordonnances n’ont aucun résultat concret sur le terrain. Ils attendent toujours que l’Occident prenne l’initiative et envoie ses armées au secours des victimes de la répression comme en Lybie.

Les chefs d’Etat arabes ont perdu leur présumée virilité guerrière après la guerre des six jours. Levi Eshkol et Moshe Dayan se sont chargés d’enterrer le reste de leur volonté dans le désert du Sinaï. Après le désastre de juin 1967, on a assisté à une dégradation des principes de moralité chez les dirigeants arabes qui n’ont plus relevé la tête ni même essayé de récupérer la vieille ville de Jérusalem, la cité des trois religions, malgré les innombrables sommets islamiques où ils se retrouvaient comme dans un club VIP, dilapidant des sommes folles en vacuité et prenant des résolutions courageuses pour libérer Al Qods charif. Depuis le temps, ils ont soliloqué sans jamais pouvoir effectuer une seule génuflexion à Jérusalem comme ils l’ont souvent promis. En fait, depuis 1967 ils ont troqué le code d’honneur arabe contre le masque du déshonneur, ont tourné le dos au bien-être collectif pour se consacrer à ce qu’ils savent mieux faire; corruption, détournement et lapidation des richesses des pays qu’ils gouvernent, vie de débauche, édification de fortunes colossales sur la pauvreté des peuples qu’ils manipulent et maintiennent sous le joug de leur tyrannie…, ne devant la longévité de leur règne qu’à la complicité, au silence coupable des puissances occidentales dont ils défendent les intérêts, exécutent sans rechigner les aménagements et les décisions même quand ils vont à l’encontre de l’intérêt général de leurs pays respectifs.

Le mépris et la haine nourris par les chefs d’Etat arabes à l’encontre de leurs propres communautés les transforment en bourreaux sans cœur, sévissant contre elles à la moindre protestation, leur déniant le droit à la liberté, considérant qu’elles ne sont pas mûres pour vivre en démocratie. Pour continuer à dominer sans partage, Ils ont falsifié l’Histoire, infantilisé leurs peuples qu’ils ont réduit à l’esclavage, tirant vers le bas ce qu’il y a de meilleur en eux, transformant les bassesses égoïstes en valeurs de succès et leurs échecs en victoires. Ibn Khaldoun disait: «Tout ce qui est arabe est voué à la ruine.» L’aveuglement de Bachar al-Assad est en train de mener son pays à la ruine, comme Saddam Hussein l’a fait pour l’Irak. Ben Ali, Moubarak, Ali Abdallah Saleh et Kadhafi n’ont lâché le pouvoir qu’une fois le carnage consommé.

A chaque crise, il a fallu que les Etats-Unis interviennent pour que cessent les expéditions meurtrières. Tant que les Américains n’ont pas pris une décision ferme contre le président syrien, les dirigeants arabes continueront longtemps leur palabre pléthorique et vain. Avec leur nombre et leurs pétrodollars, ils n’ont jamais été capables d’infléchir, un tant soit peu, la politique répressive d’Israël vis-à-vis des Palestiniens. Depuis la guerre des Six jours, ils n’ont plus jamais été à la hauteur des grands ni même des petits défis de l’Histoire. Qu’ils économisent leur salive, personne ne les croit en mesure de prendre un quelconque engagement décisif et collectif contre l’un des leurs dont ils sont les sosies. Ils doivent tous dégager pour que les peuples arabes retrouvent la dignité que ces dirigeants de désastre leur ont confisquée depuis les indépendances! Ces dirigeants de pacotille, schizophrènes et paranoïaques, pitoyables agents du Mossad, du CIA et du FBI, ont fait de nous des peuples vaincus et des civilisations décadentes.

 

Déjà près de 7 000 morts sinon plus… Et le regard ahuri du monde face au carnage et aux décombres.

Avec Bachar al-Assad, l’Histoire est en train de répéter le méprisable scénario de Kadhafi (avec moins de chance que la Libye). Le président syrien joue son va-tout dans cette guerre abjecte qu’il mène contre son peuple. Il se sait perdu car il est allé trop loin dans le crime pour faire marche arrière. Son obstination acharnée est une fuite en avant vers sa propre destruction. Il finira dans une bouche d’égout, comme Saddam et Kadhafi avant lui, pour avoir voulu priver le peuple syrien de sa liberté. L’homme est déjà fini sur le plan international. Il est mort le jour où le premier martyr de la révolution syrienne est tombé sous les balles de sa soldatesque.

L’Armée Syrienne Libre (l’A.S.L.) sait qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Ne pouvant plus reculer, elle n’a d’autre choix que d’aller jusqu’au bout de sa résistance. Le jour où elle fera tomber le régime de Damas, la honte ignominieuse s’abattra sur Moscou et Pékin qui ont soutenu le Monstre froid par leur blocage diplomatique, mais aussi sur les autres capitales du monde qui ont laissé faire, abandonnant le peuple syrien seul face aux bombardements d’une armée d’assassins ayant perdu son âme. Cette armée, bras-tueur du président, joue sans le vouloir, un rôle moteur dans le processus, déjà en route, qui aboutira fatalement à la chute de Bachar al-Assad.

Et après? Une instance internationale se réveillera enfin de son coma et réclamera une commission d’enquête pour s’assurer que la mort de Bachar ne fut pas un crime de guerre!

Puis, quand tout sera fini, les démocraties occidentales et les théocraties arabes reconnaîtront, l’une après l’autre, le nouveau gouvernement syrien de transition. Les multinationales et les prédateurs de tout bord accourront pour rafler les contrats de reconstruction des infrastructures détruites par la guerre. On étalera sur la scène publique les crimes de l’ancien dictateur ainsi que les milliards de dollars qu’il aura détournés à son profit comme le font tous ses frères arabes. On ouvrira les portes de ses prisons secrètes. On dénombrera ses charniers. On déterrera des milliers de squelettes. Et on passera des images et des témoignages à la télévision.

Ce jour-là, on dira de lui, dans un soupir de soulagement hypocrite: «Quel grand criminel c’était!»

Il sera alors trop tard… et le feu de la révolution arabe aura embrasé un autre pays!

source mediapart

 

 

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